Mini-chroniques en pagaille #19

Mini-chroniques en pagaille

Plus détaillées qu’un simple commentaire, mais moins développées qu’une chronique, les mini-chroniques me permettent de partager succinctement mon avis sur certaines de mes lectures que je n’ai pas eu le temps ou l’envie de chroniquer de manière plus classique.


  • Chat Gris d’Alexandre Saltiel ( Mouck) :

Depuis la disparition prématurée de Gribouille, j’évite les photos de chats gris, mais mue par la curiosité et l’envie de découvrir ce qui se cache derrière cette jolie couverture, je n’ai pas résisté au plaisir de découvrir ce petit album.

Nous faisons la connaissance d’un chat qui mène sa petite vie de chat entre rencontres avec une souris qui n’a pas très envie de jouer avec lui, la vilaine, et avec un gros chien qui lui aimerait beaucoup jouer avec lui, ce dont n’a pas très envie notre petit minet. Différence de gabarit probablement !

Mignonne à souhait, cette histoire très rapide à lire devrait vous faire passer un très joli moment de lecture en solo ou en famille puisqu’il est bien difficile de résister au charme des illustrations et de ce chat plein de vie. Cerise sur le gâteau, grâce à un jeu de couleurs parfaitement maîtrisé, l’auteur vous réserve une très sympathique chute qui ne manquera pas de vous faire sourire.

Un joli album pour les petits, à partir de 3 ans, et pour tous les amoureux des chats !

 

  • La Craie des Étoiles de Raphaël Drommelschlager (Bamboo éditions ) :

La craie des étoiles par [Raphaël Drommelschlager]

En vacances pour l’été chez son arrière-grand-mère, Max fait une découverte qui va changer sa vie ! Grâce à une craie spéciale et une montre à gousset ayant appartenu à l’un de ses ancêtres, Théophile Loiseau, le voilà transporté dans différents pays, de la Chine au Canada en passant par l’Inde. Tout autant de destinations qui, en plus de se révéler diablement fascinantes, lui permettront de faire de belles rencontres qu’elles soient humaines ou animales.

En effet, en plus de faire la connaissance de sympathiques personnes prêtes à l’aider, Max va se lier d’amitié avec des animaux sauvages comme le Tigre de Mandchourie ou l’ours polaire. Tous les animaux ne seront pas aussi sympathiques que ces derniers, mais peu importe, Max ayant le courage et l’aplomb nécessaires pour affronter les situations, plus ou moins périlleuses, qui se présentent à lui.

La Craie des Étoiles nous offre une jolie histoire d’aventure, de voyage et de dépaysement, mais c’est également un outil pédagogique intelligent qui sensibilise les enfants aux menaces que les hommes font peser sur les animaux et l’importance de préserver chaque espèce. Au gré de ses voyages, Max découvre ainsi les spécificités de chaque animal rencontré allant de ses caractéristiques physiques à son mode de vie. Des informations intéressantes qui, présentées de manière ludique et colorée, rendent la lecture prenante et très enrichissante.

Cerise sur le gâteau, un cahier pédagogique est inclus en fin d’ouvrage afin de parler plus en profondeur de certaines espèces et évoquer les différents rôles d’un zoo… En bref, voici une BD intelligente qui, à travers l’aventure extraordinaire d’un petit garçon ordinaire, informe et sensibilise les lecteurs de tout âge sur les animaux sauvages peuplant notre planète et l’importance/l’urgence de les préserver.

  • Avant de partir de Mi-Jin Jung et Ja-Seong Gu (Sarbacane) :

L’absence de résumé et le sentiment de calme et de sérénité qui se dégage de cette couverture m’ont tout de suite attirée.

L’ouvrage est divisé en deux parties. Dans la première, nous faisons la connaissance d’un homme relativement jeune qui pourrait presque servir de psychanalyste pour animaux même si l’on découvrira plus tard que son rôle est tout autre…

Devant lui défilent ainsi un chat, un chien, un hamster et un oiseau qui lui font part de leurs doléances vis-à-vis de leurs maîtres. L’un survolté rêve de se venger, l’autre de trois délicieux repas par jour quand le hamster n’aspire qu’au noir et à la solitude, et l’oiseau à ce qu’on ne lui demande plus de chanter alors qu’il n’aime pas ça. Difficile la vie d’animaux avec ces êtres humains pas toujours très perspicaces en ce qui concerne les besoins de leurs compagnons ! Puis en filigrane, est question d’un grand voyage auquel il convient de se préparer…

Dans la seconde partie, changement de couleurs et de ton, on suit notre joyeuse bande accompagnée du jeune homme dans leur périple. Mais avant le grand départ, une lettre sera envoyée à chacun des propriétaires. On alterne alors entre le voyage en lui-même et quelques scènes dans lesquelles interviennent ces humains privés de leurs compagnons…

Bien que le titre laisse entrevoir le sujet principal du livre, je dois avouer ne pas l’avoir tout de suite cerné préférant me laisser transporter par la douceur des illustrations, et le côté quelque peu loufoque de ces animaux un poil râleurs. Mais quand le message de l’auteur s’est précisé, mon amusement du départ s’est mué en tristesse devant la dureté du sujet évoqué. Un sentiment qui a très vite laissé sa place à l’émerveillement et à l’émotion, l’auteur insufflant humour, vie, poésie et tendresse à son récit.

Des scènes de jeux entre les animaux, des échanges amusants, de très beaux graphismes et un magnifique message d’espoir en fin de livre apportent, quant à eux, une certaine légèreté à une histoire empreinte de douceur et d’amour. Un coup de cœur !

Et vous, avez-vous lu certains de ces livres ?
Vous tentent-ils ?

Olya, Michel Louyot

Couverture Olya

Je remercie Babelio et les Ateliers Henri Dougier pour m’avoir permis de découvrir Olya de Michel Louyot.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Une quête entre Orient et Occident

 » À elle seule, elle est la revenante, l’initiatrice, le rêve, le cauchemar, la trame de l’histoire, l’Eurasie, Éros et Agapé réconciliés.  »
Yoshi san est en révolte contre son père, un haut dignitaire japonais. Alors qu’il sombre dans la marginalité, il se perd dans les quartiers de plaisir d’une grande ville du sud-ouest du Japon où il rencontre une hôtesse de bar, Olya. D’origine russe, cette jeune femme à la fois sensuelle et énigmatique va bouleverser sa vie et l’entraîner dans une quête haletante des origines entre la Corée, la Chine, la Russie et la France.
Un roman initiatique, une méditation politique sur les rapports passionnels entre l’Orient et l’Occident.

Ateliers Henry Dougier (5 septembre 2019) – 221 pages – Broché (19€) – Ebook (8,99€)

AVIS

Yoshi, notre narrateur, est un homme qui se cherche perdu entre le manque d’une mère morte en couches et cette figure maternelle qu’il cherchera en vain, l’ombre écrasante d’un père autoritaire qui ne s’est jamais occupé de lui et le souvenir d’une grand-mère, seul puits d’amour et de réconfort dans une vie de désœuvrement. Amalgame de sentiments divers, intenses et contradictoires…

Au fil des pages, Yoshi se dévoile à nous et nous raconte ses souvenirs empreints de nostalgie, mais également sa vie de maintenant à Paris. Une alternance des époques maniée assez subtilement pour nous donner l’impression de suivre au plus près le fil de ses pensées… Des pensées qui tournent bien souvent autour de ce rejet d’un Japon qu’il n’accepte pas et dans lequel il ne se reconnaît pas. Cette normalisation à outrance des rapports sociaux, cette hypocrisie constante permettant de cacher le sale et le honteux derrière les silences, les sacrifices consentis au nom de la croissance et de la puissance économique… Très peu pour lui quoi que puisse en dire son père, un homme richissime et puissant qu’il déteste, mais dont il reste pourtant dépendant !

Ce rejet puissant et viscéral du Japon moderne est contrebalancé par son amour pour la Russie et le communisme, du moins dans leur version fantasmée. Peut-être se retrouve-t-il dans le statut un peu particulier de ce pays, point de jonction entre Orient et Occident… Destin ou heureux hasard, cette Russie qui lui plaît tant viendra à lui d’abord sous la forme de Sacha, un secrétaire culturel avec lequel il prend plaisir à échanger sur les différences et les ressemblances entre leurs pays bien que Yoshi soit parfois indisposé par l’attrait du Russe pour l’Archipel.

Puis il y aura Olya, une fille de joie, dans tous les sens du terme, qui lui offrira la blancheur de sa peau, son expertise dans l’art de l’amour, ses sourires, de beaux moments de complicité et d’amour, mais aussi son tempérament volcanique… Auprès d’elle, il connaîtra un certain apaisement jusqu’à ce qu’elle le conduise sur une route qu’il ne pensait pas prendre, celle des secrets de famille et de ses origines. Commencera alors pour notre protagoniste une quête entre Chine, Corée, France, Japon et Russie, un voyage physique autant qu’intérieur parsemé de nouveaux paysages, de questionnements, d’échanges et de découvertes…

Enchanteresse, l’écriture de Michel Louyot se dévoile à nous dans toute sa beauté et sa poésie : entre des phrases empreintes de solennité se cachent des merveilles de sons et d’images, des mots énoncés au rythme des pensées, des phrases imagées et pleines de sensibilité. Un style unique à l’orée de la poésie et de la philosophie qui témoigne de la maîtrise de la langue par l’auteur. Mais rassurez-vous, bien que la plume soit travaillée, elle n’en demeure pas moins fluide et accessible.

Un roman plaisant à lire donc, mais aussi sur lequel on s’arrêtera volontiers afin d’y cerner toute la profondeur et de revenir sur les réflexions soulevées par un protagoniste, partagé entre Orient et Occident, en quête de repères et d’identité. Appréciables, en outre, les références littéraires, culturelles et historiques qui permettent d’en apprendre un peu plus sur le Japon, et dans une moindre mesure, sur la Russie. Petit bonus, un glossaire des quelques mots japonais utilisés dans l’ouvrage est glissé à la fin.

En conclusion, Olya est un roman sublimement écrit et plein de sensibilité dans lequel on suit avec empathie l’introspection d’un homme en décalage avec son époque et son pays… Entre Orient et Occident, finira-t-il par se (re)trouver ?

Découvrez un extrait du roman sur le site des Ateliers Henry Dougier.

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Un métro pour Samarra, Isabelle de Lassence

Je remercie Babelio et les éditions Marabout, collection La belle étoile, pour m’avoir permis de découvrir Un métro pour Samarra d’Isabelle de Lassence.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Swann Delva étudie la philosophie à la Sorbonne. Le jeune homme s’imagine devenir un penseur en vogue, mais d’ici là, il gagne sa vie en travaillant dans le métro. Par hasard, il découvre les stations désaffectées du réseau parisien, et se prend de passion pour ces lieux hors du temps. Un jour d’exploration de la station-fantôme Haxo, dans le XIXe arrondissement, il se retrouve transporté à Samarra, une ville d’Irak, au Moyen Âge. C’est là qu’un calife des Mille et Une Nuits lui pose la plus importante question qui soit : peut-on espérer une vie après la mort ? Alors que le sommeil le ramène à Paris, Swann ne rêve que de retrouver les splendeurs de Samarra. Mais pour conserver ses privilèges auprès du calife, déjouer les complots qui le visent et obtenir les faveurs d’une belle astrologue, il doit apporter une réponse aux angoisses du souverain. Trente-cinq jours de voyages entre Paris et Samarra vont transformer la vie de Swann, à jamais…

Marabout (10 avril 2019) – 336 pages – Broché (19,90€) – Ebook (14,99€)

AVIS

Isabelle de Lassence signe ici un premier roman envoûtant et au charme certain qui nous plonge en alternance dans un Paris contemporain et une ville irakienne du Moyen Âge, Samarra. Cette ville, dont le nom signifie « celui qui l’aperçoit est heureux« , enchante et émerveille par cette ambiance des Mille et Une Nuits qu’elle dégage avec ses richesses, son architecture, son calife, ses dorures, ses splendeurs. Des splendeurs aux formes diverses et variées qui ne laisseront pas insensible Swann…

Étudiant en philosophie à la Sorbonne, rien ne lui plaît plus que se perdre dans des considérations et des réflexions intellectuelles qu’il émaille du discours de tous ces grands penseurs qui ont marqué le monde et sa vie. Malheureusement, avant de devenir le grand intellectuel en vogue qu’il espère être un jour, il lui faudra revenir à des considérations plus terre à terre. Que ce soit triste ou non, la pensée pure et les exercices de rhétorique nourrissent rarement, du moins à notre époque, son homme.

Swann ne fera pas ses premiers pas dans les entrailles d’un géant du fast-food américain, mais dans ceux du métro parisien. Un travail pas forcément plus épanouissant intellectuellement pour notre étudiant philosophe, mais qui aura le mérite de lui ouvrir la porte d’un monde dont il ne soupçonnait pas l’existence… Un monde entre rêve et réalité qui donnera un tout autre sens à sa vie et qui le conduira à vivre des expériences intenses ! Adieu grisaille et béton parisien, bienvenue Samarra et la vie de pacha !

Alors que Swann a un besoin compulsif, si ce n’est maladif, de contrôler chaque instant de sa vie, il va finalement se laisser rapidement, et sans réserve, transporter dans le temps et dans l’espace. Il faut dire qu’en plus de la richesse et de la beauté que dégage cette ville irakienne du Moyen Âge, le jeune homme y gagnera, du moins dans un premier temps, cette reconnaissance qui lui fait tant défaut dans sa vie parisienne. Mais la gloire a un prix, et sa place auprès du calife conditionnée à sa faculté à répondre à cette question qui hante l’humanité : existe-t-il une vie après la mort ? Une question complexe dont on ne peut hélas trouver la réponse dans les livres ou la pensée des Anciens, ce qu’apprendra à ses dépens notre philosophe. Commencera alors pour lui une quête de vérité et de sens qui le poussera dans ses retranchements pour le meilleur et pour le pire… 

L’écriture est fluide, poétique, élégante, et de cette finesse qui allie la complexité de la pensée à la beauté de la réflexion. Alors que l’on aurait pu craindre une certaine pédanterie dans la narration, elle se révèle tout en délicatesse invitant à l’évasion et au dépaysement. Teintée de réflexions philosophiques toujours accessibles et auréolée d’un certain humanisme, cette histoire fait réfléchir, mais invite surtout au voyage sans a priori ni attentes particulières.

On se laisse immerger par les images, les sensations et l’aventure extraordinaire d’un étudiant qui, au fil des pages, quitte sa carapace d’intellectuel déconnecté du monde et des gens pour celle d’être humain en prise avec ses émotions et la vie. Une évolution réaliste et progressive qui rend Swann moins agaçant dans sa façon de se sentir supérieur à tout le monde ou presque. Si j’ai eu du mal en début de roman avec ce personnage, appréciant peu que la réflexion serve l’ego plus que l’épanouissement personnel et intellectuel, j’ai fini par être touchée par ses failles et la manière dont, au gré des épreuves qu’il traverse, il s’élève non plus seulement par la pensée, mais aussi par le cœur.

J’ai également beaucoup apprécié sa mère, Christiane, qui est un peu le négatif de son fils : ouverte d’esprit, plus portée sur l’ésotérique que la rhétorique, pleine de gentillesse, très sociable… On la suit avec plaisir en espérant voir un peu plus de Christiane en Swann. Même si je suis loin de partager l’enthousiasme de cette mère aimante pour la voyance et autres pratiques du genre, je l’ai trouvée adorable dans sa volonté d’aider son fils. Elle l’idéalise bien sûr, mais elle n’est pas non plus aveugle face à ses faiblesses que ce soit ses obsessions et autres « rituels » ou sa difficulté à se connecter à l’Autre. Voici dans tous les cas un personnage qui apporte beaucoup de douceur et de dynamisme au récit.

L’alternance des époques et des lieux insuffle également un certain rythme à l’histoire d’autant que les transitions entre les époques sont toujours amenées avec subtilité et efficacité. On ne se sent jamais perdu bien que peut-être un peu frustré de ne pas avoir plus de Samarra à se mettre sous la dent. Cela ne m’a pas empêchée de savourer avec plaisir les incursions dans le Palais, un endroit synonyme de luxe, bien sûr, mais aussi de dangers… Swann y trouvera ainsi honneur et richesses, voire bien plus, mais il y découvrira également la jalousie, la compétition, la trahison, les doutes… Tout autant d’épreuves qui le feront perdre en certitudes, mais gagner en humanité !

En conclusion, d’une plume éclatante de saveur et de délicatesse, Isabelle de Lassence nous propose ici une aventure enchanteresse et pleine de poésie qui ne pourra que vous faire voyager, vous émerveiller et vous pousser à vous interroger sur des notions universelles comme le sens de la vie et de la mort. Aux confins du temps, de l’espace, du rêve et de la réalité, ne ratez pas le train pour Samarra !

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Baptiste, Jean-Baptiste Renondin

Je remercie les éditions Marivole pour m’avoir permis de découvrir Baptiste de Jean-Baptiste Renondin. Je les remercie d’autant plus que ce n’est pas un roman vers lequel je me serais spontanément tournée alors que j’ai passé un bon moment de lecture.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Ce nouveau roman de Jean-Baptiste Renondin tient du voyage initiatique. Voyage d’un jeune étudiant français dans les années 1950, un peu comme celui de Bardamu, entre les deux guerres, du Voyage au bout de la nuit de Céline.
Baptiste aime la marche, le nez au vent, le rêve en tête. Il aime la nature, qu’il imagine plus qu’il ne la regarde, et les filles qu’il idéalise.
Il décide de partir à la découverte de lieux, de pays inconnus, à la recherche de rencontres surprenantes et inattendues. Sortant de son Limousin natal, empli de naïveté, il va découvrir la haine, l’amitié, les femmes, l’amour, le racisme, un monde nouveau, loin de ses repères habituels : les États-Unis.

Un voyage initiatique, donc, qui va le ravir mais aussi et surtout le métamorphoser.

Il y a un peu de Jean-Baptiste dans ce… Baptiste !

  • Broché: 144 pages
  • Editeur : Marivole Éditions (27 octobre 2017)
  • Prix : 19€

AVIS

Découpé en deux parties, ce roman se concentre sur la vie de Baptiste, un étudiant français dans les années 1950, qui aura la chance de recevoir une bourse pour étudier dans une université américaine.

La première partie du livre nous permet de découvrir cet étudiant intelligent, mais aussi plutôt rêveur et prompt à se laisser séduire par les femmes qui croisent sa route. C’est ainsi qu’il ne sera pas indifférent aux charmes de Louise et Christine qu’ils rencontrent lors d’un séjour dans sa famille. Deux femmes très différentes, mais qui, chacune à leur manière, susciteront un certain émoi en lui : l’une titillera son corps quand l’autre s’appropriera immédiatement, ou presque, son esprit si ce n’est son cœur.

Je dois d’ailleurs dire que c’est la seule chose qui m’a un peu déplu dans cette histoire, le côté cœur d’artichaut de notre protagoniste qui, à mon sens, le pousse à faire montre d’une certaine lâcheté. J’ai tendance à penser que « qui aime tout le monde, n’aime personne », mais peut-être que je n’ai pas la capacité de lâcher-prise de Baptiste, et sa manière de distinguer les élans du cœur de ceux du corps…

La première partie du livre possède un côté assez contemplatif, sans être ennuyant, qui m’a séduite d’autant que la poésie qui se dégage de la plume de l’auteur a su d’emblée ravir l’amatrice de belles plumes en moi. Si on ajoute à cela l’évocation d’un mystérieux « don », on obtient une histoire dans laquelle je me suis plongée avec plaisir désirant découvrir les péripéties de ce jeune étudiant en route pour les États-Unis.

C’est ainsi que j’ai très rapidement lu la deuxième partie du roman dont l’ambiance diffère complètement du début du roman. Mais rien d’étonnant puisqu’en toute logique, qui dit changement de pays, dit nouvelle atmosphère. Baptiste quitte donc la France pour les États-Unis où il va côtoyer de très près le rêve américain. Sa nouvelle vie sera marquée par l’amitié et la rencontre de différentes personnes, certaines plus attachantes que d’autres. Agréable et de surcroît Français, les portes auront tendance à s’ouvrir naturellement devant lui, des portes que Baptiste transformera très vite en opportunités…

Nous découvrons donc la vie américaine de Baptiste qui s’est rapidement acclimaté à son pays d’accueil et à toutes ces règles qui régissent les liens sociaux. Un aspect qui peut s’avérer déroutant pour nous français dont les rapports sociaux semblent, somme toute, moins codifiés. L’auteur ne se targue pas de nous offrir une étude sociologique des mœurs américaines, d’autant que le roman se déroulant dans les années 50 les mentalités ont évolué, mais certaines choses sont toujours, dans une certaine mesure, d’actualité. À titre d’exemple, Baptiste va être confronté à un épisode révoltant dans lequel le lecteur se rendra compte de l’injustice d’un racisme ancré dans les mœurs et presque institutionnalisé. Un racisme anti-noirs qui en 2018 est toujours d’actualité et a fortiori aux États-Unis…

Je vous parle de cet épisode parce qu’il m’a marquée, mais le racisme n’est que très légèrement évoqué, nous sommes plutôt ici dans un roman de vie, celle d’un jeune étudiant qui, à travers son expérience à l’étranger, va faire de nouvelles rencontres et lier de belles amitiés, découvrir une nouvelle culture, voyager, se poser des questions sur lui et sur ce qu’il veut vraiment… Il va donc grandir, évoluer et gagner en maturité jusqu’à être enfin capable de décider de ce qu’il veut faire de sa vie et aux côtés de qui.

J’ai donc pris plaisir à suivre la vie de Baptiste dans son Limousin natal, mais aussi aux États-Unis, ce pays où tout est possible et dans lequel, tout le monde autour de Baptiste, semble vouloir s’installer. Mais Baptiste, loin de se laisser aveuglément séduire par les sirènes de l’American way of life qui offre à chacun la possibilité de se construire un avenir à la hauteur de ses efforts et de ses ambitions, reste fidèle à ses valeurs et à ses envies profondes…

Je vous ai déjà parlé de la plume de l’auteur qui est le point fort de cette histoire de vie et d’amitié, mais je tiens aussi à souligner l’originalité du roman : une narration qui passe parfois par des lettres. En plus du charme que cela apporte à l’histoire, ces lettres donnent une certaine authenticité au récit et rendent l’immersion dans la vie de Baptiste encore plus palpable.

En conclusion, livre de vie ou voyage initiatique, voire un peu des deux, Baptiste c’est avant tout l’histoire d’un garçon qui, grâce à un séjour à l’étranger et à différentes rencontres, devient homme. Une évolution que l’élégante plume de Jean-Baptiste Renondin rend agréable et prenante à suivre.

Et vous, envie de découvrir Baptiste ?

Rendez-vous sur la boutique en ligne des éditions Marivole !