Dans les bois, Emily Carroll

 

Une cabane perdue dans la neige et des jeunes filles qui disparaissent tour à tour la nuit venue. Une écolière qui joue les apprentis spirites et qu’un esprit malin finit par posséder. Des monstres parasites cachés au fond des bois et qui attendent la proie idéale pour faire… leur nid. Emily Caroll nous livre avec Dans les bois, un sortilège de contes horrifiques à l’atmosphère prégnante, à l’ambiguïté grinçante, et nous rappelle cette délicieuse sensation d’avoir peur, confortablement installé sous les couvertures, en toute sécurité. A moins que…

Casterman (6 janvier 2016) -208 pages – Relié (22€)
Traduction : Basile Béguerie

AVIS

À travers ce sublime ouvrage illustré, Emily Carroll nous propose des histoires dont l’horreur ne manquera pas, si ce n’est de vous effrayer, de vous marquer et de vous pousser, durant quelque temps, à vous tenir éloignés des bois. Cet endroit bien souvent effrayant et non dénué d’une certaine aura de mystère et de danger que l’autrice met ici brillamment en scène. Au fil des pages, vous rencontrerez des personnages différents, bien souvent féminins, et systématiquement englués dans des situations difficiles dont il semble bien impossible de s’échapper…

Parfois ambiguës, systématiquement expressives, ces histoires vous plongeront dans l’horreur, l’autrice jouant habilement avec les peurs ancestrales, celles tapies en chacun de nous, tout en nous faisant miroiter une ambiance de conte à l’ancienne. Parce que le loup n’est pas la seule menace dans les bois, vous apprendrez que la peur peut prendre bien des formes et qu’elle est parfaitement justifiée face à des monstres souvent insaisissables. Des monstres qui vous parasiteront sans même que vous ne vous en rendiez compte. D’ailleurs, de parasites, il en est beaucoup question dans ce recueil, ce qui m’a semblé assez original et qui pourrait presque servir d’allégorie à tous ces parasites, réels ou imaginaires, qui nous plombent l’esprit. Néanmoins, et ce sera le seul petit défaut de ce livre, il m’a manqué un peu plus de diversité, non pas dans les situations, mais dans la forme des menaces qui pèsent sur les personnages.

Quant à l’ambiance graphique, elle participe intégralement à ce sentiment d’angoisse qui monte à mesure que l’on tourne les pages et que l’on s’approche de figures cauchemardesques qui menacent de nous engloutir.  Il y a d’ailleurs un véritable focus fait sur des détails comme la bouche et les dents, accentuant notre sentiment de malaise et de danger. La palette de couleurs est plutôt restreinte, mais l’autrice utile avec maestria chaque couleur, avec un jeu particulier sur le rouge qui vient souligner les moments d’horreur et les événements tragiques. On notera également une totale liberté dans les cases, une liberté ordonnée dans le chaos qui apporte beaucoup de vivacité et de réalisme aux illustrations.

En conclusion, Dans les bois devrait ravir les amateurs de textes à l’ambiance horrifique qui jouent sur des peurs ancestrales, en les ancrant dans des situations angoissantes dans lesquelles les personnages se trouvent inexorablement piégés. Des émotions variées ne devraient pas manquer de vous accompagner durant la lecture de ces textes qui semblent parfois réticents à livrer tous leurs secrets, mais que vous prendrez tout de même plaisir à dévorer !


Je vous propose maintenant de parler brièvement de chaque histoire.

  • L’hôte

Nous suivons Bell, jeune fille solitaire et taciturne que son frère vient chercher à son pensionnat pour qu’elle passe les vacances avec lui et sa fiancée, Rebecca. Arrivée sur place, la jeune fille n’aspire qu’à lire en toute tranquillité quand son frère et sa fiancée ne peuvent s’empêcher de la solliciter. Mais ce désagrément n’est finalement rien par rapport à l’atmosphère étrange qui règne dans la maison et dans les bois à proximité, un endroit que Bell devrait éviter comme le lui a suggéré la cuisinière. En effet, Rebecca, quand elle y était plus jeune, y a vécu un événement fort désobligeant qui aurait pu lui coûter la vie.

De fil en aiguille, la curiosité et la peur s’insinuent dans le cœur et l’esprit de Bell et des lecteurs jusqu’à ce que la vérité se fasse sur la vraie nature de l’horreur. Une horreur qui peut prendre des formes inattendues et faire son nid aussi sournoisement que le plus affreux des parasites. Mais après tout, parasite ou non, que ne ferait-on pas pour protéger ses enfants ? Peut-être d’ailleurs que Bell aurait bien fait d’écouter les histoires de sa maman…

  • Son visage ensanglanté

Un homme regarde son frère rire et amuser la galerie, mais alors qu’il devrait ressentir, comme les autres villageois, un certain soulagement à le voir bien vivant, le malaise s’empare de lui. Il faut dire qu’il en est certain, il s’agit d’un imposteur, car si cet homme a le visage de son frère et porte les habits de son frère, il n’est pas on frère. Et pour cause…

J’ai apprécié la manière dont l’autrice fait planer le mystère et cette ambiance de traque d’une bête monstrueuse que deux frères tentent d’éliminer, mais j’ai eu l’impression de ne pas avoir tout compris. J’ai donc apprécié l’histoire, mais je reste réservée quant à la clarté avec laquelle elle a été présentée. Peut-être trop subtile et ambigüe pour moi !

  • Mon amie Janna

Dans cette histoire, il est question de spiritisme et de deux amies qui, sans malice mais avec une certaine légèreté, se font complices d’une mascarade. Si Yvonne ne croit pas aux fantômes et n’en a jamais vu, cela ne signifie pas qu’elle est aveugle face à l’aura qui entoure son amie Janna. Par peur de la brusquer ou de lui donner l’impression de vouloir lui voler la vedette, elle préfère néanmoins se taire.

Une décision que l’on peut comprendre, mais qui ne sera pas sans conséquence… Et si Janna se laissait submerger par cette tempête intérieure qui l’isole, et dont on ne connaît que trop tard la véritable nature ? À trop vouloir jouer avec le feu, ne risque-t-on pas de se brûler ? À moins que ce ne soit de nouveau les bois qui placent sur le chemin de deux jeunes filles un danger inattendu, source d’une catastrophe inévitable.

  • La maison voisine

Trois sœurs attendent le retour de leur père parti depuis sept jours à la chasse. Mais contrairement à ses instructions, l’aînée, qui à la charge de ses cadettes, a refusé de quitter la maison pour aller frapper à la porte de la maison voisine…  Néanmoins, petit à petit, le foyer se vide jusqu’à ce que la maison voisine s’impose comme seul et dernier refuge.

J’ai apprécié l’ambiance pesante de ce huis clos dans lequel sont piégées des sœurs qui vont devoir faire face à une menace d’autant plus insidieuse qu’elle semble endormir les consciences, du moins certaines consciences. Avec des rappels subtils, mais bien présents, l’autrice nous offre une histoire qui ne sera pas sans rappeler celle du Petit Chaperon Rouge. Un conte toujours efficace, a fortiori quand il est auréolé comme ici d’une pointe de mystère et de la certitude que quelque chose de terriblement dangereux vient frapper chaque nuit à la porte d’une cabane isolée…

  • La dame aux mains froides

Il était une jeune fille qui, comme tant d’autres, dût épouser un mari choisi par son père. Si la situation est déjà fort désobligeante en soi, elle devient franchement inquiétante, quand la nuit tombée, une étrange et funeste mélodie réveille la jeune mariée. Une mélopée entêtante qui la conduira dans une macabre chasse aux membres. Et si finalement, certains secrets méritaient de rester enterrés ou, plutôt, emmurés ?

On reconnaît volontiers le trait de l’autrice, mais celle-ci introduit dans cette histoire aux allures de conte, une nouvelle palette de couleurs avec un joli bleu et un jaune profond, qui finissent néanmoins par être souillés, la vie de princesse ne mettant pas à l’abri d’une bien difficile destinée.

Recueil lu dans le cadre du Challenge Mai en BD.

 

 

17 réflexions sur “Dans les bois, Emily Carroll

  1. Je me souviens avoir noté ce titre dans ma WL quand il est sorti, mais il a fait partie de ceux que j’ai supprimés quand j’ai fait une purge. Tu me donnes envie de le remettre 😉

    Aimé par 1 personne

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