Ne la quitte pas du regard, Claire Allan

Ne la quitte pas du regard

« Ne crois pas ce qu’il te raconte. » Cette note anonyme glissée dans son casier instille le doute dans l’esprit d’Eli, une infirmière enceinte de sept mois. Simple plaisanterie de mauvais goût ou véritable avertissement ?
Le message fait-il allusion à son mari, Martin, qu’elle sent de plus en plus distant depuis le début de sa grossesse ? Un deuxième message lui parvient bientôt, plus explicite mais surtout plus inquiétant. Puis les menaces se précisent…
Dans l’ombre, une femme semble l’épier. Une femme qui souhaite plus que tout devenir mère…
Ne la quitte pas du regard alterne plusieurs voix – dont celle d’Eli, la future maman, et celle de Louise, qui suit une femme enceinte qu’elle ne juge pas digne d’élever la fillette qu’elle attend. Un suspense dont la tension va crescendo, jusqu’au dénouement… inattendu !

L’Archipel (8 avril 2021) – 340 pages – 22€

AVIS

Au fil du temps, les éditions de l’Archipel sont devenues ma référence en matière de thrillers, notamment en raison de leur talent pour découvrir et mettre à la portée du public francophone des thrillers haletants et pleins de suspense. Et Ne la quitte pas du regard ne déroge pas à la règle.

S’il y a quelque chose qui m’a chiffonnée avec le style, sans que je n’arrive à vraiment mettre des mots sur mon impression et sans que je ne puisse déterminer si c’est dû à l’autrice ou la traduction, force est de reconnaître que le roman se lit vite et, surtout bien.

Dès le début, Claire Allan instaure une certaine tension et pas mal de suspense. Qui s’amuse à envoyer des mots désobligeants à Eli, une infirmière enceinte de plus de 7 mois ? Pourquoi sous-entendre que son mari, Martin, la trompe allègrement et passe du bon temps en charmante compagnie pendant qu’elle s’enferme dans les maux d’une grossesse difficile ? Dans un premier temps, Eli tente de chasser ces allégations de son esprit, mais très vite le doute s’installe et prend de plus en plus d’ampleur. Ces accusations anonymes n’ont-elles pas un fond de vérité ? N’expliqueraient-elles pas pourquoi son mari semble avoir pris ses distances avec elle ?

Et les doutes du début deviennent suspicion quand le délateur s’enhardit et devient de plus en plus menaçant. Heureusement, Eli peut compter sur l’aide de sa mère pour gérer la menace et affronter un  mariage qui part en déliquescence… La complicité entre la mère et la fille est très forte, les deux femmes n’ayant longtemps pu compter que l’une sur l’autre. Mais de fil en aiguille, le réconfort apporté par Angela se fait de plus en plus pesant et étouffant, cette dernière ayant quelque peu du mal à couper le cordon avec une fille qu’elle tend à surprotéger et à considérer encore comme son bébé.

En parallèle de ces deux femmes, on suit Louise, une femme obnubilée par l’idée d’être mère et qui, pour ce faire, est prête à toute, même à commettre l’irréparable. Avec méticulosité et patience, elle observe et traque une femme enceinte qu’elle juge indigne de son enfant à venir. Après tout, comment cette future mère ose-t-elle se laisser aller et faire la tête quand elle a l’immense bonheur de porter la vie en elle ? Elle, elle aurait tout donné pour être à sa place… De fil en aiguille, on découvre les blessures profondes de cette femme qui se rêvait mère, mais qui devient espionne et, bientôt, voleuse d’enfant.

L’implacabilité de Louise pour mener à bien son horrible projet fait froid dans le dos, d’autant qu’elle tait fort rapidement ses quelques élans de culpabilité en les justifiant par de pseudo-volontés divines. Néanmoins, et ce fut assez déstabilisant, je n’ai pas pu m’empêcher d’être touchée par la détresse de cette femme dont toute la vie se résume à son besoin viscéral d’être mère. Un besoin mainte fois contrarié, jusqu’à cette fois de trop qui a fini par casser quelque chose en elle. Cela n’excuse pas son comportement, mais j’ai apprécié la manière dont l’autrice a su nous plonger dans la psychologie d’une femme perturbée, capable du pire comme de la plus totale dévotion.

L’alternance des points de vue apporte beaucoup de dynamisme à la lecture, mais c’est probablement la tension et les doutes qui donnent envie de tourner les pages. On aspire, tout comme Eli, à connaître la vérité, tout en la redoutant à mesure que le dénouement approche, et que l’étau se resserre jusqu’à créer une ambiance particulièrement angoissante et étouffante. Pour ma part, j’ai assez rapidement compris le fin mot de l’histoire, même s’il m’a fallu attendre les deux tiers du roman pour être certaine de moi, mais si je n’avais pas lu un thriller qui reprenait le même procédé il y a peu, je me serais laissé berner. L’autrice a, en effet, su créer ici une trame machiavélique qui ne devrait pas manquer de surprendre et de frigorifier bon nombre de lecteurs.

En plus du suspense omniprésent et de ce sentiment de danger étouffant qui monte crescendo, Ne la quitte pas des yeux est un roman que je vous recommanderais pour la pertinence avec laquelle il aborde la maternité sous différentes perspectives : les relations mères filles, la difficulté pour certaines mères de laisser leurs enfants prendre leur envol, le désir non assouvi de maternité, le regard que la société porte sur la grossesse… Une grossesse idéalisée qui fait peser un poids énorme sur des futures mères comme Eli qui souffre, n’arrive pas à passer outre les désagréments de son état et qui ne se sent pas particulièrement attachée à l’être qui grandit en elle. De jugement en injonction au bonheur, on perçoit pleinement à quel point Eli se sent incomprise, et aurait aimé le soutien et le réconfort d’un mari, pas méchant, mais qui semble parfois bien plus impliqué dans son travail que dans le bien-être psychologique de sa femme. En trame de fond, il est également question de deuil périnatal et de la difficulté, voire de l’impossibilité pour certaines personnes de s’en relever…

Autre point que j’ai particulièrement apprécié, le contexte professionnel d’Eli qui travaille dans un service de soins palliatifs. Sans tomber dans le pathos, l’autrice montre la dureté de ce métier, mais aussi les liens que le personnel médical lie avec les patients afin de rendre leur fin de vie la plus digne et humaine possible. C’est un point qui m’a beaucoup touchée, d’autant que l’on sent Eli très impliqué dans son travail et le bien-être des patients.

En conclusion, malgré un style d’écriture efficace, mais qui ne m’a pas transcendée, Ne la quitte pas du regard fut une lecture haletante que j’ai eu bien du mal à lâcher. De fil en aiguille, le doute s’installe, la tension s’intensifie et l’ambiance devient de plus en plus angoissante jusqu’à se faire suffocante. Entre une femme qui vit une grossesse difficile et dont l’existence vole en éclats, une mère qui a construit toute sa vie autour de son enfant unique, et une femme prête à tout pour enfin être mère… les lecteurs découvrent l’amour maternel sous différentes formes. Mais qu’advient-il quand celui-ci devient obsession ? Et si le danger n’était pas celui que l’on pensait ? À travers un final frigorifiant, Claire Allan soulève les voiles d’une terrible vérité…

Je remercie les éditions de l’Archipel de m’avoir envoyé Ne la quitte pas du regard en échange de mon avis.

Le cadeau, Sebastian Fitzek

Le cadeau par Fitzek

Il est des cadeaux qu’on préférerait ne jamais recevoir…

Arrêté à un feu à Berlin, Milan Berg aperçoit sur le siège arrière d’une voiture une ado terrorisée qui plaque une feuille de papier contre la vitre. Un appel au secours ? Milan ne peut en être certain : il est analphabète. Mais il sent que la jeune fille est en danger de mort.

Lorsqu’il décide de partir à sa recherche, une odyssée terrifiante commence pour lui. Accompagné d’Andra, sa petite amie, Milan est contraint de retourner sur l’île de son enfance. Là, il va découvrir des pans entiers de son passé qu’il avait oubliés…

Une cruelle prise de conscience s’impose alors : la vérité est parfois trop horrible pour qu’on puisse continuer à vivre avec elle – et l’ignorance est souvent le plus beau des cadeaux…

Comme à son habitude, Sebastian Fitzek a imaginé un scénario diabolique qui manipule le lecteur pour son plus grand plaisir.

L’Archipel (4 mars 2021) – 350 pages – Broché (22€) – Ebook (15,99€)

AVIS

Sebastian Fitzek est un auteur dont j’ai entendu beaucoup de bien. J’étais donc impatiente de le découvrir à travers son dernier roman, Le cadeau. Un titre qui ne manque pas d’ironie si l’on considère le piège infernal dans lequel va tomber Milan, un personnage souffrant d’une forme lourde d’analphabétisme : l’alexie totale.

Incapable de lire et d’écrire et ne voyant dans les lettres que des formes indéchiffrables, il a dû développer, au fil des ans, des stratégies de compensation et d’évitement pour faire face à la plupart des situations du quotidien. Son incapacité à lire ne l’a ainsi pas empêché de trouver un travail de serveur et de nouer une relation amoureuse avec sa collègue, Andra. Ce métier alimentaire ne lui permet néanmoins pas de valoriser ses talents, Milan étant un petit prodige des chiffres doté d’une mémoire photographique et d’une grande intelligence. Des qualités qui lui seront fort utiles quand il va se lancer sur la piste d’une jeune fille qu’il soupçonne d’avoir été kidnappée.

Une bonne action aussi héroïque que malencontreuse puisque de fil en aiguille, cette affaire de kidnapping va se complexifier et pousser Milan dans ses retranchements. Plus il tente de retrouver Zoé et de la sauver d’un triste sort, plus le brouillard autour de son enlèvement s’opacifie et le plonge dans un océan de doutes et de perplexité, d’autant que tout semble être lié à son passé ! Alors que certains auraient probablement appelé la police pour démêler cette affaire, Milan semble lui-même s’enfermer dans un piège qui prend de plus en plus des allures de jeu malsain duquel il n’a que peu d’espoir de sortir indemne. Devant la cruauté dont fait preuve le ravisseur de Zoé, Milan lui-même commence à changer et à dévoiler une part assez sombre de son être…

Et c’est l’un des atouts du roman, la manière dont l’auteur joue sur le côté limite de son personnage dont les méthodes se confondent bien souvent avec ceux des méchants. Il n’hésite pas à cogner et à menacer, s’enfonçant de plus en plus dans les ténèbres. Dépassé par la situation, il sera heureusement écouté et soutenu par sa compagne et collègue, Andra. Toutefois, dans ce roman, personne ne semble jouer franc-jeu ! Assez vite, on se pose des questions sur cette femme et ses mensonges qu’ils soient directs ou par omission. Peut-on totalement lui faire confiance ou la manière dont elle a pris Milan sous son aile malgré une première rencontre fracassante, cache-t-elle quelque chose ?

L’auteur joue indéniablement avec nos nerfs, nous poussant à nous méfier de tout et de tout le monde, de la victime qu’est finalement Milan aux personnes de son entourage, parfois très très proche. Ce sentiment de suspicion qui ne fait que s’intensifier introduit énormément de tension, de mystère et de suspense ! Il est quasiment impossible de ne pas enchaîner les chapitres, d’autant que courts et rythmés, ils offrent une alternance de points de vue et de temporalité intéressante. Si le présent est passionnant, notamment par l’enchevêtrement d’événements dans lequel il nous plonge, j’ai adoré creuser le passé de Milan. Au gré de son enquête et des révélations qui lui sont faites, il tente de faire la lumière sur tous les souvenirs qui semblent lui échapper depuis un terrible incident ayant coûté la vie à sa mère. Mais est-il vraiment prudent de réveiller le passé ? L’ignorance n’est-elle pas parfois le plus beau des cadeaux ?

Sans entrer dans les détails, je peux vous dire que l’auteur vous réserve du grandiose, tout en abordant une thématique qui me passionne : l’inné et l’acquis. Existe-t-il un gêne de la méchanceté et de la malveillance ? Certaines personnes sont-elles mauvaises par essence ou possédons-nous tous un potentiel de destruction qui s’exprime ou non en fonction de notre éducation et de notre environnement ? Le regard que l’on porte sur quelqu’un, non pas en fonction de ce qu’il est, mais de nos croyances, ne risque-t-il pas à terme d’influencer négativement sa vie ? Ce sont des exemples, parmi d’autres, des questions passionnantes que soulève ce roman qui ne cherche néanmoins jamais à imposer certaines vérités. La fin en est bien une, mais elle n’apporte pas une réponse claire et définitive à cette question de l’inné et de l’acquis qui continue à diviser les foules et susciter des débats enflammés.

Si j’avais anticipé certaines révélations, dont l’une assez rapidement, je me suis laissée complètement surprendre par le twist final, qui prouve qu’il faut parfois se méfier de nos propres déductions. L’auteur réussit à nous mener là où il le voulait sans jamais éveiller nos doutes. Peut-être parce qu’il y a quelque chose de terriblement machiavélique derrière la raison de toute cette histoire qui n’est pas à conseiller aux âmes sensibles, certains passages se révélant assez durs. Je pense, entre autres au prologue qui m’a horrifiée ou à une scène avec une agrafeuse. Mais heureusement, l’auteur n’abuse pas des scènes de torture, préférant nous plonger dans l’angoisse et l’horreur grâce à un travail sur la psychologie torturée de ses personnages et sur le mystère omniprésent et entêtant.

J’ai néanmoins regretté un certain manque de profondeur concernant l’un des protagonistes, ce qui rend ses actions peu crédibles, sauf à considérer qu’il souffre d’une pathologie autre que la malveillance pure ! Mais ce qui m’a empêchée d’avoir un coup de cœur pour ce roman pourtant captivant, c’est cette impression d’être dans un blockbuster ou un thriller à l’américaine. L’enchevêtrement des événements, bien que diablement efficace, manque quelque peu de subtilité, voire en certaines occasions, de réalisme. Alors, j’aurais peut-être préféré que l’on occulte parfois le côté grand spectacle pour prendre le temps de se poser et de creuser certaines scènes, réactions et actions… Cela aurait permis d’ancrer le roman un peu plus dans la réalité, d’en faire ressortir toute l’horreur et d’en souligner la profondeur, l’auteur évoquant des thématiques importantes et sous-représentées en littérature.

En conclusion, Le cadeau est un peu le thriller des mauvaises décisions que l’on prend pour de bonnes raisons, mais c’est surtout un roman haletant qui vous plonge avec brio dans un jeu malsain entre présent et passé dont personne n’est certain de sortir complètement indemne. Sombre, rythmée, palpitante et auréolée d’une bonne dose de mystère et de nombreux secrets, cette histoire vous poussera dans vos retranchements, avant de vous faire réaliser que l’ignorance est parfois autant un fardeau qu’un cadeau.

Merci aux éditions de l’Archipel de m’avoir envoyé ce roman en échange me mon avis.

Au pays des eucalyptus, Elizabeth Haran

Couverture Au pays des eucalyptus

Quand, en 1910, Nola Grayson, une jeune préceptrice en avance sur son temps, quitte l’Angleterre pour rejoindre les terres hostiles et inhospitalières d’Australie, elle sait qu’elle aura fort à faire pour trouver sa place. Parviendra-t-elle à trouver le bonheur par-delà les océans ? Une saga digne des meilleurs romans de Tamara McKinley et Sarah Lark.
Nola Grayson est une jeune préceptrice en avance sur son temps. Mais, en 1910, la bonne société londonienne ne veut pas d’une enseignante aux méthodes pédagogiques jugées subversives. Ne prône-t-elle pas, entre autres, l’émancipation de la femme ?
Aussi, quand Nola se voit proposer un poste à des milliers de kilomètres de chez elle, en Australie, décide-t-elle de tenter l’aventure. Pleine d’optimisme.
Mais, une fois arrivée sur l’île continent, elle déchante. Les habitants de cette partie reculée du bush attendaient un instituteur. Quelle n’est donc pas leur surprise de voir débarquer une femme… Nola parviendra-t-elle à s’imposer dans cette terre dure et inhospitalière ? Et à trouver le bonheur ?

L’Archipel (4 février 2021) – Papier (22€) – Ebook (15,99€)
Traduction : Penny Lewis

AVIS

J’ai tout simplement adoré cette histoire dépaysante à souhait ! Il ne m’a d’ailleurs pas fallu longtemps pour dévorer ces 450 pages d’aventure, d’amitié, d’amour et de quête de soi, sous un soleil de plomb et dans une sécheresse de tous les diables !

Dans un prologue qui ne manque pas d’humour, l’autrice ébauche déjà les principaux traits de son héroïne résolument en avance sur son temps : indépendante, volontaire, contre les conventions sociales qui enferment les femmes dans des rôles prédéterminés, pour l’égalité entre les sexes, aux méthodes d’enseignement atypiques… Cette femme ne ressemble pas vraiment à celles que l’on peut rencontrer au sein de l’aristocratie londonienne de 1910, ce qui explique le fait qu’elle n’arrive guère à conserver sa place d’enseignante plus que quelques semaines. Alors, elle n’hésite pas très longtemps quand une opportunité se présente à elle, quand bien même celle-ci serait à des milliers de kilomètres de chez elle, dans le très isolé outback australien.

Malheureusement pour elle, l’accueil est plutôt froid, et c’est un euphémisme. Le propriétaire du domaine où elle doit travailler, Langford Reinhart, et son intendant, Galen Hartford, attendaient avec impatience un enseignant, et non une enseignante. Ils se refusent donc obstinément à lui ouvrir leurs portes ! En effet, pour ces messieurs, le sexe faible n’a rien à faire dans l’outback où les conditions de vie sont extrêmement difficiles et pour le moins solitaires. Mais il faudra bien plus à Nola que le rejet de ses employeurs pour la convaincre de retourner en Angleterre, où rien ne l’attend si ce n’est le regard désapprobateur et réprobateur de la bonne société.

La jeune femme va donc tout faire pour gagner sa place et prouver que oui, une femme peut affronter la faune et la flore locales, survivre dans un climat fiévreux où la sécheresse et la chaleur vous étouffent, faire face sans geindre aux intempéries et multiples dangers qui entourent une vie isolée de tous ! Mieux, Nola est bien déterminée à prouver à ces deux hommes, qui la rejettent sans même la connaître, qu’elle désire ardemment cette vie d’aventure, dépourvue des artifices de la vie en société. Dans l’outback, seules vos compétences, votre détermination, votre pugnacité et votre capacité à travailler dur comptent, pas la manière dont vous respectez des codes sociétaux, bien souvent futiles et injustes envers les femmes.

J’ai eu un énorme coup de cœur pour Nola qui est une jeune femme volontaire qui sait ce qu’elle veut et qui est prête à se battre pour l’obtenir, quitte à tout chambouler autour d’elle et à se lancer à la découverte d’un mode de vie complètement différent du sien. Ainsi, elle ne recule devant rien et affronte avec courage et la tête haute toutes les situations. Malgré le rejet de ses employeurs, elle s’investit corps et âme dans sa nouvelle vie, allant bien au-delà de ce que l’on attend d’elle, et se montrant bien souvent très utile pour trouver des solutions innovantes aux problèmes du domaine… Mais si elle a confiance en elle et en sa capacité d’adaptation, elle sait aussi faire preuve d’humilité et ne se présente jamais en madame Je-sais-tout. Elle est convaincue de l’importance de l’éducation, mais reconnaît aussi la valeur de l’expérience.

Tout autant de qualités qui la rendent précieuse et inspirante ! Dommage que Galen et Langford ont du mal, du moins dans un premier temps, à le voir et à le reconnaître. Il faut dire que ces deux hommes, très différents l’un de l’autre, partagent pourtant cette même défiance envers les femmes ! Une situation intenable qui va pousser Nola à tout faire pour en comprendre les causes. De fil en aiguille, des secrets vont être dévoilés, et Nola va devoir faire face à ses propres sentiments afin de démêler le vrai du faux… Il existe un certain mystère autour de la disparition des femmes de Galen et de Langford, et si j’avais plus ou moins rapidement compris la réalité derrière les non-dits, j’ai apprécié la manière dont l’autrice a géré cet aspect de l’intrigue. Cela, en plus d’introduire un peu de suspense et de mystère, permet de mieux comprendre les deux hommes.

À cet égard, je ressors complètement séduite par leur évolution, et plus particulièrement par celle de Langford, un homme amer, tyrannique et aigri qui va réussir à faire fondre mon cœur. Et je dis chapeau à l’autrice, parce que pendant une bonne partie du roman, j’ai fini par croire son cas désespéré ! Mais de fil en aiguille, la détermination, le courage et le franc-parler de Nola vont arriver à s’immiscer dans le cœur de cet être revêche, qui va alors nous dévoiler une tout autre facette de sa personnalité. Une facette qui permet de mieux comprendre la fidélité et l’affection de Galen à son égard, et d’imaginer l’homme qu’il avait été avant que le drame ne vienne le frapper. Si son évolution est si touchante, c’est avant tout parce qu’elle est progressive et réaliste !

Galen est également un homme auquel je me suis attachée et dont j’ai apprécié la gentillesse discrète, la présence rassurante et la dévotion envers ses enfants qu’il a tentés, peut-être un peu maladroitement, de protéger du passé. D’ailleurs, si j’ai apprécié la personnalité des trois enfants, j’avoue avoir craqué pour la petite dernière qui a noué une belle et profonde relation avec Nola, la seule présence féminine dans sa vie depuis la mort de sa mère.

Je n’évoquerai pas tous les personnages, mais ce qui est certain, c’est que l’autrice a réalisé un très beau travail sur ceux-ci, les dotant d’une personnalité complexe, dont on a envie de comprendre toutes les forces et les faiblesses. Certains personnages m’ont très agréablement surprise, mais j’ai eu également une petite déception, qui prouve que les bonnes intentions n’aident pas à former les plus belles et fortes relations. Si l’ambiance est résolument masculine au sein du domaine, Nola saura nouer une amitié avec une patronne d’hôtel qui a aussi son franc-parler. Ouverte d’esprit, notre enseignante fera également connaissance avec une tribu aborigène, découvrant une culture autre, faite de périodes d’errance, de croyances fortes, et d’un bel esprit d’accueil… J’ai beaucoup apprécié ces échanges entre Nora et la tribu avec laquelle elle sera plus ou moins liée, du moins provisoirement.

Au-delà des personnages, ce roman est une ode à l’aventure ! L’action et les dangers sont ainsi bien présents, qu’ils soient météorologiques ou humains. Au fil des pages et d’une vie dont elle appréhende progressivement tous les aspects, Nola va être poussée dans ses retranchements et va devoir puiser au fond d’elle-même les ressources pour affronter un avenir qui s’annonce difficile, mais à la hauteur d’une femme de sa trempe ! Une femme, certes avec ses propres peurs, mais une femme d’exception qui semble plus que taillée pour l’outback australien.

Quant à la plume de l’autrice, je l’ai beaucoup appréciée. Simple, rythmée, dynamique et fluide, elle rend la lecture très plaisante, d’autant que l’autrice, à travers son héroïne et son légendaire franc-parler, n’hésite pas à introduire quelques pointes d’humour. C’est le genre de style efficace qui vous donne parfois plus l’impression de vivre le roman que de le lire…

En conclusion, Au pays des eucalyptus est un roman qui m’a tenue en haleine, que ce soit pour le beau moment d’évasion et de dépaysement qu’il m’a offert ou son côté grande aventure qui ne manquera pas d’apporter son lot de dangers et d’actions. Mais c’est surtout un très beau roman de vie, une fresque épique et touchante dépeignant la manière dont une femme en avance sur son temps va s’imposer dans un environnement hostile, et prouver à tous qu’être une femme, même en 1910, ce n’est pas être faible ! Empli de tendres et intenses moments, d’amitié, de doutes et de promesses d’amour, cet ouvrage devrait tour à tour vous divertir, vous toucher et vous pousser à croire en l’existence des secondes chances et de la capacité de chacun à retrouver le bonheur après la tempête.

Je remercie les éditions de l’Archipel de m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis..

La belle-mère, Sally Hepworth

La belle-mère par [Sally Hepworth, Maryline Beury]

Avocate appréciée pour son dévouement, Diana se bat pour améliorer le sort des réfugiés, mais elle se montre froide et distante, sinon blessante, envers les siens. Ce dont souffre Lucy, sa belle-fille, qui rêvait de trouver en elle une mère de substitution.

Dix années ont passé, et Diana vient de mourir. Elle se serait suicidée. Mais, à l’autopsie, nulle trace d’un cancer… Qu’est-il donc arrivé à Diana, dont le testament a été modifié peu de temps avant sa mort ?

Avec ce suspense psychologique, dans la lignée des succès de Liane Moriarty, Phoebe Morgan ou B.A. Paris, Sally Hepworth livre le portrait glaçant d’une famille en apparence harmonieuse. En apparence seulement

l’Archipel – 360 pages – Broché (21€) – Ebook (14,99€)
Traduction : Maryline Beury

AVIS

Je commence toujours les thrillers des éditions de l’Archipel les yeux fermés, certaine de passer un bon moment de lecture. Et La belle-mère n’a pas échappé à la règle, bien au contraire ! Cette histoire m’a bluffée par sa justesse et son intelligence, l’autrice ayant su dépeindre à la perfection les méandres de l’âme humaine et ces différences de caractère qui finissent par engendrer d’interminables et inextricables problèmes de communication.

Si la mort de Diana soulève des questions, notamment quand la première thèse du suicide est écartée par la police, c’est, pour ma part, toute la partie psychologique qui m’a passionnée et donné envie de tourner les pages les unes après les autres. Car tout le génie de l’autrice réside dans sa capacité à partir du décès suspect de cette matriarche d’une famille fortunée pour délier les fils de tensions et de problèmes familiaux résidant, pour beaucoup, dans son intransigeance. En voulant le meilleur pour ses enfants, Diana a ainsi fini par instaurer, entre elle et eux, une infranchissable et délétère barrière…

Grâce à une narration alternée redoutable d’efficacité, jouant entre les époques et les personnages, l’autrice nous permet de mieux appréhender la vie de Diana jusqu’à son décès, mais aussi celle de sa belle-fille dont le présent se retrouve quelque peu bouleversé par la mort de cette belle-mère qu’elle a longtemps rêvée en mère de substitution. C’est d’ailleurs peut-être le point de départ des problèmes relationnels entre les deux femmes : Diana avait des qualités, mais l’instinct maternel et la chaleur humaine n’en ont jamais fait partie quand c’est tout ce qu’attendait d’elle Lucy… Mais peut-on vraiment reprocher à une personne de ne pas répondre à l’image fantasmée que l’on avait d’elle ?

Avec un titre comme La belle-mère, je m’étais attendue à découvrir une horrible marâtre bien décidée à punir la femme qui avait osé lui voler son fils. Mais c’était bien mal connaître l’autrice que de penser qu’elle tomberait dans un schéma aussi éculé ! Diana était tout sauf une femme méchante et possessive. C’était une femme altruiste et droite dans ses bottes avec une véritable éthique de vie dont certains devraient s’inspirer. Elle a toujours tout fait pour que ses deux enfants ne soient pas des « gosses de riches » qui se la coulent douce en comptant sur la fortune familiale, mais des adultes responsables et généreux capables de jouer un rôle positif dans la société comme elle le faisait elle-même avec son association venant en aide aux réfugiés.

Si l’intention était louable, l’intransigeance de Diana vis-à-vis de ses principes n’était pas forcément quelque chose de facile à vivre pour les siens d’autant que sa réserve naturelle pouvait aisément passer pour de la froideur… Je me suis prise d’affection presque immédiatement pour cette femme, peut-être parce que j’ai compris sa pudeur, sa manière de penser et ses difficultés à exprimer ses émotions. Et mon attachement n’a cessé de croître à mesure que l’on découvre ses blessures, les épreuves traversées, son engagement humanitaire et son amour sincère pour son mari, Tom. Un personnage jovial qui m’a parfois agacée par sa propension à laisser sa femme endosser le mauvais rôle… Mais cela a au moins permis à l’autrice de pointer les inégalités encore bien perceptibles entre ce que l’on attend d’une femme et d’un homme ou d’une grand-mère et d’un grand-père.

Malgré mon affection profonde pour Diana, j’ai parfois été décontenancée, voire choquée, par certaines de ses maladresses, mais surtout par son refus obtus de prêter de l’argent à ses enfants quand ces derniers en avaient vraiment besoin. Il y a une grande différence entre éduquer ses enfants pour qu’ils deviennent des adultes responsables et les laisser s’engluer dans leurs problèmes, a fortiori quand on passe son temps à s’occuper de parfaits inconnus… C’est le problème avec les positions extrêmes, elles finissent par nous couper des autres et faire plus de mal que de bien ! Un point soulevé ici avec force, vigueur et beaucoup de justesse.

Profondément humaniste, mais parfois inhumaine avec les siens, Diana est donc un personnage complexe dont j’ai adoré découvrir la psychologie, le travail de l’autrice étant d’une finesse remarquable et d’une profondeur rarement rencontrée dans un thriller. D’ailleurs, à la fin de ma lecture, j’ai vraiment eu l’impression d’avoir connu Diana et d’avoir, comme sa famille, dû faire mon deuil. Je crois que c’est la première fois que ça m’arrive et c’est assez déstabilisant, surtout au regard de la révélation finale qui m’a donné le sentiment d’un immense gâchis qui aurait pu être évité si seulement…

La démarche de l’autrice de mettre en parallèle la vie de Diana et celle de sa belle-fille m’a surprise au début, mais je l’ai trouvée intéressante, notamment pour lever le voile sur la mince frontière qui existe entre haine et amour, entre défiance et compréhension… Je reconnais toutefois que face à Diana, Lucy m’a semblé faire un peu pâle figure d’autant que je n’ai pas pu m’empêcher de la trouver assez injuste avec sa belle-mère. Beaucoup de ses griefs relèvent, pour moi, plus de ses propres attentes et projections que du comportement de Diana, certes un peu froide et intransigeante, mais pas cette horrible mégère dépeinte par Lucy.

Toutefois, au fil de l’intrigue, j’ai appris à apprécier Lucy que ce soit en raison de sa dévotion envers sa famille, ses émotions à fleur de peau ou de la manière dont elle a su faire le premier pas malgré ses blessures et ses espérances déchues… On sent à quel point, il était important pour elle d’entretenir des liens forts avec sa belle-mère de manière à combler l’absence pesante de sa propre mère. Cette belle-fille, qui aurait tant aimé redevenir simplement une fille, a donc su me toucher et me donner envie d’en apprendre plus sur elle, son passé et sa personnalité.

La relation passionnante entre Lucy et Diana, faite de déceptions et de malentendus, mais aussi de petits moments de compréhension mutuelle, rythme ce roman qui soulève également des thématiques fortes : la difficulté de s’intégrer dans un nouveau pays, la famille, les principes qui enferment au lieu de guider, l’argent et la manière dont il peut fausser les rapports humains, la maladie, le suicide, la maternité et le désir de maternité non assouvi qui peut finir par vous couper de tout et même de vous-même… Tout autant de thématiques importantes qui s’imbriquent naturellement à l’histoire venant renforcer l’effet hypnotique qu’elle peut avoir sur les lecteurs.

En effet, une fois les premières pages dévorées, il s’avère bien difficile de relâcher le roman d’autant que reste, en suspens, le mystère autour de la mort de Diana. Pourquoi a-t-elle menti sur son cancer du sein ? Si elle ne s’est pas suicidée, qui aurait pu vouloir la tuer ? Et pourquoi ? Il suffit de plonger dans la vie de sa famille pour se rendre compte que les potentiels coupables et les motifs ne manquent pas… Le suspense est donc là, diffus, mais bien présent…jusqu’à ce que l’horrible vérité finisse par éclater. L’enquête autour du décès de Diana n’est pas digne d’une grande série policière, mais sert plutôt à découvrir la vie de deux femmes très différentes, mais peut-être pas aussi incompatibles qu’il n’y paraît. Pour ma part, j’ai apprécié le cheminement de la pensée de l’autrice qui nous pousse à revoir nos relations avec autrui et à tenter de faire abstraction de nos projections pour se concentrer sur l’essentiel.

En conclusion, si vous êtes en quête d’un thriller glauque avec des meurtres à vous glacer le sang, ce roman risque de ne pas satisfaire vos appétits. Mais si vous avez envie de vous lancer dans une lecture subtile qui, sous couvert d’un décès suspect, vous plonge dans les arcanes de la pensée humaine et au cœur d’une famille complexe, La belle-mère devrait vous plaire. Entre suspense, malentendus, rancune, secrets de famille et thématiques fortes, attendez-vous à rester suspendus à ce roman jusqu’à la dernière ligne. Un thriller à la psychologie fine à lire de toute urgence !

Merci aux éditions de l’Archipel de m’avoir envoyé La belle-mère en échange de mon avis.

Écrit dans le sang, Edmonde Permingeat

Couverture Écrit dans le sang

La jeune Maya, une rousse sulfureuse, tombe en panne un soir d’été devant la grille de la Giraudière, un manoir perdu en pleine campagne tarnaise. Elle y est accueillie.
Mais, à peine installée dans cette étrange demeure où vit la famille Rascol, la « belle aux yeux de chatte » va jouer de sa séduction pour exacerber tous les conflits latents. Aucun membre de cette grande fratrie n’échappera à son emprise.
Quelques jours plus tard, elle disparaît de façon subite et inexpliquée… Avec les taches de sang laissées sur le tapis et les murs, sa chambre a tout d’une scène de crime.
Qu’est-il advenu de Maya ?
Une intrigue psychologique où jalousie et vengeance distillent un suspense angoissant.

L’Archipel (9 juillet 2020) – 456 pages – Broché (20€) – Ebook (14,99€)

AVIS

L’autrice nous plonge d’emblée dans un prologue super intrigant avec des airs d’Indiana Jones, version criminelle ! Extrait d’un roman fictif, son intérêt prendra tout son sens dans la suite de l’histoire et offre une belle mise en abyme que j’ai, pour ma part, appréciée... Puis nous découvrons, petit à petit, les différents membres de la famille Rascol réunis pour les vacances dans le manoir familial, demeure permanente pour l’un, propriété secondaire pour les autres. La famille va accepter d’héberger provisoirement Maya, une jeune femme dont la voiture est tombée en panne près du manoir, sans se douter de l’engrenage infernal dans lequel elle a mis le doigt.

Mais ne vous laissez pas tromper par cette bonne action, le portrait de famille des Rascol étant loin de faire rêver. Le grand-père, maintenant décédé, était un pilleur de tombe, voire pire, qui ne s’est jamais occupé de ses trois fils. L’aîné, Stéphane, écrivain raté, est cynique et méchant quand le cadet, Frédéric se révèle arrogant et imbu de lui-même dénigrant avec force jusqu’à ses propres enfants pas assez bien pour lui et sa brillante carrière. On aurait pu prendre ces derniers en pitié, mais ils ne se montrent pas non plus sous un jour favorable : Hugo, le beau gosse de service ne pense qu’à s’amuser et ne supporte pas qu’une fille lui préfère un autre, et sa jumelle, Marion, est jalouse à l’extrême et possessive. Des caricatures de gosses de riche nés avec une cuillère dans la bouche à qui tout est dû même s’il est vrai que Marion semble avoir travaillé dur pour réussir son agrégation… Un concours qui lui est passé sous le nez, ce qu’elle aura du mal à digérer.

Heureusement que le dernier des trois frères Rascol, Clément, semble bien plus sympathique, bienveillant et débonnaire au point qu’on se demande comment il arrive à côtoyer ses frères. Sa femme est adorable et aimante, et son fils surdoué, étudiant en médecine, attire, du moins dans un premier temps, la sympathie. Je me suis ainsi reconnue dans sa timidité maladive et ce sentiment de n’être pas à sa place parmi les gens de son âge. Toutefois, sa vision bien trop poussée de l’amour courtois a fini par m’agacer… On peut traiter avec respect les femmes sans les mettre sous cloche et se montrer cucul la praline.

Quant à Maya, elle s’est révélée détestable et manipulatrice bien que j’aie apprécié de suivre ses pensées couchées dans les pages de son journal intime. Cette jeune femme énigmatique aurait pu apporter une certaine dose de suspense, sa présence dans le manoir apparaissant rapidement comme suspecte, mais il n’est pas difficile de comprendre ses motivations… Sa disparition soudaine, dans des circonstances suspectes, soulèvera néanmoins quelques questions chez les lecteurs : que lui est-il arrivé ? Pourquoi tout ce sang ? Est-elle morte ? Si oui, qui l’a tuée ? Où est son corps ? Si des gens sensés auraient tout de suite appelé la police pour faire le point sur cette inquiétante disparition, les Rascol préfèreront opter pour une solution plus radicale. Mais avec une famille aussi perturbée et dysfonctionnelle, on ne s’étonnera de rien..

En d’autres mots, si vous avez besoin de vous attacher aux personnages d’un roman pour apprécier votre lecture, vous risquez ici d’avoir du mal… À cela s’ajoute un point encore plus problématique pour moi : le manque de nuance. Tous les personnages, ou presque, sont caricaturaux à l’extrême et manquent cruellement de complexité. Il en ressort des comportements invraisemblables et peu crédibles, le tout accompagné d’énormes coïncidences et de grosses ficelles que l’on voit venir à des kilomètres à la ronde. Ce manque de subtilité et de finesse m’a frustrée d’autant que le roman possède quand même quelques atouts et des idées intéressantes.

L’écriture de l’autrice est fluide et agréable, ce qui rend la lecture rapide malgré un suspense quasiment inexistant pour les personnes ayant l’habitude de lire des thrillers. Je reconnais toutefois m’être complètement laissée berner par le retournement de situation final qui apporte un certain cachet au roman… J’ai, en outre, apprécié la présence omniprésente de la littérature que ce soit dans les références littéraires que l’on rencontre au fil des pages, cette idée d’écriture comme catharsis qui me plaît beaucoup ou encore, la figure de l’écrivain raté, cynique et désabusé…

À cet égard, si j’abhorre la littérature élitiste défendue par Stéphane qui exclut, au lieu de rassembler les lecteurs autour de l’amour des livres, je reconnais que certains de ses propos ne manquent pas de pertinence. Je pense, par exemple, à ces scènes de sexe devenues omniprésentes dans les livres comme si c’était un moyen en vogue de s’assurer du succès d’un ouvrage. D’ailleurs, comme pour illustrer les propos de notre écrivain et le faire enrager un peu plus, Écrit dans le sang contient pas mal de coucheries bien que l’autrice n’entre pas dans les détails. À défaut de m’avoir pleinement convaincue (on tombe de nouveau dans la surenchère), ces scènes de sexe ont au moins le mérite de mettre en lumière l’un des aspects de la personnalité ambivalente de Maya que je vous laisserai le soin de découvrir…

Malgré mon absence d’attachement aux personnages, il n’en demeure pas moins que j’ai eu envie de faire toute la lumière sur leurs secrets, leurs petites affaires, leurs mensonges et autres trahisons. Parce que si Maya a mis le feu aux poudres en distillant ses mensonges et son venin, elle n’a pas eu besoin de faire grand-chose pour embraser une famille déjà encline à l’hypocrisie, à la jalousie, aux faux-semblants et à la méchanceté. Ce n’est finalement qu’une allumette qui a mis le feu à une forêt viciée et aride ! De fil en aiguille, on en vient donc à découvrir toute la perfidie des personnages et leur manque cruel de morale. Seuls Clément, sa femme et son fils semblent avoir une conscience, mais cela sera-t-il suffisant pour les protéger du danger qui plane sur le manoir et leur vie ? La vengeance est bien souvent aveugle et froide, et ne fait que très rarement la distinction entre les gentils et les méchants, les coupables et les innocents…

En conclusion, malgré un prologue qui annonçait un roman empli de tension et de suspense avec une histoire prenante de vengeance,  Écrit dans le sang n’a pas répondu à mes attentes. Si l’idée de plonger dans les affres et les petits secrets d’une famille complètement dysfonctionnelle était plaisante, la mise en œuvre m’a semblé manquer de crédibilité et de subtilité. Entre les personnages caricaturaux dont les comportements extrêmes paraissent peu probables, la succession de meurtres digne d’un slasher movie et l’absence de réel suspense, l’amoureuse des thrillers psychologiques en moi n’a pas été comblée. Le roman possède néanmoins quelques atouts : une écriture simple et facile à lire, des réflexions intéressantes autour de la littérature, un retournement de situation inattendu qui donne un peu plus de profondeur au récit… Comme d’habitude, si le livre vous intrigue, je vous invite donc à vous forger votre propre opinion d’autant qu’il semble avoir reçu un accueil plutôt favorable sur le net.

Je remercie les éditions de l’Archipel pour m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

La Dame de l’Orient-Express, Lindsay Ashford

L’incroyable histoire vraie d’Agatha Christie

Inspiré d’un épisode méconnu de la vie d’Agatha Christie, La Dame de l’Orient-Express est un roman émouvant mettant en scène l’écrivaine se liant d’amitié avec deux femmes marquées par la vie. Un roman plébiscité par le public anglo-saxon.

Octobre 1928. Son divorce lui a laissé un goût amer. Partout, Agatha Christie croit voir le fantôme d’Archie, son ex-mari. Jusque dans les couloirs de l’Orient-Express, où elle vient de prendre place sous une fausse identité. Elle se sait pourtant privilégiée. Le Meurtre de Roger Ackroyd l’a rendue célèbre. Et rien ne l’oblige à rester en Angleterre pour écrire son dixième roman.

Elle a trente-huit ans. À bord de ce train mythique qui doit la mener à Istanbul, elle fait la connaissance de deux femmes, Nancy et Katharine. Elles aussi cachent leur passé. La première fuit un mari violent. La seconde part rejoindre son futur époux sur un site de recherches archéologiques. Et c’est à Ur, en Mésopotamie, qu’un drame se noue… aux répercussions inattendues.

L’Archipel (12 mars 2020) – 396 pages – Broché ( 22€) – Ebook (15,99€)
Traduction :
Philippe Vigneron

AVIS

Agatha Christie, du haut de ses 38 ans, connaît déjà le succès, mais sa vie personnelle semble bien plus chaotique. Toujours blessée par la trahison de son ex-mari qui va bientôt se remarier et désirant oublier un épisode qui n’avait pas manqué de défrayer la chronique, elle s’engage dans un long périple à destination de la Mésopotamie. Un voyage qui, en plus de lui faire découvrir moult paysages, lui permettra de faire la rencontre de deux femmes très différentes l’une de l’autre : la discrète Nancy qui désire fuir son mari et la très charismatique Katharine qui part rejoindre son futur époux sur un site archéologique. Si ces trois femmes n’ont a priori rien en commun, on comprend, de fil en aiguille, qu’elles ont toutes les trois traversées des épreuves difficiles qui ne pourront que les rapprocher et forger entre elles une solide amitié.

Je ne savais pas trop à quoi m’attendre avec ce livre, mais je dois dire que j’ai été enchantée par la tournure prise par les événements et la manière dont l’autrice s’inspire de la vie d’Agatha Christie pour proposer une œuvre de fiction passionnante et foisonnante. Le voyage pour la Mésopotamie n’est pas de tout repos et offre quelques rebondissements, mais il se révèle surtout l’occasion rêvée pour Lindsay Ashford d’évoquer l’amitié, l’amour, la résilience, le deuil de certaines relations, la féminité, la condition de la femme dans les années 30 sans oublier un sujet très rarement évoqué en littérature... Ce roman est donc, entre autres, une ode aux relations et à l’amitié, une amitié portée par trois femmes pour lesquelles on développe un profond attachement.

Si l’intrigue met à l’honneur Agatha Christie, ses nouvelles amies ne sont nullement oubliées. C’est d’ailleurs, à mon grand étonnement, le destin de Katharine qui m’a le plus marquée. Alors que cette femme était celle avec laquelle j’avais le moins d’affinité en début de livre, son évolution m’a fait changer d’avis à son égard. J’ai peut-être été sensible au fait que sa carapace finit par se briser pour nous permettre de découvrir la vraie Katharine : une personne intelligente, pugnace, en avance sur son temps et bien décidée à s’imposer dans le milieu de l’archéologie dominé par les hommes, mais c’est aussi une personne profondément blessée par la mort de son premier mari et un secret qui la hante…

Nancy, de par sa condition, est celle qui nous semble la plus vulnérable ce qui explique peut-être la rapidité avec laquelle Agatha va la prendre sous sa protection. Son apparente fragilité ne l’a toutefois pas empêchée de faire montre d’une certaine force de caractère, la jeune femme ayant quitté, malgré les conventions sociales et les risques, un mari volage et ombrageux afin de construire une vie qui lui convient mieux. Quant à Agatha, touchante, déterminée, courageuse, généreuse, curieuse et intelligente, c’est une femme pour laquelle on ne peut que développer de l’admiration. Tout comme ses deux amies, elle possède néanmoins ses propres démons et fêlures. On la sent ainsi encore à fleur de peau en ce qui concerne son histoire avec son ex-mari, mais on ne peut que louer son envie d’aller de l’avant quitte à s’éloigner durant quelques semaines de sa fille qu’elle aime pourtant beaucoup.

L’autrice forme le portrait nuancé de trois femmes fortes, chacune à leur manière, avec leurs faiblesses et ces zones d’ombre que l’on découvre au compte-gouttes. Un procédé qui rend d’ailleurs la lecture très addictive puisque l’on ne peut s’empêcher de tourner les pages avec curiosité et cette envie irrépressible de découvrir tous leurs secrets, et la manière dont elles vont réussir, en s’épaulant, à surmonter les blessures du passé et à affronter les épreuves à venir.

Si l’autrice accorde une large place aux personnages féminins, deux de ses protagonistes masculins ont su me séduire. L’un en raison de sa prévenance et de sa gentillesse et l’autre, grâce à la patience et à la tolérance dont il a su faire preuve malgré un caractère un peu rustre, du moins, au premier abord. Vous verrez, en effet, que les apparences sont parfois trompeuses et que la froideur peut simplement cacher une certaine maladresse et un besoin irrépressible de trouver un peu de réconfort dans la chaleur de l’autre…

L’amitié féminine prend une place considérable dans le récit, mais il également question d’amour, de l’amour passionnel, de l’amour qui élève avant de mieux détruire, mais aussi de reconstruction et de la manière dont la vie peut vous apporter une nouvelle chance à condition de savoir la saisir. Je ne développerai pas ce point outre mesure vous laissant le plaisir de la découverte, mais je peux toutefois vous dire que j’ai été touchée par deux personnages qui vont, progressivement et avec beaucoup de naturel et de simplicité, nouer une belle relation faisant fi des convenances et du poids du passé.

La Dame de l’Orient-Express accorde également une jolie place à l’évasion et au dépaysement. On découvre ainsi des paysages, des mets inconnus à nos palets, d’autres cultures et d’ancestrales traditions sans oublier une plongée fascinante dans le monde de l’archéologie et des fouilles. Un point qui m’a particulièrement plu et qui apporte un certain cachet à l’intrigue ! La plume de l’autrice, vivante, fluide et pleine de sensibilité rend, quant à elle, la lecture agréable et immersive d’autant que l’alternance des points de vue et la présence de nombreux dialogues ne manquent pas de dynamiser le récit.

En conclusion, en mêlant avec brio fiction et réalité, l’autrice nous propose un roman vibrant de féminité et de sensibilité qui ne devrait pas manquer de vous toucher et de vous donner envie de découvrir la femme derrière Agatha Christie, la romancière. Ode à l’amitié, à l’amour, à la vie et aux secondes chances, La Dame de l’Orient-Express plaira autant aux amateurs de la célèbre romancière qu’aux personnes souhaitant se laisser porter par une histoire dépaysante et pleine d’émotions.

Merci aux éditions de l’Archipel pour cette lecture.

 

Throwback Thursday Livresque #158 : festif

J’ai décidé de participer à un nouveau rendez-vous autour du livre : le Throwback Thursday Livresque. Imaginé par Bettie Rose Books, le principe est de partager chaque semaine sa lecture autour d’un thème mensuel qui sera décliné chaque semaine. Depuis peu, les liens de participation sont à déposer sur My-books.


Pour ce thème, j’ai pensé à la saga Valeria dont l’ambiance est bien souvent festive, la bande d’amies que l’on suit n’hésitant pas à enchaîner les sorties et les soirées entre copines durant lesquelles elles refont le monde et échangent autour de leurs vies amoureuses, sexuelles et professionnelles.

Dans les pas de Valeria par [Benavent, Elisabet]

Quand Bridget Jones s’invite dans Sex and the City

Valeria aime les belles histoires d’amour.
*
Valeria est romancière.
*
Valeria a trois amies  :
Lola, Carmen et Nerea
*
Valeria et ses amies partagent tout.
*
Valeria est mariée à Adrian,
Mais elle rencontre Victor…
*
Valeria aime la sincérité.
*
Valeria est unique.
*
Comme toi  !
Complices et inséparables, Valeria et ses amies se racontent tout. Vraiment tout. Surtout leurs histoires de cœur…
Valeria commence à s’ennuyer dans les bras d’Adrian.
Lola s’éclate avec ses amants, qu’elle collectionne.
Carmen et son collègue de bureau se tournent autour.
Nerea, elle, vient enfin de rencontrer quelqu’un !

Le sexe est omniprésent dans cette saga, ce qui aurait dû me pousser à vite l’abandonner, mais j’ai développé une sorte d’attachement aux quatre copines que l’on apprend à connaître au fil des tomes, et dont la vie nous apparaît sujette à de multiples rebondissements…

Si ce roman vous tente, n’hésitez pas à lire mon avis sur Dans les pas de Valeria dont voici la conclusion :

Dans les pas de Valeria questionne la notion de couple et de sa pérennité dans le temps, mais c’est surtout un cocktail explosif composé de beaucoup d’amitié, d’une bonne dose d’amour, de désir, de tension sexuelle et de fantasme… Léger, drôle et terriblement addictif, voici un roman que je vous invite à découvrir pour décompresser d’une dure journée de travail, passer un bon moment sans prise de tête, ou tout simplement vous détendre auprès de femmes attachantes dont on partage, le temps d’un roman, la vie sans aucun tabou.

Grand succès en Espagne, cette saga semble avoir bien moins convaincu en France, mais peut-être que certain(e)s d’entre vous se laisseront séduire par la série Netflix qui devrait sortir dans le courant de l’année.

Et vous, connaissez-vous ce titre ?
Qu’en avez-vous pensé ?

Mes vies de chats, Jean-Noël Blanc

 » Je me suis approché, par curiosité. Ce chaton paraissait misérable.Je me suis assis sur le muret pour le câliner. Trop tard : il avait déjà filé.Sans montrer la moindre hésitation, il avait escalade tant bien que mal les marches du seuil de notre maison, bien plus hautes que lui, franchi la porte d’entrée que j’avais laissée ouverte et attaque la montée de l’escalier qui mène aux chambres.Tout jeunot et pataud qu’il était, il avait fait fissa. Je l’ai suivi et c’est alors que j’ai compris : assis tout en haut des marches, la tête légèrement penchée, il m’attendait avec l’air assuré de celui qui accueille un visiteur en lui disant « bienvenue chez moi’. « 

Ce récit est une déclaration d’amour aux chats. À tous les chats. On y croise des matous chefs de quartier, des chattes vertueuses, des chatons aventureux, des amoureux, des vagabonds, des conquérants, des mutins, des séducteurs : les vies de chats d’un écrivain.

Écriture (9 mai 2019) – 183 pages – Broché (16€) – Ebook (11,99€)

AVIS

L’auteur donne ici toutes ces lettres de noblesse au chat, un animal qui possède une véritable présence et dont je suis la plus grande admiratrice. Entre ceux à l’allure princière, les baroudeurs, les câlins, les casaniers, les facétieux, les joueurs, les communicatifs, les réservés, les espiègles, les grimpeurs, les râleurs, les pots de colle… difficile de ne pas trouver un chat qui saura conquérir votre cœur et vous offrir une chaleureuse compagnie.

Si nous sommes des millions à vouer une véritable passion à ces félins de salon, l’auteur rappelle néanmoins que l’histoire et les civilisations n’ont pas toujours été tendres avec ceux-ci : superstitions engendrant des actes de cruauté et des violences innommables, griefs injustes, mauvaise image… Mais face à leurs détracteurs plus ou moins violents, les chats ont pu et peuvent toujours compter sur une ribambelle d’auteurs et de penseurs prêts à défendre leur honneur et à vanter leurs mille et une vertus. J’ai d’ailleurs apprécié que l’auteur inclue des poèmes, des citations et de multiples références à des ouvrages et à de célèbres personnalités. De Colette que l’on associe volontiers aux chats à Inaba Mayumi et son magnifique 20 ans avec mon chat, le panel est large et varié, et devrait satisfaire les lecteurs de tous les horizons.

Mais loin de n’être qu’une longue succession d’emprunts littéraires, Mes vies de chats est avant tout un hommage et un magnifique message d’amour d’un homme à tous les chats qui ont traversé sa vie, que ce soit pour quelques mois ou de très longues et heureuses années : Mirette, Spassiba, Bacchus, Pagnot, Beauseigne, Bissignet, Catolle, Matru, Gribouille, Chicote, Quinarelle, Picpus…

Tout autant de personnalités félines qui s’inscrivent et résonnent dans notre cœur et notre esprit à mesure que l’on apprend à les connaître. Derrière chacun de ces noms choisis avec soin, se cache une histoire que l’on découvre avec une certaine émotion, et parfois avec le sourire aux lèvres, notamment si, comme moi, vous habitez la région stéphanoise. L’auteur n’hésite, en effet, pas à piocher des noms dans le gaga, le parler local ! Appeler un chat Beauseigne (traduction : le pauvre), j’avoue que je n’y aurais pas pensé, mais ça a le mérite de tout de suite briser la glace et de donner envie de rencontrer le chat et son adoptant…

Jean-Noël Blanc nous plonge avec beaucoup de délicatesse et de générosité dans sa mémoire qu’une vie passée aux côtés de chats a rendue riche en souvenirs et en anecdotes félines. Certains souvenirs émeuvent, intriguent, étonnent, épatent ou amusent comme celui de cette minette reine de son quartier qui terrorisait même les chiens qui osaient s’approcher de son territoire. D’autres témoignent de la grande tendresse et de l’amour indéfectible qui peuvent unir un chat et son adoptant. Je pense notamment à cette chatte qui attendait sagement, au coin de la rue, que le grand-père de l’auteur rentre du travail.

Au milieu des souvenirs joyeux, des moments de complicité, voire de félicité féline, des habitudes et particularités de chacun sur lesquelles il revient avec une certaine nostalgie, l’auteur évoque également les moments d’angoisse, les fugues, les blessures, ces visites chez le vétérinaire qui signent la fin d’une belle histoire, la culpabilité de ne pas avoir vu les signes de la maladie, la tristesse d’avoir perdu un compagnon de vie… Pour ma part, j’ai été plus particulièrement touchée par cette question du deuil animal qui peut se révéler très douloureux d’autant qu’il n’est pas toujours compris par tous. Mais je ressors surtout attendrie par cette lecture qui nous fait ressentir avec force tout le bonheur qu’un chat peut apporter dans un foyer, à condition de respecter sa personnalité et la nature de la relation qu’il désire instaurer avec chacun.

Toutes les personnes qui ont, ou qui ont eu, la chance d’avoir un chat dans leur vie devraient se retrouver, même en partie, dans cet émouvant récit. Elles devraient également parfois reconnaître leur(s) propre(e) compagnon(s) félin(s) dans ceux de l’auteur… Après la lecture de ce livre teinté de poésie, vous tomberez définitivement en pâmoison devant ces fiers moustachus qui, une fois entrés dans votre vie, n’en ressortent jamais tout à fait !

En plus de nous offrir une plongée pleine d’émotions dans sa vie aux côtés de nombreux chats, l’auteur nous ensorcelle par sa plume fine et poétique qui vibre au rythme des nombreux souvenirs qu’il partage avec une certaine nostalgie, et beaucoup de tendresse et de délicatesse. Beau, touchant et très agréable à lire, voici un livre qui se dévore d’une traite le sourire aux lèvres et, pour les plus chanceux, avec un chat sur les genoux !

En conclusion, les chats sont des êtres à part, multiples, facétieux, attachants et complexes… Une vie à leurs côtés, c’est la garantie d’avoir des pages et des pages de souvenirs et d’anecdotes à raconter. Merci donc à Jean-Noël Blanc d’avoir pris sa plume et de nous avoir conviés à un joli voyage dans les arcanes de sa mémoire emplie, à ne pas en douter, de miaous et de minous en tout genre. Cri du cœur, déclaration d’amour et carnet de souvenirs à la fois, Mes vies de chats est un ouvrage fait par un amoureux des chats pour les amoureux des chats ! 

Merci à Babelio et aux éditons Écritures pour cette lecture.

L’image contient peut-être : texte qui dit ’LIRE EN THEME FÉVRIER 2020 UN LIVRE D'UN AUTEUR’

 

Le chapardeur des cœurs, Melinda Metz

Nouvelle mission pour MacGyver, le cupidon félin ! Après avoir aidé sa maîtresse à trouver l’amour, il repère un nouveau cœur en détresse, celui de Briony,  » cat-sitter  » venue s’occuper de lui.
La jeune femme est désemparée : la veille, elle s’est enfuie en abandonnant son fiancé au pied de l’autel. Et, désormais, il lui faut gérer les escapades de l’intrépide matou.
Toujours prompt à partir en cavale, Mac a en effet pris l’habitude d’aller se promener dans une résidence pour personnes âgées dirigée par Nathan, un célibataire qui doit faire face à un problème de taille…
Quelqu’un a décidé de couler son établissement. Et si MacGyver démasquait le coupable ? Et aidait ainsi Nathan à enfin regarder Briony

l’Archipel (février 2020) – 336 pages – Broché (20€) – Ebook (14,99€)
Traduction : Catherine Duras

AVIS

Le chapardeur des cœurs fait suite à Un amour de chat dans lequel nous avions fait la connaissance de MacGyver, un chat très spécial qui a réussi, entre autres, à réunir Jane et David. Mais on dirait bien que notre minet n’a pas fini de jouer les cupidons ! Car c’est maintenant de la cousine de Jane, Briony, dont il doit s’occuper.

Après avoir quitté son fiancé au pied de l’autel, la jeune femme se réfugie chez Jane et David afin de faire le point sur sa vie tout en jouant la pet-sitter. Mais ce que Briony ne savait pas, c’est que si Dougy est un chien tout à fait ordinaire, MacGyver est loin d’être un chat comme les autres. C’est un chat-entremetteur, réparateur des cœurs et trouveur d’âme sœur. Accessoirement, c’est un petit filou fugueur et cleptomane qui use et abuse de sa ruse légendaire pour aider ces pauvres deux pattes bien incapables d’être heureux sans ses plans ingénieux.

Mais quel plaisir de retrouver MacGyver ! Un chat amusant, facétieux et haut en couleur auquel on ne peut que s’attacher et avoir envie d’assister dans sa lourde tâche de rompre la solitude sentimentale des humains qui l’entourent. Et le travail ne manque pas : sa nounou semble désemparée devant le tournant pris par sa vie, Nathan, directeur de maison de retraite, se noie dans son travail, un amateur de sardines voit le cœur de sa belle ravir par le nouveau bellâtre de la maison de retraite…

Comme dans Un amour de chat que l’on n’a pas besoin d’avoir lu pour comprendre cette histoire, l’autrice nous présente une galerie de personnage variée et terriblement attachante. Les résidents de la maison de retraite, en plus de ne pas avoir la langue dans la poche, se révèlent amusants et d’une énergie communicative. Entre les amitiés, les amours, les incompréhensions et les petites jalousies, le troisième âge ne semble pas de tout repos !

L’attachement des résidents à Nathan, directeur et co-propriétaire de la maison de retraite Les Jardins, met du baume au cœur d’autant que cet attachement est réciproque. Nathan traite, en effet, avec beaucoup de douceur, de respect et d’égard les nombreuses personnes sous sa responsabilité. Peut-être un peu trop si l’on considère que toute sa vie tourne autour de la maison de retraite et de sa famille sur laquelle il veille avec beaucoup d’abnégation. Mais l’arrivée de Briony va tout changer. Bien qu’elle ne lui ait pas fait une bonne première impression, il va vite tomber sous son charme et réaliser, petit à petit, qu’il est peut-être temps pour lui de laisser la place à une femme dans sa vie bien remplie.

Briony est une jeune femme gentille et attachante que l’on prend plaisir à voir évoluer tout au long du roman. D’abord incapable de prendre une seule décision sans les conseils d’au moins une personne, elle va prendre confiance en elle et apprendre à dompter ses crises d’angoisse. Au gré des péripéties, des rencontres et des conversations à cœur ouvert, Briony réalisera ainsi qu’elle est capable de prendre ses propres décisions et de choisir la vie qui lui convient et non pas celle tracée par ses parents aimants, mais surprotecteurs.

Cette prise de conscience sera d’ailleurs l’occasion pour l’autrice d’aborder des thèmes comme les relations familiales, le poids de l’éducation sur la construction de la personnalité de chacun et l’importance de laisser les enfants faire leurs propres erreurs… Côté famille, Nathan ne sera pas non plus épargné avec un père ayant fui ses responsabilités, une mère fragile psychologiquement et une sœur quelque peu culottée…

Le rapprochement entre Briony et Nathan est assez rapide, mais semble naturel tellement l’alchimie entre les deux personnages saute aux yeux. J’ai beaucoup aimé la manière dont l’autrice construit cette idylle pleine de tendresse, de douceur et d’humour même si, comme vous le verrez, les choses ne seront pas toujours si simples… Entre les mensonges par omission de Briony sur les circonstances l’ayant conduite à poser sa valise chez sa cousine et la menace qui plane sur la maison de retraite, le couple va devoir affronter quelques épreuves.

En plus des facéties de MavGyver, de l’amitié et de l’amour si présents dans le récit, l’histoire se pare, en effet, d’une petite dimension policière avec une enquête pour déterminer qui est derrière les actes de sabotage dont la maison de retraite est victime. Des odeurs pestilentielles, une machine de sport devenue folle… Quelque chose ne tourne pas rond ! Mais Nathan ainsi que ses employés et les résidents sont bien décidés à faire toute la lumière sur cette affaire avant qu’elle ne mette en danger la pérennité des Jardins que personne n’a envie de quitter.

Si l’on devine assez rapidement le fin mot de l’histoire, du moins en partie, puisque je n’avais pas anticipé l’une des révélations, cette enquête et les actes de sabotage apportent un peu de mystère, de tension et de suspense. Cela démontre également avec force la solidarité et l’entraide qui existent au sein des Jardins ; une institution qui devrait servir de modèle à toutes les maisons de retraite qui existent.

En conclusion, MacGyver nous revient toujours aussi drôle, ingénieux, impertinent et facétieux dans une histoire teintée de mystère, mais surtout pleine de douceur, de tendresse, d’amour et d’amitié. Le chapardeur des cœurs, c’est un petit rayon de soleil dans votre quotidien et la promesse de découvrir un récit porté par des personnages hauts en couleur et terriblement attachants que l’on aimerait beaucoup avoir comme amis dans la vraie vie.

Merci aux éditions de l’Archipel pour cette lecture.

Premières lignes #92 : Le chapardeur des cœurs, Melinda Metz

Premi!èr-1

Le principe de ce rendez-vous initié par Ma lecturothèque est de citer, chaque semaine, les premières lignes d’un livre.


Pour cette édition, j’ai eu envie de vous présenter les premières lignes du deuxième roman mettant en scène un chat que j’adore, l’indétrônable MacGyver !

Nouvelle mission pour MacGyver, le cupidon félin ! Après avoir aidé sa maîtresse à trouver l’amour, il repère un nouveau cœur en détresse, celui de Briony,  » cat-sitter  » venue s’occuper de lui.
La jeune femme est désemparée : la veille, elle s’est enfuie en abandonnant son fiancé au pied de l’autel. Et, désormais, il lui faut gérer les escapades de l’intrépide matou.
Toujours prompt à partir en cavale, Mac a en effet pris l’habitude d’aller se promener dans une résidence pour personnes âgées dirigée par Nathan, un célibataire qui doit faire face à un problème de taille…
Quelqu’un a décidé de couler son établissement. Et si MacGyver démasquait le coupable ? Et aidait ainsi Nathan à enfin regarder Briony ?

PREMIÈRES LIGNES

Avec les dents, MacGyver attrapa la languette argentée de la fermeture éclair et la tira complètement. D’un coup de patte sûr, il ouvrit le couvercle de la valise, sauta à l’intérieur et s’allongea sur la pile de vêtements. Joli nid pour une sieste. Mais qui pouvait être amélioré. Il n’avait jamais compris cette manie qu’avaient les humains de tout aplatir. Avec un petit soupir d’exaspération, il se dressa sur ses pattes, se mit en devoir d’ébouriffer tout ça, puis se rallongea. Il sortit ses griffes et les plongea dans la douceur d’un pull moelleux. Divines sardinettes, que c’était bon !
— Mac, non ! cria Jane, son humaine.
Elle l’ôta prestement du nid qu’il s’était créé, parfait pour une petite sieste, et avec un horrible bruit de zip referma la valise. Comme s’il ne pouvait pas la rouvrir tout aussi aisément.
— Je pars pour ma lune de miel, lu-ne-de-miel. Je veux avoir l’air romantique, pas l’air d’une harpie pleine de poils de chat.
Il ignora son blabla. Il savait que les humains s’en servaient pour communiquer, pour la simple et bonne raison que leur nez n’était, somme toute, qu’une espèce de bouton inutile.

Et vous, Le chapardeur des cœurs vous tente-t-il ?