Wild Child, Neil Connelly

Couverture Wild Child

Eddie est un lutteur hors-pair.
Battu pendant toute son enfance par son père, il écume sa rage sur le ring.
Un jour, il explose et s’en prend à l’arbitre. Sa vie bascule. Il est exclu de son lycée et risque la prison.
Mais Sunday, l’organisateur des plus grands combats illégaux du pays, a repéré depuis longtemps le talent de Mac, et souhaite qu’il rejoigne ses combattants.
En échange : la richesse et la liberté.
Eddie rentre alors dans un monde de violence et de fureur, un univers sans pitié soumis à la loi du plus fort.
Pour l’entraîner, il est confié à Khadjee, une jeune adolescente qui évolue dans ce milieu depuis sa plus tendre enfance.
Elle connaît les combats et les lutteurs mieux que quiconque.
Si elle n’était pas une femme, elle serait, elle aussi, sur le ring.
Ensemble, ils vont tenter de survivre et de ne pas laisser leurs démons prendre le contrôle.

Bayard (21 avril 2021) – 408 pages – 14 ans et +
Traduction : Dominique Kugler 

AVIS

Les histoires de combat, ce n’est pas vraiment ma tasse de thé, mais la couverture avec ses teintes rouges et les deux points prêts à frapper ainsi que le résumé m’ont intriguée. J’ai donc décidé de sortir de mes habitudes de lecture pour me plonger dans ce roman où la rage de se battre est omniprésente et l’amitié en trame de fond, un peu comme un phare dans la tempête.

Loin d’être le Brute Boy ou le Wild Child que l’on attend de lui, Eddie est avant tout un jeune homme meurtri par un passé difficile fait de brutalité, de violence domestique et d’émotions fortes qu’on ne lui a jamais appris à canaliser. Alors au lieu de se morfondre et de continuer à être celui qui reçoit les coups et qui voit sa mère servir de punching-ball, il prend très jeune une décision : devenir celui qui frappe.

Cette rage de vaincre et toute cette colère qui sourde en lui, Eddie l’expulse sur un ring dans le cadre de son club de lutte au lycée, mais un jour, il se laisse déborder par ses émotions et son désir d’humilier son adversaire. Un coup qui part, un arbitre au sol, un destin brisé, une mère éplorée et un ado qui découvre un nouveau monde. Un monde encore plus brutal que le sien, un monde au sein duquel aucune règle n’existe, si ce n’est celle de l’argent.

Pourtant, entre une probable arrestation, et une vie d’exil faite de combats illégaux où tous les coups sont permis, Eddie n’a pas hésité très longtemps. Lui qui déteste son père et tout ce qu’il représente, le voilà maintenant pieds et poings liés avec d’anciennes connaissances de ce dernier. Mais ce que le jeune homme n’avait pas anticipé, c’est à quel point la voie qu’il a choisi d’emprunter, au lieu de lui assurer richesse et liberté, va très vite le piéger dans une spirale infernale, dont il ne semble pas avoir conscience de la puissance.

Chose qui agace et inquiète fortement Khadjee, une adolescente en charge de l’entraîner pour lui permettre d’affûter ses talents et les ajuster à une nouvelle manière de se battre. Parce que sur le ring, les Brawlers se moquent éperdument des règles, ils cognent et frappent jusqu’à ce que l’adversaire soit au tapis et reconnaisse sa défaite. Pas de pitié, pas d’arbitre, pas de limite, juste des coups, du sang et du spectacle ! Après tout, les abonnés qui regardent les combats en direct ne sont pas là pour voir des politesses. Ils en veulent pour leur argent, ce dont s’assure avec complaisance et diligence M. Sunday, un homme assez énigmatique, mais dont la puissance de frappe ne peut être sous-estimée…

Si je suis pas une grande fan des scènes de combat, je dois admettre que l’auteur les dépeint avec un tel réalisme et une telle vivacité qu’elles en deviennent vite passionnantes ; on a vraiment l’impression d’assister aux combats en direct. Une immersion facilitée par un vocabulaire précis et expliqué en fin de roman pour les lecteurs qui, comme moi, ne seraient pas coutumiers des termes techniques utilisés par les personnages pour décrire leurs actions ou leurs intentions. J’ai apprécié de voir Eddie sur un ring parce que cela fait partie intégrante de sa vie et je dirais même de son hygiène de vie. Les combats lui permettent de laisser libre cours à sa brutalité et de frapper son père par procuration, mais on réalise assez vite que cela va au-delà du désir de vengeance. Le jeune homme réfléchit, met en place des stratégies, apprend à connaître les limites de son corps pour les dépasser, anticipe les mouvements de l’adversaire pour les contrer. Il y a indéniablement une certaine esthétique à le voir évoluer sur un ring…

Mais ce qui fait la force de ce roman, du moins pour moi, c’est la sincère complicité et la relation de profonde amitié qui se noue entre Eddie et Khadjee. Tous les deux ont un passé difficile, bien que différents, et tous les deux luttent pour s’en sortir. Eddie pour se sortir du cercle de la haine et de la vengeance, et d’une situation difficile qui risque de le conduire entre les murs d’une prison, et Khadjee d’un deuil difficile à surmonter et du système de combats illégaux dans lequel s’enfonce de plus en plus Eddie, et auquel elle est liée bien malgré elle. Car si la jeune fille a accepté d’entraîner Eddie, c’est avant tout parce qu’elle n’avait pas le choix. Pour éponger la dette de son oncle très malade et pour être certaine de subvenir à ses besoins, elle doit faire ce que lui demande M. Sunday que cela lui plaise ou non. Les deux adolescents s’épaulent, se soutiennent et développent une belle complicité qui les pousse à vouloir veiller l’un sur l’autre, malgré un environnement difficile et menaçant.

Je n’ai pas développé d’attachement particulier envers Eddie, même s’il m’a parfois touchée et émue, mais j’ai apprécié que l’auteur ne nous offre pas une image simpliste et caricaturale du personnage ; Eddie étant un jeune homme complexe et paradoxal qui abrite en lui une certaine dualité, parfois déroutante pour le lecteur. Ainsi, s’il peut se montrer brutal et extrêmement violent, il est également capable de dévotion, de tendresse, d’amour, d’amitié et de loyauté. Une image tout en nuances qui le rend très réaliste et qui permet à l’auteur d’éviter de tomber dans le pathos. De fil en aiguille, au gré des combats, des échanges avec son entraîneuse et amie, et d’une certaine sagesse dispensée par l’oncle de Khadjee, Eddie évolue et commence à réaliser que ce n’est pas dans la vengeance qu’il trouvera la paix…

Quant à Khadjee, j’ai admiré son courage, la jeune femme affrontant les épreuves avec un stoïcisme remarquable, sa volonté de s’en sortir, et sa totale dévotion envers son oncle Than. Un homme qui a pris de mauvaises décisions dont elle paie encore les conséquences, mais un homme fondamentalement bon et généreux qui a fait de son mieux pour prendre soin d’elle, et qui a accueilli, non sans une certaine malice, Eddie et ses bagages émotionnels. Entre les deux, se nouera d’ailleurs une belle relation, l’oncle lui servant quelque peu de mentor, et lui prodiguant des conseils pour les combats, mais aussi la gestion de ses émotions. Bien que ce ne soit pas le fond du roman, l’auteur évoque ainsi brièvement la méditation et le bouddhisme. Connaissant peu cette religion, j’ai d’ailleurs apprécié d’en découvrir la philosophie et certains principes… Mais c’est avant tout la personnalité enjouée et la sagesse particulière de l’oncle Than qui m’a le plus émue et plu dans ce roman. Bien que ce soit un personnage secondaire, ce fut indéniablement mon personnage coup de cœur.

Quant au style de l’auteur, il est incisif, précis et alerte, ce qui donne à la narration une vivacité qui rend la lecture aussi agréable qu’immersive. Nul doute que ce style plaira autant aux adolescents qu’aux adultes, l’auteur n’occultant pas la dureté de l’histoire, mais ne cherchant pas non plus à tomber dans la surenchère. Le tout sonne juste et vrai, suscitant probablement chez les lecteurs moult émotions et sentiments. Pour ma part, j’ai tour à tour été choquée par la violence qu’une personne si jeune peut receler en elle, dégoûtée par le sang, attendrie par des échanges forts et sincères, amusée par la facétie de Than, révoltée par un père qui a trouvé son échappatoire dans les coups, peinée pour une mère désœuvrée par un fils qui lui échappe, touchée par les interrogations d’un adolescent qui se demande si la violence coule dans ses veines, comme si c’était une maladie qui se transmettait de père en fils. À cet égard, l’auteur offre une réflexion intéressante sur l’inné et l’acquis, sur la transmission de la haine et de la violence, sur la difficulté pour une personne de se libérer de son passé…

En conclusion, Wild Child est un roman abordant avec réalisme, mais sans pathos, des thèmes forts comme la violence, la colère, le désir de vengeance qui aveugle, la résilience, la difficulté de s’émanciper de son passé, les luttes autant physiques qu’intérieures, peut-être les plus difficiles. Mais Wild Child, c’est aussi une belle histoire de rédemption, d’amitié, de sincérité, de complicité et de compréhension mutuelle permettant à deux adolescents meurtris par la vie de se forger, main dans la main, un autre destin…

Frapper pour se défouler, se battre pour exister, lutter pour se venger ! Mais si finalement, il existait une autre voie ?

Je remercie les éditions Bayard et Babelio pour cette lecture.

J. de Laurent Moulin

Nouvelle policière – collection Rouge – finaliste du prix Zadig 2019 – de Laurent Moulin

Trois cadavres découverts à quelques heures d’intervalle. Trois meurtres signés de la même main. Voilà qui va donner des sueurs froides au Commandant Lavrieux surtout lorsqu’il s’aperçoit que les preuves semblent désigner un coupable inattendu : le Maire de la ville !

Trois cadavres sont découverts par la Gendarmerie à divers endroits de la ville : un entrepreneur très en vue, une retraitée fouineuse et un agent municipal au passé trouble. Trois morts sur lesquels est retrouvée une signature identique : une plume d’oie et une carte de visite marquée d’un J. en lettres de sang.

Quel point commun y a-t-il entre ces trois personnes ? En existe-t-il seulement un ?

Ex Aequo éditions (26 février 2020) – 6€ – Ebook (1,99€)

AVIS

Trois personnes assassinées le même jour suivant le même mode opératoire ! La gendarmerie a-t-elle affaire à un tueur en série ? Qu’est-ce qui peut bien relier les victimes entre elles alors qu’a priori, elles n’ont rien en commun ? De fil en aiguille, un fil conducteur émerge et conduit les enquêteurs tout droit dans le bureau du maire, un personnage peu amène et pas vraiment décidé à collaborer…

À travers cet élu, l’auteur évoque quelques-unes des dérives du pouvoir politique : conflit d’intérêts, corruption, volonté farouche de rester au pouvoir au détriment d’un vrai engagement et d’actions concrètes… Sont également dénoncés les médias et leur légère tendance à tomber dans le sensationnalisme, rendant leur travail parfois plus proche de celui de charognard que de journaliste. Mais je vous rassure, on est loin de la diatribe virulente, ces critiques étant amenées avec une certaine finesse, et surtout, justesse…

J’ai néanmoins peut-être regretté que cette subtilité fasse quelque peu défaut dans la résolution de l’enquête. Tout va très vite, ce qui n’est pas gênant en soi puisque l’on est dans un format court, mais l’auteur a utilisé un procédé que je ne goûte guère dans les livres policiers… Il donne, en effet, la parole au tueur pour qu’il explique son plan de A à Z ainsi que ses motivations. Je trouve cela un peu lourd préférant nettement découvrir et comprendre ces points au fil de l’intrigue. Lire un compte rendu précis les détaillant rend le tout bien moins percutant et m’a presque donné l’impression d’être dans un de ces comics où le grand méchant expose, non sans fierté, son plan au grand jour… Cela reste toutefois très personnel et certains lecteurs accueilleront favorablement le fait que tout leur soit expliqué en détail par le coupable. 

La révélation frappant l’un de nos protagonistes à la fin de la nouvelle m’a, en revanche, convaincue. Un petit coup de théâtre efficace à l’instar de la plume de l’auteur qui, en plus de se révéler agréable, est plutôt fluide. On prend donc un plaisir certain à suivre le déroulement de l’enquête et à découvrir les différents personnages, certains se montrant plus agréables que d’autres. J’ai ainsi trouvé le maire vers lequel se portent les soupçons particulièrement antipathique au point d’espérer que l’auteur, Directeur de cabinet, n’a jamais eu, dans le cadre de ses fonctions, à côtoyer ce genre d’olibrius. Un grossier personnage qui va néanmoins apprendre que sa position sociale et politique ne lui donne pas tous les droits, et que l’on récolte ce que l’on sème…

À l’inverse de cet homme, j’ai beaucoup apprécié l’un des gendarmes, Kévin Guercin. Tout jeune diplômé, on sent à quel point il est motivé par son travail et possède déjà une belle conscience professionnelle. Très impliqué dans l’enquête, il compensera son manque d’expérience par une volonté à toute épreuve et un certain sens de la déduction. Kévin est donc un jeune gendarme plein de potentiel, ce dont semble être conscient son supérieur, le Commandant Antoine Lavrieux, qui n’hésitera pas à lui faire confiance et à l’écouter sans a priori ni un ostentatoire mépris pour sa jeunesse, ce qui n’est finalement pas si courant.

Quant à l’enquête en elle-même, je préfère rester vague, le livre étant court, mais l’auteur introduit un certain suspense, notamment avec la présence sur les lieux des meurtres, d’une plume d’oie et d’une carte de visite signée d’un J. ensanglanté. On essaie de comprendre la signification ou la symbolique de ces indices tout en suivant avec intérêt les révélations concernant les victimes et leurs relations avec le maire. La grossièreté et le manque d’empathie de l’élu font de lui le coupable idéal, mais les choses sont-elles vraiment aussi simples ?

Teintée d’un certain cynisme (réalisme ?), notamment sur le monde politique, J. est une sympathique nouvelle policière qui devrait plaire aux lecteurs souhaitant lire une enquête rondement menée.

Je remercie Laurent Moulin pour m’avoir envoyé, via le site Simplement pro, sa nouvelle en échange de mon avis.

Retrouvez l’ouvrage sur le site des éditions Ex-AEquo.