Les caprices de lady Violet, Martha Waters

 

1817. Lady Violet ne décolère pas. Depuis quatre ans, elle est brouillée avec son mari. Passe encore qu’il se noie dans le travail et lui adresse à peine la parole en privé. Mais qu’il ne daigne même pas la prévenir quand il est victime d’un accident… Trop, c’est trop ! Elle décide de lui rendre la monnaie de sa pièce et, en matière de revanche, Violet est particulièrement inventive. Cependant, à son grand étonnement, James va se révéler tout aussi retors. Dans ce duel conjugal qui oppose les époux terribles, tous les coups sont permis, du plus cocasse au plus perfide. Un seul détail leur a échappé : ils sont toujours éperdument amoureux l’un de l’autre…

J’ai lu (5 mai 2021) – 320 pages – Papier (7€) – Ebook (5,49€)
Traduction : Anne Busnel

AVIS

Les caprices de lady Violet fait partie de la nouvelle collection Regency de J’ai lu. Une collection qui, je n’en doute pas, va vite s’imposer dans ma bibliothèque et le cœur des lectrices et lecteurs en quête de romances se déroulant durant une période historique qui ne manque ni de charme ni d’attrait.

Pour lady Violet et James, tout avait commencé comme un conte de fées ou presque : une rencontre inattendue sur un balcon, qui aurait pu être gênante quand elle se révèle providentielle, des regards qui ne trompent pas, une énergie qui électrice l’atmosphère, l’interruption d’une mère, une demande en mariage éclair pour sauvegarder les apparences, mais qui s’impose comme une évidence à deux jeunes gens ayant eu un coup de foudre l’un pour l’autre. Mais le conte de fées tourne au cauchemar. Après un an de connivence et de plaisirs charnels entrecoupés de disputes, c’est la dispute de trop, celle qui brisera les liens et la complicité de deux jeunes mariés qui ne se comprennent plus vraiment. Quand l’un n’aspire qu’à travailler pour asseoir sa réussite et prouver sa valeur, l’autre aimerait tout simplement passer du temps avec sa moitié.

L’autrice nous projette cinq ans après le mariage, dont quatre ans passés dans l’indifférence, le mari et la femme ne s’adressant quasiment plus la parole et veillant scrupuleusement à s’ignorer. Enfin jusqu’à ce que Violet reçoive une lettre de l’ami de son mari la mettant dans tous ses états. Sans réfléchir, mais sans oublier de râler, elle se précipite au chevet de son mari avant de découvrir que loin d’être comateux, il va en réalité très bien. Sa chute de cheval n’était finalement pas si grave que cela. Mais vexée par la réaction de James quand il l’aperçoit, Violet s’en va en guerre contre ce dernier et rien ne pourra l’arrêter !

Enfin, rien sauf peut-être un mari prêt à en découdre et à prouver que lui aussi au jeu des coups tordus, il peut se défendre. Les deux époux sont un peu ridicules et se comportent comme des enfants têtus et entêtés, mais qu’est-ce qu’ils m’ont amusée. Je me suis surprise plusieurs fois à rire devant l’imagination débordante de Violet qui va très loin pour gagner la bataille, et devant l’esprit retors de James qui louvoie pour retourner les machinations de sa femme contre elle. Lui-même se laisse parfois déborder par les événements et se place dans des situations délicates, que sa femme se fait à son tour un plaisir de retourner contre lui. Il y a quelque chose de très théâtral dans le jeu de dupes dans lequel se sont lancés le mari et la femme.

Un jeu de dupes qui aura le mérite de leur permettre de briser la glace et de recommencer à se parler, à interagir et à se redonner mutuellement une place dans leur vie.  Et comme on pouvait s’en douter en se rappelant leur première rencontre pleine d’une alchimie brûlante, les deux têtes de mule ont beau feindre l’indifférence, elles sont inexorablement attirées l’un vers l’autre ! J’ai adoré l’attraction physique entre James et Violet et la manière dont ils ne peuvent s’empêcher de se dévorer du regard, tout en prétendant, sans grand succès, le contraire. Je peux donc vous dire que j’attendais avec impatience la concrétisation de leur retour de flamme ! Quant à savoir si j’ai été exaucée sur ce point, il vous faudra bien sûr vous plonger dans cette truculente romance, qui change clairement de ce qu’on a l’habitude de voir.

Chose assez rare pour moi, j’ai autant aimé Violet que son mari. Les deux peuvent se révéler parfois agaçants, mais les deux sont diablement drôles, attachants et touchants dans leurs doutes et leurs insécurités, notamment James vis-à-vis de son père et de son envie de réussir pour Violet. On peut dire que destin ou pas, rancœur ou non, ils ont entre eux quelque chose de rare que tout romantique dans l’âme ne pourrait que leur envier. Moi-même qui ne suis pas vraiment fleur bleue, j’ai ressenti des papillons dans le ventre à chacune de leur rencontre, à chacun de leur regard et à chaque fois qu’ils pensaient l’un à l’autre.

Au-delà de l’humour omniprésent et des coups tordus, cette histoire, c’est aussi l’occasion pour l’autrice d’évoquer tout un panel de sujets intéressants : l’estime de soi, le manque de confiance en soi, les relations familiales difficiles et les attentes parentales écrasantes, le poids des mœurs sociétales de l’époque, mais aussi le manque de communication dans le couple et l’importance de la confiance entre deux partenaires. La plupart de ces points étant parfaitement illustrés dans le motif de la brouille entre les deux époux, un motif que l’on ne découvre qu’au bout d’un moment et qui, au regard du passé de James et de sa personnalité, ne semble pas aussi futile que cela. J’ai, en revanche, été surprise de la capacité des deux époux à rester quatre ans en froid sans tenter une réconciliation, alors que clairement, ils n’ont jamais cessé de s’aimer. Chose dont personne n’a jamais douté dans leur entourage.

On fait d’ailleurs la connaissance des amis de chacun et le moins que l’on puisse dire, c’est que les personnalités, bien que classiques, sont plutôt variées : une veuve de caractère qui parle sans tabou autant d’argent que d’amant, plutôt choquant pour l’époque, une belle jeune femme timide mais loyale, un homme de mauvaise réputation qui semble se prendre d’affection pour celle-ci, un play-boy refusant de se caser, mais qui aime se lancer dans des joutes verbales avec notre veuve, un frère touchant qui tente de raisonner son têtu de cadet et toujours amoureux de son premier amour, un ami qui a un secret à cacher…

Nul doute que nous avons ici le terreau prometteur de futures romances que je serais ravie de découvrir, ayant particulièrement accroché au style de l’autrice et à l’ambiance romantique qu’elle a su instaurer en s’appuyant sur un contexte historique précis et plein de charme. De la fluidité de sa plume à son humour simple, mais diablement efficace, en passant par la manière dont elle a su construire et développer des personnages têtus, drôles et attachants que l’on rêverait d’ajouter à notre cercle d’amis, tout m’a plu !

En conclusion, si vous avez envie d’une romance pétillante et amusante qui se passe durant la période de la Régence anglaise, Les caprices de lady Violet est fait pour vous. De la première à la dernière page, on s’esclaffe, parfois sottement, on rit devant des plans complètements abracadabrantesques, on partage des conversations entre ami(e)s qui ne manquent pas de piquant, mais surtout, on se réjouit de l’alchimie électrique et des interactions pleines de mordant entre deux époux en froid qui vont bien finir par devoir se rendre à l’évidence : ils sont faits l’un pour l’autre !

 

24 réflexions sur “Les caprices de lady Violet, Martha Waters

  1. Comme tu le sais, cette collection me fait de l’œil et ton avis me donne encore plus envie de découvrir cette lecture à mon tour.
    Je ne suis pas très comédie mais là, je pense que c’est à lire au moins une fois !

    Aimé par 1 personne

  2. Pingback: C’est le 1er, je balance tout ! mai 2021 + New Pokémon Snap | Light & Smell

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