Une histoire de genres : Guide pour comprendre et défendre les transidentités, Lexie

Une histoire de genres par Lexie

À l’heure où les questions de genre et d’identité sont de plus en plus présentes dans l’espace public, voici un guide qui déconstruit tous les préjugés, les abus de langage, les non-sens liés aux transidentités, afin de mieux les comprendre et de donner les armes pour s’en émanciper. Car si être trans est une histoire de rapport de soi à soi, de prise de conscience individuelle, c’est aussi un rapport à des normes et constructions sociales, culturelles et historiques.

Véritable prolongement du compte Instagram sur lequel Lexie s’emploie avec patience et grande rigueur à éduquer sur les questions de genre, ce livre est une vraie boussole et un outil d’empowerment pour les personnes trans qui sont souvent isolées, moquées, stigmatisées et font l’objet de violences extrêmes ; mais aussi pour les non trans, concernés ou non, car au-delà des transidentités, c’est sa propre place dans la société et le traitement des différences qu’il s’agit de questionner.

Marabout (10 février 2021) – 224 pages – 19,90€

AVIS

Tout d’abord, je dois souligner la très grande justesse du titre qui résume à merveille à ce que vous retrouverez dans cet ouvrage : un guide pour comprendre et défendre les transidentités. Deux points fondamentaux pour permettre à la communauté trans d’être visible dans l’espace public, politique et social, et pour permettre à toutes les personnes trans de vivre en toute sécurité sans devoir craindre la stigmatisation, les menaces, les violences physiques et morales… Et à la lecture de cet ouvrage, on ne peut qu’en déduire que le chemin est encore long pour en arriver là. Car en plus de souffrir d’un cruel manque de représentation, les personnes trans doivent faire face à des situations intolérables que ce soit dans la sphère publique, privée ou familiale. À cet égard, la partie concernant les exemples de violences sociétales, médicales et administratives subies par des personnes trans est édifiante et certains propos, notamment de parents vis-à-vis de leur propre enfant, d’une violence inouïe.

Et pourtant, si l’autrice pose clairement un cadre qui a de quoi faire frémir, le ton n’est jamais alarmiste :  elle dénonce des faits difficiles, tout en rappelant que cette violence directe ou indirecte n’est pas la réalité de toutes les personnes trans. Les situations sont diverses, chacun.e ayant sa propre expérience de vie, d’autant que la communauté trans est plurielle et bien plus variée que l’on aurait tendance à le croire quand on est peu informé. On découvre également dans cet ouvrage l’importance du tissu associatif et communautaire. Et si en France, il y a une réelle peur du communautarisme, on se rend compte ici que plus qu’une source de dissension, c’est un espace de libre écoute et d’échange important et nécessaire pour des personnes dont la parole est bien souvent remise en question, et qui souffrent d’un manque évident de représentation.

J’avais un peu peur de ne pas arriver à tout suivre et d’être noyée sous un jargon académique quelque peu abscons. J’ai donc été très agréablement surprise de la manière dont Lexie a réussi à rendre son livre  instructif, mais également très accessible, que ce soit grâce à une restitution claire et personnelle de son travail de recherche ou une plume aussi fluide que plaisante. Le travail éditorial réalisé rend également la lecture très agréable : sommaire détaillé permettant de guider la lecture, découpage en différentes parties, encarts pour attirer l’attention des lecteurs sur certains points, lexique présent en fin d’ouvrage…

Si le style de Lexie est très accessible et clair, j’avoue que certains termes et concepts vont me demander un peu de temps pour les retenir et, je l’espère, les utiliser correctement. Ceci est d’autant plus important que l’autrice rappelle à quel point « entendre au quotidien un vocabulaire mal employé, volontairement ou non, est une source de détresse et de malheur profond ». L’inclusion repose donc aussi sur une utilisation éclairée des mots ! Mais là où l’autrice aurait pu faire preuve d’une certaine impatience et véhémence sur la manière dont on peut parfois se montrer blessant sans s’en rendre compte, je l’ai trouvée extrêmement bienveillante. Au lieu de se focaliser sur les erreurs, elle offre un véritable travail d’information, de sensibilisation et d’accompagnement qui ne peut qu’éveiller les consciences.

Elle propose également des pistes concrètes pour s’adresser aux personnes trans et veiller à leur inclusion : les mots à éviter, la question des nouveaux pronoms qui offrent une inclusivité que la langue française genrée et binaire ne permet guère, les sujets à ne pas évoquer (du moins sans y avoir été invité.e), l’importance de s’informer par soi-même afin d’éviter de faire peser le poids de l’éducation sur les épaules des personnes trans qui n’ont pas à vocation à instruire les autres, la nécessité d’écouter les expériences des personnes trans sans jamais remettre en cause leurs propos…

Avant de tomber sur des posts engagés notamment de la part d’auteur.e.x trans, je ne m’étais guère interrogée sur la notion de genre, si ce n’est que les stéréotypes qui lui sont associés m’ont toujours fortement agacée. J’ai donc apprécié que Lexie fasse le point sur cette question nous permettant de saisir que loin d’être une donnée biologique et binaire, c’est avant tout une construction culturelle et sociale. À cet égard, la partie consacrée à la transidentité à travers le monde, et surtout les siècles, est passionnante ! Avec des exemples à l’appui et un vrai travail de fond, elle déconstruit ces stéréotypes et fausses vérités sur lesquels sont bâtis nos sociétés occidentales et qui servent de terreau, ou du moins d’excuse, à la haine et à la violence. Cette démarche de déconstruction peut-être déstabilisante pour certains, car il n’est jamais facile de remettre en question ce que l’on a appris, mais elle me semble indispensable pour faire évoluer nos sociétés vers plus de tolérance et d’inclusivité.

Il est à noter que l’autrice étant directement concernée par le sujet, ses propos n’en sont que plus forts. Ils seront également peut-être une source de reconnaissance pour les personnes trans auxquelles on n’accorde que peu la parole alors qu’elles sont pourtant les premières et seules aptes à vraiment s’exprimer sur la thématique des transidentités. Un point que les pouvoirs politiques et, dans une certaine mesure, les instances médicales semblent prendre soin de ne pas reconnaître, ajoutant une violence supplémentaire à une liste déjà bien trop longue. Cet ouvrage regroupe, en outre, un certain nombre d’informations pratiques qui me semblent intéressantes pour les personnes trans.

Ma chronique n’a pas vocation à restituer toute la richesse de ce livre, mais je tenais à souligner le magnifique travail de recherche réalisé par l’autrice qui aborde autant les aspects sociétaux, sociologiques, administratifs médicaux, que culturels et historiques, entourant la question du genre et des transidentités. J’ai, pour ma part, appris beaucoup de choses et si certaines sont d’ores et déjà fixées dans mon esprit, il y a en encore beaucoup d’autres sur lesquelles je compte revenir.

En conclusion, en plus d’être un d’un guide pour les personnes trans, cet ouvrage est également un bel outil pédagogique pour les lecteur.e.x qui souhaiteraient sortir des stéréotypes et idées préconçues autour de la question des genres, de manière à la considérer dans sa pluralité. Proche de l’essai dans le travail rigoureux de recherche réalisé par l’autrice, sans posséder la rigidité et la complexité que l’on peut associer à ce type d’écrit, voici un ouvrage que je ne peux que vous recommander afin de comprendre les transidentités, et la nécessite de faire de l’inclusion des trans, et des minorités en général, un objectif sociétal fort.

Je remercie Babelio et les éditions Marabout pour cette lecture.