Les hommes virils lisent de la romance, Lyssa Kay Adams

Couverture Les hommes virils lisent de la romance

La première règle du club de lecture :
On ne parle pas de club de lecture.

Le mariage de Gavin Scott est un problème. La star du baseball des Nashville Legends a récemment découvert un secret humiliant : sa femme Thea a toujours fait semblant d’être le Big O. Sa réaction à cette révélation est la goutte d’eau qui fait déborder le vase dans leur relation déjà tendue. Thea demande le divorce, et Gavin se rend compte qu’il a laissé sa fierté et sa peur prendre le dessus.

Bienvenue au Club de lecture Bromance.

Désemparé et désespéré, Gavin trouve de l’aide auprès d’une source improbable : un club de lecture romantique secret composé des meilleurs hommes alpha de Nashville. Avec l’aide de leur lecture actuelle, une régence torride appelée Courting the Countess, les gars entraînent Gavin à sauver son mariage. Mais il faudra bien plus que des mots fleuris et des gestes grandioses pour que ce malheureux Roméo retrouve son héros intérieur et regagne la confiance de sa femme bien-aimée.

Editions Harlequin (3 mars 2021) – 416 pages
Papier (16,90€) – Ebook (5,99€)

AVIS

Si l’expérience globale de lecture fut agréable, j’ai regretté que l’autrice, en voulant dénoncer certains problèmes du patriarcat, tombe parfois dans le piège des stéréotypes. Pour ma part, je ne pense pas que toutes les femmes lisent de la romance et non, je ne trouve rien de très sexy à un clin d’œil. Au mieux, j’aurais tendance à penser que l’homme devant moi veut se débarrasser maladroitement d’une poussière dans l’oeil ; au  pire, que c’est une tentative de séduction soit maladroite, soit condescendante, voire les deux. Je forcis le trait, mais vous m’aurez compris : toutes les femmes sont différentes, et vouloir prétendre le contraire, c’est tout sauf un message féministe…

Ce point mis de côté, j’ai adoré l’idée de départ de l’autrice : aider un homme à sauver son mariage grâce à un club de lecture d’un genre très spécial. Un club de lecture secret qui réunit des hommes divers et variés qui ont compris que les romances, et notamment les romances historiques, ne sont pas des histoires à l’eau de rose sans intérêt. Elles représentent un excellent moyen pour des hommes de saisir toutes ces atteintes à leur liberté dont les femmes ont été victimes par le passé, et de réfléchir à leur condition actuelle. D’ailleurs, les membres du club n’hésitent pas à utiliser les romances historiques comme un vrai guide pour comprendre les femmes de leur vie.

Bien entendu, cette démarche a ses limites, mais elle dénote une réelle volonté de bien faire et d’améliorer les choses. Exactement ce qu’essaie désespérément de faire Gavin, joueur de baseball professionnel, qui veut sauver son mariage et reconquérir le cœur de sa femme, Thea. Pour cela, il est prêt à tout, même à suivre l’exemple de Lord Benedict, héros de la romance historique que ses amis du club de lecture l’ont enjoint à lire, et dont on a des extraits tout au long du roman. Les débuts sont un peu difficiles pour notre joueur qui découvre un tout monde avec ses propres codes…

Gentil, doux, volontaire, sensible, et très amoureux de sa femme, j’ai trouvé Gavin aussi attendrissant qu’émouvant. À la place de Thea, je n’aurais pas pu lui résister bien longtemps, d’autant que son physique semble des plus attrayants. Durant son entreprise de séduction, Gavin commencera à mettre le doigt sur les failles de son couple, des failles qu’il a préféré ne pas voir. Une prise de conscience qui renforcera son envie de faire table rase du passé et de repartir de zéro avec Thea, une femme qu’il n’a jamais vraiment appris à connaître. Il faut dire que leur relation a démarré comme un feu d’artifice : coup de foudre, mariage et grossesse. Trois étapes qui n’auront duré que quelques mois et qui n’auront pas préparé Thea à la difficulté d’être la conjointe d’un sportif de haut niveau (pression médiatique, engagements caritatifs, relations parfois difficiles avec les autres femmes de joueurs, absences répétées…).

Néanmoins, pour sauver un mariage, il faut être deux, et Thea ne semble pas décidée à redonner une chance à son couple. Ses griefs sont trop nombreux et sa peine trop profonde. Je dois vous avouer que Thea m’a exaspérée pendant une bonne partie du roman : je l’ai trouvée geignarde au possible, égocentrique au point de ne pas voir le mal qu’elle fait à ses propres filles, obtuse, de mauvaise foi, et surtout, très injuste. Bien sûr que son mari n’est pas parfait et qu’il a commis des erreurs en négligeant sa vie de famille, et en considérant comme acquis les sacrifices professionnels et personnels de sa femme, mais finalement, ce n’est pas ce que lui reproche Thea. Tout au long du roman, elle lui reproche de ne pas avoir compris et remarqué son désarroi et tout ce qui n’allait pas dans sa vie à elle.

Et là, je dis non. Gavin aurait dû être attentif, mais il ne pouvait guère deviner les pensées, les sentiments et les insécurités de sa femme, cette dernière ayant préféré se taire durant leurs trois ans de mariage, simuler systématiquement sa satisfaction au lit, et refuser d’évoquer ce passé qui l’a si durement marquée. Dans ce contexte, il me semble quelque peu injuste de reprocher à Gavin de ne pas avoir su à quel point elle allait mal, d’autant qu’elle-même ne l’avait pas vraiment réalisé. Si Thea m’a agacée, je l’ai trouvée néanmoins très réaliste ! Elle m’a rappelé bon nombre d’amies qui se plaignent de leur mari sans jamais ne rien leur dire directement, un peu comme si la société avait formaté les femmes à contenir leurs griefs dans leur tête et à assumer leur statut de femme, d’épouse et/ou de mère, le sourire aux lèvres, en toutes circonstances.

En ce sens, je trouve le roman libérateur et révélateur : une femme a le droit de ne pas être satisfaite de sa vie de couple et/ou de famille, et elle a le droit de l’exprimer. Je ne dis pas que l’autre en face sera à l’écoute, mais si on se contente du statu quo et de ruminer dans sa tête, difficile de faire évoluer les choses… Je comprends néanmoins la difficulté de faire face à ses propres émotions et à les exprimer devant autrui, notamment quand le passé vient s’en mêler et vous emmêler. De fil en aiguille, on réalise, en effet, que le comportement de Thea trouve sa source dans son passé et son enfance auprès d’un père absent, et d’une mère démissionnaire et peu intéressée par ses deux filles… Un passé qu’elle a tellement peur de reproduire qu’elle en vient à prendre des décisions qui ne pourront que blesser tout le monde, ses deux adorables jumelles y compris.

Heureusement, Gavin n’est pas prêt à laisser sa famille voler en éclats. Et si ses tentatives de rapprochement et de séduction sont parfois maladroites, elles finiront par atteindre le cœur de Thea et la pousser, petit à petit, à affronter son passé, avant, peut-être, de pouvoir s’en libérer. Quant à Gavin, la menace du divorce va lui permettre de réaliser ce qui compte vraiment pour lui. Et puis, il doit lui-même affronter des blessures anciennes liées à son bégaiement, des blessures qui ont atteint sa confiance en lui. Si ce n’est pas une excuse, cela explique sa réaction puérile et extrême quand il a réalisé que sa femme ne connaissait pas d’orgasme entre ses bras. La société a, en effet, une légèrement tendance à faire peser sur les hommes un certain culte de la performance au lit, liant exploits sexuels et valeur d’un homme.

À travers l’exemple de ce couple, l’autrice nous prouve avec justesse l’importance de la communication et du travail que nécessite une relation, un coup de foudre ne suffisant pas pour établir des fondations solides. Mais elle nous montre également la nécessité de ne pas vivre dans le passé et de projeter ses peurs sur l’autre. À cet égard, la sœur de Thea en est un parfait exemple. Liv adore sa grande sœur et ses nièces, et fait tout pour les soutenir, mais son comportement nous semble néanmoins assez vite toxique. Pas par méchanceté, mais plus par besoin de se rassurer quant à sa place dans la vie de Thea, comme si elle était en compétition avec Gavin…

Intitulée The bromance book club, cette série porte bien son nom, parce qu’au-delà du couple Thea/Gavin, elle accorde une belle place à l’amitié masculine. Mais pas à cette amitié malsaine emplie de testostérones souvent érigée en modèle, mais à une franche amitié faite de bienveillance, d’humour, de taquineries et d’une réelle volonté d’aider l’autre. Et ça, j’avoue que ça m’a fait complètement fondre et craquer. J’ai adoré la relation entre Gavin et son meilleur ami, mais aussi celle entre Gavin et Mack, qui aime à le provoquer. Une relation chien/chat qui ne manquera pas de vous faire sourire.

Quant à la plume de l’autrice, elle est calibrée pour vous donner envie de lire d’une traite le roman, ce que j’ai d’ailleurs fait. Le style est simple, mais efficace, alternant entre quelques éléments du passé, extraits d’une romance historique fictive, et dialogues fluides et réalistes.

En conclusion, j’ai adoré cette idée de club de lecture secret et entièrement masculin qui utilise les romances historiques pour mieux comprendre les femmes et sauver des couples. Les hommes virils lisent de la romance frappe donc par son originalité, et la manière dont l’amitié entre hommes est positivement mise en avant. Malgré des personnages féminins agaçants, j’ai vibré au gré des échanges entre un homme et une femme qui ont besoin d’apprendre à communiquer, avant de savourer pleinement le bonheur du quotidien et d’une vie de famille bien remplie. Cela ne se fera pas sans heurt, mais Gavin pourra compter sur l’aide de ses amis et d’un certain Lord pour reprendre sa place auprès de sa femme et de ses filles !

N’hésitez pas à lire l’avis des Blablas de Tachan que je remercie pour cette lecture commune.

Je remercie Babelio et les éditions HaperCollins pour m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

En Arden, Mathilde Hug

En arden par Hug

Une compagnie de théâtre monte Macbeth, la police blesse à mort un jeune garçon et des émeutes éclatent dans Paris. Alors que son couple bat violemment de l’aile, Julie lit Shakespeare, se languit de son amant et retrouve son amie Sophia en soirée. Privé et politique sont les deux faces de la même pièce, en constante correspondance ; ils font d’En Arden le tiers lieu au sein duquel Julie, héroïne toute contemporaine, joue les équilibristes.
Mathilde Hug compose ici un premier grand roman féministe, dans lequel elle réussit à harmoniser le tragique propre à l’époque, les outrances médiatiques, les élans du désir, l’onirisme des parrainages littéraires avec les drames de l’intime.

Gorge Bleu – 252 pages – Broché (17€)
Illustration de couverture : Christelle Diale

AVIS

J’ai tout de suite été séduite par la couverture poétique et onirique qui laissait présager un texte tout en délicatesse.

Et c’est exactement ce que j’ai trouvé dans ce roman, du moins dans la forme, puisque le fond se concentre sur des thématiques sociétales fortes et importantes. Ainsi, les nombreuses références littéraires et les pensées et états d’âme de Julie mettent en lumière une actualité brûlante et des schémas de pensées archaïques, certaines issues du colonialisme et du patriarcat. Des pensées délétères et des préjugés qui égratignent chaque jour un peu plus le vivre-ensemble et menace d’imploser à chaque moment. C’est d’ailleurs dans un certain climat de tension que nous évoluons, des échauffourées ayant éclaté après l’interpellation d’un lycéen qui a mal tourné. Un drame qui ne sera pas sans faire écho à d’autres, ceux-là bien réels…

Si Julie nous semble évoluer dans son monde intérieur, elle se prend la réalité en pleine face : son couple est une vaste fumisterie, les sourires sont parfois un moyen détourné d’obtenir ce que l’on souhaite, le monde est injuste, le sexisme et le harcèlement de rue, une réalité, et la France pas forcément ce pays de tolérance qu’il se targue d’être. Mais alors qu’elle s’informe, s’indigne et essaie de comprendre, son compagnon se contente d’un cynisme propre à une certaine élite intellectuelle qui semble parfois déconnectée des drames du quotidien, préférant s’enfermer dans des idées et postures bien plus confortables. Mais jusqu’à quand peut-on faire la sourde oreille et rester en retrait du monde ? Jusqu’à quand peut-on prétendre ignorer que la politique d’intégration défendue par le modèle républicain français se soit transformée, au fil du temps, en une injonction à subir la discrimination en silence ? Comment peut-on laisser le racisme gangréner les esprits et les injustices durablement s’établir ?

La dénonciation du racisme et de l’hypocrisie autour de la question tient une place importante dans le roman, mais l’autrice évoque également les discriminations envers les femmes, mais surtout le rôle et la place que la société leur a assignés. Injonctions à se taire, injonctions à paraître, injonctions à enfanter, mais pas à explorer sa sexualité sous le prisme du plaisir… Difficile de dire les femmes libres ! N’oublions pas non plus la manière dont leur présence dans la rue est bafouée et soumise aux regards des hommes qui se sont approprié l’espace public : sifflement, insultes, regards salaces, frottements… Quand on est une femme, et quoi qu’on puisse faire, on est certaine d’y être confrontée à un moment de sa vie, plus probablement tout au long de sa vie.

Mais, peut-être pire, cette oppression et étouffante domination ne se limitent pas à la rue. Combien de femmes n’ont-elles pas pu ou osé dire non à leur compagnon, petit ami ou mari ? Combien doivent encore subir le mépris quotidien et ces petites phrases destinées à les remettre à leur place ? Combien se sont laissées prendre dans les filets d’un manipulateur ?

En parallèle de ces thématiques, on suit les coulisses d’une pièce de théâtre que tente de mettre en scène Thomas, avec l’aide de Julie. Mais entre les doutes personnels de l’homme, ses propres barrières mentales et les conflits entre les acteurs, la situation est loin d’être reposante. Cet interlude dans le monde du spectacle avec son aura toute shakespearienne m’a bien plu et offre une vision réaliste, et non idéaliste, du processus créatif et de ses difficultés… J’ai également apprécié la subtilité avec laquelle théâtre au sens strict du terme et théâtre de vie se fondent dans une mélopée grinçante.

Si l’écriture est puissante, poétique et belle à la fois et les différentes thématiques intéressantes, notamment par toutes ces réflexions et prises de conscience qu’elles suscitent, du racisme à la « puissance du masculin » en passant par tous ces doutes qui forment les personnalités, ce texte pourra surprendre. Car, du moins pour moi, on est bien plus à la croisée de l’essai et du roman que de la pure œuvre de divertissement. Un mélange audacieux, très bien amené, et plutôt percutant, qui a bien fonctionné sur moi, mais qui ne convaincra pas forcément les lecteurs en quête d’une simple histoire, et non d’une œuvre mêlant avec un certain sens de l’à-propos trajectoire individuelle et débâcle collective.

En conclusion, En Arden fait partie de ces textes forts, portés par une belle et délicate plume, qui bousculent les certitudes et poussent les lecteurs à s’interroger sur leurs propres croyances et le miroir déformant à travers lequel ils en sont venus à les façonner. Engagé, et par certains aspects militant, voici un ouvrage qui ne laissera personne indifférent, et dont la puissance réside, entre autres, dans la manière dont il fait le parallèle entre littérature, crises existentielles et drames actuels.

« J’écoute le bruit qui gonfle, qui ondule, qui se retire et qui revient, tapageur, violent. « 

Je remercie Babelio, Mathilde Hug et les éditions Gorge Bleu pour m’avoir envoyé ce livre en échange de mon avis.

La légende oubliée et le gardien du temps, Victor Zolem

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Dan est un jeune garçon qui survit difficilement dans la société, son esprit est troublé par des idées noires, jusqu’au jour où un étrange personnage l’empêche de faire le grand saut et lui donne un médaillon étincelant. Emporté malgré lui par les évènements, son destin le conduira sur une île isolée remplie de mystères et de phénomènes étranges.

5 SENS (6 juillet 2020) – 282 pages – Prix (20,42€)

AVIS

Malgré de bonnes idées, ce roman n’a pas réussi à me passionner ni à grandement m’intéresser. Le prologue m’avait pourtant tout de suite emballée avec cette histoire de médaillon magique aux pouvoirs incommensurables, et potentiellement destructeurs. Un médaillon qui a été divisé en dix parties, chacune confiée à un gardien. Au fil du temps, les gardiens se sont succédé, mais leur rôle n’a, quant à lui, jamais changé : protéger coûte que coûte le morceau qui leur a été confié afin que personne ne puisse reconstituer le médaillon en entier et mettre en péril l’humanité…

On fait ensuite la connaissance de Dan, un jeune homme qui ne survit péniblement que grâce à ses talents de pianiste. Alors qu’il était prêt à se suicider devant la vacuité de son existence, un homme lui confie un médaillon avant de disparaître. Dan va être alors approché par une femme peu sympathique et loquace, puis conduit dans un sanctuaire isolé sur une île. Le début d’une nouvelle vie mouvementée et dangereuse, dont il n’aurait jamais pu anticiper la teneur ni en deviner tous les enjeux.

Dans un premier temps, j’ai adoré me plonger dans cette sorte de huis clos, de prendre le temps de suivre Dan dans l’apprentissage de son nouveau rôle, de découvrir tous les personnages et les pouvoirs associés à leur médaillon. La mythologie autour du médaillon original m’a également semblé intéressante d’autant qu’elle nous permet de réaliser l’importance des gardiens dans la préservation du monde…

Toutefois, très vite, le comportement du chef des gardiens nous semble suspect. L’homme nous apparaît, en effet, très mystérieux, cachottier, voire franchement menaçant à mesure que Dan s’affirme et pose des questions qu’il juge dérangeantes. La confrontation entre les deux personnages gagne en intensité, ce qui n’a pas été pour me déplaire même si au bout d’un moment, leur méfiance mutuelle a fini par me lasser. J’aurais peut-être apprécié qu’ils agissent au lieu de passer des lustres à se jauger… J’ai également regretté des longueurs et des phases d’action un peu trop bavardes à mon goût. Oui, il y a du mouvement, mais il est bien souvent entouré d’un blabla qui ne m’a guère convaincue.

L’auteur m’a, en outre, paru utiliser un peu trop les apartés pour donner des informations qu’il n’a peu réussi à inclure dans la narration. Est-ce un défaut en soi ? Non, mais ça manque clairement de subtilité. Or, c’est ce genre de petits détails qui peut rendre une lecture pesante et lui faire perdre son attrait. Je reconnais néanmoins que la plume de l’auteur gagne en maturité au fil des pages, les petites maladresses et lourdeurs des débuts laissant place à un style plus maîtrisé et donc plus agréable.

Dans l’ensemble, les personnages m’ont paru assez manichéens et peu attachants, ce qui ne m’a pas permis de vraiment m’inquiéter pour eux. Mais l’auteur offre une réelle évolution à son héros, le poussant dans ses retranchements jusqu’à lui faire prendre une direction à laquelle je ne m’étais pas attendue. Ce fut d’ailleurs la bonne surprise du roman, appréciant les prises d’initiative qui déconcertent et qui, comme ici, soulèvent différentes questions, notamment d’ordre éthique et moral. Car, vous verrez que les bonnes intentions ne s’accompagnent pas toujours des meilleures actions et décisions, et qu’un héros peut finir par agir comme la personne qu’elle combat. Une nouvelle preuve de la mince frontière entre le bien et le mal. On appréciera également le jeu autour du temps, du voyage temporel et des paradoxes qu’il peut engendrer…

En conclusion, La légende oubliée et le gardien du temps n’a pas répondu à mes attentes, mais je reconnais que le roman possède certains atouts que soit la mythologie mise en place autour d’un puissant médaillon ou le rôle délicat des gardiens, autant protecteurs que potentiels destructeurs. Si le roman n’a pas réussi à me passionner, je pense qu’il pourra plaire aux lecteurs appréciant les histoires de quête de pouvoir et de héros sur la voie de leur destinée.

Découvrez le roman sur le site de 5 sens éditions.
Merci à Babelio et à la maison d’édition pour cette lecture.

La Guilde des aventuriers (tome 1), Zach Loran Clark et Nick Eliopulos

La Guilde des aventuriers, tome 1 : La Guilde des Aventuriers par Loran Clark

Bienvenue dans la Guilde des Aventuriers.
Nul ne connaît leur nombre exact. Elle est composée d’illuminés à la cervelle ensorcelée et autres créatures corrompues par les démons, tous lourdement armés.
Voici la consigne : rester en vie jusqu’à demain matin.
Pierrefranche est l’une des dernières cités survivant à l’assaut des monstres qui ont envahi le monde. Différentes guildes y organisent la résistance. Parmi elles, celle des Aventuriers a mauvaise réputation :
Ses apprentis sont recrutés de force.
Ses membres meurent jeunes.
Zed, un demi-elfe aux pouvoirs magiques, est désigné pour rejoindre la guilde des Aventuriers. Son meilleur ami Brock décide alors de se porter volontaire pour l’accompagner. L’intrépide Liza, elle, née d’une famille de nobles, a toujours rêvé d’entrer dans la Guilde.
Zed, Brock et Liza vont peu à peu découvrir, derrière les murailles de la ville, un monde aussi dangereux que merveilleux. Or, les Aventuriers sont la dernière ligne de protection de la ville…

Bayard Jeunesse (23 septembre 2020) – 448 pages – Broché (15,90€) – Ebook (10,99€)
À partir de 10 ans

AVIS

La Guilde des aventuriers fut une lecture jeunesse divertissante que j’ai pris grand plaisir à découvrir.

Dans ce premier tome, les auteurs prennent le temps de nous expliquer le fonctionnement des différentes guildes et de ce monde ravagé par les Dangers, des créatures qu’il ne fait pas bon de croiser. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle la cité de Pierrefranche, l’un des derniers bastions de résistance, vit cloîtrée derrière son enceinte. Seuls quelques individus osent et sont autorisés à en franchir les portes. Ces derniers, des Aventuriers avec un grand A au regard des risques qu’ils prennent pour leur vie, sont tous regroupés au sein de la guilde des Aventuriers.

Et c’est au sein de cette organisation que sont enrôlés Zed et Brock, l’un à son corps défendant, et l’autre par amitié, à moins que ses motivations soient un peu plus complexes que cela… J’ai adoré l’amitié unissant ces deux enfants qui ne pourraient être plus différents, mais qui ont pourtant su bâtir des liens forts que l’on espère inébranlables. Car leur amitié va être mise à rude épreuve entre les petites cachotteries, les découvertes sur eux-mêmes, et tous ces Dangers et menaces qu’ils vont devoir affronter… Les amateurs de monstres et de créatures fantastiques pas très ragoûtantes devraient être ravis, les auteurs nous offrant quelques rencontres mouvementées avec des Kobolds, Nagas et autres joyeusetés. On appréciera d’ailleurs, en fin d’ouvrage, les quelques planches les représentant et nous indiquant leurs principales caractéristiques.

De l’action, ce premier tome n’en manque pas, ce qui rend la lecture extrêmement trépidante et agréable. Que l’on soit jeune lecteur ou non, les pages défilent donc rapidement d’autant qu’en plus du rythme qui ne souffre d’aucune longueur, une large et belle place est accordée à l’amitié. L’amitié de toujours comme celle entre Zed et Brock, mais aussi l’amitié de circonstance puisque les deux jeunes héros font faire de nouvelles rencontres au sein de leur guilde. On pensera plus particulièrement au nain Jett que les auteurs n’épargnent pas ou à l’intrépide Liza, une jeune fille haute en couleur que j’ai adoré suivre bien que j’aurais apprécié qu’elle soit plus présente dans ce premier tome.

Liza est issue de la noblesse, mais contre toute attente, elle se porte volontaire pour intégrer la guilde des Aventuriers. Une décision plutôt inattendue si l’on considère que bien qu’indispensable, cette organisation est vue d’un mauvais œil par les habitants. Repaire de brigands, pour les uns, lieu de perdition pour les autres… Mais peu importe pour la jeune fille qui n’a pas sa langue dans sa poche et qui est bien décidée à troquer ses belles robes contre un bouclier et une épée. Et, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle s’épanouit dans son rôle de guerrière !

Brock, quant à lui, se révèle peut-être un peu moins doué avec les armes que Liza, mais il a pour lui son bagout, son intrépidité et sa propension à se sortir de toutes les situations. Cette différence de personnalité explique peut-être la relation chien-chat que les deux personnages vont nouer, sans oublier les préjugés de Brock sur le milieu d’origine de la jeune fille... Mais heureusement devant la situation, ils vont apprendre à travailler ensemble, car après tout, étrange ou pas, la guilde des Aventuriers est une grande famille dont les membres veillent les uns sur les autres.

Et comme souvent dans les grandes familles, il y a une figure forte qui suscite crainte et respect. J’ai beaucoup aimé Fond qui nous semble, dans un premier temps, bourrue et impitoyable, la femme n’hésitant pas à envoyer ses jeunes recrues affronter les Dangers sans grande préparation. Mais de fil en aiguille, il nous apparaît que les choses sont bien plus complexes qu’il n’y paraît et que Fond n’est peut-être pas cet être sans cœur dont certains aimeraient se débarrasser, pour des motifs plus ou moins nobles… En tant que dirigeante d’une guilde importante, elle doit prendre des décisions parfois difficiles, mais on sent que tous ses actes sont dirigés vers la protection de la cité malgré le mépris que les habitants affichent à son égard…

Un mépris, ou du moins, une certaine méfiance que Zed, en tant que demi-elfe, a dû également affronter toute sa vie, bien que ce soit pour des raisons différentes… Malgré sa timidité et ses nombreux doutes, il saura faire preuve de courage, prendre des initiatives et nous réserver quelques surprises. On reste dans le schéma classique d’un jeune héros au grand destin, mais ça marche ici très bien, les auteurs n’en faisant pas trop. Zed possède une force dont il n’a pas encore conscience, et qui pourrait le mettre en danger ainsi que tous ses proches, mais ce n’est pas non plus le super héros qui peut résoudre à lui seul tous les problèmes.

Un point que j’ai, pour ma part, beaucoup apprécié et qui permet de mettre en lumière l’importance du travail d’équipe pour faire face aux Dangers, à l’avidité de certains et à des découvertes qui menacent l’ordre et la sécurité de Pierrefranche. Et si finalement, le danger ne provenait pas que de l’extérieur ? Une question qui s’impose à nous et qui entraîne les personnages dans une course folle à la vérité, une course empreinte de magie, de mystère, d’amitié et d’action !

La fin, quant à elle, laisse entrevoir une suite dans laquelle le danger s’intensifie, qu’il soit le fait des créatures qui hantent le monde ou d’une chose beaucoup plus triviale. Je lirai donc la suite avec plaisir dans l’espoir, entre autres, d’obtenir certaines réponses quant aux origines de Zed, et peut-être, d’en apprendre plus sur certains personnages qui n’ont joué ici qu’un rôle mineur. Je serais ainsi curieuse de découvrir quelle place Jett va occuper au sein de la guilde, mais aussi comment un personnage, en apparence agaçant, va évoluer, certains indices laissant supposer que son cas n’est pas désespéré.

En conclusion, dans ce premier tome, les auteurs prennent le temps de poser les bases d’un univers d’inspiration médiévale dans lequel un groupe de parias, regroupés au sein d’une guilde autant méprisée que respectée, lutte pour assurer la sécurité d’une cité en proie à des créatures qui se veulent de plus en plus menaçantes. En plus de l’action omniprésente, de la magie et de ce petit air de complot qui attise la curiosité des lecteurs, l’intérêt du roman réside également dans ses protagonistes divers et variés que l’on prend plaisir à découvrir et à suivre dans leurs (més)aventures !

Je remercie Babelio et les éditions Bayard jeunesse pour m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

L’Inconnu de la forêt, Harlan Coben

L'Inconnu de la forêt par Coben

Vous ne savez rien de lui, il est pourtant votre seul espoir.
Le maître incontesté du thriller vous emmène en balade sur le chemin d’une nouvelle insomnie… Prenez garde à ne pas vous perdre.

WILDE.
SON NOM EST UNE ÉNIGME, TOUT COMME SON PASSÉ.

Il a grandi dans les bois. Seul.
Aujourd’hui, c’est un enquêteur aux méthodes très spéciales.

VOUS IGNOREZ TOUT DE LUI.

Il est pourtant le seul à pouvoir retrouver votre fille et cet autre lycéen disparu.
Le seul à pouvoir les délivrer d’un chantage cruel. D’un piège aux ramifications inimaginables.

Mais ne le perdez pas de vue.

CAR, DANS LA FORÊT, NOMBREUX SONT LES DANGERS ET RARES SONT LES CHEMINS QUI RAMÈNENT À LA MAISON.

Belfond (15 octobre 2020) – 432 pages – Broché (21,90€) – Ebook (14,99€)
Traduction : Roxane Azimi

AVIS

Reçu dans le cadre d’une masse critique spéciale Babelio, ce roman devait être chroniqué sous forme d’une lettre adressée à la personne de notre choix…

Coucou Fab,

Confinement oblige, je ne vais pas pouvoir te parler dimanche chez papa du dernier Coben que j’ai lu. Et comme tu n’aimes pas trop les mails et que j’en ai marre du téléphone qui semble être devenu une extension de mon oreille ces derniers mois, je ressors ma plus belle plume (oui, je vends du rêve) et une feuille pour t’envoyer une petite lettre.

D’habitude, c’est plutôt avec papa que je parle livre, mais comme tu sembles avoir apprécié le roman de l’auteur que je t’ai offert à Noël, je me suis dit que celui-ci pourrait également te tenter. Je ne sais pas si tu te souviens, mais je t’avais expliqué que ce qui fait le charme d’Harlan Coben et qui rend ses romans si addictifs, c’est sa manière de proposer des intrigues percutantes qui se lisent vite et bien ! Et L’inconnu de la forêt ne déroge pas à la règle puisque j’ai profité d’un jour férié pour le lire d’une traite ou presque. Alors on ne retrouve pas forcément le suspense haletant qui fait également la marque de fabrique de l’auteur, mais cela n’ôte en rien le plaisir que l’on prend à se plonger dans son esprit parfois tortueux… Si le suspense n’est pas ce qui caractérise ce roman, la tension est, quant à elle, bien présente jusqu’à devenir presque étouffante dans la dernière ligne droite durant laquelle les événements s’enchaînent et les révélations pleuvent. Je me suis d’ailleurs laissée surprendre par le fin mot de cette histoire, plus complexe qui n’y paraît, qui mêle avec brio politique, dérives des médias et des réseaux sociaux, disparition et harcèlement scolaire.

D’ailleurs, tu te souviens d’Anthony et sa bande ? Eh bien, l’auteur nous en propose ici une version encore plus démoniaque. À côté de Cash et de ses potes, l’équipe de harceleurs de notre primaire et du collège fait bien pâle figure ! La victime de ces énergumènes aussi riches que décérébrés ? Une pauvre fille du nom de Naomi qui semble porter son statut de victime et de punching-ball sur sa figure et jusque dans le moindre de ses gestes. Mais le souffre-douleur disparaît une fois avant d’être retrouvé puis de disparaître à nouveau. Fugue, encore un jeu idiot d’une adolescente prête à tout pour être enfin acceptée par ses bourreaux ou le pire, cette fois, est-il à craindre ? Si les policiers ne semblent pas prendre l’affaire très au sérieux, la question de sa sécurité se pose quand un autre adolescent disparaît à son tour. Les deux affaires sont-elles liées ?

Si tu veux le savoir, il va te falloir lire le roman que je te prêterai volontiers une fois qu’on pourra se voir. Mais dans ma grande mansuétude, je vais quand même t’en dire un peu plus, notamment sur un personnage énigmatique comme on les aime, Wilde. Sa psychologie n’est pas développée outre mesure, mais je sais que cela ne te dérange pas et puis, vu son histoire personnelle, ça semble plutôt cohérent. En effet, Wilde est un enfant des bois, un enfant retrouvé dans la forêt sans que jamais personne n’ait jamais pu retrouver les siens ou retracer les premières années de sa vie. Privé de mémoire et de passé, Wilde s’est donc développé, une fois la civilisation retrouvée, comme il l’a pu. Une histoire particulière dont il garde des traces comme un cauchemar récurrent et l’impossibilité de nouer des liens sociaux avec autrui. Alors il a bien eu un meilleur ami, décédé depuis, et se sent proche du fils de ce dernier, pour lequel il joue le rôle de tonton, mais difficile pour lui de s’enfermer dans des relations conventionnelles… Un homme sans attache, mais attachant, que l’on prend plaisir à suivre et que l’on aimerait beaucoup retrouver dans d’autres aventures.

Et c’est cet homme énigmatique qui va mener l’enquête autour de la disparition de Naomi suite à la demande d’une avocate pénaliste et animatrice télé septuagénaire, elle-même sollicitée par Matthew, son petit-fils et filleul de Wilde. Hester m’a un peu fait penser à mamie, avant qu’une araignée lui grignote la mémoire, par son humour, sa pugnacité, son mordant et son sens de la répartie. Une mamie badass que tu devrais autant apprécier que moi, même si je pense que tu seras peut-être un peu moins sensible que je l’ai été à sa vie personnelle, entre l’envie d’être proche de son petit-fils et les papillons qui s’éveillent grâce à un certain chef de police… En revanche, je ne doute pas que tu sois touché par sa difficulté à faire le deuil d’un fils trop tôt décédé…

En plus de l’enquête pour retrouver les deux adolescents disparus, l’une paria et l’autre star du lycée, il y a un aspect plus politique dans ce roman, un point qui ne semble pas avoir convaincu tous les lecteurs bien que, pour ma part, je l’ai trouvé intéressant, surtout si l’on considère l’élection américaine qui vient de se terminer. On retrouve d’ailleurs ce côté opposition franche et farouche entre deux hommes politiques, l’un présenté comme le diable en personne, un anarchiste capable de mettre l’Amérique à genoux, et l’autre comme un fervent patriote, prêt à tout pour protéger son pays. Mais Rusty Eggers est-il aussi dangereux que Saul Strauss semble le penser ? Une bonne question avec, en sous-texte, une autre à laquelle Machiavel a déjà répondu, la fin justifie-t-elle les moyens ? Jusqu’où peut-on aller pour défendre ses idéaux et son pays ?

Cette dimension politique permet également à l’auteur de présenter les failles du système judiciaire américain qui nécessite parfois de bafouer les droits des uns, plus particulièrement s’ils ne sont ni blancs ni riches, pour garantir l’ordre et un pseudo-sens de la justice. Dans cette optique, même des victimes peuvent finir par choisir d’endosser le rôle de bourreau par confort personnel et volonté de préserver leur confort matériel et leurs acquis sociaux. Une nouvelle preuve que contrairement à une vision binaire et simpliste de la vie défendue par certains, la réalité est bien plus complexe et teintée de gris, chacun d’entre nous étant du capable du meilleur comme du pire… 

Je vais m’arrêter là parce qu’il y a des chances que pendant que tu lis cette lettre, Éva et Émeric aient déjà mis le salon sens dessus dessous et qu’une dizaine de mini-drames autour de doudous sournoisement subtilisés se soient déjà joués. Mais si les petits monstres te laissent un peu de temps, tu sais vers quel livre te tourner…

Je remercie Babelio et les éditions Belfond de m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

La solitude d’une goutte de pluie, Fabien Muller

La solitude d'une goutte de pluie par Jean-Fabien

Dépassé par sa vie professionnelle, oscillant entre une hypocondrie qui l’étouffe et une vie sentimentale chaotique, Benoît navigue à vue. Le jour où la délicatesse d’une coïncidence vient chambouler son quotidien, il comprend qu’il ne faut jamais défier les desseins du hasard. Histoire de trajectoires qui se percutent ou expérience de réinsertion émotionnelle, La solitude d’une goutte de pluie est avant tout le récit d’une rencontre où s’entrelacent un scorpion fataliste, un lampadaire philosophe et une adolescente gothique, tisseuse des fils du destin.

Éditions L’Âge d’Homme (22 juillet 2020) – 200 pages – Broché (22€)

AVIS

Avec son physique avenant et son travail qui fait rêver les jeunes diplômés aux dents longues, Benoît aurait, à première vue, de quoi être heureux. Mais les apparences sont parfois trompeuses : il vient de se faire plaquer brutalement, bien que cela ne semble guère le déranger, il souffre d’une légère hypocondrie et, peut-être plus grave, il prend la vie comme elle vient sans vraiment savoir dans quelle direction aller. Benoît est donc de ces gens qui semblent avoir tout, mais qui n’ont rien. Et ce n’est pas son travail de Directeur marketing, dont il n’ignore pas la vacuité cachée derrière un vocabulaire volontairement abscons, qui va lui apporter ce sens qui fait défaut à son existence.

Mais le hasard faisant bien les choses, une mystérieuse inconnue, Myriam, va faire une entrée fracassante dans sa vie. Ce qui avait commencé par une erreur de courriel va alors déboucher sur une correspondance 2.0 à laquelle nos deux personnages vont prendre goût. De fil en aiguille, ils se découvrent tout en gardant une grande part de mystère, ni l’un ni l’autre ne semblant prêt à se dévoiler trop vite. Les échanges de mails entre Benoît et Myriam, emplis d’humour et de taquineries, apportent beaucoup de charme à l’intrigue même si j’aurais apprécié qu’il y en ait bien plus.

Cela ne m’a pas empêchée de prendre beaucoup de plaisir à me laisser porter par la plume de l’auteur qui nous plonge avec un certain mordant, et beaucoup de finesse, dans la vie de Benoît dont j’ai adoré l’humour et l’auto-dérision. Dès les premières pages, je n’ai pu retenir mes rires, cet homme ayant une vraie capacité de recul sur ses propres défauts, sur l’inutilité de son travail et les limites et absurdités du système de management à l’américaine en vogue dans son entreprise. C’est à se demander si ce n’est pas la politique de rébellion consistant à « ne rien faire et à le revendiquer » de l’un de ses collaborateurs qui serait encore la moins absurde…

Benoît n’est pas un héros ni un antihéros, c’est un courant d’air qui se laisse porter par le vent jusqu’à ce que Myriam entre dans sa vie par la petite porte et s’insinue petit à petit dans son esprit pour lui donner, sans le vouloir, cette grande claque dans le dos dont il avait besoin pour avancer et enfin reprendre les rênes de son existence. Parce que travailler sans entrain ni passion et passer d’une femme à l’autre plus par habitude que par envie, est-ce réellement vivre ?

En parallèle de cet homme qui erre dans la vie sans but précis, on découvre Myriam, non pas à travers ses mails, mais grâce à un procédé que j’apprécie toujours beaucoup et qui permet de faire la connaissance d’une adolescente haute en couleur. J’ai eu un coup de cœur pour Emma qui, derrière un certain cynisme et un humour grinçant, se révèle plutôt attachante et pleine d’initiatives ! Très liée à sa mère, elle est ainsi bien décidée à l’aider à se sortir de cette léthargie qui l’accable et à la soutenir, à son insu, dans ses tentatives de séduction virtuelle… Après tout, il ne va pas se faire tout seul ce petit frère qu’elle aimerait bien avoir. Et tant pis, si pour cela, elle va devoir se rapprocher d’un geek dont la notion d’hygiène semble être plutôt approximative. Qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour les gens qu’on aime !

Il y a donc beaucoup d’humour dans ce roman que ce soit à travers les personnages ou quelques situations cocasses qui ne devraient pas manquer de vous faire sourire. Il se dégage également une certaine poésie de cette rencontre fortuite et virtuelle entre deux êtres que rien ne destinait à se rencontrer, si ce ne sont les facéties du destin et un besoin de se plonger dans l’inconnu afin de pallier les insuffisances de l’existence.

Contrairement à ce que laissent présager la couverture et le titre mélancoliquement poétique, ce roman n’est pas triste, loin de là. Sans tomber dans les poncifs et autres idées dégoulinantes de bons sentiments de certains feel good, l’auteur réalise un sans-faute avec un roman qui amuse et qui emporte, qui fait sourire et qui interroge sur le sens de la vie. Drôle, relevé et bien plus profond qu’il n’y paraît, voici un roman que je vous conseillerais si vous aimez les belles plumes, l’humour, les personnages attachants, mais pas parfaits, et les hasards de la vie qui font les belles histoires.

Je remercie les Éditions L’Âge d’Homme et Babelio pour cette lecture.

Amitié, tout ce qui nous lie, Heike Faller et Valerio Vidali

Amitié, tout ce qui nous lie par Faller

Ce livre est dédié à toutes les amitiés : les éphémères, celles qui durent toute une vie, celles qui sont devenues des histoires d’amour et celles que nous n’avons pas osé sauver.

Sous-Sol (1 octobre 2020) – 180 pages – Relié (19,90€)

AVIS

Quand Babelio m’a proposé de recevoir Amitié, tout ce qui nous lie, je n’ai pas hésité une minute, attirée par la perspective de découvrir un ouvrage graphique abordant un sujet ô combien important, l’amitié. N’oublions pas, pour reprendre Aristote, que l’homme est un animal social.

Que l’on approuve ou non la pensée de ce grand philosophe, je pense que ce livre pourra plaire à un large public, l’amitié revêtant une place plus ou moins importante dans la vie de chacun. Or ce que nous propose ici Heike Faller, ce n’est ni plus ni moins qu’une magnifique ode à l’amitié, celle d’une vie, celle de quelques instants, celle qui naît d’un centre d’intérêt commun, de circonstances particulières ou du plus parfait des hasards, celle qui perdure malgré la distance et les années, celle qui se délite sans que l’on ne sache vraiment pourquoi, celle qui nous échappe avant de revenir s’imposer dans notre vie comme une évidence ou à l’inverse, celle que l’on n’avait pas vu venir et qui prend le temps d’éclore, celle qui devient histoire d’amour…

Au gré des pages, le lecteur ne pourra que retrouver certaines scènes faisant écho à son propre passé et à ses propres expériences : les discussions jusqu’au bout de la nuit et les secrets murmurés dans le silence de l’obscurité, les jeux plus ou moins sages, les bons moments et les bonbons partagés (importants, les bonbons, mais ça marche aussi avec le chocolat), les voyages, les éclats de rire parfois gênants pour les autres, mais tellement vivifiants pour les amis qui les partagent, la jalousie, l’oreille attentive et le soutien indéfectible malgré les divergences d’opinions et les petits défauts qui font de l’autre ce qu’il est, un véritable ami !

Évidemment, toutes les pages n’ont pas résonné en moi avec la même force, mais toutes m’ont touchée, voire parfois émue, grâce aux souvenirs qu’elles ont fait remonter à la surface. Une raison suffisante, s’il en fallait une, pour se laisser tenter et submerger par ce très bel ouvrage qui bénéficie d’un travail éditorial de qualité : format carré et relié facile à prendre en main, couverture soft touch très agréable qui rappelle la douceur des moments partagés entre ami(e)s dont l’illustration de couverture est, pour moi, un joli exemple, mise en page intéressante et agréable avec des double-pages entièrement illustrées et rehaussées d’un texte toujours économe en mots, mais pas en beauté, en poésie et en émotions…

Il se dégage ainsi beaucoup de lumière et de douceur de cet album illustré par Valerio Vidali qui a pris le parti de nous offrir des illustrations colorées que l’on pourrait qualifier de naïves et épurées. Un style, dont je ne suis en général pas la plus grande amatrice, mais qui se marie ici à merveille avec le texte et qui lui donne encore plus de force. Ce que suggère avec subtilité et concision Heike Faller, l’illustrateur lui donne vie et nous en fait ressentir toute la puissance. On appréciera également, en fin d’ouvrage, les quelques pages expliquant la genèse de l’album.

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En conclusion, de par l’universalité du thème abordé et de la douceur avec laquelle cela est fait, Amitié, tout ce qui nous lie est un très bel ouvrage à mettre entre toutes les mains afin de redécouvrir une vérité que le rythme effréné de la vie actuelle aurait vite fait de nous faire oublier : l’importance de l’amitié. Beau, tendre, poétique, doux et chaleureux, un album à lire et à relire seul ou entre ami(e)s…

Je remercie les Éditions du sous-sol et Babelio pour m’avoir envoyé ce livre en échange de mon avis.

Peindre la pluie en couleurs, Aurélie Tramier

Morgane est directrice de crèche. Solitaire, fermée, elle ne supporte plus les enfants et rêve d’acheter une pension pour chiens. Tout vole en éclats lorsque sa sœur meurt dans un accident de voiture, lui laissant deux enfants en héritage. Eliott et Léa vont bousculer le quotidien de leur tante et faire ressurgir chez elle de douloureuses blessures profondément enfouie.

Marabout (27 mai 2020) – 336 pages – Broché (19,90€) – Ebook (9,99€)

AVIS

Quant j’ai reçu la proposition de Babelio pour recevoir ce roman, je n’ai pas hésité très longtemps aimant beaucoup la ligne éditoriale de la collection La Belle Étoile qui m’avait déjà régalée avec Un métro pour Samarra et Je refuse d’y penser. Et je peux vous dire que mon empressement initial a été récompensé au-delà de toutes mes attentes, Peindre la pluie en couleurs ayant été un coup de cœur.

Une voiture, un arbre, des sirènes d’ambulance, il n’en faut pas plus pour faire voler en éclats le bonheur de toute une famille et priver deux enfants de leurs parents. Orphelins à l’âge de 10 et 6 ans, Eliott et sa petite sœur, Léa, seront donc recueillis par Morgane, cette tante un peu froide qui ne semble apprécier que son chien. Les débuts de cette cohabitation forcée sont maladroits et parfois tendus… Être une directrice de crèche consciencieuse et efficace ne fait pas de Morgane la parfaite maman à l’instinct inné pour répondre aux besoins des enfants ni même la personne le plus chaleureuse au monde. Il lui faudra donc apprendre à s’occuper de ces deux enfants, elle qui n’en voulait pas, tout en affrontant une mère bien décidée à récupérer ses petits-enfants quoi qu’il lui en coûte.

Malgré ce sujet du deuil en toile de fond, le roman n’est pas triste et pour moi qui suis très sensible au sujet de la mort que j’ai tendance à éviter, cela fait toute la différence. J’ai adoré la manière dont l’intrigue se focalise autour du travail de reconstruction sans pour autant occulter les moments de doute et le poids de l’absence. Derrière la perte, la vie n’est jamais loin, un joli message porté avec subtilité par ce roman, et de manière bien plus brute de décoffrage par un personnage secondaire que j’ai tout simplement adoré : un croque-mort qui croque la vie à pleines dents !

En dépit de son exubérance avec sa tendance à faire des entrées remarquées à base de chansons de Dalida lancées à tue-tête de son corbillard, cet homme n’est pas dénué d’une certaine sagesse, de celle que l’on apprend à l’école de la vie et qui enseigne l’humilité. Respirant la bonté et la bienveillance, il aidera, souvent sans le vouloir, Morgane à voir la vie sous un autre jour. Quant à Viviane, un membre du personnel de la crèche, elle se révélera un atout précieux pour Morgane qu’elle soutiendra et conseillera sans jamais la juger. Douce, gentille et avec un cœur d’ange, cette femme m’a beaucoup touchée d’autant qu’elle doit elle-même porter son propre fardeau…

Ces aides spontanées et désintéressées contrebalanceront la méchanceté de la mère de Morgane qui s’immisce dès qu’elle le peut dans l’éducation que son aînée donne à ses petits-enfants. Si j’ai détesté ce personnage que j’ai trouvé révoltant, il n’en demeure pas moins intéressant de par son évolution et dans la mesure où il permet de mettre en avant le poids des secrets, des incompréhensions et de ces injustices qui minent des familles.

Petit à petit, on lève donc le voile sur l’histoire familiale compliquée de Morgane marquée par les tensions entre elle et sa mère qui lui a toujours préféré sa sœur, Émilie. L’amour inconditionnel pour Émilie est d’ailleurs le seul point commun qu’elles partagent puisque Morgane a toujours adoré sa petite sœur et veillé farouchement à la défendre quitte à se sacrifier… Car si Morgane semble avoir le cœur desséché, c’est qu’elle porte un lourd secret et une croix dont elle a bien du mal à se départir. Dès le début de l’histoire, l’autrice évoque à demi-mot ce qu’a vécu par Morgane avant de nous dévoiler la vérité… Je vous laisserai le soin de découvrir le secret qui la ronge, mais je peux néanmoins vous dire que j’ai apprécié la manière dont Morgane réalise progressivement que là où elle ressent de la honte, il n’y a pas à en avoir, du moins pas de son côté, et que derrière son acte, se cache bien plus d’amour qu’elle ne pourrait l’imaginer…

D’ailleurs de l’amour et de beaux moments, il n’en manque pas dans ce roman dans lequel nos personnages apprennent à se connaître et à s’apprivoiser mutuellement. Il ne s’agit pas ici de remplacer des parents ou de venir combler un vide mais bien de développer une relation particulière empreinte d’amour, de confiance et de bienveillance. Une chose que Morgane, Eliott et Léa apprennent à faire main dans la main, à leur propre rythme. Tout ne sera pas facile, la perte de leurs parents affectant évidemment Eliott et Léa, mais les deux enfants trouveront leur place aux côtés d’une tante qui n’est finalement peut-être pas aussi froide qu’il n’y paraît. Quant à Morgane, solitaire depuis si longtemps, c’est un peu comme si elle avait tout à (ré)apprendre : à s’ouvrir, à sourire, à rire, à danser, à lâcher prise, mais surtout à se pardonner afin d’apprendre à aimer, la condition sine qua non pour offrir ce foyer chaleureux dont ont tellement besoin son neveu et sa nièce.

L’autrice a opté pour une narration alternée entre Morgane et Eliott. Le procédé, en plus de rendre la lecture dynamique et quelque peu addictive, nous permet de nous sentir au plus proche de l’histoire et des personnages qui se sont révélés, pour la plupart, particulièrement attachants. Bien que ma vie soit différente de la sienne, je me suis parfois reconnue en Morgane avec sa maladresse dans les interactions avec autrui, sa difficulté à exprimer ses émotions, son amour inconditionnel pour son chien et son rêve d’ouvrir une pension pour chiens… Elle m’a donc beaucoup touchée comme l’adorable Léa qui est un petit rayon de soleil capable de chasser en un sourire tous les nuages. Léa possède une intelligence du cœur qui offre une belle bouffée d’oxygène à sa tante et à son frère, mais elle n’en demeure pas moins une petite fille qui a besoin d’être consolée la nuit, seul moment où elle semble laisser s’exprimer son propre chagrin.

Quant à Eliott, il se montre très mature pour son âge bien que la mort de ses parents le pousse à commettre des actes qui ne lui ressemblent pas et qui nécessiteront l’intervention bienveillante d’une professionnelle. Je l’ai trouvé adorable dans son envie de protéger sa sœur et de faire de son mieux pour la rendre heureuse. Cela offre d’ailleurs de très jolis moments de complicité entre les deux enfants. Entrant parfois en conflit avec Morgane et profitant des largesses de sa grand-mère même quand il comprend que ce n’est pas une bonne idée, Eliott n’en demeure pas moins un gentil garçon qui fait de son mieux pour affronter une situation difficile qui a chamboulé toute sa vie et fait voler en éclats ses repères. Il lui faudra donc un peu de temps pour s’ouvrir à sa tante et lui laisser une place dans son cœur…

À l’aide d’une plume simple et d’une grande fluidité, l’autrice sait toucher les lecteurs, énonçant avec une certaine délicatesse des vérités parfois difficiles tout en s’efforçant d’instiller beaucoup de lumière et de chaleur dans les cœurs. Il en résulte une belle lecture pleine d’émotion avec des phrases qui frappent, interpellent et sur lesquelles on prend le temps de réfléchir…

Difficile de résumer en quelques mots ce roman qui a tellement résonné en moi. Est-ce parce que j’ai retrouvé quelques similitudes entre Morgane et moi, que j’ai terminé ce livre pile la veille de mes 35 ans, son âge, ou que l’autrice a su se frayer une place jusque dans mon cœur ? Peu importe finalement puisque le résultat est là, un roman coup de cœur qui m’a fait pleurer, sourire et qui m’a insufflé un élan d’optimisme fou, moi à la pessimiste de nature. Un livre qui évoque la perte, la mort, la résilience, le pardon, la rédemption, la notion de famille, mais surtout la vie et la possibilité pour chacun de renaître de ses cendres. Touchant et émouvant, Peindre la pluie en couleurs est de ces romans que l’on n’oublie pas et que l’on porte haut dans son cœur.

Je remercie Babelio et la collection La Belle Étoile pour m’avoir permis de découvrir Peindre la pluie en couleurs d’Aurélie Tramier en échange de mon avis.

Simone Veil ou la force d’une femme

Annick Cojean est grand reporter au Monde.
Au fil de sa carrière, elle a croisé Simone Veil à plusieurs reprises. Au fil de leurs rencontres, une relation singulière s’est installée entre Simone Veil et la journaliste.
Une relation de femmes au-delà des fonctions.
Un portrait subjectif, délicat et parfois surprenant de la femme au-delà de l’héroïne.

Steinkis (28 mai 2020) – 112 pages – Relié (18€) – Ebook (9,99€)
Auteurs : Annick Cojean  – Xavier Bétaucourt
Illustrateur : Etienne Oburie

AVIS

2017, Paris. L’annonce du décès de Simone Veil s’accompagne, pour la journaliste Annick Cojean, d’un article à rendre sur cette grande dame qu’elle a eu l’honneur de rencontrer à plusieurs reprises, que ce soit lors de manifestations officielles ou de rendez-vous plus personnels et intimes… La journaliste remonte alors le fil du temps et de ses souvenirs pour nous brosser le portrait d’une femme de caractère et d’une grande dignité qui a toujours lutté pour les opprimés et les exclus.

En plus d’être visuellement attractive, cette BD présente un atout important pour les personnes qui, comme moi, ont parfois peur de se lancer dans des biographies : l’accessibilité. Les auteurs ont ainsi réussi à synthétiser en un peu plus de cent pages toute la vie d’une femme qui en a pourtant vécu mille ! Cela rend évidemment la lecture agréable et rapide tout en offrant un bel aperçu de tous les événements marquants qui ont jalonné la vie personnelle et professionnelle d’une femme extraordinaire au destin hors du commun.

On découvre ainsi son enfance heureuse et insouciante auprès d’une mère qu’elle n’a jamais cessé d’aimer et d’admirer sans pour autant partager sa manière de s’oublier pour les autres, la guerre, la déportation, l’emprisonnement, l’humiliation, la mort et les drames, mais aussi sa rencontre avec son mari, son rôle de mère, ses amies… Je dois dire que j’ai été touchée par la pudeur avec laquelle est évoqué le passé de Simone Veil, et notamment la douloureuse expérience de la déportation qui marquera à jamais son existence. À l’inverse, le mépris et le manque de respect de certains devant son envie de témoigner sur le sujet m’ont laissée sans voix. Nul doute qu’il fallait la force de caractère et la pugnacité d’une femme comme Simone Veil pour faire face à toutes les situations qu’elle a traversées…

Les auteurs retracent également sa carrière qu’elle a menée d’une main de maître malgré les premières réticences d’un mari qui finira par la soutenir : ses débuts dans l’administration pénitentiaire qui lui permettront d’apporter un peu d’humanité là où elle avait été bafouée en toute impunité, son affectation à la direction des affaires civiles avec le constat affligeant du retard de la France, sa présidence du Parlement européen, son passage au ministère de la Santé marqué par la loi sur le droit et l’accès à l’IVG qu’elle défendra avec beaucoup de fermeté et de courage malgré des propos haineux et des attaques personnelles révoltantes… Des fonctions qu’elle exercera toujours avec détermination, droiture et conviction !

Évidemment, les sujets et les événements ne sont pas développés outre mesure, mais ils sont présentés avec assez de concision et de clarté pour en saisir tous les enjeux et/ou leur importance historique. Libre ensuite à chacun de faire ses propres recherches…

Le fait de parler de Simone Veil à travers les souvenirs d’une personne qui l’a côtoyée apporte également une dimension humaine et presque intime à cette BD, ce que j’ai trouvé fort appréciable. On sent toute l’admiration et la sympathie d’Annick Cojean pour cette figure historique avec laquelle elle avait fini par développer une relation dépassant le simple cadre professionnel. Une relation faite d’échanges à cœur ouvert et de confidences, notamment sur les rapports que chacune d’entre elles entretenait avec ses parents. Il faut dire qu’elles ont toutes deux eu plus ou moins un schéma similaire, entre une mère aimante et dévouée qu’elles adoraient, et un père autoritaire.

De cette structure familiale classique, Simone Veil a démontré tout au long de sa vie une grande soif d’indépendance financière qui explique probablement sa réussite professionnelle et une volonté farouche et inébranlable de pousser les femmes à travailler, à s’unir et à oser revendiquer leur place dans une société dominée par les hommes. Ce qui était vrai à son « époque » l’est tout autant actuellement puisque si les choses évoluent progressivement, il est flagrant de constater à quel point le combat pour la parité semble toujours d’actualité !

Quant aux illustrations, j’ai apprécié leur savant mélange entre précision et simplicité. Les décors et autres éléments architecturaux sont d’un réalisme indiscutable quand le faciès des personnages est plus ébauché, Étienne Oburie se concentrant sur les expressions. Un très bon moyen pour faire passer toutes les émotions qu’un regard, un sourire, une expression peuvent transmettre sans se perdre dans une avalanche de détails qui détournerait l’attention des lecteurs. On appréciera également la sobriété des couleurs avec des planches monochromes dont la couleur évolue en fonction de la temporalité dans laquelle Annick Cojean nous projette. Une manière élégante et subtile de guider la lecture.

En conclusion, dans une ambiance graphique douce et forte à la fois, cette BD raconte de manière inédite et avec une certaine tendresse, Simone Veil, de son enfance heureuse, aux drames qui ont jalonné sa vie en passant par sa carrière professionnelle qui ne peut qu’inspirer et servir d’exemple à des générations de femmes. Un portrait inédit tout en subtilité qui rend un vibrant hommage aussi bien à Simone Veil, l’héroïne pugnace qui a œuvré pour le bien des femmes et des exclus, que Simone Veil, la femme au-delà du personnage politique, historique et médiatique !

Simone Veil ou la force d’une femme est une BD passionnante et instructive que je ne peux que vous recommander pour en apprendre plus sur cette femme bien plus accessible que ce qu’une apparente austérité ne laisse présager. Et c’est probablement le tour de force d’Annick Cojean qui, en partageant ses souvenirs, a réussi à rendre Simone Veil aussi inspirante et humaine que touchante.

Je remercie Babelio et les éditions Steinkis pour m’avoir envoyé cet ouvrage en échange de mon avis.

 

 

La gitane aux yeux bleus, Mamen Sánchez

L’inspecteur Manchego approcha le smartphone dernière génération de son oreille, en retenant sa respiration. Il entendit une voix nasale, sur un bruit de fond rythmique, une sorte de lamentation ou de prière, et les accords d’une guitare. Il ne comprit pas un traître mot de ce que disait l’interlocuteur – c’était en anglais –, mais il devina qu’il ne s’agissait pas d’un appel au secours, on n’y sentait aucune peur.
– Qu’est-ce qu’il dit ? demanda-t-il.
– Textuellement : « Papa, laisse-moi faire. Je maîtrise la situation. »

En bon Espagnol, l’inspecteur Manchego a tout de suite identifié d’où provenait le message : d’une boîte de flamenco. Pas de quoi s’alarmer, donc, quand un riche éditeur londonien, flanqué d’un interprète, vient, très inquiet, lui annoncer que son fils, la trentaine, bien sous tous rapports, a disparu à Madrid depuis plusieurs semaines, après ce dernier fameux appel.
Enlevé ? Séquestré ? Blessé ? Tué ? Mais non, il y a forcément une femme là-dessous.
En fait, surtout une exquise gitane aux yeux bleus – ça c’est curieux – et face à une tribu de Grenade au grand complet, le jeune Atticus a-t-il la moindre chance ? Non, bien sûr…comme on va le voir au fil de ses irrésistibles aventures.

Mercure de France (4 juin 2020) – 304 pages – Broché (21,80 €) – Ebook ( 15,99 €)
Traduction : Judith Vernant

AVIS

Quand Babelio m’a proposé de découvrir ce roman, je n’ai pas hésité une minute, le résumé m’ayant tout de suite intriguée. Et très vite, j’ai compris que l’auteure allait me faire passer un bon, non, un excellent moment de lecture auprès de personnages hauts en couleur !

Atticus, fils prodigue d’un ponte de l’édition anglaise, est envoyé par son père en Espagne afin de fermer la revue Librarte, un gouffre financier. Mais avant de pouvoir tourner la page de ce retentissant et désagréable échec commercial, il doit licencier en bonne et due forme les cinq employées à temps plein. Une mission pas très agréable, mais en apparence assez simple, qui va toutefois prendre un tournant quelque peu inattendu ! Les cinq femmes travaillant pour la revue ne sont, en effet, pas décidées à partir sans tenter de sauver leur outil de travail dont elles ont toutes, pour des raisons différentes, besoin. Et pour ce faire, elles ont fomenté un plan aussi audacieux que loufoque.

Est-ce que ce plan a quelque chose à voir avec la disparition d’Atticus qui conduira son père à solliciter l’inspecteur Manchego ? Je vous laisserai le soin de le découvrir, mais ce qui est certain, c’est que vous pouvez vous attendre à être embarqué dans une aventure complètement extravagante qui ne manquera pas de vous surprendre et de vous arracher de nombreux sourires et éclats de rire. Je me suis ainsi beaucoup amusée à remonter la trace d’Atticus, l’auteure ne ménageant pas ses effets de surprise et multipliant les situations rocambolesques durant lesquelles les différences culturelles entre Anglais et Espagnols sont mises en avant avec beaucoup de charme et d’humour. Quand le flegme britannique et le côté hautain et guindé de l’aristocratie anglaise rencontrent la flamboyance et la chaleur espagnole, cela fait quelques étincelles ! Certains dialogues et échanges valent ainsi leur pesant d’or et me resteront probablement longtemps en tête… Le trait est parfois forcé et flirte avec la caricature et les clichés, mais ça semble complètement assumé et fait sans excès, ce qui rend le tout savoureux à souhait.

Le rôle de l’inspecteur volontaire, mais avec un côté un peu boulet, apporte aussi pas mal de comique à l’histoire d’autant que Manchego ne fait rien pour qu’on ait envie de le considérer avec sérieux. Vous auriez l’idée vous en tant que policier d’engager un cambrioleur pour éviter de passer par une voie plus classique, mais plus longue, ou d’aller acheter des cotons-tiges pour faire un test ADN ? Beaucoup d’humour, de bonne humeur et de légèreté donc dans ce roman qui est loin d’être un banal roman policier, la disparition d’Atticus ne servant que de prétexte à une intrigue pleine de mordant dans laquelle l’amitié revêt une place primordiale. Je parle d’amitié au singulier, mais elles sont pourtant plurielles, Berta, Soleà, María, Asunción et Gaby étant très proches. Ces femmes ont des parcours professionnels et personnels très différents, mais elles ont pourtant réussi à aller au-delà de leurs différences pour développer une jolie complicité.

Cette galerie de femmes au tempérament varié est probablement l’atout charme de ce roman puisqu’il est impossible de ne pas se prendre d’affection pour ces dernières et de leur souhaiter le meilleur. J’ai toutefois eu un peu de mal avec María qui m’a semblé considérer avec une certaine nonchalance des actes discutables sur le plan moral et pénal même si on lui accordera des circonstances atténuantes. J’ai eu, à l’inverse, un coup de cœur pour Berta, la patronne de la revue qui veille avec beaucoup de bienveillance sur les autres femmes de son équipe. Le traitement que lui réserve l’auteur m’a vraiment séduite et m’a même donné quelques papillons dans le ventre ayant trouvé cette femme très touchante dans sa relation avec un autre protagoniste.

Tout au long du roman, on apprend donc à connaître ces femmes, ce qui est également l’occasion pour l’auteur d’aborder, sans pathos et avec une certaine douceur, une multitude de sujets : l’amitié, l’amour, l’adultère, la trahison, le mensonge, le pardon, le désir de maternité non assouvi, la maltraitance physique et psychologique, les secrets de famille, la famille… En ce qui concerne la famille, les lecteurs auront, tout comme Atticus, l’occasion de découvrir celle de Soleà. Une expérience plutôt inoubliable ! Exubérants, chaleureux et accueillants, les membres de la famille de la jeune femme ne manquent ni de présence ni de panache même si c’est probablement la grand-mère qui m’a le plus marquée et touchée. Difficile donc de ne pas succomber au charme de cette grande famille, et ce n’est pas Atticus qui vous dira le contraire.

Issu de l’aristocratie anglaise qui considère toute forme de démonstration affective comme un signe de vulgarité, notre jeune Anglais aurait pu être tenté de prendre la poudre d’escampette devant toutes ces embrassades et effusions tellement peu anglaises. Mais de fil en aiguille, on le découvre de plus en plus attaché à des us et des coutumes très éloignés de ses habitudes, mais qui le rapprocheront d’une certaine jeune femme au regard envoûtant. L’évolution d’Atticus se révèle spectaculaire bien que plus amusante que crédible, l’auteur jouant habilement avec cette idée de « l’amour qui transforme » pour la pousser à son paroxysme. Pour ma part, j’ai apprécié ce changement, mais je ne vous cacherai pas que l’Atticus version anglaise, qui ne se déplaçait jamais sans sa bouilloire et son Earl Grey (bon du Twinings, mais personne n’est parfait) me plaisait plutôt bien. N’envisageant pas une journée sans mes trois tasses de thé réglementaires, je ne suis peut-être pas très objective sur ce point…

En plus d’avoir proposé une intrigue complètement loufoque et une truculente galerie de personnages, l’auteure multiplie les références littéraires et fait même intervenir, sous une forme inattendue, un auteur classique de fantasy qui a ici quelques tendances au voyeurisme. Les amoureux des livres, a fortiori s’ils aiment le thé et rire, devraient donc trouver leur bonheur avec ce roman qui se lit tout seul ou presque.

Il faut dire que Mamen Sánchez réussit à attiser l’intérêt des lecteurs dès les premières pages que ce soit grâce à une plume fluide et légère pleine d’humour ou l’alternance entre présent et passé qui ne peut que donner envie de comprendre les tenants et les aboutissants de la disparition d’Atticus. Les pages défilent donc toutes seules avant de nous offrir une conclusion à la hauteur de personnages hauts en couleur et des péripéties pleines de surprises d’un Anglais qui n’est peut-être pas aussi froid et guindé qu’il le pensait. Et si le bonheur n’était finalement pas dans le thé ?

Tendre, rocambolesque et pétillant, plus qu’un roman, une bouffée d’oxygène et de légèreté pour un beau voyage plein de saveurs entre Madrid et Grenade !

Je remercie Babelio et les éditions Mercure de France pour m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.