Throwback Thursday Livresque #114 : les couleurs – rose, violet

J’ai décidé de participer à un nouveau rendez-vous autour du livre : le Throwback Thursday Livresque. Organisé par Bettie Rose Books, le principe est de partager chaque semaine sa lecture autour d’un thème mensuel qui sera décliné chaque semaine.


Cycle : les couleurs

  • Semaine 5 : noir, blanc, gris
  • Semaine 6 : jaune, orange, rouge
  • Semaine 7 : rose, violet
  • Semaine 8 : vert, marron, ocre
  • Semaine 9 : bleu

Pour ce thème, j’ai hésité entre plusieurs titres avant d’opter pour un ouvrage que j’ai très peu vu circuler sur la toile : Séoul, visages d’une ville.

dsc_06181Séoul, visages d’une ville est un essai issu du documentaire de Gina Kim Faces of Seoul
(2009, en anglais et coréen).
Le dispositif en est simple en apparence : la réalisatrice coréenne revient régulièrement à Séoul, qu’elle a quitté, pour voir sa famille, et à chaque retour, elle tourne des vidéos de ses promenades et rencontres, comme on tiendrait un journal intime. De cette masse d’images anodines et accidentelles, elle tire un montage vidéo sur lequel elle tisse un commentaire inspiré sur la ville.
Son enquête dans cette ville à la fois familière et étrangère aboutit ainsi à une méditation sur le statut de la représentation et de l’art, le souvenir, l’identité, le rapport au père. Elle y découvre qu’un film d’art et d’essai, comme une ville, une photo et toutes les formes de représentations qui ont un support physique, relient la présence du présent avec le fantasme du passé, la réalité et le désir, nous et les autres. Car les villes, comme les films et les photos, nous articulent à ce qui n’est pas nous, nous complètent et nous font nous rencontrer dans nos solitudes…

Pourquoi ce choix ?

D’abord pour la couverture très très rose ! Puis parce que je lis très peu d’essais et que je désirais donc mettre celui-ci en avant d’autant qu’il parle d’un pays que j’aimerais beaucoup visiter, la Corée du Sud, et plus particulièrement d’une ville qui me fascine, Séoul. Nous suivons ainsi la narratrice qui déambule dans la ville de son enfance et qui nous fait part de ses différentes pensées et réflexions…

En plus d’être original sur le fond, cet ouvrage l’est également dans sa forme : il s’agit de la retranscription d’un essai vidéo. Cela se traduit notamment par une très belle mise en page enrichie de différentes photos et de flash codes.

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Pour en apprendre plus sur Séoul, visages d’une ville, je vous invite à lire ma chronique dont voici la conclusion :

Séoul, visages d’une ville est un essai qui plaira à toutes les personnes curieuses de découvrir les différentes facettes de Séoul, vue par Gina Kim, dans le temps ou l’espace. Il permet une incursion intéressante et vivante dans l’esprit d’une femme qui, sans se perdre dans un passé révolu, prend le temps d’observer, de confronter la Séoul de ses souvenirs avec celle du présent et d’en tirer des réflexions parfois teintées de philosophie, mais toujours très personnelles.

Et vous, ce livre vous tente-t-il ?
Quel ouvrage auriez-vous choisi ?

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Urbanités coréennes : Un « spectateur » des villes sud-coréennes

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Je remercie Babelio et la maison d’édition L’atelier des cahiers pour cette découverte.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Quelles questions la Corée soulève-t-elle sur l’essence de ce qui fait la ville ? En quoi l’histoire urbaine de Séoul nous instruit-elle sur notre propre conception de la modernité ? Pourquoi ne construirait-on pas des grands ensembles au cœur de la ville ? Et si le droit à une vue dégagée depuis son appartement était aussi important que la protection des vieilles pierres qui sommeillent au cœur des centres historiques ? Que nous dit de la société coréenne l’esthétique des villes, des corps qui les habitent aux monuments qui les structurent ? Des mégacentres commerciaux aux espaces marginaux des jardins potagers, quels sont les nouveaux lieux de sociabilité des citadins ?
Voilà quelques-unes des questions qui ont été chaudement débattues au cours des quatre journées du forum « Urbanités coréennes » tenu à la Cité de l’architecture & du patrimoine à Paris en avril 2016. À partir de onze films et documentaires, architectes, chercheurs et créateurs français et coréens ont interrogé les cultures urbaines en Corée, dans toute leur diversité. Cet ouvrage en restitue l’essentiel sous une forme originale.
Tout comme les Anglo-Saxons publient des « lecteurs » (readers) qui sont des anthologies de ce qu’il faut avoir lu sur une thématique particulière, nous proposons ici un « spectateur » (viewer) critique des films qu’il faut avoir vu pour comprendre la ville sud-coréenne.

  • Nombre de pages : 208 pages
  • Dimensions : 14,5 x 21 cm
  • Prix public : 22 000 wons/22 euros
  • Parution : octobre 2017

AVIS

Avant de parler du fond, il convient de parler de la forme dans la mesure où d’une part, la qualité du travail éditorial mérite qu’on s’y attarde un instant et que d’autre part, la forme et le fond de cet essai sont intrinsèquement liés. Urbanités coréennes est le troisième ouvrage de L’atelier des cahiers que je tiens en main et le deuxième que je chronique. Et j’y retrouve ce souci de publier un livre aussi intéressant qu’agréable à lire : couverture avec rabats et un effet presque cartonné, papier épais ce qui est important pour que les différentes photos du livre ne se voient pas au verso par effet de transparence, photos de qualité, contenu enrichi avec des QR codes renvoyant à des films, des bandes-annonces, des critiques cinématographiques… Tout est mis en place pour assurer une expérience de lecture complète et immersive. La seule chose que j’ai un peu regrettée et qui m’a parfois un peu frustrée, c’est que beaucoup des QR codes ouvrent des documents qui ne sont pas traduits en français ou, au moins, en anglais.

Ensuite, ce livre est original dans sa forme puisque issu du forum cinéma-sciences sociales ‘Urbanités coréennes », organisé à la Cité de l’architecture et du patrimoine à Paris, il propose, ni plus ni moins, que de permettre de comprendre les villes coréennes par les films. Pour ce faire, les différents participants à l’ouvrage, à travers quatre grandes parties (Séoul et la grande modernité, Un imaginaire XXL : les architectures du futur, Les coulisses de la ville verticale et Jardins secrets et marges urbaines) répondent à des problématiques en rapport avec les villes coréennes en s’appuyant sur des films qu’ils résument, et surtout analysent. Sont également rapportées des discussions issues des tables rondes organisées lors du forum.

La démarche d’utiliser les films, un média populaire non pas dans son sens péjoratif, mais dans l’idée qu’il est accessible à tous, est originale. Cela permet à des personnes non-coutumières des questions d’urbanisme, et a fortiori dans une société aussi éloignée de la nôtre que la société coréenne, de s’intéresser à ce sujet sans être complètement perdues. Cette manière, volontaire ou non, de rendre ces différentes problématiques accessibles à tous est l’un des points forts de cet essai qui, malgré la diversité et la multiplicité des sujets abordés, reste relativement abordable. J’écris relativement, car certains propos ou certaines notions m’ont parfois paru un peu abstraits…

J’ai néanmoins trouvé passionnantes les analyses des films présentés dans l’ouvrage : à partir de scènes et/ou de décors, des déplacements des protagonistes… qui n’auraient pas particulièrement marqué le spectateur lambda, les auteurs arrivent à souligner l’importance de la ville ou des lieux d’habitation en tant qu’espace géographique, mais également en tant qu’élément d’organisation des relations entre les individus. Nous nous rendons alors compte à quel point une ville peut influer sur les individus que ce soit à travers les types de constructions, leur taille (grands ensembles…), la manière dont elle favorise l’émergence de quartiers prisés par certaines catégories de population, la place laissée à la nature et aux individus dans l’espace public…

A travers cet ouvrage, les auteurs montrent également que la ville est un peu le témoin du passé et des évolutions sociétales, mais aussi politiques. En fonction du contexte politique local et national, les villes peuvent ainsi se voir repensées et réorganisées. C’est d’ailleurs révoltés que nous découvrons les conséquences néfastes de l’organisation des Jeux Olympiques de 1988 à Séoul puisque cet événement international a conduit les autorités à déloger, sans solution satisfaisante de relogement, les populations les plus pauvres. C’est que cette catégorie de population, en plus de gêner les chantiers de rénovation urbains, n’était pas forcément compatible avec l’image de modernité que le gouvernement voulait donner de la Corée. Cet exemple est l’un de ceux qui m’a le plus marquée, car il montre comment des autorités peuvent rendre presque invisibles des individus « gênants » en supprimant leurs espaces dans la ville. Il faut dire que gigantesques par leurs tailles et leurs nombres d’habitants, les villes coréennes contribuent à faire rayonner cette idée de « miracle économique coréen », une image incompatible avec les laissés-pour-compte qui n’ont pas réussi à faire de ce miracle le leur.

Sans tous les énumérer ou les détailler, cet essai aborde de nombreux autres thèmes comme la question des logements sociaux, un type d’habitats qui n’existait pas jusqu’à la fin des années 1990 puisque les Coréens étaient plutôt dans un système d’entraide entre voisins. La démocratisation du pays et les événements survenus durant les JO ont marqué une évolution dans ce domaine. D’ailleurs, les villes asiatiques et ici, Séoul étonnent par leurs capacités à évoluer rapidement, les autorités n’hésitant pas à construire et à démolir au gré des besoins. Malheureusement, les changements semblent souvent résulter de logiques financières, spéculatives et politiques, et sont loin de découler des véritables besoins des habitants. Un décalage dénoncé et combattu par Chung Guyon, un architecte maintenant décédé qui plaçait l’individu au cœur de ses projets. Bien que finalement, sa philosophie et ses enseignements aient plus marqué les esprits que ses quelques réalisations, sa manière de prendre en compte les besoins des personnes pour leur proposer des constructions qu’elles peuvent s’approprier m’a beaucoup plu et m’a semblé un moyen d’atténuer l’anonymat voire la dureté des grandes villes. Et si finalement, la vision humaniste et quasi philosophique de cet homme était le devenir de la ville coréenne voire de toutes les villes ? Faire renouer le dialogue entre les politiques, les citadins et toutes ces personnes qui construisent les villes de demain ne serait-il pas, en effet, le premier pas pour que chacun puisse enfin y trouver sa place ?

En conclusion, avec un taux d’urbanisation de 85%, on comprend aisément que la question des villes coréennes est un sujet à la hauteur de ce pays, c’est-à-dire complexe et passionnant. A travers des films coréens, leurs analyses et l’intervention de différents professionnels, les auteurs vous proposent un ouvrage qui offre une plongée dans les villes d’un pays qui demeure encore trop peu connu en France. D’un abord simple bien que parfois peut-être trop abstrait, cet essai devrait plaire aux amateurs d’architecture et à ceux qui s’intéressent à la question de l’aménagement des territoires, mais aussi aux simples curieux qui aiment à découvrir d’autres pays.

Et vous, envie de vous laisser tenter par Urbanités coréennes ?

Séoul, visages d’une ville de Gina Kim

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Je remercie Babelio et les Ateliers des cahiers pour Séoul, visages d’une ville de Gina Kim.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

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Séoul, visages d’une ville est un essai issu du documentaire de Gina Kim Faces of Seoul
(2009, en anglais et coréen).
Le dispositif en est simple en apparence : la réalisatrice coréenne revient régulièrement à Séoul, qu’elle a quitté, pour voir sa famille, et à chaque retour, elle tourne des vidéos de ses promenades et rencontres, comme on tiendrait un journal intime. De cette masse d’images anodines et accidentelles, elle tire un montage vidéo sur lequel elle tisse un commentaire inspiré sur la ville.
Son enquête dans cette ville à la fois familière et étrangère aboutit ainsi à une méditation sur le statut de la représentation et de l’art, le souvenir, l’identité, le rapport au père. Elle y découvre qu’un film d’art et d’essai, comme une ville, une photo et toutes les formes de représentations qui ont un support physique, relient la présence du présent avec le fantasme du passé, la réalité et le désir, nous et les autres. Car les villes, comme les films et les photos, nous articulent à ce qui n’est pas nous, nous complètent et nous font nous rencontrer dans nos solitudes…

  • Parution : 10 novembre 2017
  • Nombre de pages : 128
  • Prix : 18€

TRAILER DU FILM

AVIS

Bien que ce ne soit pas une couleur pour laquelle j’ai beaucoup d’appétence, le rose de la couverture attire indéniablement l’œil tout comme ce visage qui se dessine en filigrane. C’est donc avec plaisir et curiosité que l’on se plonge dans cet ouvrage qui bénéficie d’un travail d’édition des plus soignés : papier épais et de qualité, format facile à prendre en main, texte aéré et mis en valeur…

La structure même du livre, simple mais efficace, concourt à rendre l’expérience de lecture plaisante. En effet, elle suit toujours le même schéma : on part d’un titre qui se réfère souvent à un lieu, puis l’auteur partage ses souvenirs, ses ressentis et ses pensées en deux ou trois pages. Chose intéressante, le texte est proposé dans sa version coréenne sur la page de gauche et dans sa version française sur la page de droite. Je ne parle pas coréen, mais je ne suis pas insensible à cette démarche.

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En fin d’ouvrage, vous retrouverez également le texte intégral en anglais, la langue d’adoption de l’auteure qui vit dorénavant aux États-Unis, accompagné de flash codes.

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Le livre est, en outre, émaillé d’images tirées du film de Gina Kim.

Pour ma part, j’ai aimé cette impression de flou qui se dégage de ces images quand vous les regardez de près, un peu comme si chacune d’entre elles était voilée par la propre vision de l’auteure. D’ailleurs, quand on prend de la distance, les images n’en deviennent que plus nettes.

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L’important ici ne semble pas l’image en soi, mais l’impression qu’elle laisse chez le lecteur, et les émotions qu’elle fait ressurgir. Les images créent ainsi une sorte de lien entre Gina Kim, l’observatrice de la mémoire du passé et du temps présent, et le lecteur, observateur des pensées d’une femme qui, forte de son vécu et de ses émotions,  se livre à nous.

Ceci est d’autant plus vrai que nous ne sommes pas dans un reportage sur la Corée et ses évolutions, du moins, pas seulement, nous sommes plutôt ici dans un essai portant la voix de cette femme qui, caméra au poing, arpente les rues et lieux de son enfance. Cette déambulation sur les traces de son passé l’amène à questionner ses souvenirs et de facto, sa mémoire, et à regarder, sous un jour nouveau, tous ces lieux et espaces jadis fréquentés.

En ressortiront un certain nombre de réflexions personnelles et une introspection que l’auteure partage avec les lecteurs sans retenue. Cette intrusion dans sa tête se fait naturellement sans avoir l’impression de jouer aux voyeurs.  Cela s’explique peut-être parce que si elle parle du passé, Gina Kim évite l’écueil de la nostalgie chagrine qui fait regretter ce qui fut sans apprécier ce qui est. On la suit donc avec plaisir et intérêt dans son voyage autant physique que mental.

Je lis peu d’essais et ai donc craint, avant de me lancer dans cet ouvrage, de ne pas accrocher au texte ou de ne pas tout saisir. Fort heureusement, le style vivant et concis de l’autrice apporte une telle fluidité dans la lecture que mes craintes quant à ma faculté de compréhension se sont envolées aussi vite qu’elles étaient apparues. Les réflexions parfois philosophiques de l’auteure restent, en effet, très claires et facilement compréhensibles que vous soyez amateurs de textes teintés de philosophie ou non. J’aurais d’ailleurs aimé que Gina Kim aille un peu plus loin dans ses réflexions, qu’elle étaye un peu plus sa pensée. Mais cela aurait peut-être nui à la fluidité de l’ouvrage…

Si j’ai aimé suivre le cheminement des pensées de l’auteure, ce sont surtout les liens qu’elle fait entre les différents endroits de son enfance qu’elle visite dans le cadre de son film et l’histoire coréenne qui  m’ont conquise. La Corée du Sud étant un pays encore assez peu connu en France et son histoire quasiment ignorée par la plupart d’entre nous, ce fut un réel plaisir d’en apprendre plus sur différents événements marquants comme l’effondrement d’un immeuble, une révolution réprimée dans le sang ou encore, les traces dans la mémoire collective de la colonisation japonaise. D’ailleurs, j’ai retrouvé chez l’auteure cette blessure quant à ce passé de colonisé que j’ai eu l’occasion de voir chez des amies coréennes. Je dois cependant avouer avoir été un peu frustrée, car cet essai n’étant pas un essai historique, l’auteure ne fait qu’effleurer ces sujets. Si en apprendre plus sur l’histoire coréenne vous intéresse, il vous faudra donc compléter cette lecture par d’autres ressources.

J’ai beaucoup apprécié cette lecture, mais j’aurais souhaité découvrir pourquoi l’auteure a choisi de visiter tel quartier plutôt qu’un autre et quel cheminement de pensée l’a conduite à nous proposer sa visite dans cet ordre précis. Avec ce livre et sans plus d’explications, il m’a été impossible de dégager un axe conducteur qui relierait les endroits visités les uns aux autres ou les pensées entre elles. Mais finalement, cela semble assez logique puisque la pensée a cette merveilleuse faculté de gambader sans que notre volonté n’y puisse grand chose. Il en résulte ce que nous propose ici l’auteure, des instants de vie et des idées simplement saisis au vol.

En conclusion, Séoul, visages d’une ville est un essai qui plaira à toutes les personnes curieuses de découvrir les différentes facettes de Séoul, vue par Gina Kim, dans le temps ou l’espace. Il permet une incursion intéressante et vivante dans l’esprit d’une femme qui, sans se perdre dans un passé révolu, prend le temps d’observer, de confronter la Séoul de ses souvenirs avec celle du présent et d’en tirer des réflexions parfois teintées de philosophie, mais toujours très personnelles.

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Site de l’auteure

Et vous, envie de craquer pour Séoul, visages d’une ville ?

Fils de l’eau, Gu Byeong-MO

Fils de l'eau, Editions Philippe Picquier

Attirée par la couverture sur laquelle une aura de mystère planait, j’ai acheté Fils de l’eau de Gu Byeong-Mo, publié par les Editions Philipppe Picquier, sans hésitation.

J’ai lu ce livre dans le cadre du challenge Livra’deux pour Pal’AddictMa binôme, Vinushka du blog Lectoplum a sélectionné pour moi trois livres dans ma PAL : Fils de l’eau, La mort est mon métier et le Livre des sortilèges. Pour réussir le challenge, il me fallait lire au moins l’un des trois ouvrages avant le 31 janvier 2017.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Pour échapper à la noyade, un enfant développe des branchies qui vont lui permettre de respirer, de survivre dans le monde des hommes et de nager dans la solitude de l’eau et le bonheur d’être libre au milieu des poissons.
Cet épisode sera pour lui comme une seconde naissance car il ne se souvient de rien de ce qui s’est passé avant. Recueilli par un vieil homme et son petit-fils, il mène avec eux une vie fruste et innocente au bord du lac où ils vivent, forcé de cacher sa singularité aux yeux des autres.
Profondément ancré dans la réalité de la Corée d’aujourd’hui, ce roman distille un charme secret. Imprégné de l’odeur de l’eau et des algues, de la violence de la pluie, il conte l’histoire d’un être à part, dont la différence est à la fois un malheur et une grâce, avant de devenir le moyen de sauver les autres.

  • Broché: 193 pages
  • Editeur : Philippe Picquier (2 mai 2013)
  • Prix : 18,50€
  • Autre format : poche

AVIS

Partie pour lire quelques pages avant de me coucher, j’ai fini par lire la moitié du roman avant de le finir le lendemain soir. Vous aurez donc compris que j’ai beaucoup apprécié cette lecture qui m’a tout simplement happée dès les premières pages d’autant que le livre n’est pas dénué d’humour.

J’ai adoré la plume de l’auteure tout en finesse. Les pages défilent les unes après les autres sans que l’on s’en aperçoive comme si les mots coulaient de source. Il n’y a pas de jolies descriptions ou d’envolées lyriques, mais pourtant, le texte que nous offre l’autrice est d’une très grande poésie.

Dans le roman, Gon est qualifié d’homme-sirène ce qui m’a un peu perturbée car sa description et ses particularités physiques me font plutôt penser à un homme-poisson. Mais, c’est vrai que cette appellation perd le côté magique du personnage et suscite bien moins l’imagination.

Je m’attendais d’ailleurs à ce que la place de l’imaginaire soit plus conséquente. L’autrice nous décrit de manière si naturelle les attributs physiques de poisson de Gon et les intègrent si bien au récit, qu’on finit presque par les croire comme normaux. Ils font partie de Gon et c’est tout ! Ce sentiment est accentué par le fait qu’elle n’explique pas d’où ils viennent et qu’au final, cette différence n’est pas le point central du roman, mais plutôt un point de départ.

Au-delà de l’aspect fantastique, l’autrice aborde différents thèmes comme la solitude qui semble si présente et pesante, les relations familiales et toute leur complexité, la différence et la peur qu’elle suscite, l’amour et la haine… Tout cela fait de Fils de l’eau une lecture forte qui marque l’esprit du lecteur même une fois la dernière page tournée d’autant que l’épilogue du livre est très beau et triste à la fois.

En conclusion, dénué de tout superflu, l’écrivaine nous livre ici texte simple mais d’une grande beauté, un peu à l’image de notre homme-sirène. Derrière le côté fantastique, ce roman est avant tout une histoire bien humaine où l’ambivalence des sentiments prévaut.

NOTE : 5/5

Retrouver un extrait gratuit proposé par les Éditions Philippe Piquier.

Nos jours heureux, Gong Ji-Young

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Je continue ma découverte des auteurs asiatiques avec Nos jours heureux de Gong Ji-Young dont l’éditeur, Les Éditions Philippe Picquier, vous propose un extrait gratuit. 

J’ai en outre lu ce livre dans le cadre de mon challenge Livra’deux pour Pal’Addict.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Yujeong a le coeur en miettes lorsque sa tante Monica, qui est religieuse, la prend par la main et l’emmène à la Maison d’arrêt de Séoul visiter un condamné à mort. Rien ne semble pouvoir rapprocher une jeune désespérée de bonne famille d’un triple meurtrier, et pourtant… Au fur et à mesure de leurs rencontres, ils vont se raconter avec sincérité leurs « vraies histoires », affronter les ténèbres et découvrir les lumières éblouissantes au sein de ces ténèbres, réparer leurs âmes meurtries. Ce roman bouleversant nous parle de la force de l amour, de pardon et de rédemption.

  • Broché: 336 pages
  • Editeur : EDITIONS PHILIPPE PICQUIER (21 août 2014)
  • Collection : Corée
  • Prix : 19,50€
  • Autre format : poche, 8,50€

AVIS

Deux personnages différents mais qui se ressemblent…

Le roman alterne entre le passé de Yunsu, le condamné à mort, à travers ses « cahiers » bleus et le présent de Yujeong dans lequel Yunsu va trouver sa place.

Au début du livre, Yujeong apparaît désabusée. On a le sentiment que l’auteure va nous narrer la classique histoire de la pauvre petite fille riche qui, ayant déjà tout eu à sa naissance, se sent perdue dans la vie qu’elle traverse d’ailleurs sans aucun objectif ni sens. Ce n’est qu’une impression car sous les apparences d’une personne cynique voire méchante, on découvre un être blessé par la vie, par sa famille mais surtout par un événement douloureux arrivé durant son adolescence et qui l’a profondément meurtrie.

Quant à Yunsu, grâce à ses cahiers bleus, on découvre son passé, celui d’un enfant devenu adolescent puis adulte mais dont la vie n’a été que drame et douleur. Expression crue de la violence et de la souffrance qui ont jalonné la vie de Yunsu et de son jeune frère, ces cahiers marquent l’esprit du lecteur.

Les deux protagonistes, au parcours si différent, sont ainsi liés par la douleur et cette volonté farouche de mourir ; Yujeong par des pulsions de mort tournées envers elle-même à travers des tentatives de suicide et Yunsu, par la violence dirigée envers les autres.  A cet égard, une phrase du livre résume parfaitement ce lien entre elle et lui :

« Je voulais mourir, eh bien, vous aussi. « 

D’abord par contrainte puis finalement par choix, Yujeong va finir par venir voir régulièrement Yunsu en prison. Au fil de leurs rencontres, des liens vont se tisser, permettant à chacun de se raconter mais surtout de changer, d’évoluer. D’un être en colère prêt à faire du mal aux autres sans aucun remords, Yunsu s’apaise et devient quelqu’un d’autre. Il devient tout simplement humain! Et ce changement de personnalité est éprouvant et difficile à vivre pour le lecteur car on sait dès la première page du livre que Yunsu est condamné à mort.

La peine de mort, le pardon, la rédemption…

A travers l’histoire de Yunsu, l’auteure pousse le lecteur à s’interroger sur ce qui peut pousser un être humain à blesser et à tuer d’autres personnes. Comme pour notre condamné à mort, est-ce qu’une vie marquée par la violence et dans laquelle l’amour est absent peuvent expliquer qu’un individu devienne mauvais? De quelle manière notre histoire influe-t-elle sur notre présent?

« Derrière celui qui a commis un crime inimaginable se trouvent toujours des adultes qui ont exercé sur lui une violence inimaginable depuis son enfance. C’est comme si on avait signé un pacte, c’est partout pareil. La violence appelle une autre violence et cette violence appelle encore une autre violence. »

« Ceci dit, docteur Choe, intervint ma tante qui l’écoutait attentivement, il y a aussi des enfants qui grandissent dans des quartiers difficiles et qui passent leur enfance sous les coups mais qui deviennent des gens remarquables. Tous ces enfants ne deviennent pas pulsionnels ni criminels, n’est-ce pas ?
_Effectivement. C’est comme un virus. Quand il y a une épidémie, certains attrapent la maladie d’autres s’en sortent indemnes. L’homme ne peut se réduire à un seul facteur. »

L’auteure évoque également la question de la rédemption et du pardon à travers les deux protagonistes principaux. Pour Yunsu, il s’agit de recevoir le pardon alors que pour Yunseong, il s’agit de le donner…

Mais ce que j’ai le plus apprécié dans ce roman, c’est la manière dont l’auteure a su dénoncer la peine de mort, toujours en usage dans son pays la Corée du Sud, à travers l’histoire de Yunsu qui finit presque par la personnifier. Cela permet de dépasser le simple débat sur l’abolition ou non de la peine de mort pour l’ancrer dans la réalité, celle d’un être humain capable d’émotions mais surtout de changer.

Enfin, Nos jours heureux, au regard l’actualité, m’a semblé avoir un écho particulier. En effet, même si la peine de mort a été abolie en France, cela ne signifie pas que certains individus, lors d’événements traumatisants et d’une extrême violence comme le furent par exemple les attentats qui ont frappé notre territoire, ne finissent pas par tomber eux-mêmes dans la violence en souhaitant un retour à cette pratique. Il y une citation du livre concernant l’éventuel abandon de la peine de mort en Corée qui m’a marquée car c’est une phrase que l’on peut encore entendre en France en 2016 :

« Et puis, c’est un argument un peu extrême, mais ça revient à dire que les familles des victimes vont devoir payer davantage d’impôts pour garder leur bourreau en vie pour le reste de ses jours? »

MA NOTE : 4,75/5

L’AUTEURE (propos recueillis sur le site de l’éditeur)

Née en 1963 à Séoul, Gong Ji-young est une romancière très populaire en Corée et infiniment respectée pour la lutte qu’elle a menée, dès les années de dictature, pour défendre la démocratie et les droits des exclus de la société. Écrivain profondément engagé, ses romans traitent de la condition des femmes et des travailleurs, des maltraitances dont sont victimes les handicapés, de la répression sexuelle… En 1991, elle est l’objet d’une surveillance par le parti conservateur qui commande une enquête sur ses activités politiques. Elle se moquera plus tard de ces investigations sur son compte Twitter en postant « Merci au Grand National Party pour m’avoir rendu populaire internationalement. »

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ADAPTATION

Une adaptation cinématographique du livre existe même si d’après la bande-annonce, elle semble prendre quelques libertés avec le livre.

En résumé, Nos jours heureux est une lecture éprouvante dont le lecteur ne ressortira pas sans se poser des questions sur des thèmes durs comme la rédemption, le pardon, la peine de mort… A travers les histoires de Yunsu et de Yujeong, l’auteure prouve que les êtres humains peuvent changer et que rien n’est immuable à part … la mort.

A l’instar du Dernier jour d’un condamné de Victor Hugo en France, Gong Ji-Young propose ici un vibrant plaidoyer contre la peine de mort qui n’est au final que l’expression de la vengeance et dont le seul raffinement a été de substituer le terme d’exécution à celui de meurtre.

« Depuis l’aube de l’humanité , la violence n’a jamais réussi à éteindre la violence, jamais.. »