Owlcrate (décembre 2020) : Love is a battlefield

OwlCrate December 2020 'LOVE IS A BATTLEFIELD' Box

J’avais décidé d’arrêter de commander des box littéraires anglo-saxonnes parce que d’une part, les goodies tendent à être redondants (ne désirant pas ouvrir un tripot, je n’ai pas besoin de 10 jeux de carte aussi beaux soient-ils), et que les livres dorment dans ma PAL (bon, soyons honnêtes, cela ne m’empêche pas d’acheter à tire-larigot des livres en français qui s’entassent et penchent plus que la tour de Pise).

Puis, j’ai vu le message d’Owlcrate annonçant le réassort de la box de décembre, j’ai découvert le thème du mois (si vous n’êtes pas au courant, j’ai développé une obsession étrange pour les romances ennemies-to-lovers) et j’ai lu le mot puzzle, ma dernière lubie en date. Bref, j’ai craqué !

Et je dois dire que je ne le regrette pas, les goodies étant plutôt sympathiques : une crème pour les mains, un puzzle, un mini-rouleau à pâtisserie pour faire de jolis motifs, une décoration de Noël, un pins, des jambières (et accessoirement, un petit voyage dans les années 90). Seul petit bémol, en faisant le puzzle, je me suis rendu compte qu’il manquait une pièce.

Puzzle Owlcret December

Goodies Owlcrate december 2020

Quant au roman, il est magnifique !

These Violent Delights Owlcrate December

The year is 1926, and Shanghai hums to the tune of debauchery.

A blood feud between two gangs runs the streets red, leaving the city helpless in the grip of chaos. At the heart of it all is eighteen-year-old Juliette Cai, a former flapper who has returned to assume her role as the proud heir of the Scarlet Gang—a network of criminals far above the law. Their only rivals in power are the White Flowers, who have fought the Scarlets for generations. And behind every move is their heir, Roma Montagov, Juliette’s first love…and first betrayal.

But when gangsters on both sides show signs of instability culminating in clawing their own throats out, the people start to whisper. Of a contagion, a madness. Of a monster in the shadows. As the deaths stack up, Juliette and Roma must set their guns—and grudges—aside and work together, for if they can’t stop this mayhem, then there will be no city left for either to rule.

These Violent Delights Owlcrate DecemberThese Violent Delights Owlcrate December

Et vous, aimez-vous les box littéraires ?
Que pensez-vous du contenu de cette édition ?

Porc braisé, An yu

Porc braisé par Yu

Un matin d’automne, Jia Jia pousse la porte de la salle de bains de son opulent appartement de Pékin et découvre son mari sans vie dans la baignoire. Il a laissé pour elle, sur le lavabo, le dessin énigmatique d’un homme poisson. Cette étrange figure aquatique ne cessera dès lors de la hanter. Perdue et sous le choc, Jia Jia déambule dans la ville, boit plus que de raison, et noue peu à peu une relation avec un barman, Leo, susceptible de lui donner l’amour qu’elle croyait impossible. Libérée d’un mariage asphyxiant, Jia Jia se redécouvre, renoue avec sa passion pour la peinture et affronte son passé et toutes ces choses que ceux qu’elle aime ont trop longtemps tues. Une odyssée intérieure qui la mènera jusqu’aux plateaux du Tibet et cet autre monde auquel elle aspire et qui la terrifie.

Delcourt (09/09/2020)- 200 pages – Broché (20€) – Traduction : Carine Chichereau

AVIS

Jia Jia découvre son mari sans vie dans son bain ! Même si l’amour n’avait jamais été présent au sein de son couple, la trentenaire n’en demeure pas moins affectée par le décès soudain et inexpliqué de cet indélicat mari avec lequel elle ne partageait pas grand-chose, mais qui lui avait promis une famille et le réconfort d’un foyer. Cette promesse envolée, que lui reste-t-il à part un grand appartement vide de vie et de chaleur, quelques toiles témoignant de cette carrière d’artiste que lui a refusée son époux et l’énigmatique dessin d’un homme-poisson ?

Jia Jia ne va pas bien, mais comme si elle était coupée d’une partie d’elle-même, celle qui a attrait aux émotions, elle ne le montre pas. Il faut dire que peu habituée à se laisser porter par ses envies et ses états d’âme, Jia Jia semble bien incapable d’exprimer verbalement son mal-être même si elle le souhaitait. À la place, elle végète dans son appartement entre velléité de renouer avec sa carrière d’artiste tuée dans l’œuf, consommation de boissons alcoolisées et ses visites dans un bar où, de fil en aiguille, elle en viendra à nouer une relation avec le barman. Leo lui apportera un peu de douceur et de réconfort dans un quotidien assez morne et un futur devenu incertain et source d’angoisse. En effet, son mari ayant légué sa fortune à sa famille, Jia Jia doit maintenant trouver un travail pour subvenir à ses besoins…

Jia Jia est une femme que j’ai eu des difficultés à cerner, ayant cette impression tenace qu’elle était étrangère à elle-même et que son cœur était solidement cadenassé comme son manque d’investissement émotionnel dans sa relation avec Leo en témoigne. Cela lui apporte une complexité qui nous donne envie de mieux apprendre à la connaître et de la voir briser sa coquille. Un souhait exaucé puisque, petit à petit, notre héroïne évolue et gagne en humanité que ce soit grâce aux différentes rencontres qu’elle fera, aux liens (re)noués ou à un voyage au Tibet durant lequel elle suivra les traces de son défunt mari. Ce dernier s’y était, en effet, rendu en solitaire avant d’en ramener le souvenir d’un rêve étrange et la vison d’un homme-poisson qu’il couchera sur le papier. Un dessin qui deviendra l’ultime lien unissant les deux époux, peut-être de manière plus importante que leur mariage sans amour.

Cet homme-poisson sera le fil conducteur du voyage autant physique que spirituel de Jia Jia qui, en remontant la trace et les origines de cette créature hybride, devra faire face à elle-même, affronter sa douloureuse histoire familiale et dessiner son futur. Là où Jia Jia fait preuve d’un certain sens pragmatique, son voyage au Tibet la plongera dans un autre monde, celui de l’eau, si vide et si plein à la fois. Un monde qui s’agrippe à nous tout au long du roman et que l’on perçoit au détour des pages : l’eau du bain à partir duquel tout a commencé, la pluie, l’eau de l’aquarium de la tante de Jia Jia, cette mer et ses vagues que la veuve n’arrive pas à représenter, l’homme-poisson, les pleurs… Difficile de ne pas voir dans cet élément indispensable à la vie, un certain symbolisme, peut-être celui de la renaissance, la mort de son mari ayant sonné pour Jia Jia l’heure du renouveau… Si le monde de l’eau peut se révéler pesant et inquiétant, il fait aussi le lien entre rêve et cauchemar, entre vivants et morts, entre mer et terre et apporte une certaine dimension onirique flirtant parfois avec le fantastique.

Avec pudeur et une subtilité maîtrisée, l’autrice explore, à travers la figure intrigante de l’homme-poisson et du voyage, des thématiques à la résonance universelle : la famille, les malentendus, le deuil, la résilience, l’absence, l’amour et ses différentes facettes, la nécessité d’accepter l’être aimé dans ses différences et de ne pas l’enfermer dans une cage dorée, mais aussi le rêve, et le besoin pour certains de s’évader dans des limbes qui peuvent se révéler inaccessibles au commun des mortels et desquels il est parfois bien difficile d’en sortir, sans y perdre une partie de son âme… En toile de fond, il y a également cette Chine que l’on connaît finalement peu en Occident et dont l’autrice nous brosse un portrait nuancé entre modernité et tradition, entre liberté d’une jeune veuve d’entamer une relation charnelle avec un barman peu de temps après la mort de son mari, mais superstition poussant des parents à craindre pour la vie de leur enfant unique en raison de l’aura funeste entourant le destin d’une veuve.

Quant à la plume de l’autrice, j’ai été étonnée par sa puissance et sa fluidité : sans jamais entrer dans le registre de l’émotif ou du larmoyant, l’autrice arrive à insuffler beaucoup de beauté et de poésie à son roman et à nous faire ressentir toutes les émotions, attentes et blessures de ses personnages. D’ailleurs, au-delà de Jia Jia à laquelle on ne peut que s’attacher, j’ai adoré la palette de personnages secondaires plutôt variée, bien que peu étendue. De la maladresse d’un père qui peut passer pour de l’indifférence aux tentatives de rapprochement d’une belle-mère vue comme une briseuse de ménage en passant par un écrivain recherchant sa femme disparue ou un guide bavard, mais accueillant, chaque personnage possède un petit quelque chose qui le rend terriblement humain, fragile et/ou émouvant. 

En résumé, mélange de réalité et d’onirisme, de retenue et de passion, de peine et d’espoir, Porc braisé, c’est une porte d’entrée sur l’univers d’une autrice dont on ne peut que louer le sens de l’authentique et de la poésie ainsi que le talent pour plonger ses lecteurs dans une mer d’oubli, d’incertitude et de curiosité. Au gré des rencontres et des découvertes, nous nous ouvrons, aux côtés de l’héroïne, à un monde fascinant et empreint de mystère dont les contours nous apparaissent tour à tour flous et épais, brumeux et infranchissables, attirants et effrayants… Un premier roman envoûtant et indéfinissable nous menant sur le chemin de la sérénité !

Je remercie les éditions Delcourt pour cette lecture réalisée dans le cadre du Hanbo(o)k Club.

Premières lignes #93 : Porc braisé, An Yu (rentrée littéraire 2020)

Premi!èr-1

Le principe de ce rendez-vous initié par Ma lecturothèque est de citer, chaque semaine, les premières lignes d’un livre.


Cela fait des mois que je ne vous ai pas proposé d’article Premières lignes ! Une grossière erreur que j’ai décidé de réparer aujourd’hui avec les premières lignes d’un roman de la rentrée littéraire dont j’adore la couverture et dont le résumé m’interpelle : Porc braisé d’An Yu.

Porc Braisé par [An Yu]

Un matin d’automne, Jia Jia pousse la porte de la salle de bains de son opulent appartement de Pékin et découvre son mari sans vie dans la baignoire. Il a laissé pour elle, sur le lavabo, le dessin énigmatique d’un homme poisson. Cette étrange figure aquatique ne cessera dès lors de la hanter. Perdue et sous le choc, Jia Jia déambule dans la ville, boit plus que de raison, et noue peu à peu une relation avec un barman, Leo, susceptible de lui donner l’amour qu’elle croyait impossible. Libérée d’un mariage asphyxiant, Jia Jia se redécouvre, renoue avec sa passion pour la peinture et affronte son passé et toutes ces choses que ceux qu’elle aime ont trop longtemps tues. Une odyssée intérieure qui la mènera jusqu’aux plateaux du Tibet et cet autre monde auquel elle aspire et qui la terrifie.

PREMIÈRES LIGNES

Le foulard orange de Jia Jia glissa sur son épaule et tomba dans la baignoire. En sombrant, il prit une nuance plus foncée, et vint se poser sur la tête de Chen Hang, tel un poisson rouge. Quelques minutes plus tôt, elle avait fait irruption dans la salle de bains, un foulard différent sur chaque épaule, pour savoir lequel son mari préférait, mais elle l’avait trouvé écroulé dans la baignoire à demi remplie, la tête en avant, le postérieur sortant de l’eau.
« Oh, c’est charmant ! Tu essaies de te laver les cheveux ?  » avait-elle lancé.
Pourtant ce n’était pas son genre de faire pareille blague. Était-il possible qu’un homme adulte se noie dans sa baignoire ? Elle avait alors pris son pouls et passé la main sous son nez pour vérifier qu’il respirait. Puis elle l’avait interpellé, était entrée dans l’eau, l’avait saisi par le torse afin de le relever pour qu’il soit au moins dans le bon sens. Impossible de le faire bouger, il était aussi rigide qu’un robot cassé.

Et vous, ce roman vous tente-t-il ?

Grand’Tante Tigre, Blanche Chiu

J’ai lu cet album dans le cadre du Challenge Albums 2019 dont le thème de mai est Chine.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Alors que leur maman s’est absentée, A-King et A-Yu sont restées seules à la maison. Soudain, on cogne à la porte ! Maman a dit de n’ouvrir à personne, et pourtant…

Qui est vraiment cette Grand’tante venue veiller sur les deux enfants ? En tout cas, la petite A-Yu pense qu’elle a de bien curieuses pattes tigrées !

Hongfei (17 octobre 2013) – 36 pages – dès 6 ans – 15,20€
Illustrations : Minji LEE-DIEBOLD

AVIS

Dans la lignée des contes de notre enfance tels que Le Petit Chaperon rouge ou Le Loup et les sept chevreaux, Grand’Tante Tigre est un conte chinois populaire qui fait frémir tout en offrant un sympathique divertissement.

Une veuve appelée à l’aide par une parente doit se résoudre à laisser chez elle ses deux fillettes âgées respectivement de dix et sept ans. Avant de partir, elle leur rappelle bien sûr la règle élémentaire à ne jamais transgresser en absence d’un adulte responsable : ne laisser entrer personne. Mais que faire quand c’est une supposée parente perdue de vue qui frappe à la porte ?

Un dilemme pour ces deux petites filles qui malgré leur prudence vont finir par laisser entrer le loup dans la bergerie ou plutôt ici, le tigre dans la maisonnée. Je vous laisse imaginer ce qui va arriver, le félin n’ayant pas les douces intentions que son déguisement pourrait laisser supposer. D’ailleurs, les vêtements pleins de couleurs de ce prédateur déguisé en vieille dame apportent un certain comique à un conte qui joue plutôt sur la peur.

C’est que l’histoire se rapproche plus des versions non édulcorées des contes d’antan que de celles de Disney ! Il y a d’ailleurs une scène qui, même en tant qu’adulte, m’a quelque peu surprise, voire dégoûtée. Mais celle-ci ne fera peut-être pas réagir des lecteurs plus jeunes, moins conscients de ce que cela implique…

À travers ce petit récit coloré et plein de vivacité, les enfants devraient comprendre l’importance de respecter les consignes de leurs parents, mais ils devraient également apprécier la jolie leçon de courage et de débrouillardise donnée par la cadette de la famille. Bien que dans une situation délicate, cette dernière ne baissera jamais les bras et nous prouvera que l’intelligence et la ruse peuvent venir à bout même des adversaires bien plus forts et grands que soi.

Une jolie morale pour un conte que l’on se racontera volontiers au coin du feu pour se faire frémir et se moquer de ce tigre dont les oripeaux n’auront pas su tromper une fillette aussi courageuse que rusée.

Grand’Tante Tigre est donc un album que je vous recommande si vous avez envie d’un conte chinois qui vous offrira un voyage dépaysant à travers des illustrations très colorées, des vêtements traditionnels que l’on prend plaisir à admirer et un grand méchant original et plutôt effrayant.

Découvrez le livre sur le site des Éditions HongFei Cultures.

logoalbums2019

Camarade Wang achète la France, Stéphane Fière

Camarade Wang achète la France -

Je remercie Lecteurs.com et les éditions Phébus pour la découverte de Camarade Wang achète la France de Stéphane Fière.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Wang Desheng, vice-Ministre du Commerce de la République populaire de Chine, est en visite en France. Sa garde rapprochée ? Huit collaborateurs et six très jolies camarades de lit. Son objectif ? Faire ses courses dans le pays, comme dans un vaste discount center. Rien ne l’arrête, et surtout pas les scrupules. Ni le peu de résistance de ses interlocuteurs français. La délégation profite allègrement de leur cupidité pour acheter entreprises, hôtels, terres agricoles…

Jusqu’à ce qu’une belle universitaire croise la joyeuse équipe. Elle rêvait d’être interprète, juste le temps d’une cérémonie. Mais quand les raviolis à la chair de crabe sont délectables, on n’hésite pas à se resservir.

Après vingt ans dans le monde chinois, Stéphane Fière nous offre une satire experte. De quoi rire à gorge déployée mais aussi frémir. Et si c’était là notre réalité ?

  • Broché: 240 pages
  • Editeur : PHEBUS EDITIONS (7 janvier 2016)
  • Prix : 19€
  • Autre format : ebook

AVIS

J’ai un avis assez mitigé sur cette lecture que j’ai appréciée sans être particulièrement emballée. Il faut dire qu’à la lecture du résumé, je m’étais attendue à un roman complètement loufoque qui part dans tous les sens. Or, si le cynisme est bien présent, il manque à mon goût de panache. Stéphane Fière est presque resté trop sage dans ses propos et avec son personnage de Wang, vice-Ministre du Commerce de la République populaire de Chine. J’avais en effet espéré un peu plus de situations loufoques voire de quiproquos culturels qui ne soient pas cantonnés au domaine financier.

Ce personnage, brut de décoffrage et peu avenant, possède deux choses très importantes en ce bas monde. Deux choses qui sont d’ailleurs très souvent liées : de l’argent et du pouvoir à moins que ce ne soit du pouvoir et de l’argent. Ces deux mots magiques lui ouvrent pas mal de portes que ce soit en Chine ou en France, pays dans lequel il a décidé de faire son marché ou, dit de manière plus politiquement correcte, d’investir. Car ne vous y trompez pas, derrière l’exubérance et la vulgarité se cache un homme intelligent qui pense économies d’échelle, marketing et bénéfices. Il apprendra néanmoins que la France n’est pas la Chine et que le « business » ne se fait pas forcément de la même manière ni à la même vitesse.

Pour faire efficacement son marché dans l’hypermarché discount à ciel ouvert qu’est la France, Wang se déplace avec une délégation, aussi bruyante que tape-à-l’œil, composée de personnes indispensables telles que des conseillers, des camarades de lit (sous-entendez des jeunes filles parfois non majeures qui assouvissent les pulsions de ces messieurs) et un traducteur français qui se révèle être le mari de la nièce de Wang. Petit détail qui explique son accession à cette fonction, car disons-le tout de suite, il ne brille pas par ses talents d’interprète. Tout ce beau monde, qui sera rejoint en cours de route par une nouvelle traductrice, va donc passer son temps à voyager à travers la France en vue de faire de nouvelles acquisitions dont on ne peut s’empêcher de questionner le bien-fondé. Ce schéma narratif finit par avoir un côté redondant qui est fort heureusement cassé par les pensées des personnages. En effet, l’auteur nous offre quelques incursions dans la tête de certains personnages à travers de longs passages sans ou avec très peu de ponctuation. Si cela peut sembler étrange au premier abord, j’ai apprécié le procédé qui donne du rythme au récit et permet de se rapprocher de personnages pas forcément très attractifs.

L’auteur, qui connaît particulièrement bien le monde chinois, se joue volontairement et grossièrement des clichés que nous pouvons avoir sur les Chinois, mais aussi des clichés que ces derniers peuvent avoir sur nous. D’ailleurs des clichés, il y en a dans tout le roman que ce soit sur la manière de se comporter des Chinois lors des déplacements ou dans les relations d’affaires, leur petite tendance à l’espionnage industriel, leurs tentatives d’acheter progressivement tout ce qui fait la richesse de notre patrimoine culturel et économique, leur manque cruel de classe et de savoir-vivre, les tentatives plus ou moins voilées de corruption… Mais pas d’inquiétude, l’image de la France n’est pas en reste avec des politiciens qui baissent leur pantalon devant l’appât des gains, les traditionnelles grèves (on est un pays de fainéants ou on ne l’est pas), les retards dans les trains, les festifs bruits de kalachnikov à Marseille…

Si cette avalanche de stéréotypes poussés à l’extrême fera grincer quelques dents, il faut garder en tête que la surenchère est volontaire. L’auteur nous offre ainsi une satire avec deux mondes que tout oppose et dont la rencontre frontale fait quelques remous. Mais le principal intérêt de ce roman, du moins en ce qui me concerne, c’est qu’il met parfaitement en lumière la peur et les fantasmes que la Chine peut susciter dans des pays comme la France et, de manière plus générale, la mondialisation perçue par bien des personnes comme une menace. À travers Wang, c’est presque une Chine impériale toute puissante que l’on découvre. Une Chine qui peut acheter tout ce qui lui fait envie dépossédant la France de ses plus beaux atours. Une idée que certains médias se plaisent à entretenir. Alors que la Chine investisse dans notre pays, c’est un fait, qu’elle nous colonise, une exagération parfaitement exploitée par l’auteur à l’humour plutôt corrosif.

En rédigeant cette chronique, je me rends compte que le livre m’a fait passer un bon moment, mais qu’il m’a manqué un personnage sur lequel m’appuyer, une figure sympathique qui m’aurait donné envie de m’intéresser à sa vie et à ses aventures. Or, et c’est un choix que je comprends, l’auteur ne nous présente que des personnages caricaturaux et égocentriques auxquels je n’ai pas réussi à m’attacher. Au cours du livre, un nouveau personnage va heureusement prendre plus d’importance et apporter une nouvelle dynamique à l’histoire. Le personnage est en outre intéressant pour les questions qu’il permet aux lecteurs de se poser notamment sur la notion de morale qui semble un concept à géométrie variable au sein de la délégation. D’ailleurs, à cet égard, je dois dire que la fin est glaçante !

Pour conclure, à l’instar de l’illustration de couverture, Camarade Wang achète la France est une lecture atypique qui vous fera aller à la rencontre de personnages peu attachants, mais d’une exubérance qui prête à sourire. D’ailleurs, tout au long de votre lecture, la plume de l’auteur, cynique à souhait, vous arrachera indubitablement quelques sourires voire quelques rires. S’il m’a manqué la présence d’un protagoniste sympathique envers lequel j’aurais pu ressentir de l’empathie, j’ai néanmoins passé un moment de lecture plaisant. Alors si vous aimez vous jouer des clichés et avez envie de vous poser quelques questions sur la morale et le pouvoir de l’argent, ce roman est fait pour vous.

Envie d’acheter Camarade Wang achète la France de Stéphane Fière ?