Les morts ne pleurent pas : L’assassin aux perles, Eve Ruby Lenn

Les morts ne pleurent pas: L’assassin aux perles par [Lenn, Eve Ruby]

Je remercie Eve Ruby Lenn de m’avoir permis de découvrir son roman, Les morts ne pleurent pas – L’assassin aux perles.

PRÉSENTATION AUTEURE

Londres, décembre 1843. Le corps d’une deuxième femme vient d’être découvert. Sans doute l’œuvre du tueur que la presse a surnommé « l’assassin aux perles ». Faute de résultats, le détective Harry Davis se voit contraint de céder sa place à Dorian Griffiths, un jeune inspecteur de la police métropolitaine. Ambitieux, il compte bien résoudre rapidement cette affaire. Mais c’est sans compter la perversité et le génie du meurtrier qui ne laisse aucune trace. Scotland Yard se retrouve dans l’impasse, alors que les crimes se poursuivent. Pour faire avancer cette enquête complexe, Griffiths en appelle au Dr Johnstone, un expert médico-légal confirmé qui dirige une entreprise de pompes funèbres.

Trinity Johnstone, sa fille, a en charge la toilette mortuaire, l’embaumement et l’organisation des cérémonies funéraires. Sa vie semble parfaitement réglée. Si ce n’est qu’elle est agoraphobe. Son quotidien, lugubre et pesant, est pourtant très confortable comparé à ce qu’elle a vécu, il y a plus de treize ans. Et en effet, derrière la façade d’une femme séduisante, intelligente et appliquée, se cache, en réalité, une âme complètement meurtrie.Depuis de longues années, elle embrasse le doux rêve d’affronter le monde extérieur. Mais, en vain. À chaque tentative, ses espoirs s’amenuisent, jusqu’au jour où… l’inspecteur Dorian Griffiths entre dans sa vie. Malgré des tempéraments a priori incompatibles, ils sont, au fil de leurs rencontres, irrésistiblement attirés l’un vers l’autre.

Librinova (12 avril 2019) – 239 pages – Broché (13,90€) – Ebook (2,99€)

AVIS

J’ai tout de suite été attirée par la couverture et le résumé de ce roman que j’ai pris un grand plaisir à parcourir même s’il n’est pas exempt de petits défauts comme un certain manque de profondeur donnant l’impression que tout arrive un peu trop vite. L’autrice a néanmoins réussi, en moins de 250 pages, à construire une histoire policière et humaine qui tient la route et qui, surtout, happe l’attention des lecteurs de la première à la dernière page. 

Milieu du XIXe siècle, Londres est frappée par une série de crimes particulièrement abjects, un tueur massacrant ses victimes avant de déposer sur leur corps des perles. Un objet de toute beauté un peu incongru quand l’on considère l’état dans lequel ce déferlement de violence laisse les victimes… Surnommé l’assassin aux perles, ce tueur sanguinaire est la priorité de Scotland Yard bien décidé à le capturer avant qu’une vague de psychose ne s’empare de la ville.

Il faut dire que les corps s’accumulent au grand dam de l’inspecteur Griffiths, en charge de l’enquête, et du Docteur Johnstone obligé de reprendre du service alors qu’il pensait avoir mis sa carrière de légiste derrière lui pour pouvoir enfin se consacrer entièrement à son entreprise de pompes funèbres. Une entreprise dont la réputation n’est plus à faire et qui peut compter sur la fille du Docteur, Trinity, qui n’a pas froid aux yeux, les embaumements et autres pratiques mortuaires étant son lot quotidien. Un métier peu commun pour une personne qui est loin d’être banale ! Je ne vous en dirai pas plus sur ce sujet, mais les capacités de cette jeune fille pourraient vous surprendre…

Mystérieuse et discrète au premier abord, Trinity porte en elle des blessures liées à un événement traumatisant de son passé que l’on découvre en cours de lecture et qui m’a beaucoup remuée. J’aurais aimé croire que son expérience n’est que le fruit de l’imagination de l’autrice, mais il suffit de lire les faits divers pour se rendre compte que la perversion de l’homme est sans limites. Si les séquelles de ce passé qu’elle n’arrive pas à totalement surmonter l’empêchent de vivre la même vie qu’une personne de son âge, Trinity n’en demeure pas moins une battante tout à fait capable de tenir tête à son père qui se révèle plutôt du genre protecteur. Elle n’hésite pas non plus à s’imposer face à l’inspecteur Griffiths qui, en raison de son physique et probablement de son statut de femme, aurait eu tendance à la prendre pour une chose fragile.  Or il va vite découvrir, pour son plus grand plaisir, que la jeune femme a de la ressource et un certain sens de la répartie !

Le trouvant trop sûr de lui en début de roman, il m’a fallu un peu de temps avant d’apprendre à apprécier cet ambitieux policier qui, grâce à son intelligence et à sa pugnacité, fera de surprenantes découvertes, certaines l’entraînant vers une pente glissante… Bien moins imperturbable qu’il aimerait le faire croire, Griffiths cache une certaine fragilité, ce qui fait peut-être de lui la personne la mieux placée pour comprendre Trinity, et le poids que le passé peut avoir sur une vie…

Au gré de leurs rencontres dans l’entreprise de pompes funèbres où le Docteur fait ses autopsies pour Scotland Yard, les deux personnages vont inexorablement se rapprocher… Leurs sentiments m’ont semblé un peu trop soudains pour être réalistes, mais j’ai apprécié que l’auteure se focalise sur l’intrigue policière plutôt que sur un jeu du chat et de la souris interminable. Et puis je dois bien avouer que je les ai trouvés touchants, et que j’ai apprécié que ces deux âmes blessées par la vie aient également droit à un peu de douceur et de réconfort…

Le Docteur d’abord réticent à l’idée que sa fille s’amourache de ce policier qui lui a joué un mauvais tour finit par accepter une idylle qu’il espère bénéfique pour sa fille. Père aimant, mais loin d’être parfait, ce personnage est auréolé d’un certain mystère, un peu comme s’il ne se dévoilait jamais entièrement aux autres… Il y a chez cet homme une ambiguïté qui fascine autant qu’elle interroge, ce qui explique peut-être que c’est le personnage que j’ai trouvé le plus intéressant dans sa construction et les réflexions qu’il suscite.

Au-delà des personnages atypiques et hauts en couleur, j’ai été séduite par la manière dont l’autrice nous plonge dans l’enquête aux côtés de Griffiths et de son collaborateur. On s’interroge avec eux sur les raisons de ce déferlement de violence et sur la symbolique qui se cache derrière l’abandon de perles sur les cadavres. Quel message veut transmettre le tueur ? Comment choisit-il ses victimes ? Tout autant de questions qui vous feront tourner avidement les pages d’autant que l’intrigue se révèle bien plus complexe et originale qu’il n’y paraît.

Car ne vous y trompez pas, nous ne sommes pas ici dans une histoire classique de serial killer au comportement pathogène. Les raisons de ces horribles meurtres et de leur mise en scène devraient ainsi vous surprendre et vous pousser à vous interroger sur cette question qui a tourmenté et tourmentera encore de nombreux hommes : la fin justifie-t-elle les moyens ? À vous de vous forger votre propre opinion, et d’éventuellement redéfinir les limites de votre morale. À travers cette série de meurtres particulièrement affreux, l’autrice a également lié avec brio son histoire à certains des enjeux de cette société victorienne dans laquelle la plus grande des richesses côtoie la plus grande des misères dans l’indifférence la plus totale…

Les morts ne pleurent pas est le premier roman que je découvre de l’autrice et je pense que ce ne sera pas le dernier ayant été séduite par sa faculté à nous plonger au cœur de l’action ainsi que par sa très jolie plume. On ressent son amour des mots, ses phrases étant bien souvent imagées tout en restant très accessibles. Un style tout en finesse qui rend la lecture fluide, agréable et très immersive même si j’ai parfois noté quelques maladresses dans la tournure de certaines phrases et l’utilisation de certains mots. À noter toutefois que le roman a bénéficié récemment d’une révision.

En conclusion, de fil en aiguille se dessinent les contours d’une enquête bien ficelée dont l’intérêt réside autant dans les investigations que la psychologie et la complexité des personnages dont on prend plaisir à suivre les interactions, les péripéties et les pensées… Originale, intense, horrifiante, mais à la fois terriblement humaine, voici une intrigue policière à ne pas manquer surtout si vous aimez l’ambiance si particulière de l’époque victorienne dans laquelle les agissements de l’assassin aux perles prennent tout leur sens.

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Dernière Terre. La série complète

Dernière Terre. La série complète par Rivière

Je remercie Babelio et Audible pour m’avoir permis de découvrir le livre audio Dernière Terre.  

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Au cœur d’une France envahie par les zombies, Dernière Terre raconte le voyage insolite de quatre jeunes prêts à tout pour rejoindre l’Angleterre.

Thomas, David, Laura et la petite Sophie vont côtoyer une série d’univers aussi bien mystique, surnaturel que médiéval. Pour traverser la Manche, notre quatuor de bras cassés va ainsi croiser une galerie de survivants aussi terrifiants qu’excentriques. Chaque étape de l’aventure permet de comprendre les origines de l’infection et le rôle primordial que les quatre personnages vont devoir tenir. Auront-ils assez de courage, de culot et d’inconscience pour parvenir à sauver l’Europe ? Disputes, kidnapping, menace de mort et fou rire embarquent l’auditeur dans un road movie burlesque et… particulièrement sanglant !

Avec, dans les rôles principaux : Donald Reignoux, Pierre Lacombe, Audrey Pirault & Mathilde Cerf.

Et dans les rôles secondaires (par ordre d’apparition) : Aurélien Portehaut, Jean-François Vlérick, Frédéric Courraud, Jacques Chambon, Amaury Jansens, Jean-Luc Couchard, Aliette Dussine, Renaud Rutten, Joëlle Sevilla, Clément Rivière, Kemar, Renaud Cathelineau, Diane Lacombe, Damien Minet, Laurent Blanpain, Ann Christin, Keith Farquhar, Benjamin Diebling & Charlie

Audible Studios – Livre audio ( 28/02/2019 ) – 4 h et 10 min – 17,95€

AVIS

Il m’a fallu du temps, mais j’ai fini par me mettre aux livres audio appréciant la flexibilité qu’offre ce format. Mais Dernière terre ne ressemble à rien de ce que j’ai pu écouter jusqu’à présent. Oubliez la monotonie que l’on peut retrouver dans certains textes audio ou encore cette impression de « faux » que l’on peut ressentir quand un narrateur prend plusieurs voix. Et pour cause, ici, chaque protagoniste a le droit à son propre comédien ce qui change radicalement l’expérience d’écoute. Ceci est d’autant plus important que cette histoire déjantée n’est construite que sur des dialogues, ce qui implique des échanges percutants et réalistes pour que la magie opère. Au-delà du jeu très convaincant des acteurs qui se sont complètement approprié leur rôle, le studio a veillé à soigner son ambiance sonore avec des effets et des bruitages plus que réalistes, et une bande-son rythmée et immersive. Résultat, on a le sentiment non pas d’écouter un livre audio, mais de prendre part à un film, les images se formant d’elles-mêmes dans notre esprit. Et ça, ça change tout dans le plaisir que l’on prend à assister à cette aventure complètement loufoque et décalée.

Les auteurs plongent directement les lecteurs dans une France zombifiée aux côtés de Thomas et David, deux amis qui aimeraient se rendre en Angleterre où le frère de Thomas les attend. Autre fléau, autre temps, mais même lieu de résistance… Mais avant d’atteindre la terre promise, ou plutôt l’île de toutes les convoitises, les deux amis d’enfance vont devoir affronter ces charmantes créatures que sont les zombies. Ils seront heureusement accompagnés par deux personnages rencontrés en cours de route : une fillette, Sophie, et une jeune femme, Laura.

Les personnages sont très différents les uns des autres et plutôt complémentaires même si j’ai regretté que David soit cantonné au rôle du boulet de service. Accro aux jeux vidéo qu’il a une légère tendance à confondre avec la réalité, il semble parfois complètement déconnecté de la réalité. Cet aspect de sa personnalité apporte un certain comique, mais a fini par me lasser d’autant qu’en plus de ne servir à rien, il adore se plaindre… En cas d’apocalypse zombie, je me sentirais donc bien plus en sécurité auprès de Thomas qui lui a les pieds sur terre et qui, sans être parfait, a quand même bien plus de bon sens et de sens pratique que son comparse. Mais c’est bien Laura et son esprit d’initiative qui suscitent le plus l’admiration. Brute de décoffrage, la jeune femme affronte toutes les situations, même les plus dangereuses, sans sourciller et avec un certain aplomb ! Avec elle, les zombies, mais pas que, n’ont qu’à bien se tenir ! Sophie, quant à elle, apporte une bonne dynamique au groupe qui veille sur elle bien qu’on soit en droit de se demander si ce n’est pas plutôt elle qui veille sur lui. Pleine d’entrain et d’impertinence, cette enfant, psychopathe sur les bords, vous réservera quelques surprises…

Le quatuor va traverser des situations extrêmes et variées dont le côté loufoque ne pourra que vous faire sourire. Car si les zombies sont au menu, nous sommes avant tout ici dans un road trip burlesque qui ne manque pas de charme. L’humour omniprésent est d’ailleurs ce qui m’a permis d’apprécier l’histoire n’étant pas une grande fan des histoires de zombie quand elles sont traitées de manière conventionnelle. En plus de se moquer gentiment des classiques et des poncifs du genre en les poussant à l’extrême, les auteurs nous offrent une jolie plongée dans la culture populaire avec, entre autres, de nombreuses références à des jeux vidéo que l’on connaît tous plus ou moins, même si ce n’est que de nom… Au passage, ils ne manquent pas d’évoquer l’actualité avec notamment l’apparition de gilets jaunes qui pourra faire grincer quelques dents, mais qui m’a beaucoup amusée, ou encore cette question des réfugiés dont le parallèle avec la situation dans laquelle se trouvent nos personnages est plutôt bien amené… En plus de quatre heures, bien d’autres sujets sont évoqués avec dérision et parfois un certain cynisme, mais pour les découvrir, reste à vous jeter sur ce livre audio d’un genre nouveau.

La construction du livre en dix chapitres de vingt à trente minutes m’a beaucoup plu puisqu’elle permet à chacun de caser facilement l’écoute d’un ou plusieurs chapitres dans son emploi du temps sans avoir la frustration de devoir s’arrêter en plein milieu d’une scène décisive. J’ai également apprécié le rythme de ce récit qui ne souffre d’aucun temps mort, les péripéties et les rencontres, plus ou moins sympathiques, s’enchaînant les unes à la suite des autres jusqu’à la révélation finale. J’ai d’ailleurs trouvé la fin peut-être un peu expéditive, mais elle reste dans la lignée de l’histoire, complètement barrée !

Seuls deux points ne m’ont pas permis d’avoir un coup de cœur pour ce livre audio que j’ai pourtant pris beaucoup de plaisir à découvrir : la voix criarde et aigüe de Sophie qui finit par devenir difficilement supportable même si elle correspond assez bien à l’idée que l’on pourrait se faire du personnage. Et l’humour qui, au bout d’un moment, m’a parfois semblé too much, certains gags étant répétitifs, et l’abus de clichés/caricatures lassant… Mais c’est un point très personnel, et je ne doute pas que d’autres apprécieront la manière dont les auteurs jouent cette carte à fond.

En conclusion, grâce à un sublime travail sur l’ambiance sonore et les voix des personnages, Dernière Terre fut une expérience d’écoute ébouriffante, originale et complètement immersive. Si vous aimez ou souhaitez découvrir les livres audio, je ne peux que vous encourager à vous laisser tenter, et ceci, que vous appréciiez ou non les zombies puisque pris dans le feu de l’action et charmé par l’humour corrosif des auteurs, vous ne devriez pas voir le temps passer. Amateurs d’horreur et d’humour, vous avez trouvé votre prochaine « lecture » !

Retrouvez Dernière Terre sur Audible et/ou téléchargez gratuitement le pilote

 

La maison des oubliés, Peter James

Je remercie Lecteurs.com et Fleuve édition de m’avoir permis de lire La maison des oubliés de Peter James dans le cadre de l’opération Les explorateurs du Polar.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

« Le déménagement dans ce manoir charmant, en haut de la colline, devait être le point de départ pour une nouvelle vie. Après des années passées dans la banlieue de Brighton, Ollie Harcourt ne pouvait rêver mieux qu’une existence paisible à la campagne. Le reste de la famille suit d’un pas hésitant, mais ne rechigne pas pour autant à cette nouvelle aventure.
Cependant, peu après leur installation, des scènes étranges se déroulent dans la maison.
Des ombres apparaissent, les animaux domestiques se comportent de manière bizarre et plusieurs accidents, plus déroutants les uns que les autres, ont lieu.
Bientôt, Ollie n’a plus de doute : leur présence n’est pas vraiment souhaitée. Quelqu’un semble même prêt à tout pour les expulser de là… à n’importe quel prix. »

Fleuve éditions (7 mars 2019) – 352 pages – Broché (19,90€) – Ebook (13,99€)
Traductrice : Raphaëlle Dedourge

AVIS

S’installer à la campagne dans un charmant manoir, loin du tumulte de la ville... Voilà le rêve d’Ollie Harcourt qui n’a pas hésité à embarquer toute sa famille dans cette aventure. Certes, le manoir sur lequel il a jeté son dévolu a besoin de travaux, mais peu importe, Ollie le sent, lui, sa femme Caroline, et leur fille Jade seront heureux dans leur nouvelle demeure. Pourtant, au fil des jours, le rêve se transforme en cauchemar. Le manoir ne semble pas si accueillant que cela entre travaux urgents à réaliser et phénomènes étranges et inquiétants… Une présence malfaisante semble, en effet, rôder et prête à tout pour déloger cette famille qui n’est définitivement pas la bienvenue. Mais jusqu’où cette menace invisible est-elle prête à aller pour obtenir satisfaction ?

Peter James nous offre ici une histoire délicieusement horrifique qui m’a renvoyée à cette lointaine époque où je regardais les films d’horreur comme j’aurais mangé des bonbons, c’est-à-dire toujours avec plaisir et gourmandise. Adulte, je me suis éloignée de tout ce qui était horreur avant d’y remettre les pieds avec ce thriller horrifique qui m’a conquise. Dans le sillage des films du genre, l’auteur reprend leurs codes qui se révèlent toujours aussi efficaces, du moins sur moi : étranges phénomènes, bruits inquiétants, apparitions fantasmagoriques, animaux domestiques qui perçoivent des choses et qui le manifestent bruyamment, individus énigmatiques dont certains semblent en savoir bien plus qu’ils ne le disent, disparitions brutales, les doutes et cette impression de sombrer lentement mais sûrement dans la folie, angoisse qui  monte crescendo…

Rien de nouveau donc, mais Peter James arrive à rendre le tout prenant, intense, palpitant, angoissant et tellement addictif ! Alors que je n’avais qu’une envie, me planquer sous ma couette la lumière allumée, impossible pour moi de lâcher ce roman que j’ai lu en deux soirées. Deux soirées pleines de frissons ! D’ailleurs, merci à Monsieur de sa présence rassurante (je vous avais dit que j’étais courageuse mais pas téméraire), et pas merci à Hardy qui, en bon chat, ne s’est pas gêné pour fixer son regard dans le vide ou faire des bruits à des moments inopportuns (ou opportuns s’il voulait me faire peur).

La trame du roman est donc plutôt classique et ne devrait pas surprendre les amateurs d’horreur. Pour ma part, cela ne m’a pas dérangée, car d’une part, qui dit classique, ne dit pas cliché, et d’autre part, l’auteur a vraiment quelque chose dans la plume pour poser le décor et instaurer une ambiance qui vous angoisse, vous étreint le cœur et vous prend aux tripes ! J’ai ainsi complètement vécu l’histoire aux côtés des personnages sentant, comme eux, la peur en moi s’immiscer jusqu’à me mettre complètement sur les nerfs. Il faut dire que plus on progresse dans le récit, plus l’ambiance s’assombrit, devient lourde, voire étouffante. On finit par avoir ce sentiment oppressant qu’il est trop tard et que le pire va arriver…

Pressentiment ou pessimisme, vous le découvrirez si vous vous laissez tenter par le roman, mais je peux vous dire que l’auteur ne fait pas dans la dentelle. Il n’y a pas de l’hémoglobine à chaque page ni des morts à chaque chapitre, mais il n’empêche, il se dégage une telle malveillance de cette maison que l’on a qu’une envie, s’en éloigner le plus loin possible et ne pas se retourner. C’est peut-être la raison qui m’a parfois fait douter du bon sens de certains personnages qui assistent à des phénomènes à vous faire dresser les cheveux sur la tête, mais qui semblent osciller entre, « mais non, c’est dans ma tête » pour le patriarche, et « cool des fantômes » pour la fille. Personnellement, j’aurais déjà déménagé à l’autre bout de la planète.

Un déni de la réalité de la part d’Ollie qui, bien qu’il m’ait laissée parfois perplexe, s’explique par la dure réalité : plus ou moins acculé par des problèmes d’argent, cette maison étant un gouffre financier, cet homme ne trouve simplement pas d’échappatoires. Il y a les factures à régler, le prêt à rembourser, les charges courantes… Tout autant de raisons qui le poussent parfois à faire preuve d’une naïveté qui serait presque touchante si elle ne mettait pas en péril lui et sa famille. Et puis un malheur n’arrivant jamais seul, son entreprise florissante est menacée par d’étranges phénomènes informatiques le rendant encore plus captif de sa maison de la peur. Peter James apporte un peu de sang frais et d’originalité à son récit avec cette technologie qui vient hanter à son tour la famille : des SMS menaçants qui disparaissent une fois lus et dont on ne connaît pas l’expéditeur, des mails envoyés comme par magie de la part d’Ollie sans qu’il y soit pour grand-chose…

De nouveaux mystères qui viennent s’ajouter à tous ceux qui entourent cette maison maudite dont la famille aurait bien fait de ne jamais croiser la route. À défaut de l’avoir fait avant, Ollie finit par se lancer dans une enquête afin de retracer l’histoire de cet endroit qui semble avoir été le témoin, si ce n’est l’acteur, de bien sombres événements. Une enquête qui apporte une certaine tension et du suspense et dont on appréhende l’issue autant qu’on l’espère ! On finit, en effet, par se demander si découvrir les drames qui ont jalonné la vie de la bâtisse offrira vraiment à la famille un moyen de se délivrer de cette entité malveillante qui hante ses murs.

L’étau se resserre autour d’Ollie, de sa femme au bord de la crise de nerfs et de Jade qui, quant à elle, semble vivre la situation avec une certaine insouciance. Je dois d’ailleurs dire que si dans l’ensemble, Ollie et sa femme sont des personnages nuancés et réalistes, partagés entre la peur et les contingences de la vie quotidienne, leur fille semble un peu moins crédible. Je doute, en effet, qu’à 12 ans, on prenne avec recul et sérénité la visite de fantômes dans sa chambre tout comme je doute que des parents attentionnés laissent leur fille dormir seule alors que rôde le danger…

Mais c’est finalement un point de détail, l’ambiance étouffante, construite page après page, rendant la lecture tellement haletante qu’on pardonnera facilement ces petites faiblesses d’autant que la fin est soignée et perturbante à souhait. Seule petite source de frustration, cette impression que toutes nos questions n’ont pas obtenu de réponse. Mais n’est-ce pas là un bon moyen pour l’auteur de prolonger notre angoisse bien au-delà de notre lecture ?

En conclusion, d’une plume très visuelle et d’une redoutable efficacité, Peter James nous offre une plongée immersive et totale dans la vie d’une famille dont le rêve se transforme en cauchemar. Digne d’un scénario de films d’horreur dont l’auteur a repris les principaux codes, La maison des oubliés est un roman qui tient en haleine jusqu’à la dernière page et qu’il s’avère difficile, si ce n’est impossible, de lâcher avant de connaître le sort réservé aux personnages. Amateurs de frissons, d’ambiance angoissante et de fantômes, ce livre est fait pour vous !

Retrouvez/feuilletez le roman chez votre libraire ou en ligne

Premières lignes #75 : La maison des oubliés, Peter James

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Le principe de ce rendez-vous initié par Ma lecturothèque est de citer, chaque semaine, les premières lignes d’un livre.


Pour cette édition, je vais vous présenter les premières lignes de ma dernière lecture : La maison des oubliés de Peter James. Un roman que j’ai adoré et dont je vous reparle la semaine prochaine sur le blog.

« Le déménagement dans ce manoir charmant, en haut de la colline, devait être le point de départ pour une nouvelle vie. Après des années passées dans la banlieue de Brighton, Ollie Harcourt ne pouvait rêver mieux qu’une existence paisible à la campagne. Le reste de la famille suit d’un pas hésitant, mais ne rechigne pas pour autant à cette nouvelle aventure.
Cependant, peu après leur installation, des scènes étranges se déroulent dans la maison.
Des ombres apparaissent, les animaux domestiques se comportent de manière bizarre et plusieurs accidents, plus déroutants les uns que les autres, ont lieu.
Bientôt, Ollie n’a plus de doute : leur présence n’est pas vraiment souhaitée. Quelqu’un semble même prêt à tout pour les expulser de là… à n’importe quel prix. »

PREMIÈRES LIGNES

— Quand est-ce qu’on arrive ?
Cigare entre les lèvres, Johnny jeta un coup d’œil dans le rétroviseur. Il adorait ses gosses, mais Felix, qui venait d’avoir 8 ans, était parfois pénible.
— C’est la troisième fois que tu demandes en dix minutes, répondit-il d’une voix forte, pour couvrir Sunny Afternoon, des Kinks, qui passait à la radio à plein volume.
Retirant son cigare de sa bouche, il se mit à fredonner :
— « The tax man’s taken all my dough and left me in my stately home… »
— J’ai besoin de faire pipi, annonça Daisy.
— On est bientôt arrivés ? gémit de nouveau Felix.

Johnny échangea un sourire avec Rowena, qui semblait apprécier le confort du siège passager rouge et blanc de la Cadillac Eldorado. Elle avait l’air tellement heureuse que c’en était presque ridicule. Ce monstrueux engin de 1966 n’était, certes, pas adapté aux étroites routes de campagne, mais il l’adorait parce qu’il était aussi flashy que lui, producteur de rock à succès. Leur nouvelle maison était, elle aussi, too much à bien des égards, mais sa femme l’adorait autant que lui. Elle se voyait déjà, dans quelques années, en Lady Rowena, à organiser des fêtes somptueuses. Cet endroit dégageait quelque chose de très particulier, mais pour le moment, il avait surtout besoin d’être retapé.

Et vous, ce roman vous tente-t-il ?

Retrouvez les premières lignes des autres participants :

La Chambre rose et noire
Au baz’art des mots
Chronicroqueuse de livres
Les livres de Rose
Lady Butterfly & Co
Le monde enchanté de mes lectures
Cœur d’encre
Les tribulations de Coco
La Voleuse de Marque-pages
Vie quotidienne de Flaure
Ladiescolocblog
Selene raconte
Les lectures d’Angélique
Pousse de gingko
La Pomme qui rougit
Chat’Pitre
La Booktillaise
The Cup of Books
Prête-moi ta plume
Le Parfum des Mots
Les lectures d’Emy
Songes d’une Walkyrie
Shury lecture
Aliehobbies
Entre deux lignes
Rattus Bibliotecus
Encore un livre

Throwback Thursday Livresque #100 : Frissons, sang, horreur, thriller, angoisse, suspense…

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J’ai décidé de participer à un nouveau rendez-vous autour du livre : le Throwback Thursday Livresque. Organisé par Bettie Rose Books, le principe est de partager chaque semaine sa lecture autour d’un thème qu’elle aura au préalable défini.


Thème de la semaine : frissons !

Pour ce thème, j’ai hésité entre plusieurs ouvrages avant de porter mon choix sur Hellraiser de Clive Barker dont vous pouvez retrouver les premières lignes ici.

Hellraiser - Collector

« J’ai vu le futur de l’horreur et son nom est Clive Barker. » Stephen King
« Frank avait commis, en ouvrant la boîte de Lemarchand, une funeste erreur.
— Ah, vous avez donc fini de rêver, dit la Cénobite qui l’observait tandis qu’il reposait, haletant, sur le plancher nu. Parfait. Maintenant, nous pouvons commencer. »

Ainsi s’ouvre Hellraiser. Ce roman culte réussit l’exploit de créer pour la postérité de nouvelles figures mythiques dans le bestiaire de l’horreur littéraire et cinématographique : les Cénobites, Pinhead et le cube de Lemarchand, portail vers des plaisirs ultimes et des douleurs sans pareilles.

Pourquoi ce choix ?

 

Encensé par Stephen King lui-même, Clive Barker semble donc être un auteur de l’horreur et du frisson à découvrir que ce soit à travers ses livres ou ses films puisque l’homme a plusieurs casquettes. L’art en tant que moyen d’expression est d’ailleurs un peu son leitmotiv… Hellraiser nous plonge dans une histoire assez glauque dans laquelle se mêlent recherche de plaisirs sensuels et horreur, et ceci, dans une course effrénée à la survie. En effet, Frank, personnage peu sympathique, a eu la mauvaise idée d’ouvrir la boîte de Pandore ou, ici, le cube de Lemarchand. Une action qui va le conduire à sa perte, entre rencontre avec les Cénobites, affreuses créatures, et découverte d’une nouvelle vie peu enviable et quelque peu effroyable…

 

Mais parce qu’un paumé adore attirer dans sa déchéance d’autres personnes, il va bouleverser, pour le pire, la vie de son frère et de son épouse. Dans une spirale infernale de meurtres et de soif de sang, l’auteur joue avec l’angoisse et l’envie oppressante de fuir Frank et les Cénobites auxquels il est enchaîné. Malgré le côté sombre de l’histoire et l’horreur de la situation, le roman, qui est d’ailleurs plutôt une novella, se lit sans peine même pour les personnes qui ne sont pas très fan du genre. Et pour les plus curieux/courageux, il existe une série de films vous permettant de prolonger le plaisir. Avec l’arrivée d’Halloween, ça pourrait être une bonne idée de film à visionner pour une soirée délicieusement frissonnante.

 

Et vous, êtes-vous tentés par le livre et/ou le film ? Connaissiez-vous l’auteur ?

Le rôle de la guêpe, Colin Winnette

Je remercie les éditions Denoël pour m’avoir permis de découvrir Le rôle de la guêpe de Colin Winnette.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Un nouvel élève vient d’arriver à l’orphelinat, un établissement isolé aux mœurs aussi inquiétantes qu’inhabituelles. Il entend des murmures effrayants la nuit, et ses camarades se révèlent violents et hostiles. Quant au directeur, il lui souffle des messages cryptiques et accusateurs. Seul et rejeté par ses pairs, le nouveau tente de survivre à l’intérieur de cette société inhospitalière.
Une rumeur court parmi les pensionnaires, selon laquelle un fantôme hanterait les lieux et tuerait une personne par an. Tous les ans, les garçons se réunissent, sous l’impulsion de quelques anciens, pour démasquer celui d’entre eux qu’ils pensent être le fantôme… et l’éliminer!
Simple mascarade potache ou mise en scène sordide pour justifier les meurtres rituels? Cette année, le prétendu fantôme a été clairement désigné : c’est le petit nouveau. Pour une simple et bonne raison, on ne l’a jamais vu saigner, et les guêpes, très nombreuses dans cette bâtisse, ne le piquent pas. La chasse aux sorcières peut commencer.

  • Broché: 208 pages
  • Editeur : Denoël (13 septembre 2018)
  • Collection : Sueurs froides
  • Traduction : Robinson Lebeaupin
  • Prix : 20€
  • Autre format : ebook (14,99€)

AVIS

Si j’ai eu envie de m’attarder sur ce roman, c’est d’abord en raison, ou à cause, de sa couverture que je trouve aussi dérangeante que fascinante. Cette guêpe à l’orée d’un œil à la beauté glaçante ne peut qu’attirer l’attention tout en donnant envie de fuir loin, très loin. On peut donc dire que cette couverture annonce dès le début au lecteur l’ambivalence des sentiments que ce roman ne manquera pas de faire naître chez lui. Car le résumé, qui me semble d’ailleurs quelque peu éloigné de ce que vous trouverez dans le livre, ne vous prépare pas vraiment à la tournure que vont prendre les événements. Je m’étais ainsi attendue à une vague histoire de persécution dans une ambiance teintée de fantastique quand j’ai découvert bien plus que cela.

L’auteur va bien plus loin dans le glauque, l’horreur et le bizarre. À travers un narrateur à la froideur déstabilisante, il vous propose une histoire abordant des thèmes difficiles : la persécution, la malveillance, la violence individuelle et collective, la force des croyances, la recherche d’un sentiment d’appartenance et ses dérives… Mais ce qui met vraiment mal à l’aise, ce ne sont pas ces thèmes courants, notamment dans les romans noirs, mais le fait qu’ils soient abordés du point de vue d’adolescents. Dans l’imaginaire collectif, l’enfance est liée à l’innocence, mais ici enfance et adolescence sont placées sous le signe de la malveillance et de la méchanceté. Nous découvrons ainsi un orphelin placé dans un orphelinat aux mœurs plutôt hostiles. Asocial et assez égocentrique, il n’arrivera pas vraiment à s’intégrer à ses « frères »… Mais la situation prend une tournure encore plus délicate quand des meurtres sont commis au sein de l’orphelinat.

À la fois accusateur et accusé, notre protagoniste se met à soupçonner tout le monde, à commencer par ce directeur qui lui semble tour à tour sympathique puis manipulateur. Mais qu’en est-il vraiment ? Ami ou ennemi dont il faut venir à bout avant qu’il ne ligue les autres orphelins contre lui ? Le doute s’installe, l’ambiance devient étouffante et poisseuse, les tensions croissent, les rancœurs s’installent, la peur s’immisce dans l’orphelinat en même temps que s’accumulent les disparitions… Et puis il y a ces rumeurs d’une présence spectrale qui laissent sceptique notre narrateur, mais qui ne manqueront pas de semer le doute et l’effroi dans l’esprit des lecteurs. La frontière entre réalité et monde fantasmagorique semble donc mouvante entre les mains de l’auteur qui, tel un metteur en scène, construit patiemment un décor horrifique prompt à enfermer votre imagination dans des scénarios plus angoissants les uns que les autres.

La tension monte crescendo, bien que l’auteur ménage régulièrement des pauses à travers les considérations presque philosophiques de notre orphelin, et c’est avec horreur que le lecteur assiste à un pseudo procès de cet orphelin bouc émissaire qui passe auprès de ses pairs de potentiel meurtrier à fantôme qu’il convient de faire disparaître. À travers une mise en scène à la fois éloquente et grotesque, l’auteur nous convainc du poids du groupe en tant qu’entité et des exactions qu’un faux sentiment, entre autres, de camaraderie peut faire commettre à chacun. Une dilution des responsabilités inhérente aux groupes qui peut mener au pire des chaos et aux actions les plus condamnables que ce soit ici, ou dans la vraie vie d’ailleurs.

La malveillance de certains jeunes protagonistes met donc fortement mal à l’aise car elle est dépeinte avec détachement et de manière désagréablement réaliste ! Difficile de parler de bons et de méchants dans ce roman puisque même le protagoniste a un comportement des plus ambivalents. Froid et méthodique notamment dans les plans qu’il imagine pour se débarrasser de ses ennemis supposés, il est impossible de le prendre en pitié. L’auteur se délecte d’ailleurs du doute qu’il installe, petit à petit, dans notre tête. Victime d’un système qui l’a privé d’amour ou malade d’une personnalité égocentrique et calculatrice, qu’en est-il vraiment de ce personnage dont on partage les pensées pendant plus de 200 pages ?

Sur ce point, à chacun de tirer ses propres conclusions, mais ce qui est certain, c’est que le doute est roi dans ce récit, ce qui vous met dans un climat permanent de questionnement et de tension. Un procédé efficace pour s’assurer de votre entière attention devant cet enchaînement de faits catastrophiques dont on essaie tant bien que mal de déterminer le fil conducteur. Et pour ce faire, vous n’aurez que les pensées d’un orphelin dont l’ambiguïté n’inspire pas vraiment la confiance et des dialogues dont il est parfois difficile de déterminer la véracité. Ces doutes permanents m’ont parfois frustrée, notamment avec une fin qui n’apportera pas les réponses tant attendues, mais ce sont aussi eux qui m’ont permis de m’immerger totalement dans ce récit aux relents angoissants de films d’horreur.

L’orphelinat en lui-même apporte également cette dimension dramatique qui fait le sel de ce roman. Ce lieu austère, dans lequel les orphelins vivent quasiment en autarcie, semble porter intrinsèquement en lui le terreau du drame. On ne sera donc nullement surpris qu’il soit le théâtre d’événements perturbants. Mais derrière l’horreur d’un récit teinté de fantastique, l’auteur semble aussi dépeindre de manière plus ou moins directe, l’horreur cette fois-ci bien humaine, d’un endroit délaissé par les autorités publiques qui demandent à un homme seul de gérer son établissement avec toujours moins de moyens, mais toujours plus d’orphelins. Si la critique sociétale, une parmi d’autres, est intéressante en soi, elle sert aussi ici parfaitement l’intrigue puisque le manque de ressources ne pourra qu’avoir un impact sur ces orphelins conscients du problème… Avec cynisme, on en vient d’ailleurs à se demander si les meurtres ne sont pas un moyen de régulation comme un autre.

Ce climat malsain dans lequel on évolue passe par les péripéties, bien sûr, mais aussi par le style atypique de l’auteur qui allie froideur et pensées teintées de poésie et de philosophie, un mélange efficace qui garantit une immersion totale dans ce huis clos dont on regrettera seulement de ne pas avoir percé tous les mystères. La plume de l’auteur plaira donc à ceux qui acceptent de ne pas rentrer dans l’émotif, mais dans l’efficacité, la froideur et la complexité derrière une apparente simplicité.

En conclusion, Colin Winnette a su imposer ici son style, un style efficace dont la relative froideur cache des questions non dénuées d’une certaine profondeur. Derrière des situations qui frisent parfois l’absurde, l’auteur semble sonder l’âme humaine dans toute sa noirceur et sa complexité. Il en ressort une histoire qui dérange, met mal à l’aise et laisse le lecteur seul face à ses doutes notamment sur la dimension horrifique du livre. Déstabilisant et fascinant, à l’image de son protagoniste, Le rôle de la guêpe fait partie de ces romans qui ne plairont pas à tout le monde, mais qui ne laisseront aucun lecteur indifférent.

Et vous, envie de feuilleter et/ou d’acheter le roman ?
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Premières lignes #50 : Appartement 16 d’Adam Nevill

Premi!èr-1

J’ai décidé de participer au rendez-vous Premières lignes, initié par Ma lecturothèque, dont le principe est de citer, chaque semaine, les premières lignes d’un livre.


Pour cette édition, je vous présente les premières lignes d’un roman qui a l’air aussi prenant qu’effroyable du moins, si on se fie au résumé et à la glaçante couverture : Appartement 16 d’Adam Nevill.

Certaines portes devraient toujours rester fermées… À Barrington House, un immeuble de grand standing dans un quartier chic de Londres, un appartement est inoccupé. Personne n’y entre, personne n’en sort. Et c’est comme ça depuis cinquante ans. Jusqu’au jour où Apryl, une jeune Américaine, débarque à Barrington House pour visiter l’appartement que lui a légué une mystérieuse grand-tante. Cette dernière, morte dans d’étranges circonstances, a laissé un journal intime où elle révèle avoir été impliquée dans des événements atroces et inexplicables, plusieurs décennies auparavant. Résolue à découvrir la vérité sur ce qui est arrivé à sa tante, Apryl commence à reconstituer l’histoire secrète de Barrington House. Une force maléfique habite l’immeuble et l’entrée de l’appartement seize donne sur quelque chose de terrifiant et d’inimaginable…

PREMIÈRES LIGNES

Prologue

        Quand il entendit le bruit, Seth s’arrêta et regarda fixement la porte d’entrée de l’appartement seize, comme s’il essayait de voir à travers le placage de teck, brillant d’un chatoiement doré. Il avait entendu les sons dès qu’il avait atteint le palier du neuvième étage. Ils étaient identiques à ceux qu’il avait perçus les trois nuits précédentes, au cours de la ronde qu’il effectuait dans l’immeuble à 2 heures du matin.

Un tressaillement le sortit de sa torpeur et il s’écarta vivement de la porte. Dressée sur le mur d’en face, l’ombre de son corps efflanqué tendit les bras, comme pour chercher un soutien. Il sursauta.

        — Putain.

Il n’avait jamais aimé cette partie de Barrington House, mais il n’aurait su dire avec certitude pour quelle raison. Peut-être faisait-il trop sombre. Peut-être les lumières étaient-elles défectueuses. Le portier en chef affirmait qu’elles étaient tout à fait normales, mais elles projetaient souvent des silhouettes dans l’escalier sur le passage de Seth. Comme si quelqu’un descendait, précédé de son ombre ; des membres anguleux semblaient voltiger, pour apparaître au tournant de l’escalier. Seth était parfois persuadé qu’il avait également entendu le bruissement d’un vêtement et le « pumpf, pumpf, pumpf » de pas décidés qui approchaient. Pourtant, personne ne se manifestait jamais, et il ne voyait jamais personne là-haut quand il passait le coin d’un couloir.


Appartement 16 me rappelle, dans une certaine mesure, L’héritage d’Adeline Neetesonne. J’espère qu’il me plaira autant même s’il me semble en avoir lu quelques avis plutôt mitigés.

L'héritage par [Neetesonne, Adeline]

Et vous, connaissez-vous ce roman ? Vous tente-t-il ?

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