Ocean City, tome 1 : Chaque seconde compte, R. T. Acron

Hachette Romans (5 février 2020) – 320 pages – Broché (16,90€) – Ebook (11,99€)
Traduction : Véronique Minder

AVIS

Nous voici transportés dans une ville futuriste, Ocean City, mégalopole flottante qui dérive sur les mers et les océans, une manière ingénieuse de faire face à la montée des eaux qui a rendu la vie sur les continents très difficile. Cette ville présente une autre particularité : un système économique basé entièrement sur le temps ! Plus d’argent liquide ou virtuel, mais du temps que l’on obtient en travaillant et que l’on échange contre des biens et des services. Un système qui n’a rien d’anodin puisque le temps est devenu tellement précieux qu’il est dorénavant très mal vu et très difficile de le perdre en loisirs et autres distractions futiles, ou du moins, non productives.

Malgré une injonction permanente à l’efficience et l’efficacité, trois adolescents ont néanmoins trouvé le moyen de se distraire, notamment en bidouillant quelques anciennes consoles et surtout, en développant le transpondeur. Cet appareil miracle permet de pirater la Banque centrale et de voler du temps, mais en l’utilisant, Crockie va mettre les pieds dans un engrenage infernal et entraîner Henk et Jackson dans sa chute… Les forces de l’ordre, une branche des services secrets et une autorité importante de la ville vont ainsi traquer l’adolescent avant de s’attaquer à ses deux meilleurs amis.

Crockie, que l’on apprend principalement à connaître à travers les souvenirs et les pensées de Jackson, s’impose très vite à nous comme un électron libre, brillant et haut en couleur, mais peu en phase avec une cité où seuls le temps et le respect des règles comptent et sont valorisés… J’ai eu, en revanche, beaucoup de mal avec le personnage de Henk qui se montre antipathique, égoïste, froid et manipulateur. Je n’ai d’ailleurs pas compris comment il pouvait être ami avec les deux autres lycéens. Quant à Jackson, courageux, intelligent et gentil, il se révèle attachant que ce soit en raison de sa personnalité ou de la manière dont il veille sur sa petite sœur à la veille d’une cérémonie très importante qui la met dans tous ses états.

Dépassé par les événements, Jackson va devoir pourtant puiser au fond de lui-même pour trouver le moyen d’affronter les menaces et les dangers qui se dressent devant lui et qui prennent des formes diverses et variées. Je préfère vous laisser le plaisir de la découverte, mais ce qui est certain, c’est que les auteurs ne ménagent pas notre héros ni ses amis qu’ils mettent dans des situations très difficiles, parfois dignes d’un James Bond version adolescente : complot, espionnage, action, technologie, retournements de situation, trahison, suspense, mystère… Rien ne manque  !

J’ai donc lu le roman rapidement tenue en haleine par cette aura de mystère et de danger qui plane sur le récit et la ville, Ocean City cachant de bien sombres secrets sur lesquels certains veillent jalousement. Cette impression de mystère est accentuée par l’intervention d’un personnage énigmatique qui semble bénéficier d’un certain pouvoir. Reste à découvrir ses véritables desseins et son rôle au sein d’événements qui s’accélèrent jusqu’à prendre une tournure quelque peu inattendue. À cet égard, la fin devrait vous donner envie de vous jeter sur la suite dont on a un bref aperçu dans ce premier tome.

Au-delà des personnages et de l’action omniprésente, j’ai apprécié la critique sociétale sous-jacente à travers une ville qui prône le travail et le dépassement de soi pour grimper l’échelle sociale alors que la réalité est tout autre, Ocean City se révélant aussi inégalitaire que notre société. Les auteurs évoquent également l’environnement, la notion de liberté, de résistance civile et du sens de la vie. Une vie passée à travailler sans jamais pouvoir être libre, se divertir et s’évader du quotidien, est-elle vraiment une vie qui vaut la peine d’être vécue ? Une question qui nous permet de comprendre aisément la décision de certains habitants de lutter contre cette valeur temps devenue oppressante, contrôlante et liberticide. Mais cette lutte contre le temps et pour la liberté a un prix…

En conclusion, Ocean City est un roman jeunesse haletant et prenant qui nous transporte dans une ville futuriste et avant-gardiste dans laquelle le temps, à la fois monnaie et outil de contrôle, revêt une importance inédite et capitale. Décidés à leur manière de détourner le système, des adolescents, un peu trop ingénieux pour leur bien, vont apprendre à leurs dépens qu’on ne joue pas avec le temps en toute impunité ! Empli de tension, de mystère et d’action, voici un roman que je vous conseille si vous aimez les histoires dans lesquelles les apparences sont trompeuses et les révélations nombreuses.

Je remercie NetGalley et les éditions Hachette pour cette lecture.

Mais que pensent les méduses ? Pascale Leconte

Je remercie Pascale Leconte pour m’avoir permis de découvrir son roman et d’avoir gentiment répondu à mes questions.

RÉSUMÉ

Le récit se déroule de nos jours, dans une ville française en bordure de mer. Toulouse est un artiste dont le rêve serait de vivre de sa peinture. Même si, pour l’instant, il gagne sa vie en tant que pianiste sur le yacht de la riche famille de Vanves. Pourtant, Toulouse ignore que Gliline, une sirène abyssale, l’observe régulièrement. L’ondine est fascinée par sa beauté, en particulier lorsqu’il joue au piano sur le ponton. Un soir, alors qu’un duel éclate entre le fiancé d’Adèle de Vanves et le charismatique pianiste, Gliline invoque une tempête afin de le sauver du revolver pointé sur lui…

Auto-publication – (25 juillet 2018) – 134 pages – Broché (6,33€) – Ebook (1,78€)

AVIS

Aimant beaucoup les sirènes et les créatures marines, j’ai tout de suite été attirée par ce roman et sa couverture mettant en avant une sirène bien loin de l’image très lisse d’une sirène Disney. Avec son corps translucide et ses yeux blancs, Gliline en serait presque effrayante. Et pourtant, le monstre dans ce roman est loin d’être surnaturel, l’être humain ayant déjà maintes et maintes fois prouvé qu’en la matière, il s’érigeait en modèle…

Car dans ce roman, il est bien question, entre autres, de cela, de ces vices humains qui pervertissent tout sur leur passage et broient sans scrupule les êtres innocents. Don de soi et amour qu’il soit maternel ou amoureux contre avidité, cupidité, soif d’argent, immoralité, traîtrise, égoïsme… Tout autant de défauts que l’on pourrait sans peine attribuer à Toulouse. Et pourtant, en début de roman, ce jeune artiste peintre qui espérait vivre de son art et qui, en attendant, vivotait grâce à son talent de pianiste avait tout pour plaire. Gentil, aimable, doux, patient, aimant, l’autrice nous avait dressé le portrait du compagnon idéal et du fils parfait, un fils proche de sa mère, elle-même artiste.

Puis, lors d’un concert sur un yacht pour l’anniversaire de la fille de ses patrons richissimes, le drame survient… À partir de là, adieu le Toulouse que l’on aimerait avoir près de nous, et bonjour, l’homme infect, imbu de lui-même, cassant si ce n’est méchant, égoïste, avide et incapable de sentiments. Une transformation tellement soudaine et totale qu’elle en est, malheureusement, bien irréaliste.

Je me suis posé la question d’un enchantement de la part de notre sirène qui aurait transformé Toulouse en un monstre d’égoïsme, mais n’ayant décelé aucun indice allant dans ce sens, j’ai vite abandonné l’idée. Peut-être un peu trop vite puisque l’autrice, qui a gentiment répondu à mes questions, m’a confirmé que ma supposition était bien la bonne. Dommage que le texte ne soit pas plus clair à ce sujet, ou du moins, que je n’aie pas réussi à lire entre les lignes, car cette transformation soudaine a vraiment perturbé ma lecture. Je me suis sentie comme coupée du récit et de ses protagonistes, voire comme trahie. Après avoir tant apprécié un personnage, difficile, en effet, de le découvrir aussi mauvais…

Le roman étant assez court, j’ai eu, en outre, le sentiment que tout s’enchaînait trop vite, sans transition, sans explication, sans approfondissement comme s’il manquait des chapitres… Cet aspect qui m’a quelque peu frustrée, l’autrice ayant de bonnes idées que j’aurais apprécié voir plus exploitées, devrait toutefois ravir les lecteurs aimant les récits courts et rythmés d’autant que le roman se lit tout seul.  La plume de Pascale Leconte est entraînante et fluide, et la présence de nombreux dialogues rend la narration plutôt dynamique.

J’ai également apprécié la petite excursion dans le royaume de Gliline qui s’est révélée particulièrement immersive et réaliste. Les décors m’ont d’ailleurs donné très envie de plonger et de nager aux côtés de cette sirène qui, sans être parfaite, se révèle bien plus humaine que Toulouse. Alors que son bien-aimé est un monstre d’égoïsme, on la découvre amoureuse et prête à tous les risques pour partager des moments privilégiés avec lui. Coupable de mettre son peuple et son cœur en danger pour un homme qui est bien loin de la mériter, Gliline n’en demeure pas moins assez attachante. J’aurais adoré en apprendre plus sur sa vie loin de Toulouse, auprès de ce peuple des mers au sein duquel elle ne se sent guère à sa place…

Néanmoins, après mes échanges avec l’autrice, je me suis rendu compte que j’ai eu tendance à m’être laissée aveugler par ce que j’avais envie de voir de Gliline occultant notamment un acte aux conséquences pourtant funestes… Vous découvrirez ainsi que les apparences sont parfois trompeuses et que rien n’est ni tout noir ni tout blanc dans ce roman. Si j’ai détesté Toulouse une bonne partie du récit, ne serait-ce finalement pas plus juste de conserver de lui l’image des débuts, celle d’un homme charmant et gentil dont la vie va se trouver irrémédiablement chamboulée, pour le meilleur et pour le pire, par une créature aquatique qui n’est pas aussi parfaite que cela ?

En conclusion, Mais que pensent les méduses ? est un roman qui m’a laissé un avis assez mitigé. J’ai apprécié l’image originale et attrayante de la sirène défendue par l’autrice, sa plume agréable et assez entraînante et la variété des thèmes abordés : les liens mère/fils et la nécessité de laisser ses enfants faire leurs propres erreurs, la soif d’argent, de pouvoir et de reconnaissance, cette idée d’amour qui rend aveugle… J’ai néanmoins regretté un manque d’approfondissement des péripéties et des personnages, ce qui rend le tout assez bancal. Mais si cela ne vous dérange pas et que vous cherchez une histoire rapide à  lire et rythmée,  ce livre pourrait vous plaire.

Retrouvez le roman sur le site de l’autrice.