La princesse fantôme, Laure St Andréa

Je remercie Laure St Andrea de m’avoir permis de découvrir son roman La princesse fantôme.

RÉSUMÉ AUTEURE

En 948, trois royaumes se disputent Seillos, gros bourg minier au commerce florissant. La guerre est aux portes de la ville et une négociation de la dernière chance est organisée. Exilée à Seillos pour des raisons mystérieuses, Wilia,16 ans, doit apprendre à se débrouiller seule. Accusée de sorcellerie, elle doit fuir de nouveau. Devenue l’apprentie du médecin royal, pourra-t-elle faire confiance à Pedr, le neveu de la reine ? Un personnage surgi du passé vient s’inviter au cœur de la lutte fratricide qui oppose deux conceptions du monde. Qui pourra rétablir la paix

Auto-édité (22 juillet 2018) – 359 pages – Broché (12,55€) – Ebook (2,99€)

AVIS

Devant le récapitulatif des personnages en début de roman, j’ai eu un peu peur de me perdre entre les différents noms alors que ce ne fut pas le cas, bien au contraire. Les personnages sont tellement différents les uns des autres qu’il est impossible de se mélanger les pinceaux d’autant que l’autrice a eu la très bonne idée de les introduire au fur et à mesure de l’histoire. On découvre ainsi Wilia, une jeune fille de 16 ans qui a dû quitter sa famille pour une raison mystérieuse… D’abord apprentie auprès d’une tisserande fort sympathique malgré le peu d’intérêt de son élève pour son art, elle devient l’élève du mire de la reine Alinor du Royaume de Transamatta. Une aubaine pour cette jeune fille qui se rêvait bien plus guérisseuse que tisseuse !

Si elle attire la sympathie de tous, à commencer par celle de la mère de la souveraine, elle se fait néanmoins une ennemie qui, mue par la jalousie, fera tout en son pouvoir pour lui nuire quitte à l’espionner et à l’accuser de sorcellerie. Une accusation grave à cette époque où la religion chrétienne se propage, notamment au Royaume de Némétone où le frère de la reine Alinor convertit de force ses ouailles en voyant dans cette religion un excellent moyen de contrôler les masses. Il est intéressant de voir se dessiner le schisme entre les anciennes croyances polythéistes et cette religion chrétienne monothéiste ayant tendance à l’intolérance. Les moines se révèlent donc prompts à vouloir se débarrasser de Wilia accusée de sorcellerie quand ses actes relèvent plus de la botanique et du savoir médical que du surnaturel. Mais n’est-ce pas d’ailleurs ce qui les dérange vraiment, laisser une femme accéder au savoir et donc à une forme de pouvoir qui met en danger leur autorité ?

Une question que l’on est en droit de se poser dans un contexte géopolitique tendu où s’affrontent deux forces défendant une vision antagoniste du monde. D’un côté, il y a la reine Alinor à la tête d’un royaume où l’on hérite de mère en fille du pouvoir et au sein duquel les anciennes croyances ont toute leur place tout comme la magie, et de l’autre, se trouve son frère qui, pour instaurer un régime politique fort et impitoyable, est bien décidé à s’appuyer sur ce Dieu unique auquel il ne croit pas lui-même… J’ai beaucoup aimé cette idée de matrilignage assez rare en fantasy d’autant que l’autrice nous montre, à travers l’injustice ressentie par le frère aîné de la reine Alinor d’avoir été évincé du trône de Transamatta, que cette manière de passer le pouvoir est tout aussi injuste que celle consistant à couronner un homme en raison de son sexe. Fantasy ou non, l’égalité des sexes éviterait bien des rancœurs !

Si on comprend donc sans peine le ressentiment du frère, on ne peut, en revanche, approuver son comportement, sa méchanceté et la perfidie de cet homme prêt à tout pour conquérir le royaume de sa sœur alors même qu’un ennemi historique menace l’équilibre de la région. Les Romains tenus en échec par Vercingétorix, il y a maintenant mille ans, semblent, en effet, bien décidés à prendre leur revanche sur l’Histoire ! Diviser pour mieux régner ? Une tactique qui a longtemps fait ses preuves a fortiori quand les belligérants se détestent déjà et que les alliances de fortune tendent à voler en éclats devant les ambitions de chacun… J’ai adoré que l’autrice transforme un fait historique connu de tous, la défaite de Vercingétorix, en une victoire, les perdants devenant les gagnants dans cette uchronie. J’ai néanmoins été un peu frustrée que cet aspect ne soit pas un peu plus exploité, mais ce n’est peut-être qu’une envie très Obélixienne de ma part de « casser du Romain ».

La Princesse fantôme est un roman intéressant par les questions qu’il soulève notamment sur la religion et l’intolérance, et cette idée qu’un régime matriarcal n’est pas forcément plus juste qu’un régime patriarcal… Mais l’intérêt de l’histoire réside avant tout, du moins pour moi, dans la découverte de Wilia, une jeune fille attachante, débrouillarde et intelligente qui va, à l’aide de ses amis et de son mentor, faire de son mieux pour aider la reine et le royaume... Elle n’hésitera pas d’ailleurs à se lancer sur les traces d’un héros de légende qui devrait vous réserver quelques surprises.

Capable de douceur et d’une grande empathie, mais aussi de s’emporter à la moindre contrariété, Wilia est un personnage haut en couleur que j’ai beaucoup apprécié. Au gré de ses rencontres et de ses aventures à la cour, elle va doucement évoluer tout en restant fidèle à elle-même et à ses valeurs. Une évolution réaliste qui passe aussi par la découverte du sentiment amoureux. La jeune femme ne sera, en effet, pas insensible au charme d’un certain jeune homme bien qu’il lui faille un certain temps pour démêler ses sentiments, ce dernier ayant tendance à susciter en elle des réactions fortes et contradictoires…

Autre personnage phare du roman bien que de par son éducation, il reste dans une certaine mesure en retrait, le prince Pedr, neveu de la reine et fils de son belliqueux de frère, est probablement celui qui évolue le plus. Privé de sa mère trop jeune et élevé à la dure par un père plus préoccupé par le pouvoir que son fils, il a appris à cacher ses sentiments et à se forger une solide carapace. Une carapace qui va, petit à petit, se fendre grâce à Wilia qui suscitera en lui des réactions vives, la jeune fille aimant beaucoup le titiller, ce qui ne sera d’ailleurs pas pour lui déplaire. Après des années d’indifférence paternelle, cette attention inattendue et désintéressée ne pourra que provoquer en lui un maelström d’émotions… Et puis plutôt drôle sous ses airs de prince sérieux et imperturbable, il trouvera en Wilia un bon « adversaire » pour des joutes verbales endiablées et pleines de piquants !

J’ai beaucoup apprécié la relation entre Wilia et Pedr qui, bien que parfois un peu enfantine, ce qui n’est pas étonnant si l’on considère l’âge et l’inexpérience des deux personnages, dégage une certaine légèreté et simplicité… Une petite bulle d’humour, de douceur et de tendresse bienvenue et plutôt touchante qui vient contrebalancer la folie guerrière des adultes ! Mais le rapprochement entre une simple fille de bûcheron qui semble cacher un secret, et un prince déjà fiancé à une princesse dont on n’a plus de nouvelles depuis des années, est-il vraiment possible ?

Une question dont je vous laisserai le plaisir de découvrir la réponse même si en ce qui me concerne, je n’ai pas été surprise par le dénouement ayant vite anticipé le retournement de situation final. Mais cela ne m’a pas empêchée de passer un très bon moment de lecture et de dévorer le livre en deux soirées. Il faut dire qu’en plus d’une mise en pages aérée, la présence de nombreux dialogues apportant un certain dynamisme et beaucoup de fluidité à la lecture, la plume immersive et tout en finesse de l’autrice rend la lecture aussi rapide qu’agréable.

En conclusion, destiné d’abord à un public adolescent, ce livre devrait néanmoins séduire les lecteurs de tout âge en quête d’un récit simple, mais non simpliste, qui met en scène une jeune fille attachante, ni héroïne, ni pleutre, qui embrasse avec courage son destin et celui de son royaume. Charmée autant par la jolie plume de l’autrice qui nous plonge sans réserve dans son imaginaire que cette histoire mêlant avec brio enjeux géopolitiques, religion, amitié, amour, secrets de famille, jalousie, trahisons, et mystère, La princesse fantôme m’a fait passer un très bon moment de lecture.

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Page FB Site de l’autrice

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Lebenstunnel, Tome 1 : Allégeance, Oxanna Hope

J’ai lu Lebenstunnel publié aux éditions Rebelle dans le cadre du Prix des auteurs inconnus.

Prix des auteurs o

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Et si le dénouement de la Seconde Guerre mondiale n’était pas celui que l’on connaissait ?
200 ans après la victoire d’Hitler, Germania n’est plus un mythe. La race aryenne tant espérée par le Führer domine le monde et toutes les autres ethnies ont été éradiquées de la planète. Krista, jeune Aryenne, travaille dans un Lebensborn. Elle a été élevée dans le moule de la race pure et ne connaît que ce mode de vie, jusqu’au jour où elle suit malgré elle une femme dans les égouts de la ville. Ce qu’elle y découvre va ébranler toutes ses convictions et peut remettre en question le fonctionnement même du monde dans lequel elle vit.

AVIS

J’ai beaucoup aimé Lebenstunnel, mais ce ne fut pas le coup de cœur que j’espérais. Il faut dire que vu les avis dithyrambiques que j’en avais lu, mon niveau d’attente était très élevé… Or, il y a un élément qui ne m’a pas permis d’être totalement transportée par cette histoire pourtant haletante et immersive : la romance. A l’image de la plupart de celles que l’on retrouve dans les livres Young Adult, elle m’a semblé bien trop clichée et rapide pour être crédible. Une jeune femme dont la vie est soudainement bouleversée tombe immédiatement, ou presque, sous le charme d’un jeune homme qui est pourtant supposé être son ennemi… Je concèderai néanmoins qu’en faisant garder une certaine réserve à ces deux amoureux, l’auteure a su éviter les scènes trop fleur bleue.

Malgré la romance, j’ai adoré l’univers particulièrement bien soigné et complètement glaçant qu’a su créer l’autrice. Elle nous transporte ainsi dans Germania, cette ville construite à l’image d’Hitler qui a remporté la Seconde Guerre mondiale. Deux cents après sa victoire, la race aryenne est comme il l’a toujours rêvée : dominatrice, froide et guidée par d’abominables principes pouvant se résumer à la destruction de la différence. C’est dans ce contexte que Krista, aide-soignante dans une maternité, a été éduquée. Mais contrairement aux autres individus de son peuple, elle ne peut s’empêcher de faire preuve d’empathie notamment envers tous ces bébés qui passent entre ses mains et qui ne rentrent pas dans les cases…  Et c’est cette capacité à ressentir des émotions qui va, pour son plus grand désarroi, la conduire dans un monde dont elle n’aurait jamais soupçonné l’existence.

Un monde ayant pris vie sous terre afin de se protéger de la barbarie nazie, un monde composé d’un peuple censé être disparu, un monde qui n’accepte pas la présence de cette Aryenne aux cheveux blonds et aux yeux bleus si caractéristiques de sa race… Violentée, rejetée et considérée avec mépris, Krista va passer par différents stades d’émotions : peur, colère, sentiment de révolte et d’injustice, peine à l’idée de ne plus jamais retrouver sa vie d’avant, mais aussi, étonnement devant ce peuple qui a été capable de se cacher durant deux cents ans. À ce maelström d’émotions, se mêlent des sentiments plus ambivalents d’attirance et de répulsion, d’amour et de haine pour Élias, un jeune homme courageux qui ne la laisse pas indifférente.

Si l’histoire d’amour m’a bien souvent poussée à faire les gros yeux, j’ai néanmoins apprécié cette fille qui, petit à petit, se pose des questions sur sa vie d’avant, sur ce qu’elle pensait savoir, sur ce qui est juste ou non… Alors qu’elle aurait pu se morfondre ou, à l’inverse, se cacher derrière un masque d’impassibilité très aryen, elle prend le risque de se dévoiler, de poser des questions, d’essayer de comprendre ce peuple différent du sien qui ne lui fait pas de cadeaux. Ceci est d’autant plus remarquable qu’élevée dans les principes du nazisme, cela n’a rien de naturel pour Krista et dénote chez elle une grande force de caractère et un certain courage. Quant à Élias, il semble un peu plus ouvert que les autres membres de ce peuple qui vit caché. Il accepte ainsi de ne pas juger Krista sur sa seule appartenance à la race aryenne, mais plutôt sur ses actes. Une ouverture d’esprit qui facilitera le rapprochement entre les deux jeunes gens et qui les aidera tous les deux à évoluer jusqu’à les pousser à prendre, chacun de leur côté, une décision qui changera le cours de leur vie.

Au-delà des protagonistes, j’ai beaucoup apprécié de découvrir la manière dont est organisée la vie dans ce monde souterrain qui a su rester invisible aux yeux des nazis. On sent d’ailleurs un vrai sens du détail de la part de l’auteure qui a su nous offrir un monde sans fausse note qui nous apparaît alors très crédible. Un réalisme qui ne peut que susciter admiration devant l’ingéniosité de ce peuple rescapé de l’horreur et effroi à l’idée de cette vie sans soleil, de cette vie cloîtrée dans un environnement hostile…

Même si Oxanna Hope a pris le temps de poser le décor, elle a réussi à rendre son récit très rythmé. Il se passe ainsi toujours quelque chose, et en général, quelque chose qui vous tient en haleine et qui vous enferme dans une bulle d’appréhension et d’angoisse. Je me suis donc souvent retrouvée dans cette situation paradoxale où j’avais très envie de lire la suite tout en y allant à reculons de peur qu’il n’arrive malheur aux personnages. Alors si vous aimez les récits menés tambour battant et enchaînant les rebondissements, vous allez être servis. À cet égard, la révélation finale et la fin en elle-même m’ont prise de court puisque je n’avais pas imaginé que les choses prendraient cette direction.

Quant à la plume de l’auteure, fluide et immersive, elle sert à merveille ce récit qui, derrière le couvert d’un monde imaginaire, nous permet de réfléchir à différents sujets durs et hélas bien réels : l’intolérance et ce rejet viscéral de la différence, la peur de l’autre, la manipulation et l’endoctrinement, l’obéissance aveugle à l’autorité, la haine qui s’insinue insidieusement en chacun poussant les victimes à agir comme leurs bourreaux…. Des thèmes qui, en étant abordés avec intelligence et sans lourdeur, donnent une tout autre dimension à ce roman.

En conclusion, Oxanna Hope, d’une plume acérée et immersive, a su créer un monde alternatif effrayant qui aurait pu, dans une certaine mesure, devenir le nôtre. À travers cette histoire imaginaire, elle soulève des thèmes difficiles qui sont toujours d’actualité et qui ne pourront que vous faire réfléchir. Trahison, tension, suspense, action, émotions, personnages forts et attachants… Voilà un cocktail explosif qui résume en quelques mots les raisons pour lesquelles je ne peux que vous conseiller de vous jeter sur ce roman.

N’hésitez pas à lire les avis des autres membres du jury sur le site du Prix des auteurs inconnus.

Le matin des larmes, Bruno Sanna

J’ai lu Le matin des larmes de Bruno Sanna dans le cadre du Prix des auteurs inconnus, le roman concourant pour la catégorie imaginaire.

Prix des auteurs o

RÉSUMÉ

À son réveil, avec un mal de tête et des courbatures partout, Sophie crut apercevoir son mari sortir de la chambre. L’émotion qui l’avait submergée la veille en regardant les photos devait probablement lui jouer des tours. Cependant, elle trouva qu’il régnait une étrange atmosphère dans la pièce. Pour s’assurer que ce n’était pas le fait de son imagination, elle se leva et ouvrit les volets roulants pour laisser entrer la lumière du jour. Elle fut stupéfaite en découvrant que cette chambre ne correspondait en rien à la sienne. De la décoration au mobilier, tout était différent. Elle resta immobile, seul son regard balayait cette pièce qui lui semblait étrangère. Après une brève réflexion, elle se précipita dans la chambre de sa fille et fut surprise de découvrir une pièce complètement vide. Abasourdie, elle se rendit dans celle de son fils et s’aperçut qu’il s’agissait cette fois d’un bureau…

  • Epub : 142 pages
  • Editeur : Agence Francophone pour la Numérotation du Livre (10 avril 2017)
  • Prix : 2.99€
  • Autre format : broché

AVIS

Ce livre me faisait un peu peur, mais j’ai finalement passé un bon moment de lecture. Le roman n’est pas exempt de petits défauts, mais dans l’ensemble, le récit se lit tout seul.

Nous découvrons ainsi Sophie, médecin, mariée et mère de deux enfants, Betty et Sam, dont le quotidien va être chamboulé par un phénomène étrange… Elle se retrouve ainsi dans une réalité différente de la sienne, une réalité où tout le monde est à sa place, mais où tout le monde semble différent. Une prise de conscience très perturbante pour Sophie qui va, en plus, découvrir qu’elle a quitté son monde pour un monde beaucoup plus sombre et violent, un monde où l’effroyable est arrivé…

Difficile de vous parler de ce roman sans vous spoiler, mais je peux néanmoins vous dire que l’auteur a imaginé une uchronie dans laquelle le continent européen est devenu une seule et même nation. Gouvernée par une dictature aux idées nauséabondes que l’auteur a piochées dans notre Histoire, cette « grande » nation m’a donné des sueurs froides puisque je n’ai pas pu m’empêcher de me dire « et si ». Et si le postulat de départ de l’auteur était vrai ?

Le roman est relativement court, ce qui explique que l’auteur va droit au but et ne se perd pas dans des détails inutiles ou dans de longues descriptions pour expliquer la vie dans cette France rêvée ou plutôt cauchemardée. Les amateurs d’univers détaillés en long et en large risquent donc une certaine déception de ce côté-là, mais pour ma  part, cela ne m’a point dérangée. L’auteur se basant sur des idées et des pratiques qui ont bel et bien existé par le passé, il n’a pas besoin de s’appesantir sur les détails. Notre mémoire nous permet ainsi de nous imaginer sans peine la violence d’une nation construite sur la haine de l’autre…

Et si on ne fait que deviner la violence quotidienne, on assiste par contre très bien à celle qui émane du pouvoir politique notamment en la personne du vice-président. Autoritaire, violent, raciste, sexiste… ce charmant personnage a tout du bon psychopathe des familles que l’on n’a pas envie d’avoir en face de soi. Détestable et effroyable, j’ai néanmoins regretté que l’auteur tombe assez vite dans la caricature. Un personnage plus nuancé l’aurait rendu, somme toute, plus plausible et donc plus intéressant.

Son rôle dans l’histoire n’en demeure pas moins utile puisque c’est de sa présence et de son obsession pour la présidente et la présidence que la tension du récit émane. À travers ce personnage, l’auteur a déployé toute une intrigue dans laquelle Sophie va jouer un rôle primordial et ceci bien malgré elle… On ne peut donc que ressentir un minimum d’empathie pour cette femme : être parachuté dans une réalité différente de la sienne est déjà déroutant en soi, mais si en plus, on tombe dans une réalité qui donne envie de se planquer sous sa couette… J’ai toutefois été déstabilisée par la place que lui a accordée l’auteur dans le roman. Sophie est essentielle à l’intrigue, mais elle n’y pend pas vraiment part, ou du moins, pas activement… C’est assez personnel, mais j’aurais souhaité qu’elle ne se contente pas de raconter son histoire, sa réalité, mais qu’elle se batte un peu plus pour retrouver sa vie et les siens.

Quant aux autres personnages, ils sont, pour la plupart, antipathiques ! Même les plus gentils ont des idées qui donnent envie de vomir, ce qui est plutôt normal si l’on considère dans quelle nation et quelles valeurs ils ont été élevés… Cette ambivalence engendre un certain malaise, car difficile d’apprécier une personne qui, par exemple, fait tout pour sauver sa femme, mais qui est également capable de sacrifier un autre humain sans une once de culpabilité… Ces personnages ont le mérite de nous pousser à nous interroger sur toutes ces personnes qui ont vécu sous le joug de la pire dictature que le monde a connu sans se rebeller. Est-on vraiment le fruit de notre éducation ou peut-on arriver à se délivrer des carcans dans lesquels celle-ci a pu nous enfermer ? Et les liens familiaux et l’amour que l’on porte aux siens peuvent-ils venir à bout d’un endoctrinement constant et menaçant ?

En ce qui concerne le style de l’auteur, j’ai trouvé sa plume dynamique, bien qu’un peu trop simple pour satisfaire l’amatrice des belles plumes en moi. N’attendez donc pas de belles figures de style, mais plutôt des phrases relativement courtes et percutantes. La présence de nombreux dialogues rend, en outre, la lecture rapide et plutôt prenante. J’ai d’ailleurs lu le livre d’une traite. Il y a néanmoins quelques petits points qui, à mon sens, mériteraient d’être retravaillés : une couverture qui ne permet pas aux lecteurs de se projeter dans le récit, quelques incohérences notamment sur la notion de continent/pays, un retournement de situation gâché par une phrase qui aurait mérité la mention de « spoiler alerte », un grand méchant trop caricatural pour être crédible, une gentille infirmière qui se transforme d’un coup en tigresse bien qu’on pourrait arguer une volonté de rébellion trop longtemps contenue…

En conclusion, entre découvertes d’une réalité bien différente de la nôtre, des complots qui gangrènent un pouvoir déjà bien glauque en-soi et une certaine tension, Le matin des larmes est un roman qui se lit très vite, et qui devrait plaire aux amateurs d’histoires courtes menées tambour battant. Et puis en oscillant entre plusieurs genres, l’auteur fait preuve d’une audace que je ne peux que saluer d’autant qu’il s’agit ici de son premier roman.

Bruno Sanna

Photo du site Babelio

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