In My Mailbox #227 : rentrée littéraire, PLIB et beaux livres

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In My Mailbox #226 : rentrée littéraire, Pumpkin Autumn Challenge et les désillusions de l’occasion

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In My Mailbox #225

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Les amants de Key West, Priscilla Oliveras

Couverture Les Amants de Key West

Photographe de renom, Alejandro n’avait pas revu sa ville natale de Key West, en Floride, depuis douze ans. Mais, après avoir été grièvement blessé, le voilà contraint d’y retourner.
Sur place, il retrouve son envahissante famille – dont son père qui ne lui a jamais pardonné d’avoir  » abandonné  » les siens et le restaurant cubain que tient la famille –, Enrique, son ami d’enfance, et surtout Anamaría, la sœur de ce dernier… son amour de jeunesse.
Anamaría a depuis développé une florissante entreprise de fitness, grâce entre autres à l’aide de Sara, l’épouse d’Enrique, influenceuse sur les réseaux sociaux.
Alejandro et Anamaría ne se sont jamais pardonné leur rupture. Aussi les retrouvailles entre les deux anciens amants s’annoncent-elles électriques. Mais sous le soleil de Floride, tout peut arriver… même le plus inattendu !

l’Archipel éditions (01/07/2021) – Roman & évasion – 340 pages – Papier (21€)
Traduction : Maryline Beury

AVIS

À noter que ce roman se déroule après Sous le soleil de Key West, que je n’ai pas lu, mais cela ne gêne pas la compréhension, les deux romans étant indépendants. Les quelques allusions de l’autrice à son premier roman enchanteront les personnes l’ayant apprécié, et permettront aux autres lecteurs, dont je fais partie, d’avoir un aperçu de l’histoire d’amour entre Sara et Luis. Une histoire d’amour qui ne m’attire pas outre mesure, à l’inverse de la nouvelle romance qui semble se dessiner à l’issue de ce roman…


Depuis quelques jours, j’enchaîne les romans des éditions de l’Archipel puisqu’après Duel au soleil et Dent de dinosaure, j’ai dévoré en deux soirées Les amants de Key West. Il faut dire que ma première rencontre avec Priscilla Oliveras s’est particulièrement bien passée, sa plume m’ayant d’emblée séduite, tout comme sa capacité à construire une intrigue douce et mouvementée à la fois, et développer des personnages humains dans leurs faiblesses, et attachants dans leurs qualités !

J’ai ainsi adoré partir à la rencontre de deux anciens amants qui, après une rupture difficile, vont avoir l’occasion de renouer et, avec un peu de chance, faire table rase d’un passé marqué par douze longues années de silence. Mais les choses s’annoncent, a priori, mal engagées… Anamaría, malgré la pression de sa mère, n’a aucune envie de revoir et prendre soin de son amour de jeunesse qui lui a brisé le cœur en quittant Key West pour réaliser ses rêves et fuir son père, en attendant d’elle qu’elle sacrifie tout pour le suivre. Et Alejandro n’a aucune envie de rester en convalescence dans sa famille, alors que son père lui a déjà depuis longtemps fait comprendre qu’il n’était plus le bienvenu, et qu’il a encore du mal à accepter ce qu’il considère comme une trahison de la part de son ex-petite amie. Sans son accident l’ayant gravement blessé, il n’aurait d’ailleurs jamais accepté de remettre les pieds dans sa ville natale où tellement de souvenirs le relient au passé…

Ce roman laisse une large place à la romance entre deux anciens amis et amants qui vont très vite réaliser que leur attirance d’antan est encore bien présente qu’ils le veuillent ou non. Malgré des échanges parfois tendus, chacun reprochant à l’autre leur rupture, on ressent pleinement leur très forte alchimie, leur connivence et cette complicité qui ne demande qu’à renaître de ses cendres. Pour ma part, j’ai adoré les voir évoluer ensemble, hésiter, douter, mais aussi réaliser que les blessures du passé ne demandent qu’à être définitivement pansées. Leur relation, pleine de tendresse et parfois un peu obscurcie par la peur d’être blessé, ne devrait pas manquer de faire battre le cœur des lecteurs, et leur donner très envie d’assister à un beau happy end entre deux personnages attachants qui semblent faits l’un pour l’autre. Anamaría et Alejandro nous offrent ainsi de très beaux moments durant lesquels les souvenirs du passé se mêlent aux espoirs du lendemain, un lendemain que le couple va devoir forger à son image.

L’autrice a réussi le tour de force de proposer une histoire d’amour belle et tendre qui s’impose à nous comme une évidence, mais qui n’est pas non plus exempte de difficultés, bien qu’elle ne se révèle jamais dramatique. En effet, si Anamaría et Alejandro se sont toujours aimés, ils ont également toujours eu entre eux le poids des attentes familiales et une vision de l’avenir assez différente. Ce sont d’ailleurs ces deux points qui les ont séparés il y a plus de dix ans et qui menacent maintenant de faire vaciller leur relation actuelle. Une relation sur laquelle ils se refusent à mettre un nom, mais qui compte énormément pour eux, malgré la menace d’un compte à rebours qui pourrait signifier la fin de tout ou, au contraire, le début d’une belle aventure à deux.

Peut-on aimer sans concession, tout en restant fidèle à ses propres rêves ? Peut-on concilier l’envie d’évasion et de découverte du monde de l’un, et le besoin de racines de l’autre ? Voici deux questions parmi de nombreuses autres soulevées par la relation entre une Anamaría ayant su trouver sa place au sein de sa communauté et un domaine professionnel dans lequel s’épanouir, et un Alejandro dont les aspirations professionnelles le conduisent par monts et par vaux. Je n’en dirai pas plus si ce n’est que j’ai apprécié que l’autrice rappelle que si ce n’est jamais facile, il est bien souvent possible de trouver des compromis ne nécessitant pas le sacrifice de l’un au profit de l’autre.

J’ai également beaucoup aimé suivre Anamaría dans le développement de son activité professionnelle dans laquelle elle semble vraiment s’épanouir, et faire des étincelles, que ce soit grâce à son dynamisme, ses multiples compétences, sa gentillesse ou sa sincère envie d’aider les autres. L’aide de sa future belle-sœur, une influence qui croit en elle et qui lui a ouvert son carnet d’adresses, n’est pas non plus étranger à son succès… Quant à Alejandro, photographe de talent, il semble réussir à exprimer dans ses photos tous les mots qu’il se refuse à prononcer, les maux sur lesquels il évite de s’appesantir, les émotions qui l’assaillent au gré de ses rencontres, la beauté des décors et des paysages qu’il découvre, et la vie qui pulse en chacun des êtres vivants qu’il photographie.

Au-delà de cet équilibre entre aspirations personnelles/professionnelles et désidératas amoureux, qui n’est pas toujours facile à atteindre pour des personnes aux objectifs de vie très différents, l’autrice aborde également avec brio la complexité des relations familiales, une source puissante de motivation et de soutien pour avancer dans la vie, mais aussi parfois un frein difficile à surmonter. Ainsi, si Anamaría a toujours pu compter sur le soutien inconditionnel de sa famille, de ses frères protecteurs, d’une mère envahissante, mais bienveillante, et d’un père dont elle est le joyau, Alejandro lui a dû et doit toujours évoluer en eaux troubles, entre un frère, une mère et une grand-mère adorables, et un père qui l’a depuis fort longtemps rejeté. Ce dernier n’a, en effet, pas accepté que son aîné refuse de reprendre les rênes du restaurant familial, vivant cela comme un affront et une marque d’ingratitude envers un héritage familial construit à force de dur labeur et de sacrifices, la famille d’Alejandro ayant dû fuir Cuba sous Castro. 

Le père d’Alejandro m’a exaspérée à plus d’un titre, mais le personnage permet à l’autrice d’évoquer le poids des attentes familiales, parfois écrasantes, et la difficulté pour certains parents d’accepter que leurs enfants ne suivent pas la voie toute tracée qu’ils avaient prévue pour eux. À cet égard, il y a une scène qui m’a beaucoup émue, parce qu’elle concrétise une chose à laquelle Alejandro a toujours aspiré sans jamais se l’avouer, tout en nous offrant un moment père/fils d’une rare intensité. J’ai également été très émue par la manière dont le photographe de génie réussit, à travers son art, à construire un magnifique pont entre présent et histoire, qu’elle soit familiale et/ou collective.  Collective, car l’histoire de Cuba et des personnes qui ont dû fuir Castro est tissée en toile de fond… Que ce soit grâce aux quelques mots espagnols glissés par-ci par-là que j’aurais d’ailleurs aimé voir traduits en notes de bas de page (oui, j’ai l’envie saugrenue de comprendre tout ce que je lis), la cuisine ou l’immersion dans la vie de deux familles cubaines, l’autrice offre d’ailleurs une petite incursion dans la culture cubaine.

En conclusion, entre rancune, doutes, interrogations, espoirs et échanges auréolés de sensualité, assistez aux retrouvailles mouvementées entre deux anciens amoureux, dont la complicité évidente et l’alchimie indéniable, malgré de longues années de séparation, ne devraient pas manquer de vous faire battre le cœur. Voici une romance addictive et facile à lire parfaite pour l’été et les personnes en quête d’une histoire d’amour laissant néanmoins une large place à la famille, et soulignant l’importance des racines et des liens familiaux. D’ailleurs, mention spéciale pour l’adorable Lulu, une petite fille qui devrait vous faire fondre…

Je remercie les éditions de l’Archipel de m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

 

In My Mailbox #215

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J’attendais avec impatience Duel au soleil qui sort le 10 juin aux éditions de l’Archipel. J’ai quelques lectures prioritaires à faire avant, mais je compte rapidement me jeter dessus !

Stray Dog Incomplete

J’ai passé une petite commande sur Vinted, ayant trouvé les deux premiers tomes de la trilogie de Wendy Spinale à un prix imbattable. J’en ai profité pour prendre chez la même vendeuse Milly Vodovic, qui me tente depuis un petit moment, et pas seulement pour sa tranche bleutée.

Et vous, quelles sont les nouveautés de votre PAL ?
Certains de ces titres vous tentent-ils ?

Ne la quitte pas du regard, Claire Allan

Ne la quitte pas du regard

« Ne crois pas ce qu’il te raconte. » Cette note anonyme glissée dans son casier instille le doute dans l’esprit d’Eli, une infirmière enceinte de sept mois. Simple plaisanterie de mauvais goût ou véritable avertissement ?
Le message fait-il allusion à son mari, Martin, qu’elle sent de plus en plus distant depuis le début de sa grossesse ? Un deuxième message lui parvient bientôt, plus explicite mais surtout plus inquiétant. Puis les menaces se précisent…
Dans l’ombre, une femme semble l’épier. Une femme qui souhaite plus que tout devenir mère…
Ne la quitte pas du regard alterne plusieurs voix – dont celle d’Eli, la future maman, et celle de Louise, qui suit une femme enceinte qu’elle ne juge pas digne d’élever la fillette qu’elle attend. Un suspense dont la tension va crescendo, jusqu’au dénouement… inattendu !

L’Archipel (8 avril 2021) – 340 pages – 22€

AVIS

Au fil du temps, les éditions de l’Archipel sont devenues ma référence en matière de thrillers, notamment en raison de leur talent pour découvrir et mettre à la portée du public francophone des thrillers haletants et pleins de suspense. Et Ne la quitte pas du regard ne déroge pas à la règle.

S’il y a quelque chose qui m’a chiffonnée avec le style, sans que je n’arrive à vraiment mettre des mots sur mon impression et sans que je ne puisse déterminer si c’est dû à l’autrice ou la traduction, force est de reconnaître que le roman se lit vite et, surtout bien.

Dès le début, Claire Allan instaure une certaine tension et pas mal de suspense. Qui s’amuse à envoyer des mots désobligeants à Eli, une infirmière enceinte de plus de 7 mois ? Pourquoi sous-entendre que son mari, Martin, la trompe allègrement et passe du bon temps en charmante compagnie pendant qu’elle s’enferme dans les maux d’une grossesse difficile ? Dans un premier temps, Eli tente de chasser ces allégations de son esprit, mais très vite le doute s’installe et prend de plus en plus d’ampleur. Ces accusations anonymes n’ont-elles pas un fond de vérité ? N’expliqueraient-elles pas pourquoi son mari semble avoir pris ses distances avec elle ?

Et les doutes du début deviennent suspicion quand le délateur s’enhardit et devient de plus en plus menaçant. Heureusement, Eli peut compter sur l’aide de sa mère pour gérer la menace et affronter un  mariage qui part en déliquescence… La complicité entre la mère et la fille est très forte, les deux femmes n’ayant longtemps pu compter que l’une sur l’autre. Mais de fil en aiguille, le réconfort apporté par Angela se fait de plus en plus pesant et étouffant, cette dernière ayant quelque peu du mal à couper le cordon avec une fille qu’elle tend à surprotéger et à considérer encore comme son bébé.

En parallèle de ces deux femmes, on suit Louise, une femme obnubilée par l’idée d’être mère et qui, pour ce faire, est prête à toute, même à commettre l’irréparable. Avec méticulosité et patience, elle observe et traque une femme enceinte qu’elle juge indigne de son enfant à venir. Après tout, comment cette future mère ose-t-elle se laisser aller et faire la tête quand elle a l’immense bonheur de porter la vie en elle ? Elle, elle aurait tout donné pour être à sa place… De fil en aiguille, on découvre les blessures profondes de cette femme qui se rêvait mère, mais qui devient espionne et, bientôt, voleuse d’enfant.

L’implacabilité de Louise pour mener à bien son horrible projet fait froid dans le dos, d’autant qu’elle tait fort rapidement ses quelques élans de culpabilité en les justifiant par de pseudo-volontés divines. Néanmoins, et ce fut assez déstabilisant, je n’ai pas pu m’empêcher d’être touchée par la détresse de cette femme dont toute la vie se résume à son besoin viscéral d’être mère. Un besoin mainte fois contrarié, jusqu’à cette fois de trop qui a fini par casser quelque chose en elle. Cela n’excuse pas son comportement, mais j’ai apprécié la manière dont l’autrice a su nous plonger dans la psychologie d’une femme perturbée, capable du pire comme de la plus totale dévotion.

L’alternance des points de vue apporte beaucoup de dynamisme à la lecture, mais c’est probablement la tension et les doutes qui donnent envie de tourner les pages. On aspire, tout comme Eli, à connaître la vérité, tout en la redoutant à mesure que le dénouement approche, et que l’étau se resserre jusqu’à créer une ambiance particulièrement angoissante et étouffante. Pour ma part, j’ai assez rapidement compris le fin mot de l’histoire, même s’il m’a fallu attendre les deux tiers du roman pour être certaine de moi, mais si je n’avais pas lu un thriller qui reprenait le même procédé il y a peu, je me serais laissé berner. L’autrice a, en effet, su créer ici une trame machiavélique qui ne devrait pas manquer de surprendre et de frigorifier bon nombre de lecteurs.

En plus du suspense omniprésent et de ce sentiment de danger étouffant qui monte crescendo, Ne la quitte pas des yeux est un roman que je vous recommanderais pour la pertinence avec laquelle il aborde la maternité sous différentes perspectives : les relations mères filles, la difficulté pour certaines mères de laisser leurs enfants prendre leur envol, le désir non assouvi de maternité, le regard que la société porte sur la grossesse… Une grossesse idéalisée qui fait peser un poids énorme sur des futures mères comme Eli qui souffre, n’arrive pas à passer outre les désagréments de son état et qui ne se sent pas particulièrement attachée à l’être qui grandit en elle. De jugement en injonction au bonheur, on perçoit pleinement à quel point Eli se sent incomprise, et aurait aimé le soutien et le réconfort d’un mari, pas méchant, mais qui semble parfois bien plus impliqué dans son travail que dans le bien-être psychologique de sa femme. En trame de fond, il est également question de deuil périnatal et de la difficulté, voire de l’impossibilité pour certaines personnes de s’en relever…

Autre point que j’ai particulièrement apprécié, le contexte professionnel d’Eli qui travaille dans un service de soins palliatifs. Sans tomber dans le pathos, l’autrice montre la dureté de ce métier, mais aussi les liens que le personnel médical lie avec les patients afin de rendre leur fin de vie la plus digne et humaine possible. C’est un point qui m’a beaucoup touchée, d’autant que l’on sent Eli très impliqué dans son travail et le bien-être des patients.

En conclusion, malgré un style d’écriture efficace, mais qui ne m’a pas transcendée, Ne la quitte pas du regard fut une lecture haletante que j’ai eu bien du mal à lâcher. De fil en aiguille, le doute s’installe, la tension s’intensifie et l’ambiance devient de plus en plus angoissante jusqu’à se faire suffocante. Entre une femme qui vit une grossesse difficile et dont l’existence vole en éclats, une mère qui a construit toute sa vie autour de son enfant unique, et une femme prête à tout pour enfin être mère… les lecteurs découvrent l’amour maternel sous différentes formes. Mais qu’advient-il quand celui-ci devient obsession ? Et si le danger n’était pas celui que l’on pensait ? À travers un final frigorifiant, Claire Allan soulève les voiles d’une terrible vérité…

Je remercie les éditions de l’Archipel de m’avoir envoyé Ne la quitte pas du regard en échange de mon avis.

Le cadeau, Sebastian Fitzek

Le cadeau par Fitzek

Il est des cadeaux qu’on préférerait ne jamais recevoir…

Arrêté à un feu à Berlin, Milan Berg aperçoit sur le siège arrière d’une voiture une ado terrorisée qui plaque une feuille de papier contre la vitre. Un appel au secours ? Milan ne peut en être certain : il est analphabète. Mais il sent que la jeune fille est en danger de mort.

Lorsqu’il décide de partir à sa recherche, une odyssée terrifiante commence pour lui. Accompagné d’Andra, sa petite amie, Milan est contraint de retourner sur l’île de son enfance. Là, il va découvrir des pans entiers de son passé qu’il avait oubliés…

Une cruelle prise de conscience s’impose alors : la vérité est parfois trop horrible pour qu’on puisse continuer à vivre avec elle – et l’ignorance est souvent le plus beau des cadeaux…

Comme à son habitude, Sebastian Fitzek a imaginé un scénario diabolique qui manipule le lecteur pour son plus grand plaisir.

L’Archipel (4 mars 2021) – 350 pages – Broché (22€) – Ebook (15,99€)

AVIS

Sebastian Fitzek est un auteur dont j’ai entendu beaucoup de bien. J’étais donc impatiente de le découvrir à travers son dernier roman, Le cadeau. Un titre qui ne manque pas d’ironie si l’on considère le piège infernal dans lequel va tomber Milan, un personnage souffrant d’une forme lourde d’analphabétisme : l’alexie totale.

Incapable de lire et d’écrire et ne voyant dans les lettres que des formes indéchiffrables, il a dû développer, au fil des ans, des stratégies de compensation et d’évitement pour faire face à la plupart des situations du quotidien. Son incapacité à lire ne l’a ainsi pas empêché de trouver un travail de serveur et de nouer une relation amoureuse avec sa collègue, Andra. Ce métier alimentaire ne lui permet néanmoins pas de valoriser ses talents, Milan étant un petit prodige des chiffres doté d’une mémoire photographique et d’une grande intelligence. Des qualités qui lui seront fort utiles quand il va se lancer sur la piste d’une jeune fille qu’il soupçonne d’avoir été kidnappée.

Une bonne action aussi héroïque que malencontreuse puisque de fil en aiguille, cette affaire de kidnapping va se complexifier et pousser Milan dans ses retranchements. Plus il tente de retrouver Zoé et de la sauver d’un triste sort, plus le brouillard autour de son enlèvement s’opacifie et le plonge dans un océan de doutes et de perplexité, d’autant que tout semble être lié à son passé ! Alors que certains auraient probablement appelé la police pour démêler cette affaire, Milan semble lui-même s’enfermer dans un piège qui prend de plus en plus des allures de jeu malsain duquel il n’a que peu d’espoir de sortir indemne. Devant la cruauté dont fait preuve le ravisseur de Zoé, Milan lui-même commence à changer et à dévoiler une part assez sombre de son être…

Et c’est l’un des atouts du roman, la manière dont l’auteur joue sur le côté limite de son personnage dont les méthodes se confondent bien souvent avec ceux des méchants. Il n’hésite pas à cogner et à menacer, s’enfonçant de plus en plus dans les ténèbres. Dépassé par la situation, il sera heureusement écouté et soutenu par sa compagne et collègue, Andra. Toutefois, dans ce roman, personne ne semble jouer franc-jeu ! Assez vite, on se pose des questions sur cette femme et ses mensonges qu’ils soient directs ou par omission. Peut-on totalement lui faire confiance ou la manière dont elle a pris Milan sous son aile malgré une première rencontre fracassante, cache-t-elle quelque chose ?

L’auteur joue indéniablement avec nos nerfs, nous poussant à nous méfier de tout et de tout le monde, de la victime qu’est finalement Milan aux personnes de son entourage, parfois très très proche. Ce sentiment de suspicion qui ne fait que s’intensifier introduit énormément de tension, de mystère et de suspense ! Il est quasiment impossible de ne pas enchaîner les chapitres, d’autant que courts et rythmés, ils offrent une alternance de points de vue et de temporalité intéressante. Si le présent est passionnant, notamment par l’enchevêtrement d’événements dans lequel il nous plonge, j’ai adoré creuser le passé de Milan. Au gré de son enquête et des révélations qui lui sont faites, il tente de faire la lumière sur tous les souvenirs qui semblent lui échapper depuis un terrible incident ayant coûté la vie à sa mère. Mais est-il vraiment prudent de réveiller le passé ? L’ignorance n’est-elle pas parfois le plus beau des cadeaux ?

Sans entrer dans les détails, je peux vous dire que l’auteur vous réserve du grandiose, tout en abordant une thématique qui me passionne : l’inné et l’acquis. Existe-t-il un gêne de la méchanceté et de la malveillance ? Certaines personnes sont-elles mauvaises par essence ou possédons-nous tous un potentiel de destruction qui s’exprime ou non en fonction de notre éducation et de notre environnement ? Le regard que l’on porte sur quelqu’un, non pas en fonction de ce qu’il est, mais de nos croyances, ne risque-t-il pas à terme d’influencer négativement sa vie ? Ce sont des exemples, parmi d’autres, des questions passionnantes que soulève ce roman qui ne cherche néanmoins jamais à imposer certaines vérités. La fin en est bien une, mais elle n’apporte pas une réponse claire et définitive à cette question de l’inné et de l’acquis qui continue à diviser les foules et susciter des débats enflammés.

Si j’avais anticipé certaines révélations, dont l’une assez rapidement, je me suis laissée complètement surprendre par le twist final, qui prouve qu’il faut parfois se méfier de nos propres déductions. L’auteur réussit à nous mener là où il le voulait sans jamais éveiller nos doutes. Peut-être parce qu’il y a quelque chose de terriblement machiavélique derrière la raison de toute cette histoire qui n’est pas à conseiller aux âmes sensibles, certains passages se révélant assez durs. Je pense, entre autres au prologue qui m’a horrifiée ou à une scène avec une agrafeuse. Mais heureusement, l’auteur n’abuse pas des scènes de torture, préférant nous plonger dans l’angoisse et l’horreur grâce à un travail sur la psychologie torturée de ses personnages et sur le mystère omniprésent et entêtant.

J’ai néanmoins regretté un certain manque de profondeur concernant l’un des protagonistes, ce qui rend ses actions peu crédibles, sauf à considérer qu’il souffre d’une pathologie autre que la malveillance pure ! Mais ce qui m’a empêchée d’avoir un coup de cœur pour ce roman pourtant captivant, c’est cette impression d’être dans un blockbuster ou un thriller à l’américaine. L’enchevêtrement des événements, bien que diablement efficace, manque quelque peu de subtilité, voire en certaines occasions, de réalisme. Alors, j’aurais peut-être préféré que l’on occulte parfois le côté grand spectacle pour prendre le temps de se poser et de creuser certaines scènes, réactions et actions… Cela aurait permis d’ancrer le roman un peu plus dans la réalité, d’en faire ressortir toute l’horreur et d’en souligner la profondeur, l’auteur évoquant des thématiques importantes et sous-représentées en littérature.

En conclusion, Le cadeau est un peu le thriller des mauvaises décisions que l’on prend pour de bonnes raisons, mais c’est surtout un roman haletant qui vous plonge avec brio dans un jeu malsain entre présent et passé dont personne n’est certain de sortir complètement indemne. Sombre, rythmée, palpitante et auréolée d’une bonne dose de mystère et de nombreux secrets, cette histoire vous poussera dans vos retranchements, avant de vous faire réaliser que l’ignorance est parfois autant un fardeau qu’un cadeau.

Merci aux éditions de l’Archipel de m’avoir envoyé ce roman en échange me mon avis.

Au pays des eucalyptus, Elizabeth Haran

Couverture Au pays des eucalyptus

Quand, en 1910, Nola Grayson, une jeune préceptrice en avance sur son temps, quitte l’Angleterre pour rejoindre les terres hostiles et inhospitalières d’Australie, elle sait qu’elle aura fort à faire pour trouver sa place. Parviendra-t-elle à trouver le bonheur par-delà les océans ? Une saga digne des meilleurs romans de Tamara McKinley et Sarah Lark.
Nola Grayson est une jeune préceptrice en avance sur son temps. Mais, en 1910, la bonne société londonienne ne veut pas d’une enseignante aux méthodes pédagogiques jugées subversives. Ne prône-t-elle pas, entre autres, l’émancipation de la femme ?
Aussi, quand Nola se voit proposer un poste à des milliers de kilomètres de chez elle, en Australie, décide-t-elle de tenter l’aventure. Pleine d’optimisme.
Mais, une fois arrivée sur l’île continent, elle déchante. Les habitants de cette partie reculée du bush attendaient un instituteur. Quelle n’est donc pas leur surprise de voir débarquer une femme… Nola parviendra-t-elle à s’imposer dans cette terre dure et inhospitalière ? Et à trouver le bonheur ?

L’Archipel (4 février 2021) – Papier (22€) – Ebook (15,99€)
Traduction : Penny Lewis

AVIS

J’ai tout simplement adoré cette histoire dépaysante à souhait ! Il ne m’a d’ailleurs pas fallu longtemps pour dévorer ces 450 pages d’aventure, d’amitié, d’amour et de quête de soi, sous un soleil de plomb et dans une sécheresse de tous les diables !

Dans un prologue qui ne manque pas d’humour, l’autrice ébauche déjà les principaux traits de son héroïne résolument en avance sur son temps : indépendante, volontaire, contre les conventions sociales qui enferment les femmes dans des rôles prédéterminés, pour l’égalité entre les sexes, aux méthodes d’enseignement atypiques… Cette femme ne ressemble pas vraiment à celles que l’on peut rencontrer au sein de l’aristocratie londonienne de 1910, ce qui explique le fait qu’elle n’arrive guère à conserver sa place d’enseignante plus que quelques semaines. Alors, elle n’hésite pas très longtemps quand une opportunité se présente à elle, quand bien même celle-ci serait à des milliers de kilomètres de chez elle, dans le très isolé outback australien.

Malheureusement pour elle, l’accueil est plutôt froid, et c’est un euphémisme. Le propriétaire du domaine où elle doit travailler, Langford Reinhart, et son intendant, Galen Hartford, attendaient avec impatience un enseignant, et non une enseignante. Ils se refusent donc obstinément à lui ouvrir leurs portes ! En effet, pour ces messieurs, le sexe faible n’a rien à faire dans l’outback où les conditions de vie sont extrêmement difficiles et pour le moins solitaires. Mais il faudra bien plus à Nola que le rejet de ses employeurs pour la convaincre de retourner en Angleterre, où rien ne l’attend si ce n’est le regard désapprobateur et réprobateur de la bonne société.

La jeune femme va donc tout faire pour gagner sa place et prouver que oui, une femme peut affronter la faune et la flore locales, survivre dans un climat fiévreux où la sécheresse et la chaleur vous étouffent, faire face sans geindre aux intempéries et multiples dangers qui entourent une vie isolée de tous ! Mieux, Nola est bien déterminée à prouver à ces deux hommes, qui la rejettent sans même la connaître, qu’elle désire ardemment cette vie d’aventure, dépourvue des artifices de la vie en société. Dans l’outback, seules vos compétences, votre détermination, votre pugnacité et votre capacité à travailler dur comptent, pas la manière dont vous respectez des codes sociétaux, bien souvent futiles et injustes envers les femmes.

J’ai eu un énorme coup de cœur pour Nola qui est une jeune femme volontaire qui sait ce qu’elle veut et qui est prête à se battre pour l’obtenir, quitte à tout chambouler autour d’elle et à se lancer à la découverte d’un mode de vie complètement différent du sien. Ainsi, elle ne recule devant rien et affronte avec courage et la tête haute toutes les situations. Malgré le rejet de ses employeurs, elle s’investit corps et âme dans sa nouvelle vie, allant bien au-delà de ce que l’on attend d’elle, et se montrant bien souvent très utile pour trouver des solutions innovantes aux problèmes du domaine… Mais si elle a confiance en elle et en sa capacité d’adaptation, elle sait aussi faire preuve d’humilité et ne se présente jamais en madame Je-sais-tout. Elle est convaincue de l’importance de l’éducation, mais reconnaît aussi la valeur de l’expérience.

Tout autant de qualités qui la rendent précieuse et inspirante ! Dommage que Galen et Langford ont du mal, du moins dans un premier temps, à le voir et à le reconnaître. Il faut dire que ces deux hommes, très différents l’un de l’autre, partagent pourtant cette même défiance envers les femmes ! Une situation intenable qui va pousser Nola à tout faire pour en comprendre les causes. De fil en aiguille, des secrets vont être dévoilés, et Nola va devoir faire face à ses propres sentiments afin de démêler le vrai du faux… Il existe un certain mystère autour de la disparition des femmes de Galen et de Langford, et si j’avais plus ou moins rapidement compris la réalité derrière les non-dits, j’ai apprécié la manière dont l’autrice a géré cet aspect de l’intrigue. Cela, en plus d’introduire un peu de suspense et de mystère, permet de mieux comprendre les deux hommes.

À cet égard, je ressors complètement séduite par leur évolution, et plus particulièrement par celle de Langford, un homme amer, tyrannique et aigri qui va réussir à faire fondre mon cœur. Et je dis chapeau à l’autrice, parce que pendant une bonne partie du roman, j’ai fini par croire son cas désespéré ! Mais de fil en aiguille, la détermination, le courage et le franc-parler de Nola vont arriver à s’immiscer dans le cœur de cet être revêche, qui va alors nous dévoiler une tout autre facette de sa personnalité. Une facette qui permet de mieux comprendre la fidélité et l’affection de Galen à son égard, et d’imaginer l’homme qu’il avait été avant que le drame ne vienne le frapper. Si son évolution est si touchante, c’est avant tout parce qu’elle est progressive et réaliste !

Galen est également un homme auquel je me suis attachée et dont j’ai apprécié la gentillesse discrète, la présence rassurante et la dévotion envers ses enfants qu’il a tentés, peut-être un peu maladroitement, de protéger du passé. D’ailleurs, si j’ai apprécié la personnalité des trois enfants, j’avoue avoir craqué pour la petite dernière qui a noué une belle et profonde relation avec Nola, la seule présence féminine dans sa vie depuis la mort de sa mère.

Je n’évoquerai pas tous les personnages, mais ce qui est certain, c’est que l’autrice a réalisé un très beau travail sur ceux-ci, les dotant d’une personnalité complexe, dont on a envie de comprendre toutes les forces et les faiblesses. Certains personnages m’ont très agréablement surprise, mais j’ai eu également une petite déception, qui prouve que les bonnes intentions n’aident pas à former les plus belles et fortes relations. Si l’ambiance est résolument masculine au sein du domaine, Nola saura nouer une amitié avec une patronne d’hôtel qui a aussi son franc-parler. Ouverte d’esprit, notre enseignante fera également connaissance avec une tribu aborigène, découvrant une culture autre, faite de périodes d’errance, de croyances fortes, et d’un bel esprit d’accueil… J’ai beaucoup apprécié ces échanges entre Nora et la tribu avec laquelle elle sera plus ou moins liée, du moins provisoirement.

Au-delà des personnages, ce roman est une ode à l’aventure ! L’action et les dangers sont ainsi bien présents, qu’ils soient météorologiques ou humains. Au fil des pages et d’une vie dont elle appréhende progressivement tous les aspects, Nola va être poussée dans ses retranchements et va devoir puiser au fond d’elle-même les ressources pour affronter un avenir qui s’annonce difficile, mais à la hauteur d’une femme de sa trempe ! Une femme, certes avec ses propres peurs, mais une femme d’exception qui semble plus que taillée pour l’outback australien.

Quant à la plume de l’autrice, je l’ai beaucoup appréciée. Simple, rythmée, dynamique et fluide, elle rend la lecture très plaisante, d’autant que l’autrice, à travers son héroïne et son légendaire franc-parler, n’hésite pas à introduire quelques pointes d’humour. C’est le genre de style efficace qui vous donne parfois plus l’impression de vivre le roman que de le lire…

En conclusion, Au pays des eucalyptus est un roman qui m’a tenue en haleine, que ce soit pour le beau moment d’évasion et de dépaysement qu’il m’a offert ou son côté grande aventure qui ne manquera pas d’apporter son lot de dangers et d’actions. Mais c’est surtout un très beau roman de vie, une fresque épique et touchante dépeignant la manière dont une femme en avance sur son temps va s’imposer dans un environnement hostile, et prouver à tous qu’être une femme, même en 1910, ce n’est pas être faible ! Empli de tendres et intenses moments, d’amitié, de doutes et de promesses d’amour, cet ouvrage devrait tour à tour vous divertir, vous toucher et vous pousser à croire en l’existence des secondes chances et de la capacité de chacun à retrouver le bonheur après la tempête.

Je remercie les éditions de l’Archipel de m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis..