Le linceul des âmes, Eva Marin

Le linceul des âmes

Suite à un choc émotionnel, l’existence d’Ely devenue Rosa après un changement d’identité nécessaire à sa survie, est soignée dans un couvent où elle s’accroche à un tissu très particulier.
Sa vie, qui ne tient qu’à un fil, bascule alors dans la folie d’une vengeance froide qui se déroulera entre Perpignan et Barcelone…

Évidence Éditions -338 pages – Papier (17€) – Ebook (7,99€)

AVIS

De nouveau, c’est la couverture qui a attiré mon attention et si, en général, cela me réussit plutôt bien, avec ce roman, l’expérience est loin d’avoir été concluante. Dès le début, j’ai su que ça allait être compliqué pour moi de poursuivre ma lecture sans lever les yeux au ciel et sans m’énerver derrière l’écran de ma liseuse. D’ailleurs, si ce roman n’avait pas été un service de presse, je l’aurais abandonné très vite.

En plus de petites incohérences et de facilités scénaristiques, j’ai eu grand mal à supporter le côté caricatural de l’histoire et des personnages. C’est dommage parce qu’à la lecture des mots de l’autrice en début d’ouvrage, je m’étais vraiment attendue à une héroïne complexe et à la personnalité nuancée. Or, si elle est bien capable du meilleur comme du pire, on est toujours dans l’extrême, ce qui rend le personnage fort peu convaincant et réaliste.

Et malheureusement, je n’ai pas pu me raccrocher aux événements qui m’ont semblé, la plupart du temps, s’enchaîner de manière fort pratique pour Rosa. En cours de lecture, je me suis souvent fait une réflexion que ma grand-mère maternelle avait coutume de dire devant certains films : comme par hasard. Comme par hasard, notre héroïne tombe sur une gentille personne qui lui paie le train et lui donne de l’argent dès leur rencontre (chanceuse dans son malheur cette Rosa), comme par hasard, elle s’enfuit de la tanière du loup et tombe directement dans les bras d’un religieux prêt à lui faire de faux papiers…

En d’autres mots, soit l’héroïne subit les pires tourments de la part de sa famille et de la secte au sein de laquelle elle a été élevée ainsi que de ses alliés, soit elle tombe sur des gens qui l’aident spontanément et avec un altruisme admirable. Et quand elle n’est pas aidée directement, sa vengeance semble être bénie des dieux, vu la facilité avec laquelle elle tue et entre dans des lieux qui, selon toute vraisemblance, auraient dû être bien mieux gardés. De la même manière, je reste très surprise de voir les pratiques d’un autre temps qu’arrive à mettre en place un hôpital psychiatrique dans l’indifférence générale. On en vient à de demander ce que fait la police…

Ce sont quelques exemples, parmi d’autres, qui ne m’ont pas permis de m’intéresser à l’histoire et au sort d’une héroïne qui aurait dû pourtant m’émouvoir en raison des drames qui ont jalonné sa vie (viols, torture, internement forcé, tentatives de meurtre…). Elle n’est d’ailleurs pas la seule à avoir souffert puisque sur la route de la vengeance, elle trouvera d’autres âmes écorchées en même temps qu’un homme à aimer. Cela est assez surprenant quand on voit à quel point Rosa a subi la concupiscence des hommes depuis son plus jeune âge, mais à l’exception d’une scène qui m’a laissée perplexe, l’histoire d’amour entre elle et José s’impose à nous sans nous sembler étrange. On y voit une sorte de parenthèse heureuse dans une vie parsemée de malheurs et de drames.

L’autrice avait de bonnes idées comme nous plonger dans l’enfer d’une secte à travers, entre autres, les souvenirs de Rosa, mais la partie vengeance et thriller manque trop de nuance et de finesse pour que je me sente concernée et intéressée. Dommage parce que le sujet des sectes m’intéresse… L’autrice ayant mélangé fiction et réalité, je me suis néanmoins demandé ce qui appartenait à l’un ou l’autre parce que certaines dérives font froid dans le dos.

Si je n’ai pas réussi à entrer dans l’histoire, je reconnais toutefois que le rythme est assez soutenu puisqu’il se passe toujours quelque chose et que l’alternance passé/présent dynamise le récit. Quant à l’écriture d’Eva Marin, je l’ai trouvée simple, mais agréable. Il n’y a pas de grands effets de style, mais l’ensemble reste efficace malgré quelques dialogues qui m’ont semblé forcés. C’est donc pour moi, le fond qui a péché et non la forme. Toutefois, n’hésitez pas à lire d’autres avis que le mien pour savoir si vous avez envie ou non de tenter l’aventure…

Je remercie Évidence Éditions pour m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.