Les Indécis, Alex Daunel

UNE DÉCLARATION D’AMOUR AUX LIVRES QUI NOUS ONT FAIT GRANDIR ET RÊVER

 » Je ne vous ai pas demandé qui vous étiez. Mais quoi. Quel genre littéraire ? « 

Voilà comment Max, 33 ans, est accueilli dans un bâtiment froid et austère avant de comprendre qu’il vient de mourir dans un accident de voiture. Il n’est ni au Paradis, ni au Purgatoire, mais à l’Inspiratoire où les morts doivent choisir un genre littéraire afin d’inspirer un auteur sur terre. Ils sont ainsi réincarnés en personnages de roman.

Sous le choc de sa mort brutale, Max a plus de questions que de réponses. Il est, ce que l’on appelle, un  » Indécis « . Pour le guider, il peut compter sur Mme Schmidt, sa défunte professeure de français.

Mais Max doit faire vite : il n’a que vingt-quatre heures pour prendre la plus importante décision… de sa seconde vie !

L’Archipel (26 août 2021) – 304 pages – Broché (18€) – Ebook (12,99€)

AVIS

Évoquer la question délicate de la mort tout en plongeant les lecteurs dans une bulle confortable hors du temps que l’on a bien du mal à quitter ! Un petit exploit qu’a réussi à réaliser Alex Daunel avec son excellent roman Les Indécis, que j’ai eu la chance de lire en lecture commune avec Karine du blog Valmyvoyou lit. Si je parle de chance, c’est que ce roman a suscité en moi tellement d’émotions et de réflexions quant à ma propre vie que j’ai ressenti le besoin quasi viscéral d’en parler avec quelqu’un au fur et à mesure que je tournais les pages. Je remercie donc chaleureusement Karine pour nos nombreux échanges qui ont donné une tournure très personnelle à cette lecture, et probablement contribué au plaisir pris à me plonger dans ce savoureux roman.  

Un concept de départ aussi audacieux qu’original ou quand la littérature vous offre l’immortalité…

Intelligent et audacieux, avec une belle touche de cocasserie, Les Indécis est une petite ode à la littérature avec des références littéraires à foison, des auteurs dont on capture le nom au détour d’un dialogue, et des personnages qui se trouvent irrémédiablement et éternellement liés au pouvoir des mots et des livres. Une réalité à laquelle va être confrontée, plutôt abruptement, notre protagoniste : Max, la trentaine, découvre qu’il est décédé, et encore plus déroutant, que la mort n’est pas la fin de tout, mais le début d’autre chose… Mais pour cela, faut-il encore qu’il choisisse LE genre littéraire qui lui convient afin d’inspirer un auteur et ainsi pouvoir se réincarner dans un de ses personnages ! Quand on dit que la littérature conduit à la postérité… Il y a d’ailleurs quelque chose d’extrêmement libératoire dans cette idée d’une vie après la mort qui se démarque des religions, tout en offrant cette immortalité que nous sommes nombreux à espérer plus ou moins consciemment.

Lisant de très nombreux genres, j’avoue avoir tout de suite été saisie par l’ampleur de la tâche qui attend Max d’autant qu’il n’a que 24h pour se décider. Malheureusement, les livres et lui, ce n’est pas une grande histoire d’amour, alors choisir un genre dans lequel passer l’éternité, ça lui semble mission impossible. Et puis, il a quand même du mal à réaliser le caractère incongru de sa situation. On le serait à moins… Il pourra toutefois compter sur l’aide de son ancienne professeure de lettres, et béguin d’adolescent, qui lui servira de guide et l’aidera à remonter le fil de ses expériences littéraires. Parce que s’il ne peut se souvenir du dernier livre lu, avec un petit effort et de l’aide, Max commence à se souvenir des livres qui ont jalonné les différentes étapes de sa vie.

Un roman léger qui aborde néanmoins des thématiques fortes… 

Au gré de ses souvenirs, des personnages qu’il rencontre et de ses projections mentales qui nous font traverser les époques et les lieux, Max se dévoile à nous dans toute son humanité. Se dessine, au fil des pages, une personne attachante avec ses failles, ses douleurs d’enfant, d’adolescent puis d’adulte, ses qualités, ses amours, ses joies, mais aussi ses renoncements, ses peurs, et cette indécision qui le caractérise et qui l’accompagne même dans l’au-delà. À travers ce personnage touchant, sensible et empathique, qui a tenté à sa manière de veiller sur les autres en oubliant de s’occuper de lui-même, l’autrice évoque tout un panel de thématiques intéressantes : la famille, les relations parents/enfants parfois compliquées, la rivalité fraternelle, l’amour, la maladie, la mort, le deuil d’une personne, mais aussi d’une relation, le besoin de sécurité matérielle que nos sociétés modernes tendent à faire passer avant celui de l’épanouissement personnel, le capitalisme et ses dérives… Il est également question d’épanouissement professionnel, de perte de sens au travail, de burn out, et des petites décisions professionnelles que l’on reporte à plus tard, avant d’être entraîné dans une spirale infernale qui nous dépasse, nous broie et nous annihile lentement.

Si le premier tiers du roman marque par sa légèreté, la suite est un peu plus sérieuse mais jamais pesante, car l’autrice trouve un fabuleux équilibre entre grave et léger, entre sérieux et cocasserie, entre mort et vie. Cela passe autant par une plume tout en légèreté et en arrondie que des personnages savoureux, et un humour omniprésent et d’une grande sensibilité. On ne s’amuse pas de la mort à proprement parler, on la dédramatise et on remet en perspective les défauts des individus qui, une fois leur vie envolée, n’ont plus d’importance. D’ailleurs, ici à l’Inspiratoire, ce qui compte c’est ce qu’on est et non ce qu’on a été. Il n’y a aucun jugement de valeur de la part des guides dont le seul rôle est d’aider les personnes décédées à choisir le genre dans lequel elles pourront s’épanouir.

À cet égard, Mme Schmidt a tout de suite attiré ma sympathie, bien qu’elle m’ait parfois déroutée par une impatience mal contenue et un manque d’empathie lors de certaines scènes. Néanmoins, elle reste un personnage intéressant et bienveillant qui arrive à guider sans imposer, à expliquer sans rationaliser ce qui ne peut l’être, et à recadrer Max quand ses propos frisent la condescendance, même si c’est plus par maladresse que par malveillance. Je salue d’ailleurs l’autrice qui rappelle avec brio que chacun peut lire ce qu’il souhaite sans devoir subir les moqueries d’autrui. J’ai également beaucoup apprécié Théo, un guide qui, malgré le drame de la guerre, garde une vision tellement positive de la vie qu’il ne pourra que vous donner le sourire, et susciter en vous une profonde admiration. Il définit à lui seul la notion de résilience. Mention spéciale également à Odile, une mamie attachante et aux goûts littéraires inattendus.

Un voyage littéraire qui invite à la réflexion et à l’introspection… 

Au fil des découvertes sur le passé et la mort des différents personnages, j’ai réfléchi à cette thématique de la mort et à la manière si délicate dont l’autrice l’aborde. Alors que c’est un sujet qui me met d’habitude mal à l’aise, j’ai pris beaucoup de plaisir à lire le roman, et ai même trouvé une certaine poésie à l’idée de me réincarner dans un personnage que j’aurais inspiré à un(e) auteure. Une relation artiste/muse aussi originale qu’inspirante et belle ! Il est également amusant de voir comme aux côtés de Max, on en vient spontanément à éliminer les différents genres pour tenter de trouver celui qui nous conviendrait le mieux. Pour ma part, je crois que j’aurais opté pour le rôle de guide si on me l’avait proposé, puisque ce n’est pas quelque chose que l’on peut décider par soi-même, ou pour un genre désuet, mais qui m’a donné le virus de la lecture, les fables. Mais ce que je retiendrai avant tout de ce roman, c’est la manière dont l’autrice arrive à mettre de la vie, de la lumière et de l’espoir dans la mort : parce que si une personne qui se réincarne oublie tout de sa vie d’avant, elle en commence également une nouvelle avec toutes les promesses que cela comporte.

Le roman, de par son ton joyeux mais profond, se lit vite, trop vite parce qu’une fois la dernière page tournée, j’ai eu du mal à quitter cette bulle hors du temps dans laquelle Alex Daunel nous plonge. J’aurais aimé avoir le point de vue des vivants, découvrir les réactions de l’entourage de Max suite à son décès, et notamment d’un père avec lequel il n’a jamais vraiment réussi à communiquer, et d’une petite amie dont il ne comprendra la force de l’amour qu’après avoir terminé son voyage littéraire. Car à mesure que les livres de sa vie défilent devant ses yeux, Max mène un véritable travail d’introspection, lui permettant de lever des blocages, et de se reconnecter à des émotions et des sentiments depuis trop longtemps ignorés. En d’autres termes, de se réconcilier avec lui-même !  Et c’est probablement la raison pour laquelle suivre les vivants quand on tente de (re)donner vie à un mort, qui l’était peut-être émotionnellement depuis longtemps, aurait amoindri la portée de cette sublime et émouvante histoire de seconde chance.

En résumé, en cassant les codes, en mélangeant contemporain, imaginaire, voire même feel good, l’autrice nous propose ici un roman original, drôle, sensible et émouvant, bien plus profond qu’il n’y paraît. Un roman qui, à travers le voyage littéraire de son héros, invite avec douceur les lecteurs à réaliser un véritable travail d’introspection sur leur vie, leur rapport à la mort, au deuil et à la lecture. Ode aux livres, tous les livres, en même temps qu’aux secondes chances, Les Indécis est un concentré d’émotions dans lequel on se sent bien, que l’on soit un amoureux des livres, un lecteur occasionnel ou un simple curieux prêt à donner sa chance au pouvoir des mots, de l’imagination et de l’inspiration !

Retrouvez l’avis de Valmyvoyou lit.

Je remercie les éditions de l’Archipel de m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

39 réflexions sur “Les Indécis, Alex Daunel

  1. Ton avis m’a convaincu ! C’est décidé il me faut ce roman qui a l’air d’être un savoureux et puissant cocktail de genres et d’émotions. Oser aborder la mort de cette manière bien que très audacieux semble parfaitement maitrisé et réussi par l’auteure.
    Merci pour ton avis si persuasif et enthousiaste.

    Aimé par 1 personne

  2. Pingback: Les Indécis, Alex Daunel – Valmyvoyou lit

  3. Eh bien dis donc, ça a tout l’air d’une belle lecture ! Toi qui avait déjà été satisfaite a sa réception (accompagnée de sa petite surprise hihi 😋) c’est super de voir que sa lecture t’a autant conquise. Malgré un sujet aussi délicat que la mort, l’auteur semble nous entraîner a merveille dans cette possibilité d’une vie qui s’en suit. Et l’idée de choisir un genre littéraire pour se faire, quelle affaire ! Je me demande bien ce que je pourrais choisir ? 🤔 En tout cas, merci pour ce beau partage !

    Aimé par 1 personne

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