Rouge, Pascaline Nolot #PLIB2021

Couverture Rouge

« Ce qu’il vit avant tout, c’était l’immonde coloris écarlate qui rongeait à moitié le nouveau-né ainsi que l’infâme petite boule de peau surplombant son regard. Le monstre avait engendré un autre monstre !
– Comment devons-nous l’appeler ? lui demanda la vieille femme.
Il contempla le nourrisson en pleurs avec aversion. Puis il vomit sa sentence en un mot :
– Rouge ! »

Accroché au versant du mont Gris et cerné par Bois-Sombre se trouve Malombre, hameau battu par les vents et la complainte des loups. C’est là que survit Rouge, rejetée à cause d’une particularité physique. Rares sont ceux qui, comme le père François, éprouvent de la compassion à son égard. Car on raconte qu’il ne faut en aucun cas toucher la jeune fille sous peine de finir comme elle : marqué par le Mal.
Lorsque survient son premier sang, les villageois sont soulagés de la voir partir, conformément au pacte maudit qui pèse sur eux. Comme tant d’autres jeunes filles de Malombre avant elle, celle que tous surnomment la Cramoisie doit s’engager dans les bois afin d’y rejoindre l’inquiétante Grand-Mère. Est-ce son salut ou un sort pire que la mort qui attend Rouge ? Nul ne s’en préoccupe et nul ne le sait, car aucune bannie n’est jamais revenue…

Gulf stream éditeur (28 mai 2020) – 320 pages – 17€ (papier) – 10,99€ (ebook)
#ISBN9782354887858

AVIS

Rouge est une interprétation très libre du Petit Chaperon Rouge, un conte qui a subi différentes variantes. Il est d’ailleurs intéressant de constater que l’autrice se tourne bien plus vers les origines sombres du conte que vers la version épurée et enfantine que nous connaissons tous. Elle reprend ainsi les grands éléments de l’histoire, en exploite la symbolique première avec un talent qui force l’admiration, avant de se les approprier et de les relier à des thématiques encore, hélas, très actuelles.

Une héroïne malmenée dans un village maudit où la laideur n’est pas là où on le pense… 

Alors si avec Rouge, ce sont les paillettes et l’amusement que vous recherchez, vous serez décontenancés, mais pas forcément déçus. Car malgré la dureté des thématiques abordées, le roman se lit tout seul sans jamais nous faire sombrer dans le désespoir. Cela tient au talent de l’autrice qui arrive à trouver un savant équilibre entre dureté, délicatesse, sensibilité et noirceur. À l’inverse de certains romans dans lesquels les drames sont empilés pour créer une émotion qui ne vient jamais, ici, tout ce que vit notre héroïne, Rouge, s’insère dans une trame complexe et parfaitement pensée qui, sous couvert de fiction, met les lecteurs face à la laideur humaine. Et je ne parle pas de cette laideur physique qui sert d’excuse à des villageois pour harceler, persécuter, malmener, violenter, haïr et ostraciser notre héroïne, déjà de toute manière condamnée par sa naissance. Non, j’évoque cette laideur tapie dans les cœurs noircis et dénués de compassion de ces hommes et femmes qui déversent leur bile sur une âme innocente. 

On ne peut que s’offusquer et se demander pourquoi Rouge mériterait d’être maltraitée quand elle ne fait de mal à personne et qu’elle subit affronts et injures de villageois malveillants et cruels ? Mais enfermés dans la superstition, qui se confond ici avec la religion, ceux-ci ne doutent guère de leurs bons droits. Après tout, la mère de Rouge n’a-t-elle pas copulé avec le diable, enfantant une progéniture démoniaque marquée physiquement par le sceau du Malin ? Et puis, Rouge ne doit-elle pas payer pour sa mère responsable, selon eux, d’une terrible malédiction : les jeunes filles du hameau doivent ainsi être envoyées à la Grand-Mère quelques jours après leur premier sang, sous peine de terribles représailles.

Le sort que les villageois réservent à Rouge, autant par esprit de vengeance que par pure malveillance et peur de la différence, est difficile à supporter, mais la jeune fille affronte la situation avec beaucoup de courage et d’aplomb. Alors que sa mère, haïe par tous, est morte en couches, et que son supposé père refuse de la reconnaître, Rouge ne se lamente jamais. Elle trouve simplement quelques moments de joie et de bonheur auprès de son meilleur ami Liénor, dont la beauté lui permet quelques libertés, là où la laideur de Rouge la contraint à la soumission et la contrition.

Des personnages intéressants et des révélations permettant d’aborder des thématiques fortes… 

Liénor est un personnage qui se révèle intéressant à plusieurs niveaux, notamment par son envie de protéger Rouge tout en contentant une mère hyper protectrice et étouffante. Une tâche ardue et quelque peu irréalisable qui suscitera une certaine incompréhension, voire un jugement peut-être un peu trop lapidaire de la part de Rouge. À travers ce meilleur ami, un peu un négatif de Rouge, l’autrice évoque, entre autres, l’amitié, le courage et la lâcheté, des notions simples en apparence, mais parfois plus compliquées qu’il n’y paraît. Si j’ai, en outre, été surprise par une révélation le concernant, j’avoue néanmoins une certaine frustration quant à ce personnage qui ne me semble pas avoir exprimé son plein potentiel.

Heureusement, aucune frustration pour Rouge qui est un personnage d’une remarquable complexité, dont l’évolution au fil des pages est réelle et probante. Entre la vie dans son hameau, bien que le terme de survie serait plus pertinent, son départ de Malombre pour l’antre de la Grand-Mère, et sa nouvelle existence avec son lot de découvertes, Rouge va connaître bien des tourments et des épreuves. Elle réalisera dans la douleur que beauté et bonté ne sont guère liées, et que la superstition est bien souvent l’excuse parfaite pour s’exonérer de ses propres péchés. À cet égard, j’ai été particulièrement écœurée par une révélation que Rouge espérait depuis longtemps, mais qu’elle n’était pas prête à affronter. Peut-on d’ailleurs l’être un jour ? À force d’être élevée dans cette idée, elle craignait d’être fille du Malin quand elle va se découvrir fille d’un monstre, mais sans corne ni queue fourchue celui-là.

À travers son roman, l’autrice évoque tout un panel de sujets forts : la malveillance, la méchanceté, la cruauté même, mais aussi la pédophilie, le danger des apparences et des faux-semblants, l’acceptation de soi, la manipulation, la trahison, la superstition dans ce qu’elle a de plus délétère, l’hypocrisie religieuse, le tabou et tout le folklore autour des règles, le viol… Je fuis en général cette dernière thématique, mais j’ai trouvé que l’autrice l’abordait avec beaucoup d’intelligence. Elle dénonce, avec force et sans concession, cette tendance odieuse et méprisable consistant à condamner la victime et à justifier le bourreau… Révoltant, mais tellement réaliste, on y voit également le processus poussant un violeur à se dédouaner de son acte pour mieux se considérer comme la vraie et seule victime.

Un roman sombre, mais pourtant captivant, alternant entre présent et passé…

Certaines scènes sont dures à vivre, bien que toujours justifiées par le contexte, et l’on peut parfois avoir l’impression que chaque parcelle de lumière est mouchée avant même qu’elle n’ait eu le temps d’éclairer le visage à moitié rougi de notre héroïne. Pourtant, on se retrouve captivé par le roman, désirant en apprendre plus sur les petits secrets et grands mensonges/illusions des villageois, sur Rouge et cette mère qu’elle n’a jamais connue et qui a fini par sombrer dans la folie…

Son histoire personnelle et familiale dramatique rend la jeune fille très attachante et touchante, d’autant qu’elle possède une vraie aura de combattante. Contrairement à d’autres contes où l’héroïne attend le prince charmant, ici le prince est un couard, et l’héroïne prête à affronter les choses, quitte à devoir souffrir et réaliser que sa vie est basée sur des mensonges. Il y a quelque chose de féministe dans ce conte où les seules personnes qui se démarquent du lot, sont finalement deux femmes, Rouge et la Grand-Mère. Dans une moindre mesure, même la mère de Rouge se révèle plus forte qu’il n’y paraît : son esprit a été brisé par une terrible épreuve, mais elle aura un soubresaut d’amour pour cet enfant tant désiré, mais obtenu dans la souffrance et la mort, et un dernier élan de haine pour le responsable de ses malheurs.

Au-delà du personnage fascinant de Rouge, on alterne avec curiosité et plaisir entre le passé et le présent grâce à des flash-back nous permettant d’entrer dans la tête de différents personnages. On écoute comme un enfant l’histoire de la Grand-Mère, un conte dans un conte offrant de nouveau une réflexion sur la beauté et l’asservissement qu’elle peut engendrer pour ceux qui finissent par exister seulement à travers son prisme. Car l’on peut autant souffrir d’être fort beau que fort laid, comme le découvrira Rouge, avant de peut-être commencer à apprendre à s’accepter. On se prend, tout comme notre héroïne, d’affection pour un loup qui renverse les codes du conte original, et qui se montre bien plus humain que la plupart des hommes du roman, tous ou presque mauvais, perfides, lâches et cruels.

Une écriture poétique et imagée qui s’adapte à merveille à l’ambiance des contes…

Quant à l’écriture de l’autrice, elle m’a complètement séduite. Elle dégage tour à tour force et sensibilité, douceur et cruauté, le tout enrobé d’expressions, d’images et de mots qui nous plongent en un instant dans l’ambiance si particulière des contes d’antan. L’autrice a un vrai don pour les mots et possède cette capacité à nous immerger dans l’esprit des protagonistes, même les plus poisseux. Mais ce qui m’a le plus surprise, c’est la manière dont elle arrive à développer une intrigue sombre qui heurte notre humanité, et à exposer des drames qui s’insinuent dans notre esprit et notre chair, tout en rendant son roman très facile et rapide à lire. Un paradoxe à l’image d’une plume qui joue avec maestria sur les faux-semblants pour nous envoyer en pleine face la laideur qui peut parfois se cacher sous la beauté la plus parfaite, et la magnificence derrière la supposée laideur.


En conclusion, en lisant mon avis, vous devez certainement vous dire que le roman est dur et implacable. Et il serait difficile de le nier, Il est cependant tellement plus que cela. C’est une réécriture intelligente, sombre, complexe et originale d’un célèbre conte, qui offre une multitude de réflexions autour de thèmes variés comme la cruauté humaine, le danger et le piège des apparences et des faux-semblants, les mensonges, la trahison, la superstition et les croyances qui emprisonnent, le viol, l’acceptation de soi… Mais là où l’autrice brille, c’est par la construction de son héroïne et la manière dont elle arrive à nous faire vivre de l’intérieur son évolution et les différents stades émotionnels qu’elle traverse, et ceci, sans jamais tomber dans le pathos. Forçant notre respect et notre admiration par sa résilience, son humanité et son courage, Rouge n’a pas besoin de lumière dans sa vie, même si elle ne ferme pas sa porte aux sentiments ; elle est sa propre lumière. Et c’est peut-être ce message-là qui me permet de classer Rouge parmi les contes qui apportent un réel message d’espoir sur la force de l’esprit, et la possibilité de trouver sa propre liberté même dans l’adversité.

 

Tambaqui, tome 1 : Naissance d’une nation, Sébastien Habel Blais

Couverture Tambaqui, tome 1 : Naissance d'une nation

Chaque royaume possède son histoire. Sa chronologie. Ses héros. Mais surtout, ses fondateurs. Comment naît une nation, en fait? Voilà ce que découvriront des exilées de la Grande-Britonie. Elles trouveront refuge dans la jungle, où triomphent les règnes animal et végétal. Sur ce territoire hostile, elles tenteront d’établir une communauté amazone, Tambaqui. Survivront-elles sans l’aide des hommes? Sauront-elles protéger leurs futures héritières des mains de la civilisation quand cette dernière aura vent de leur existence?D’un tome à l’autre, vous vivrez les épreuves sanglantes de Tambaqui à travers ses ères. Mais d’abord, débutons par sa création, la période la plus vulnérable d’une nation.

Sébastien Habel Blais (20 mars 2021) – 576 pages – Broché (17,94€) – Ebook (5,04€)
Couverture : Samir Guessab

AVIS

Attirée par la couverture et intriguée par le résumé, j’ai accepté avec plaisir la proposition de l’auteur de découvrir son roman de presque 600 pages. Et je dois dire que je ne le regrette nullement, ayant été captivée de la première à la dernière ligne par l’histoire de ces quelques femmes qui, lasses d’être sous le joug des hommes et révoltées par leurs conditions, décident de prendre leur destin en main. Et pour ce faire, elles ne reculent devant rien, ni le vol, ni le meurtre ! Après une situation délicate de laquelle la plupart réchappent, elles finissent par s’enfoncer dans la jungle et bâtir le fondement d’une nation créée par et pour les femmes : Tambaqui. Un nom dont l’origine peut prêter à sourire, mais qui marque le début d’une longue aventure riche en péripéties et en dangers.

L’idée d’une société de femmes vivant en autarcie n’est pas nouvelle en soi, mais j’ai apprécié la manière dont l’auteur nous narre l’exil de ces femmes qui décident qu’elles seront dorénavant les seules maîtresses de leur vie et de leur destin. Exit le père autoritaire, le mari violent, et tous ces hommes qui dominent, brutalisent et briment les femmes comme si elles n’avaient pas de volonté propre, ou n’étaient pas capables d’ambition. Or, Helvetia, Hasda, Mahdie, Aïcha et Xaverine vont nous prouver, au fil des pages, qu’elles savent parfaitement planifier, construire, se défendre, apprendre de leur environnement et en tirer parti… Très différentes les unes des autres, chacune va développer ses propres forces et travailler à la construction d’une société matriarcale basée sur l’entraide, la transmission entre générations, la solidarité, le travail, le respect et l’écoute.

Helvetia, devenue la reine de cette jeune nation, va découvrir la difficulté de concilier au mieux les souhaits et les attentes de chacune, tout en assurant la protection d’une communauté qui a grandi au fil des mois et des ans, au gré des rares rencontres avec des hommes des tribus locales. Mission ardue, voire impossible à mesure que les difficultés se multiplient et que les dangers mettent en péril l’avenir de Tambaqui. Entre les tensions internes, les mensonges des unes et des autres, les rivalités, l’égoïsme de certaines bien loin de l’idéal de solidarité défendu par la reine, le besoin d’indépendance et l’esprit de découverte des plus jeunes, et la menace des hommes de la ville, la vie à Tambaqui va prendre une tournure inattendue, si ce n’est dramatique. 

Devant ce groupe qui va connaître bien des déboires, j’ai souvent retenu mon souffle, l’auteur n’épargnant ni ses personnages ni ses lecteurs. Attendez-vous donc à des scènes assez difficiles d’autant que très immersives ! Pour ma part, je n’ai pas réussi à détacher mes yeux du roman, désirant tout connaître du sort de ces femmes que l’on finit par apprendre à connaître, mais pas toujours à apprécier. Ainsi, si l’on ne peut qu’approuver les idéaux de liberté derrière la naissance de Tambaqui, certaines décisions du groupe m’ont saisie d’effroi, comme la manière dont les matriarches veillent à ce que le groupe reste 100% féminin. Je dois également avouer avoir été choquée par cette mère qui oblige sa fille à s’accoupler pour engendrer une fille, après avoir tué le bébé mâle qu’elle venait de mettre au monde. Un exemple de la cruauté et de la brutalité que vous trouverez dans ce roman, qui nous prouve que la ligne entre le bien et le mal peut-être aisément franchi, a fortiori quand l’on est dans une optique de survie.

Ainsi, un peu à la manière des séries comme Les 100, dont on retrouve ici le côté très addictif, la survie est au centre des préoccupations des Tambaquiennes qui, après une relative paix, doivent sortir les armes, et apprendre la douleur du deuil. Une blessure que les matriarches du groupe connaissaient déjà, mais que les plus jeunes vont découvrir. Les réactions des enfants devant la mort m’a d’ailleurs assez déstabilisée, et laissent craindre de nouvelles difficultés pour le groupe dans le futur. Elles soulèvent également quelques questions quant à l’éducation en vase clos dispensée par les matriarches et les conséquences de leur intransigeance. Entre ne plus se laisser dominer, à juste titre, par les hommes et ne voir en eux que des géniteurs qu’il faut détruire s’ils osent entrer dans leur sanctuaire, n’y aurait-il pas un juste milieu ? Un juste milieu qu’une des enfants du groupe semble découvrir par un concours de circonstances et la lâcheté de l’une des femmes du groupe…

Je ne vais pas évoquer les personnages dans le détail, mais en plus de la reine qui marque par sa sincère dévotion envers les siennes et sa capacité à avoir une vision sur le long terme, et d’une femme ayant des dons de médium que j’aurais adoré voir un peu plus exploités, une femme se démarque du lot. En apparence lâche, égoïste et menteuse, on réalise que sa personnalité est bien plus complexe qu’il n’y paraît. Il serait aisé de la considérer comme simplement mauvaise, mais l’auteur a réalisé un très bon travail sur sa psychologie qui montre jusqu’où quelqu’un peut aller pour survivre. Je n’excuse aucun de ses gestes, je l’ai trouvée méprisable, abjecte, et elle m’a bien souvent dégoûtée, mais elle n’en demeure pas moins capable d’émotions et de remords. Jamais toutefois au point de se mettre en danger.

Une « méchante », tout en subtilité, qui cristallise un peu les limites d’une société bâtie sur des idéaux se confrontant à une dure réalité : homme ou femme, chaque être humain est capable de duperie et de violence. Elle ne sera d’ailleurs pas la seule à faire passer ses propres intérêts avant celle des autres, bien qu’elle n’ait elle pas l’excuse de l’âge contrairement à d’autres. À cet égard, l’auteur se montre assez audacieux dans la mesure où contrairement à l’image de naïveté que l’on associe volontiers aux enfants, les fillettes de ce roman sont assez particulières. Certaines m’ont franchement agacée par leur égoïsme et les risques inconsidérés qu’elles prennent, quand d’autres m’ont inquiétée par leur goût prononcé pour le sang et la violence. J’aurais envie de dire que vu le contexte et leur jeune âge, ça peut se comprendre, mais je n’en suis pas si certaine que cela…

En résumé, avec ce roman, l’auteur nous propose de suivre des personnages féminins forts qui ne nous semblent jamais lisses ou consensuels. Ces femmes sont éprises de liberté et leur reine souhaite inscrire leur jeune nation dans l’Histoire, mais pour ce faire, elles sont prêtes à agir avec la même brutalité et le manque d’humanité de ces hommes dont elles ont voulu s’émanciper. La fin justifie-t-elle les moyens ? Chacun répondra à cette question selon ses propres convictions. Pour ma part, je n’ai pas approuvé toutes les actions de notre groupe, mais j’ai été fascinée par ses péripéties, cette société matriarcale développée dans le sang et la sueur par des femmes de conviction prêtes à tout pour la défendre, et cette aura de danger omnisciente qui nous laisse toujours sur le qui-vive quant au devenir de Tambanqui. Entre les dangers, les luttes contre des ennemis de l’extérieur et de l’intérieur, vous ne devriez pas voir le temps passer, d’autant que la plume de l’auteur, tout en finesse et en fluidité, vous assurera une lecture aussi intense qu’immersive ! Âmes sensibles s’abstenir, mais que les autres n’hésitent pas à assister à la fascinante naissance d’une nation pas comme les autres…

Je remercie l’auteur de m’avoir envoyé son roman, disponible sur Amazon, en échange de mon avis.

Femmes sans merci, Camilla Läckberg

Couverture Femmes sans merci

Ingrid Steen a renoncé à sa carrière de journaliste le jour où son mari infidèle a été promu éditeur en chef. Depuis, elle s’occupe de leur fille et s’efforce de maintenir l’image d’un mariage parfait.
Viktoria Brunberg est misérable, enchaînée aux fourneaux dans sa maison de Sillbo. Quand elle a découvert la véritable nature de son mari Malte, il était déjà trop tard.
Birgitta Nilsson, bientôt à la retraite, n’arrive pas à se libérer de son mari abusif. Depuis des années, elle fait tout pour cacher ses bleus.
Extrêmement différentes, ces trois femmes ont une chose en commun : elles sont toutes coincées dans des mariages destructeurs et toxiques. Via un forum sur le Net elles concluent un pacte : chacune va commettre le meurtre parfait en assassinant le mari de l’une des autres.

Actes Sud (3 juin 2020) – 144 pages – Broché (14,90€) -Ebook (10,99€)
Traduction : Rémi Cassaigne

AVIS

En voilà, une lecture courte et intense, l’autrice nous transportant dans la vie de trois femmes très différentes, mais toutes les trois victimes de violence de la part de leur époux.

Ingrid a renoncé à sa carrière de journaliste pour s’occuper de sa fille pendant que son mari se couvre de gloire au travail tout en la trompant allègrement. Viktoria, d’origine russe, pensait trouver un mari doux et gentil en Suède quand elle n’y rencontrera que violence et abus de la part d’un mari abusif, grossier et méchant. Quant à Birgitta, elle subit l’indifférence de ses deux fils et les coups de plus en plus violents d’un mari dont le passe-temps préféré, pour se détendre, est de la frapper comme un boxeur le ferait avec un punching-ball !

Suivre les violences subies par ces trois femmes est difficile parce que si le livre se passe en Suède, il pourrait très bien se dérouler dans n’importe quel endroit du globe. L’histoire Viktoria ou de Birgitta pourrait être l’histoire d’une voisine, d’une amie, d’une sœur, d’une femme rencontrée dans la rue, et dont le pas précipité cacherait la peur de rentrer en retard, de susciter un déchaînement de violence, peut-être le dernier…

Violence physique, violence psychologique, mais aussi hypocrisie d’un mari qui défend le mouvement #MeToo devant les caméras tout en refusant, en coulisse, de sanctionner les débordements de ses collaborateurs masculins parce que vous comprenez, ils ne sont pas méchants au fond. On ne va quand même pas les licencier et détruire leur carrière pour des mots déplacés et grivois ou des mains baladeuses ? Non, bien sûr, enfin sauf quand on a un minimum de dignité humaine et de conscience… Minimiser la portée de ces actes dégradants, par couardise ou sentiment de solidarité masculine bien malvenu, c’est participer aux violences faites aux femmes, qu’on le veuille ou non.

À travers sa novella, l’autrice dénonce ces violences, petites et grandes, inacceptables et déshumanisantes que l’on est toutes susceptibles de rencontrer dans notre vie professionnelle et/ou personnelle avec une telle acuité que cela en est saisissant et effroyable ! Mais alors que l’on découvre les maltraitances subies par les protagonistes, on se demande la raison d’un titre tel que « Femmes sans merci » ? Cela n’aurait pas plutôt dû être « Maris sans merci » ou, peut-être encore plus parlant, « Femmes à l’agonie » ? Puis de fil un aiguille, un glissement se produit dans le récit et l’on saisit les raisons d’un tel titre : si ces femmes ont subi sans rien dire des années durant, elles finissent par décider de prendre leur revanche !

À partir de là, la novella engagée s’oriente bien plus vers le thriller, car, le moins que l’on puisse dire, c’est que nos trois femmes bafouées ne font pas dans la dentelle… Je préfère rester vague sur leurs actions, mais j’ai apprécié le revirement de situation, et la manière dont les bourreaux deviennent victimes. N’étant pas une grande amatrice de la loi du talion, je n’ai pas approuvé la manière dont elles choisissent de régler leurs problèmes, mais j’ai réussi à comprendre les sentiments qui les ont motivées, du moins pour Viktoria et Birgitta. Un peu comme si à prendre trop de coups, la frontière entre mal et bien s’était étiolée jusqu’à complètement disparaître.

En revanche, j’ai trouvé la décision d’Ingrid assez disproportionnée par rapport à sa situation. J’en suis venue à me demander ce qu’elle souhaitait vraiment punir : l’infidélité de son mari et l’humiliation qu’il n’a pas hésité à lui infliger, le sacrifice de sa carrière qu’il lui a plus ou moins imposé sans montrer une once de reconnaissance, son hypocrisie face au harcèlement sexuel des femmes qu’il dénonce à la télé et tolère dans la réalité… À moins que ce ne soit un peu de tout cela.

Question de survie ou recherche d’une justice presque divine en même temps qu’un sentiment de sécurité matérielle… Des motivations différentes, mais la même décision et détermination ! Les représailles de ces femmes envers des maris violents et/ou défaillants ne devraient donc pas vous laisser indifférents. Pour ma part, j’ai été complètement transportée par cette novella qui m’a fait vivre d’intenses émotions, pas agréables, mais nécessaires, les violences domestiques étant une réalité qu’il faut dénoncer, encore et encore.

Toutefois, le format novella pourrait déranger certains lecteurs, dont je ne fais pas partie, car il ne permet pas de traiter l’histoire en profondeur. Certains points sont ainsi occultés comme les détails du plan mis en place par les trois femmes pour quitter une vie loin d’être heureuse. J’aurais d’ailleurs moi-même apprécié un peu plus de détails à ce niveau, mais je pense qu’en lisant ce livre, il faut garder à l’esprit que la question essentielle est ici bien plus le « pourquoi » que le « comment »…

En conclusion, à travers ce livre, l’autrice suscite une certaine réflexion et prise de conscience quant aux violences faites aux femmes dans la sphère privée et professionnelle tout en offrant une histoire assez sombre dans laquelle les victimes finissent par se libérer de leur bourreau de manière plutôt expéditive. Pour le meilleur et pour le pire… un serment sacré respecté à la lettre !

Redwood, Carrie Ann Ryan

Jasper: Redwood, T1 par [Carrie Ann Ryan, Zeynep Diker]

Jasper Jamenson a passé sa vie à servir la meute Redwood, dans l’attente du jour où il rencontrera son âme sœur. Lorsque son chemin croise celui de Willow, il sait immédiatement qu’il a trouvé celle qu’il protègera par-dessus tout. Alors qu’une meute rivale rôde dans les alentours, menaçant les Redwood et se livrant à de sinistres cérémonies d’invocation démoniaque, Jasper parvient de justesse à tirer Willow de leurs griffes. Mais celle-ci se retrouve propulsée dans un nouveau monde terrifiant, tandis que le loup en lui se fait violence pour ne pas la revendiquer immédiatement. Luttant pour leur vie mais également pour leur lien d’union faiblissant, ils devront apprendre à se faire confiance avant qu’il ne soit trop tard…

Milady (20 février 2019) – 286 pages – 7,90€

AVIS

La moyenne du roman sur Livraddict et la couverture d’un kitsch sans nom étaient déjà un bon indice sur la probabilité que j’apprécie ce roman… Je ne vais pas tourner autour du pot, ce roman a été un véritable supplice à terminer. Je pense que si je ne l’avais pas inclus dans le Mois de la bit-lit, je me serais précipitée dans la première boîte à livres pour m’en débarrasser…

Redwood est un petit concentré de tous les points qui m’avaient poussée, il y a plusieurs années, à arrêter de lire de la bit-lit ou de la romance paranormale : pauvreté du style, romance éclair et irréaliste, scènes de sexe répétées et bien souvent vulgaires (si au moins, elles étaient imaginatives), phrases éculées mais qui se veulent imagées combinées avec des mots d’argot rendant le tout plus risible qu’excitant (qui se dévoue pour expliquer à Jasper que son entrejambe n’est pas un moyen pour faire communier les âmes ? ), personnages manquant de personnalité si ce n’est de cerveau, héroïne qui ressemble à une petite chose qu’il faut sauver et qui se sent tellement inférieure au beau mâle de service, mâle qui lui-même est un macho qui estime savoir mieux que l’héroïne ce qui est le mieux pour elle, incohérences, manque de réalisme dans les réactions. Et je ne parle même pas des antagonistes tellement stéréotypés qu’ils en deviennent ridicules… D’ailleurs, cette pub m’a accompagnée dans ma tête tout au long du roman (on a les références qu’on peut...)

Je vais arrêter ma liste là, mais je pourrais encore la continuer à l’envi. Mais ce qui m’a probablement le plus agacée est cette impression de ne pas avoir lu un roman mais d’avoir eu entre les mains une ébauche d’histoire qui n’était absolument pas prête à atterrir dans les rayons des librairies. Tout va trop vite et manque cruellement de logique, de cohérence et de saveur. En quelques pages, Jasper a ainsi eu le temps de tomber amoureux et de sauver sa demoiselle ! Bon pas de chance, va falloir recommencer plus tard, mais vous voyez le schéma qui se dessine…

Quant à Willow (rien à voir avec celle dans Buffy, hélas...), elle se fait kidnapper, violenter, découvre le monde des loups-garous avant de devoir renoncer à sa vie d’avant pour intégrer une famille qu’elle ne connaît ni d’Ève, ni d’Adam, mais ça ne la perturbe pas un instant… Non, elle, tout ce qui l’inquiète, c’est qu’elle n’est pas assez bien pour son sauveur qui, soit dit en passant, est quand même plus ou moins à la base des problèmes qui lui tombent sur le coin du nez. Très crédible, tout ça…

Je me suis, en outre, posé des questions sur la traduction et/ou l’appropriation du mot « compagne » par l’autrice. Parce que jusqu’à preuve du contraire, une femme qui t’attire et que tu as juste invitée à sortir n’est ABSOLUMENT pas une compagne ! Sinon il y a pas mal de couples qui s’ignorent…. Et non, l’excuse du loup de Jasper qui s’exprimerait de la sorte ne me convainc pas une seconde.

En bref, entre Redwood et moi, ça n’a pas, mais alors pas collé du tout. J’essaie en général de trouver du positif dans un roman, mais là, j’ai un mal fou à ne pas ajouter d’autres points problématiques dans ma conclusion. On pourrait éventuellement évoquer la famille du héros qui est très soudée et dont j’ai apprécié les interactions pleines de tendresse et d’amour ou encore le frère de Jasper qui semble avoir un peu plus de jugeote, notamment quand il lui explique que sa compagne est apte à décider par elle-même de sa vie. Mais c’est, du moins pour moi, bien insuffisant pour justifier la lecture de ce roman qui, en plus de poser problème quant au traitement de certains personnages féminins, est un concentré de clichés particulièrement mal exploités…

Top Ten Tuesday #175 : les 10 derniers thrillers lus et/ou écoutés

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« Le Top Ten  Tuesday est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire prédéfini. Ce rendez-vous a initialement été créé par The Broke and the Bookish et est repris en français sur le blog Frogzine. »


Ces dernières semaines, notamment durant le confinement, j’ai enchaîné les thrillers que ce soit en version papier ou audio. Je vous propose donc la liste des dix derniers thrillers lus et/ou écoutés. Tous ont été de belles découvertes et m’ont offert d’intenses et angoissantes heures de lecture !

  • Les thrillers chroniqués :
    • Une héroïne aveugle, un fétichiste qui fait froid dans le dos et qui nage en eaux troubles, une enquête rythmée… Le fétichiste est un thriller assez original à la tension parfaitement maîtrisée.
    • Avec Les cicatrices, on fait un saut dans la noirceur, le triturage de méninges et des scènes parfois très dures. Un thriller psychologique où la violence côtoie la démence !
    • Quant à Thin air, on change de ton avec un thriller qui se déroule sur Mars… Le mélange SF et thriller a bien fonctionné sur moi même si j’ai parfois regretté certaines longueurs. Vous pouvez retrouver ma chronique sur le site eMaginarock.

Couverture Le fétichiste Couverture Les CicatricesCouverture Thin Air

  • Ceux que j’ai dévorés sans laisser de trace : 

Couverture La veuveCouverture Am stram gram... / Am stram gramCouverture Promenez-vous dans les bois... pendant que vous êtes encore en vie

Couverture Tension extrêmeCouverture Dernière escaleCouverture Le pacte interdit

Couverture Ames soeurs

Et vous, appréciez-vous les thrillers ?
Quel est le dernier livre du genre que vous avez lu ?

B.O.A tome 1 : Loterie Funeste, Magali Laurent

Je remercie les Éditions de Mortagne et Babelio pour m’avoir permis de découvrir B.O.A : funeste loterie de Magali Laurent.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Une loterie inhumaine. Six immortels à gagner. Dans un monde post-apocalyptique, l’humanité a été réduite à quelques milliers d’individus. Les humains sains sont réduits à l’état de bétail-ouvrier dans des camps de travail ou à celui de citoyen de seconde zone vivant dans la misère à Liberté, une terre promise aujourd’hui totalement dénaturée, dirigée par les B.O.A*. Dans ce monde, quand les citoyens achètent des billets pour la loterie annuelle, ce n’est pas pour gagner de l’argent. Les BOA espèrent remporter des Sacs à sang. Des esclaves. Des êtres humains auxquels ils pourront s’abreuver pour subsister. Jusqu’à ce que mort s’ensuive. Mais, cette année, la loterie est différente : six adolescents sont en jeu, rendus immortels par un processus révolutionnaire. Destinés à offrir leur sang à leurs futurs propriétaires, ils sont condamnés à souffrir éternellement, car même la mort ne pourra les délivrer. S’ils résistent, ils seront transformés en créatures terrifiantes. En Charognards. Des bêtes voraces. S’ils obéissent, ils seront perdus pour toujours. *B.O.A : nommés ainsi en référence aux groupes sanguins, ces êtres, qui n’ont plus qu’une infime part d’humanité, doivent s’abreuver de sang humain pour survivre.

  • Broché: 460 pages
  • Editeur : Mortagne (11 avril 2018)
  • Prix : 15€
  • Autre format : ebook

AVIS

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je dois dire que je suis complètement sous le charme de la couverture qui a d’ailleurs contribué à mon envie de lire B.O.A, un roman qui se déroule dans un monde post-apocalyptique au sein duquel l’espèce humaine a été, en grande partie, décimée par un virus. Virulent, celui-ci transformait les personnes infectées en des Charognards, des bêtes animées d’une soif insatiable de sang ayant perdu leur humanité. Les plus riches ont cependant pu se procurer le premier antidote mis sur le marché, un antidote qui les condamnera à devenir eux-mêmes des buveurs de sang. Nommées BOA, ces personnes ont gardé leur âme humaine, mais comme des vampires, ont besoin de sang pour survivre. Et ce sang, ils vont le trouver chez les humains sains puisqu’une partie de la population a bénéficié d’un second vaccin…

Après quelques périodes de trouble, les BOA et les humains sains, qui ont fini par se regrouper, ont trouvé un compromis afin de créer un semblant de paix sociale. Mais cet équilibre, qu’on pourrait presque qualifier de la terreur, ne se fera pas sans quelques sacrifices : des êtres humains sains sont ainsi enfermés dans des Celliers, dès leur plus jeune âge, afin de fournir les BOA en sang. Nommés Sacs à sang comme certains nommeraient « sac à puces » un corniaud trouvé sur le bord de la route, ces êtres sont voués à une vie d’esclave rythmée par le travail, le sport et les « dons » du sang. En plus de leurs conditions de vie matérielles très difficiles, tout est fait pour qu’aucune relation entre les Sacs à sang ne se développe les enfermant ainsi dans une profonde solitude…

Oxana et son frère jumeau Alexandre, qui vivent tous les deux dans un Cellier, échappent quelque peu à cette solitude grâce à la très grande complicité qui les unit. La jeune femme est le premier personnage que l’on découvre ce qui peut expliquer que c’est celui que j’ai préféré suivre dans le roman d’autant que j’ai adoré sa personnalité. Courageuse voire parfois un peu trop impulsive pour sa propre sécurité, elle ne se laisse pas détruire par la vie qu’on lui impose dans le Cellier. Malgré les moments de doute et de découragement, elle va de l’avant et garde cet esprit de combativité que j’apprécie tellement. Et puis, j’ai adoré la manière dont son frère et elle se protègent mutuellement même si j’ai parfois été un peu gênée par leur grande proximité physique. J’imagine que les conditions dans lesquelles ils ont grandi expliquent cette relation quelque peu ambigüe qui pousse d’ailleurs Alexandre à se montrer jaloux d’un BOA, Kael, faisant partie de la résistance.

Kael est un personnage intéressant dans la mesure où il se rebelle contre l’ordre établi et refuse purement et simplement de réduire des êtres humains à l’état de Sacs à sang ! Cela m’a rassurée de voir que tout le monde dans cette société n’est pas indifférent au sort réservé à ces êtres humains condamnés à n’être que le garde-manger des BOA. J’ai donc compris sans peine l’envie de Kael de remédier à cette ignominie en rendant leur liberté à toutes ces personnes sacrifiées au nom de l’intérêt commun. Alors qu’on ne le voit pas beaucoup dans ce premier tome, Kael est pourtant un personnage qui m’a extrêmement touchée d’autant qu’on apprend, petit à petit, à découvrir son sens du sacrifice et de l’honneur… J’ai ainsi eu beaucoup de peine pour lui que ce soit en raison de sa relation avec son père ou son impossibilité de révéler un pan entier de sa vie à son plus jeune frère qu’il aime et protège du mieux qu’il peut de la violence de leur père.

Magali Laurent exploite donc parfaitement le thème de la famille à travers des liens fraternels forts, des relations parents/enfants dysfonctionnelles voire franchement cruelles, mais elle n’en oublie pas pour autant de donner une large place à l’amitié. En effet, si le début du roman se concentre sur Oxana et son frère, l’auteure introduit en cours de route d’autres personnages qui seront réunis par les plans machiavéliques de M. Wolfe. Propriétaire des Celliers et de la société à l’origine d’une loterie destinée à gagner des Sacs à sang, cet homme est la quintessence de ce qu’il peut y avoir de pire chez une personne : calculateur, obsédé par l’appât du gain, dénué d’empathie et de morale, violent, manipulateur, méchant voire franchement dérangé notamment dans sa volonté de créer sa propre version de La Belle et la Bête (le happy end en moins)… J’aime les méchants bien cruels et sadiques et de ce côté, je peux dire que l’autrice a répondu à mes attentes pour le plus grand malheur de ses personnages d’ailleurs. Notre tordu de service, alias le psychopathe que personne n’a envie de croiser, a ainsi prévu pour fêter les vingt-cinq ans de sa loterie d’offrir, par lots de deux, six individus rendus immortels par un nouveau procédé révolutionnaire.

Un sort révoltant et peu enviable qui aura au moins l’avantage de permettre à Oxana et à Alexandre de rencontrer Kim, Sam, Cléo et Denys. Tous les six vont apprendre à se connaître et à se faire confiance malgré leurs différences. Une réelle solidarité va donc se former au sein du groupe même si, comme dans la vraie vie, certaines affinités vont plus se développer que d’autres. Dans tous les cas, j’ai pris plaisir à suivre les interactions entre les différents protagonistes qui finissent par devenir amis. Une petite révolution pour ces jeunes gens qui, à part Oxana et Alexandre, n’ont eu que la solitude comme compagnon… Mon seul regret concerne Kim et Sam qui m’ont parfois donné l’impression de faire de la figuration. Je croise donc les doigts pour que l’auteure leur offre un peu plus de visibilité dans le second tome.

A l’inverse, Cléo est un personnage que l’auteure met en avant ce qui peut s’expliquer par le fait que sa vie a été très différente de celles de ses nouveaux amis. En effet, bien qu’ayant vécu toute son enfance et son adolescence enfermée dans un appartement, elle a été relativement choyée. Élevée pour servir avec excellence son futur propriétaire BOA sans jamais penser par elle-même, rien ne l’avait préparée à affronter la vie à l’extérieur qui se révèle bien différente de l’image d’Épinal qu’on lui avait fait miroiter. Alors que l’on aurait pu craindre une jeune pimbêche capricieuse, on découvre une personne déboussolée qui doit remettre en question tout ce en quoi elle croyait. Son univers s’effondre, mais elle ne se lamente jamais et ne se transforme pas soudainement en Cruella d’enfer, ce qui la rend très attachante. Derrière une apparente perfection, Cléo se révèle pétrie de doutes et de fêlures ! Mais je vous rassure, l’auteure ne tombe pas dans le cliché de la petite fille riche car, déboussolée ou non, Cléo fait face avec détermination aux épreuves que sa nouvelle vie met devant elle…

Comme souvent dans les romans destinés à un public relativement jeune, il y a de la romance ce qui, en général, a le don de m’agacer. Mais fort heureusement, l’auteure a réussi à rendre cet aspect crédible et surtout intéressant. J’ai donc aimé voir Cléo affronter des sentiments qui lui étaient jusqu’à maintenant complètement étrangers… Cela apporte une certaine crédibilité à cette jeune femme qui se pensait froide, calculatrice et dénuée d’émotions. Cela va nous permettre également de nous attacher à un autre protagoniste qui, aux côtés de Cléo, va progressivement apprendre à accepter sa propre vulnérabilité. J’ai, néanmoins, été plus sceptique face à l’attraction bien trop rapide entre deux autres protagonistes. Ce sera d’ailleurs là, pour moi, le seul vrai point négatif du roman.

Enfin, si j’ai autant insisté sur les personnages et leurs interactions, c’est que ce sont, pour moi, les deux grands points forts de ce roman. C’est parce qu’on s’attache aux personnages qu’on a tellement envie de découvrir ce qui va leur arriver. Et cet attachement passe, en partie, par la narration alternée parfaitement maîtrisée par l’auteure ainsi que par la présence de nombreux dialogues. Ceux-ci, en plus d’apporter du dynamisme à l’histoire, nous donne presque l’impression de participer aux conversations entre les personnages. A cela s’ajoute une plume fluide qui, sans fioritures ou longues descriptions, plonge directement le lecteur au cœur de ce récit mené tambour battant !  Tenu en haleine dès le début de l’histoire, le lecteur s’attache tellement aux personnages, qu’il en vient à ne plus vouloir les quitter et à souffrir à leurs côtés quand ils découvrent à quel point leur existence n’est qu’un tissu de mensonges, et que leur bourreau est prêt à tout pour les soumettre. En ce qui concerne la fin, elle ne peut que vous donner envie de vous jeter sur le tome deux avec un sentiment mêlé d’excitation à l’idée de retrouver nos six amis et de crainte quant au devenir de chacun…

En conclusion, sans être une grande amatrice de dystopies, j’ai été complètement séduite par l’univers presque visqueux imaginé par l’auteure. Elle a su nous offrir une histoire revisitant de manière originale le mythe des vampires ce qui devrait ravir les lecteurs appréciant ces créatures assoiffées de sang. Mais ce qui fait la force de ce roman, c’est la galerie de personnages hauts en couleur que l’on apprend à connaître et dont on ne peut que partager la colère et le sentiment d’injustice. Alors si vous avez envie d’une lecture rythmée et addictive qui vous fera passer par mille émotions, Loterie funeste devrait vous offrir de belles heures de lecture ! Pour ma part, je suis impatiente de lire le tome 2 dont vous découvrirez un extrait en fin d’ouvrage…

B.O.A. 02 : Couples maudits par [Magali Laurent]

Site de l’auteurePage FB de l’auteure

Et vous, envie de craquer pour ce roman ? Vous pouvez le commander dans votre librairie préférée ou sur des sites comme Amazon

 

 

Le fanatique des crachats, Amélia Varin

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Je remercie Amélia Varin de m’avoir confié sa dernière nouvelle : Le fanatique des crachats.

PRÉSENTATION

Judith vit seule avec sa mère, dans une maison éloignée de la ville, à l’orée de la forêt.
Entre les amants de sa génitrice et son amie Cléo, elle mène une vie tout ce qu’il y a de plus morne. Alors que rien ne le laissait présager, Judith est assassinée et est condamnée à hanter les lieux du meurtre, où elle a tant de souvenirs.
Ah, et en parlant de souvenirs, elle aimerait bien se rappeler qui l’a fait passer de vie à trépas.
C’est vrai quoi, c’est quand même important ce genre de choses !

Ni tout fiel, ni tout miel Le fanatique des crachats triture de ses doigts sales la conscience de braves-gens-pas-si-braves-que-ça. Sombre et cynique.

AVIS

Judith, qui vit avec sa mère, se fait faucher dans sa prime adolescence. Par qui et pourquoi ? C’est le mystère qu’elle essaye d’élucider ne gardant aucun souvenir de l’événement l’ayant fait passer l’arme à gauche.

Cette petite nouvelle arrive en quelques pages à vous remuer et à vous faire ressentir un puissant sentiment de mal-être. Il faut dire que l’histoire est sombre et cynique à souhait ! Il est certain que si vous êtes un humaniste dans l’âme, vous risquez de ressortir de votre lecture quelque peu chamboulé dans vos certitudes.

Dans ce récit, aucun être humain n’est sympathique ni courageux ni à plaindre, même pas la victime. Alors oui, au début, je n’ai pu que plaindre cette jeune fille qui se fait tuer sans ménagement, et dont le corps souffre de la bassesse humaine même lorsque le dernier souffle de vie le quitte. Néanmoins, au fil de la lecture, son cynisme que j’ai d’abord apprécié a fini par m’agacer d’autant que Judith se révèle plutôt antipathique. Si l’on comprend sa condescendance envers sa mère, sa méchanceté envers sa meilleure amie me semble plus discutable… Bref, Judith est un personnage ambivalent dont vous ne pourrez que regretter la mort (personne ne mérite de mourir si jeune), mais dont vous vous demanderez si finalement, ce n’est pas une bonne chose pour son entourage ou les personnes qu’elle côtoyait.

Je vous rassure, ce n’est pas parce que je n’ai pas aimé Judith que je n’ai pas pris plaisir à lire son histoire. C’est juste que c’est le genre de personne qui génère des sentiments contradictoires chez le lecteur, ce qui est, du moins pour moi, une excellente chose. Personne dans la vie n’est tout à fait ange ni tout à fait démon. Amélia a donc réussi à retranscrire cette dualité qui est présente en chacun d’entre nous même si clairement, la lumière n’est pas ce qui nous aveugle chez Judith.

Mais avec une telle mère, peut-on être une adolescente épanouie et aimante ? C’est là un débat entre déterminisme et acquis dans lequel je ne me lancerai pas, mais force est de constater que l’environnement dans lequel a grandi notre protagoniste n’est pas des plus sains et des plus sereins. Sa mère, ou plutôt sa génitrice, son comportement étant à des années lumières de celui d’une mère aimante et responsable, n’est pas vraiment un exemple à suivre. Entre addiction à des substances illicites et au sexe, elle offre plus l’image de la déchéance que de l’amour maternel…

Quant à la plume de l’auteure, elle est incisive et percutante à l’image de Judith. Le récit se lit donc très vite que ce soit en raison de son nombre de pages ou du style de narration très direct. Pour autant, ce n’est pas une nouvelle que je conseillerais à tous, car Amélia met en scène des personnages malsains avec d’un côté une victime qui se fait bourreau, et un bourreau dont on ne sait pas grand chose si ce n’est qu’on ne souhaiterait vraiment pas croiser sa route et encore moins, se retrouver seul avec lui.

Nouvelle oblige, la psychologie des personnages n’est pas très développée, ce qui ne permet pas de comprendre les motivations profondes de ce tueur qui a d’ailleurs une particularité originale. J’avoue que je n’ai pas trop su saisir si son envie de cracher sur ses victimes était seulement le symptôme d’un esprit dérangé ou si cette pratique revêtait un caractère plus ou moins symbolique… Est-ce que c’est une manière pour lui de souiller ses victimes ou de leur rendre un hommage comme l’on jetterait de la terre sur un cercueil ? Je serais curieuse de découvrir votre propre interprétation si vous vous laissez tenter par la nouvelle. Amélia a accepté de m’éclairer sur ce point, mais je n’en dirai pas plus pour ne pas gêner votre propre réflexion sur le sujet… Si, comme moi, à l’issue de votre lecture, vous désirez comprendre ce que le comportement de ce fanatique des crachats cache, n’hésitez pas à contacter Amélia notamment sur sa page FB.

Enfin, je sais que vous êtes nombreux à abhorrer le format nouvelle, mais j’ai trouvé qu’il était parfait pour ce récit. Un roman avec une atmosphère aussi malsaine m’aurait paru difficile à supporter. A l’inverse, ce format plus court rend l’histoire supportable, intense certes, mais supportable même pour les lectrices comme moi peu coutumières de ce genre de récit.

En conclusion, Le fanatique des crachats est une nouvelle à l’image de son titre : aussi intrigante que dérangeante. C’est le genre d’histoire qui n’a pas besoin de longs développements pour faire réagir le lecteur et le plonger dans une ambiance presque poisseuse. A réserver donc aux personnes prêtes à lire des récits sombres hantés par des personnages inquiétants et baignés de violence et de sexe.

Page FBSite de l’auteure

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