Peindre la pluie en couleurs, Aurélie Tramier

Morgane est directrice de crèche. Solitaire, fermée, elle ne supporte plus les enfants et rêve d’acheter une pension pour chiens. Tout vole en éclats lorsque sa sœur meurt dans un accident de voiture, lui laissant deux enfants en héritage. Eliott et Léa vont bousculer le quotidien de leur tante et faire ressurgir chez elle de douloureuses blessures profondément enfouie.

Marabout (27 mai 2020) – 336 pages – Broché (19,90€) – Ebook (9,99€)

AVIS

Quant j’ai reçu la proposition de Babelio pour recevoir ce roman, je n’ai pas hésité très longtemps aimant beaucoup la ligne éditoriale de la collection La Belle Étoile qui m’avait déjà régalée avec Un métro pour Samarra et Je refuse d’y penser. Et je peux vous dire que mon empressement initial a été récompensé au-delà de toutes mes attentes, Peindre la pluie en couleurs ayant été un coup de cœur.

Une voiture, un arbre, des sirènes d’ambulance, il n’en faut pas plus pour faire voler en éclats le bonheur de toute une famille et priver deux enfants de leurs parents. Orphelins à l’âge de 10 et 6 ans, Eliott et sa petite sœur, Léa, seront donc recueillis par Morgane, cette tante un peu froide qui ne semble apprécier que son chien. Les débuts de cette cohabitation forcée sont maladroits et parfois tendus… Être une directrice de crèche consciencieuse et efficace ne fait pas de Morgane la parfaite maman à l’instinct inné pour répondre aux besoins des enfants ni même la personne le plus chaleureuse au monde. Il lui faudra donc apprendre à s’occuper de ces deux enfants, elle qui n’en voulait pas, tout en affrontant une mère bien décidée à récupérer ses petits-enfants quoi qu’il lui en coûte.

Malgré ce sujet du deuil en toile de fond, le roman n’est pas triste et pour moi qui suis très sensible au sujet de la mort que j’ai tendance à éviter, cela fait toute la différence. J’ai adoré la manière dont l’intrigue se focalise autour du travail de reconstruction sans pour autant occulter les moments de doute et le poids de l’absence. Derrière la perte, la vie n’est jamais loin, un joli message porté avec subtilité par ce roman, et de manière bien plus brute de décoffrage par un personnage secondaire que j’ai tout simplement adoré : un croque-mort qui croque la vie à pleines dents !

En dépit de son exubérance avec sa tendance à faire des entrées remarquées à base de chansons de Dalida lancées à tue-tête de son corbillard, cet homme n’est pas dénué d’une certaine sagesse, de celle que l’on apprend à l’école de la vie et qui enseigne l’humilité. Respirant la bonté et la bienveillance, il aidera, souvent sans le vouloir, Morgane à voir la vie sous un autre jour. Quant à Viviane, un membre du personnel de la crèche, elle se révélera un atout précieux pour Morgane qu’elle soutiendra et conseillera sans jamais la juger. Douce, gentille et avec un cœur d’ange, cette femme m’a beaucoup touchée d’autant qu’elle doit elle-même porter son propre fardeau…

Ces aides spontanées et désintéressées contrebalanceront la méchanceté de la mère de Morgane qui s’immisce dès qu’elle le peut dans l’éducation que son aînée donne à ses petits-enfants. Si j’ai détesté ce personnage que j’ai trouvé révoltant, il n’en demeure pas moins intéressant de par son évolution et dans la mesure où il permet de mettre en avant le poids des secrets, des incompréhensions et de ces injustices qui minent des familles.

Petit à petit, on lève donc le voile sur l’histoire familiale compliquée de Morgane marquée par les tensions entre elle et sa mère qui lui a toujours préféré sa sœur, Émilie. L’amour inconditionnel pour Émilie est d’ailleurs le seul point commun qu’elles partagent puisque Morgane a toujours adoré sa petite sœur et veillé farouchement à la défendre quitte à se sacrifier… Car si Morgane semble avoir le cœur desséché, c’est qu’elle porte un lourd secret et une croix dont elle a bien du mal à se départir. Dès le début de l’histoire, l’autrice évoque à demi-mot ce qu’a vécu par Morgane avant de nous dévoiler la vérité… Je vous laisserai le soin de découvrir le secret qui la ronge, mais je peux néanmoins vous dire que j’ai apprécié la manière dont Morgane réalise progressivement que là où elle ressent de la honte, il n’y a pas à en avoir, du moins pas de son côté, et que derrière son acte, se cache bien plus d’amour qu’elle ne pourrait l’imaginer…

D’ailleurs de l’amour et de beaux moments, il n’en manque pas dans ce roman dans lequel nos personnages apprennent à se connaître et à s’apprivoiser mutuellement. Il ne s’agit pas ici de remplacer des parents ou de venir combler un vide mais bien de développer une relation particulière empreinte d’amour, de confiance et de bienveillance. Une chose que Morgane, Eliott et Léa apprennent à faire main dans la main, à leur propre rythme. Tout ne sera pas facile, la perte de leurs parents affectant évidemment Eliott et Léa, mais les deux enfants trouveront leur place aux côtés d’une tante qui n’est finalement peut-être pas aussi froide qu’il n’y paraît. Quant à Morgane, solitaire depuis si longtemps, c’est un peu comme si elle avait tout à (ré)apprendre : à s’ouvrir, à sourire, à rire, à danser, à lâcher prise, mais surtout à se pardonner afin d’apprendre à aimer, la condition sine qua non pour offrir ce foyer chaleureux dont ont tellement besoin son neveu et sa nièce.

L’autrice a opté pour une narration alternée entre Morgane et Eliott. Le procédé, en plus de rendre la lecture dynamique et quelque peu addictive, nous permet de nous sentir au plus proche de l’histoire et des personnages qui se sont révélés, pour la plupart, particulièrement attachants. Bien que ma vie soit différente de la sienne, je me suis parfois reconnue en Morgane avec sa maladresse dans les interactions avec autrui, sa difficulté à exprimer ses émotions, son amour inconditionnel pour son chien et son rêve d’ouvrir une pension pour chiens… Elle m’a donc beaucoup touchée comme l’adorable Léa qui est un petit rayon de soleil capable de chasser en un sourire tous les nuages. Léa possède une intelligence du cœur qui offre une belle bouffée d’oxygène à sa tante et à son frère, mais elle n’en demeure pas moins une petite fille qui a besoin d’être consolée la nuit, seul moment où elle semble laisser s’exprimer son propre chagrin.

Quant à Eliott, il se montre très mature pour son âge bien que la mort de ses parents le pousse à commettre des actes qui ne lui ressemblent pas et qui nécessiteront l’intervention bienveillante d’une professionnelle. Je l’ai trouvé adorable dans son envie de protéger sa sœur et de faire de son mieux pour la rendre heureuse. Cela offre d’ailleurs de très jolis moments de complicité entre les deux enfants. Entrant parfois en conflit avec Morgane et profitant des largesses de sa grand-mère même quand il comprend que ce n’est pas une bonne idée, Eliott n’en demeure pas moins un gentil garçon qui fait de son mieux pour affronter une situation difficile qui a chamboulé toute sa vie et fait voler en éclats ses repères. Il lui faudra donc un peu de temps pour s’ouvrir à sa tante et lui laisser une place dans son cœur…

À l’aide d’une plume simple et d’une grande fluidité, l’autrice sait toucher les lecteurs, énonçant avec une certaine délicatesse des vérités parfois difficiles tout en s’efforçant d’instiller beaucoup de lumière et de chaleur dans les cœurs. Il en résulte une belle lecture pleine d’émotion avec des phrases qui frappent, interpellent et sur lesquelles on prend le temps de réfléchir…

Difficile de résumer en quelques mots ce roman qui a tellement résonné en moi. Est-ce parce que j’ai retrouvé quelques similitudes entre Morgane et moi, que j’ai terminé ce livre pile la veille de mes 35 ans, son âge, ou que l’autrice a su se frayer une place jusque dans mon cœur ? Peu importe finalement puisque le résultat est là, un roman coup de cœur qui m’a fait pleurer, sourire et qui m’a insufflé un élan d’optimisme fou, moi à la pessimiste de nature. Un livre qui évoque la perte, la mort, la résilience, le pardon, la rédemption, la notion de famille, mais surtout la vie et la possibilité pour chacun de renaître de ses cendres. Touchant et émouvant, Peindre la pluie en couleurs est de ces romans que l’on n’oublie pas et que l’on porte haut dans son cœur.

Je remercie Babelio et la collection La Belle Étoile pour m’avoir permis de découvrir Peindre la pluie en couleurs d’Aurélie Tramier en échange de mon avis.

Simone Veil ou la force d’une femme

Annick Cojean est grand reporter au Monde.
Au fil de sa carrière, elle a croisé Simone Veil à plusieurs reprises. Au fil de leurs rencontres, une relation singulière s’est installée entre Simone Veil et la journaliste.
Une relation de femmes au-delà des fonctions.
Un portrait subjectif, délicat et parfois surprenant de la femme au-delà de l’héroïne.

Steinkis (28 mai 2020) – 112 pages – Relié (18€) – Ebook (9,99€)
Auteurs : Annick Cojean  – Xavier Bétaucourt
Illustrateur : Etienne Oburie

AVIS

2017, Paris. L’annonce du décès de Simone Veil s’accompagne, pour la journaliste Annick Cojean, d’un article à rendre sur cette grande dame qu’elle a eu l’honneur de rencontrer à plusieurs reprises, que ce soit lors de manifestations officielles ou de rendez-vous plus personnels et intimes… La journaliste remonte alors le fil du temps et de ses souvenirs pour nous brosser le portrait d’une femme de caractère et d’une grande dignité qui a toujours lutté pour les opprimés et les exclus.

En plus d’être visuellement attractive, cette BD présente un atout important pour les personnes qui, comme moi, ont parfois peur de se lancer dans des biographies : l’accessibilité. Les auteurs ont ainsi réussi à synthétiser en un peu plus de cent pages toute la vie d’une femme qui en a pourtant vécu mille ! Cela rend évidemment la lecture agréable et rapide tout en offrant un bel aperçu de tous les événements marquants qui ont jalonné la vie personnelle et professionnelle d’une femme extraordinaire au destin hors du commun.

On découvre ainsi son enfance heureuse et insouciante auprès d’une mère qu’elle n’a jamais cessé d’aimer et d’admirer sans pour autant partager sa manière de s’oublier pour les autres, la guerre, la déportation, l’emprisonnement, l’humiliation, la mort et les drames, mais aussi sa rencontre avec son mari, son rôle de mère, ses amies… Je dois dire que j’ai été touchée par la pudeur avec laquelle est évoqué le passé de Simone Veil, et notamment la douloureuse expérience de la déportation qui marquera à jamais son existence. À l’inverse, le mépris et le manque de respect de certains devant son envie de témoigner sur le sujet m’ont laissée sans voix. Nul doute qu’il fallait la force de caractère et la pugnacité d’une femme comme Simone Veil pour faire face à toutes les situations qu’elle a traversées…

Les auteurs retracent également sa carrière qu’elle a menée d’une main de maître malgré les premières réticences d’un mari qui finira par la soutenir : ses débuts dans l’administration pénitentiaire qui lui permettront d’apporter un peu d’humanité là où elle avait été bafouée en toute impunité, son affectation à la direction des affaires civiles avec le constat affligeant du retard de la France, sa présidence du Parlement européen, son passage au ministère de la Santé marqué par la loi sur le droit et l’accès à l’IVG qu’elle défendra avec beaucoup de fermeté et de courage malgré des propos haineux et des attaques personnelles révoltantes… Des fonctions qu’elle exercera toujours avec détermination, droiture et conviction !

Évidemment, les sujets et les événements ne sont pas développés outre mesure, mais ils sont présentés avec assez de concision et de clarté pour en saisir tous les enjeux et/ou leur importance historique. Libre ensuite à chacun de faire ses propres recherches…

Le fait de parler de Simone Veil à travers les souvenirs d’une personne qui l’a côtoyée apporte également une dimension humaine et presque intime à cette BD, ce que j’ai trouvé fort appréciable. On sent toute l’admiration et la sympathie d’Annick Cojean pour cette figure historique avec laquelle elle avait fini par développer une relation dépassant le simple cadre professionnel. Une relation faite d’échanges à cœur ouvert et de confidences, notamment sur les rapports que chacune d’entre elles entretenait avec ses parents. Il faut dire qu’elles ont toutes deux eu plus ou moins un schéma similaire, entre une mère aimante et dévouée qu’elles adoraient, et un père autoritaire.

De cette structure familiale classique, Simone Veil a démontré tout au long de sa vie une grande soif d’indépendance financière qui explique probablement sa réussite professionnelle et une volonté farouche et inébranlable de pousser les femmes à travailler, à s’unir et à oser revendiquer leur place dans une société dominée par les hommes. Ce qui était vrai à son « époque » l’est tout autant actuellement puisque si les choses évoluent progressivement, il est flagrant de constater à quel point le combat pour la parité semble toujours d’actualité !

Quant aux illustrations, j’ai apprécié leur savant mélange entre précision et simplicité. Les décors et autres éléments architecturaux sont d’un réalisme indiscutable quand le faciès des personnages est plus ébauché, Étienne Oburie se concentrant sur les expressions. Un très bon moyen pour faire passer toutes les émotions qu’un regard, un sourire, une expression peuvent transmettre sans se perdre dans une avalanche de détails qui détournerait l’attention des lecteurs. On appréciera également la sobriété des couleurs avec des planches monochromes dont la couleur évolue en fonction de la temporalité dans laquelle Annick Cojean nous projette. Une manière élégante et subtile de guider la lecture.

En conclusion, dans une ambiance graphique douce et forte à la fois, cette BD raconte de manière inédite et avec une certaine tendresse, Simone Veil, de son enfance heureuse, aux drames qui ont jalonné sa vie en passant par sa carrière professionnelle qui ne peut qu’inspirer et servir d’exemple à des générations de femmes. Un portrait inédit tout en subtilité qui rend un vibrant hommage aussi bien à Simone Veil, l’héroïne pugnace qui a œuvré pour le bien des femmes et des exclus, que Simone Veil, la femme au-delà du personnage politique, historique et médiatique !

Simone Veil ou la force d’une femme est une BD passionnante et instructive que je ne peux que vous recommander pour en apprendre plus sur cette femme bien plus accessible que ce qu’une apparente austérité ne laisse présager. Et c’est probablement le tour de force d’Annick Cojean qui, en partageant ses souvenirs, a réussi à rendre Simone Veil aussi inspirante et humaine que touchante.

Je remercie Babelio et les éditions Steinkis pour m’avoir envoyé cet ouvrage en échange de mon avis.

 

 

La gitane aux yeux bleus, Mamen Sánchez

L’inspecteur Manchego approcha le smartphone dernière génération de son oreille, en retenant sa respiration. Il entendit une voix nasale, sur un bruit de fond rythmique, une sorte de lamentation ou de prière, et les accords d’une guitare. Il ne comprit pas un traître mot de ce que disait l’interlocuteur – c’était en anglais –, mais il devina qu’il ne s’agissait pas d’un appel au secours, on n’y sentait aucune peur.
– Qu’est-ce qu’il dit ? demanda-t-il.
– Textuellement : « Papa, laisse-moi faire. Je maîtrise la situation. »

En bon Espagnol, l’inspecteur Manchego a tout de suite identifié d’où provenait le message : d’une boîte de flamenco. Pas de quoi s’alarmer, donc, quand un riche éditeur londonien, flanqué d’un interprète, vient, très inquiet, lui annoncer que son fils, la trentaine, bien sous tous rapports, a disparu à Madrid depuis plusieurs semaines, après ce dernier fameux appel.
Enlevé ? Séquestré ? Blessé ? Tué ? Mais non, il y a forcément une femme là-dessous.
En fait, surtout une exquise gitane aux yeux bleus – ça c’est curieux – et face à une tribu de Grenade au grand complet, le jeune Atticus a-t-il la moindre chance ? Non, bien sûr…comme on va le voir au fil de ses irrésistibles aventures.

Mercure de France (4 juin 2020) – 304 pages – Broché (21,80 €) – Ebook ( 15,99 €)
Traduction : Judith Vernant

AVIS

Quand Babelio m’a proposé de découvrir ce roman, je n’ai pas hésité une minute, le résumé m’ayant tout de suite intriguée. Et très vite, j’ai compris que l’auteure allait me faire passer un bon, non, un excellent moment de lecture auprès de personnages hauts en couleur !

Atticus, fils prodigue d’un ponte de l’édition anglaise, est envoyé par son père en Espagne afin de fermer la revue Librarte, un gouffre financier. Mais avant de pouvoir tourner la page de ce retentissant et désagréable échec commercial, il doit licencier en bonne et due forme les cinq employées à temps plein. Une mission pas très agréable, mais en apparence assez simple, qui va toutefois prendre un tournant quelque peu inattendu ! Les cinq femmes travaillant pour la revue ne sont, en effet, pas décidées à partir sans tenter de sauver leur outil de travail dont elles ont toutes, pour des raisons différentes, besoin. Et pour ce faire, elles ont fomenté un plan aussi audacieux que loufoque.

Est-ce que ce plan a quelque chose à voir avec la disparition d’Atticus qui conduira son père à solliciter l’inspecteur Manchego ? Je vous laisserai le soin de le découvrir, mais ce qui est certain, c’est que vous pouvez vous attendre à être embarqué dans une aventure complètement extravagante qui ne manquera pas de vous surprendre et de vous arracher de nombreux sourires et éclats de rire. Je me suis ainsi beaucoup amusée à remonter la trace d’Atticus, l’auteure ne ménageant pas ses effets de surprise et multipliant les situations rocambolesques durant lesquelles les différences culturelles entre Anglais et Espagnols sont mises en avant avec beaucoup de charme et d’humour. Quand le flegme britannique et le côté hautain et guindé de l’aristocratie anglaise rencontrent la flamboyance et la chaleur espagnole, cela fait quelques étincelles ! Certains dialogues et échanges valent ainsi leur pesant d’or et me resteront probablement longtemps en tête… Le trait est parfois forcé et flirte avec la caricature et les clichés, mais ça semble complètement assumé et fait sans excès, ce qui rend le tout savoureux à souhait.

Le rôle de l’inspecteur volontaire, mais avec un côté un peu boulet, apporte aussi pas mal de comique à l’histoire d’autant que Manchego ne fait rien pour qu’on ait envie de le considérer avec sérieux. Vous auriez l’idée vous en tant que policier d’engager un cambrioleur pour éviter de passer par une voie plus classique, mais plus longue, ou d’aller acheter des cotons-tiges pour faire un test ADN ? Beaucoup d’humour, de bonne humeur et de légèreté donc dans ce roman qui est loin d’être un banal roman policier, la disparition d’Atticus ne servant que de prétexte à une intrigue pleine de mordant dans laquelle l’amitié revêt une place primordiale. Je parle d’amitié au singulier, mais elles sont pourtant plurielles, Berta, Soleà, María, Asunción et Gaby étant très proches. Ces femmes ont des parcours professionnels et personnels très différents, mais elles ont pourtant réussi à aller au-delà de leurs différences pour développer une jolie complicité.

Cette galerie de femmes au tempérament varié est probablement l’atout charme de ce roman puisqu’il est impossible de ne pas se prendre d’affection pour ces dernières et de leur souhaiter le meilleur. J’ai toutefois eu un peu de mal avec María qui m’a semblé considérer avec une certaine nonchalance des actes discutables sur le plan moral et pénal même si on lui accordera des circonstances atténuantes. J’ai eu, à l’inverse, un coup de cœur pour Berta, la patronne de la revue qui veille avec beaucoup de bienveillance sur les autres femmes de son équipe. Le traitement que lui réserve l’auteur m’a vraiment séduite et m’a même donné quelques papillons dans le ventre ayant trouvé cette femme très touchante dans sa relation avec un autre protagoniste.

Tout au long du roman, on apprend donc à connaître ces femmes, ce qui est également l’occasion pour l’auteur d’aborder, sans pathos et avec une certaine douceur, une multitude de sujets : l’amitié, l’amour, l’adultère, la trahison, le mensonge, le pardon, le désir de maternité non assouvi, la maltraitance physique et psychologique, les secrets de famille, la famille… En ce qui concerne la famille, les lecteurs auront, tout comme Atticus, l’occasion de découvrir celle de Soleà. Une expérience plutôt inoubliable ! Exubérants, chaleureux et accueillants, les membres de la famille de la jeune femme ne manquent ni de présence ni de panache même si c’est probablement la grand-mère qui m’a le plus marquée et touchée. Difficile donc de ne pas succomber au charme de cette grande famille, et ce n’est pas Atticus qui vous dira le contraire.

Issu de l’aristocratie anglaise qui considère toute forme de démonstration affective comme un signe de vulgarité, notre jeune Anglais aurait pu être tenté de prendre la poudre d’escampette devant toutes ces embrassades et effusions tellement peu anglaises. Mais de fil en aiguille, on le découvre de plus en plus attaché à des us et des coutumes très éloignés de ses habitudes, mais qui le rapprocheront d’une certaine jeune femme au regard envoûtant. L’évolution d’Atticus se révèle spectaculaire bien que plus amusante que crédible, l’auteur jouant habilement avec cette idée de « l’amour qui transforme » pour la pousser à son paroxysme. Pour ma part, j’ai apprécié ce changement, mais je ne vous cacherai pas que l’Atticus version anglaise, qui ne se déplaçait jamais sans sa bouilloire et son Earl Grey (bon du Twinings, mais personne n’est parfait) me plaisait plutôt bien. N’envisageant pas une journée sans mes trois tasses de thé réglementaires, je ne suis peut-être pas très objective sur ce point…

En plus d’avoir proposé une intrigue complètement loufoque et une truculente galerie de personnages, l’auteure multiplie les références littéraires et fait même intervenir, sous une forme inattendue, un auteur classique de fantasy qui a ici quelques tendances au voyeurisme. Les amoureux des livres, a fortiori s’ils aiment le thé et rire, devraient donc trouver leur bonheur avec ce roman qui se lit tout seul ou presque.

Il faut dire que Mamen Sánchez réussit à attiser l’intérêt des lecteurs dès les premières pages que ce soit grâce à une plume fluide et légère pleine d’humour ou l’alternance entre présent et passé qui ne peut que donner envie de comprendre les tenants et les aboutissants de la disparition d’Atticus. Les pages défilent donc toutes seules avant de nous offrir une conclusion à la hauteur de personnages hauts en couleur et des péripéties pleines de surprises d’un Anglais qui n’est peut-être pas aussi froid et guindé qu’il le pensait. Et si le bonheur n’était finalement pas dans le thé ?

Tendre, rocambolesque et pétillant, plus qu’un roman, une bouffée d’oxygène et de légèreté pour un beau voyage plein de saveurs entre Madrid et Grenade !

Je remercie Babelio et les éditions Mercure de France pour m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

In My Mailbox #153

in-my-mailbox1

« In My Mailbox a été mis en place par Kristi du blog The Story Siren et inspiré par Alea du blog Pop Culture Junkie. C’est un moyen de partager les livres reçus chaque semaine dans notre boîte aux lettres ainsi que les livres achetés ou empruntés à la bibliothèque. Les liens pour les participants francophones sont regroupés sur Accrocdeslivres. »


PAPIER

  • Cela fait des lustres que je recherchais Jane Austen et moi à un prix raisonnable. J’ai donc sauté sur l’occasion quand j’ai reçu une alerte Momox m’informant de sa disponibilité. J’en ai profité pour prendre The sleeper and the spindle qui me tente aussi depuis un moment d’autant que Chris Riddell est un illustrateur dont je collectionne les ouvrages. J’ai également fait deux petites découvertes chez un bouquiniste.

Couverture La Princesse des Ménines

  • Gagnée il y a plusieurs semaines sur Instagram, je pensais la BD Lulu et Nelson perdue quand j’ai eu la joie de la trouver dans ma boîte aux lettres ! Merci à Babelio et à la collection Métamorphose qui propose toujours de splendides livres.

  • Ayant beaucoup apprécié deux autres ouvrages de l’autrice, j’ai hâte de lire ces deux nouvelles arrivées signées Pascale Leconte :

  • D’autres petits nouveaux de différents genres ont également trouvé le chemin de ma boîte aux lettres :

EBOOKS

Coffee & Vanilla T01 (Coffee and Vanilla t. 1) par [Akegami, Takara]Honey come honey T01 par [Shiraishi, Yuki]Black Prince & White Prince T01 par [Makino]

Deux en une: Equité en Sciences par [Kat-chan,]Plafond de verre: Equité en Sciences par [Tosello, Emilie]

Et vous, quelles sont les nouveautés de votre PAL ?

 

In My Mailbox #150

in-my-mailbox1

« In My Mailbox a été mis en place par Kristi du blog The Story Siren et inspiré par Alea du blog Pop Culture Junkie. C’est un moyen de partager les livres reçus chaque semaine dans notre boîte aux lettres ainsi que les livres achetés ou empruntés à la bibliothèque. Les liens pour les participants francophones sont regroupés sur Accrocdeslivres. »


LIVRES PAPIER

Je remercie Catherine du blog partage de lecture et Natacha Eloy pour Le ZMEJ remporté lors d’un concours ainsi que L’ourse bibliophile qui, suite à un commentaire sur son avis, m’a gentiment proposé de m’envoyer Balthazar.

Couverture Sous le compostCouverture Argent saleCouverture Préférer l’hiver

Mes vies de chatsLe Zmej par [Natacha Eloy]Couverture Balthazar

15 mn par jour pour jouer avec les mots

EBOOKS

Aussitôt reçu, aussitôt lu, vous pouvez déjà lire ma chronique d’O-fée-Li sur le blog.

O-Fée-Li (Imaginaire) par [Caruso, Hélène]U Topic par [Vanier, Lydie]

Et vous, quelles sont les nouveautés de votre PAL ?

Connexions secrètes, Lucas Courage

Je remercie Babelio et les éditions Scrineo de m’avoir permis de découvrir Connexions secrètes de Lucas Courage.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Je m’appelle Lucas Courage. Je n’ai pas choisi ce nom ni d’avoir un pouvoir extraordinaire, mais secret. Je n’ai pas choisi d’avoir un père espion, ni d’être recruté avec lui par le président de la République pour démanteler un réseau de terroristes. Je n’ai pas choisi non plus l’aventure, les poursuites, les énigmes… Partir au Shahistan, être pris en otage, assister à des assassinats… ! Je n’ai pas choisi de vivre, comme dirait Manon – Ah Manon… -, dans ce monde de dingues !

Scrineo (3 octobre 2019) – 288 pages – Broché (12,90€)

AVIS

Quelle aventure ! Ce pauvre Lucas Courage en aura bien besoin de courage justement pour affronter tout ce qui lui tombe sur le coin du museau. Et dire qu’en bon adolescent, il n’aspirait qu’à avoir la paix et à lézarder. Comment ça, je caricature ? Bon, peut-être un peu, mais Lucas est plus un adepte du repos et de la manette que de la course et de l’action. Mais que faire quand c’est le président en personne qui compte sur vous et votre père pour sauver la France d’une dangereuse organisation bien décidée à la mettre à genoux ?

On retrousse ses manches, on sort son plus beau sourire et on s’active quitte à dangereusement quitter sa routine. Et du danger, il va y en avoir, Lucas et son père n’étant pas au bout de leurs surprises ! C’est que les adorateurs de la déesse Melkiar ont de la ressource et ne reculeront devant rien pour paralyser l’Hexagone en hackant ses institutions et ses grandes entreprises. Imaginez-vous une France sans Internet, sans services d’urgence, sans moyens de communication, les pigeons voyageurs ayant pris leur retraite depuis bien longtemps… Impensable et pourtant, c’est bien ce qu’il risque d’arriver si les Courage, père et fils, ne s’allient pas pour régler le problème.

Jean, le père, ancien agent secret, reprend vite ses anciens réflexes d’espion aguerri et entraîne son fils dans une mission rocambolesque et riche en action. Un enlèvement, des meurtres, des menaces, un complot, des traîtres à la nation… Il n’y a pas à dire, la vie des Courage, c’est encore mieux qu’un James Bond ! Si Lucas traîne la patte au début, il finit par se prendre au jeu et met avec enthousiasme son talent unique, la capacité de se connecter aux objets électroniques, au service de la patrie même si cela parfois lui en coûte.

Cette mission secrète tend, en effet, à s’interposer entre lui et Manon, une camarade de classe dont il est amoureux. Mais comment se rapprocher d’elle quand chaque moment passé à ses côtés tourne à la catastrophe et le fait passer pour un fou ? Difficile la vie d’ado, mais alors celle d’ado apprenti espion, n’en parlons pas ! Les jeunes lecteurs devraient s’amuser de le voir enchaîner les galères avec sa peut-être future dulcinée d’autant que cette dernière sera, avec sa mère, embarquée dans l’aventure sans vraiment le demander. Et si Lucas aborde les dangers avec une certaine décontraction, qu’elle soit de façade ou non, la jeune fille prend la chose avec beaucoup moins de légèreté.

Manon, bien qu’un peu geignarde, mais ça peut se comprendre vu les circonstances, semble le personnage le plus réaliste du livre. Contrairement aux autres, tous ces événements dignes d’un grand film d’action à l’américaine l’atteignent comme ils le feraient avec n’importe qui dans la vraie vie. À l’inverse, sa mère est plutôt enthousiaste à l’idée de suivre les Courage dans leur aventure. Il faut dire que journaliste, elle flaire là un bon scoop qu’elle ne peut décemment pas laisser passer… On suit donc la fine équipe dans ses péripéties qui ne manquent pas de mordant ! 

Naviguant entre des considérations de son âge et celles dignes d’un haut dignitaire, Lucas s’emmêle parfois les pinceaux, mais il finit par faire face à la situation avec un certain aplomb et beaucoup de courage, sans mauvais jeu de mots. Il réalise également que ce papa espion qu’il idéalise depuis qu’il est enfant et dont il est si proche n’est pas parfait et possède ses propres faiblesses. J’ai, pour ma part, trouvé leur relation père/fils très touchante et plutôt atypique en littérature jeunesse, genre dans lequel les parents sont bien souvent absents et/ou défaillants.

Ici, le père n’est pas parfait, mais il a su nouer une réelle complicité avec son fils malgré les quelques tensions que la situation exceptionnelle dans laquelle ils sont projetés ne manquera pas de soulever. Alternant entre envie de protection et fierté paternelle de voir Lucas grandir et prendre en main les rênes de sa vie, Jean nous apparaît aussi fort que vulnérable, un mélange le rendant diablement attachant !

J’ai également beaucoup apprécié l’humour de l’auteur, pardon de Lucas Courage, qui en plus de nous offrir des situations plus cocasses les unes que les autres, n’hésite pas à partager avec ses lecteurs quelques phrases bien senties comme savent si bien en faire les adolescents. Les références à l’actualité, plus ou moins récente, ne manquent pas non plus de piquant. Vous ne regarderez ainsi plus les trottinettes électriques qui envahissent nos trottoirs de la même manière et vous ne devriez pas manquer de sourire devant l’allusion de l’escapade en scooter d’un ancien président…

Est-ce que le scénario est plausible ? Pas le moins du monde, enfin j’espère parce que sinon, c’est qu’il y a vraiment eu un problème à la DGSE, mais que c’est drôle et divertissant. J’ai eu l’impression de me trouver devant l’un de ces films que j’adorais plus jeune dans lesquels les enfants bottaient les fesses aux méchants. Une sorte de Maman, j’ai raté l’avion adolescent dans lequel ce n’est plus un enfant contre les adultes, mais un père et son fils adolescent travaillant main dans la main pour sauver la France. Bien que l’histoire soit très différente, le résultat est le même, le plaisir d’avoir passé un super moment de détente et d’avoir vécu une aventure trépidante auprès de personnages attachants et hauts en couleur !

En conclusion, Connexions secrètes est un roman bourré d’humour qui vous entraînera dans la vie d’un adolescent devenu, bien malgré lui, un atout indéniable dans la lutte secrète de la France contre une redoutable et mystérieuse organisation. Famille, aventure, enquête, action, cybercriminalité et trahison seront au programme de ce divertissement familial qui devrait vous assurer un bon et amusant moment de lecture. Et parce qu’on n’a jamais assez de Courage, j’espère que Lucas nous reviendra un jour dans de nouvelles aventures !

Retrouvez le roman sur le site des éditions Scrineo.

Je refuse d’y penser, Lotta Elstad

Je refuse d'y penser par Elstad

Je remercie Babelio et les éditions Marabout, collection La Belle étoile, pour m’avoir permis de découvrir Je refuse d’y penser de Lotta Elstad.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Après un vol épouvantable qui s’est terminé par un atterrissage d’urgence à Sarajevo, Hedda Møller décide de rentrer à Oslo en bus. Elle voyage à travers une Europe en crise, dort dans des hôtels miteux et vit une aventure d’un soir avec un homme à Berlin qui ensuite ne cesse de lui envoyer des messages en MAJUSCULES. Une fois rentrée à Oslo, elle découvre qu’elle est enceinte. Cela devrait être un problème facile à résoudre, pense Hedda. Mais elle découvre que c’est bien plus compliqué qu’elle ne le pensait. Un style corrosif, une comédie féministe dans laquelle la grossesse non désirée d’une journaliste free lance prend une dimension politique.

AVIS

Je ne savais pas trop à quoi m’attendre en me lançant dans cette lecture et je dois dire que j’ai été séduite par le style très franc et direct de l’autrice. Elle nous plonge d’emblée dans la tête de son héroïne, Hedda Møller, une femme de caractère qui ne se laisse dicter sa conduite par personne et encore moins par les diktats de la société. Un point qui prend toute son importance si l’on considère que sa tentative d’escapade, qui s’est soldée par un atterrissage en urgence et un retour en Norvège avec les moyens du bord, lui a laissé un souvenir. Un de ceux dont Hedda se serait volontiers passée et qui se porte neuf mois.

Une situation financière précaire qui s’est aggravée suite à la perte de son unique contrat en tant que free-lance, une amitié érotique qu’elle aimerait transformer en une vraie relation, un potentiel père, Milo, qui n’est qu’un coup d’un soir rencontré sur Tinder… Avoir un enfant ne fait définitivement pas partie des plans de Hedda d’autant que chose encore plus importante, elle n’a aucune envie de pouponner ! Cela arrivera peut-être un jour ou jamais, peu importe, l’important étant que Hedda ne souhaite pas à cet instant devenir mère. À travers son héroïne, l’autrice aborde donc sans tabou ni jugement, et parfois de manière assez crue, la question de l’avortement.

Un droit qui, hélas, est loin d’être acquis de partout et qui tend à être remis en question ou menacé de durcissement comme va le découvrir à ses dépens notre héroïne. Alors qu’elle pensait que ce serait une formalité, la voilà à devoir se justifier pour faire valoir son simple droit à disposer de son corps et de sa vie comme elle le souhaite ! Une situation d’autant plus révoltante qu’elle traduit la réalité de nombreuses femmes à travers le monde…

Face à cette déconvenue, Hedda choisira la fuite en avant, reléguant la procédure dans un coin de sa tête… Si ce fœtus qu’elle rejette et qui grandit en elle occupe parfois ses pensées et ses cauchemars, notre héroïne va surtout se mettre à penser à tout et à rien, à toutes ces choses de son quotidien, à sa vie professionnelle et amoureuse auprès d’un sex-friend prompt à se lancer dans des discussions intellectuelles, beaucoup moins à s’engager, mais aussi à la société norvégienne, son évolution, la politique, l’Europe en crise… Des sujets divers et variés qui nous permettront de découvrir un peu mieux la Norvège, un pays qui fait face à ses propres défis, mais aussi à des problématiques similaires à celles rencontrées en France, voire dans une bonne partie de l’Europe : réduction des coûts et flexi-précarité, désengagement de l’État, financement des retraites, chômage, désœuvrement…

Le fait de nous balader dans la tête en ébullition de Hedda nous permet également de mieux s’approprier sa vie tout en gardant une certaine distance avec elle. Il faut dire que franche, cynique, capable d’une corrosive autodérision et d’un certain recul sur sa vie et les travers de la société, Hedda ne verse pas dans le sentimentalisme. Elle m’a d’ailleurs un peu fait penser à l’héroïne de la série Daria, une personnalité que l’on appréciera ou pas, mais qui pour ma part me plaît même si c’est vrai que j’aurais peut-être apprécié un peu plus de positivité de sa part.

La seule chose qui m’a gênée est la manière dont elle considère et traite Milo. Suite à l’insistance de ce dernier, elle a accepté de renouer avec lui non pas une relation amoureuse, mais une relation aux contours assez flous… Or rien dans ses propos ne laisse entrevoir qu’elle ne ressent pour lui autre chose qu’un vague agacement devant ses flots de paroles incessants, le jeune homme aimant se perdre dans ses plans abracadabrantesques pour gagner de l’argent, ses rêves et des considérations politiques parfois plus philosophiques.

Milo semble donc être juste au bon endroit au bon moment pour lui permettre de ne plus y penser… jusqu’à ce que la réalité reprenne ses droits et que Hedda doive affronter la situation. Si je n’ai pas forcément approuvé les moyens utilisés ni la manière dont elle a laissé traîner la situation, j’ai aussi compris que c’était pour elle une manière de reprendre le contrôle de sa vie et ne pas laisser d’illustres inconnus jauger et juger une décision qui lui revient de plein droit.

Quant à la plume de l’autrice, elle m’a un peu déstabilisée en début de roman, peut-être en raison de la structure de la langue norvégienne assez différente de la nôtre, mais j’ai très vite été conquise par la proximité qu’elle dégage. Le roman se lit donc très vite d’autant que l’écriture très orale apporte une certaine fluidité et musicalité au récit.

En conclusion, Je refuse d’y penser est un roman entraînant abordant le thème de l’avortement à travers une héroïne assez cynique, mais plutôt réaliste, sur l’état de sa vie et de la société dans laquelle elle évolue. Teinté de réflexions politiques et de ces paradoxes qui forgent une vie, voici le portrait sans concession d’une femme ancrée dans son époque et en phase avec ses convictions. Corrosif et atypique, un roman à ne pas manquer !

Retrouvez le roman sur le site des éditions Marabout.

https://i1.wp.com/delivrer-des-livres.fr/wp-content/uploads/2019/08/logorl2019.png

Tu sais pas quoi ?! – Volume 2, Chris Pavone

Tu sais pas quoi ?! - Chris PAVONE - Les Éditions de l'Opportun

Je remercie Babelio et les Éditions de l’Opportun pour m’avoir permis de découvrir Tu sais pas quoi de Chris Pavone.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Chris Pavone, auteur et animateur du fil Twitter Tu sais pas quoi ?!, suivi par plus de 200 000 personnes, revient avec 500 nouvelles anecdotes 100 % inédites ! Sciences, animaux, énigmes historiques, mystères biologiques surprenants… vous y trouverez de quoi assouvir votre curiosité dans tous les domaines !

Saviez-vous que certaines personnes peuvent être ivres sans avoir bu une seule goutte d’alcool ? Que les alligators peuvent survivre complètement gelés dans la glace ? Qu’aucun arbre ne pourra jamais dépasser les 130 mètres de hauteur ? Que la première invention à passer le mur du son était une arme utilisée dans l’Égypte antique ?

Tu sais pas quoi ?! Ce sont 500 anecdotes historiques, infos scientifiques et savoirs en tous genres qui vont vous faire pétiller l’esprit !

Les Éditions de l’Opportun (mai 2019) – 416 pages – Broché (11,90€) – Ebook (7,99€)


AVIS

J’ai découvert Chris Pavone, déjà bien installé sur Twitter, à travers cette encyclopédie illustrée et riche en anecdotes et informations en tous genres. Une petite caverne d’Ali Baba pour les personnes curieuses qui aiment s’instruire et découvrir des choses en s’amusant.

On est donc loin de l’ambiance cahier d’école ou, pour les plus de trente ans, de l’encyclopédie touffue et avouons-le indigeste de notre enfance. Ici, tout est fait pour rendre l’information simple, variée, divertissante, amusante et intéressante. Cela passe autant par le fond que la forme. À cet égard, j’ai apprécié la mise en forme pleine de peps avec des pages aérées, de nombreuses illustrations en noir et blanc, des tailles et des polices d’écriture variées…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Un visuel attractif et ludique qui invite à l’évasion d’autant que pris au jeu, on tend à enchaîner les anecdotes les unes après les autres… Entre une après-midi trempette et un aller-retour dans une grande ville voisine, j’ai lu les 400 pages en deux fois sans vraiment m’en rendre compte. Une chance que son petit format rende le livre facilement transportable et très agréable à prendre en main !

Ludique et plein d’humour, ce recueil n’en demeure pas moins une petite mine d’informations et d’anecdotes sur des thèmes très variés : les animaux, l’écologie, le corps humain, l’histoire, la psychologie et les interactions sociales, l’astronomie, les mathématiques, l’art…

Vous apprendrez ainsi :

  • que les rats connaissent l’empathie, que les orangs-outans savent utiliser leur mémoire à long terme pour faire face efficacement à un danger et que les fourmis sont, à bien des égards, des animaux fascinants tout comme les corbeaux et les corneilles capables de reconnaître un visage humain et de remercier quelqu’un qui leur aurait donné à manger,
  • que l’ADN humain est à 50% identique à celui de la banane et que plusieurs milliers de Suédois se sont volontairement équipés d’une micropuce sous la peau,
  • pourquoi il vaut mieux consommer les œufs à la coque et au plat et par quel miracle, un repas préparé par quelqu’un d’autre est toujours meilleur à condition de ne pas abuser des bonnes choses sous peine de terminer dans un linceul comme un roi suédois du XVIIIe siècle,
  • qu’en y passant 8 heures par jour, à raison d’une minute par œuvre, il vous faudrait 2 mois et demi pour voir les 35000 œuvres exposées au Louvre,
  • qu’une relecture permettait de se recentrer sur ses émotions et qu’entrer dans la peau d’un personnage provoquerait un réel changement biologique,
  • que les baobabs ont, en Australie-Occidentale, pu servir de prison par le passé,
  • comment une erreur scientifique a provoqué au Turkménistan un phénomène impressionnant, La porte de l’enfer, que l’on peut, plus de 40 ans après, toujours observer…
Résultat de recherche d'images pour "la porte des enfers au Turkménistan"

Porte de l’Enfer – Source Wikipédia

Une petite série d’exemples parmi bien d’autres faits qui devraient vous étonner, voire vous estomaquer, vous amuser, vous impressionner, vous laisser songeur, vous pousser à faire de plus amples recherches… Bref, vous faire réagir !

Je n’ai évidemment pas retenu les 500 anecdotes proposées par l’auteur, toutes inédites, mais peu importe puisque après avoir tourné la dernière page, j’ai eu le sentiment d’avoir fait un pas de plus dans le monde fascinant de la connaissance. Cette lecture m’a également apporté des réponses à des questions que je me posais ou des explications sur des choses et des comportements que j’avais pu constater sans me les expliquer. À titre d’exemple, j’ai enfin compris pourquoi mon frère et moi tendions à tirer la langue enfants quand nous étions concentrés poussant notre maître de CP à nous couper virtuellement la langue.

À noter qu’en fin d’ouvrage, un index est proposé, ce qui devrait plaire aux lecteurs cherchant des informations sur un thème précis. Pour ma part, j’ai préféré lire les pages dans l’ordre appréciant la manière dont l’auteur jongle entre les différentes thématiques nous évitant ainsi tout sentiment de lassitude.

En conclusion, par une mise en pages ludique, des illustrations ne manquant pas de mordant, de nombreuses thématiques permettant à chacun de trouver son bonheur, et un ton humoristique rendant la lecture fluide et agréable, cette petite encyclopédie assouvit notre curiosité tout en aiguisant notre soif d’appendre. C’est indéniablement le genre d’ouvrages que l’on prend plaisir à lire, à relire et à partager tout autour de soi. Alors si vous êtes curieux, aimez lire et apprendre en vous divertissant, Tu sais pas quoi ?! est fait pour vous.

Compte Twitter de l’auteur 

Retrouvez le livre sur le site des Éditions de l’Opportun.

 

 

Les improbables, Carrie Firestone

Les improbables par Firestone

Je remercie Babelio et les éditions Fleurus pour m’avoir permis de découvrir Les improbables de Carrie Firestone.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

C’est l’été. Sadie s’apprête à passer des vacances ennuyeuses. Elle restera avec ses parents et travaillera au marché. Ses amies lui manqueront.
Mais les choses ne vont pas se dérouler ainsi : un jour, une voiture déboule à toute vitesse et un homme complètement soûl en sort pour faire ses courses. Sadie découvre un bébé sur la banquette arrière. Lorsque l’homme revient de ses courses, elle décide de l’empêcher coûte que coûte de repartir et de sauver ce bébé. Elle finit à l’hôpital. Son exploit fait le tour de la ville. Lors d’une soirée pour recevoir le prix du jeune héros de la ville, elle rencontre quatre autres jeunes tous impliqués dans différentes actions humanitaires. Ils décident de consacrer leur été à lutter contre le harcèlement sur les réseaux sociaux. À la fin de l’été, ce groupe d’« Unlikelies » a réussi à se faire connaître comme groupe actif dans la lutte contre les injustices, le harcèlement, et Sadie démarre son année de lycée avec de nouveaux amis.

FLEURUS (14 septembre 2018) – 428 pages – 16,90€ (broché) – Ebook disponible

AVIS

Les improbables, c’est le genre de lecture qui vous donne le peps pour la journée, le sourire aux lèvres et l’envie d’aider votre prochain à l’instar de ces cinq adolescents qui vont se rencontrer lors d’un repas destiné à récompenser leur bravoure et leur engagement pour la société. Ce repas, qui n’aurait pu être qu’un banal événement, va être le point de départ d’une très belle amitié !

L’autrice nous offre ici une galerie de personnages variée autant en termes de personnalité que d’origine ethnique ou socioculturelle. Une mixité sociale qui rend l’histoire prenante et qui explique, en partie, l’alchimie qui s’opère entre les protagonistes. Chacun se démarque de l’autre et apporte quelque chose au groupe même si certains protagonistes prennent, de par leur personnalité et les problématiques qu’ils rencontrent, un peu plus de place que les autres.

Si nos cinq héros sont bien présents tout au long du récit, l’histoire se concentre néanmoins autour de Sadie, une fille aussi gentille qu’altruiste à laquelle il est difficile de ne pas s’attacher. On comprend donc aisément que M. Upton, un homme âgé et malade, n’hésite pas à lui confier une mission qui lui tient particulièrement à cœur : réparer les errances de son « lézard » de père, un être abject ayant construit sa fortune sur le malheur et l’exploitation d’autrui. Pour ce faire, il confiera à la jeune fille une valise au contenu, de prime abord, bien énigmatique… Sadie, en plus de cette délicate mission, doit également faire face aux séquelles physiques, et surtout mentales, de l’agression dont elle a été victime quand elle a voulu sauver la vie d’un bébé.

Elle pourra heureusement compter sur le soutien de ses nouveaux amis qu’elle apprendra, petit à petit, à mieux connaître. Il y a donc Alice, une passionnée de chiens, qu’elle avait déjà eu le loisir de côtoyer durant son enfance, Val, amoureuse d’un goujat, Jean, un artiste qui a vécu des choses éprouvantes qu’il extériorise grâce à son art, et Gordie, un garçon avec lequel Sadie va au lycée et dont elle s’était amourachée plus jeune. Loin de passer l’été à rêvasser, ces cinq amis vont essayer de satisfaire le dernier souhait de M. Upton, et entreprendre de lutter contre le harcèlement scolaire et les trolls qui pullulent sur internet. C’est ainsi que naissent Les improbables, sorte de justiciers anonymes qui apportent un peu de bonté parmi un océan de méchanceté.

Le harcèlement scolaire est un sujet de plus en plus évoqué dans la littérature ce que, en tant qu’ancienne harcelée, je trouve salutaire. Mais ce que j’ai apprécié dans ce roman, c’est que l’autrice le fait avec intelligence. Au lieu de développer de grands principes, jolis sur le papier, mais difficilement applicables en réalité, elle ouvre une nouvelle voie. Elle montre à chacun, enfant comme adulte, que lutter contre ce fléau peut se faire par petites touches, que chaque bonne action, aussi simple soit-elle, peut faire boule de neige et contribuer à faire changer les choses. Dit comme ça, l’idée peut sembler simpliste, voire utopiste, mais Sadie et ses amis nous prouvent que ce n’est pas le cas. Que la méchanceté existe, mais que rien ne nous oblige à faire partie des haineux et autres trolls. Que la bonté ne se mesure pas en termes de valeurs monétaires, mais de ces petits actes qui offrent un peu de lumière à ceux qui sont dans le noir.

Les Improbables, c’est donc une belle histoire d’amitié, de celle qui fait grandir et permet d’en apprendre plus sur soi-même. Bien qu’elle ne soit pas au centre de l’intrigue, c’est aussi une histoire d’amour qui a su me faire sourire et m’attendrir alors que je ne suis pas une très grande amatrice du genre. J’ai apprécié que les personnages prennent leur temps pour s’avouer leurs sentiments même s’il ne faut pas très longtemps aux lecteurs pour deviner qu’il y a de l’amour dans l’air…

Mais au-delà de l’amour et de l’amitié omniprésente, le roman aborde des thèmes difficiles comme le harcèlement qu’il soit scolaire ou sur Internet, le handicap, les relations toxiques, la difficulté de trouver sa voie, les traumatismes, l’addiction notamment à la drogue… Le volet drogue prend d’ailleurs une certaine importance dans l’histoire, ce qui n’est pas forcément mis en avant dans le résumé. Je n’en dirai pas trop sur ce point, mais comme avec le harcèlement, Carrie Firestone nous offre un traitement pertinent du sujet. Sans tomber dans la moralisation à outrance, elle permet aux lecteurs de se rendre compte des conséquences néfastes de cette addiction sur la vie d’une personne, mais aussi sur son entourage. La seule chose qui m’a un peu dérangée, mais qui, d’une certaine manière, me semble réaliste dans certaines familles, c’est le déni des parents. Un déni qui contraint une jeune fille à prendre des responsabilités bien trop lourdes pour son âge…

L’autrice, tout en nous offrant un roman résolument optimiste, ne tombe donc pas dans la niaiserie. Malgré toute leur bonne volonté, Les improbables ne pourront rien faire contre l’égoïsme et la cupidité de certains individus. Ils ne pourront pas non plus sauver, contre leur volonté, les personnes qui refusent de l’être, mais peu importe, car ils ont réussi à lancer une dynamique d’entraide et de bienveillance qui porte, petit à petit, ses fruits…

Quant à la plume de l’autrice, elle est efficace !  Pas de fioritures, ni d’effets de manche qui auraient, de toute manière, alourdi le récit. On est dans du pragmatique avec des phrases relativement courtes, mais travaillées, de nombreux dialogues, des réparties percutantes… Un style accessible qui devrait plaire aux adolescents et aux adultes aimant les textes qui se lisent facilement. Petit détail qui devrait également séduire les jeunes lecteurs, la transcription de certains des SMS de la petite bande qui aime beaucoup ce mode de communication.

En conclusion, l’autrice, d’une plume simple mais entraînante, nous parle d’amitié, d’amour, mais aussi de harcèlement, de drogue et de méchanceté. Malgré des problématiques parfois difficiles, il ressort de ce roman une telle positivité que j’aurais envie de le qualifier de feel-good. À la fin de votre lecture, vous devriez avoir le sourire aux lèvres et l’envie, comme Les improbables, de faire le bien autour de vous. Cela tombe bien puisque Carrie Firestone nous prouve que cela est à la portée de chacun d’entre nous.

Alors qui a envie de rejoindre Les improbables ?

https://lightandsmell.files.wordpress.com/2018/12/bff13-Je2Bvide2Bma2Bbibliotheque.jpg?w=773&h=147

À même la peau, Lisa Gardner

A même la peau (A.M.THRIL.POLAR) par [Gardner, Lisa]

Je remercie Babelio et les éditions Albin Michel pour m’avoir permis de découvrir en avant-première À même la peau de Lisa Gardner, une autrice que j’avais très envie de découvrir.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Deux meurtres spectaculaires sont perpétrés à Boston à six semaines d’intervalle. Dans les deux cas, les victimes sont des femmes seules, atrocement mutilées, à côté desquelles l’assassin a déposé une rose.

L’inspectrice D.D. Warren, chargée de l’enquête, décèle vite une similitude entre ces mises en scène macabres et une longue série de meurtres ayant défrayé la chronique à Boston quarante ans plus tôt et dont l’auteur, Harry Day, s’est suicidé depuis.

Seul recours pour D.D. Warren : se rapprocher des deux filles de Harry Day. Se pourrait-il qu’il y ait un lien entre les récents crimes et Shana et Adeline ? Pour le savoir, D.D. Warren va devoir se confronter à cette interrogation : peut-on échapper à son destin lorsqu’il est marqué du sceau de la mort ?

Une plongée stupéfiante au cœur d’un enfer familial : Lisa Gardner s’impose définitivement comme une virtuose du thriller psychologique.

Albin Michel (2 janvier 2019) – 512 pages – Broché (22,90€) – Ebook disponible

 

AVIS

Le prologue met tout de suite dans l’ambiance de ce que l’on va trouver dans ce roman : du sang, de la tension et de l’angoisse ! L’autrice attaque, en effet, très fort avec une scène qui a ce quelque chose d’angoissant qui vous fait rendre compte de la chance que vous avez de ne pas la vivre. Et ce n’est pas l’inspectrice D.D. Warren qui vous dira le contraire…

Blessée et officiellement en arrêt suite à un incident sur une scène de crime dont elle garde les douloureux stigmates, mais dont elle n’a aucun souvenir, la policière refuse de se mettre au vert. Elle continue donc d’enquêter officieusement, grâce au soutien de son mari et de ses collègues, sur les meurtres perpétrés par un tueur qui écorche ses victimes et prélève de longues et fines bandes de peau. Ce charmant personnage se plaît également à mettre en scène ses crimes.

La route de D.D. croisera celle d’une psychiatre, Adeline, et ceci à double titre. D’abord dans le cadre de sa thérapie pour gérer cette douleur qui la handicape fortement et qui ne la quitte plus depuis son accident. Puis dans le cadre de son enquête sur le tueur à la rose… En plus d’être spécialisée dans le traitement de la douleur malgré une particularité génétique la rendant incapable de la ressentir, Adeline possède dans son patrimoine génétique une autre anomalie : elle est la fille d’un tueur en série, Harry Day, et la sœur d’une meurtrière aguerrie, Shana. Un héritage familial pesant surtout si l’on considère que les meurtres auxquels est confrontée la police s’inspirent fortement de ceux perpétrés par son père !

La mise en place de l’intrigue est efficace, l’autrice arrivant avec une facilité déconcertante à vous immerger dans son récit et à susciter en vous un certain nombre de questions, et ceci, dès les premières pages. À cela s’ajoute une narration alternée maîtrisée qui vous fera naviguer entre les pensées de D.D., d’Adeline, et de manière plus sporadique, de celles du tueur. 

Les deux femmes, dont les personnalités et les tempéraments sont diamétralement opposés, exercent pourtant le même intérêt sur le lecteur qui jubile autant à la découverte de la vie de l’une que de l’autre. C’est d’ailleurs l’un des atouts de ce roman, avoir su ménager un espace suffisant à chacune d’entre elles. Mais je dois bien avouer avoir développé, au fil de l’intrigue, une préférence pour les passages consacrés à Adeline.

La psychologie de ce personnage est, en effet, particulièrement bien travaillée. On assiste aux tourments et aux émotions très contradictoires qui l’assaillent notamment en ce qui concerne sa sœur. Il y a un vrai combat entre la psychiatre en elle qui sait pertinemment que Shana n’est pas capable d’émotions, et l’être humain qui espère quand même nouer avec cette tueuse des relations familiales. Autre aspect fascinant chez cette femme presque parfaite, sa relation à la douleur ou plus précisément, son absence de relation à la douleur. Alors qu’une vie sans souffrance physique aurait de quoi faire rêver, l’autrice nous prouve à quel point, la douleur fait partie de la vie et que sans cette dernière, on survit plutôt qu’on ne vit… Un constat amer qui poussera Adeline dans ses derniers retranchements.

On prend donc plaisir à suivre la vie et les pensées de cette femme complexe, et pas sans reproches, d’autant que Lisa Gardner, en bonne autrice de thrillers, sait jouer sur l’ambiguïté de son personnage. Liée par le sang à des meurtriers sanguinaires, peut-elle vraiment sortir indemne de cette famille qu’elle n’a pas vraiment connue, mais qui a pourtant fait tellement de dégâts dans sa vie et celle d’innocents ? Une manière pertinente et plutôt bien menée d’aborder le fameux débat entre inné et acquis. Apprend-on le goût du sang ou naît-on avec cette soif de sang, à moins que la réponse ne se situe au milieu ? À vous de vous faire votre propre opinion, mais vous verrez que sous la houlette de Lisa Gardner, rien n’est ni tout noir ni tout blanc.

L’enquête, sans être menée tambour battant, se révèle intéressante, voire palpitante, à mesure que l’étau se resserre autour de l’insaisissable tueur à la rose. Passé maître dans l’art de brouiller les pistes, ce tueur dégage une aura de mystère qui, en plus de laisser perplexe la police quant à ses motifs, le rend aussi dangereux qu’effrayant. Ce côté insaisissable joue en grande partie dans la tension et le suspense qui se dégagent du roman. On en vient, aux côtés de l’inspectrice D.D Warren, à se triturer les méninges pour essayer de déterminer qui est le tueur à la rose, et comprendre les raisons de ses agissements. Un simple psychopathe, un fan de Harry Day qui veut lui rendre hommage, le complice de Shana qui, depuis sa prison, serait responsable de ces horribles meurtres, ou la réalité est-elle bien plus tordue ? Je n’en dirai pas plus si ce n’est que l’autrice a su me mener en bateau…

Mue par la volonté/le besoin de lever le voile sur le tueur à la rose, j’ai lu le livre en trois soirées. Néanmoins, et là, c’est lié à ma propre personnalité et non à la qualité du roman, certaines scènes m’ont été difficilement supportables. Souffrant d’une phobie liée aux veines (oui, ça existe), et ne supportant pas les descriptions détaillées de blessures par arme blanche sur ces dernières, j’ai dû survoler certains passages. Cela ne m’a pas empêchée de passer un moment de lecture très addictif d’autant que ces scènes restent anecdotiques par rapport au reste de l’intrigue. Mais si vous êtes plutôt du genre sensible, mieux vaut être prévenu, l’autrice ne fait pas dans la dentelle quand il s’agit de sang.

En conclusion, une plume efficace, des personnages à la psychologie développée et complexe, un tueur insaisissable aux motifs flous, une enquête aux multiples ramifications, du suspense, de la tension, des scènes vous faisant passer par de nombreuses et intenses émotions… Tout autant de raisons qui vous pousseront à vous plonger avec angoisse et délectation dans ce roman qui devrait vous tenir en haleine jusqu’à la fin. Si vous avez envie d’un thriller puissant et intense qui se lit rapidement, À même la peau est fait pour vous.