Écrit dans le sang, Edmonde Permingeat

Couverture Écrit dans le sang

La jeune Maya, une rousse sulfureuse, tombe en panne un soir d’été devant la grille de la Giraudière, un manoir perdu en pleine campagne tarnaise. Elle y est accueillie.
Mais, à peine installée dans cette étrange demeure où vit la famille Rascol, la « belle aux yeux de chatte » va jouer de sa séduction pour exacerber tous les conflits latents. Aucun membre de cette grande fratrie n’échappera à son emprise.
Quelques jours plus tard, elle disparaît de façon subite et inexpliquée… Avec les taches de sang laissées sur le tapis et les murs, sa chambre a tout d’une scène de crime.
Qu’est-il advenu de Maya ?
Une intrigue psychologique où jalousie et vengeance distillent un suspense angoissant.

L’Archipel (9 juillet 2020) – 456 pages – Broché (20€) – Ebook (14,99€)

AVIS

L’autrice nous plonge d’emblée dans un prologue super intrigant avec des airs d’Indiana Jones, version criminelle ! Extrait d’un roman fictif, son intérêt prendra tout son sens dans la suite de l’histoire et offre une belle mise en abyme que j’ai, pour ma part, appréciée... Puis nous découvrons, petit à petit, les différents membres de la famille Rascol réunis pour les vacances dans le manoir familial, demeure permanente pour l’un, propriété secondaire pour les autres. La famille va accepter d’héberger provisoirement Maya, une jeune femme dont la voiture est tombée en panne près du manoir, sans se douter de l’engrenage infernal dans lequel elle a mis le doigt.

Mais ne vous laissez pas tromper par cette bonne action, le portrait de famille des Rascol étant loin de faire rêver. Le grand-père, maintenant décédé, était un pilleur de tombe, voire pire, qui ne s’est jamais occupé de ses trois fils. L’aîné, Stéphane, écrivain raté, est cynique et méchant quand le cadet, Frédéric se révèle arrogant et imbu de lui-même dénigrant avec force jusqu’à ses propres enfants pas assez bien pour lui et sa brillante carrière. On aurait pu prendre ces derniers en pitié, mais ils ne se montrent pas non plus sous un jour favorable : Hugo, le beau gosse de service ne pense qu’à s’amuser et ne supporte pas qu’une fille lui préfère un autre, et sa jumelle, Marion, est jalouse à l’extrême et possessive. Des caricatures de gosses de riche nés avec une cuillère dans la bouche à qui tout est dû même s’il est vrai que Marion semble avoir travaillé dur pour réussir son agrégation… Un concours qui lui est passé sous le nez, ce qu’elle aura du mal à digérer.

Heureusement que le dernier des trois frères Rascol, Clément, semble bien plus sympathique, bienveillant et débonnaire au point qu’on se demande comment il arrive à côtoyer ses frères. Sa femme est adorable et aimante, et son fils surdoué, étudiant en médecine, attire, du moins dans un premier temps, la sympathie. Je me suis ainsi reconnue dans sa timidité maladive et ce sentiment de n’être pas à sa place parmi les gens de son âge. Toutefois, sa vision bien trop poussée de l’amour courtois a fini par m’agacer… On peut traiter avec respect les femmes sans les mettre sous cloche et se montrer cucul la praline.

Quant à Maya, elle s’est révélée détestable et manipulatrice bien que j’aie apprécié de suivre ses pensées couchées dans les pages de son journal intime. Cette jeune femme énigmatique aurait pu apporter une certaine dose de suspense, sa présence dans le manoir apparaissant rapidement comme suspecte, mais il n’est pas difficile de comprendre ses motivations… Sa disparition soudaine, dans des circonstances suspectes, soulèvera néanmoins quelques questions chez les lecteurs : que lui est-il arrivé ? Pourquoi tout ce sang ? Est-elle morte ? Si oui, qui l’a tuée ? Où est son corps ? Si des gens sensés auraient tout de suite appelé la police pour faire le point sur cette inquiétante disparition, les Rascol préfèreront opter pour une solution plus radicale. Mais avec une famille aussi perturbée et dysfonctionnelle, on ne s’étonnera de rien..

En d’autres mots, si vous avez besoin de vous attacher aux personnages d’un roman pour apprécier votre lecture, vous risquez ici d’avoir du mal… À cela s’ajoute un point encore plus problématique pour moi : le manque de nuance. Tous les personnages, ou presque, sont caricaturaux à l’extrême et manquent cruellement de complexité. Il en ressort des comportements invraisemblables et peu crédibles, le tout accompagné d’énormes coïncidences et de grosses ficelles que l’on voit venir à des kilomètres à la ronde. Ce manque de subtilité et de finesse m’a frustrée d’autant que le roman possède quand même quelques atouts et des idées intéressantes.

L’écriture de l’autrice est fluide et agréable, ce qui rend la lecture rapide malgré un suspense quasiment inexistant pour les personnes ayant l’habitude de lire des thrillers. Je reconnais toutefois m’être complètement laissée berner par le retournement de situation final qui apporte un certain cachet au roman… J’ai, en outre, apprécié la présence omniprésente de la littérature que ce soit dans les références littéraires que l’on rencontre au fil des pages, cette idée d’écriture comme catharsis qui me plaît beaucoup ou encore, la figure de l’écrivain raté, cynique et désabusé…

À cet égard, si j’abhorre la littérature élitiste défendue par Stéphane qui exclut, au lieu de rassembler les lecteurs autour de l’amour des livres, je reconnais que certains de ses propos ne manquent pas de pertinence. Je pense, par exemple, à ces scènes de sexe devenues omniprésentes dans les livres comme si c’était un moyen en vogue de s’assurer du succès d’un ouvrage. D’ailleurs, comme pour illustrer les propos de notre écrivain et le faire enrager un peu plus, Écrit dans le sang contient pas mal de coucheries bien que l’autrice n’entre pas dans les détails. À défaut de m’avoir pleinement convaincue (on tombe de nouveau dans la surenchère), ces scènes de sexe ont au moins le mérite de mettre en lumière l’un des aspects de la personnalité ambivalente de Maya que je vous laisserai le soin de découvrir…

Malgré mon absence d’attachement aux personnages, il n’en demeure pas moins que j’ai eu envie de faire toute la lumière sur leurs secrets, leurs petites affaires, leurs mensonges et autres trahisons. Parce que si Maya a mis le feu aux poudres en distillant ses mensonges et son venin, elle n’a pas eu besoin de faire grand-chose pour embraser une famille déjà encline à l’hypocrisie, à la jalousie, aux faux-semblants et à la méchanceté. Ce n’est finalement qu’une allumette qui a mis le feu à une forêt viciée et aride ! De fil en aiguille, on en vient donc à découvrir toute la perfidie des personnages et leur manque cruel de morale. Seuls Clément, sa femme et son fils semblent avoir une conscience, mais cela sera-t-il suffisant pour les protéger du danger qui plane sur le manoir et leur vie ? La vengeance est bien souvent aveugle et froide, et ne fait que très rarement la distinction entre les gentils et les méchants, les coupables et les innocents…

En conclusion, malgré un prologue qui annonçait un roman empli de tension et de suspense avec une histoire prenante de vengeance,  Écrit dans le sang n’a pas répondu à mes attentes. Si l’idée de plonger dans les affres et les petits secrets d’une famille complètement dysfonctionnelle était plaisante, la mise en œuvre m’a semblé manquer de crédibilité et de subtilité. Entre les personnages caricaturaux dont les comportements extrêmes paraissent peu probables, la succession de meurtres digne d’un slasher movie et l’absence de réel suspense, l’amoureuse des thrillers psychologiques en moi n’a pas été comblée. Le roman possède néanmoins quelques atouts : une écriture simple et facile à lire, des réflexions intéressantes autour de la littérature, un retournement de situation inattendu qui donne un peu plus de profondeur au récit… Comme d’habitude, si le livre vous intrigue, je vous invite donc à vous forger votre propre opinion d’autant qu’il semble avoir reçu un accueil plutôt favorable sur le net.

Je remercie les éditions de l’Archipel pour m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

La Dame de l’Orient-Express, Lindsay Ashford

L’incroyable histoire vraie d’Agatha Christie

Inspiré d’un épisode méconnu de la vie d’Agatha Christie, La Dame de l’Orient-Express est un roman émouvant mettant en scène l’écrivaine se liant d’amitié avec deux femmes marquées par la vie. Un roman plébiscité par le public anglo-saxon.

Octobre 1928. Son divorce lui a laissé un goût amer. Partout, Agatha Christie croit voir le fantôme d’Archie, son ex-mari. Jusque dans les couloirs de l’Orient-Express, où elle vient de prendre place sous une fausse identité. Elle se sait pourtant privilégiée. Le Meurtre de Roger Ackroyd l’a rendue célèbre. Et rien ne l’oblige à rester en Angleterre pour écrire son dixième roman.

Elle a trente-huit ans. À bord de ce train mythique qui doit la mener à Istanbul, elle fait la connaissance de deux femmes, Nancy et Katharine. Elles aussi cachent leur passé. La première fuit un mari violent. La seconde part rejoindre son futur époux sur un site de recherches archéologiques. Et c’est à Ur, en Mésopotamie, qu’un drame se noue… aux répercussions inattendues.

L’Archipel (12 mars 2020) – 396 pages – Broché ( 22€) – Ebook (15,99€)
Traduction :
Philippe Vigneron

AVIS

Agatha Christie, du haut de ses 38 ans, connaît déjà le succès, mais sa vie personnelle semble bien plus chaotique. Toujours blessée par la trahison de son ex-mari qui va bientôt se remarier et désirant oublier un épisode qui n’avait pas manqué de défrayer la chronique, elle s’engage dans un long périple à destination de la Mésopotamie. Un voyage qui, en plus de lui faire découvrir moult paysages, lui permettra de faire la rencontre de deux femmes très différentes l’une de l’autre : la discrète Nancy qui désire fuir son mari et la très charismatique Katharine qui part rejoindre son futur époux sur un site archéologique. Si ces trois femmes n’ont a priori rien en commun, on comprend, de fil en aiguille, qu’elles ont toutes les trois traversées des épreuves difficiles qui ne pourront que les rapprocher et forger entre elles une solide amitié.

Je ne savais pas trop à quoi m’attendre avec ce livre, mais je dois dire que j’ai été enchantée par la tournure prise par les événements et la manière dont l’autrice s’inspire de la vie d’Agatha Christie pour proposer une œuvre de fiction passionnante et foisonnante. Le voyage pour la Mésopotamie n’est pas de tout repos et offre quelques rebondissements, mais il se révèle surtout l’occasion rêvée pour Lindsay Ashford d’évoquer l’amitié, l’amour, la résilience, le deuil de certaines relations, la féminité, la condition de la femme dans les années 30 sans oublier un sujet très rarement évoqué en littérature... Ce roman est donc, entre autres, une ode aux relations et à l’amitié, une amitié portée par trois femmes pour lesquelles on développe un profond attachement.

Si l’intrigue met à l’honneur Agatha Christie, ses nouvelles amies ne sont nullement oubliées. C’est d’ailleurs, à mon grand étonnement, le destin de Katharine qui m’a le plus marquée. Alors que cette femme était celle avec laquelle j’avais le moins d’affinité en début de livre, son évolution m’a fait changer d’avis à son égard. J’ai peut-être été sensible au fait que sa carapace finit par se briser pour nous permettre de découvrir la vraie Katharine : une personne intelligente, pugnace, en avance sur son temps et bien décidée à s’imposer dans le milieu de l’archéologie dominé par les hommes, mais c’est aussi une personne profondément blessée par la mort de son premier mari et un secret qui la hante…

Nancy, de par sa condition, est celle qui nous semble la plus vulnérable ce qui explique peut-être la rapidité avec laquelle Agatha va la prendre sous sa protection. Son apparente fragilité ne l’a toutefois pas empêchée de faire montre d’une certaine force de caractère, la jeune femme ayant quitté, malgré les conventions sociales et les risques, un mari volage et ombrageux afin de construire une vie qui lui convient mieux. Quant à Agatha, touchante, déterminée, courageuse, généreuse, curieuse et intelligente, c’est une femme pour laquelle on ne peut que développer de l’admiration. Tout comme ses deux amies, elle possède néanmoins ses propres démons et fêlures. On la sent ainsi encore à fleur de peau en ce qui concerne son histoire avec son ex-mari, mais on ne peut que louer son envie d’aller de l’avant quitte à s’éloigner durant quelques semaines de sa fille qu’elle aime pourtant beaucoup.

L’autrice forme le portrait nuancé de trois femmes fortes, chacune à leur manière, avec leurs faiblesses et ces zones d’ombre que l’on découvre au compte-gouttes. Un procédé qui rend d’ailleurs la lecture très addictive puisque l’on ne peut s’empêcher de tourner les pages avec curiosité et cette envie irrépressible de découvrir tous leurs secrets, et la manière dont elles vont réussir, en s’épaulant, à surmonter les blessures du passé et à affronter les épreuves à venir.

Si l’autrice accorde une large place aux personnages féminins, deux de ses protagonistes masculins ont su me séduire. L’un en raison de sa prévenance et de sa gentillesse et l’autre, grâce à la patience et à la tolérance dont il a su faire preuve malgré un caractère un peu rustre, du moins, au premier abord. Vous verrez, en effet, que les apparences sont parfois trompeuses et que la froideur peut simplement cacher une certaine maladresse et un besoin irrépressible de trouver un peu de réconfort dans la chaleur de l’autre…

L’amitié féminine prend une place considérable dans le récit, mais il également question d’amour, de l’amour passionnel, de l’amour qui élève avant de mieux détruire, mais aussi de reconstruction et de la manière dont la vie peut vous apporter une nouvelle chance à condition de savoir la saisir. Je ne développerai pas ce point outre mesure vous laissant le plaisir de la découverte, mais je peux toutefois vous dire que j’ai été touchée par deux personnages qui vont, progressivement et avec beaucoup de naturel et de simplicité, nouer une belle relation faisant fi des convenances et du poids du passé.

La Dame de l’Orient-Express accorde également une jolie place à l’évasion et au dépaysement. On découvre ainsi des paysages, des mets inconnus à nos palets, d’autres cultures et d’ancestrales traditions sans oublier une plongée fascinante dans le monde de l’archéologie et des fouilles. Un point qui m’a particulièrement plu et qui apporte un certain cachet à l’intrigue ! La plume de l’autrice, vivante, fluide et pleine de sensibilité rend, quant à elle, la lecture agréable et immersive d’autant que l’alternance des points de vue et la présence de nombreux dialogues ne manquent pas de dynamiser le récit.

En conclusion, en mêlant avec brio fiction et réalité, l’autrice nous propose un roman vibrant de féminité et de sensibilité qui ne devrait pas manquer de vous toucher et de vous donner envie de découvrir la femme derrière Agatha Christie, la romancière. Ode à l’amitié, à l’amour, à la vie et aux secondes chances, La Dame de l’Orient-Express plaira autant aux amateurs de la célèbre romancière qu’aux personnes souhaitant se laisser porter par une histoire dépaysante et pleine d’émotions.

Merci aux éditions de l’Archipel pour cette lecture.

 

Throwback Thursday Livresque #158 : festif

J’ai décidé de participer à un nouveau rendez-vous autour du livre : le Throwback Thursday Livresque. Imaginé par Bettie Rose Books, le principe est de partager chaque semaine sa lecture autour d’un thème mensuel qui sera décliné chaque semaine. Depuis peu, les liens de participation sont à déposer sur My-books.


Pour ce thème, j’ai pensé à la saga Valeria dont l’ambiance est bien souvent festive, la bande d’amies que l’on suit n’hésitant pas à enchaîner les sorties et les soirées entre copines durant lesquelles elles refont le monde et échangent autour de leurs vies amoureuses, sexuelles et professionnelles.

Dans les pas de Valeria par [Benavent, Elisabet]

Quand Bridget Jones s’invite dans Sex and the City

Valeria aime les belles histoires d’amour.
*
Valeria est romancière.
*
Valeria a trois amies  :
Lola, Carmen et Nerea
*
Valeria et ses amies partagent tout.
*
Valeria est mariée à Adrian,
Mais elle rencontre Victor…
*
Valeria aime la sincérité.
*
Valeria est unique.
*
Comme toi  !
Complices et inséparables, Valeria et ses amies se racontent tout. Vraiment tout. Surtout leurs histoires de cœur…
Valeria commence à s’ennuyer dans les bras d’Adrian.
Lola s’éclate avec ses amants, qu’elle collectionne.
Carmen et son collègue de bureau se tournent autour.
Nerea, elle, vient enfin de rencontrer quelqu’un !

Le sexe est omniprésent dans cette saga, ce qui aurait dû me pousser à vite l’abandonner, mais j’ai développé une sorte d’attachement aux quatre copines que l’on apprend à connaître au fil des tomes, et dont la vie nous apparaît sujette à de multiples rebondissements…

Si ce roman vous tente, n’hésitez pas à lire mon avis sur Dans les pas de Valeria dont voici la conclusion :

Dans les pas de Valeria questionne la notion de couple et de sa pérennité dans le temps, mais c’est surtout un cocktail explosif composé de beaucoup d’amitié, d’une bonne dose d’amour, de désir, de tension sexuelle et de fantasme… Léger, drôle et terriblement addictif, voici un roman que je vous invite à découvrir pour décompresser d’une dure journée de travail, passer un bon moment sans prise de tête, ou tout simplement vous détendre auprès de femmes attachantes dont on partage, le temps d’un roman, la vie sans aucun tabou.

Grand succès en Espagne, cette saga semble avoir bien moins convaincu en France, mais peut-être que certain(e)s d’entre vous se laisseront séduire par la série Netflix qui devrait sortir dans le courant de l’année.

Et vous, connaissez-vous ce titre ?
Qu’en avez-vous pensé ?

Mes vies de chats, Jean-Noël Blanc

 » Je me suis approché, par curiosité. Ce chaton paraissait misérable.Je me suis assis sur le muret pour le câliner. Trop tard : il avait déjà filé.Sans montrer la moindre hésitation, il avait escalade tant bien que mal les marches du seuil de notre maison, bien plus hautes que lui, franchi la porte d’entrée que j’avais laissée ouverte et attaque la montée de l’escalier qui mène aux chambres.Tout jeunot et pataud qu’il était, il avait fait fissa. Je l’ai suivi et c’est alors que j’ai compris : assis tout en haut des marches, la tête légèrement penchée, il m’attendait avec l’air assuré de celui qui accueille un visiteur en lui disant « bienvenue chez moi’. « 

Ce récit est une déclaration d’amour aux chats. À tous les chats. On y croise des matous chefs de quartier, des chattes vertueuses, des chatons aventureux, des amoureux, des vagabonds, des conquérants, des mutins, des séducteurs : les vies de chats d’un écrivain.

Écriture (9 mai 2019) – 183 pages – Broché (16€) – Ebook (11,99€)

AVIS

L’auteur donne ici toutes ces lettres de noblesse au chat, un animal qui possède une véritable présence et dont je suis la plus grande admiratrice. Entre ceux à l’allure princière, les baroudeurs, les câlins, les casaniers, les facétieux, les joueurs, les communicatifs, les réservés, les espiègles, les grimpeurs, les râleurs, les pots de colle… difficile de ne pas trouver un chat qui saura conquérir votre cœur et vous offrir une chaleureuse compagnie.

Si nous sommes des millions à vouer une véritable passion à ces félins de salon, l’auteur rappelle néanmoins que l’histoire et les civilisations n’ont pas toujours été tendres avec ceux-ci : superstitions engendrant des actes de cruauté et des violences innommables, griefs injustes, mauvaise image… Mais face à leurs détracteurs plus ou moins violents, les chats ont pu et peuvent toujours compter sur une ribambelle d’auteurs et de penseurs prêts à défendre leur honneur et à vanter leurs mille et une vertus. J’ai d’ailleurs apprécié que l’auteur inclue des poèmes, des citations et de multiples références à des ouvrages et à de célèbres personnalités. De Colette que l’on associe volontiers aux chats à Inaba Mayumi et son magnifique 20 ans avec mon chat, le panel est large et varié, et devrait satisfaire les lecteurs de tous les horizons.

Mais loin de n’être qu’une longue succession d’emprunts littéraires, Mes vies de chats est avant tout un hommage et un magnifique message d’amour d’un homme à tous les chats qui ont traversé sa vie, que ce soit pour quelques mois ou de très longues et heureuses années : Mirette, Spassiba, Bacchus, Pagnot, Beauseigne, Bissignet, Catolle, Matru, Gribouille, Chicote, Quinarelle, Picpus…

Tout autant de personnalités félines qui s’inscrivent et résonnent dans notre cœur et notre esprit à mesure que l’on apprend à les connaître. Derrière chacun de ces noms choisis avec soin, se cache une histoire que l’on découvre avec une certaine émotion, et parfois avec le sourire aux lèvres, notamment si, comme moi, vous habitez la région stéphanoise. L’auteur n’hésite, en effet, pas à piocher des noms dans le gaga, le parler local ! Appeler un chat Beauseigne (traduction : le pauvre), j’avoue que je n’y aurais pas pensé, mais ça a le mérite de tout de suite briser la glace et de donner envie de rencontrer le chat et son adoptant…

Jean-Noël Blanc nous plonge avec beaucoup de délicatesse et de générosité dans sa mémoire qu’une vie passée aux côtés de chats a rendue riche en souvenirs et en anecdotes félines. Certains souvenirs émeuvent, intriguent, étonnent, épatent ou amusent comme celui de cette minette reine de son quartier qui terrorisait même les chiens qui osaient s’approcher de son territoire. D’autres témoignent de la grande tendresse et de l’amour indéfectible qui peuvent unir un chat et son adoptant. Je pense notamment à cette chatte qui attendait sagement, au coin de la rue, que le grand-père de l’auteur rentre du travail.

Au milieu des souvenirs joyeux, des moments de complicité, voire de félicité féline, des habitudes et particularités de chacun sur lesquelles il revient avec une certaine nostalgie, l’auteur évoque également les moments d’angoisse, les fugues, les blessures, ces visites chez le vétérinaire qui signent la fin d’une belle histoire, la culpabilité de ne pas avoir vu les signes de la maladie, la tristesse d’avoir perdu un compagnon de vie… Pour ma part, j’ai été plus particulièrement touchée par cette question du deuil animal qui peut se révéler très douloureux d’autant qu’il n’est pas toujours compris par tous. Mais je ressors surtout attendrie par cette lecture qui nous fait ressentir avec force tout le bonheur qu’un chat peut apporter dans un foyer, à condition de respecter sa personnalité et la nature de la relation qu’il désire instaurer avec chacun.

Toutes les personnes qui ont, ou qui ont eu, la chance d’avoir un chat dans leur vie devraient se retrouver, même en partie, dans cet émouvant récit. Elles devraient également parfois reconnaître leur(s) propre(e) compagnon(s) félin(s) dans ceux de l’auteur… Après la lecture de ce livre teinté de poésie, vous tomberez définitivement en pâmoison devant ces fiers moustachus qui, une fois entrés dans votre vie, n’en ressortent jamais tout à fait !

En plus de nous offrir une plongée pleine d’émotions dans sa vie aux côtés de nombreux chats, l’auteur nous ensorcelle par sa plume fine et poétique qui vibre au rythme des nombreux souvenirs qu’il partage avec une certaine nostalgie, et beaucoup de tendresse et de délicatesse. Beau, touchant et très agréable à lire, voici un livre qui se dévore d’une traite le sourire aux lèvres et, pour les plus chanceux, avec un chat sur les genoux !

En conclusion, les chats sont des êtres à part, multiples, facétieux, attachants et complexes… Une vie à leurs côtés, c’est la garantie d’avoir des pages et des pages de souvenirs et d’anecdotes à raconter. Merci donc à Jean-Noël Blanc d’avoir pris sa plume et de nous avoir conviés à un joli voyage dans les arcanes de sa mémoire emplie, à ne pas en douter, de miaous et de minous en tout genre. Cri du cœur, déclaration d’amour et carnet de souvenirs à la fois, Mes vies de chats est un ouvrage fait par un amoureux des chats pour les amoureux des chats ! 

Merci à Babelio et aux éditons Écritures pour cette lecture.

L’image contient peut-être : texte qui dit ’LIRE EN THEME FÉVRIER 2020 UN LIVRE D'UN AUTEUR’

 

Le chapardeur des cœurs, Melinda Metz

Nouvelle mission pour MacGyver, le cupidon félin ! Après avoir aidé sa maîtresse à trouver l’amour, il repère un nouveau cœur en détresse, celui de Briony,  » cat-sitter  » venue s’occuper de lui.
La jeune femme est désemparée : la veille, elle s’est enfuie en abandonnant son fiancé au pied de l’autel. Et, désormais, il lui faut gérer les escapades de l’intrépide matou.
Toujours prompt à partir en cavale, Mac a en effet pris l’habitude d’aller se promener dans une résidence pour personnes âgées dirigée par Nathan, un célibataire qui doit faire face à un problème de taille…
Quelqu’un a décidé de couler son établissement. Et si MacGyver démasquait le coupable ? Et aidait ainsi Nathan à enfin regarder Briony

l’Archipel (février 2020) – 336 pages – Broché (20€) – Ebook (14,99€)
Traduction : Catherine Duras

AVIS

Le chapardeur des cœurs fait suite à Un amour de chat dans lequel nous avions fait la connaissance de MacGyver, un chat très spécial qui a réussi, entre autres, à réunir Jane et David. Mais on dirait bien que notre minet n’a pas fini de jouer les cupidons ! Car c’est maintenant de la cousine de Jane, Briony, dont il doit s’occuper.

Après avoir quitté son fiancé au pied de l’autel, la jeune femme se réfugie chez Jane et David afin de faire le point sur sa vie tout en jouant la pet-sitter. Mais ce que Briony ne savait pas, c’est que si Dougy est un chien tout à fait ordinaire, MacGyver est loin d’être un chat comme les autres. C’est un chat-entremetteur, réparateur des cœurs et trouveur d’âme sœur. Accessoirement, c’est un petit filou fugueur et cleptomane qui use et abuse de sa ruse légendaire pour aider ces pauvres deux pattes bien incapables d’être heureux sans ses plans ingénieux.

Mais quel plaisir de retrouver MacGyver ! Un chat amusant, facétieux et haut en couleur auquel on ne peut que s’attacher et avoir envie d’assister dans sa lourde tâche de rompre la solitude sentimentale des humains qui l’entourent. Et le travail ne manque pas : sa nounou semble désemparée devant le tournant pris par sa vie, Nathan, directeur de maison de retraite, se noie dans son travail, un amateur de sardines voit le cœur de sa belle ravir par le nouveau bellâtre de la maison de retraite…

Comme dans Un amour de chat que l’on n’a pas besoin d’avoir lu pour comprendre cette histoire, l’autrice nous présente une galerie de personnage variée et terriblement attachante. Les résidents de la maison de retraite, en plus de ne pas avoir la langue dans la poche, se révèlent amusants et d’une énergie communicative. Entre les amitiés, les amours, les incompréhensions et les petites jalousies, le troisième âge ne semble pas de tout repos !

L’attachement des résidents à Nathan, directeur et co-propriétaire de la maison de retraite Les Jardins, met du baume au cœur d’autant que cet attachement est réciproque. Nathan traite, en effet, avec beaucoup de douceur, de respect et d’égard les nombreuses personnes sous sa responsabilité. Peut-être un peu trop si l’on considère que toute sa vie tourne autour de la maison de retraite et de sa famille sur laquelle il veille avec beaucoup d’abnégation. Mais l’arrivée de Briony va tout changer. Bien qu’elle ne lui ait pas fait une bonne première impression, il va vite tomber sous son charme et réaliser, petit à petit, qu’il est peut-être temps pour lui de laisser la place à une femme dans sa vie bien remplie.

Briony est une jeune femme gentille et attachante que l’on prend plaisir à voir évoluer tout au long du roman. D’abord incapable de prendre une seule décision sans les conseils d’au moins une personne, elle va prendre confiance en elle et apprendre à dompter ses crises d’angoisse. Au gré des péripéties, des rencontres et des conversations à cœur ouvert, Briony réalisera ainsi qu’elle est capable de prendre ses propres décisions et de choisir la vie qui lui convient et non pas celle tracée par ses parents aimants, mais surprotecteurs.

Cette prise de conscience sera d’ailleurs l’occasion pour l’autrice d’aborder des thèmes comme les relations familiales, le poids de l’éducation sur la construction de la personnalité de chacun et l’importance de laisser les enfants faire leurs propres erreurs… Côté famille, Nathan ne sera pas non plus épargné avec un père ayant fui ses responsabilités, une mère fragile psychologiquement et une sœur quelque peu culottée…

Le rapprochement entre Briony et Nathan est assez rapide, mais semble naturel tellement l’alchimie entre les deux personnages saute aux yeux. J’ai beaucoup aimé la manière dont l’autrice construit cette idylle pleine de tendresse, de douceur et d’humour même si, comme vous le verrez, les choses ne seront pas toujours si simples… Entre les mensonges par omission de Briony sur les circonstances l’ayant conduite à poser sa valise chez sa cousine et la menace qui plane sur la maison de retraite, le couple va devoir affronter quelques épreuves.

En plus des facéties de MavGyver, de l’amitié et de l’amour si présents dans le récit, l’histoire se pare, en effet, d’une petite dimension policière avec une enquête pour déterminer qui est derrière les actes de sabotage dont la maison de retraite est victime. Des odeurs pestilentielles, une machine de sport devenue folle… Quelque chose ne tourne pas rond ! Mais Nathan ainsi que ses employés et les résidents sont bien décidés à faire toute la lumière sur cette affaire avant qu’elle ne mette en danger la pérennité des Jardins que personne n’a envie de quitter.

Si l’on devine assez rapidement le fin mot de l’histoire, du moins en partie, puisque je n’avais pas anticipé l’une des révélations, cette enquête et les actes de sabotage apportent un peu de mystère, de tension et de suspense. Cela démontre également avec force la solidarité et l’entraide qui existent au sein des Jardins ; une institution qui devrait servir de modèle à toutes les maisons de retraite qui existent.

En conclusion, MacGyver nous revient toujours aussi drôle, ingénieux, impertinent et facétieux dans une histoire teintée de mystère, mais surtout pleine de douceur, de tendresse, d’amour et d’amitié. Le chapardeur des cœurs, c’est un petit rayon de soleil dans votre quotidien et la promesse de découvrir un récit porté par des personnages hauts en couleur et terriblement attachants que l’on aimerait beaucoup avoir comme amis dans la vraie vie.

Merci aux éditions de l’Archipel pour cette lecture.

Premières lignes #92 : Le chapardeur des cœurs, Melinda Metz

Premi!èr-1

Le principe de ce rendez-vous initié par Ma lecturothèque est de citer, chaque semaine, les premières lignes d’un livre.


Pour cette édition, j’ai eu envie de vous présenter les premières lignes du deuxième roman mettant en scène un chat que j’adore, l’indétrônable MacGyver !

Nouvelle mission pour MacGyver, le cupidon félin ! Après avoir aidé sa maîtresse à trouver l’amour, il repère un nouveau cœur en détresse, celui de Briony,  » cat-sitter  » venue s’occuper de lui.
La jeune femme est désemparée : la veille, elle s’est enfuie en abandonnant son fiancé au pied de l’autel. Et, désormais, il lui faut gérer les escapades de l’intrépide matou.
Toujours prompt à partir en cavale, Mac a en effet pris l’habitude d’aller se promener dans une résidence pour personnes âgées dirigée par Nathan, un célibataire qui doit faire face à un problème de taille…
Quelqu’un a décidé de couler son établissement. Et si MacGyver démasquait le coupable ? Et aidait ainsi Nathan à enfin regarder Briony ?

PREMIÈRES LIGNES

Avec les dents, MacGyver attrapa la languette argentée de la fermeture éclair et la tira complètement. D’un coup de patte sûr, il ouvrit le couvercle de la valise, sauta à l’intérieur et s’allongea sur la pile de vêtements. Joli nid pour une sieste. Mais qui pouvait être amélioré. Il n’avait jamais compris cette manie qu’avaient les humains de tout aplatir. Avec un petit soupir d’exaspération, il se dressa sur ses pattes, se mit en devoir d’ébouriffer tout ça, puis se rallongea. Il sortit ses griffes et les plongea dans la douceur d’un pull moelleux. Divines sardinettes, que c’était bon !
— Mac, non ! cria Jane, son humaine.
Elle l’ôta prestement du nid qu’il s’était créé, parfait pour une petite sieste, et avec un horrible bruit de zip referma la valise. Comme s’il ne pouvait pas la rouvrir tout aussi aisément.
— Je pars pour ma lune de miel, lu-ne-de-miel. Je veux avoir l’air romantique, pas l’air d’une harpie pleine de poils de chat.
Il ignora son blabla. Il savait que les humains s’en servaient pour communiquer, pour la simple et bonne raison que leur nez n’était, somme toute, qu’une espèce de bouton inutile.

Et vous, Le chapardeur des cœurs vous tente-t-il ?

L’art du meurtre, Chrystel Duchamp

Je remercie les éditions de l’Archipel pour m’avoir permis de découvrir L’art du meurtre de Chrystel Duchamp. L’idée de découvrir une autrice locale a joué dans mon envie de me plonger dans ce thriller…

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Le corps de Franck Tardy, avocat à la retraite, est retrouvé dans son luxueux appartement du XVIe arrondissement. Il a été torturé, mutilé, puis assis à une table dressée pour un banquet. Un crime de toute beauté !
Dépêchée sur place, l’équipe de la PJ découvre que l’homme – un collectionneur – fréquentait les clubs sadomasochistes de la capitale. Et que, malgré sa fortune, il était à court de liquidités.
Quand le corps d’un autre amateur d’art – dont la mort a été soigneusement mise en scène – est retrouvé, le doute n’est pas permis : un tueur en série est à l’œuvre.
Pour le lieutenant Audrey Durand, cette enquête dans le monde de l’art contemporain sera-t-elle l’occasion de faire taire ses démons, ou se transformera-t-elle en une plongée hypnotique aux confins de la folie ?

L’Archipel (16 janvier 2020) – 272 pages – Broché (19€) – Ebook (13,99€)

AVIS

Si j’apprécie les thrillers, l’art est un domaine qui m’est relativement inconnu et, a fortiori, l’art contemporain. Or, c’est bien dans ce domaine que l’autrice nous transporte à travers des crimes particulièrement sordides mis en scène avec un certain talent et beaucoup de symbolisme ! Loin d’être l’œuvre d’un fou, ces scènes de meurtre témoignent ainsi de la volonté d’un artiste/meurtrier d’utiliser le corps de ses victimes pour s’exprimer, dénoncer et faire passer un message. Une démarche extrême soutenue par des techniques artistiques réelles, parfois borderlines, qui permettent de transcender les conventions, la morale et le temps.

Que l’on comprenne et/ou que l’on adhère ou non à cet art corporel extrême qui conduit à s’automutiler, et dans notre enquête, à mettre en scène des meurtres, le roman n’en demeure pas moins terriblement efficace pour vous pousser à vous interroger sur votre propre rapport à l’art et à la définition que l’on peut donner à ce mot. Chrystel Duchamp évoque ainsi l’art, mais aussi la nécessité de se couper de ses préjugés pour tenter d’aller à la rencontre d’un artiste, de sa vie, de sa démarche et des messages qu’il essaie de faire passer…

Ce qui fait la force et l’originalité de ce thriller est donc de réunir deux milieux en apparence très différents : celui du crime et celui plus feutré de l’art, des galeries et des salles d’enchère. Glamour et argent contre violence et quotidien… Deux mondes qui se télescopent, que ce soit en raison de la nature inédite des crimes commis ou du parcours atypique du lieutenant Audrey Durand, cette dernière ayant effectué des études d’art au Louvre avant de choisir d’intégrer les forces de l’ordre. Une passion pour l’art qui ne l’a jamais quittée et qui lui sera fort utile pour tenter d’élucider les crimes spectaculaires et particuliers qui lui tombent sur les bras. 

Son flair lui souffle d’enquêter dans le milieu de l’art contemporain quand sa supérieure l’oriente vers d’autres pistes autant par conviction que par aveuglement maternel. Mais Audrey a de la suite dans les idées et n’hésitera pas à mettre sa santé et sa carrière en jeu pour identifier la ou les personnes responsables de ces crimes habilement mis en scène. Elle pourra heureusement compter sur l’aide de ses collègues et d’un autre amateur d’art loin de la laisser indifférente… L’enquête est rythmée et plutôt immersive, l’autrice insufflant la dose de détails et de suspense nécessaire pour vous pousser à tourner les pages avec avidité, et une certaine angoisse à l’idée de découvrir d’autres crimes tout aussi effroyablement artistiques.

La personnalité haute en couleur d’Audrey, digne de celle d’une artiste, et ses relations avec autrui ajoutent pas mal de sel au récit. À fleur de peau, entière, torturée et fragile psychologiquement, Audrey fait partie de ces personnes qui émeuvent autant qu’elles agacent. Parfois excessive et déstabilisante dans ses réactions, elle n’en demeure pas moins passionnante par sa capacité à utiliser ses connaissances et sa passion de l’art pour tenter d’élucider son enquête, quitte à brusquer ses proches. J’ai, en outre, apprécié sa relation avec sa supérieure qui joue autant le rôle d’amie que de mère, et son rapprochement avec Joël, un homme dont on ne pourra que louer la patience… Alternant entre force et sensibilité, Audrey est un bulldozer que vous devriez prendre plaisir à suivre dans le chaos de sa vie privée et professionnelle. 

Quant à l’écriture, elle est percutante, vive et incisive à l’image d’un tueur implacable qui vous donnera des sueurs froides. Pas d’effets de style ou de manche inutiles, mais une efficacité dans la narration qui rend la lecture rapide et haletante. Aucune place à l’ennui donc d’autant que le mystère entourant ces meurtres semble s’épaissir jusqu’à ce que la vérité finisse par éclater. Une vérité que je n’avais pas anticipée, mais qui vient conclure, avec une certaine logique, une histoire dans laquelle mort, art et vie sont intrinsèquement liés. Quant à la révélation finale, elle a su autant me surprendre que me convaincre. La boucle est bouclée !

En conclusion, L’art du meurtre est un thriller efficace dont la particularité est d’avoir su lier avec brio monde de l’art et crimes, expressivité et horreur, tout en plongeant le lecteur dans une réelle introspection quant à sa vision de l’art. Qu’est-ce qui fait art, jusqu’où peut-on aller en son nom et le corps peut-il vraiment être un outil artistique comme les autres ? Quelques-unes des nombreuses questions qui devraient vous pousser dans vos retranchements à mesure qu’un monde de l’extrême s’ouvre à vous… L’art du meurtre ou quand le meurtre devient art !

Retrouvez le roman chez votre libraire ou sur le site Place des libraires.

Instinct, James Patterson et Howard Roughan

Je remercie les éditions de l’Archipel pour m’avoir permis de découvrir Instinct de James Patterson et Howard Roughan. À noter que ce roman a déjà été publié par la maison d’édition sous le titre Jeu de massacres.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Un meurtrier, deux enquêteurs. Et un jeu de 52 cartes…

Le professeur Dylan Reinhart est l’auteur d’un ouvrage de référence sur les « comportements déviants ». Lorsque Lizzie Needham, du NYPD, en reçoit un exemplaire accompagné d’une carte à jouer tachée de sang, tout porte à croire qu’un tueur s’intéresse à l’éminent docteur en psychologie…
Mais il apparaît vite que ce sang est celui d’un homme retrouvé poignardé à son domicile. Quant à la carte, un roi de trèfle, elle prend tout son sens lorsque Needham et Reinhart comprennent qu’elle désigne la deuxième victime du tueur.
Ces cartes ne sont donc pas une signature, mais les indices d’un jeu de piste jonché de cadavres, dont Manhattan est le décor…

Publié en 2019 sous le titre Jeu de massacres, ce roman a inspiré la série Instinct, diffusée en France par M6, avec Alan Cummings, dans le rôle de l’extravagant Dylan Reinhart.

L’Archipel (9 janvier 2020) – 352 pages – Broché (20€)
Traduction : Philippine Voltarino

AVIS

Dès le début du roman, les auteurs distribuent avec efficacité et un certain sens de la mise en scène les cartes ! Le terme de carte prend ici tout son sens si l’on considère que le serial killer qui sévit a une légère tendance à personnaliser ses scènes de crime en laissant derrière lui une carte à jouer.

Un détail plein de symbolisme à ne pas prendre à la légère comme vont vite le découvrir l’éminent professeur en psychologie, le Dr Dylan Reinhart, et l’inspectrice Elizabeth Needham du NYPD. Réuni indirectement par le tueur bien décidé à tester les compétences du professeur dont il semble avoir lu le livre sur les comportements déviants, le duo n’aura pas vraiment d’autre choix que de travailler main dans la main afin de mettre fin à un jeu de piste des plus macabres. 

L’enquête est captivante et suscite moult questions, les auteurs n’hésitant pas à relancer régulièrement l’intérêt des lecteurs par quelques phrases sibyllines et des scènes mouvementées. Le suspense est donc au rendez-vous sans pour autant occulter ce qui fait, du moins pour moi, la richesse de ce roman : les liens entre les deux héros. On assiste ainsi à leur rencontre, à la manière dont, bon an mal an, ils s’associent pour faire face à un défi de taille alors que la pression politique se fait de plus en plus forte. Au fil des épreuves et des questionnements, la complicité entre l’inspectrice et le psychologue se fait de plus en plus forte et palpable. Leurs échanges pleins de peps et empreints d’humour apportent beaucoup de dynamisme et de charme à l’intrigue.

Les auteurs ne développent pas outre mesure la psychologie des deux enquêteurs, mais ils donnent assez d’informations pour les rendre tous les deux attachants même si j’ai été un peu plus sensible à Reinhart dont j’ai apprécié l’intelligence, l’humour et la personnalité oscillant entre délicatesse et honnêteté. Des qualités parfaites pour un brillant psychologue qui, tout en étant conscient de ses capacités intellectuelles, n’en demeure pas moins agréable et abordable. Mais loin d’être lisse et convenu, notre professeur possède ses propres secrets que l’on prend plaisir à découvrir.

J’ai également été séduite par la fraîcheur et le sens de la taquinerie d’Elizabeth. Le personnage est courageux, ambitieux, intelligent, facétieux, mais il possède également une certaine ambivalence et une part de mystère qui nous poussent à nous poser quelques questions à son sujet. La policière est-elle totalement franche avec Reinhart et comment en est-elle arrivée à naviguer dans l’entourage proche du maire de New-York, l’un des hommes politiques les plus influents du pays ?

Un maire qui se révèle d’ailleurs autant un atout qu’une menace pour le duo ! Il semble, en effet, prêt à tout pour mettre la main sur le tueur en série et ainsi éviter que ce fâcheux problème ne vienne mettre un terme définitif à ses envies de réélection. Cet homme politique est un parfait exemple de ces politiciens plus intéressés par leur popularité et la pérennité de leur position que par le bien de la population… Les autres personnages secondaires sont également bien construits et participent, à leur manière, à cette enquête, que ce soit un journaliste d’investigation pugnace qu’Elizabeth a bien du mal à garder sous contrôle ou le mari de Reinhart. Ce dernier fera preuve, tout au long du roman, d’une sensibilité à fleur de peau qui le rend aussi touchant qu’attachant.

En incluant un pan entier de la vie personnelle de Reinhart dans l’intrigue, les auteurs l’humanisent vraiment et lui donnent une autre dimension, celle d’un homme comme les autres qui essaie avec son mari de construire une famille malgré les préjugés et les injustices… Le thème de l’homoparentalité est ici abordé avec empathie et sensibilité. Difficile ainsi de rester de marbre devant la détresse de ces hommes prêts à affronter toutes les épreuves afin que leur rêve de famille devienne une réalité.

En conclusion, porté par un duo attachant et complémentaire, voici un roman qui ravira les amateurs de suspense, de plumes addictives et d’intrigues menées tambour battant. Pris dans le tourbillon infernal des événements, vous n’aurez qu’une envie : celle de découvrir l’identité et les motifs d’un tueur en série qui a réussi à transformer un inoffensif jeu de cartes en une menace mortelle !

Retrouvez le roman chez votre libraire ou sur le site Place des libraires.

Éditions l'Archipel

Valeria, tome 4 : Passionnément Valeria, Elisabet Benavent

Couverture Valeria, tome 4 : Passionnément Valeria

Je remercie les éditions de l’Archipel pour m’avoir permis de découvrir Passionnément Valeria d’Elisabet Benavent.

Pour rappel, il s’agit d’un tome 4, je vous invite donc à lire les tomes précédents avant de poursuivre votre lecture de cet article.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Si Valeria est amoureuse de Bruno, pourquoi n’arrive-t-elle pas à oublier Victor ?
Carmen aurait-elle pris du poids pendant son voyage de noces ?
Lola s’interroge : est-elle vraiment faite pour la vie de couple ?
Nerea, elle, décide de se reprendre en main.
Toujours aussi passionnée, Valeria…
Comme toi !
Inséparables, Valeria, Carmen, Lola et Nerea ne se cachent rien. Ce qui aidera Valeria à pimenter son dernier roman, auquel elle s’apprête à apporter la touche finale.

Archipel (27 novembre 2019) – Broché (17€ ) – Ebook (11,99€)

AVIS

J’étais impatiente de lire ce quatrième et dernier tome tout en redoutant de quitter Valeria et ses amies. Mais toutes les bonnes choses ayant une fin, je me suis lancée dans la lecture du roman avec un certain enthousiasme…

Comme pour les trois tomes précédents, le roman se lit à vitesse grand V, la narration étant portée par une écriture simple, fluide et efficace qui vous fait rapidement oublier que vous n’êtes pas devant la télé ou n’assistez pas à un repas entre amis, mais que vous êtes bien en train de lire un roman. Une proximité autrice/lecteurs qui donne une saveur toute particulière à la saga et qui me pousse à la classer du côté des séries addictives comme L’accro du shopping. On prend le livre, on feuillette quelques pages et avant de s’en rendre compte, on en est déjà à la moitié du roman et l’on est en train de pester contre Valeria et ses choix toujours très discutables sur le plan moral.

Oui, parce que Valeria a tendance à ne pas vraiment apprendre de ses erreurs ni même à suivre les conseils avisés de ses meilleures amies qui tentent de faire de leur mieux pour la mettre face à ses contradictions et à cette vérité qu’elle semble bien décidée à ignorer : elle est accro à Victor et Bruno n’est qu’une manière de fuir ses sentiments. Pas très élégant comme comportement à moins que l’idée soit de se faire souffrir, et au passage, de blesser deux hommes qui n’attendent de Valeria qu’une chose, qu’elle prenne une décision, la bonne si possible, et qu’elle s’y tienne ! Vous aurez donc compris que notre héroïne m’a de nouveau fortement agacée par ses indécisions, mais surtout par son comportement puéril. On comprend qu’elle a peur de souffrir vu son passif avec Victor, mais la seule personne qui fait du mal à Valeria, c’est Valeria…

Quant à Victor, si je ne l’ai jamais considéré comme le prince charmant, force est de constater qu’il a parcouru du chemin depuis le premier tome, et qu’il nous apparaît ici comme un homme sûr de ses sentiments. Il fait de son mieux pour (re)conquérir le corps et le cœur de la femme dont il est éperdument amoureux. Il se dégage ainsi du personnage une certaine sensibilité, ce qui m’a bien plus attirée que son supposé physique d’Apollon. J’ai également apprécié d’en apprendre un peu plus sur son passé et notamment sur l’histoire très émouvante de ses grands-parents.

Aux côtés de Valeria, nous suivons toujours ses meilleures amies dont la vie est également bien mouvementée… Lola est, de nouveau pour moi, l’amie qui tire son épingle du jeu. Bien que vulgaire et trash, ce qu’en général je n’apprécie pas chez une personne, elle a un cœur énorme et n’hésite pas à dire ce qu’elle pense même quand cela ne fait pas plaisir à entendre. Je ne sais pas pour vous, mais c’est exactement que ce j’attends d’une amie ! En plus de jouer les entremetteuses entre Victor et Valeria, cette dernière doit également faire face à la tentation, la monogamie pouvant se révéler difficile pour une croqueuse d’hommes comme elle surtout quand son nouveau patron est un bel étalon au sang chaud…

Nerea découvre les affres de la passion, du sexe et de la difficulté de suivre ses envies et sentiments et non pas un plan mûrement et froidement réfléchi… Cela l’entraînera vers des terrains inconnus et la poussera à s’affranchir de ses dernières barrières. C’est un vrai plaisir de la voir faire ce qui lui plaît au niveau personnel et professionnel et non pas ce que son éducation lui impose… J’ai néanmoins eu l’impression que, durant toute la série, ce personnage a été sous-exploité, ce qui m’a quelque peu frustrée. 

Quant à Carmen et Barto, ils sont toujours aussi touchants et continuent à se soutenir quoiqu’il arrive. Le couple, étourdi de bonheur avec l’arrivée de leur fils, va vivre un événement inattendu qui m’a d’autant plus intéressée qu’une amie a vécu exactement la même chose… J’ai d’ailleurs trouvé que l’autrice évoquait le sujet avec pertinence et beaucoup de sensibilité. On sent également à la perfection les doutes et les émotions contradictoires de Carmen qui doit s’adapter à son nouveau rôle et statut de mère. Si elle adore son fils, la difficulté pour une femme de mener de front vie personnelle et vie professionnelle sans se perdre en chemin la frappe de plein fouet ! Une situation qui devrait parler à de nombreuses mères…

En conclusion, j’ai de nouveau pris plaisir à suivre la vie de ces quatre amies dont on n’approuve pas toujours les choix, mais dont on se sent inexorablement proche. Ce tome final m’a apporté ce que j’attendais de la série et offre une jolie réflexion sur le passage à l’âge adulte, cette délicate transition durant laquelle on sacrifie une certaine insouciance sur l’autel des responsabilités et de la maturité. Cela ne signifie pas que l’on doive se renier, mais qu’il faut parfois prendre des décisions difficiles pour assurer son avenir et se construire une vie avec ses hauts et ses bas, mais une vie qui nous correspond et dont on saura tirer le meilleur. Et en cela, l’épilogue est parfait, réaliste, mais résolument positif !

 Retrouvez le roman chez votre libraire ou sur le site Place des libraires.

Premières lignes #91 : Instinct, James Patterson et Howard Roughan

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Le principe de ce rendez-vous initié par Ma lecturothèque est de citer, chaque semaine, les premières lignes d’un livre.


Pour cette édition, j’ai décidé de vous présenter un roman qui me tente énormément bien que je ne connaisse pas encore la série télé : Instinct de James Patterson et Howard Roughan. À noter que ce roman a déjà été publié par la maison d’édition sous le titre Jeu de massacres.

Instinct de James Patterson et Howard Roughan

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Un meurtrier, deux enquêteurs. Et un jeu de 52 cartes…

Le professeur Dylan Reinhart est l’auteur d’un ouvrage de référence sur les « comportements déviants ». Lorsque Lizzie Needham, du NYPD, en reçoit un exemplaire accompagné d’une carte à jouer tachée de sang, tout porte à croire qu’un tueur s’intéresse à l’éminent docteur en psychologie…
Mais il apparaît vite que ce sang est celui d’un homme retrouvé poignardé à son domicile. Quant à la carte, un roi de trèfle, elle prend tout son sens lorsque Needham et Reinhart comprennent qu’elle désigne la deuxième victime du tueur.
Ces cartes ne sont donc pas une signature, mais les indices d’un jeu de piste jonché de cadavres, dont Manhattan est le décor…

Publié en 2019 sous le titre Jeu de massacres, ce roman a inspiré la série Instinct, diffusée en France par M6, avec Alan Cummings, dans le rôle de l’extravagant Dylan Reinhart.

DATE DE PARUTION : 9 janvier 2020

PREMIÈRES LIGNES

Alors comme ça, vous souhaitez devenir serial killer ?

Libre à vous, bien sûr, d’abattre des gens au petit bonheur dans la rue – bang, bang ! –, mais je me suis laissé dire que les flingues, quoique parfois utiles pour ce job, offrent le plus souvent un résultat décevant. Quand on n’a qu’à appuyer sur la détente, je trouve que ça manque d’intimité, d’une certaine proximité. On entend la détonation, on savoure le carnage, la peau de la victime s’ouvre et se déchire d’un coup, fort bien ; mais c’est sans commune mesure avec la décharge d’adrénaline que procurent des méthodes, disons, plus personnelles.

Moi, j’aime bien combiner. Il y a mille façons si belles, si créatives de tuer son prochain ! J’estime que je dois à ma cause – et à moi-même – de tout faire pour varier les plaisirs. Il faut que ça reste excitant. Même quand les circonstances exigent de sortir un pétard, j’essaie toujours d’ajouter un petit extra, une sorte de variante. Un peu comme la cerise sur le Sundae : c’est tout de suite plus appétissant.

Cela dit, les gens n’ont pas idée du degré de satisfaction procuré par certaines des méthodes les plus basiques. Poignarder quelqu’un à mort, par exemple. Je ne connais pas d’expérience plus intime, plus personnelle. Quoi de plus exaltant que le bruit du couteau qui perce une peau humaine ? Parfois, c’est plus fort que vous : il vous faut l’entendre encore, et encore, et encore…

Découvrez un extrait du roman sur le site des éditions l’Archipel.