Les Brumes de Cendrelune – Le jardin des âmes, Georgia Caldera #PLIB2020

J’ai lu Les Brumes de Cendrelune dans le cadre du PLIB2020. Un roman qui fait partie de mes 5 sélectionnés.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Dans le royaume de Cendrelune, les dieux épient les pensées des hommes, et leur Exécuteur, l’Ombre, veille à condamner tous ceux qui nourriraient des envies de rébellion. Or, il semble que certaines failles existent. À l’âge de 17 ans, Céphise ne vit en effet que pour se venger. Depuis qu’on l’a amputée d’une partie d’elle-même et privée de sa famille, elle ne rêve plus que d’une chose : s’affranchir de la tyrannie du tout-puissant Orion, Dieu parmi les dieux. Et contre toute attente, il se pourrait qu’elle ne soit pas seule…

J’AI LU (2 octobre 2019) – 349 pages – 13,90€ – #9782290165614

AVIS

Je ne m’attendais pas à adhérer autant à la plume de l’autrice qui, dès les premières pages, a su m’embarquer dans son univers. Un univers sombre et violent dans lequel les habitants sont à la merci de l’Empereur-Dieu Orion. Un être au-dessus de tous, humains et autres déités compris, omniscient, omniprésent et sans cœur. Il n’hésite ainsi pas à asservir, à espionner les pensées de chacun et à faire tuer chaque semaine les personnes qui pourraient, dans le futur, se rebeller. Des meurtres préventifs qui ne peuvent que révolter…

C’est dans ce climat de peur que Céphise voit sa famille détruite, ses parents assassinés, et son frère enrôlé de force dans l’armée avant elle-même de subir les foudres de l’Ombre. Le Premier Exécuteur d’Orion punit ainsi la jeune fille pour les insultes émises par son père. Mutilée, Céphise devient alors une Rapiécée, une moins-que-rien dont une partie des membres est remplacée par des prothèses de métal. Comment alors ne pas comprendre son envie de vengeance ? Un sentiment qui l’a guidée durant les années qui ont suivi ce terrible traumatisme et qui l’ont endurcie jusqu’à ce qu’un événement, celui de trop, la fasse craquer et la pousse à s’attaquer à un être bien plus puissant qu’elle. Mais contre toute attente, en croisant le regard de l’Ombre, ce n’est pas la mort qu’elle rencontre, mais un tout autre monde qui s’offre à elle… et à lui. Un monde qui soulève de nombreuses questions, mais que je vous laisserai le plaisir de découvrir par vous-mêmes.

Alors que l’autrice alterne les points de vue, on entre de plain-pied dans ce monde sombre et ultraviolent dans lequel aucune erreur ni mauvaise pensée envers les dieux ne sont permises. Mais petit à petit, les choses nous semblent bien plus complexes et moins binaires qu’il n’y paraît. Les méchants, le sont-ils tous vraiment ou leurs agissements, du moins en partie, ne sont-ils pas dictés par les circonstances et le poids d’une dictature qui a faussé leur sens moral ? Une question que l’on vient obligatoirement à se poser en suivant le parcours de l’Ombre, un être hybride abject qui n’hésite pas à tuer toutes les personnes que son père lui ordonne de faire passer de vie à trépas. De fil en aiguille, l’image du monstre finit néanmoins par se déliter au profit de celle d’un être isolé, perdu, victime de pouvoirs qui le dépassent et qui anéantissent tout sur leur passage quand ils ne sont pas maîtrisés.

Sous le joug de son père, maître et Dieu, ses émotions sont comme anesthésiées et remplacées par un sens aigu du devoir qui le pousse à tuer sans sourciller. Mais la situation va changer quand il découvrira sa connexion inattendue et inexplicable avec une simple humaine, Céphise. Comment expliquer que l’Ombre, qui déteste les humains, va tout faire pour la protéger alors qu’il vient à peine de la rencontrer ? Il n’en sait rien lui-même, mais est bien décidé à le découvrir même si Céphise ne semble pas prête à lui faciliter la tâche. Courageuse, têtue, et mue par une haine sans pareille à son égard, cette jeune femme ne peut qu’attirer le respect des lecteurs bien que ses agissements semblent parfois manquer de réflexion. Mais difficile de lui en tenir rigueur au regard de tout ce qu’elle a dû traverser et de la terreur que cette vie de captive auprès de l’Ombre lui inspire. La jeune femme, en plus d’avoir une grande force de caractère, vous réserve également quelques surprises… 

Si l’univers développé par l’autrice avec sa mythologie et cette idée d’un Dieu-Empereur impitoyable dominant le monde est fascinant et très bien construit, force est de constater que c’est bien la relation entre l’Ombre et Céphise qui rend le roman aussi addictif. De fil en aiguille, leur relation évolue, chacun découvrant les faiblesses de l’autre sans pour autant que nous ayons l’impression de tomber dans une relation niaise ou malsaine. À ce stade de l’histoire, la haine est encore bien présente, Céphise ne pouvant pardonner la mort des siens et de milliers de personnes innocentes à l’Ombre juste parce que derrière le masque de froideur, se cache un être avec ses propres douleurs.

Un aspect que j’ai apprécié et qui sonne résolument juste. C’est probablement la raison pour laquelle mon cœur de lectrice a souvent été partagé vis-à-vis de l’Ombre qui se révèle d’une prévenance et d’une grande gentillesse envers Céphise tout en étant la personne responsable de tous ses malheurs. Évidemment, le Premier Exécuteur n’est qu’un outil de mort au service d’Orion qui l’a éduqué et façonné pour le rendre froid et implacable, mais le poids de l’éducation excuse-t-il pour autant ses agissements ? Une question qui se pose d’autant qu’aux côtés de Céphise, l’Ombre s’adoucit et gagne en humanité. Une évolution particulièrement bien amenée qui rend le personnage très touchant, ce qui explique peut-être que la fin m’ait tellement marquée et donné envie de me jeter sur la suite.

Les personnages secondaires se révèlent également intéressants et plutôt nuancés à l’instar d’Héphaïstos, demi-frère de l’Ombre qu’il déteste. Ce dieu m’a touchée notamment pour sa totale dévotion envers une autre personne… Je n’en dirai pas plus sur ce personnage afin d’éviter de vous spoiler, mais je peux néanmoins vous révéler que c’est peut-être celui qui m’a le plus surprise. On sent un réel potentiel autour de ce dernier, et je croise les doigts pour qu’il prenne encore plus d’importance dans la suite de la trilogie que je continuerai d’ailleurs avec plaisir.

En conclusion, je m’attendais à une lecture sympathique et distrayante, je me suis retrouvée avec un livre que j’ai dévoré et qu’il m’a été presque douloureux de lâcher chaque soir. D’une plume immersive, rythmée et non dénuée de poésie, Georgia Caldera nous plonge avec force dans un univers sombre et violent dominé par les dieux et leur implacable manque d’humanité. Mort, asservissement, doutes, peur, mais aussi espoir et révélations marqueront votre lecture en même temps que le métal froid et implacable de la vengeance… Les astres se sont rencontrés, la toile du destin est altérée et le vent de la révolte commence enfin à souffler !

Retrouvez un extrait/le roman sur le site des éditions J’ai lu pour elle.

 

Les filles de l’Olympe, tome 1 : Les larmes de cristal, Elena Kedros

J’ai découvert la série des Filles de l’Olympe d’Elena Kedros publié chez PKJ par hasard, et aimant bien la mythologie et les romans jeunesse, je me suis laissée tenter.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

La jolie Lucy, la farouche Liz et l’excentrique Kim entrent en seconde au lycée de Rainbow Hill. Ces trois adolescentes si différentes n’ont qu’une chose en commun : leur date de naissance. Et, pourtant, elles provoquent sur leur passage des phénomènes bien étranges. Leurs destins semblent inextricablement liés à ceux des déesses Athéna, Artémis et Aphrodite. Les voici appelées à se battre pour sauver le monde dans lequel elles ont toujours vécu, et celui d’où elles viennent : l’Olympe.

  • Poche: 238 pages
  • Édition : Pocket Jeunesse (3 juin 2010)

AVIS

Nous sommes dans un roman jeunesse alors, n’espérez pas une exploitation approfondie et documentée des grandes figures de la mythologie grecque… Mais cela n’empêche pas l’auteure d’avoir su proposer une histoire intéressante dans laquelle trois adolescentes vont apprendre que loin d’être de simples mortelles, elles sont étroitement liées à Aphrodite, Artémis et Athéna.

Nous faisons donc la connaissance de Liz, Lucy et Kim, trois jeunes filles très différentes les unes des autres, mais finalement assez complémentaires. Si Lucy et Kim se sont très vite bien entendues, il aura fallu leur apprendre à mieux découvrir Liz avant de l’apprécier. Il faut dire qu’assez farouche, cette dernière amatrice d’escrime, sport dans lequel elle excelle malgré sa difficulté à gérer sa force, n’est pas d’un abord facile… Un trait de caractère que la pétillante Lucy aura un peu de mal à accepter au début de leur rencontre. Mais gentille malgré une tendance à vivre ses émotions à 100%, Lucy comprendra vite que derrière sa carapace, Liz cache également un bon fond. Quant à Kim, un peu l’intellectuel du groupe d’amies, elle sert de tampon. Sa faculté à prendre du recul lui permet de désamorcer les conflits qui peuvent survenir entre ses deux amies.

Si l’histoire d’amitié est sympathique à suivre notamment pour les enfants, les adultes pouvant la trouver un peu enfantine, ce qui fait le charme de ce livre, c’est son incursion dans le domaine du surnaturel avec, notamment : la découverte des pouvoirs des trois lycéennes, d’étranges larmes, un énigmatique garçon qui « apparaît » quand on s’y attend le moins, les quelques scènes où Arès fait son apparition (trop peu nombreuses à mon goût d’ailleurs), l’arrivée d’une méchante qui a la capacité de lancer des boules de feu… Après tout ça, on peut comprendre que Lucy a beaucoup de mal à accepter de quitter sa vie de lycéenne lambda pour une vie bien plus dangereuse. Malheureusement pour elle, Kim et Liz sont, quant à elle, bien décidées à ne pas ignorer tous ces étranges événements.

Ce premier tome est un tome introductif qui ne manque pas d’action et de révélations, mais j’aurais peut-être aimé que l’Olympe soit plus au cœur de l’aventure. Mais si je me fie à la fin de cette première aventure, je ne doute pas que ce  soit le cas dans la suite de la série. Et puis l’auteure a veillé à laisser quelques questions en suspens afin d’attiser la curiosité des lecteurs et de s’assurer de leur fidélité. Alors en tant qu’adulte, j’ai vite deviné là où elle voulait en venir notamment en ce qui concerne Liz et sa relation avec une personne de son passé, mais cela ne nuit en rien à l’intrigue qui reste plutôt prenante. J’ai d’ailleurs hâte d’en apprendre plus sur l’ancienne vie des déesses et la manière dont les trois lycéennes vont apprendre à gérer leurs pouvoirs et les dangers qui ne manqueront pas de survenir dans leur vie.

J’espère toutefois que Lucy prendra un peu plus d’envergure dans les autres tomes, car sa tendance à se lamenter et à faire la politique de l’autruche la rend parfois quelque peu agaçante. Même chose pour ses réactions excessives même s’il est vrai que ces dernières sont cohérentes avec sa nature profonde… Malgré ses défauts, je vous rassure, la jeune fille reste attachante, mais un peu moins au cœur de l’action que ses amies. Espérons que son rôle s’étoffe par la suite.

Enfin, j’ai bien accroché à la plume de l’autrice. Son style reste simple et accessible tout en étant un minimum travaillé. Le livre devrait donc être lu avec plaisir autant par des enfants que des lecteurs plus âgés.

En conclusion, Elena Kedros nous propose ici une histoire prenante qui mêle monde moderne et mythologie. Nul doute que les enfants et jeunes adolescents devraient apprécier les personnages auxquels certains pourront peut-être s’identifier tout en se laissant emporter par un premier tome plutôt riche en action. Je conseillerais également ce livre aux adultes amateurs de romans jeunesse, ce roman possédant tous les atouts pour leur faire passer un bon moment de lecture.

Et vous, envie de découvrir Les filles de l’Olympe

L’honneur des ombres, Nicolas Cluzeau

Je remercie les éditions Lynks de m’avoir permis de découvrir L’honneur des ombres de Nicolas Cluzeau.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Dans l’ombre de la politique turque règne une congrégation bien plus ancestrale. Un roman young adult haletant au beau milieu du coup d’état au pouvoir turc.

– Le rêve commence toujours ainsi : je suis sur un navire à rames, une galère grecque, armée pour la guerre. Elle est magnifique : sa carène est toute de bois d’un noir d’encre. Des plaques dorées recouvrent sa figure de proue. C’est Poséidon, armé de son trident.
– Le dieu grec des mers et des océans ?
Dolunay acquiesce. Elle se lève, puis écarte les bras du corps. La jeune fille sent le vent chaud qui souffle, gonflant la voile carrée de la galère, elle entend le battement régulier des rames de la chiourme sur l’eau. Habillée d’une robe flottante et d’une tunique de cuir sombre, serre-tête en forme de dragon dans ses cheveux, elle tient un arc à double courbure dans ses mains. Dans son dos, deux épées courbes dans des fourreaux de buis noir peints de dragons d’or allongés…

  • Broché: 287 pages
  • Éditeur : Lynks (1 février 2018)
  • Prix : 15.90€

BANDE-ANNONCE DU LIVRE

AVIS

J’ai tout de suite été attirée par l’énigmatique couverture du livre avec cette tête de statue qui m’a fait penser au mythe grec de Méduse. Mais l’auteur sort des sentiers battus en ne parlant pas de mythologie grecque, mais de croyances venues de Turquie et de pays proches. Et c’est d’ailleurs l’un des grands points forts de l’auteur : avoir su offrir aux lecteurs un dépaysement total autant au niveau du lieu de l’action, la Turquie, que des forces surnaturelles entrant en jeu dans ce roman.

J’ai ainsi adoré me balader en Turquie et dans les rues d’Istanbul que Nicolas Cluzeau semble très bien connaître si l’on se réfère aux nombreux détails et à sa capacité à nous immerger simplement dans ce pays et cette grande ville. Mais ce que j’ai préféré, c’est découvrir toute une mythologie que je ne connaissais pas et qui s’est révélée fascinante bien que parfois complexe à appréhender. Néophyte en la matière, il m’a fallu un petit moment avant de bien faire les relations entre les différentes divinités que l’on découvre, entre autres, à travers les rêves de Dolunay.

Cette jeune fille issue d’une famille plutôt aisée et progressiste fait des rêves étranges, ce qui apporte, dès le début du roman, un certain mystère. Comme elle, les lecteurs désirent alors ardemment découvrir leur signification et ce qu’ils impliquent. De fil en aiguille et aidée par son frère et son petit ami, Azad, la jeune fille fait des découvertes sur elle-même, ses pouvoirs plus qu’impressionnants, son passé, sa famille et sur ses rêves aussi effrayants qu’intrigants.

Ces découvertes ne se feront pas sans heurt ! En approchant de la vérité et en déchirant le voile obscur de ses songes, Dolunay réveillera des forces surnaturelles ancestrales et déterrera de sombres secrets de famille... À cet égard, j’ai trouvé que l’auteur arrivait à ménager un certain mystère puisqu’il faudra avancer dans l’histoire pour réellement comprendre les ramifications entre les différents membres de sa famille. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elles sont aussi complexes que tordues. L’auteur ne ménage donc pas son héroïne ni, de manière générale, ses personnages. Un point que j’ai apprécié même si mon cœur s’est quelque peu brisé pour une raison que je vous laisserai le soin de découvrir.

Fluide, travaillée et immersive, sans pour autant être difficile à suivre, la plume de l’auteur est à l’image de son roman : agréable à découvrir et plutôt entraînante. Le livre étant relativement court, l’auteur a fait l’économie de longues descriptions et/ou phases d’introspection, ce qui devrait plaire aux amateurs de récits menés tambour battant. Dès les premières pages, on entre donc dans le feu de l’action et on se laisse emporter par la succession d’événements qui prennent vie sous nos yeux. Loin de ralentir, le rythme de l’intrigue s’intensifie au point de nous donner l’impression d’être devant un film d’aventure ou d’action qui devient, au fil des pages, de plus en plus intense et sombre. Je ne me suis donc jamais ennuyée, l’auteur ne laissant pas vraiment de répit à ses lecteurs. J’aurais néanmoins apprécié que la psychologie des personnages soit un peu plus développée notamment en ce qui concerne Dolunay qui semble, à mon sens, prendre les choses avec un peu trop de sérénité. Mais il est vrai que sa vie se trouve tellement chamboulée qu’elle n’a pas le temps de se morfondre ni de se laisser distraire par ses états d’âme.

J’ai d’ailleurs adoré suivre les péripéties de Dolunay qui est ce que l’on peut appeler une battante. Elle gravit chaque obstacle avec témérité, prend chaque problème à bras-le-corps et n’hésite pas à se lancer dans la mêlée sans tenter à tout prix d’avoir l’aval de sa famille ou de son petit ami. Si vous aimez les héroïnes badass avec du mordant et qui n’attendent pas d’être sauvées par le prince charmant, vous allez l’adorer. Son indépendance de caractère ne l’empêche pas de vivre une belle histoire d’amour avec Azad, un Arménien. La nationalité de celui-ci n’est pas forcément anecdotique si l’on se souvient du génocide arménien et de la réserve qui existe encore entre ce peuple et le peuple turc… Moi qui n’aime pas trop les histoires d’amour dans les romans, j’ai été agréablement surprise par la manière dont l’auteur arrive à nous faire ressentir l’amour et le profond respect qui unit Dolunay et Azad, et ceci sans tomber dans de la romance dégoulinante de bons sentiments. Un point qui est tellement rare que je tenais à le souligner.

Quant aux autres personnages, je vous laisserai le soin de les découvrir, mais ce qui est certain, c’est que si vous aimez les protagonistes complexes et torturés, vous allez être servis ! Aucun manichéisme dans ce roman où la frontière entre gentils et méchants est bien mince voire plutôt mouvante. Il faut dire que les forces qui sont en jeu sont d’une telle puissance que les règles qui régissent les rapports humains semblent finalement dépassées. L’auteur n’hésite d’ailleurs pas à aller loin dans le côté obscur des choses…

Au-delà des personnages plutôt atypiques, des sombres secrets de famille et du rythme de l’histoire, j’ai été conquise par le mélange réalité/imaginaire. L’auteur positionne, en effet, son intrigue en Turquie tout en prenant appui sur le contexte politique du pays. Un pari audacieux qui apporte un réalisme fou à l’histoire au point de la rendre presque crédible ! On découvre ainsi de l’intérieur la tentative de coup d’État de juillet 2016 et on assiste aux conséquences directes sur la population, les intellectuels du pays, et sur la famille de Dolunay soupçonnée d’être impliquée dans cette tentative insurrectionnelle. La jeune fille devra donc faire face à des forces d’une puissance inimaginable dans un contexte politique lui-même difficile ! La combinaison de ces deux dangers, l’un issu du monde réel et l’autre du monde imaginaire, rend l’histoire palpitante et prenante.

À noter qu’un petit lexique est présent en fin d’ouvrage. Un petit bonus fort appréciable pour les lecteurs qui auraient peut-être du mal à s’approprier les noms des personnages ou des sigles rencontrés dans le roman. De la même manière, des notes de bas de page viendront vous éclairer sur des notions ou points peu connus en France.

En conclusion, L’honneur des ombres est un roman dépaysant qui vous conduira en Turquie et qui vous fera découvrir, à travers l’histoire d’une jeune fille pas comme les autres, une mythologie passionnante. Alors si vous avez envie de découvrir une histoire qui sort des sentiers battus et qui mêle magie ancestrale, sombres secrets, histoires de famille et de vengeance, action et personnages complexes, ce roman devrait vous plaire. Pour ma part, j’espère que Nicolas Cluzeau continuera dans sa lancée en nous proposant une suite à ce roman original et prenant.

Et vous, envie de découvrir L’honneur des ombres ?

Retrouvez le roman sur le site des Éditions Lynks.

 

Shadow hills, Anastasia Hopcus

J’ai lu Shadow hills en VO, le style d’Anastasia Hopcus étant plutôt accessible.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

After her sister Athena’s tragic death, it’s obvious that grief-stricken Persephone « Phe » Archer no longer belongs in Los Angeles. Hoping to make sense of her sister’s sudden demise and the cryptic dreams following it, Phe abandons her bubbly LA life to attend an uptight East Coast preparatory school in Shadow Hills, MA — a school which her sister mysteriously mentioned in her last diary entry before she died.

Once there, Phe quickly realizes that something is deeply amiss in her new town. Not only does Shadow Hills’ history boast an unexplained epidemic that decimated hundreds of its citizens in the 1700s, but its modern townies also seem eerily psychic, with the bizarre ability to bend metal. Even Zach — the gorgeous stranger Phe meets and immediately begins to lust after — seems as if he is hiding something serious. Phe is determined to get to the bottom of it. The longer she stays there, the more she suspects that her sister’s untimely death and her own destiny are intricately linked to those who reside in Shadow Hills.

  • Broché: 400 pages
  • Editeur : EgmontUSA

AVIS

Perséphone est un personnage de la mythologie que j’aime beaucoup, ce qui m’a donné envie de m’attaquer à Shadow hills, roman sur lequel j’étais tombée par hasard et dont je n’avais jusqu’alors jamais entendu parler.

Et à vrai dire, c’était très bien comme ça, car j’ai trouvé la lecture poussive, l’intrigue sans aucun intérêt si ce n’est d’avoir prouvé la faculté de l’auteure à récupérer tous les stéréotypes des livres pour adolescents pour nous les servir version réchauffée au micro-ondes. On se retrouve donc avec un plat fade dont les bords sont un peu plus chauds et intéressants que le fil conducteur qui ne conduit pas grand chose si ce n’est l’ennui.

Quant à plume de l’auteure, je dois avouer qu’elle ne m’a pas convaincue : les pensées de Perséphone nous sont balancées sur le papier sans aucune recherche stylistique. Tout le récit m’a semblé d’ailleurs manquer cruellement de style ; j’ai presque eu le sentiment de lire une histoire orale. Je nuancerai cependant mes propos puisque le côté oral de la narration correspond finalement assez bien à l’âge des protagonistes. Pour ma part, même si je préfère nettement les plumes plus travaillées, je reconnais que la simplicité du style d’Anastasia Hopcus pourra plaire à d’autres lecteurs.

Mais le point qui m’a le plus dérangée est le manque de crédibilité des événements qui s’enchaînent très (trop) vite comme si l’auteure était pressée de coucher ses idées sur le papier sans prendre le temps de les exploiter. Quand je lis, j’aime prendre le train, pas le TGV ! Or, avec cette histoire, vous n’avez même pas le temps d’assimiler des informations et ce qu’elles impliquent, que l’auteure passe à autre chose. C’est frustrant d’autant que de bonnes idées, Anastasia Hopcus en avait beaucoup.

Shadow hills nous offre ainsi une héroïne au nom mythique qui éveille l’imagination des lecteurs, la disparition brutale et mystérieuse de sa sœur dont elle porte toujours les stigmates, des rêves étranges qui flirtent entre voyages oniriques et réalité et qui apportent un certain suspense, une ville secrète où le mystère semble planer à chaque coin de rue, des habitants semblant posséder d’étranges facultés, une ambiance de plus en plus angoissante … Il y avait vraiment matière à tenir en haleine les lecteurs et à leur offrir une histoire captivante. Dommage que l’auteure n’ait pas pris le temps d’exploiter de manière plus approfondie ses idées, se contentant de rester à la surface des choses.

Je m’interroge néanmoins sur mon avis puisque le roman est plutôt bien noté sur livraddict. Il est donc possible que je sois tout simplement trop vieille pour ce genre d’histoire… Il se peut aussi qu’étant une grosse lectrice depuis ma tendre enfance, les ficelles utilisées par l’autrice m’ont semblé usées jusqu’à la corde.

En conclusion, j’ai été déçue de ce roman, car le résumé laissait présager une histoire intéressante quand je n’ai trouvé qu’un concentré de stéréotypes. C’est dommage, l’autrice avait de bonnes idées qui auraient pu assurer aux lecteurs amateurs de suspense et de phénomènes étranges un très beau moment de lecture. Mais comme toujours, si le résumé vous intrigue, je ne peux que vous inviter à vous forger votre propre opinion.

Découvrez les avis beaucoup plus enthousiastes des blogs Un monde de passions et d’envies, Moody ou encore Les p’tits loisirs de Simi.

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

À ma vie, À ta mort, Sandra Triname

Je remercie les Éditions Plume Blanche de m’avoir fait parvenir, sous format numérique, le roman A ma vie, A ta mort de Sandra Triname. J’ai reçu ce service presse dans le cadre de l’Opération Spéciale Summer Time.

A noter que ce roman concourt au prix des auteurs inconnus 2017, dans la catégorie Imaginaire.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Recouvert de symboles grecs faisant référence à Hadès, un corps mutilé et désormais inidentifiable, est retrouvé dans une cave à New York. Jeune flic fraichement sorti de l’école de police, Mike Sullivan se retrouve chargé de cette affaire qui le mènera jusqu’au pied du World Trade Center, ce terrible jour du 11 septembre 2001. Une fois son bras vengeur lancé et bien que la faucheuse soit belle à couper le souffle, rien ne peut la stopper. Instrument du Destin ou de la Mort elle-même, il devra résoudre cette affaire en empruntant des sentiers dont personne ne revient jamais.

  • Broché: 371 pages
  • Editeur : Editions Plume Blanche; Édition : 1 (7 mars 2017)
  • Prix : 21,90€
  • Autre format : Ebook

AVIS

Je vais commencer par le seul défaut de cet ouvrage à savoir les quelques coquilles présentes, conséquence d’un problème rencontré lors de la phase de correction… J’ajouterai, avant d’entrer dans le vif du sujet, que je suis particulièrement fan de la couverture qui m’a tout de suite donné envie de découvrir le roman. Il en va de même pour le titre qui contient cette part de mystère et d’horreur prompte à susciter l’imagination.

Imaginez-vous mener votre vie comme des milliards d’autres personnes quand soudain, le destin semble vous prendre pour cible et vous plonge, sans aucun avertissement, dans un monde d’horreur et de douleurs. Sans savoir pourquoi ni comment vous avez pu vous retrouver dans une telle situation, vous vivez alors de longues et abominables séances de torture jusqu’à ce qu’il ne reste de votre corps qu’un amas ensanglanté de tissus. Injuste, révoltant, cruel ? C’est exactement ce qu’a ressenti Ambre dont la vie a été soudainement fauchée par un monstre de la pire espèce. Difficile alors de ne pas comprendre sa colère et son désir aveugle de vengeance ; sentiments qui la conduiront à signer un pacte : en échange de la promesse de s’occuper elle-même de son bourreau le moment venu, elle accepte de devenir une Faucheuse. Mais si, finalement, ce pacte n’était que la partie émergée d’un complot qui dépasse largement tout ce qu’Ambre aurait pu imaginer ? Les voies des dieux sont impénétrables…

Dès le début de l’histoire, l’autrice nous plonge dans l’horreur avec une scène de torture particulièrement écœurante dont elle n’épargne aucun détail. Celle-ci nous donne paradoxalement envie d’en apprendre plus sur la victime, son passé, les circonstances qui l’ont amenée à vivre un tel calvaire, mais également les raisons qui peuvent pousser un autre humain à infliger de tels sévices à une autre personne. De prime abord, on serait tenté de penser que le tortionnaire n’est qu’un malade mental, mais la maîtrise dont il fait preuve tout comme la froideur avec laquelle il s’attelle à la tâche nous détrompe très vite sur ce point. Plus qu’un malade, nous sommes bien face à un monstre que rien ne pourrait détourner de son « art ».

Cet « artiste » macabre va nous donner des sueurs froides tout au long du livre d’autant que l’autrice joue avec les nerfs de ses lecteurs faisant durer le suspense et le mystère autour de celui-ci. En absence de réponses à nos interrogations, nous nous retrouvons donc dans la même situation d’incrédulité et d’écœurement que les deux policiers en charge de l’enquête, Harvey et Sullivan. J’ai d’ailleurs apprécié de suivre de très près leur avancement, leur raisonnement, leurs questionnements, leurs doutes, leur frustration… Le lecteur a le sentiment de faire partie intégrante de l’équipe au point de presque s’imaginer partager un verre avec Harvey pour décharger la tension accumulée durant la journée ou vomir son repas avec Sullivan lors des excursions à la morgue.

Cette capacité à immerger le lecteur dans l’histoire n’est pas le seul atout du roman, le duo Harvey/Sullivan participant également au plaisir de la lecture. En effet, ces deux policiers, bien que très différents autant en termes d’âge que de personnalité, sont totalement complémentaires. C’est donc un véritable plaisir de voir leur relation évoluer au fil de l’intrigue et des coups durs, car l’autrice n’est pas du genre maman poule avec ses personnages ; l’un d’entre eux va en faire cruellement les frais. Heureusement, il pourra compter sur les liens profonds et indéfectibles qui l’unissent à son camarade. Je dis camarade, mais vous découvrirez que la relation entre les deux policiers va bien au-delà de la simple camaraderie ou même de l’amitié… D’aucuns reprocheront peut-être à l’autrice d’avoir utilisé le schéma classique du vieux flic bourru au gros cœur et du jeune bleu plein d’enthousiasme et d’idéaux, mais pour ma part, cela ne m’a pas dérangée. L’émotion que l’on ressent à les voir évoluer côte à côte dans les coups durs comme dans les moments plus heureux balayant toute réserve que l’on pourrait ressentir vis-à-vis d’eux. J’ai d’ailleurs tellement apprécié les deux personnages que je serais ravie de les retrouver dans une nouvelle enquête.

Quant à Ambre, j’ai un peu regretté de n’apprendre à la connaître que relativement tard dans le livre. Si l’enquête tourne bien autour de son meurtre, l’autrice prend le temps, avant de s’attarder sur la jeune femme, de mettre en place les différentes pièces du puzzle et de développer la psyché de ses autres personnages. Si je comprends aisément le procédé qui se révèle très efficace pour vous faire garder le nez sur votre livre, il m’a parfois frustrée. Les détours que prend l’autrice pourront d’ailleurs créer un sentiment de longueur chez les personnes amatrices d’histoires menées tambour battant. En d’autres mots, nous sommes clairement ici plus dans une course de fond que dans un sprint.

Mais comme « tout vient à point à qui sait attendre », nous finissons néanmoins par découvrir Ambre, son passé, sa colère, sa haine autant de son bourreau que de sa nouvelle profession, sa nouvelle vie de Faucheuse, ses amis, son désir de vengeance, sa pugnacité, son courage, son sens de la répartie et son humour... Il m’a fallu un peu de temps pour m’attacher à elle, les épreuves qu’elle a endurées l’ayant rendue peu chaleureuse. A mesure que l’on découvre son histoire et la manière dont elle a été éhontément trompée que ce soit sur terre ou dans l’Entre-deux, on ne peut cependant que finir par la soutenir de manière inconditionnelle.

Le lecteur n’est pas le seul à éprouver le besoin de l’aider. Elle sera ainsi secondée par deux alliés afin de faire la lumière sur la nature du complot dont elle est victime. Elle se découvrira également un allié des plus inattendus en la personne d’Hadès qui n’apprécie guère qu’un fou, de surcroît humain, se fasse passer pour lui. Et puis, avouons que l’intelligence et la personnalité plutôt vive de notre jeune faucheuse ne pourront qu’attiser sa curiosité et éveiller son intérêt. Je ne vous en dirai pas plus sur ce point, mais j’ai regretté que l’autrice tombe dans une certaine facilité quant à l’évolution de la relation entre Ambre et Hadès… Cela ne m’a néanmoins pas empêchée d’apprécier grandement de retrouver ce fascinant personnage de la mythologie grecque que l’autrice a su parfaitement s’approprier. J’ai aimé le voir tirer les ficelles dans l’ombre avant de le voir se dévoiler aux yeux de ses alliés. Cela crée un petit effet dramatique qui sied à merveille à la personnalité hors norme du personnage…

De la même manière, ce fut un plaisir de découvrir les différentes allusions à la mythologie grecque et à ses différentes figures emblématiques. L’histoire fait d’ailleurs, dans une certaine mesure, écho aux mythes grecs avec son lot de trahisons, de complots, de rebondissements… On retrouve également cette vision de dieux tout-puissants qui n’ont que peu de considération pour les êtres humains. Dans cette histoire, le libre arbitre n’existe donc pas pour le plus grand malheur des hommes dont les divinités n’hésitent pas à jouer avec la vie comme des marionnettistes tireraient les ficelles de leurs pantins. Une prise de conscience douloureuse qui sera un motif supplémentaire de révolte de la part d’Ambre.

En conclusion, l’autrice prend le temps de poser les bases afin de nous offrir une intrigue complexe dont la lecture se révèle aussi angoissante que prenante. Amateurs d’enquêtes policières, de sensations fortes ou tout simplement d’histoires où se mêlent émotions, suspense et personnages à la psychologie développée, vous devriez être conquis par A ma vie A ta mort. Les références à la mythologie grecque devraient, quant à elles, ravir les personnes intéressées par ce domaine.

Pour acheter le livre, vous pouvez vous rendre sur le site des Éditons Plume Blanche.

Prix des auteurs o

Codex Memoriae 2 : Le sacrifice des âmes du Purgatoire, Christophe Michaud

Je remercie Christophe Michaud de m’avoir fait parvenir son roman Le sacrifice des âmes du Purgatoire via le site Simplement et d’avoir pris le temps de me le dédicacer. Je le répète souvent, mais c’est toujours le genre de petite attention qui me fait plaisir.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Un vagabond amnésique est conduit au sanitarium local spécialisé dans les troubles post-traumatiques de la Première Guerre mondiale. Il n’a aucune mémoire, ni présente ni passée.

Pour ne pas sombrer, il essaye de se raccrocher comme il peut à tout ce qui l’entoure dans l’espoir de se construire une identité, mais c’est sans compter sur la rivalité de deux médecins qui se cristallise à son sujet.

Il poursuit ainsi son cheminement mental dans une errance onirique teintée de mythologie grecque avant de se trouver confrontée à une réalité brutale qui prend corps au travers de l’étrange docteur Bonne.

 

  • Poche: 288 pages
  • Editeur : Christophe Michaud (17 novembre 2015)
  • Prix : 10,17€
  • Autre format : Ebook

AVIS

Tout d’abord, je tiens à dire que je trouve le livre très réussi autant au niveau de la couverture que des illustrations intérieures qui nous permettent de nous plonger de manière réaliste dans l’histoire. Cet apport visuel est un atout indéniable pour l’histoire et devrait ravir les amateurs de livres illustrés. L’auteur a même poussé le sens du détail jusqu’à insérer des bonus comme des rapports journaliers concernant le patient amnésique ou encore un rapport confidentiel. La police d’écriture qui donne l’impression que le livre a été tapé à la machine vient, quant à elle, parfaire une expérience de lecture déjà agréable.

Je peux d’ores et déjà vous dire que j’ai adoré ce livre et que je le considère comme l’un des meilleurs que j’ai pu lire ces derniers mois. C’est simple, tous les ingrédients sont mis en place pour que vous ouvriez la première page avec la ferme intention de ne pas décoller de votre canapé/lit/siège avant d’avoir lu le dernier mot de l’auteur.

L’histoire…

Le docteur Olivier Quine, psychiatre de profession, a assouvi son rêve, celui de créer un endroit où les patients atteints de troubles psychiatriques seraient accueillis et traités de manière humaniste. Un projet avant-gardiste pour une époque où les « malades mentaux » étaient loin d’être traités avec humanité. De ce rêve devenu réalité, va naître la rencontre puis une association avec le docteur Bonne, médecin militaire qui a exercé durant La Première Guerre mondiale. Mais cette alliance qui, sur le papier, semblait prometteuse est-elle finalement une réelle aubaine pour le docteur Quine ? L’arrivée d’un patient amnésique qui va intéresser de près nos deux associés va pousser le psychiatre à se poser sérieusement la question.

Le livre pourrait se scinder en deux parties. Dans la première partie, nous découvrons le docteur Quine et ses séances de thérapie avec le patient amnésique. Sous hypnose, celui-ci va raconter différentes histoires inspirées de la mythologie grecque comme si elles étaient siennes. Ces incursions dans le monde de la mythologie, à travers différentes figures emblématiques et mythes comme celui de Perséphone, est pour moi le gros point fort de ce roman. J’ai adoré la manière dont l’auteur a su se les approprier et les exploiter nous donnant autant envie de connaître la suite des événements que de réviser nos connaissances en matière de mythologie.

Dans la deuxième partie, on conserve cette part de voyage entre réalité et rêve, mais l’histoire prend une tournure plus angoissante voire étouffante. Au fil de l’intrigue, on en vient à se poser des questions sur le docteur Bonne et à se demander si le psychiatre, par ambition professionnelle, n’a pas plus ou moins passé un pacte avec le diable. Déjà mystérieux, le médecin devient ainsi de plus en plus inquiétant et nous pousse à nous interroger, avec angoisse, sur la nature de ses activités qu’il veille à tenir secrètes. Quine finit bien par ouvrir les yeux sur ce collaborateur gênant, mais il est trop tard, le médecin ayant déjà tissé sa toile tout autour de lui. L’étau se resserre alors inexorablement autour du psychiatre dont le lecteur ressent parfaitement l’effroi à cette prise de conscience : le Mal est en la demeure.

Au-delà de l’intrigue principale, l’auteur évoque également différents points comme la dichotomie entre la médecine du corps et celle de l’esprit parfaitement symbolisée par l’antagonisme entre Quine et Bonne. Nous retrouvons également une critique de la médecine psychiatrique de l’époque dont heureusement les méthodes ont depuis fortement évolué. Des questions presque métaphysiques sont également soulevées… Au cours de l’histoire, on ne peut d’ailleurs qu’en venir à s’interroger sur la nature humaine et sur ce qui distingue l’homme du monstre.

Des personnages complexes…

Bonne peut être vu comme l’un des méchants de l’histoire, mais il n’en reste pas moins assez complexe. Si ses méthodes sont radicales, comme vous le découvrirez, son objectif final renvoie néanmoins à la fameuse question : la fin justifie-t-elle les moyens ? Pour sauver l’humanité, quels sacrifices jugeons-nous acceptables ? L’auteur utilise, en outre, ce personnage aussi fascinant que repoussant, pour évoquer les traumatismes engendrés par La Première Guerre mondiale. Ce point m’a particulièrement semblé intéressant puisque pour des soldats, une guerre, quelle qu’elle soit, ne prend pas forcément fin une fois la paix signée. Il en va de même pour les personnes comme ce médecin qui ont dû faire face quotidiennement aux conséquences de la barbarie humaine. Pour sauver des vies, a-t-il fini par y laisser son âme ? Je vous laisserai le soin d’en juger par vous-mêmes.

« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » (Rabelais)

Quine, bien que mû par un objectif louable, n’est pas non plus exempt de défauts. L’auteur ne nous offre par sur un plateau une blanche colombe, mais un personnage avec ses zones de lumière et d’ombre. Ainsi, je l’ai parfois trouvé très limite dans sa manière de traiter son entourage et notamment son assistante ainsi que son patient qu’il considère plus comme un sujet d’étude que comme un être humain. Il n’hésitera d’ailleurs pas à le livrer aux mains de Bonne en vue d’une future publication. Son ambition professionnelle et son égo viennent donc se heurter à ses idéaux ce qui ne le rend finalement que plus humain. Les zones d’ombre du personnage ne m’ont pas permis de compatir pleinement à la situation dans laquelle il finit par se trouver. N’étant pas un monstre, j’ai bien sûr trouvé son sort horrible, mais n’ai pu m’empêcher de penser qu’à trop jouer avec le feu, on finit toujours par se brûler. Il s’est fait le propre artisan de son malheur et aurait pu limiter l’emprise que le docteur Bonne finira par exercer sur lui et sa clinique s’il avait été au bout de ses idéaux, et avait traité avec respect toutes les personnes de son entourage.

Quant au patient amnésique, il évolue au fil de l’intrigue passant de « légume » incapable de mémoriser des informations et d’agir de sa propre volonté à une personne capable de prendre des décisions et de se souvenir d’événements récents. Il m’a fait de la peine notamment quand sa conscience s’est éveillée lors de séances de travail plutôt douloureuses. Mais j’avoue ne pas avoir réussi à m’attacher à cet individu sans passé ni identité... Il faut dire que si en deuxième partie de livre son existence ne s’efface plus au profit de ses errances oniriques, il n’en demeure pas moins très énigmatique. Cela m’a d’ailleurs beaucoup frustrée ; j’aurais aimé en apprendre plus sur celui-ci, sur son passé et la raison pour laquelle il a perdu la mémoire. Est-ce la manière que son psychisme a trouvée pour faire face à des événements difficiles à supporter, est-ce le résultat d’un accident ou celui d’une punition divine ? L’incertitude autour du personnage ne m’a néanmoins pas empêchée d’admirer son courage et sa ténacité devant l’adversité.

Une plume envoûtante et des allers-retours entre rêve et réalité captivants, mais qui ne plairont pas à tous…

Grâce à une plume fluide et efficace, pas de digressions ou de temps morts ici, l’auteur a cette capacité de vous immerger totalement dans son monde ou, plutôt, ses mondes. Alors que l’on évoque quand même des personnages issus de la mythologie grecque, le récit finit par sembler naturel voire plausible. Au début, comme Quine, on peut être tenté d’analyser les rêves du patient sous le prisme du symbolisme et de diverses interprétations psychiatriques, mais la véracité des rêves s’impose presque d’elle-même. Et ça n’en rend le suspense que plus intense et le patient que plus mystérieux.

Complètement séduite par ce livre, j’aurais envie de le mettre entre les mains de tous les lecteurs croisant mon chemin, mais je pense que les allers-retours entre la réalité et le rêve pourront déstabiliser certaines personnes. En effet, il faut parfois quelques secondes de lecture avant de saisir de qui nous sommes en train de découvrir l’histoire. Mais cette alternance entre réalité et rêve apporte un dynamisme certain au récit et rend la lecture prenante au point qu’il vous sera difficile de la poser. Et puis, le lecteur, pris entre ces deux mondes, se retrouve presque subjugué et n’a qu’une hâte : connaître la suite des événements tout en se demandant comment l’auteur va réussir à lier réalité terrestre et errances oniriques.

Un récit qui se lit tout seul, mais dont la richesse nécessite une lecture attentive…

Portée par les talents de narrateur de l’auteur, l’histoire est très facile à suivre, mais sa richesse nécessite néanmoins un minimum d’implication de la part du lecteur et, j’aurais envie d’ajouter, une certaine continuité dans la lecture pour en savourer les tenants et aboutissants. D’ailleurs, malgré une lecture attentive, j’ai parfois eu l’impression de ne pas avoir saisi toute la subtilité de l’histoire ou d’être passée à côté de certains enjeux. Réalité ou fausse impression, peu importe puisque j’ai dévoré le livre et n’ai qu’une hâte, le faire découvrir à mon entourage.

En effet, j’ai frôlé le coup de cœur ! La seule raison pour laquelle je n’ai pas mis 20/20, c’est la fin qui m’a un peu déconcertée et laissée, sans mauvais jeu de mots, sur ma faim. Mais je dois reconnaître qu’elle est complètement cohérente avec cette aura de mystère qui plane sur notre amnésique. Un happy end avec toutes les réponses à nos questions aurait quelque peu dénaturé l’essence même du roman. Et puis, la fin demeure assez ouverte pour nous laisser l’espoir de retrouver notre personnage dans un futur que je n’espère pas trop éloigné.

En conclusion, Le sacrifice des âmes du Purgatoire est un livre que je conseillerais à toutes les personnes en quête d’une histoire addictive bien écrite où se côtoient mystère, personnages complexes et parfois inquiétants, références à la mythologie grecque et ambiance angoissante. Si vous acceptez de ne pas avoir toutes les réponses à vos questions et aimez vous questionner sur la nature humaine, vous devriez passer un très bon moment de lecture.

Lien d’achat du roman Le sacrifice des âmes du Purgatoire