Anouchka des Landes, Alain Paraillous

Début du xxe siècle. Précocement et doublement orpheline, Anouchka, une fillette d’origine russe, ne devra qu’à son fort tempérament et à la protection d’une vieille landaise un peu sorcière de débuter une vie digne et de s’enraciner dans sa nouvelle terre d’adoption.

Éditions De Borée (12 mars 2020) – 224 pages – Broché (18,90€) – Ebook (9,99€)

AVIS

C’est un très beau roman que nous propose ici Alain Paraillous qui s’est inspiré d’une histoire vraie, celle d’une femme hors du commun surnommée par un de ses amis, également fidèle lecteur de l’auteur, Anouchka des Landes.

Toute la vie d’Anouchka est parsemée de drames, mais c’est aussi une belle ode à l’espoir, au courage, à la liberté et à la puissance d’une âme qui s’est toujours refusée à courber l’échine. Orpheline dès son plus jeune âge, ses parents tout deux victimes du régime stalinien qui avait vite fait de considérer ses propres compatriotes comme des ennemis, elle sera heureusement recueillie par la Mamounette, un peu guérisseuse, un peu sorcière.

Rien ne destinait la jeune Russe a finir dans un village des Landes, si ce ne sont les facéties d’un destin plaçant sur la route de la jeune femme de multiples épreuves dont elle saura toujours se relever : la mort de ses parents adorés dans des circonstances difficiles, la trahison, la persécution, le mépris d’un village qui ne voit en elle qu’une sauvage recueillie par une vieille femme que l’on tolère pour ses dons mais qu’on préfère éviter, la méchanceté des autres enfants, la jalousie aussi, la solitude qui devient, au fil du temps, une solide et appréciée alliée, le communisme comme épée de Damoclès, puis la Seconde Guerre mondiale, la mort, le nazisme…

Romanesque et digne d’un (grand film), la vie d’Anouchka le fut assurément ! Ce fut un plaisir, voire un honneur, de partager durant le temps d’un roman les bons comme les mauvais moments d’une personne que l’on voit grandir et devenir une femme hors du commun, une femme forte, ancrée dans sa terre d’adoption, et fidèle aux valeurs inculquées par sa Mamounette qui a connu son propre lot de malheurs. Cette mère d’adoption a aimé dès les premiers instants cette petite fille tombée de nulle part, parfois maladroitement, mais toujours avec dévouement. La relation entre les deux femmes, qui m’a beaucoup touchée, a indubitablement contribué à la belle personne qu’est devenue Anouchka.

Celle-ci, à force de courage, d’un travail acharné, de pugnacité et d’une envie de prouver sa valeur, a gravi les échelons et fait fonctionner ce fameux ascenseur social qui semble en panne de nos jours. Devenue institutrice, elle a ainsi gagné ce respect dont on l’a privée durant toute sa jeunesse… Et du respect, difficile de ne pas en avoir pour cette femme de caractère qui, en plus d’être brillante, n’hésitera pas à prendre des risques et mettre sa vie en danger pour soutenir la résistance.

Car si l’auteur nous plonge avec brio dans la vie d’Anouchka, il n’en occulte pas pour autant de partager le contexte historique dans lequel elle a grandi et évolué. Des atrocités du régime stalinien à la Seconde Guerre mondiale, on fait donc une petite remontée dans le temps et l’on redécouvre ces faits historiques que l’on connaît tous et qui font toujours aussi froid dans le dos : purge stalinienne, occupation, privation, persécution des juifs, dénonciation, opportunisme de certains qui profitent de la situation pour s’enrichir, l’après-guerre et ses tristes dérives…

Mais dans toute cette obscurité, il y a également de la lumière : la solidarité, l’amour, la bonté et le courage d’hommes et de femmes qui feront de leur mieux pour résister face à la barbarie et ramener la paix dans un monde parti en déliquescence… À cet égard, j’ai été particulièrement touchée par quatre personnages : un résistant qui a tout quitté pour lutter contre le nazisme, l’ancien professeur et mentor d’Anouchka durement touché par la guerre, le maire du village, mais aussi un homme d’Église, tous refusant de baisser les bras devant la situation et le barbarisme. Ils seront une belle source d’inspiration et d’aide pour notre héroïne. .

Quant à la plume de l’auteur, je l’ai trouvée fluide, agréable et immersive. Bien que nous soyons loin d’être dans un thriller, j’ai ressenti le même côté addictif lors de ma lecture, peut-être parce que je me suis tellement attachée à Anouchka qu’il m’était difficile de ne pas tourner avidement les pages pour suivre sa vie riche en péripéties et en émotions. J’ai ainsi eu souvent peur pour cette femme courageuse qui, fidèle à ses valeurs et d’une surprenante liberté d’esprit pour l’époque, fait partie de ces personnes qui ne demandent pas le respect, mais qui l’imposent par leur personnalité et leur bravoure.

Du tragique bien sûr, le stalinisme et la Seconde Guerre mondiale ne pouvant que laisser des traces dans une vie, mais aussi beaucoup de beauté, d’amour et de pugnacité dans ce roman qui dépeint avec réalisme et de manière touchante le destin d’une petite fille Russe devenue une femme forte et inspirante. Roman d’aventures, par certains aspects, d’amour au sens large, mais surtout roman de vie, et quelle vie ! Si vous aimez les romans mêlant brillamment grande et petite histoire, ce livre est fait pour vous. Attendez-vous à vibrer et à tressaillir aux côtés d’une femme qu’une fois rencontrée, il s’avère bien difficile d’oublier !

Retrouvez le roman sur le site des éditions De Borée que je remercie pour cette lecture.

Le dernier salut de l’amazone, Véronique Chauvy

Au soir de l’été 1921, Wally Costel, écrivain célèbre au passé mystérieux, raconte les circonstances et les suites du drame terrible dont a été victime son amie la baronne de Rahden en 1893. Lors d’une représentation donnée à Clermont-Ferrand, un homme meurt dans le s coulisses du cirque brésilien sous les balles du baron Oscar de Rahden, époux et agent de Jenny de Rahden. La belle écuyère se produisait alors sur toutes les scènes d’Europe dans des numéros de dressage équestre de Haute École, et s’était rendue célèbre par la « cabrade », une figure impressionnante de technicité et de prouesse. Crime passionnel ? Vengeance ? Jalousie ? Que c’est-il réellement passé ce 24 août 1893 ?

Éditions De Borée (12 mars 2020) – 288 pages – Broché (19,90€) – Ebook (9,99€)

AVIS

Le résumé m’a tout de suite intriguée, mais je ne m’attendais pas à autant apprécier ce roman que j’ai lu en deux sessions de lecture. J’ai ainsi été complètement happée par la manière dont l’autrice a su s’inspirer d’un fait divers et de la vie d’une femme talentueuse pour nous offrir une histoire cohérente et passionnante. Jouant avec notre curiosité, elle nous transporte ainsi en 1921 dans une soirée durant laquelle l’écrivain Wally Costel accepte de raconter l’histoire de son amie, la baronne de Rahden. Très affecté par son récent décès, c’est avec beaucoup d’émotion qu’il remonte le fil du temps devant une audience de plus en plus large et captivée…

Le 24 août 1893, le fameux cirque brésilien, installé provisoirement à Clermont-Ferrand, est le théâtre d’un drame. Que s’est-il passé ? Pour le découvrir, il vous faudra vous plonger dans un fauteuil confortable et écouter Wally vous expliquer les prémisses d’un drame annoncé. Si la nature du drame ne constitue pas un mystère bien grand, je ne dirai pas la même chose de Jenny qui reste relativement secrète. Issue d’une famille fortunée ayant connu un revers de fortune, la jeune femme décide de s’engager dans un cirque où ses talents d’écuyère firent merveille. Un choix de carrière qui lui permit de rencontrer son mari et de prendre le titre de baronne de Rahden. Un titre sans fortune contraignant les époux à vivre au rythme des engagements de Jenny et de ses représentations dans différentes villes…

La baronne m’a fascinée par sa relation presque symbiotique avec les chevaux pour lesquels elle ressent une sincère tendresse et qu’elle traite avec le plus grand des respects. Un murmure, une caresse, un regard lui suffisent pour entrer en connexion avec ces majestueux animaux. Une complicité unique qui lui permet d’offrir des numéros de cirque de haut vol durant lesquels tout son savoir-faire s’exprime devant un public béat et admiratif. Belle, délicate et extrêmement douée, Jenny attire les regards des hommes pour le plus grand désarroi de son époux extrêmement jaloux et impulsif… Le personnage n’est pas très sympathique, mais difficile de savoir ce que pense réellement l’écuyère qui, pudique, s’exprime fort peu sur ses émotions et le comportement de son époux. Si l’on comprend qu’elle se passerait volontiers des marques d’affection des autres hommes, il faudra attendre la dernière partie du roman pour être vraiment fixé sur ses sentiments envers le baron.

Talentueuse, la baronne fascinera également le jeune Georges tombé en adoration devant son numéro et le monde du cirque en général. Vif, attachant, très curieux, pugnace et pragmatique, cet enfant apporte beaucoup de charme à l’intrigue et une fraîcheur toute juvénile. L’autrice a su parfaitement retranscrire sa joie et son excitation devant l’arrivée du cirque brésilien qu’il perçoit comme une nouveauté bienvenue dans sa vie et une ouverture sur le monde. Intelligent, mais encore un peu naïf du fait de son âge et d’une certaine simplicité de cœur, il jouera un rôle subtil et involontaire dans l’arrivée du drame… 

En plus du plaisir de découvrir le destin grandiose et dramatique de la baronne, on appréciera la rencontre entre le monde paysan et celui du spectacle. Pragmatisme et travail de la terre contre paillettes et effervescence… Ainsi, si certains vont se laisser séduire par les apparats, d’autres vont, en revanche, faire preuve de bien plus de réserve, voire d’une certaine hostilité envers ce cirque et ses spectacles d’animaux. Même traité avec « respect », un lion n’a rien à faire dans une cage comme le dressage d’animaux s’apparente à une forme de maltraitance. Partageant entièrement ses convictions sur le cirque avec animaux, l’oncle de Georges m’a beaucoup plu d’autant que j’aime beaucoup ce genre de personnages un peu bourru, mais avec un cœur en or. Son histoire avec son amour de jeunesse m’a, en outre, beaucoup touchée…

Si l’autrice évoque avec subtilité la question animale, elle nous offre également une plongée intéressante dans l’histoire du cirque et la manière dont cet art a dû évoluer au fil des années pour s’adapter aux exigences du public et à l’arrivée d’autres formes de divertissement. Avec un souci du détail fort appréciable, elle nous immerge également dans la vie du cirque brésilien avec ses répétitions, son effervescence, son organisation, les petites rivalités et grandes jalousies, tout en nous permettant, au passage, d’apprendre quelques mots de vocabulaire propres au monde du cirque.

Au-delà du destin romanesque de la baronne et des personnages, j’ai apprécié la finesse de la plume de l’autrice et la justesse de ses descriptions aussi belles qu’immersives. Mais son style révèle véritablement toute sa puissance lors de l’alternance entre les époques, entre les événements en eux-mêmes et ces phases où Wally reprend la main. Écrivain, c’est aussi un conteur de talent qui n’hésite pas à faire des pauses afin de ménager ses effets et conserver cette flamme qu’il devine dans les yeux de son auditoire.

Il aime également se montrer sibyllin, laissant son public faire des suppositions sur le devenir des principaux protagonistes, mais également sur sa propre identité, Wally Costel étant son nom de plume. Simple narrateur ou acteur des événements ? Pour ma part, j’ai très vite deviné la réponse, ce qui ne m’a pas empêchée d’être très touchée par son amitié sincère pour la baronne et sa volonté de rendre un dernier hommage à une femme talentueuse dont la beauté aura parfois éclipsé le talent.

En conclusion, grâce à une plume fluide et immersive et un art certain de la narration, l’autrice nous offre ici ode à une femme fascinante et talentueuse, dont la vie aura été faite de drames et de passion, et à l’amitié qui transcende le temps et les différences sociales. Inspiré de faits réels, Le dernier salut de l’amazone est un récit remarquable et d’une grande beauté dans lequel vous vous plongerez avec délectation et ne quitterez qu’à reculons. Un roman à lire et à relire qui aurait toute sa place sur grand écran, la vie de notre baronne, réelle comme fictive, comportant assez de romanesque pour captiver le grand public…

Merci aux éditions De Borée pour cette lecture et à l’autrice pour sa dédicace.

La fille des eaux vives, Antonin Malroux

La Fille des eaux vives (ESSENTIELS) par [Malroux, Antonin]

Je remercie les éditions de Borée de m’avoir permis de découvrir La fille des eaux vives d’Antonin Malroux. Une lecture qui m’a laissé un avis assez mitigé malgré des débuts très prometteurs.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

L’apparition d’Émilie a éveillé la curiosité des habitants de Besse, petite ville du Puy-de-Dôme. Qui est donc cette jeune femme qui arpente les rues, armée de son appareil photo ? Pourquoi prend-elle chaque jour des clichés de la maison de Romain ? Intrigué, ce jeune retraité se lie avec la vacancière. Émilie lui confiera-t-elle le mystère qui l’a conduite sous sa fenêtre ? Le cœur des hommes est parfois si fragile… Et le passé d’Émilie si douloureux.

Dans cette Auvergne qui veille sur son passé comme sur ses secrets, Émilie est loin de se douter que son aventure l’entraînera au cœur d’une légende. Et même, qui sait, sur les pas de la reine Margot.

Éditions De Borée (14 novembre 2019) – 234 pages – Broché (13,50€) – Ebook (6,99€)

AVIS

J’ai lu le livre rapidement séduite par la belle plume de l’auteur qui manie à merveille l’art de la description, et qui semble posséder un véritable talent pour faire ressortir ce qu’il y a de plus beau de l’Auvergne. L’auteur partage également quelques bribes d’histoire sur cette région que j’ai la chance de connaître un peu. Il m’a donc été aisé de me projeter dans le récit et de m’imaginer les décors et les différents lieux nommés.

De la même manière, je n’ai pas eu de mal à m’immerger dans la vie de cette petite ville du Puy-de-Dôme qui voit sa tranquillité menacée par l’arrivée d’Émilie, une Parisienne passionnée par la photographie. C’est d’ailleurs cette passion qui va la mener devant la maison de Romain avec lequel elle va, au fil des rencontres, développer des liens forts avant de succomber à son attrait pour ce célibataire qui a tout pour plaire. Ni leur différence d’âge ni les commérages ne les arrêteront !

Si je ne suis pas très romance, j’avoue avoir été, dans un premier temps, touchée par la relation entre ces deux êtres qui apprennent à se connaître au gré de leurs balades bien qu’une zone d’ombre persiste autour d’Émilie. Une zone d’ombre qui apporte un peu de mystère à l’intrigue et qui nous donne envie d’en apprendre plus sur cette jeune femme venue en Auvergne suite à un drame personnel… J’ai été toutefois quelque peu agacée par la tournure prise par les événements et l’attitude invraisemblable des personnages. Je ne suis pas contre un peu de dramatique et de romanesque dans un récit, mais ici on tombe clairement dans la surenchère. Tant de souffrance, de temps perdu et de douleur pour rien…

Je veux bien que le poids du passé puisse être lourd à porter, mais de là à tomber dans une telle extrémité surtout quand la vie d’une personne qui n’a rien demandé est en jeu ! La situation m’a semblé d’autant plus incongrue que l’autre membre du couple mis à distance ne tente même pas d’amorcer un dialogue comme n’importe quel adulte un tantinet sensé l’aurait fait préférant se comporter également comme un parfait idiot à l’égo bien mal placé… L’intérêt du début a donc fini par laisser place à de l’agacement puis à un franc ennui d’autant que je m’attendais probablement à autre chose à la lecture du résumé…

Vous aurez donc compris que si j’ai apprécié Romain et Émilie en début de livre, leur évolution en tant que couple ne m’a pas vraiment convaincue ayant eu l’impression de tomber dans un drame sans queue ni tête, un peu à la mode soap américain. Dommage parce que les thématiques soulevées comme le passé, le poids de son héritage et de ses racines n’étaient pas dénuées d’intérêt.

Malgré une déception liée à l’évolution peu cohérente des personnages, le roman possède néanmoins des atouts comme de touchants personnages secondaires. J’ai ainsi particulièrement apprécié un instituteur à la retraite non dénué de sagesse ainsi que le meilleur ami de Romain. Un homme devenu tétraplégique suite à un accident qui entretient une amitié fraternelle avec notre protagoniste. Aidé de sa mère dont il est très proche, il va faire de son mieux pour soutenir son meilleur ami et tenter à sa manière de lui faire ouvrir les yeux sur ses sentiments. Ce ne sera pas toujours un franc succès, mais s’il y a une chose que je retiendrai de ce roman, ce sont les liens profonds qui unissent ces deux hommes pourtant très différents. En grande amoureuse des animaux, la complicité entre Romain et sa chienne m’a également touchée.

En résumé, après avoir été conquise par la plume immersive et empreinte de poésie de l’auteur ainsi que par ses personnages, j’ai fini par ressentir un sentiment de trop-plein, trop de drames inutiles et de comportements incohérents et immatures. Je ressors donc frustrée de ma lecture qui avait pourtant très bien commencé. Comme toujours, si le roman vous intéresse, je vous invite néanmoins à vous forger votre propre opinion.

Retrouvez le roman chez votre libraire ou sur le site de la maison d’édition.

Du sang sur la neige, Serge Camaille

Je remercie les éditions De Borée de m’avoir permis de découvrir Du sang sur la neige de Serge Camaille.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Jeune citadine à la vie trépidante, s’est installée dans une maison coupée du monde, non loin du village de Courgoul, dans les monts d’Auvergne. à vrai dire, elle n’a pas eu le temps ni le choix pour s’adapter à cette nouvelle vie. Un jour, le téléphone qui sonne. La gendarmerie. Luc, son mari, a eu un accident. Il est dans le coma. Plusieurs semaines déjà qu’il s’était isolé dans cette maison pour écrire son premier roman. Pourquoi son mari a-t-il tout quitté soudainement ? Et comment a-t-il pu avoir un accident de voiture, lui d’habitude si prudent ? Et si finalement elle ne connaissait pas si bien que cela l’homme qu’elle a épousé ? Lorsqu’une inconnue frappe à sa porte en pleine nuit, Claire ne se doute pas qu’elle vient de faire entrer le malheur dans son foyer…

Éditions De Borée (10 octobre 2019) – 267 pages – Broché (19,90€) – Ebook (9,99€)

AVIS

Bien que peu coutumière des romans ruraux, je me suis plongée avec curiosité dans ce roman qui nous transporte dans un village d’Auvergne. En tant que stéphanoise, c’est une région qui ne m’est pas inconnue, mais si certains noms de villes m’ont parlé, j’en ai découvert bien d’autres. J’ai d’ailleurs fortement apprécié ce sentiment de faire un peu de tourisme depuis mon canapé.

Un sentiment qui n’est hélas pas partagé par Claire qui vient d’emménager avec sa belle-mère et son beau-fils dans une maison reculée bien loin du confort de sa vie de citadine. La situation est d’autant plus difficile à vivre pour elle que cette vie à la campagne est avant tout le choix de son mari, un éminent professeur et addictologue qui a décidé de tout plaquer pour se terrer dans ce coin perdu afin de se consacrer à son roman. Sans son accident de voiture l’ayant conduit dans le coma, sa femme, son fils et sa mère n’auraient d’ailleurs dû le rejoindre que plus tard…

Alors que tout semble déjà bien sombre pour cette famille, une succession d’évènements dramatiques et étranges vient la frapper de plein fouet. Tout commence par cette femme qui demande de l’aide en pleine nuit suite à un accident de voiture, puis il y a le sabotage de la voiture de Claire, cette personne mystérieuse qui lui ressemble et qui rend visite à son mari, des menaces, des découvertes surprenantes et ce mari sur lequel on finit par se poser de nombreuses questions…

D’ailleurs, cet homme idéal dont la réputation est dorénavant bien établie, Claire, qui l’a épousé très rapidement, le connaît-elle vraiment. À mesure que l’on progresse dans l’intrigue et que le voile commence doucement à se lever, on ne peut qu’en douter. Simple victime d’un dramatique, mais banal accident de voiture, ou Luc a-t-il été victime d’une vengeance ? Pourquoi ce besoin soudain d’isolement et cette envie de troquer des écrits scientifiques plébiscités pour un projet de roman, une bluette de surcroît ? Tout autant de questions qui vous tiendront en haleine et vous pousseront à tourner les pages avec avidité. Il faut dire que l’auteur sait faire monter la pression et manie plutôt bien l’art du mystère et du suspense.

Alors que sa vie va à vau-l’eau, Claire pourra heureusement compter sur son sympathique voisin qui sera un peu sa lumière dans les ténèbres. Ce dernier fera de son mieux pour la soutenir que ce soit en lui servant de chauffeur, en l’écoutant ou en participant activement à l’enquête dans laquelle elle se lance au mépris du danger et des menaces. Le fait qu’il soit profondément attaché à son chien a dû également contribuer à la sympathie ressentie pour cet homme sans lequel Claire aurait probablement craqué, sa belle-mère semblant quelque peu dépassée par les événements.

Si j’ai eu un peu de mal à me sentir attachée émotionnellement à notre héroïne qui m’a paru parfois un peu trop brusque, voire quelque peu égocentrique, j’ai, en revanche, complètement compati à sa situation et eu envie, comme elle, de faire toute la lumière sur son mari et cette menace qui pèse sur sa famille. Une menace qui prendra une forme contraignant la police à prendre très au sérieux le problème.

À partir de là, Claire reste un peu sur le côté et l’on suit le travail des policiers. Je dois dire que j’ai beaucoup aimé cet aspect du roman puisque l’auteur nous fait vivre l’enquête de l’intérieur aux côtés de personnages avenants et très professionnels. Les policiers font de leur mieux avec les cartes qu’ils ont en main et les moyens dont ils disposent. Et dans cette France rurale de 1980 en plein épisode neigeux, ce n’est pas une sinécure !

Ce retour dans le passé, loin des avancées technologiques qui font maintenant partie de notre vie et dont on est devenu quelque peu dépendant, est d’ailleurs intéressant puisqu’en absence de téléphone portable et de GPS, tout devient soudainement plus lent, compliqué et contraignant. Il se dégage ainsi un charme presque suranné de ce roman qui nous plonge dans une enquête à l’ancienne où la police compte autant, voire plus, sur la coopération entre les services et les régions que sur la technologie même si les caméras dévoilent déjà ici leur intérêt. Le petit clin d’œil au détective Quim Vargas, créé par l’un des amis de l’auteur m’a, en outre, bien plu et donné envie de le découvrir dans l’une de ses enquêtes. Quelque chose me dit que lui et sa secrétaire doivent être plutôt du genre haut en couleur !

Quant à la fin, je vous laisse le soin de la découvrir, mais je l’ai appréciée dans la mesure où elle répond à toutes nos questions et qu’elle permet de revoir le roman sous une autre perspective, rien n’étant tout blanc ni tout noir dans cette histoire. Cela ne veut pas dire qu’on accepte certains comportements délictueux et immoraux, mais on arrive au moins à les comprendre… Le seul petit bémol, mais vous savez que j’aime pinailler, est une réaction qui m’a paru assez peu crédible.

En conclusion, d’une plume fluide et immersive et avec un sens indéniable de la mise en scène et du suspense, Serge Camaille nous propose ici un voyage mouvementé et immersif dans le passé et le monde rural. Rythmé et plein de tension, ce roman, plus complexe qu’il n’y paraît, vous offrira une enquête dont on prend plaisir à suivre le fil en plus d’une réflexion intéressante sur des sujets comme la famille, la morale, la déontologie et la vengeance…

Retrouvez le roman sur le site des éditions De Borée.

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