Panique chez les Montgomery (Les rebelles d’Oxford), Evie Dunmore

1879. Brillante mais sans le sou, Annabelle a été admise à l’université d’Oxford grâce à une bourse offerte par une ligue de suffragettes. En contrepartie, elle doit rallier à leur cause le duc de Montgomery. Une véritable gageure. Soutien des conservateurs, Sebastian a une vision archaïque de la gent féminine. Pour autant, Annabelle ne s’attendait pas qu’il lui demande d’être sa maîtresse. Elle s’en étouffe d’indignation.Comment ose-t-il ? Femme libre et indépendante, elle ne risque pas d’accepter pareille proposition ! Mais c’est oublier un peu vite que ce redoutable séducteur possède un charme irrésistible…

J’ai lu (5 mai 2021) – 416 pages – Poche (7,90€) – Ebook (5,99€)
Traduction : Cécile Desthuilliers

AVIS

Après l’excellent Les caprices de Lady Violet, j’étais impatiente de découvrir un autre roman de la nouvelle collection des éditions J’ai lu, Regency. Et c’est sur Panique chez les Montgomery que j’ai jeté mon dévolu, un roman lu en compagnie des Blablas de Tachan que je remercie pour nos échanges et m’avoir incitée à ne pas le laisser dormir dans ma PAL. Cela aurait été, en effet, fort dommage vu le très bon moment de détente passé en compagnie d’Annabelle et du duc de Montgomery.

Deux fortes têtes qui n’auraient jamais dû se rencontrer mais à l’alchimie indéniable…

L’une pauvre étudiante à Oxford, indépendante et rebelle, l’autre titré, riche et conservateur, ils n’auraient jamais dû se rencontrer. Et pourtant, l’engagement de la jeune femme auprès du sulfureux mouvement des suffragettes, du moins pour l’époque, va en décider autrement. La rencontre est électrique, l’attirance physique fulgurante et les yeux de la jeune femme un piège duquel le duc, mais il ne le sait pas encore, va avoir bien du mal à s’extirper. La scène de la rencontre comporte un peu tous les clichés du genre, et d’ailleurs sur certains points l’histoire en elle-même a des petits airs de convenu, mais fort heureusement, elle ne préfigure en rien de la qualité de cette romance que j’ai trouvée mignonne et plutôt convaincante.

Je n’ai pas forcément eu des papillons dans le ventre tout au long de ma lecture, mais j’ai guetté avec impatience les interactions entre ces deux personnages à la personnalité diamétralement opposée. Malgré leurs différences de statut et de milieu social, l’alchimie est indéniable et la connivence s’établit avec un naturel désarmant. Car les deux vont enfin trouver en l’autre ce qu’ils attendaient du sexe opposé. Annabelle est galvanisée par cet homme qui ne considère pas sa culture classique, philosophique et littéraire comme une tare, et qui semble même apprécier sa liberté de penser, ses raisonnements, sa capacité à argumenter et à remettre à leur place, d’une réponse polie mais pas policée, les hommes trop sûrs d’eux-mêmes et de leur supériorité sur les femmes.

Sebastian, quant à lui, trouve en cette jeune femme cultivée et audacieuse ce qu’il n’a jamais trouvé ailleurs : une personne considérant l’homme derrière le duc. En effet, il a l’habitude que tout le monde évite son regard et plie l’échine devant lui, mais Annabelle n’hésite pas à le regarder droit dans les yeux, le contredire, le provoquer, remettre en question ses croyances, refuser de lui obéir… En d’autres termes, elle ne joue pas et se montre sous son vrai jour, même si celui-ci ne sied guère à une femme dans une société traditionnelle et paternaliste qui ne reconnaît pas aux femmes le droit de rester propriétaires de leurs biens après leur mariage, et donc de voter.

Un contexte politique intéressant au service d’une très sympathique romance…

Cette injustice est d’ailleurs en trame de fond dans cette romance qui utilise, du moins en deuxième partie, le contexte politique de l’époque pour susciter une réflexion intéressante sur le droit des femmes et leur soumission à l’autorité masculine. Attendez-vous d’ailleurs à lire d’innommables fadaises de la part de certains personnages, heureusement remis à leur place par nos héros. J’ai néanmoins trouvé que le mouvement des suffragettes n’était peut-être pas exploité autant qu’il l’aurait pu. Cela s’explique par le fait que l’engagement politique d’Annabelle n’est que de circonstances : c’était la condition sine qua non pour qu’elle obtienne une bourse lui permettant d’étudier à Oxford.

Ce n’est pas dérangeant en soi, d’autant que si Annabelle ne fait pas preuve de la même dévotion que Lady Lucie envers les suffragettes, elle se bat âprement pour son indépendance et sa propre liberté. Pourquoi devrait-elle obéir à un cousin idiot et incapable de s’occuper de son propre foyer, quand elle est curieuse, débrouillarde et intelligente ? Pourquoi devrait-elle plier l’échine devant des mâles arrogants, dont le seul fait d’armes est d’être bien nés, alors qu’elle travaille dur et possède cette force de caractère qui leur fait défaut ? Pourquoi devrait-elle prétendre être gênée quand ce sont les hommes en face d’elle qui énoncent des choses aussi stupides qu’illogiques ? 

Des questions légitimes qui trouveront un écho inattendu auprès d’un duc peut-être bien plus ouvert d’esprit que son rôle de fin stratège, de figure politique des conservateurs et de conseiller auprès de la reine ne le laisse penser. J’avoue avoir été complètement séduite et surprise par ce personnage qui ne correspond en rien à l’image que je m’en étais fait. Derrière sa froideur et son visage de façade, se cache un homme au tempérament de feu qui lutte pour ne pas s’embraser pour une jeune femme qu’il n’aurait jamais dû désirer, ou alors discrètement, et sans ajouter au désir des sentiments bien plus profonds.

L’autrice insistant beaucoup sur l’attirance physique entre ces deux personnages au physique avenant, j’ai craint un manque de profondeur quant à leur relation. Mais j’ai trouvé la manière dont est gérée leur relation et son évolution intéressante, avec des échanges directs et parfois piquants, des promenades, des regards appuyés, des allusions littéraires (dont un événement qui ne sera pas sans rappeler Orgueil et préjugés), et une entente de fond, qui se passe de forme, assez surprenante. 

Une romance qui défie les conventions tout en abordant des thématiques intéressantes…

J’aurais apprécié que certains points et passages soient plus développés, afin que l’on saisisse pleinement la force de leur attirance physique et intellectuelle, mais force est de constater que je me suis sentie bien auprès de ces deux personnages et de leur romance à contre-courant. Car dans cette bonne société anglaise du XIX e siècle, il est inconcevable qu’une femme sans fortune, cultivée de surcroît, puisse s’attitrer les faveurs d’un homme de pouvoir tel qu’un duc. Cette différence de statut engendrera d’ailleurs des difficultés dans le couple, des incompréhensions et des décisions parfois contestables, tout en offrant un espace de réflexion intéressant sur la méritocratie, le statut des femmes, la noblesse, mais aussi le poids de l’héritage familial et du passé...

À cet égard, le frère de Sebastien se démarque de la ligne de conduite de son aîné et nous prouve que tout le monde n’est pas prêt à porter le poids des traditions et des responsabilités associées à un titre de noblesse et à une prestigieuse lignée. J’aurais adoré en apprendre plus sur ce jeune homme avenant et plutôt sympathique, mais le contraste saisissant avec le duc rend leur relation aussi intéressante que tumultueuse. Il faudra ainsi un certain temps avant que Sebastien ouvre les yeux sur une réalité qu’il a trop longtemps ignorée, conduisant son cadet à prendre des mesures plutôt radicales.

Un protagoniste masculin à l’évolution probante mais des personnages secondaires un peu faibles…

Si l’évolution du duc m’a semblé un peu précipitée sur la fin, elle m’a donné entière satisfaction, d’autant qu’elle est l’occasion de scènes tendres et romantiques, certes un peu clichées, mais terriblement touchantes et mignonnes. Et puis, elle est à l’image de notre duc : radicale et éclatante ! Vous verrez qu’il ne fait rien à moitié et qu’il se lance en amour comme en politique, avec la force du vainqueur et l’esprit du conquérant. Un conquérant qui va devoir s’adapter à une jeune femme rebelle, intelligente, cultivée et amoureuse de mythologie, sublime, et bien trop surprenante et tentante.

Le travail sur la construction des deux protagoniste est indéniable, celui sur les personnages secondaires perfectible. Ce sera là mon seul petit reproche : des personnages secondaires trop superficiels au point que je n’ai guère retenu grand-chose des amies d’Annabelle, si ce n’est le côté doux, rêveur et artistique de Hattie, et la force de caractère de la très engagée Lady Lucie. Une femme dont on devine aisément l’homme qui fera chavirer son cœur dans le roman qui lui est consacré. En ce qui concerne l’autre amie de Lucie, rien ne m’a marquée parce qu’elle fait vraiment de la figuration…

Quant à l’écriture de l’autrice, je l’ai trouvée fluide, dynamique et agréable, au point de lire la romance sur une journée/soirée. Je n’ai pas ressenti le côté addictif de certaines histoires d’amour, mais c’est avec beaucoup de plaisir que j’ai enchaîné les pages et sans jamais ressentir le moindre ennui.

En bref, voici une romance faisant entrer en collision un homme engoncé dans ses principes moraux et sa droiture, et une femme rebelle et libre d’esprit, mais terrifiée à l’idée de retomber dans le piège de l’amour. Deux personnages qui n’ont en apparence rien en commun, mais qui vont se découvrir une affinité, une complicité et une attirance qui transcendent le statut social, les conventions, la société, la politique… Entre les références et les petits clins d’œil littéraires et mythologiques, des échanges percutants, des moments électriques et sensuels, des regards qui ne trompent pas, et des tensions liées autant au contexte politique de l’époque qu’aux frictions entre deux fortes têtes, vous ne devriez pas voir le temps passer. Un roman agréable et facile à lire parfait pour les amateurs de romances historiques liant avec subtilité, et sans lourdeur, contexte politique et sentiments amoureux.

Retrouvez l’avis des Blablas de Tachan

 

25 réflexions sur “Panique chez les Montgomery (Les rebelles d’Oxford), Evie Dunmore

  1. Pingback: Panique chez les Montgomery d’Evie Dunmore – Les Blablas de Tachan

  2. Merci à toi pour cette LC aussi ^^
    Tu le sais, j’ai été plus critique que toi même si j’ai passé un très bon moment.
    La romance m’a moins convaincue, j’ai été plus agacée par les longueurs que j’ai trouvé dans l’histoire due à leur statut.
    Par contre, pour un tel titre, je trouve vraiment que le cadre des Suffragettes est bien développé et présent, d’habitude il y en a encore tellement moins ^^!
    Pour le reste, je te rejoins. J’ai aimé l’évolution du Duc. J’aurais aimé que l’autrice développe plus les personnages secondaires. Heureusement qu’on va en retrouver certains et j’ai hâte de les lire !

    Aimé par 1 personne

  3. Une chronique plus qu’enthousiaste malgré quelques petits défauts soulignés ici et là 😉
    Je suis content que tu aies apprécié ta lecture et cette romance fraiche et légère. Je n’ai pas non plus eu de papillons dans le ventre mais j’ai adoré suivre l’évolution de la relation de nos protagonistes.
    Je ne sais pas si la ME décidera d’éditer la suite, mais je serais plus que ravi de la découvrir.

    Aimé par 1 personne

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