Le manoir Sheridan, tome 1 : La porte Géhenne, Jacques Lamontagne et Ma Yi (illustrations)

Le manoir Sheridan, tome 1 : La porte de Géhenne par Lamontagne

La magie n’existe que parce qu’il y a des secrets…

Québec, Canada 1922. En fuite après avoir volé la caisse d’un magasin général, Daniel est englouti avec son traîneau dans les eaux d’un lac gelé. Angus Mac Mahon le sauve de justesse et l’emmène dans sa demeure, le manoir Sheridan, une grande bâtisse isolée et inquiétante. Au fil de sa convalescence, Daniel va découvrir par hasard, dans une aile dont l’accès lui est totalement interdit, la nièce d’Angus, la belle Edana, plongée dans un profond état de catalepsie. Daniel va découvrir qu’il a ouvert la porte d’un monde cauchemardesque qu’il lui faudra affronter en passant un dangereux pacte avec le maître des lieux, pour défendre sa vie et celle de cette mystérieuse créature dont le charme l’a envouté…

Vents d’Ouest (9 juin 2021) – 56 pages – 14,50€ (Relié) – 3.99€ (ebook)

AVIS

J’ai tout de suite été intriguée par cette couverture inquiétante et sombre à souhait, à l’image d’une histoire que j’ai appréciée et qui m’a semblé parfaite pour se mettre dans l’ambiance d’Halloween : une vieille bâtisse dont l’imposante présence se révèle écrasante, un propriétaire dont le comportement passe d’accueillant à suspect, un majordome taiseux mais dont le physique paraît menaçant, une aile interdite abritant une femme dans un état catatonique, des non-dits et des mystères, des illustrations sombres qui instaurent un climat de tension comme si le danger pouvait se terrer dans les moindres recoins…

Les habitués d’histoires gothiques et fantastiques teintées d’horreur devraient trouver ici leurs marques, tout en se laissant emporter avec plaisir par un scénario assez classique, mais diablement efficace, qui nous permet de faire la connaissance de Daniel. Sauvé miraculeusement par un homme au physique impressionnant, notre protagoniste passe sa convalescence chez le maître de ce dernier, le propriétaire de l’austère manoir Sheridan. Mais de fil en aiguille, l’atmosphère se fait de plus en plus pesante avec cette aura de secret qui donne très envie de tourner les pages les unes après les autres. Et si finalement, le chaleureux accueil dont a bénéficié Daniel n’était pas complètement désintéressé ?  Une question qui nous tient en haleine d’autant que Daniel ne semble pas vraiment conscient du danger qui semble s’approcher pour tisser sa toile autour de lui. Il faut dire qu’il a déjà lui-même ses propres zones d’ombre à affronter, ou plutôt, à fuir… 

Page 9 Le manoir Sheridan tome 1L’auteur prend le temps de poser son décor, faisant ainsi inexorablement monter la tension et suscitant chez le lecteur une furieuse envie de découvrir les secrets d’un manoir autrefois majestueux. Pour ma part, j’ai apprécié cette mise en condition, mais je m’attendais peut-être à ce que le surnaturel prenne un peu plus de place, ce qui, vu la tournure prise par les événements, sera probablement le cas dans le tome suivant. Dans tous les cas, l’ambiance, finement travaillée autant au niveau du fond que de la forme, m’a semblé particulièrement réussie ! Je me suis très vite sentie en danger dans ce manoir qui s’impose à nous dans toute sa force et son étrange magnétisme.

Bien que trop classique pour véritablement tromper les lecteurs habitués au genre, le jeu sur l’ambiguïté d’Angus Mac Mahon et de son majordome Mickhaï se révèle intéressant, d’autant qu’il est parfaitement renforcé par des focus sur des visages tour à tour sympathiques et menaçants. Qui de l’affable propriétaire ou de l’imposant majordome peu loquace constitue la véritable menace ? Daniel découvrira bien assez tôt la réponse en plus d’être mêlé à une histoire dont il risque fort bien de ne pas sortir indemne… En filigrane, il est également question de deuil, notamment à travers le passé de Daniel et l’histoire des occupants du manoir, de quête d’immortalité, et d’une avidité qui pousse à toutes les trahisons et à tous les extrêmes. Si les thématiques ne sont pas originales en soi, l’auteur les dote d’une belle part de ténèbres et de noirceur, à l’image de personnages engoncés dans les mensonges et les faux-semblants.

Tout au long du récit, on se prend d’une certaine affection pour Daniel tombé bien malgré lui dans un piège infernal qui semble petit à petit sur refermer sur lui. Puis, vient un comportement qui m’a heurtée. Je sais que beaucoup de personnes ne relèveront même pas la scène, mais personnellement, j’estime qu’on n’a pas à embrasser une femme qui ne peut ni bouger ni parler, seulement verser des larmes… Ce sera là néanmoins le seul bémol d’une BD que j’ai pris grand plaisir à lire et dont j’attends la suite avec impatience. Une BD que je recommanderais à toutes les personnes en quête d’un récit fantastique à l’ambiance sombre et ténébreuse qui, progressivement et inexorablement, nous conduit aux portes d’un monde de l’occulte mystérieux et menaçant… dont il semble bien difficile de sortir indemne ! 

27 réflexions sur “Le manoir Sheridan, tome 1 : La porte Géhenne, Jacques Lamontagne et Ma Yi (illustrations)

  1. Intriguante c’est le moins qu’on puisse dire pour cette couverture 🙂
    C’est vrai que embrasser une femme non consciente ou dans l’incapacité de refuser instille l’image d’une femme objet, dépendante de l’homme, et malheureusement ce genre de « détail » (qui ne l’ai pas tant que ça finalement) nous est présenté généralement de manière naturelle. Surement dû à la culture de la belle qui attend que son prince la réveille d’un long sommeil, comme l’on voyait enfant. Ce serait bien de changer ça dans le futur c’est vrai..
    Merci pour cette chronique, cette BD a l’ambiance sombre a l’air exquise 😊

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  2. C’est encré dans l’inconscient collectif avec des références telles que Disney. Dommage, l’affection sentimentale et l’héroïsme peuvent se traduire autrement que par un baiser volé. Mais c’est moins parlant surement, c’est parfois une manière peu subtil de vouloir inclure de la « romance », une histoire d’amour impossible, dans un récit qui n’en comporte pas…
    Concernant la BD en elle même, je me laisserais peut être tenté par l’ambiance alors, merci 😊

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  3. Pingback: C’est le 1er, je balance tout ! octobre 2021 | Light & Smell

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