Apprendre à se noyer, Jeremy Robert Johnson

Couverture Apprendre à se noyer

Quelque part dans la jungle somptueuse et inquiétante d’un pays d’Amérique du Sud, un père emmène son fils pêcher, l’autorisant pour la première fois à s’aventurer au milieu d’un fleuve dont les eaux se révèlent aussi dangereuses que généreuses. Ce rite d’initiation va bientôt tourner au cauchemar lorsque le jeune garçon disparaît subitement. À la recherche de son enfant, l’homme débarque sur un rivage hostile, peuplé de tribus, de chamans et de sorcières.

Apprendre à se noyer est un conte initiatique et horrifique, saisissant par sa cruauté autant que par sa poésie et sa délicatesse. Jeremy Robert Johnson nous entraîne dans un voyage apocalyptique et intime qui, par-delà le macabre, offre une fable de toute beauté sur l’amour, la disparition, et la possibilité toujours présente, pour nous autres les vivants, de défier la mort pour lui arracher ce dont elle nous a privés.

AVIS

Une fois ma lecture d’Apprendre à se noyer terminée, je me suis demandé comment j’allais pouvoir vous en parler. Difficile, en effet, de mettre des mots sur cette expérience littéraire étonnante, mélange de cauchemar et d’onirisme, de macabre et de poésie, de brutalité et d’amour. En moins de 150 pages, Jeremy Robert Johnson arrive à proposer une histoire impersonnelle et universelle à la fois. Impersonnelle parce que le cadre géographique est vague, les prénoms occultés et le décor prégnant mais limité. Universelle par ses thématiques : perte, abandon de soi, deuil, culpabilité, vengeance, amour parental et inconditionnel…

Un amour parental qui, une fois soumis à la pire épreuve qu’il puisse exister, conduit notre protagoniste sur un chemin tortueux, empreint de mort, de regrets et de désespoir. Alternant entre pulsions de vie et de mort, l’homme, qui ne sera jamais nommé autrement, tente à sa manière de faire face à l’imaginable… La journée s’annonçait rayonnante sous fond de complicité père/fils, elle finira dans le sang et la douleur. Le fleuve est généreux, mais le fleuve recèle de dangers, comme ce monstre, du moins devenu tel dans l’esprit de l’homme, qui en un coup de mâchoire scelle à tout jamais le destin d’une famille.

Alors que l’enfant a sombré, emporté dans la gueule aux dents acérées, l’esprit de l’homme semble s’égarer vers des contrées inatteignables où il est question de défier la mort, de rives étranges, et d’une sorcière à l’obscure et macabre magie. Le prix de la vengeance est élevé, mais l’homme est prêt à le payer et à trouver, dans ce monstre qu’il tente de défier, la seule manière d’apaiser une âme damnée par le regret, la culpabilité, la douleur et la perte. La perte d’un enfant devenu la lumière de son couple et celle future d’une femme qui ne peut guère vivre sans cette lumière.

Entre réalité et fantasme, le voyage de l’homme se révèle émotionnellement difficile, d’autant que se mêlent à la douleur des scènes horrifiques, où les images s’imprègnent de symbolisme et de mort. Cette mort qu’il réfute dans une lancinante agonie, mais qui n’en demeure pas moins réelle. Une mort, implacable de froideur, qui s’impose à lui et à nous dans un vacarme assourdissant et silencieux à la fois. Une étrange sensation s’empare alors des lecteurs qui luttent pour ne pas se noyer, quand l’homme lutte contre des courants, parfois contraires, pour apprendre à se noyer, et retrouver dans le ventre du monstre la partie de lui-même qui lui a été brutalement arrachée.

Conte initiatique, fable tortueuse, mais surtout désespoir d’un père face à une perte qui lui a fait perdre le sens commun de la réalité, tout en affûtant ses autres sens. Le sentiment d’être à soi, la vue, l’ouïe, le toucher, tout semble exacerbé pour se (re)connecter à une nature écrasante et à des événements et des images qui symbolisent délicatement les différentes étapes d’une difficile acceptation…

Jouant sur la conscience aiguë, primale et viscérale de la perte d’un enfant, l’auteur nous propose ici une échappée macabre et lyrique à la fois dans les limbes de l’obsession d’un père pour réparer ce qui ne peut l’être. Horrifique, brutale et implacable, cette fable se pare néanmoins d’accents de vérité, montrant la beauté là où jamais on n’aurait pu l’imaginer. Une plume tout en poésie pour décrire l’horreur et une horreur servant de miroir aux sentiments les plus purs que rien, ni même les dents les plus acérées ou le noir abyssal de la mort, ne saurait emporter. Apprendre à se noyer porte à merveille son titre, tout en nous rappelant que c’est parfois aussi une manière d’apprendre à résister avant de mieux s’abandonner.

Picabo River Book Club

Je remercie les éditions le Cherche midi et Léa pour cette lecture réalisée dans le cadre du Picabo River Book club.

In My Mailbox #227 : rentrée littéraire, PLIB et beaux livres

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« In My Mailbox a été mis en place par Kristi du blog The Story Siren et inspiré par Alea du blog Pop Culture Junkie. C’est un moyen de partager les livres reçus chaque semaine dans notre boîte aux lettres ainsi que les livres achetés ou empruntés à la bibliothèque. Les liens pour les participants francophones sont regroupés sur Accrocdeslivres. »


  • Romans : encore, entre autres, deux réceptions des éditions de l’Archipel que je remercie pour toutes ces merveilles qu’elles m’envoient régulièrement : Le jeu de l’assassin et La baronne des glaces. 

Le jeu de l'assassinLa baronne des glaces : La fin d'un monde par Vosseler

Couverture Steam Sailors, tome 1 : L'HéliotropeCouverture Apprendre à se noyer

  • Mangas/livre illustré : je poursuis ma collection des Sailor Moon dans leur nouvelle édition tout simplement superbe et ma collection des ouvrages de Benjamin Lacombe. J’ai aussi pris le premier tome d’un manga qui m’intrigue depuis un moment : Ghost & Lady.

Couverture Sailor Moon : Eternal Edition, tome 5 : Pretty GuardianCouverture La mélodie des tuyaux

Et vous, quelles sont les nouveautés de votre PAL ?
Certains de ces titres vous tentent-ils ?

In My Mailbox #226 : rentrée littéraire, Pumpkin Autumn Challenge et les désillusions de l’occasion

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« In My Mailbox a été mis en place par Kristi du blog The Story Siren et inspiré par Alea du blog Pop Culture Junkie. C’est un moyen de partager les livres reçus chaque semaine dans notre boîte aux lettres ainsi que les livres achetés ou empruntés à la bibliothèque. Les liens pour les participants francophones sont regroupés sur Accrocdeslivres. »


  • Deux belles réceptions aux éditions de l’Archipel, dont L’ombre du crépuscule que j’attendais avec impatience !

Cultiver le bonheur pour les Nuls en BD par SuranyCouverture Hey ! SenseiCouverture Tu es à croquer

  • Autres achats : dans ma commande, il y avait les quatre premiers tomes d’un manga, mais vu l’état déplorable dans lequel je les ai reçus, j’espère bien pouvoir les renvoyer : pages qui se décollent, moisissures, café, pages scotchées… Les livres ci-dessous sont arrivés dans un meilleur état, bien que pas dans un état aussi bon que celui annoncé dans l’annonce. D’ailleurs, petit conseil aux vendeurs, vouloir tout faire entrer dans le contenant le plus petit possible, écologiquement, c’est plutôt bien, mais veillez juste à ne pas finir par tordre tous les livres en les entassant… Heureusement, le Petit Robert est toujours disponible pour donner un coup de page. 

Couverture Number, tome 1Couverture Number, tome 2

Couverture Lucika Lucika, tome 01Escape ! Au secours de la licorne

Et vous, quelles sont les nouveautés de votre PAL ?
Certains de ces titres vous tentent-ils ?

Top Ten Tuesday #225 : les 10 livres de la rentrée littéraire automnale 2021 que vous attendez avec impatience

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« Le Top Ten Tuesday est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire prédéfini. Ce rendez-vous a initialement été créé par The Broke and the Bookish et est repris en français sur le blog Frogzine. »


Si je ne prête guère attention à la rentrée littéraire, j’aime beaucoup tous les mois regarder les sorties livresques du mois suivant. Voici donc les 10 sorties de septembre qui me tentent le plus. Le choix a été difficile ! Cette liste ne représente d’ailleurs qu’une petite partie de tous les livres qui ont intégré ma wish list…

Et vous, certains de ces livres vous tentent-ils ?
Quels sont les livres de la rentrée littéraire pour lesquels vous comptez craquer ?

Throwback Thursday Livresque #184 : une sortie du mois

J’ai décidé de participer à un nouveau rendez-vous autour du livre : le Throwback Thursday Livresque. Imaginé par Bettie Rose Books, le principe est de partager chaque semaine sa lecture autour d’un thème mensuel qui sera décliné chaque semaine. Depuis peu, les liens de participation sont à déposer sur My-books.


Pour ce thème, il y a l’embarras du choix… J’ai d’ailleurs tellement eu de mal à me fixer sur un titre que j’ai décidé de tricher en vous proposant un roman en anglais et un roman en français.

  • La sortie du mois en anglais qui me tente le plus est Unbirthday de Liz Braswell qui, comme vous l’aurez deviné, s’inspire d’Alice au pays des merveilles.

Amazon.fr - Unbirthday: A Twisted Tale - Braswell, Liz - Livres

Alice is different than other eighteen-year-old ladies in Kexford, which is perfectly fine with her. She’d rather spend golden afternoons with her trusty camera or in her aunt Vivian’s lively salon, ignoring her sister’s wishes that she stop all that « nonsense » and become a « respectable » member of society. Alice is happy to meander to Miss. Yao’s teashop or to visit the children playing in the Square. She’s also interested in learning more about the young lawyer she met there, but just because she’s curious, of course, not because he was sweet and charming.

But when Alice develops photographs she has recently taken about town, familiar faces of old suddenly appear in the place of her actual subjects-the Queen of Hearts, the Mad Hatter, the Caterpillar. There’s something eerily off about them, even for Wonderland creatures. And as Alice develops a self-portrait, she finds the most disturbing image of all-a badly-injured dark-haired girl asking for Alice’s help. Mary Ann.

Returning to the place of nonsense from her childhood, Alice finds herself on a mission to stop the Queen of Hearts’ tyrannical rule and to find her place in both worlds. But will she able to do so . . . before the End of Tim

  • Quant au roman en français qui sort ce mois-ci et qui me tente le plus, il s’agit de Sorcery and thorns que je possède déjà en anglais, mais que je préfère lire en français de peur de passer à côté d’informations importantes. Mais si le roman m’a plu, je le relirai volontiers dans sa version originale.

Sorcery of Thorns (Big Bang): Rogerson, Margaret: 9782362316593: Amazon.com: Books

Elisabeth, élevée au milieu des dangereux grimoires magiques d’une des Grandes Bibliothèques d’Austermeer, le sait depuis son plus jeune âge. D’ailleurs, peu de temps après le passage à la bibliothèque du sorcier Nathaniel Thorn, un des ouvrages se transforme en monstre de cuir et d’encre, semant mort et destruction. Et c’est Elisabeth qui se retrouve accusée de l’avoir libéré.

Et vous, ces romans vous tentent-ils ?
Avez-vous prévu de craquer pour l’un d’entre eux, voire les deux ?

 

Top Ten Tuesday #186 : 10 romans de la rentrée littéraire (automne 2020) que j’aimerais lire

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« Le Top Ten  Tuesday est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire prédéfini. Ce rendez-vous a initialement été créé par The Broke and the Bookish et est repris en français sur le blog Frogzine. »


La rentrée littéraire n’est pas un événement auquel je suis particulièrement sensible puisque sortent toute l’année des romans très tentants… Néanmoins, même sans spécifiquement me renseigner sur les sorties de la rentrée littéraire, il y a des titres qui font tellement de bruit qu’il s’avère difficile de passer à côté sans oublier ces romans plus confidentiels qui bénéficient déjà de bons avis ou dont la couverture donne très envie.

Voici dont 10 romans de la rentrée littéraire que j’aimerais lire : pour Prince Cruel, bien que je reste tentée, les messages soulevant le problème de la relation toxique ont quelque peu réfréner mon enthousiasme…

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undefinedLes abysses - Dernier livre de Rivers Solomon - Précommande & date de sortie | fnac

Clément Coudpel contre les spectres de Samain - Livr'S EditionsLes Brumes de Cendrelune (Tome 2) - La symphonie du temps eBook: Caldera, Georgia, Caldera, Georgia: Amazon.frLes Aérostats - Amélie Nothomb - SensCritique

Couverture Betty

Et vous, quels sont les romans de cette rentrée qui vous font le plus envie ?

 

In My Mailbox #177

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« In My Mailbox a été mis en place par Kristi du blog The Story Siren et inspiré par Alea du blog Pop Culture Junkie. C’est un moyen de partager les livres reçus chaque semaine dans notre boîte aux lettres ainsi que les livres achetés ou empruntés à la bibliothèque. Les liens pour les participants francophones sont regroupés sur Accrocdeslivres. »


PAPIER

Après un petit retard, j’ai eu le plaisir de trouver dans ma boîte aux lettres le premier numéro de l‘éléphant junior et son tote bag. Il s’agit d’un nouveau magazine lancé grâce à une campagne de financement participatif sur Ulule. J’ai également reçu quelques livres de la rentrée littéraire et ai fait quelques achats dont une BD qui me tentait depuis des lustres…

La belle-mère par [Sally Hepworth, Maryline Beury]

Couverture Cléopâtre (Satonaka)Couverture Crinoline : L'école des princesses, tome 2

EBOOKS

La Fille du Temple aux Chats T01 par [Makoto Ojiro]

Et vous, quelles sont les nouveautés de votre PAL ?

Premières lignes #93 : Porc braisé, An Yu (rentrée littéraire 2020)

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Le principe de ce rendez-vous initié par Ma lecturothèque est de citer, chaque semaine, les premières lignes d’un livre.


Cela fait des mois que je ne vous ai pas proposé d’article Premières lignes ! Une grossière erreur que j’ai décidé de réparer aujourd’hui avec les premières lignes d’un roman de la rentrée littéraire dont j’adore la couverture et dont le résumé m’interpelle : Porc braisé d’An Yu.

Porc Braisé par [An Yu]

Un matin d’automne, Jia Jia pousse la porte de la salle de bains de son opulent appartement de Pékin et découvre son mari sans vie dans la baignoire. Il a laissé pour elle, sur le lavabo, le dessin énigmatique d’un homme poisson. Cette étrange figure aquatique ne cessera dès lors de la hanter. Perdue et sous le choc, Jia Jia déambule dans la ville, boit plus que de raison, et noue peu à peu une relation avec un barman, Leo, susceptible de lui donner l’amour qu’elle croyait impossible. Libérée d’un mariage asphyxiant, Jia Jia se redécouvre, renoue avec sa passion pour la peinture et affronte son passé et toutes ces choses que ceux qu’elle aime ont trop longtemps tues. Une odyssée intérieure qui la mènera jusqu’aux plateaux du Tibet et cet autre monde auquel elle aspire et qui la terrifie.

PREMIÈRES LIGNES

Le foulard orange de Jia Jia glissa sur son épaule et tomba dans la baignoire. En sombrant, il prit une nuance plus foncée, et vint se poser sur la tête de Chen Hang, tel un poisson rouge. Quelques minutes plus tôt, elle avait fait irruption dans la salle de bains, un foulard différent sur chaque épaule, pour savoir lequel son mari préférait, mais elle l’avait trouvé écroulé dans la baignoire à demi remplie, la tête en avant, le postérieur sortant de l’eau.
« Oh, c’est charmant ! Tu essaies de te laver les cheveux ?  » avait-elle lancé.
Pourtant ce n’était pas son genre de faire pareille blague. Était-il possible qu’un homme adulte se noie dans sa baignoire ? Elle avait alors pris son pouls et passé la main sous son nez pour vérifier qu’il respirait. Puis elle l’avait interpellé, était entrée dans l’eau, l’avait saisi par le torse afin de le relever pour qu’il soit au moins dans le bon sens. Impossible de le faire bouger, il était aussi rigide qu’un robot cassé.

Et vous, ce roman vous tente-t-il ?

Coup de vent, Mark Haskell Smith

Je remercie Léa et les éditions Gallmeister de m’avoir permis de découvrir, dans le cadre du Picabo River Book Club, Coup de vent de Mark Haskell Smith.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

À quoi sert d’avoir dix millions de dollars en devises variées si, comme Neal Nathanson, on se trouve perdu en mer à bord d’un voilier en train de sombrer ? Strictement à rien, sauf à en brûler un sac ou deux dans l’espoir fou d’attirer l’attention. Sauvé in extremis, Neal se réveille attaché au garde-fou d’une navigatrice en solitaire, méfiante et bien décidée à entendre son histoire. Neal lui parle alors de Bryan, un jeune loup de Wall Street qui a réussi à détourner un magot conséquent avant de s’enfuir dans les Caraïbes. Bien sûr, la banque qui l’employait a lancé des enquêteurs à sa poursuite, avant que les clients spoliés ne s’aperçoivent (enfin) que les traders sont des voleurs. C’est ainsi que Neal, accompagnée d’une pro de la finance, la très douée Seo-yun, s’est retrouvé en charge de récupérer l’argent. Simplement, il n’était pas le seul.

Coup de vent est une folle course-poursuite sanglante dans les Caraïbes, aux rebondissements multiples et à l’humour féroce.

Éditions Gallmeister (5 septembre 2019) – 256 pages – Broché (22€) – Ebook (14,99€)
Traduction : Julien Guérif

AVIS

De l’argent à gogo, personne ne crache dessus, mais avouons que cela ne sert pas à grand-chose quand d’une part, ce n’est pas le vôtre, et que d’autre part, vous êtes à la dérive, sans avoir mangé depuis plusieurs jours, perdu en pleine mer. Neal a heureusement la chance d’être secouru par Chloé, une navigatrice qui fait le tour du monde en solitaire. Néanmoins la demoiselle, pas ravie d’avoir de la compagnie pour un sou, va vouloir en apprendre plus sur son histoire avant d’éventuellement le détacher… C’est qu’on n’est jamais trop prudent !

Le rescapé raconte alors la série d’événements qui l’a conduit à cette situation dramatique, et cela commence par la mission donnée par son employeur, InterFund, de retrouver Bryan LeBlanc. Jeune loup de Wall Street promis à un brillant avenir, celui-ci a pourtant tout plaqué en détournant, au passage, quelques millions de dollars. Une broutille dans l’univers de la finance de haut niveau, mais une broutille qui peut faire voler en éclats la réputation de InterFund.

Pour mettre la main sur le fuyard, Neal sera accompagné de Seo-yun, directrice du département des opérations de change et supérieure directe de Bryan, avant d’être rejoint par un ancien policier. Mais le trio n’est pas le seul sur la piste du délinquant en col blanc…

C’est une véritable course contre la montre que nous propose ici l’auteur ! C’est qu’il n’y a pas de temps à perdre puisqu’il faut retrouver l’argent avant que LeBlanc ne disparaisse à jamais. Question de réputation ! Et à Wall Street, la réputation, c’est important. Avec un cynisme féroce qui frappe fort, Mark Haskell Smith nous dresse le portrait d’un capitalisme sans morale ni loi si ce n’est celle du plus fort. Entre un trader qui se fait la malle avec des millions et une banque qui exploite et ruine sans vergogne les « petits », qui est véritablement le criminel ?

Loin de n’être qu’un forfait commis par simple appât du gain, l’acte de LeBlanc revêt, dans une certaine mesure, un aspect militant. Car contrairement à ses anciens collègues, ce n’est pas l’envie de se baigner dans l’argent, les femmes et les substances illicites qui le motive, mais celle d’exploiter et de mettre à nu les rouages et les failles d’un système profondément injuste, immoral et inégalitaire. Cela ne fait pas de lui un Robin des Bois des temps modernes, notre homme étant bien moins altruiste, mais on arrive à comprendre les raisons de son geste…

Un geste qui va être à l’origine d’une série d’événements dont le lecteur est bien incapable de prévoir l’issue. Il faut dire que l’auteur nous balade d’un bout à l’autre de son roman entre situations inattendues, revirements de situations spectaculaires, tension, suspense, personnages atypiques au comportement parfois imprévisible et bien souvent douteux… On ne s’ennuie pas un instant avec cette histoire menée tambour battant !

L’alternance des points de vue apporte également un dynamisme appréciable. On suit ainsi différents personnages : le presque trop sage Neal, l’homme étant un modèle de droiture qui tranche avec le milieu de requins dans lequel il évolue, la très sensuelle Seo-yun qui, au fil de l’aventure, laisse tomber son masque d’impassibilité pour s’ouvrir avec une certaine frénésie aux plaisirs de la chair, Piet un homme qui, malgré une petite taille due à une anomalie génétique, possède une présence certaine, LeBlanc dont on découvre le passé et sa relation complexe avec son père… Toute une galerie de personnages variée et haute en couleur qui offre une diversité fort appréciable que ce soit en matière d’origine socio-culturelle, d’ethnie, d’orientation sexuelle… 

La psychologie des personnages est bien travaillée, le ton empreint d’un humour mordant et efficace, et les thèmes abordés intéressants : les excès du capitalisme et les limites de la financiarisation de l’économie, la quête de sens et du bonheur, la morale et ce que l’on est prêt à faire pour de l’argent, la pression de la réussite, le poids des médias… Tous les éléments sont donc mis en place pour vous faire passer un très bon moment de lecture et vous rappeler qu’argent et bonheur ne font pas forcément bon ménage…

En conclusion, l’auteur nous propose ici une fable des temps modernes dressant le portrait d’un homme, ni ange ni démon, qui dans une sorte de vendetta personnelle, a sacrifié un avenir prometteur, mais vide de sens, pour s’opposer à un système financier fou et hors de contrôle. Avec un cynisme à toute épreuve, l’auteur nous transporte dans une valse ininterrompue et rythmée d’événements entre courses-poursuites sur terre et mer. Endiablé et cynique à souhait, voici un roman que vous n’êtes pas prêts de lâcher !

Picabo River Book Club

 

Le temps des orphelins, Laurent Sagalovitsch

Je remercie Babelio et les éditions Buchet Chastel pour m’avoir permis de découvrir Le temps des orphelins de Laurent Sagalovitsch.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Avril 1945. Daniel, jeune rabbin venu d’Amérique, s’est engagé auprès des troupes alliées pour libérer l’Europe. En Allemagne, il est l’un des premiers à entrer dans les camps d’Ohrdruf et de Buchenwald et à y découvrir l’horreur absolue. Sa descente aux enfers aurait été sans retour s’il n’avait croisé le regard de cet enfant de quatre ou cinq ans, qui attend, dans un silence obstiné, celui qui l’aidera à retrouver ses parents.

Quand un homme de foi, confronté au vertige du silence de Dieu, est ramené parmi les vivants par un petit être aux yeux trop grands.

BUCHET CHASTEL (15 août 2019) – 224 pages – Broché (16€) – Ebook (10,99€)

AVIS

La guerre requiert des sacrifices, et ce n’est pas Ethel qui souffre de l’absence de son mari qui vous dira le contraire ni même ce dernier qui a décidé, alors que rien ne l’y obligeait, de participer à l’effort de guerre.

1945. Après une formation militaire, Daniel, jeune rabbin venu d’Amérique, est donc envoyé en Europe où il découvrira l’impensable, l’innommable, cette réalité historique qu’il reste, plus de soixante-dix ans après, difficile de décrire sans ressentir une vague d’émotions et de dégoût. D’Ohrdruf à Buchenwald, l’épreuve est difficile et la progression en ces lieux maudits intenable : il y a d’abord cette odeur qui prend aux tripes des kilomètres au loin, les morts qui s’empilent, les visages et corps décharnés des vivants qui semblent pourtant partis à tout jamais, la maladie, les fours crématoires…

Malgré l’envie de renoncer et de partir loin de toute cette horreur difficile à endurer, Daniel résiste et fait de son mieux pour apporter un peu de réconfort aux survivants. Mais à la place de ses prières, là où il passe, c’est l’envie de retrouver les êtres perdus qui prédomine… À mesure qu’il récolte les témoignages, Daniel délaisse sa fonction de rabbin pour se recentrer sur l’homme en lui, un homme plein de compassion qui tente, tant bien que mal, de trouver sa place parmi cette cohue désœuvrée. Car si les prisonniers ont retrouvé leur liberté de corps, celle de l’esprit semble bien profondément entravée…

Comment des hommes ont pu se laisser aller à tant de cruauté ? C’est en parcourant les murs hantés du sang de son peuple, même si la folie de Hitler a touché bien d’autres personnes, que Daniel se pose la question. Surgit également du fond de ses entrailles, cette autre interrogation, celle qui fait vaciller sa vie et ses certitudes : comment continuer à porter en soi l’amour d’un Dieu qui a laissé couler tout ce sang ? Daniel, qui a embrassé la profession de rabbin, plus pour faire plaisir à son père que par conviction, questionne donc cette foi dans laquelle il n’arrive plus à trouver le réconfort et les réponses qui lui permettraient d’avancer.

Daniel trouvera néanmoins la force de ne pas s’effondrer grâce à un petit garçon esseulé qu’il va prendre sous son aile. Incarnation de l’innocence bafouée, mais aussi symbole d’espoir et d’un possible avenir, cet enfant, qui préfère les regards aux paroles, sera la bouée de sauvetage du rabbin qui fera alors de son mieux pour retrouver ses parents. Espoir fou et vain ou non, peu importe, puisqu’on retiendra le symbolisme plus que le résultat derrière la quête du rabbin.

La plongée de ce dernier dans la folie humaine et les conséquences infâmes d’une idéologie nazie à vomir est entrecoupée des lettres de sa femme, Ethel. Elle y parle de cet immense amour qu’elle lui porte, du manque de l’autre, d’espoir, d’envie de fonder une famille, de ce quotidien qui, loin du front, reprend ses droits… Ces lettres pleines de tendresse et de positivité, qui apportent un peu d’air frais à une atmosphère mortifère, témoignent néanmoins du fossé qui se creuse entre ceux qui ont subi des atrocités ou qui connaissent leur existence, et les autres. Ethel est un personnage que l’on côtoie peu, mais qui m’a touchée par sa bravoure et son abnégation, cette dernière ayant, par amour et respect pour son mari, consenti à un grand sacrifice.

L’auteur immerge complètement les lecteurs dans l’enfer des camps de concentration, mais il arrive à le faire sans que l’on se sente étranglé par l’émotion. On se sent, bien sûr, incrédule puis en colère et dégoûté devant les épreuves inhumaines subies par des personnes dont le seul tort fut d’exister, mais on arrive à passer outre cette douleur pour avancer aux côtés de Daniel sans jamais détourner les yeux. Un point essentiel si l’on se rappelle toutes ces âmes qui ont péri dans l’indifférence ou, du moins, dans un déni bien pratique pour les consciences… À cet égard, j’ai trouvé la fin particulièrement sobre, mais puissante.

En conclusion, grâce à une plume puissante, vibrante de réalisme et non dénuée de cette délicatesse qui permet de mettre des mots derrière des drames sans jamais franchir la ligne de l’indécence et du sensationnalisme, l’auteur nous fait revivre un épisode noir de l’histoire mondiale que tout un chacun se doit de se rappeler pour que, plus jamais, une telle ignominie ne se reproduise. Fort, puissant et douloureux, plus qu’un livre, un devoir de mémoire !

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