Séoul, visages d’une ville de Gina Kim

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Je remercie Babelio et les Ateliers des cahiers pour Séoul, visages d’une ville de Gina Kim.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

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Séoul, visages d’une ville est un essai issu du documentaire de Gina Kim Faces of Seoul
(2009, en anglais et coréen).
Le dispositif en est simple en apparence : la réalisatrice coréenne revient régulièrement à Séoul, qu’elle a quitté, pour voir sa famille, et à chaque retour, elle tourne des vidéos de ses promenades et rencontres, comme on tiendrait un journal intime. De cette masse d’images anodines et accidentelles, elle tire un montage vidéo sur lequel elle tisse un commentaire inspiré sur la ville.
Son enquête dans cette ville à la fois familière et étrangère aboutit ainsi à une méditation sur le statut de la représentation et de l’art, le souvenir, l’identité, le rapport au père. Elle y découvre qu’un film d’art et d’essai, comme une ville, une photo et toutes les formes de représentations qui ont un support physique, relient la présence du présent avec le fantasme du passé, la réalité et le désir, nous et les autres. Car les villes, comme les films et les photos, nous articulent à ce qui n’est pas nous, nous complètent et nous font nous rencontrer dans nos solitudes…

  • Parution : 10 novembre 2017
  • Nombre de pages : 128
  • Prix : 18€

TRAILER DU FILM

AVIS

Bien que ce ne soit pas une couleur pour laquelle j’ai beaucoup d’appétence, le rose de la couverture attire indéniablement l’œil tout comme ce visage qui se dessine en filigrane. C’est donc avec plaisir et curiosité que l’on se plonge dans cet ouvrage qui bénéficie d’un travail d’édition des plus soignés : papier épais et de qualité, format facile à prendre en main, texte aéré et mis en valeur…

La structure même du livre, simple mais efficace, concourt à rendre l’expérience de lecture plaisante. En effet, elle suit toujours le même schéma : on part d’un titre qui se réfère souvent à un lieu, puis l’auteur partage ses souvenirs, ses ressentis et ses pensées en deux ou trois pages. Chose intéressante, le texte est proposé dans sa version coréenne sur la page de gauche et dans sa version française sur la page de droite. Je ne parle pas coréen, mais je ne suis pas insensible à cette démarche.

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En fin d’ouvrage, vous retrouverez également le texte intégral en anglais, la langue d’adoption de l’auteure qui vit dorénavant aux États-Unis, accompagné de flash codes.

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Le livre est, en outre, émaillé d’images tirées du film de Gina Kim.

Pour ma part, j’ai aimé cette impression de flou qui se dégage de ces images quand vous les regardez de près, un peu comme si chacune d’entre elles était voilée par la propre vision de l’auteure. D’ailleurs, quand on prend de la distance, les images n’en deviennent que plus nettes.

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L’important ici ne semble pas l’image en soi, mais l’impression qu’elle laisse chez le lecteur, et les émotions qu’elle fait ressurgir. Les images créent ainsi une sorte de lien entre Gina Kim, l’observatrice de la mémoire du passé et du temps présent, et le lecteur, observateur des pensées d’une femme qui, forte de son vécu et de ses émotions,  se livre à nous.

Ceci est d’autant plus vrai que nous ne sommes pas dans un reportage sur la Corée et ses évolutions, du moins, pas seulement, nous sommes plutôt ici dans un essai portant la voix de cette femme qui, caméra au poing, arpente les rues et lieux de son enfance. Cette déambulation sur les traces de son passé l’amène à questionner ses souvenirs et de facto, sa mémoire, et à regarder, sous un jour nouveau, tous ces lieux et espaces jadis fréquentés.

En ressortiront un certain nombre de réflexions personnelles et une introspection que l’auteure partage avec les lecteurs sans retenue. Cette intrusion dans sa tête se fait naturellement sans avoir l’impression de jouer aux voyeurs.  Cela s’explique peut-être parce que si elle parle du passé, Gina Kim évite l’écueil de la nostalgie chagrine qui fait regretter ce qui fut sans apprécier ce qui est. On la suit donc avec plaisir et intérêt dans son voyage autant physique que mental.

Je lis peu d’essais et ai donc craint, avant de me lancer dans cet ouvrage, de ne pas accrocher au texte ou de ne pas tout saisir. Fort heureusement, le style vivant et concis de l’autrice apporte une telle fluidité dans la lecture que mes craintes quant à ma faculté de compréhension se sont envolées aussi vite qu’elles étaient apparues. Les réflexions parfois philosophiques de l’auteure restent, en effet, très claires et facilement compréhensibles que vous soyez amateurs de textes teintés de philosophie ou non. J’aurais d’ailleurs aimé que Gina Kim aille un peu plus loin dans ses réflexions, qu’elle étaye un peu plus sa pensée. Mais cela aurait peut-être nui à la fluidité de l’ouvrage…

Si j’ai aimé suivre le cheminement des pensées de l’auteure, ce sont surtout les liens qu’elle fait entre les différents endroits de son enfance qu’elle visite dans le cadre de son film et l’histoire coréenne qui  m’ont conquise. La Corée du Sud étant un pays encore assez peu connu en France et son histoire quasiment ignorée par la plupart d’entre nous, ce fut un réel plaisir d’en apprendre plus sur différents événements marquants comme l’effondrement d’un immeuble, une révolution réprimée dans le sang ou encore, les traces dans la mémoire collective de la colonisation japonaise. D’ailleurs, j’ai retrouvé chez l’auteure cette blessure quant à ce passé de colonisé que j’ai eu l’occasion de voir chez des amies coréennes. Je dois cependant avouer avoir été un peu frustrée, car cet essai n’étant pas un essai historique, l’auteure ne fait qu’effleurer ces sujets. Si en apprendre plus sur l’histoire coréenne vous intéresse, il vous faudra donc compléter cette lecture par d’autres ressources.

J’ai beaucoup apprécié cette lecture, mais j’aurais souhaité découvrir pourquoi l’auteure a choisi de visiter tel quartier plutôt qu’un autre et quel cheminement de pensée l’a conduite à nous proposer sa visite dans cet ordre précis. Avec ce livre et sans plus d’explications, il m’a été impossible de dégager un axe conducteur qui relierait les endroits visités les uns aux autres ou les pensées entre elles. Mais finalement, cela semble assez logique puisque la pensée a cette merveilleuse faculté de gambader sans que notre volonté n’y puisse grand chose. Il en résulte ce que nous propose ici l’auteure, des instants de vie et des idées simplement saisis au vol.

En conclusion, Séoul, visages d’une ville est un essai qui plaira à toutes les personnes curieuses de découvrir les différentes facettes de Séoul, vue par Gina Kim, dans le temps ou l’espace. Il permet une incursion intéressante et vivante dans l’esprit d’une femme qui, sans se perdre dans un passé révolu, prend le temps d’observer, de confronter la Séoul de ses souvenirs avec celle du présent et d’en tirer des réflexions parfois teintées de philosophie, mais toujours très personnelles.

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Site de l’auteure

Et vous, envie de craquer pour Séoul, visages d’une ville ?

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6 réflexions sur “Séoul, visages d’une ville de Gina Kim

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