Un jour ce sera vide, Hugo Lindeberg

Couverture Un jour ce sera vide

Je remercie Audiolib de m’avoir envoyé Un jour ce sera vide de Hugo Lindeberg dans le cadre du Prix Audiolib.

C’est un été en Normandie. Le narrateur est encore dans cet état de l’enfance où tout se vit intensément, où l’on ne sait pas très bien qui l’on est, où une invasion de fourmis équivaut à la déclaration d’une guerre qu’il faudra mener de toutes ses forces. Un jour, il rencontre un autre garçon sur la plage, Baptiste. Se noue entre eux une amitié d’autant plus forte qu’elle se fonde sur un déséquilibre : Baptiste a des parents parfaits, habite dans une maison parfaite. Sa famille est l’image d’un bonheur que le narrateur cherche partout, mais qui se refuse à lui. Flanqué d’une grand-mère à l’accent prononcé, et d’une tante « monstrueuse », notre narrateur rêve, imagine, se raconte des histoires, tente de surpasser la honte sociale et familiale qui le saisit face à son nouvel ami. Il entre dans une zone trouble où le sentiment d’appartenance est ambigu : vers où va, finalement, sa loyauté ?

Audiolib (mars 2022) – 4 heures et 13 minutes
Narrateur : Clément Hervieu-Léger

AVIS

Un jour ce sera vide m’a un peu fait penser à ces livres tranches de vie où il ne se passe rien de précis, juste le temps qui coule et qui donne lieu à un flot de pensées, de souvenirs, d’espoirs. Une sorte de bulle qui dévoile subtilement une vérité cachée dans les silences et les non-dits. Si on peut y voir une certaine poésie, je retiens surtout l’ennui ressenti tout au long de l’écoute…

J’ai eu beaucoup de mal à me forcer à aller jusqu’au bout du roman, n’ayant pas particulièrement été intéressée par l’histoire de notre narrateur de 10 ans. Je dois même dire que, s’il m’a parfois touchée, je l’ai trouvé très dur dans ses jugements, notamment vis-à-vis de sa tante qu’il traite de folle à longueur de temps et de monstre hideux. Oui, c’est dans sa tête, mais ça reste très dur à entendre. J’aurais apprécié que l’auteur n’insiste pas autant sur ce point… Il y a d’ailleurs pas mal de répétitions avec cette sensation de tourner en rond qui rend la lecture parfois pesante, du moins pour moi.

J’ai apprécié que notre protagoniste s’évade souvent par la pensée, se perdant dans des scenarios élaborés à partir de ses observations, de ses fantasmes et de ses croyances. J’ai néanmoins été gênée par le décalage important entre l’âge supposé de notre narrateur et ses pensées. Cela ne me dérange pas dans un roman jeunesse, mais dans un roman pour adultes, ça devient vite rédhibitoire sauf à y trouver une bonne raison. Au fil des pages, j’ai eu l’impression non pas d’entendre un enfant de 10 ans, mais un adulte enfermé dans le corps d’un enfant… Il a aussi parfois des pensées sur le corps de sa tante et de sa grand-mère qui m’ont mise mal à l’aise et qui à mon sens ne sont pas celles d’un enfant, voire d’un adulte équilibré tout court.

Ne pas avoir accroché au narrateur dans un roman qui ne traite que de son monde intérieur, ça n’a pas facilité ma lecture, d’autant que l’auteur fait peser une certaine langueur teintée de mélancolie sur son histoire. Il y a toutefois des pointes de lumière avec notamment l’arrivée de Baptiste dans la vie de notre narrateur, un compagnon de jeu parfait pour rendre ses vacances en Normandie plus palpitantes. L’amitié entre les deux est rapide, facile et naturelle comme peut l’être celle entre deux enfants. Baptiste va vite prendre de la place dans la vie de notre narrateur, ce garçon représentant un peu tout ce qu’il aimerait être : confiant, enjoué, et surtout bien entouré.

Car si notre jeune narrateur aime sincèrement sa grand-mère, on sent avec force sa solitude, lui qui a perdu ses parents. Alors il fantasme et imagine : il imagine la vie des autres familles, il imagine les contours de la famille idéale, et il s’imagine dans la famille de son nouvel ami. Cette famille aux antipodes de la sienne. Il va ainsi se prendre d’affection pour la mère de Baptiste, guettant ses gestes de reconnaissance et de tendresse quand, à l’inverse, il va développer une certaine inimitié pour le père de son ami qu’il érige en ennemi

En plus des jeux d’enfant, ses instants durant lesquels notre protagoniste observe avec tendresse et amour cette grand-mère dont il a pourtant honte de la tendance à rouler les r, et des moments avec la famille de Baptiste, l’auteur dévoile petit à petit le passé de la famille de son jeune protagoniste. Un passé plombé par le silence et les non-dits, ce qui est difficile à supporter pour ce petit garçon qui aimerait qu’on lui raconte, que sa grand-mère se raconte… Avec sensibilité et pudeur, l’auteur nous permet de comprendre la douleur d’une famille touchée par la haine des nazis, une douleur imprimée dans la chair et les esprits, formant une sorte de barrière invisible qu’il semble bien difficile de franchir. J’ai toutefois été frustrée qu’on reste très en surface de cette thématique, bien que cela soit cohérent avec le mode de fonctionnement de la grand-mère et de la tante.

Quant à l’écriture de Hugo Lindeberg, je l’ai trouvée percutante et dynamique, mais aussi très sensorielle dans la mesure où les sensations et impressions du protagoniste deviennent vite nôtres. Cette sensation de ressentir les choses avec intensité est renforcée par la voix de Clément Hervieu-Léger qui a réussi, malgré la barrière de l’âge, à s’approprier pleinement le rôle d’un enfant de 10 ans qui va vivre, durant des vacances, une belle et forte amitié.

En conclusion, si je ne doute pas qu’Un jour ce sera vide puisse séduire de nombreux lecteurs, pour ma part, l’expérience de lecture ne fut guère concluante. Je n’ai pas réussi à entrer dans l’histoire d’un jeune protagoniste dont les pensées m’ont semblé en trop grand décalage avec son âge, en plus d’être parfois redondantes et dures à entendre. Il y a néanmoins une certaine poésie et sensibilité dans cette histoire empreinte de silences et de non-dits, d’un passé difficile à évoquer, mais aussi d’amitié, de jeux et de découvertes sentant bon les vacances et l’enfance.

Pour vous faire un autre avis, je vous invite à lire celui tout en délicatesse et sensibilité de Caroline du blog Le murmure des âmes livres

15 réflexions sur “Un jour ce sera vide, Hugo Lindeberg

    • Je pense que les commentaires t’auraient aussi indisposée parce qu’entre la grossophobie et la stigmatisation des personnes ayant des problèmes de santé mentale… Et puis il y a un effet pervers en les faisant dire à un enfant. Bref, rien que ce point m’a braquée.

      Aimé par 1 personne

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