Valkyrie, Federico Saggio

Couverture La Saga de la Dernière Geste, tome 3 : Valkyrie

Depuis que Midgard a émergé du Ginnungagap et que du chaos primordial est née la vie, une mission est échue aux Valkyries : écumer les champs de bataille, et faire le tri entre les âmes des guerriers occis pour convoyer les braves au Valhalla… Afin qu’aux côtés des Dieux, ils affrontent le Ragnarök qui approche à grands pas.

Mais à mesure que le temps passe, Brunehilde est saisie d’un doute affreux ; Odin est-il réellement à même de les protéger du froid infernal qui avance et menace de les submerger ?

Et qui est ce mystérieux guerrier qui semble avoir la faveur des Ases, et auquel elle est censée apporter une épée ?

Tandis que les fils de sa destinée se nouent jusqu’à la faire suffoquer, la Valkyrie se sent plus seule que jamais. L’heure n’est plus au doute, ni à la passivité… Ou les neuf mondes partiront en fumée.

Auto-édité (28/02/2021) – Papier (14,99€) – Ebook (6,99€)

AVIS

Valkyrie s’inscrit dans la saga de La Dernière Geste dont j’avais adoré les deux premiers tomes Sigurd et Le Royaume des Brumes. Après nous avoir présenté le destin hors nome et quelque peu dramatique de Sigurd, héros qui a forgé sa légende dans la douleur, Federico Saggio remonte le passé pour s’attarder maintenant sur un autre personnage de la saga, Brunehilde. Nous l’avons découverte femme endormie, puis femme libérée et aimée, nous la retrouvons ici dans sa forme d’origine, une Valkyrie puissante, immortelle et guidée par la foi en Odin, le Père de Tout.

Une foi qui, petit à petit, s’étiole devant les incohérences et les injustices profondes d’un système régi par des dieux qui le bafoue sans le moindre remord dès que leurs intérêts sont en jeu. Comment accepter de prendre part à une comédie de justice cosmique qui glorifie les faits d’armes et l’honneur, mais qui condamne à l’enfer les guerriers vaillants qui n’ont pas eu le malheur ou, si l’on se fie aux dieux, la chance de mourir au combat ? Comment garder la foi en un dieu s’entourant de personnes faibles qui, à défaut de se battre vaillamment lorsque le Ragnarök surviendra, ne tenteront jamais de le renverser ? Un dieu censé protéger et veiller, mais qui finit par révéler sa vraie nature, celle d’un être faible et lâche, qui se laisse guider par ses peurs, créant ainsi le cycle de la haine et de la destruction.

Contrôler et éradiquer au lieu d’accepter, d’éduquer et de guider, condamner avant même de laisser l’autre s’amender, rompre le Cycle pour assouvir ses propres désirs… Dans ce tome, Odin perd l’aura divine qui l’entoure pour prendre celle d’un dieu qui ne mérite pas d’en porter le nom, celle d’un père prêt à sacrifier sa propre lignée pour se préserver. Rien d’étonnant donc à ce que Brunehilde finisse progressivement par briser ses chaînes, refusant de rester prisonnière d’une foi aveugle qu’elle ne peut plus cautionner. Une émancipation qui ne se fera pas sans heurt, mais qui nous prouvera plus que jamais la force de la Valkyrie qui est prête à tous les sacrifices pour ce qu’elle estime juste et digne.

Et cela englobe Sigmund, un ami inattendu pour lequel elle va éprouver et développer une pure et sincère affection. On peut dire que d’une certaine manière, cet homme que les dieux ont placé sur son chemin va se révéler être l’outil de sa délivrance. En voulant le protéger, lui et sa moitié ainsi que le futur fruit de leur amour défendu, elle trouvera le courage de couper ses ailes et de tourner le dos à un dieu qui l’a terriblement déçue et à une mission vidée de son sens. Son abnégation, son sens du sacrifice et sa force d’esprit rendent la Valkyrie terriblement inspirante et attachante et offre une belle leçon d’humilité, d’humanité et de courage à Odin. J’ai ainsi aimé la voir se battre pour ses idéaux, quitte à remettre en question une autorité divine pesante, écrasante et profondément injuste. Si les forces en jeu sont déséquilibrées, le combat en apparence perdu d’avance, on sait, on sent que rien n’est terminé et que de l’implacabilité divine peut naître une engeance encore plus retorse, fière et mortelle…

Alors que rien ne devrait nous pousser à nous identifier à cette Valkyrie engagée dans une dangereuse rébellion, notre cœur se retrouve inexorablement à battre au diapason du sien. J’ai saigné pour elle, j’ai pleuré avec elle et j’ai combattu à ses côtés pour des êtres que l’on sait condamnés, mais pour lesquels on ne peut s’empêcher d’espérer. Des trois tomes, celui-ci est celui qui m’a le plus remuée, me laissant presque démunie une fois la dernière page tournée. Il faut dire qu’il y a tellement d’injustice, mais aussi d’espoir et de nobles sentiments entre ces pages qu’il s’avère difficile de ne pas se sentir profondément touché, d’autant qu’il y a presque quelque chose d’universel dans la bataille que mène Brunehilde pour se sortir d’une foi aveugle et bornée, et s’émanciper d’une figure d’autorité peut-être pas si fiable et respectable que cela.

Notre Valkyrie ne démérite jamais en cours d’aventure, elle avance, prend des risques, remet en question ce qu’on veut lui imposer, doute parfois de sa légitimité à questionner les volontés du Père de Tout… Elle avance la tête haute au-devant d’un destin dont elle ignore tout, mais dont les lecteurs ont déjà eu l’occasion de connaître les contours. C’est d’ailleurs ce qui rend son histoire aussi prenante et touchante, et qui nous permet de ressentir autant d’empathie pour cette Valkirie bien plus noble que les dieux et bien plus humaine que beaucoup d’hommes. À cet égard, sa punition divine semble finalement presque une délivrance, comme la reconnaissance de ce qu’elle est et de ce qu’elle refuse d’être. Il est également fascinant de découvrir à quel point Brunehilde est liée à Sigurd et à ses parents… Je n’en dirai pas plus si ce n’est que si les voies du seigneur sont impénétrables, celles tissées par les Nornes nous semblent encore bien plus obscures !

J’ai apprécié l’incursion de l’auteur dans le domaine de la science-fiction avec sa duologie Lululand, mais Valkyrie me prouve que c’est dans le domaine de la mythologie qu’il arrive le mieux à déployer tout son talent. Celui d’un conteur qui arrive à s’effacer devant la légende pour en restituer avec poésie toute la quintessence et brouiller, durant un moment, la frontière entre fiction et réalité. On se laisse ainsi complètement immerger et submerger par les scènes qui prennent vie sous nos yeux avec une rare acuité, on est révolté par des volontés certes divines, mais pas très glorieuses, et on s’émeut devant ces destins humains qui se jouent dans le secret des cieux…

En résumé, l’auteur remonte les couloirs du temps pour nous présenter une héroïne à la complexité certaine, une combattante émérite qui, devant les injustices divines, a choisi de revoir son allégeance, et ainsi lier son destin avec une lignée marquée par les drames, et possédant une volonté de fer brimée, mais jamais broyée. Particulièrement prenant, Valkyrie pousse son héroïne sur la douloureuse voie de l’émancipation, et les lecteurs dans une sorte de zone émotionnelle où la curiosité se mêle à la fascination, à l’admiration, à l’empathie et à cette envie qui gronde de tout bouleverser afin que la justice du cœur et de l’honneur finisse enfin par l’emporter sur une justice divine foncièrement viciée. Entre doutes et prise de conscience, un roman qui ne manquera pas de vous toucher, de vous révolter et de vous prouver la force de la volonté !

Je remercie l’auteur de m’avoir envoyé Valkyrie en échange de mon avis.

 

Moi, Ligia, Sirène de Sylvie Baussier

Couverture Moi, Ligia sirène

Je m’appelle Ligia, et je donnerais tout pour redevenir celle que j’étais avant que la déesse Démeter me transforme en sirène : une jeune fille insouciante. Mais je vis désormais sur un rocher perdu en pleine mer et je guette les bateaux qui s’en approchent.
Comment cela a-t-il pu arriver ? Voici mon histoire…

Scrineo (20 août 2020) – 10,90€

AVIS

J’étais très curieuse de découvrir ce roman jeunesse qui prend le parti original d’aborder la mythologie grecque à travers le point de vue d’un méchant, une sirène. Une sirène qui ne colle pas à la version imaginée par Hans Christian Anderson, mais qui s’inscrit plutôt dans la pure tradition grecque, celle d’une femme-oiseau qui se repaît de la chair des marins.

De fil en aiguille, on découvre donc l’histoire de Ligia et de Leucosia, deux jeunes filles transformées en femmes-oiseaux par Déméter. Leur crime : n’avoir pas su empêcher la disparition de Coré, la fille de la déesse, et de ne pas avoir su la retrouver. Les voilà ainsi condamnées à attendre que des marins imprudents s’approchent de leur rocher afin de leur servir de repas. Les lecteurs ne pourront s’empêcher de s’offusquer devant l’injustice de la situation, les deux sœurs n’ayant rien fait de mal !

Devenues monstres malgré elles, elles survivent, alternant entre sensations tenaces de faim et culpabilité, une fois leur ventre tendu et repu. Parce qu’elles n’ont pas choisi d’être des monstres et qu’elles ne le sont pas vraiment, ces deux sœurs m’ont beaucoup touchée, et plus particulièrement Ligia, dont on sent le poids des regrets, de la nostalgie et du dégout de soi. Attirer, envoûter, tuer et mâcher… tout autant d’activités qui lui répugnent, mais qu’elle est condamnée à effectuer encore et encore pour survivre.

Malgré la situation et la manière dont Leucosia peut parfois provoquer Ligia, les deux sœurs peuvent heureusement compter l’une sur l’autre, une condition sine qua non pour ne pas sombrer. Et puis, ce n’est qu’en combinant leur chant qu’elles arrivent à harponner et transporter leurs proies…. Du moins, jusqu’à ce qu’une rencontre ne scelle leur destin à jamais !

Le gros point fort de ce roman est la manière dont l’autrice arrive à faire ressentir une profonde empathie pour des « méchantes » qui nous apparaissent ici bien plus victimes que bourreaux. Alors bien sûr, elles tuent des humains, mais ce n’est pas par plaisir ni cruauté, juste par nécessité, sans oublier que ces meurtres ne sont pas sans conséquence sur leur équilibre psychique. Doucement, on sent d’ailleurs Ligia glisser vers un état qui n’appelle pas de retour…

Au-delà du point de vue original de cette histoire et du sort de ces deux sœurs condamnées à une vie de solitude, d’attente et de souffrance, j’ai apprécié l’accessibilité de ce roman qui met la mythologie grecque à la portée des enfants : rappels succincts et illustrés des personnages mythologiques apparaissant au cours de l’histoire, plume fluide, chapitres courts, texte aéré, un point sur le mythe des sirènes intéressant, un cahier de jeux… Tout est mis en place pour faciliter l’expérience de lecture des jeunes lecteurs, et leur permettre de son plonger sans réserve dans l’histoire de Ligia et de sa sœur.

En conclusion, avec Moi, Ligia, Sirène, l’autrice offre aux enfants une porte d’entrée intéressante sur la mythologie grecque à travers non pas le point de vue d’un héros de légende, mais celui d’un monstre qui n’en est peut-être pas vraiment un. Touchant, accessible et captivant, voici un court roman jeunesse qui devrait plaire aux enfants, mais aussi aux adultes appréciant la mythologie et les textes emplis de sensibilité.

Mini-chroniques en pagaille #31

Mini-chroniques en pagaille

Plus détaillées qu’un simple commentaire, mais moins développées qu’une chronique, les mini-chroniques me permettent de partager succinctement mon avis sur certaines de mes lectures que je n’ai pas eu le temps ou l’envie de chroniquer de manière plus classique.


  • Prunelle : La fille du cyclope de Vicky Portail-Kernel et Cédric Kernel (Ankama)

Couverture Prunelle, tome 1 : La Fille du Cyclope

Condamnés, après une petite bêtise, à réaliser quatre quêtes épiques, Prunelle, moitié-cyclope et moitié-muse, le Minotaure et Héraclès partent à l’aventure. Ils devront collaborer pour faire face aux multiples défis et dangers ainsi qu’aux créatures et grandes figures mythologiques qui croiseront leur route.

Une divinité semble, en outre, bien décidée à mettre des bâtons dans les roues de la jeune et fine équipe. Et elle s’y prend plutôt bien, mais peut-être pas assez pour venir à bout de la chance insolente de nos jeunes amis, ni de leurs talents conjugués. Les enfants et les adultes appréciant la mythologie grecque devraient savourer cette aventure colorée et pleine de peps menée tambour battant. Les aventures, les combats et les différents affrontements s’enchaînent sans temps mort, ce qui ne laisse aucune place à l’ennui.

Une belle place est également accordée à l’humour que ce soit à travers quelques comiques de situation ou les traits volontairement forcés des personnages. À cet égard, le côté « tout dans la cervelle, rien dans les muscles » d’Héraclès ne manquera pas de faire sourire. Le demi-dieu a, en effet, une légère tendance à foncer dans le tas avant et de réfléchir après, mais reconnaissons que cela semble lui porter chance ! Prunelle se révèle, quant à elle, bien plus réfléchie, et joue un peu le rôle de la voix de la raison au sein de l’équipe. Sa relation avec sa mère, une muse quelque peu égocentrique, n’est pas non plus dénuée d’intérêt, tout comme la petite morale de fin : l’expérience est importante, mais l’éducation n’en demeure pas moins nécessaire.

Les dessins très colorés et dynamiques participent indéniablement au plaisir que l’on prend à découvrir cette aventure rondement menée. On appréciera également, en fin d’ouvrage, quelques pages présentant certains héros et autres créatures mythologiques. Un rappel qui pourra d’ailleurs guider la lecture des plus jeunes.

En bref, voici une plongée sympathique et amusante en pleine mythologie grecque !


  • Enola & Les animaux extraordinaires : le griffon qui avait une araignée au plafond de Joris Chamblain et Lucile Thibaudier (les éditions de la Gouttière) :

Couverture Enola & les animaux extraordinaires, tome 6 : Le griffon qui avait une araignée au plafond

Je suis la plus grande fan de cette série jeunesse mettant en scène une vétérinaire pour animaux légendaires et extraordinaires. Et si tous les tomes m’ont plu, j’ai eu un coup de cœur pour celui-ci qui aborde un sujet qui me tient particulièrement à cœur : les cirques avec animaux. J’aime beaucoup les arts du cirque, mais ceux qui n’impliquent pas l’exploitation d’animaux sauvages dont la place est dans la nature et non dans une cage et/ou sur une scène.

Une réalité qui nous frappe de plein fouet avec l’histoire de ce griffon qui s’est blessé lors d’un spectacle et que son propriétaire veut vite remettre au travail, nonobstant ses blessures. C’est que business est business ! Et notre directeur de cirque n’a pas de temps à perdre avec le bien-être animal qui ne rapporte rien. Bien sûr, l’image est poussée à l’extrême, mais elle n’en demeure pas moins vraie : les spectacles avec animaux sont d’une cruauté sans nom que rien ne pourrait  justifier, et certainement pas l’appât du gain… Méprisable, notre directeur va néanmoins recevoir une belle leçon de la part de notre vétérinaire bien décidée à soigner notre griffon avant de lui rendre sa liberté.

En plus d’une histoire très touchante et des illustrations toujours aussi sublimes, il y a un réel travail de sensibilisation réalisé dans ce tome qui évoque aussi bien le problème des cirques avec animaux que le travail de réhabilitation des animaux élevés en captivité. Tout en condamnant fermement et légitimement l’exploitation des animaux, l’auteur nous offre également une belle bouffée d’espoir à travers notamment une jeune femme qui va réaliser que sa sincère affection pour son griffon ne saurait venir combler les besoins d’un animal sauvage. Aimer signifie parfois littéralement laisser l’autre s’envoler…

En bref, si la protection animale vous tient à cœur et/ou que vous avez envie d’une belle lecture, Le griffon qui avait une araignée au plafond est fait pour vous ! Le ton est pédagogique, l’histoire émouvante et la fin une magnifique ode à la liberté animale.


  • Simon Portepoisse (tome 1) d‘Antoine Dole et Bruno Salome, (Actes Sud Junior) :

Couverture Simon Portepoisse, tome 1 : Petits malheurs en famille

Dans une ambiance colorée et quelque peu loufoque, nous découvrons le jeune Simon qui a le malheur d’appartenir à une famille de monstres. Et si je dis le malheur, c’est parce que notre protagoniste n’a guère envie de perpétuer la tradition familiale : porter la poisse aux humains. Il n’a néanmoins pas le choix et doit s’acquitter, en compagnie de Monsieur Georges, un chat noir qui parle, de sa première mission : empêcher la famille Chouquette de partir en vacances.

Mais sur place, il va vite découvrir que les membres de cette famille, qui m’a un peu fait penser aux Tuche, ne seraient peut-être pas si mécontents que cela de rester chez eux et d’éviter de passer du temps ensemble. Une situation inacceptable autant pour Simon qui aimerait apprendre à cette famille le plaisir du vivre-ensemble que Monsieur Georges qui tient à ce que le premier ticket-poisse de son protégé soit correctement distribué. Or, apparemment, priver les Chouquette de vacances serait plus un cadeau qu’une malédiction…

Avec beaucoup d’humour et de facétie, l’auteur plonge les lecteurs dans l’envers du décor de la poisse et de toutes ces superstitions tournées en dérision. De fil en aiguille, on réalise que les malheurs des uns peuvent faire le bonheur des autres et que si la malchance existe, elle peut servir de tremplin pour rebondir et transformer le négatif en quelque chose de positif. Tout n’est qu’une question de perspective, après tout !

Au-delà des gags plutôt efficaces, notamment pour un jeune public, on appréciera le duo enfant/chat parfaitement complémentaire et attachant. Quand l’un, sensible et gentil, ne pense qu’à faire le bonheur des humains, l’autre cherche à tout prix à faire leur malheur. Mais on pardonnera volontiers à notre oiseau de malheur cet excès de méchanceté, puisqu’il faut bien quelques moments difficiles pour pouvoir apprécier les moments de félicité. Et puis, Simon est tellement adorable qu’il compense largement toute cette poisse que ses proches, Monsieur Georges inclus, se font un malin plaisir à distribuer aux humains.

En bref, si vous avez envie d’une petite lecture jeunesse colorée, divertissante et pleine d’humour, Simon Portepoisse devrait vous plaire.


Et vous, certains de ces titres vous tentent-ils ?

Owlcrate (janvier 2021) : From Olympus with love

January 2021 'FROM OLYMPUS WITH LOVE' Box

Pour rappel, la Owcrate est une box littéraire américaine spécialisée dans la littérature young adult.


Je n’avais pas l’intention de prendre cette édition, mais j’ai oublié d’arrêter mon abonnement et ai donc reçu la box From Olympus with love. Si le thème me tentait beaucoup, j’étais moins enthousiasmée par le teasing concernant les goodies.

Mon intuition était d’ailleurs la bonne : le roman est bien celui que j’attendais, et tant mieux parce que je comptais l’acheter, mais je n’ai guère été convaincue par les goodies :

  • un énième porte pin’s et un pin’s,
  • un calendrier lunaire en tissu : un goodies qui a au moins plu à mon compagnon très intéressé par l’astronomie. Je crois d’ailleurs qu’il a l’intention de l’afficher.
  • un thé décaféiné de Riddle’s Tea Shoppe : j’ai adoré son goût et sa délicate odeur de pêche. Si la marque était disponible en France, je n’hésiterais pas à le commander.
  • un très beau marque-page recto-verso en bois,
  • et le gros objet de la box qui a malheureusement fait un flop pour moi : un tableau à messages, ses lettres/chiffres détachables et une jolie pochette pour les ranger. C’est le genre de chose dont je n’ai aucune utilité, mais j’imagine que je pourrais essayer de l’utiliser pour agrémenter certaines de mes photos Instagram…

Owlcrate janvier From Olympus with love

Quant au roman, c’est une nouveauté dont j’ai entendu parler sur les chaînes booktube américaines : Lore d’Alexandra Bracken. Le roman est signé et accompagné d’une lettre de l’autrice. il possède également une couverture exclusive avec un fond noir au lieu d’un fond blanc. J’ai hâte de le lire, le résumé étant très prometteur !

Lore, Alexandra Brackens Owlcrate edition

For centuries, Zeus has punished the gods with a game called the Agon, which turns them mortal for one week, and at the mercy of being hunted by those with godly ambitions. Only a handful of the original Greek gods remain, the rest replaced by the mortals who killed them and ascended.

After her family’s sadistic murder by a rival bloodline, Lore escapes and vows to repay her parents’ sacrifice by doing one thing – surviving. For seven years, she has pushed back dark thoughts of revenge against the man responsible for their murder, a man by the name of Wrath who has attained unimaginable power. Except for one week, every seven years. A week that is fast approaching …

When Lore comes home on the first night of the Agon to find Athena gravely wounded on her doorstep, the goddess offers her an alliance; they have a mutual enemy, after all. But as the world trembles under the force of Wrath – a god with the power to destroy all of humanity – will Lore’s decision to bind her fate with Athena’s come back to haunt her?

Et vous, que pensez-vous du contenu de cette box ?
Le roman vous tente-t-il ?

Le Drakkar éternel, Estelle Faye #PLIB2021

Le drakkar éternel par Faye

Maël et Astrid, deux collégiens en vacances, sont projetés à bord d’un drakkar, un navire viking. Ils voguent à présent sur une mer mythique, celle qui entoure les Neufs Royaumes présents dans l’arbre de la mythologie nordique : Yggdrasil.
Pour rentrer chez eux, les deux adolescents doivent retrouver la clef qui libère le drakkar de sa malédiction : l’errance éternelle. Dans leur périple, ils rencontreront quelques figures emblématiques de la mythologie scandinave comme les dieux Odin et Loki, les Ases Lumineux et Obscurs, les nains, une Valkyrie.
Y arriveront-ils ?

Scrineo (1 octobre 2020) – 226 pages – Broché (14,90€) – Ebook (8,99€)
#ISBN9782367408811 #PLIB2021

AVIS

Après l’excellent Royaume des brumes, j’ai eu envie de poursuivre ma découverte de la mythologie nordique, mais cette fois-ci, à travers un roman jeunesse dont la couverture m’a tout de suite subjuguée

Maël est le souffre-douleur de son collège et s’il peut compter sur le soutien indéfectible de sa meilleure amie, la situation lui pèse parfois d’autant que ses harceleurs bénéficient d’une agaçante impunité… Mais les choses deviennent encore plus difficiles quand les deux adolescents sont, durant une sortie en mer, accostés par un drakkar maudit. Ni ou ni deux, les voilà embarqués dans une épopée grandiose et fantastique pour libérer le capitaine et l’équipage d’une terrible malédiction les contraignant à naviguer pour l’éternité. Pour y arriver, les deux amis n’ont pas d’autre choix que d’explorer un archipel qui semble doté d’une volonté propre et qui va leur réserver quelques surprises…

J’ai adoré suivre les deux héros d’île en île, chacune reprenant un des neuf mondes de la mythologie nordique. Une idée simple, mais diablement efficace ! Feu, glace, faux-semblants, géants… rien ne sera épargné à Maël et à Astrid qui vont devoir faire preuve de courage, de débrouillardise et de bravoure pour affronter les différents dangers qui se dresseront devant eux. Très vite, il nous apparaît que le héros dans cette histoire, du moins dans sa plus noble définition, est Astrid. La jeune fille ne manque ni de courage ni de détermination pour accomplir sa mission, et s’assurer que Maël retrouve la terre ferme en un seul morceau. Une guerrière dans l’âme, ce qui n’est guère étonnant au regard de sa situation familiale, la jeune orpheline n’ayant jamais vraiment pu compter sur le soutien de parents aimants.

La relation entre Maël et Astrid est très touchante, si ce n’est émouvante, la jeune fille se révélant extrêmement protectrice envers Maël qui, lui-même, malgré sa maladresse, fait ce qu’il peut pour l’aider et la soutenir. Une tendre et belle amitié qui ne peut occulter la dureté du harcèlement vécu par l’un, l’absence de famille pour l’autre, et les dangers de cette plongée dans un monde de légende pour les deux.

D’ailleurs, si les thématiques du harcèlement et de l’amitié sont intéressantes et bien traitées, c’est bien la manière dont l’autrice aborde la mythologie nordique qui fait tout le charme de ce roman. Grâce à l’aventure vécue par ses jeunes protagonistes, elle arrive à en synthétiser les grands principes et à nous en présenter ses figures emblématiques ainsi que ses principales créatures fantastiques : Loki, Odin, les corbeaux Hugin et Munin, le loup Fenrir, les valkyries, les nains… Une plongée accessible et passionnante au sein de la mythologie nordique qui enchantera aussi bien les enfants que les lecteurs plus âgés désirant se confronter à des légendes encore parfois méconnues.

Au-delà de l’aspect mythologique, l’autrice nous propose également une aventure menée tambour battant que j’aurais presque envie de qualifier d’histoire à rebond. C’est simple, à chaque fin de chapitre, Estelle Faye rebondit sur un événement ou une rencontre pour nous proposer de l’action et susciter une certaine appréhension de le part des lecteurs, impatients de découvrir ce que Maël et Astrid vont devoir affronter. Les amateurs de romans rythmés dans lesquels les chapitres courts, mais percutants s’enchaînent vont adorer se plonger dans le Drakkar éternel d’autant que la plume d’Estelle Faye semble elle-même calibrée pour apporter rythme et mouvement. Il vous sera donc bien impossible de vous ennuyer durant ce périple dangereux qui ne laissera pas nos deux protagonistes indemnes.

Si Astrid affirme son caractère de guerrière courageuse qui ne renonce jamais et découvre en elle une certaine noirceur, Maël évolue et semble prendre un peu plus confiance en lui. Il va également gagner quelque chose, une capacité qu’il devra néanmoins payer au prix fort… J’ai adoré Astrid, ses fêlures et son sens de l’amitié à toute épreuve, mais j’avoue avoir été plus particulièrement touchée par Maël, sa sensibilité à fleur de peau et sa fidélité qui transcende les mondes… À eux deux, ils forment un duo très touchant qui sera rejoint par un rouge-gorge semblant s’être pris d’affection pour Maël. Amoureuse des animaux, j’ai été attendrie par ce petit animal et sa présence réconfortante et non dépourvue d’intérêt.

En plus de nous divertir, de nous tenir en haleine et de nous faire découvrir toute une mythologie encore trop absente des manuels scolaires, l’autrice n’hésite pas non plus à nous surprendre avec, entre autres, une révélation inattendue et très bien amenée. Mais sur ce point, je me tairai vous laissant le plaisir de la découverte ! Quant à la fin, elle a quelque chose de résolument beau et fort à l’image de l’amitié entre deux adolescents qui, malgré leurs différences, ont su nouer une très belle relation, de celles qui résistent aux vents et aux marées et, espérons-le, à une terrible malédiction.

En conclusion, les lecteurs en quête d’une aventure rythmée et trépidante, les plongeant au cœur de la mythologie nordique avec efficacité et intelligence, devraient apprécier ce roman jeunesse qui nous offre également une histoire d’amitié aussi forte qu’inspirante. Un livre à lire et à partager afin que la malédiction du drakkar éternel devienne légende !

Feuilletez un extrait du roman sur le site des éditions Scrineo.

Le royaume des brumes, Federico Saggio

Couverture Sigurd, tome 2 : Le royaume des brumes

Tenu de respecter le serment que les Dieux lui ont arraché – sous peine de sombrer dans la folie, c’est la mort dans l’âme que Sigurd se lance dans une quête qui l’entraînera au plus profond du Royaume des Brumes, sous la quatrième branche d’Yggdrasil, pour y affronter le Dragon Fafnìr et lui dérober l’Or maudit des Nibelungen.Mais au gré de ses voyages, il a contracté bien d’autres serments, dont les fils s’entremêlent, se resserrent peu à peu, jusqu’à le faire suffoquer. Comment tous les respecter, et ainsi préserver intact un honneur si facile à bafouer ?La destinée est capricieuse, et Sigurd aura fort à faire pour se soustraire aux dangers qui jalonneront sa route. Peut-être le véritable défi, plus mortel encore que le Dragon, est-il de survivre à la folie et à l’ambition des Hommes… Au moins, cerné des loups, sait-on clairement quelles sont leurs intentions.

Auto-édition (13 août 2020) – 224 pages – Broché (14,99€) – Ebook (5,99€)

AVIS

Le Royaume des Brumes est la suite de Sigurd.

Ayant adoré le premier tome de la duologie, c’est avec beaucoup d’enthousiasme que je me suis plongée dans cette suite qui nous présente une version bien plus humaine et vulnérable de Sigurd. Amputé de certains de ses souvenirs, le voilà enfermé dans une vie qui ne lui sied guère auprès d’une femme fourbe et possessive appréciant plus l’idée d’avoir un mari de sa stature que le mari en lui-même ! Mais comment le fier et fort Sigurd, bras armé des Dieux, est-il tombé aussi bas ? Pourquoi ne réagit-il pas avec plus de véhémence afin de se libérer d’une vie qu’aucun homme sain d’esprit n’accepterait, a fortiori un homme de légende tel que lui ? Et quel est ce sentiment indicible de perte et de manque qui lui étreint le cœur et qui lui donne cette impression qu’en épousant une femme qu’il méprise, il a trahi la seule et unique femme qui possédait une quelconque valeur à ses yeux ?

Ces questions, je vous rassure, l’auteur y répond grâce à un jeu entre présent et passé : un présent dans lequel Sigurd n’est que l’ombre de lui-même, et un passé à la hauteur de ce descendant des Dieux qui ne craint personne. L’alternance entre les époques, d’une finesse caractéristique de la plume de l’auteur, fait tout le charme de ce roman puisqu’elle suscite une curiosité que l’on a grand hâte d’apaiser. À mesure que défilent les pages, on saisit toute l’ampleur du drame qui s’est joué sans que Sigurd n’ait réussi ni à l’anticiper ni à l’empêcher. Excès de confiance ? Preuve de la supériorité des Dieux sur les hommes ? Les deux probablement, car Sigurd ne semble pas avoir tiré les leçons de son histoire familiale, pensant pouvoir réussir là où ses parents avaient échoué. Et la punition divine est sans appel : cynique et brutale !

Au cœur d’un drame comme seules les divinités savent les créer, Sigurd représente, à son corps et cœur défendant, le symbole d’une lutte entre le libre arbitre et la fatalité, entre la liberté et un destin contre lequel il semble bien vain de s’opposer. N’est-il pas illusoire de penser que la volonté seule peut lutter contre le poids de forces surnaturelles qui prennent un plaisir sournois à manipuler et à châtier, à faire espérer avant de tout emporter ? Évidemment, nous sommes ici dans le domaine de la légende et de la mythologie avec une fatalité qui semble coller à la peau d’un personnage que les Dieux s’amusent à façonner selon leur bon vouloir. Mais le roman possède également une portée quasi philosophique : poids de l’héritage familial, complexité des relations père-fils (alternant entre haine et amour maladroit), liberté et sacrifices que l’on est prêt à consentir en son nom, richesse qui forme les solitudes, cycle immuable de la vie dont seule la mort peut nous délivrer à moins que, comme pour Sigurd, elle marque le commencement de tout…

Si j’ai apprécié le premier tome, j’ai eu un coup de cœur pour cette suite dans laquelle jamais mythologie et humanité n’auront autant été liées. En perdant cette cruauté qui le rendait parfois difficile à comprendre, Sigurd n’est pas devenu un modèle de gentillesse, mais un héros béni et honni par les Dieux, dont le destin nous tient à cœur. Sa détresse est devenue mienne, sa colère légitime m’a terrassée et sa détermination m’a frappée par sa force. Surprise, mais conquise par l’évolution du personnage, j’ai apprécié la manière dont l’auteur l’a amorcée tout au long de cette duologie, mais également la subtilité avec laquelle elle s’impose à nous.

Nous connaissions Sigurd froid, imbu de lui-même et implacable, nous le découvrons ici capable d’une certaine empathie et de reconnaître des liens avec un être qu’il a pourtant toujours détesté, mais nous le découvrons surtout prêt à faire le plus grand des sacrifices. Car en refusant de répéter ce qu’il a lui-même connu, il fait montre d’une noblesse d’âme surprenante qui l’enfermera à tout jamais dans la pire des tourmentes. Amour d’un père pour son enfant ou d’un homme pour son amante, richesse ou liberté, avec les Dieux, il faut toujours choisir, mais le résultat est rarement celui escompté et le cœur s’en retrouve bien souvent piétiné.

Poétiquement dramatique, ce roman l’est, la mythologie scandinave n’ayant rien à envier à la mythologie grecque, mais il se part également d’une dimension épique avec le voyage de Sigurd sur les traces de l’or maudit des Nibelungen et du dragon Fafnir. L’auteur nous retrace avec précision et un sens de l’immersion incontestable, les épreuves traversées par Sigurd qui acceptera que Mîme l’accompagne dans ses aventures. Bien que ce soit un ivrogne méprisable, le nain est également la seule figure paternelle que notre héros ait jamais connue. Alors si sa présence se révélera bien plus utile que prévu, elle sera surtout l’occasion pour l’auteur de creuser les liens père-fils et nous offrir une autre vision de la relation particulière unissant ces deux personnages, dont le destin a été lié par la volonté des Dieux.

Si Mîme nous a longtemps paru insignifiant, sa complexité nous frappe à mesure que l’on apprend à le connaître et que l’on découvre des bribes de son passé. Mais rien d’étonnant à cela si l’on considère que l’auteur ne tombe jamais dans le manichéisme avec cette duologie dont les personnages sont complexes et finement travaillés… Même le dragon Fafnir finira par susciter chez les lecteurs des sentiments ambivalents, ce dernier semblant autant le possesseur que le débiteur d’un trésor qui nous apparaît bien plus malédiction que bénédiction.

Quant à la plume de l’auteur, elle m’a de nouveau enchantée par sa finesse, et la manière dont elle alterne entre brutalité et poésie, nous saturant d’émotions et de sensations. On saluera également le travail sur le rythme autant au niveau de l’enchaînement des actions que de la structure des phrases et de leur découpage. J’ai également parfois eu l’impression que comme dans une œuvre musicale, le roman suivait un phrasé soulignant tantôt le tempo de la marche tantôt celui d’un cœur qui bat et qui se retrouve submergé par des émotions fortes et contradictoires… Une musicalité empreinte de lyrisme et digne de la légende de Sigurd !

Le Royaume des brumes conclut à merveille une duologie qui, en plus de nous offrir une aventure épique et humaine particulièrement immersive et haletante, pose un certain nombre de questions sur, entre autres, le poids de l’héritage familial, le libre arbitre et le destin. Mais c’est également une superbe plongée dans le monde cynique, brut et violent de la mythologie scandinave dans laquelle les Dieux semblent prendre un plaisir sournois à interférer avec la vie des hommes, a fortiori avec celle de l’un de leurs descendants. Parce qu’être issu d’une grande lignée, vous assure certes une grande destinée, mais pas vraiment la sérénité, Sigurd va devoir s’imposer dans un monde régi par des lois qu’il faut parfois faire voler en éclats avant de pourvoir s’en libérer !

Je remercie l’auteur de m’avoir envoyé son roman, que vous pouvez retrouver sur Amazon, en échange de mon avis.

Sigurd, Federico Saggio

Plongez-vous dans l’univers mythologique scandinave !

Sigurd, dernier représentant d’une lignée issue de l’union d’Odin, roi des Ases, et d’une mortelle, est confié à la mort de ses parents à Mîme, le plus grand Artisan-Forgeron des Nibelungen. Ce dernier est censé l’éduquer dans l’espoir qu’il puisse un jour accomplir la tâche qui lui est échue : tuer le dragon Fafnir, reprendre le trésor maudit au nom des Ases et enfin le protéger de sa vie.
Quant à Sigurd, ce sont d’autres ambitions, d’autres rêves qui l’animent. Le Feu d’Odin coule dans ses veines, il veut vivre ! Quel dommage que les Dieux ne l’entendent pas de cette oreille… car il n’est pas de plaisir plus savoureux pour les Ases, que d’assister à la déchéance d’un mortel qui se débat avec les affres de la destinée.

Auto-édition (9 juin 2020) – 246 pages – Broché (14,99€)

AVIS

C’est la superbe couverture et la promesse d’une plongée dans la mythologie scandinave qui m’ont donné envie de découvrir ce roman que j’ai dévoré en deux soirées, complètement séduite par la très belle plume de l’auteur, alliance de brutalité, d’élégance et de poésie. Un mélange efficace et hypnotique qui sied à merveille à l’atmosphère sombre de ce roman dans lequel l’auteur n’hésite pas à faire couler le sang et à arracher des viscères.

Âmes sensibles s’abstenir donc même si la beauté de la plume de l’auteur permet aisément de passer outre l’éventuel dégoût pour savourer toute la quintessence et l’étrange splendeur de ces scènes crues et intenses. Parce que dans ce roman, il y a du beau derrière le drame, de l’espoir derrière le malheur, et de la magnificence derrière la vie d’un protagoniste qui se veut bien plus antihéros que héros, à moins qu’il ne se situe à la lisière des deux.

Federico Saggio semble s’être particulièrement investi dans la psychologie de son protagoniste qui ne manquera pas de susciter en vous des émotions ambivalentes, mais toujours d’une grande intensité : exaspération devant son mépris affiché envers ceux qu’il considère comme inférieur à lui soit tout le monde, empathie durant les rares moments où sa carapace se fissure, compréhension devant sa soif d’en apprendre plus sur ses origines, dégoût devant sa bestialité et sa propension à se laisser guider par ses instincts en dépit de toute notion de bien et de mal…

Il y a d’ailleurs quelque chose de presque naïf dans le comportement de Sigurd qui tue sans se poser de question, un peu comme un enfant volerait le jouet d’un autre avant qu’on ne lui apprenne les règles de la vie en société. Il faut dire que jusqu’à présent, Sigurd n’a pas vraiment eu de contact avec l’extérieur et que ses interactions se sont limitées à celles avec son tuteur, un homme méprisant et quelque peu maltraitant. Cela n’excuse pas ses exactions, mais permet d’un peu mieux comprendre cette figure de la mythologie scandinave dont l’auteur nous propose ici une interprétation tourmentée et fascinante.

Cette personnalité ambivalente explique peut-être l’étrange attraction que Sigurd a su exercer sur moi et qui m’a poussée à suivre ses aventures sans pouvoir détourner les yeux malgré ses accès de violence, son arrogance, et cette douce folie meurtrière qui semble, peu à peu, le consumer… Les pages se tournent à une vitesse folle devant notre envie d’en savoir plus, toujours plus, sur ce personnage auréolé d’une bonne dose de mystère et de danger. On suit donc la tête pleine de questions et la boule au ventre Sigurd dans sa mission confiée par les Dieux dont il est le descendant : tuer Fafnir et récupérer le trésor perdu des Nibelungen.

Néanmoins, Sigurd n’est pas homme à se laisser dicter sa conduite par qui ou quoi que ce soit. Épris de liberté, il a bien d’autres objectifs comme celui de se forger sa propre légende, ce qui le conduira à faire différentes rencontres, plus ou moins sympathiques, à lutter contre la faim et le froid, à survivre à de dangereuses créatures, à faire une alliance avec un prince, à tuer encore et encore, parfois à son insu, victime d’horribles hallucinations…

Mais si la légende de Sigur, fils de Sieglinde, fils de Sigmund, commence à s’étendre, une réalité s’imposera à notre héros : on ne peut pas jouer avec la patience des Dieux indéfiniment et en toute impunité ! Cette liberté revendiquée par Sigurd, n’est-elle finalement pas qu’une douce illusion dans un monde façonné par les Dieux ? Le libre arbitre existe-t-il réellement ou s’efface-t-il devant la volonté et les desseins divins ? Et dans ce cas, si tout est écrit d’avance, pourquoi lutter contre sa destinée ?

Au-delà des questions intéressantes autour de la notion de liberté, de destin et d’héritage familial soulevées par l’auteur, j’ai adoré suivre la déchéance de Sigurd qui va devoir tomber très bas avant de se relever et de pouvoir viser le ciel ! Les faits d’armes vont donc alterner avec des moments moins reluisants pour lesquels même le très fier Sigurd aura bien du mal à retirer de la gloire… Au cours de son voyage, il fera également des rencontres qui le pousseront dans ses retranchements, lui permettront d’évoluer, et, parfois, de gagner un peu en humanité.

Je pense notamment à sa rencontre avec un homme au physique disgracieux, mais à la grande bonté, qui m’a beaucoup touchée. Cet homme nous prouve que les apparences sont parfois trompeuses et que la vraie beauté ne se voit pas sur un visage. Sigurd s’ouvrira également à des sentiments nouveaux qui, dans un premier temps, le déstabiliseront avant de le pousser à reprendre sa destinée en main, non pas pour satisfaire les caprices des dieux, mais pour répondre aux élans de son cœur et de son désir.

Je ne me suis pas attachée au personnage, bien qu’il m’ait parfois étrangement touchée, mais son évolution est intéressante et sa personnalité assez complexe pour me donner envie de le voir vaincre ses adverses qu’ils soient humains ou non. À cet égard, l’auteur nous offre une sympathique plongée dans la mythologie scandinave avec des créatures fantastiques qui font froid dans le dos et des dieux que l’on connaît tous au moins de nom (Odin, Loki…). Connaissant peu cette mythologie, j’avais un peu peur d’être perdue, mais ce ne fut pas le cas, le roman se révélant très accessible même pour les néophytes !

J’ai donc apprécié cette immersion dans la mythologie scandinave qui n’a rien à envier à la mythologie grecque : relations familiales complexes et incestueuses, drames, dieux désinvoltes quant au sort des mortels… Il n’y a pas à dire, on ne s’ennuie pas avec les dieux et leurs caprices, a fortiori quand on suit les aventures de l’un de leurs descendants qui semble bien décidé à suivre dorénavant sa propre voie et à délivrer l’objet de ses désirs de son triste sort.

Y arrivera-t-il ? Il faudra lire le deuxième tome pour le savoir, mais ce qui est certain, c’est qu’après une période de doute, on sent chez notre héro/antihéros un regain de confiance et une détermination à toute épreuve qui risque fort bien de sceller son destin, un destin qui sera, sans aucun doute, épique ! Ne nous reste plus qu’à attendre que le scalde Federico Saggio nous narre la suite des exploits de Sigurd, fils de Sieglinde, fils de Sigmund !

Je remercie l’auteur de m’avoir envoyé son roman en échange de mon avis.

Maudit cupidon, Lauren Palphreyman

À 17 ans, Lila découvre que les cupidons, loin d’être un mythe, sont bien réels. Qu’ils constituent une agence d’entremetteurs œuvrant dans le plus parfait des secrets. Et qu’elle, petite mortelle ordinaire, a été matchée au dieu de l’amour originel : Cupidon lui-même. Une vaste plaisanterie ? Non, une malédiction !
D’abord, elle n’a rien demandé. Ensuite, Cupidon est si ingérable qu’il a été banni de la Terre il y a des décennies. Enfin, tous deux encourent la peine capitale s’ils tombent amoureux, les relations entre humains et cupidons étant proscrites. Or sa prétendue âme sœur est de retour, décidée à braver l’interdit et les flèches d’une mystérieuse armée jetée à ses trousses… Lila n’a plus le choix. Aidée de Cal, le jeune frère de Cupidon, elle doit fuir et, par tous les moyens, tenter d’inverser le cours de leur destin.

Hachette Romans (6 février 2019) – 414 pages – Broché (18€) – Ebook (6,99€)
Traduction : Axelle Demoulin Nicolas Ancion

Je me suis laissé tenter par ce roman ayant été intriguée par l’idée de découvrir une histoire reprenant le mythe de Cupidon très peu présent en littérature adolescente. Une curiosité plutôt récompensée parce que si le roman ne me restera probablement pas très longtemps en tête, il m’a toutefois offert un moment de lecture agréable, et surtout, sans prise de tête.

Si on occulte l’ébauche d’un triangle amoureux dont je me serais volontiers passée, j’ai trouvé une certaine fraîcheur et originalité à ce récit qui nous plonge sans préambule dans la vie de Lila, une adolescente qui découvre que Cupidon existe et qu’en plus, il est son âme sœur. Petit problème, cette chère légende de l’amour avec un grand A et du coup de foudre qui foudroie n’a pas le droit d’avoir d’âme sœur. À vrai dire, aucun des cupidons de l’agence qui les régit n’a le droit d’en avoir une, politique de la maison oblige. La sanction si Lila et Cupidon tombaient dans les bras l’un de l’autre ? Le retour de la Présidente ! Or, personne ne semble vouloir qu’une telle chose se produise. Et pour empêcher son retour, les Flèches, un groupe de cupidons fanatiques, sont prêts à tout quitte à employer des moyens radicaux et définitifs…

Face au danger, Lila pourra heureusement compter sur sa meilleure amie Charlie, Cal bien décidé à l’empêcher de tomber dans les bras de son frère Cupidon, Crystal, une femme cupidon pas très chaleureuse au premier abord, et Cupidon en personne.  Je ne me suis attachée à aucun personnage en particulier parce que l’histoire va assez vite, ce qui ne permet pas d’approfondir la personnalité de chacun, mais aucun ne m’a déplu. Tous ont ainsi un petit quelque chose qui donne envie d’apprendre à mieux les connaître : Cal et son côté sérieux qui le rend parfois grincheux mais également attachant, Crystal qui n’est peut-être pas si hautaine que cela et dont on a envie de fouiller dans le passé que l’on devine riche, Charlie qui fait face vaillamment à la situation alors que cela l’impacte directement, Lila qui garde la tête sur les épaules malgré son attraction pour Cupidon et ce dernier qui, derrière une certaine nonchalance, semble finalement moins sûr de lui qu’il n’y paraît…

À mesure que ses sentiments grandissement pour Lila, Cupidon réalise que son obstination à vouloir la rencontrer et à interférer avec sa vie n’était peut-être pas une très bonne idée et qu’en faisant fi des avertissements de Cal, il a mis la jeune fille dans une situation dangereuse.  Je m’attendais à être agacée par Cupidon et son arrogance, mais cela ne fut pas le cas parce qu’on comprend vite que c’est une façade et qu’il est aussi perdu que Lila avec cette histoire d’âme sœur dont il a une vision assez particulière et en décalage avec sa nature profonde. J’ai d’ailleurs apprécié les réflexions soulevées par l’autrice sur cette notion d’âme sœur qui, quand on prend le temps d’y réfléchir, est aussi poétique que triste. N’est-il pas, en effet, assez démoralisant de penser qu’il n’existe qu’une seule chance d’être heureux ? Cette idée d’âme sœur et de ses limites est donc assez bien traitée dans ce roman. Je retiens notamment une très belle scène vers la fin du roman qui apporte une conclusion aussi émouvante que pleine de pertinente…

Puisqu’on parle du mythe de Cupidon, il y a bien sûr une romance, mais je l’ai trouvée assez légère pour ne pas prendre le pas sur l’action même si les réflexions de Lila sur le corps de sa supposée âme sœur m’ont parfois fait lever les yeux au ciel. Cupidon et Lila se tournent autour, mais il y a cette barrière à ne pas franchir qui maintient entre eux une  certaine distance… Ne vous attendez donc pas à ce qu’ils se sautent dessus dès les premiers chapitres, ce qui, je dois en convenir, m’a plutôt plu. Toutefois, je reconnais ne rien avoir ressenti devant ce couple interdit. Il n’y a pas assez de tension et d’interactions entre les deux personnages pour que leurs sentiments et leur attraction paraissent réels. Mais je pense que leur histoire pourra plaire à des lecteurs plus jeunes ou un peu moins exigeants de ce côté-là.

J’ai, à l’inverse, complètement été convaincue par la bonne dose d’action présente tout au long du livre. Si la psychologie des personnages manque de développement, l’action, quant à elle, est donc bien au rendez-vous. L’histoire est menée tambour battant et l’on n’a pas le temps de s’ennuyer, le groupe formé autour de Lila devant faire face à un certain nombre d’attaques plus ou moins organisées. Et quand ils ne sont pas attaqués, les personnages sont occupés à fuir leurs sentiments et les Flèches ainsi que les autres cupidons, tous bien décidés à éviter le retour de la Présidente.

L’autrice tente de rendre l’identité de cette fameuse Présidente mystérieuse, mais il suffit de quelques connaissances en mythologie grecque et romaine pour tout de suite comprendre son identité. Un mystère qui n’a donc pas pris de mon côté, mais qui ne nuit en rien à l’intrigue. J’ai, dans tous les cas, apprécié l’incursion de la mythologie dans ce roman puisque les cupidons ne seront pas les seules créatures mythologiques à faire leur apparition. Attendez-vous, par exemple, à retrouver le Minotaure que l’autrice a eu l’idée originale et plutôt convaincante de lier à un célèbre tueur en série dont on n’a jamais vraiment su avec précision l’identité. Sa relation étrange avec Crystal suscite également quelques interrogations… Autre originalité, avoir mélangé mythologie et monde virtuel ! Cela marche vraiment très bien même si c’est un point assez anecdotique par rapport à l’histoire.

Quant à la plume de l’autrice, elle m’a agréablement surprise. Le style est certes simple, mais efficace, agréable et dynamique, ce qui rend la lecture plutôt addictive et plaisante. J’ai d’ailleurs lu le roman en deux ou trois soirées sans jamais trouver le temps long. La seule chose qui m’a un peu frustrée est la rapidité avec laquelle Lila est plongée dans l’univers des cupidons. Cela évite les longueurs, mais j’aurais peut-être apprécié de la voir batailler un peu plus avec l’idée d’être mêlée, bien malgré elle, à cet univers surnaturel dans lequel les créatures mythologiques existent vraiment. On regrettera également une fin un peu trop précipitée qui donne le sentiment que l’autrice a survendu le danger entourant une potentielle romance entre Lila et Cupidon…

En conclusion, Maudit cupidon fut une bonne surprise. La psychologie des personnages aurait probablement mérité d’être un peu plus fouillée pour rendre leurs émotions et ressentis plus palpables, mais l’autrice a su compenser ce point par une bonne dose d’originalité et une fraîcheur inattendue qui ont rendu la lecture aussi agréable que prenante. Si vous souhaitez (re)découvrir le mythe des cupidons, ce roman young adult rythmé et bien mené pourrait vous plaire.

 

Les mondes inversés, Anne Plichota et Cendrine Wolf

Voilà cinq ans que le père d’Homer Pym a disparu, en plein tournage d’un film sur les voyages mythiques d’Ulysse. Même la police a renoncé à le chercher. Le jour de ses douze ans, Homer reçoit en cadeau Bibi Two, une gerbille très spéciale qui le conduit dans un monde parallèle, peuplé d’êtres extraordinaires. Le garçon découvre alors l’impensable : son père est prisonnier du film qu’il a créé ! Homer et ses meilleurs amis, Lylou et Sacha, vont devoir faire preuve de ruse et de courage pour libérer M. Pym. D’autant qu’il n’est pas le seul à être bloqué dans le mauvais monde… Amitié, dangers, suspense, phénomènes étranges… L’aventure n’a pas fini de surprendre Homer et sa bande !

Une première édition de ce livre est parue sous le titre Homer Pym – Le garçon du film.

AVIS

C’est d’abord la sublime couverture qui m’a donné envie de découvrir ce roman jeunesse dont le résumé ne manque pas de piquant. Homer Pym, douze ans, est un garçon comme les autres qui aime passer du temps avec ses deux meilleurs amis : Lylou et Sacha. Un trio composé de trois personnalités très différentes, mais parfaitement complémentaires.

Si Homer peut compter sur le soutien de ses amis et de sa tante Ninon dont il est très proche, sa vie est quelque peu assombrie par le détachement de sa mère qui n’a plus jamais été la même depuis la disparition inexpliquée de son mari quelques années plus tôt. Adieu la maman aimante et attentionnée, place à un spectre de chair qui semble presque indifférent à la vie de son fils unique. Mais les choses vont prendre un tournant inattendu quand Homer fera une découverte renversante sur son père : ce dernier ne s’est pas enfui comme certaines mauvaises langues aiment à le penser, mais victime de sa propre créativité, il est prisonnier du film qu’il était en train de tourner ! Fort de cette révélation, Homer est bien décidé à libérer son père et à réunir sa famille.

J’ai déjà mentionné les amis du jeune garçon, mais je n’ai pas encore évoqué mon personnage coup de cœur : Bibi Two, une gerbille qui parle. Et comme l’univers créé par les deux autrices est une ode à l’imagination, elle ne se contente pas de parler, elle s’exprime en vers. Mais quelle est attachante cette gerbille qui, en plus d’avoir l’âme d’une poétesse et d’une philosophe, n’est pas dénuée d’humour ! Alors que je ne fais pas partie du public visé par ce roman, je me suis surprise à rire plusieurs fois et à m’amuser comme une petite folle devant cette histoire quelque peu loufoque dans laquelle l’amitié tient une place importante.

Les deux autrices ont ainsi développé à merveille les liens amicaux entre les personnages en n’hésitant pas, au passage et de manière plutôt subtile, à évoquer des sujets importants : la nécessité de prendre en considération les différentes formes d’intelligence qui peuvent exister, le déterminisme social, les stéréotypes, les injustices qui condamnent certains individus sur le seul fait de leur naissance, les cellules familiales défaillantes….

Mais je vous rassure, nous sommes bien avant tout dans un roman d’aventures, nos jeunes héros étant entraînés dans des péripéties qui mettront leurs nerfs à rude épreuve. Débrouillards, soudés, intelligents et audacieux, ils émerveilleront les lecteurs par leur capacité à aller de l’avant même si quelques moments de doute ne manqueront pas de les submerger. Au fil des épreuves, nos protagonistes feront des découvertes, parfois surprenantes, et seront amenés à côtoyer un personnage dont la vie est inextricablement liée à celle d’Homer et de sa famille. Je n’en dirai pas plus si ce n’est que ce personnage m’a amusée, notamment par sa manière de tout prendre au pied de la lettre. Amusant sans le vouloir, il m’a également beaucoup touchée et émue puisque comme le père d’Homer, il se retrouve dans une situation très difficile…

En plus d’une galerie de personnages attachante, d’une aventure palpitante qui vous réservera des sueurs froides et d’une écriture à deux mains dynamique et agréable, le roman bénéficie d’un atout de charme : de nombreux clins d’œil et de multiples références à la mythologie grecque que je vous laisserai le plaisir de découvrir par vous-mêmes, mais que pour ma part, j’ai adorés. Ma seule petite déception provient de ce monde parallèle qui n’est pas vraiment exploité, toute l’aventure, ou presque, se déroulant dans notre réalité. Mais peut-être que le tome suivant m’apportera le dépaysement tant désiré…

En conclusion, les lecteurs appréciant les clins d’œil à la mythologie grecque et/ou les belles histoires d’amitié et d’entraide seront ravis de se plonger dans cette aventure menée tambour battant, et de suivre les péripéties de personnages hauts en couleur auxquels on ne peut que s’attacher. Avec Les mondes inversés, vous n’êtes pas au bout de vos surprises ! Alors prêts à vous plonger dans l’aventure ?

Merci à NetGalley et à Hachette roman pour cette lecture.

 

 

Les Brumes de Cendrelune – Le jardin des âmes, Georgia Caldera #PLIB2020

J’ai lu Les Brumes de Cendrelune dans le cadre du PLIB2020. Un roman qui fait partie de mes 5 sélectionnés.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Dans le royaume de Cendrelune, les dieux épient les pensées des hommes, et leur Exécuteur, l’Ombre, veille à condamner tous ceux qui nourriraient des envies de rébellion. Or, il semble que certaines failles existent. À l’âge de 17 ans, Céphise ne vit en effet que pour se venger. Depuis qu’on l’a amputée d’une partie d’elle-même et privée de sa famille, elle ne rêve plus que d’une chose : s’affranchir de la tyrannie du tout-puissant Orion, Dieu parmi les dieux. Et contre toute attente, il se pourrait qu’elle ne soit pas seule…

J’AI LU (2 octobre 2019) – 349 pages – 13,90€ – #9782290165614

AVIS

Je ne m’attendais pas à adhérer autant à la plume de l’autrice qui, dès les premières pages, a su m’embarquer dans son univers. Un univers sombre et violent dans lequel les habitants sont à la merci de l’Empereur-Dieu Orion. Un être au-dessus de tous, humains et autres déités compris, omniscient, omniprésent et sans cœur. Il n’hésite ainsi pas à asservir, à espionner les pensées de chacun et à faire tuer chaque semaine les personnes qui pourraient, dans le futur, se rebeller. Des meurtres préventifs qui ne peuvent que révolter…

C’est dans ce climat de peur que Céphise voit sa famille détruite, ses parents assassinés, et son frère enrôlé de force dans l’armée avant elle-même de subir les foudres de l’Ombre. Le Premier Exécuteur d’Orion punit ainsi la jeune fille pour les insultes émises par son père. Mutilée, Céphise devient alors une Rapiécée, une moins-que-rien dont une partie des membres est remplacée par des prothèses de métal. Comment alors ne pas comprendre son envie de vengeance ? Un sentiment qui l’a guidée durant les années qui ont suivi ce terrible traumatisme et qui l’ont endurcie jusqu’à ce qu’un événement, celui de trop, la fasse craquer et la pousse à s’attaquer à un être bien plus puissant qu’elle. Mais contre toute attente, en croisant le regard de l’Ombre, ce n’est pas la mort qu’elle rencontre, mais un tout autre monde qui s’offre à elle… et à lui. Un monde qui soulève de nombreuses questions, mais que je vous laisserai le plaisir de découvrir par vous-mêmes.

Alors que l’autrice alterne les points de vue, on entre de plain-pied dans ce monde sombre et ultraviolent dans lequel aucune erreur ni mauvaise pensée envers les dieux ne sont permises. Mais petit à petit, les choses nous semblent bien plus complexes et moins binaires qu’il n’y paraît. Les méchants, le sont-ils tous vraiment ou leurs agissements, du moins en partie, ne sont-ils pas dictés par les circonstances et le poids d’une dictature qui a faussé leur sens moral ? Une question que l’on vient obligatoirement à se poser en suivant le parcours de l’Ombre, un être hybride abject qui n’hésite pas à tuer toutes les personnes que son père lui ordonne de faire passer de vie à trépas. De fil en aiguille, l’image du monstre finit néanmoins par se déliter au profit de celle d’un être isolé, perdu, victime de pouvoirs qui le dépassent et qui anéantissent tout sur leur passage quand ils ne sont pas maîtrisés.

Sous le joug de son père, maître et Dieu, ses émotions sont comme anesthésiées et remplacées par un sens aigu du devoir qui le pousse à tuer sans sourciller. Mais la situation va changer quand il découvrira sa connexion inattendue et inexplicable avec une simple humaine, Céphise. Comment expliquer que l’Ombre, qui déteste les humains, va tout faire pour la protéger alors qu’il vient à peine de la rencontrer ? Il n’en sait rien lui-même, mais est bien décidé à le découvrir même si Céphise ne semble pas prête à lui faciliter la tâche. Courageuse, têtue, et mue par une haine sans pareille à son égard, cette jeune femme ne peut qu’attirer le respect des lecteurs bien que ses agissements semblent parfois manquer de réflexion. Mais difficile de lui en tenir rigueur au regard de tout ce qu’elle a dû traverser et de la terreur que cette vie de captive auprès de l’Ombre lui inspire. La jeune femme, en plus d’avoir une grande force de caractère, vous réserve également quelques surprises… 

Si l’univers développé par l’autrice avec sa mythologie et cette idée d’un Dieu-Empereur impitoyable dominant le monde est fascinant et très bien construit, force est de constater que c’est bien la relation entre l’Ombre et Céphise qui rend le roman aussi addictif. De fil en aiguille, leur relation évolue, chacun découvrant les faiblesses de l’autre sans pour autant que nous ayons l’impression de tomber dans une relation niaise ou malsaine. À ce stade de l’histoire, la haine est encore bien présente, Céphise ne pouvant pardonner la mort des siens et de milliers de personnes innocentes à l’Ombre juste parce que derrière le masque de froideur, se cache un être avec ses propres douleurs.

Un aspect que j’ai apprécié et qui sonne résolument juste. C’est probablement la raison pour laquelle mon cœur de lectrice a souvent été partagé vis-à-vis de l’Ombre qui se révèle d’une prévenance et d’une grande gentillesse envers Céphise tout en étant la personne responsable de tous ses malheurs. Évidemment, le Premier Exécuteur n’est qu’un outil de mort au service d’Orion qui l’a éduqué et façonné pour le rendre froid et implacable, mais le poids de l’éducation excuse-t-il pour autant ses agissements ? Une question qui se pose d’autant qu’aux côtés de Céphise, l’Ombre s’adoucit et gagne en humanité. Une évolution particulièrement bien amenée qui rend le personnage très touchant, ce qui explique peut-être que la fin m’ait tellement marquée et donné envie de me jeter sur la suite.

Les personnages secondaires se révèlent également intéressants et plutôt nuancés à l’instar d’Héphaïstos, demi-frère de l’Ombre qu’il déteste. Ce dieu m’a touchée notamment pour sa totale dévotion envers une autre personne… Je n’en dirai pas plus sur ce personnage afin d’éviter de vous spoiler, mais je peux néanmoins vous révéler que c’est peut-être celui qui m’a le plus surprise. On sent un réel potentiel autour de ce dernier, et je croise les doigts pour qu’il prenne encore plus d’importance dans la suite de la trilogie que je continuerai d’ailleurs avec plaisir.

En conclusion, je m’attendais à une lecture sympathique et distrayante, je me suis retrouvée avec un livre que j’ai dévoré et qu’il m’a été presque douloureux de lâcher chaque soir. D’une plume immersive, rythmée et non dénuée de poésie, Georgia Caldera nous plonge avec force dans un univers sombre et violent dominé par les dieux et leur implacable manque d’humanité. Mort, asservissement, doutes, peur, mais aussi espoir et révélations marqueront votre lecture en même temps que le métal froid et implacable de la vengeance… Les astres se sont rencontrés, la toile du destin est altérée et le vent de la révolte commence enfin à souffler !

Retrouvez un extrait/le roman sur le site des éditions J’ai lu pour elle.