Ce que nous confions au vent, Laura Imai Messina

Couverture Ce que nous confions au vent

Je remercie Audiolib de m’avoir envoyé Ce que nous confions au vent de Laura Imai Messina dans le cadre du Prix Audiolib.

Sur les pentes abruptes du mont Kujira-yama, au milieu d’un immense jardin, se dresse une cabine téléphonique : le Téléphone du vent. Chaque année, des milliers de personnes décrochent le combiné pour confier au vent des messages à destination de leurs proches disparus. En perdant sa mère et sa fille, emportées par le tsunami de 2011, Yui a perdu le sens de sa vie. C’est pour leur exprimer sa peine qu’elle se rend au mont Kujira-yama, où elle rencontre Takeshi, qui élève seul sa petite fille. Mais une fois sur place, Yui ne trouve plus ses mots… C’est un endroit réel qui a inspiré à Laura Imai Messina ce magnifique roman. Ode à la délicatesse des sentiments, Ce que nous confions au vent est une puissante histoire de résilience autour de la perte et la force rédemptrice de l’amour.

Audiolib (15/09/2021) – 5 heures et 1 minute – Narratrice : Clara Brajtman   

AVIS

J’aime beaucoup la délicatesse de la couverture qui reflète, pour moi, toute la poésie de ce roman qui évoque avec pudeur la perte, tout en nous offrant un joli message d’espoir quant à la capacité de chacun à surmonter le pire pour retrouver le goût de la vie et du bonheur

Yiu, animatrice radio, a perdu sa mère et sa fille lors du tsunami de 2011, alors quand un auditeur évoque le Téléphone du vent, quelque chose se débloque en elle. Ce téléphone, installé dans une cabine téléphonique dans un jardin au Nord-est du Japon, permet aux personnes de confier à leurs disparus tout ce qu’ils n’ont pas pu leur dire de leur vivant, de leur raconter leur vie, leurs peines et leurs espoirs. Un téléphone devenu le symbole du lien entre les vivants et les disparus, entre le vie et la mort, et offrant un premier pas vers la guérison et la gestion du deuil, de la colère parfois, tous les défunts n’étant pas toujours regrettés.

J’ai été très touchée par toute la symbolique autour de ce Téléphone du vent qui existe vraiment, et qui est devenu au fil du temps un lieu de recueillement où des milliers de personnes viennent chaque année parler à leur(s) défunt(s). Mais ce téléphone, qui permettra à Yui de canaliser sa peine, sera aussi un moyen de faire des rencontres, de découvrir des histoires tragiques et des peines individuelles qui, mises bout à bout, forment le fourreau d’une peine collective. Certaines histoires m’ont terriblement émue d’autant que l’autrice les évoque sous un voile de pudeur rendant chaque détail fort et poignant à la fois.

Il y a définitivement beaucoup de poésie, de délicatesse et de beauté dans ce roman étrangement doux. Car si on y parle de la mort et d’un drame national aux conséquences humaines et matérielles immenses, ce qui ressort de la lecture, c’est cette impression d’hommage à la vie et aux nouveaux départs. J’ai aimé voir Yui se rouvrir petit à petit au bonheur grâce, entre autres, à un homme rencontré grâce au Téléphone du Vent et à son adorable petite fille, Hana. Les choses seront parfois difficiles pour cette animatrice radio qui doute de son droit de profiter des petits bonheurs de la vie quand son enfant en est privé à jamais… Mais Yui semble prête à aller de l’avant sans pour autant oublier celles qu’elle a perdues. À cet égard, toutes ses interrogations vis-à-vis d’Hana et de sa future place dans sa vie la rendent terriblement humaine et attachante.

La relation entre Yiu, Takeshi et Hana, d’abord fragile, se renforce page après page pour nous offrir de beaux instants emplis de douceur, d’amour et d’une tacite compréhension. J’ai d’ailleurs trouvé le prologue parfait et incroyablement émouvant ! Si Ce que nous confions au vent se révèle touchant, j’ai aussi apprécié son côté intimiste et introspectif, le lecteur devenant le confident des doutes de Yiu, mais aussi de tous ces petits instants sans importance qui nous donnent le sentiment d’être vivants. Plus on avance dans le récit, plus on réalise à quel point l’extraordinaire peut se trouver dans l’ordinaire, dans ces petites tranches de vie et ces détails du quotidien qui révèlent toute leur importance une fois qu’il est trop tard…

Quant à la narration, je l’ai trouvée très en accord avec le ton du roman, peut-être dans la manière dont Clara Brajtman pose sa voix et raconte l’histoire en s’effaçant totalement afin de laisser place aux personnages. Pendant toute la durée de l’écoute, j’ai eu l’impression d’être enfermée dans une bulle me permettant de tout voir, tout entendre et tout ressentir, sans jamais perturber le déroulé d’une histoire de bonheur retrouvé et de peine apaisée.

En conclusion, Laura Imai Messina nous raconte ici la vie qui renaît après la mort, le deuil et la résilience qui permet à des hommes et des femmes d’avancer sans pour autant oublier. Ce que nous confions au vent est un concentré d’émotions dont la force réside dans leur restitution pudique emplie de sensibilité et de délicatesse. Une histoire qui prend racine dans un téléphone particulier qui existe vraiment et qui est devenu à lui seul un symbole d’espoir et de la capacité de chacun à retrouver goût à la vie. Sensible, doux et délicat, un papillon littéraire qui rappelle l’éphémère tout en soulignant la beauté de l’instant présent.

28 réflexions sur “Ce que nous confions au vent, Laura Imai Messina

  1. J’ai passé deux ans en étudiant la langue japonaise, mais je n’ai jamais vraiment arrivé à comprendre leur culture. Dès que j’ai commencé à lire ton article, j’ai pensé « Je n’ai aucune idée si ce téléphone existe vraiment, mais il a l’air authentique. » C’est un monde tout différent.

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    • J’aimerais beaucoup apprendre le japonais mais je crois que je suis (beaucoup) moins courageuse que toi en matière d’apprentissage de langue. La culture japonaise est fascinante, mais déstabilisante pour un occidental d’autant que je pense sincèrement qu’il faut habiter sur place et être bien intégré pour en comprendre les subtilités et les nombreux codes. Quant au Téléphone du vent qui, tu auras compris, existe vraiment, je trouve qu’il symbolise à merveille la pudeur des Japonais qui arrivent de manière détournée et poétique à exprimer leurs sentiments.

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