L’ombre de l’assassin (Stillhouse Lake#2), Rachel Cain

L'ombre de l'assassin par Caine

Gwen était parvenue à sauver ses enfants des griffes de son ex- mari, le tueur en série Melvin Royal. Mais celui-ci vient de s’évader de prison. Et elle prend peur.
Alors que seule une poignée de personnes connaissent son nouveau numéro de portable, elle reçoit ce texto glaçant :  » Vous n’êtes plus en sécurité nulle part  » ! Fuir ou se terrer de nouveau ne servirait à rien. L’heure a sonné d’inverser les rôles…
De proie, Gwen veut devenir prédateur. Et, avec l’aide du frère de l’une des victimes de Melvin, éliminer ce dernier. Mais à mesure que leur traque avance, le doute envahit ceux qui croient en Gwen. Est-elle aussi étrangère aux crimes de son mari qu’elle le prétend ? Pour preuve cette photo compromettante qui circule sur les réseaux sociaux..

L’Archipel (15 octobre 2020) – 400 pages – Broché (22€) – Ebook (15,99€)
Traduction : Sebastian Danchin

AVIS

L’ombre de l’assassin est la suite de L’ombre de la menace.

Ayant adoré L’ombre de la menace, j’attendais avec impatience cette suite qui s’est révélée assez différente, mais tout aussi palpitante et prenante ! Melvin, évadé de prison, Gwen est de nouveau sur le qui-vive, allant d’hôtel en hôtel miteux pour protéger ses enfants, Lanny et Connor, de leur psychopathe et tueur en série de père. Mais un déclic s’est produit en elle : fini de jouer les proies, l’heure d’inverser les rôles a sonné. Et si, maintenant, c’était au tour de Melvin d’être traqué et acculé ?

Cette décision courageuse, mais pas sans risque, contraint Gwen à faire une chose qui lui brise le cœur, confier ses deux enfants au soin de deux personnes de confiance, capables de veiller sur eux et de faire face à toutes les situations. Gwen pourra également compter sur le soutien de Sam, le frère d’une victime de Melvin, bien décidé à régler son compte à ce tueur pervers, mais d’une intelligence rare. Mais notre duo est-il réellement conscient de ce qu’une telle traque implique et de toutes les forces en jeu ? Peu probable si l’on se fie à ce que l’on découvre au fil des pages. Car si Melvin est un homme extrêmement dangereux, il ne représente peut-être pas la pire des menaces…

Je préfère rester vague sur le fond du roman pour vous laisser le plaisir de la découverte, mais je peux toutefois vous dire que j’ai été complètement captivée par les événements qui rythment cette sorte de road trip visant à débusquer l’un des pires tueurs en série que j’aie pu rencontrer dans un roman. Melvin est un homme froid, pervers et d’une noirceur extrême, n’hésitant pas à manipuler même un enfant qui ne désirait que trouver ce qui lui a toujours manqué, une figure paternelle aimante et bienveillante. Plus on apprend à le connaître, plus on tremble donc à l’idée de toutes ces années qu’il a pu passer auprès d’une famille bien inconsciente de sa véritable nature.

Si les lecteurs ne doutent pas de la bonne foi de Gwen et de ses enfants quant aux abominations perpétrées par Melvin, une partie de l’opinion publique et de nombreux trolls sur le web continuent à accabler et à harceler Gwen, quand ce n’est pas une organisation aux contours bien plus flous qui la traque sans répit. Que cette situation m’a révoltée, cette femme ayant déjà bien assez souffert sans que des personnes viennent déverser toute leur haine ! Mais le pire, du moins pour moi, a été de voir que malgré tout ce qu’elle a fait pour les siens, il a suffi d’un élément pour que les doutes les assaillent… Si j’ai pu excuser Connor en raison de son âge et de son besoin de reconnaissance paternelle, j’ai eu bien plus de mal à comprendre les autres personnages. J’ai d’ailleurs ressenti un tel sentiment d’injustice et d’indignation devant certains comportements et certaines paroles que j’ai eu envie de jeter mon livre par la fenêtre. Preuve de l’attachement que j’ai développé pour Gwen…

Il faut dire qu’elle m’a profondément touchée, émue, bluffée et époustouflée ! Oubliez la femme effacée et soumise que Melvin a épousée. Accueillez plutôt la personne qu’elle est devenue : une femme courageuse bien décidée à se battre comme une lionne pour mettre définitivement hors circuit le prédateur qui menace sa vie, mais surtout, celle de ses deux enfants. L’autrice nous brosse ici le portrait d’une mère courage que l’on a qu’une envie : voir sortir vainqueur de son combat à mort avec un être abject qui prend plaisir à détruire et à massacrer des femmes, mais aussi sa propre « famille ». Je mets des guillemets, car avec un tel monstre, il est peu probable que ce mot ait une quelconque signification…

En plus de celui de Gwen, on suit également les points de vue de ses deux enfants et de Sam, ce qui apporte beaucoup de dynamisme au roman même si je dois avouer que ce sont les passages consacrés à Gwen qui m’ont le plus tenue en haleine. Pour autant, il reste intéressant de découvrir la perception des choses de chacun, et notamment de Connor qui semble assez renfermé sur lui-même, une faille que son père n’hésitera pas à exploiter de la plus abjecte des manières. Lanny, quant à elle, m’a parfois fait penser à Gwen dans sa manière de protéger Connor. Elle se montre parfois maladroite, mais difficile de ne pas ressentir les liens forts qui l’unissent à son frère. Si l’adolescente a vécu des choses inimaginables, elle est également confrontée à des problématiques bien plus communes comme l’amour. Il sera ainsi question d’homosexualité, un sujet traité ici avec beaucoup de simplicité et de naturel.

Le souvenir de Sam s’était un peu estompé depuis ma lecture du premier tome, mais j’ai apprécié de retrouver cet homme dont la vie a également été brisée par Melvin, l’assassin et le tortionnaire de sa sœur. Aussi déterminé que Gwen à lui régler son compte, il se révélera un précieux allié que ce soit grâce à ses différents talents ou son réseau. En plus de sa personnalité et de son envie manifeste de protéger Lanny et Connor, j’ai apprécié la relation assez complexe et ambivalente qu’il a développée et nouée avec Gwen. Une relation qui sera mise à mal par des événements qui semblent gagner en intensité et en noirceur à mesure que les pages défilent…

Comme dans L’ombre de la menace, l’autrice a ainsi réussi à créer un climat d’angoisse qui monte crescendo jusqu’au dénouement final tant attendu et redouté à la fois. Melvin, simple homme que l’on peut arrêter, ou figure démoniaque dont l’aura funeste planera toujours au-dessus des siens ? Une question qui nous pousse, comme les personnages, à être tout le temps sur nos gardes, comme si le serpent pouvait nous frapper à chaque instant. Au-delà de ce tueur en série effrayant et dénué de sentiments, nous découvrons également la perversion humaine sous sa forme la plus brute, celle qui exploite la violence et les vices les plus immondes des hommes pour se faire de l’argent. C’est peut-être d’ailleurs le plus effrayant dans cette histoire, parce que si les tueurs en série ne sont pas légion, le phénomène dénoncé par l’autrice semble bien plus conséquent et d’une telle horreur qu’on en vient à questionner le fondement de notre humanité…. Et si après tout, Melvin n’était pas le plus effrayant des monstres ?

En conclusion, machination, mensonges, révélations, tension qui monte crescendo jusqu’à vous enserrer le cœur, lutte à mort pour la survie, personnages à la psychologie parfaitement travaillée… Tout autant d’éléments qui rendent la lecture de L’ombre de l’assassin hypnotique et glaçante à la fois. Si vous avez envie d’un roman dans lequel un combat sans merci s’engage entre une mère courage et un monstre sans cœur, ce thriller psychologique addictif est fait pour vous. Mais prenez garde aux monstres tapis dans l’ombre… de l’assassin.

Découvrez un extrait de L’ombre de l’assassin sur le site des éditions de l’Archipel.

Les morts ne pleurent pas : L’assassin aux perles, Eve Ruby Lenn

Les morts ne pleurent pas: L’assassin aux perles par [Lenn, Eve Ruby]

Je remercie Eve Ruby Lenn de m’avoir permis de découvrir son roman, Les morts ne pleurent pas – L’assassin aux perles.

PRÉSENTATION AUTEURE

Londres, décembre 1843. Le corps d’une deuxième femme vient d’être découvert. Sans doute l’œuvre du tueur que la presse a surnommé « l’assassin aux perles ». Faute de résultats, le détective Harry Davis se voit contraint de céder sa place à Dorian Griffiths, un jeune inspecteur de la police métropolitaine. Ambitieux, il compte bien résoudre rapidement cette affaire. Mais c’est sans compter la perversité et le génie du meurtrier qui ne laisse aucune trace. Scotland Yard se retrouve dans l’impasse, alors que les crimes se poursuivent. Pour faire avancer cette enquête complexe, Griffiths en appelle au Dr Johnstone, un expert médico-légal confirmé qui dirige une entreprise de pompes funèbres.

Trinity Johnstone, sa fille, a en charge la toilette mortuaire, l’embaumement et l’organisation des cérémonies funéraires. Sa vie semble parfaitement réglée. Si ce n’est qu’elle est agoraphobe. Son quotidien, lugubre et pesant, est pourtant très confortable comparé à ce qu’elle a vécu, il y a plus de treize ans. Et en effet, derrière la façade d’une femme séduisante, intelligente et appliquée, se cache, en réalité, une âme complètement meurtrie.Depuis de longues années, elle embrasse le doux rêve d’affronter le monde extérieur. Mais, en vain. À chaque tentative, ses espoirs s’amenuisent, jusqu’au jour où… l’inspecteur Dorian Griffiths entre dans sa vie. Malgré des tempéraments a priori incompatibles, ils sont, au fil de leurs rencontres, irrésistiblement attirés l’un vers l’autre.

Librinova (12 avril 2019) – 239 pages – Broché (13,90€) – Ebook (2,99€)

AVIS

J’ai tout de suite été attirée par la couverture et le résumé de ce roman que j’ai pris un grand plaisir à parcourir même s’il n’est pas exempt de petits défauts comme un certain manque de profondeur donnant l’impression que tout arrive un peu trop vite. L’autrice a néanmoins réussi, en moins de 250 pages, à construire une histoire policière et humaine qui tient la route et qui, surtout, happe l’attention des lecteurs de la première à la dernière page. 

Milieu du XIXe siècle, Londres est frappée par une série de crimes particulièrement abjects, un tueur massacrant ses victimes avant de déposer sur leur corps des perles. Un objet de toute beauté un peu incongru quand l’on considère l’état dans lequel ce déferlement de violence laisse les victimes… Surnommé l’assassin aux perles, ce tueur sanguinaire est la priorité de Scotland Yard bien décidé à le capturer avant qu’une vague de psychose ne s’empare de la ville.

Il faut dire que les corps s’accumulent au grand dam de l’inspecteur Griffiths, en charge de l’enquête, et du Docteur Johnstone obligé de reprendre du service alors qu’il pensait avoir mis sa carrière de légiste derrière lui pour pouvoir enfin se consacrer entièrement à son entreprise de pompes funèbres. Une entreprise dont la réputation n’est plus à faire et qui peut compter sur la fille du Docteur, Trinity, qui n’a pas froid aux yeux, les embaumements et autres pratiques mortuaires étant son lot quotidien. Un métier peu commun pour une personne qui est loin d’être banale ! Je ne vous en dirai pas plus sur ce sujet, mais les capacités de cette jeune fille pourraient vous surprendre…

Mystérieuse et discrète au premier abord, Trinity porte en elle des blessures liées à un événement traumatisant de son passé que l’on découvre en cours de lecture et qui m’a beaucoup remuée. J’aurais aimé croire que son expérience n’est que le fruit de l’imagination de l’autrice, mais il suffit de lire les faits divers pour se rendre compte que la perversion de l’homme est sans limites. Si les séquelles de ce passé qu’elle n’arrive pas à totalement surmonter l’empêchent de vivre la même vie qu’une personne de son âge, Trinity n’en demeure pas moins une battante tout à fait capable de tenir tête à son père qui se révèle plutôt du genre protecteur. Elle n’hésite pas non plus à s’imposer face à l’inspecteur Griffiths qui, en raison de son physique et probablement de son statut de femme, aurait eu tendance à la prendre pour une chose fragile.  Or il va vite découvrir, pour son plus grand plaisir, que la jeune femme a de la ressource et un certain sens de la répartie !

Le trouvant trop sûr de lui en début de roman, il m’a fallu un peu de temps avant d’apprendre à apprécier cet ambitieux policier qui, grâce à son intelligence et à sa pugnacité, fera de surprenantes découvertes, certaines l’entraînant vers une pente glissante… Bien moins imperturbable qu’il aimerait le faire croire, Griffiths cache une certaine fragilité, ce qui fait peut-être de lui la personne la mieux placée pour comprendre Trinity, et le poids que le passé peut avoir sur une vie…

Au gré de leurs rencontres dans l’entreprise de pompes funèbres où le Docteur fait ses autopsies pour Scotland Yard, les deux personnages vont inexorablement se rapprocher… Leurs sentiments m’ont semblé un peu trop soudains pour être réalistes, mais j’ai apprécié que l’auteure se focalise sur l’intrigue policière plutôt que sur un jeu du chat et de la souris interminable. Et puis je dois bien avouer que je les ai trouvés touchants, et que j’ai apprécié que ces deux âmes blessées par la vie aient également droit à un peu de douceur et de réconfort…

Le Docteur d’abord réticent à l’idée que sa fille s’amourache de ce policier qui lui a joué un mauvais tour finit par accepter une idylle qu’il espère bénéfique pour sa fille. Père aimant, mais loin d’être parfait, ce personnage est auréolé d’un certain mystère, un peu comme s’il ne se dévoilait jamais entièrement aux autres… Il y a chez cet homme une ambiguïté qui fascine autant qu’elle interroge, ce qui explique peut-être que c’est le personnage que j’ai trouvé le plus intéressant dans sa construction et les réflexions qu’il suscite.

Au-delà des personnages atypiques et hauts en couleur, j’ai été séduite par la manière dont l’autrice nous plonge dans l’enquête aux côtés de Griffiths et de son collaborateur. On s’interroge avec eux sur les raisons de ce déferlement de violence et sur la symbolique qui se cache derrière l’abandon de perles sur les cadavres. Quel message veut transmettre le tueur ? Comment choisit-il ses victimes ? Tout autant de questions qui vous feront tourner avidement les pages d’autant que l’intrigue se révèle bien plus complexe et originale qu’il n’y paraît.

Car ne vous y trompez pas, nous ne sommes pas ici dans une histoire classique de serial killer au comportement pathogène. Les raisons de ces horribles meurtres et de leur mise en scène devraient ainsi vous surprendre et vous pousser à vous interroger sur cette question qui a tourmenté et tourmentera encore de nombreux hommes : la fin justifie-t-elle les moyens ? À vous de vous forger votre propre opinion, et d’éventuellement redéfinir les limites de votre morale. À travers cette série de meurtres particulièrement affreux, l’autrice a également lié avec brio son histoire à certains des enjeux de cette société victorienne dans laquelle la plus grande des richesses côtoie la plus grande des misères dans l’indifférence la plus totale…

Les morts ne pleurent pas est le premier roman que je découvre de l’autrice et je pense que ce ne sera pas le dernier ayant été séduite par sa faculté à nous plonger au cœur de l’action ainsi que par sa très jolie plume. On ressent son amour des mots, ses phrases étant bien souvent imagées tout en restant très accessibles. Un style tout en finesse qui rend la lecture fluide, agréable et très immersive même si j’ai parfois noté quelques maladresses dans la tournure de certaines phrases et l’utilisation de certains mots. À noter toutefois que le roman a bénéficié récemment d’une révision.

En conclusion, de fil en aiguille se dessinent les contours d’une enquête bien ficelée dont l’intérêt réside autant dans les investigations que la psychologie et la complexité des personnages dont on prend plaisir à suivre les interactions, les péripéties et les pensées… Originale, intense, horrifiante, mais à la fois terriblement humaine, voici une intrigue policière à ne pas manquer surtout si vous aimez l’ambiance si particulière de l’époque victorienne dans laquelle les agissements de l’assassin aux perles prennent tout leur sens.

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