Scalde, Federico Saggio

Couverture Prélude au Ragnarök, tome 4 : Scalde

Je remercie Federico Saggio de m’avoir envoyé Scalde en échange de mon avis. Je le remercie également pour la dédicace et les magnifiques goodies papier.

Le malheur s’est abattu une fois de plus sur la lignée des Völsung…
Rien n’empêche plus désormais les Hunningar de déferler pour se masser le long du Rhein.
Et Vormes ne peut plus que tomber.

Le Scalde s’est préparé à cet instant. Il a fourbi sa hache, aiguisé son épée… Sans oublier sa langue, qui reste son arme la plus acérée. Parfois, s’engager sur le sentier de la guerre est le seul moyen de protéger ceux dont on a la responsabilité… Mais avant, partir en exil, protéger l’enfant de Brunehilde… Et lui enseigner l’art du combat, mais aussi le savoir du Livre Noir. Car le Dernier Hiver est là – les Dieux l’ont provoqué, les Hommes l’ont amené. L’heure du Ragnarök a sonné.

Avant de voir la lumière, qui sait jusqu’à quelles profondeurs il devra s’enfoncer ?

Cavaliers Seuls (18 juin 2022) – 308 pages – Broché (19,99€)- Ebook (9,99€)

AVIS

Avis des tomes précédents : Sigurd, Le Royaume des Brumes et Valkyrie (tome à part)

Scalde est le quatrième tome de la saga Prélude au Ragnarök et la suite du Royaume des Brumes. S’il n’est pas nécessaire de lire Valkyrie avant, pour ma part, je trouve plus intéressant de suivre l’ordre de parution, Valkyrie apportant un éclairage fascinant sur le personnage de Brunehilde que l’on retrouve ici par l’entremise de souvenirs.

Par un jeu subtil entre présent et passé, l’auteur nous permet de suivre en parallèle l’histoire du scalde Bragi et d’Aslaug, fille de Brunehilde et Sigurd, et de la chute de ces derniers. Des parents illustres dont la grandeur fait peser un bien lourd fardeau sur l’épaule de cet enfant que l’on voit grandir rapidement et s’affirmer au fil des pages. Mais ce sang héroïque, apanage des grands qui osent s’opposer aux puissants, suffira-t-il pour qu’Aslaug soit à la hauteur de sa lignée alors que l’heure du Ragnarök a sonné ?

Une question dont l’importance nous saisit à mesure que l’auteur déploie le destin hors du commun d’une enfant séparée des siens trop jeune, mais qui va néanmoins connaître la joie d’un foyer aimant et protecteur. Ainsi, fidèle à la promesse faite à Brunehilde, Bragi élèvera la princesse comme sa propre enfant, l’enveloppant dans un cocon protecteur où la douleur lui sera épargnée, et la grandeur de ses parents racontée. Mais les meilleures intentions peuvent parfois conduire aux pires catastrophes, et notre scalde finira par réaliser qu’élever et aimer un enfant, ce n’est pas l’exclure du monde extérieur, mais lui offrir les moyens de l’affronter.

Une prise de conscience qui va conduire Bragi à faire sortir Aslaug de sa tanière, la poussant à affronter sa destinée, voire à la chercher l’épée à la main. Une décision qui suscitera de l’incompréhension chez une princesse pas vraiment disposée à se séparer de Bubri, un kobold malicieux dont elle est proche, mais qui s’impose d’elle-même, le danger frappant à leur porte… Dès le départ, j’ai été touchée par cette famille atypique formée par les circonstances, et j’ai presque eu un coup de coeur pour Bubri qui aime à veiller sur Aslaug, tout en titillant sans cesse le scalde.

Un scalde qui, comme n’importe quel parent, connaîtra les affres du doute, parfois à travers la voix pernicieuse de la Démence, mais qui fera de son mieux pour offrir à Aslaug la possibilité de briller et de se révéler à elle-même. On ressent de plein fouet cette sorte de renoncement qui s’accompagne d’un sentiment absolu d’acceptation et de compréhension, et qui marque un changement dans la trame du récit.

D’une narration basée sur la transmission et le souvenir, on passe à un récit plus mouvementé où le présent semble porteur d’enjeux primordiaux comme l’a été le passé. Un passé sur lequel on ne peut revenir, mais que Aslaug se doit de connaître pour pouvoir accomplir sa destinée. En cela, elle n’aurait pu tomber sur meilleure personne que Bragi, conteur hors pair qui s’assure que vivent les légendes et ne meurent jamais les actes les plus vils comme les plus héroïques. Au fil de ses histoires et souvenirs, Bragi rappelle la morsure de la trahison, mais aussi la beauté du sacrifice. Et des sacrifices, il est prêt à en faire beaucoup quand il s’agit de sa fille adoptive.

Dans les tomes précédents, j’ai beaucoup aimé Sigurd, héros qui n’a jamais courbé l’échine devant des dieux manipulateurs et un destin entaché de drames et de sang, et Brunehilde, une Valkyrie impressionnante de courage et de détermination. Dans ce tome-ci, c’est la totale dévotion et l’amour inconditionnels de Bragi pour Aslaug qui m’ont conquise, ainsi que la manière dont il fera de son mieux pour qu’elle puisse se construire sans se sentir écrasée par le poids de sa lignée. Je n’ai pas ressenti le même attachement pour Aslaug que pour le scalde, mais j’ai apprécié de la voir grandir et s’affirmer. D’ailleurs, il n’y a pas à en douter, la force et l’héroïsme de ses parents coule dans ses veines !

Au-delà des personnages, l’une des forces de ce roman et de la série est la manière dont Federico Saggio a su s’approprier la mythologie germano-scandinave pour nous plonger dans une fresque épique à l’ambiance particulièrement immersive et imagée. Il y a un vrai sens du détail qui atteste du travail de recherche important effectué par l’auteur. À chaque tome, j’ai ainsi pris plaisir à retrouver des éléments et des figures mythologiques emblématiques, mais surtout à me plonger dans un univers fascinant, implacable et bien souvent cruel. Les dieux semblant dénués de toute vertu, la violence apparaît parfois comme le seul moyen de s’assurer que le cycle de la vie poursuive sa course, même si cela suppose de tout détruire avant de mieux reconstruire. À cet égard, j’ai apprécié toutes les réflexions autour du cycle de la vie, un concept que nos sociétés occidentales semblent avoir perverti oubliant que sans la mort, il n’y a point de vie.

Au fil des pages, d’autres réflexions n’ont pas manqué de m’interpeller qu’elles soient sur la manière dont l’envie de sécurité peut être un frein à la liberté et in fine à la vie elle-même, le danger et les limites d’un savoir absolu, l’échec et le renoncement, la notion de famille, le destin… Certaines phrases ont, en outre, résonné moi, celles-ci semblant pouvoir s’appliquer aussi bien à des héroïnes sur le chemin d’une destinée grandiose, qu’à de simples humain(e)s en proie aux doutes. C’est d’ailleurs peut-être là l’intérêt des mythes et des légendes que Bragi s’efforce de faire vivre, leur universalité et leur force symbolique.

Sans être philosophique, Scalde est un roman empreint d’intelligence, parfois de sagesse, mais c’est aussi une œuvre où la magie des mots nous frappe de plein fouet. Plus on tourne les pages, plus on réalise que chaque mot possède sa propre puissance, et que la langue acérée et tranchante de Bragi, qui peut également se révéler bienveillante et encourageante, est la plus puissante de ses armes. Après tout, si l’action naît du mouvement, les légendes, elles, naissent des mots. Et les mots, l’auteur les manie avec soin, jouant sur leur musicalité pour rythmer ses écrits, et les effets pour exacerber avec poésie chaque instant et chaque sentiment. On a ainsi l’impression que les différents tomes de cette saga sont prêts non pas à être lus, mais à être contés. 

Quant à la fin, elle est parfaite. C’est celle, du moins dans sa philosophie, que j’attendais et que j’espérais sans trop y croire ! Elle offre un pied de nez incroyable à des entités trop sûres d’elles qui n’ont jamais compris qu’acculer une personne, c’est le meilleur moyen de la pousser à trouver en elle la force d’accomplir ce dont personne ne la pensait capable. Une fin qui montre que si le destin est immuable, rien ne saurait résister à la plus féroce des volontés !

En conclusion, Scalde conclut à merveille une saga qui nous plonge sans détour dans la mythologie germano-nordique marquée par la cruauté de ses dieux, mais aussi la puissance d’un univers évocateur qui exerce attraction et fascination chez les lecteurs. Deux qualificatifs qui désignent également à merveille les protagonistes de cette fresque épique qui n’épargne personne, sublimant les héros dans le sang et causant la perte des plus vils dans la douleur. Après avoir admiré un Sigurd qui se joue des dieux avec férocité, et développé un attachement viscéral pour une Valkyrie qui affronte avec courage et dignité chaque épreuve, on découvre ici avec émotion leur descendante. Une descendante soutenue et encouragée par l’amour inconditionnel d’un père d’adoption, scalde au grand coeur qui fera le pont entre le passé et le présent, afin de permettre à sa protégée d’embrasser petit à petit sa destinée avec dignité !

Découvrez la saga sur le site des Éditions Cavaliers Seuls

19 réflexions sur “Scalde, Federico Saggio

  1. Et bien avec un tel avis et une telle adoration, je ne peux qu’être conquis à mon tour par ta chronique ! Je note cette saga dont la richesse semble enivrante et les personnages plus que séduisants et émouvants à suivre.
    Merci pour la découverte.

    Aimé par 1 personne

    • J’espère ne pas créer trop d’attentes parce que c’est parfois source de déception, mais cette saga a une place à part dans mon coeur 🙂 Pour les personnages, ils ont vraiment ce quelque chose qui donne envie de suivre leur destin tragique, un destin contre lequel ils ne baisseront jamais les bras.
      Avec plaisir !

      Aimé par 1 personne

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