Caliéor, Julie Broly

COLIEOR-couv-une

Je remercie les éditions de la Remanence pour m’avoir permis de découvrir Caliéor de Julie Broly.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Sarah, jeune lilloise dynamique, fait ses premiers pas dans le journalisme. Au sein d’un célèbre magazine d’information, elle découvre la réalité d’un métier qu’elle s’imaginait plus trépidant et nourrit l’espoir de délaisser un jour son bureau pour vivre une mission de terrain digne de ce nom. Mais le temps passe, les rêves de Sarah s’envolent, elle sombre dans une mélancolie de laquelle elle ne sortira que le jour où elle se voit enfin confier un premier reportage. Calepin à la main, heureuse comme elle ne l’a pas été depuis longtemps, elle enchaîne les recherches, les enquêtes et les interviews sans imaginer à quel point l’une des rencontres qu’elle va faire va la bouleverser. Elle s’interrogera et cherchera des réponses, mais ses pensées finiront par la hanter et l’obsession prendra doucement le pas sur la raison, la poussant à des bien des choses.

LA REMANENCE (10 juillet 2019) – 280 pages – Broché (14€) – Ebook (5,99€)

AVIS

Tout juste embauchée dans un célèbre magazine lillois spécialisé dans la formation et l’éducation, Sarah déchante vite. Loin des grandes missions dont elle se rêvait investie, elle doit se contenter de travaux subalternes… Mais au bout de longs mois d’ennui, sa formatrice, Sonia, lui offre enfin la chance de montrer de quoi elle est capable. C’est donc avec beaucoup d’enthousiasme que Sarah s’acquitte de son premier dossier, un dossier qui la conduira dans les couloirs d’un lycée hôtelier… La jeune journaliste va alors faire une rencontre qui changera à jamais sa vie !

Caliéor est définitivement un roman atypique qui mélange, avec brio d’ailleurs, plusieurs genres. Dans la première partie, l’autrice aborde des thèmes forts qui ne parleront pas forcément à tous, mais qui n’en demeurent pas moins intéressants : les ambitions professionnelles et les désillusions face à la réalité derrière une carrière fantasmée, la quête d’identité sexuelle et la difficulté à accepter ses sentiments quand ils ne suivent pas la norme, l’amour et la différence entre amour et désir de possession, l’obsession, la folie…

L’originalité et la force de ce récit sont de faire porter toutes ces thématiques par un seul personnage, celui de Sarah. Sympathique au premier abord, un peu comme la gentille copine que l’on tente d’épauler face aux vicissitudes de la vie, le personnage se pare progressivement d’une certaine complexité. De fil en aiguille, son attirance, si ce n’est son coup de foudre, pour une personne qui n’aurait pas dû, selon ses critères amoureux, lui plaire, prend une tournure malsaine.

La rapidité et la violence des sentiments de la journaliste déroutent, interpellent, mettent mal à l’aise, mais ils ne paraissent jamais irréels ou surjoués. Il faut dire que l’autrice, d’une plume poétique et élégante, capture et retranscrit implacablement et avec réalisme les pensées, les pulsions et les émotions de Sarah. Non dénuées d’une certaine beauté dans un premier temps, ces dernières finissent par s’assombrir à mesure que l’amour devient obsession puis folie. 

Prête à tout pour obtenir l’objet de sa convoitise, Sarah se fourvoie ainsi dans les mensonges quitte à mettre en péril un avenir professionnel pour lequel elle s’est battue. La frontière entre fantasme et réalité se brouille jusqu’à faire perdre à la jeune femme tous ses repères, si ce n’est la tête... Un point de non-retour est franchi, symbolisé par une coupure franche et nette dans la narration.

À partir de là, le ton change, le récit s’accélère passant d’une phase quasi introspective à une phase emplie de tension et de suspense dans laquelle les dialogues priment et les échanges fusent. Le désir amoureux laisse place à quelque chose de plus prosaïque, et Sarah quitte le devant de la scène pour laisser la place à d’autres protagonistes dont la vie, du moins temporairement, se trouve inexorablement liée à la sienne. Je n’en dirai pas plus si ce n’est que j’ai apprécié ce changement de genre qui apporte surprise et dynamisme au récit.

On suit avec beaucoup d’intérêt les actions des personnages, partagé entre l’envie de les voir réussir et celle étrange et perturbante d’échouer. Cela provient probablement de l’ambiguïté qui se dégage de Sarah dont la folie nous tétanise, mais dont la fragilité nous émeut. Toutefois parce que la vraie vie nous rappelle tristement, chaque année, le danger de confondre amour, obsession et désir de possession, on en vient très vite à espérer qu’éclate la vérité…

Bien que la première partie puisse parfois un peu tourner en rond, ce qui semble normal si l’on considère que les pensées de Sarah sont entièrement tournées vers une et seule personne, le roman se lit tout seul. J’ai été complètement happée et séduite par l’originalité du récit, et la manière dont l’autrice réussit à nous faire entrer dans la tête de son héroïne et à nous faire ressentir la force de cette folie qui, peu à peu, gangrène son esprit.

Mon seul petit bémol proviendrait d’un personnage intervenant dans la deuxième partie, son manque de professionnalisme m’ayant quelque peu gênée même si l’autrice a su l’utiliser pour faire avancer son intrigue nous prouvant que rien n’a été laissé au hasard dans cette histoire.

En conclusion,  Julie Broly nous propose ici un texte atypique et d’une rare intensité qui questionne, à travers une héroïne poussée dans ses retranchements et ses sentiments, aussi bien les espoirs au travail que l’identité sexuelle et le rapport complexe et parfois dévoyé à l’amour. Entre amour et désir, l’obsession fait sa dramatique et inexorable entrée… Mais quand l’envie de posséder se substitue à celui d’aimer, le pire finit par arriver !

Découvrez le roman sur Place des libraires.

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L’accusé du Ross-Shire de Graeme Macrae Burnet (Sonatine éditions)

Je remercie Sonatine éditions et Lecteurs.com qui, dans le cadre des explorateurs du Polar, m’ont permis de découvrir L’accusé du Ross-Shire de Graeme Macrae Burnet.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Un piège littéraire dans les Highlands du XIXe siècle

Finaliste du Booker Prize 2016, un formidable puzzle romanesque aussi divertissant qu’intelligent.

Alors qu’il fait des recherches généalogiques sur ses ancêtres écossais, Graeme Macrae Burnet découvre des archives relatives à une étrange affaire. En 1869, Roderick Macrae, dix-sept ans, a été arrêté après un triple assassinat dans un village isolé des Highlands. Dans un document écrit, le jeune homme relate sa vie et ses meurtres, sans jamais donner le moindre détail sur ses mobiles. Hormis ce récit, aucune preuve tangible de sa culpabilité n’a été trouvée. Était-il tout simplement fou ?
Graeme Macrae Burnet nous livre toutes les pièces du procès : témoignages, articles de journaux, rapports des médecins. Peu à peu, le doute s’installe. Le récit de ces crimes est-il bien l’œuvre de ce jeune garçon, a priori illettré ? S’agit-il d’un faux ? Si c’est le cas, que s’est-il réellement passé ? La solution semble se trouver dans la vie de cette petite communauté repliée sur elle-même, où chacun doit rester à sa place, sous peine de connaître les pires ennuis.

  • Broché: 432 pages
  • Éditeur  : Sonatine (12 octobre 2017)
  • Prix : 21€
  • Autre format : ebook

AVIS

Sonatine éditions vous propose ici un ouvrage difficilement classable qui flirte avec plusieurs genres : roman historique, roman noir, biographie, thriller… À la fois tout et rien de ça, ce roman fut une expérience de lecture aussi originale qu’intrigante voire dérangeante.

Originale, car l’auteur nous apprend que c’est en faisant des recherches généalogiques qu’il a découvert l’histoire de l’un de ses ancêtres, un certain Roderick Macrae, âgé de dix-sept ans, et arrêté en 1869 pour un triple meurtre plutôt sanglant. L’auteur nous propose alors de découvrir l’histoire de ce meurtrier telle qu’il l’a lui-même narrée dans un mémoire rédigé sur les conseils de son dévoué avocat, M. Sinclair. Sont également portés à notre connaissance différents documents : des témoignages, des articles de journaux, le compte-rendu du procès et des rapports de médecins. Une richesse documentaire qui nous pousse à nous plonger avec avidité et curiosité dans ce fait-divers historique peu banal.

Comment expliquer, si ce n’est par un accès de folie ou un acte motivé par une haine trop longtemps refoulée, qu’un jeune homme de dix-sept ans assez calme et gentil se transforme soudainement en un monstre capable de massacrer trois personnes ? Cette question ne pourra que vous tenir en haleine d’autant qu’au fil de la lecture, se dessine un véritable décalage entre le Roderick meurtrier et le Roderick qui prend vie sous nos yeux. À travers le récit de sa vie qu’il nous narre sous forme écrite depuis sa prison, le jeune homme nous apparaît plus pauvre bougre né au mauvais endroit dans la mauvaise famille que tueur sanguinaire. Et c’est pour cette raison que l’on cherche ardemment, derrière son récit, les signes d’une éventuelle folie ou, du moins, d’une certaine forme de méchanceté. Or, que nenni !

Ce que nous découvrons, c’est un garçon de dix-sept ans et ses conditions de vie peu reluisantes dans un village écossais isolé du XIXe siècle : maisons d’habitation que les gens partagent avec le bétail, précarité qui semble la norme, pouvoir politique écrasant, et surtout injuste… Si l’on ajoute à cela une famille endeuillée par la mort de la matriarche, il est certain que Roderick ne partait pas dans la vie avec les bonnes cartes en main. D’ailleurs, l’auteur nous offre une réflexion pertinente et intéressante sur la notion de déterminisme social et la possibilité pour quelqu’un de sortir de son milieu d’origine. Si certains habitants de ces Highlands aspirent à une nouvelle vie loin de l’Écosse, Roderick, quant à lui, n’a pas vraiment ces rêves de grandeur et de voyages. Écrasé par le poids des responsabilités familiales, il doit ainsi travailler dans la ferme familiale aux côtés de son père afin de subvenir aux besoins de sa famille. Et ceci même si de par ses capacités intellectuelles, il aurait pu aspirer à une autre vie et à cette liberté de choix dont il est totalement privé. C’est un peu comme si sa route avait été tracée pour lui avant sa naissance et qu’il n’avait pas le droit d’en dévier ni même de songer à le faire…

Mais le jeune homme semble assez bien vivre les choses. Résigné, il ne montre pas vraiment de velléités de rébellion contre l’ordre établi jusqu’à ce que les abus de pouvoir d’un odieux voisin, qui s’acharne sur sa famille, ne deviennent trop insupportables…Un peu comme une cocotte-minute sous pression, il va donc finir par exploser devant les nombreuses injustices qui frappent les siens, mais face auxquelles personne ne réagit. À commencer par ce père qui semble complètement absent de sa propre vie et de son foyer, si ce n’est pour donner des coups. Mais même si la vie de Roderick est difficile et sa famille injustement traitée, cela n’explique pas la violence avec laquelle il va soudainement se transformer en un monstrueux tueur. N’y a-t-il pas de la folie derrière son geste ? C’est, dans tous les cas, ce que va essayer de plaider son avocat lors du procès du jeune homme.

Que l’on adhère ou non à son opinion qu’il va défendre vaillamment, on ne peut que louer le sérieux et l’humanisme de ce professionnel qui va tout faire pour sauver son client de la potence. Une mission fort difficile si l’on considère que ce dernier reconnaît volontiers ses crimes et n’exprime aucun regret… Après avoir assisté à autant de mépris envers les habitants de la campagne qualifiés d’êtres inférieurs, j’ai apprécié de découvrir un personnage où ne pointe pas la condescendance derrière chacune de ses paroles. Il faut évidemment se remettre dans le contexte historique du roman, mais c’est assez dur de ne pas réagir avec véhémence devant les préjugés des « hommes instruits » envers ces « campagnards demeurés et faibles d’esprit ». M. Sinclair est donc le personnage que j’ai certainement le plus apprécié et qui, d’une certaine manière, redonne quelque peu foi en l’âme humaine.

L’auteur a fait le choix judicieux de porter à notre connaissance le déroulement du procès de Roderick, un procès qui se révélera intéressant à bien des égards. Il sera d’abord l’occasion de découvrir la psychologie criminelle telle qu’elle était conçue au XIXe siècle, et que l’homme moderne ne pourra que juger choquante, car principalement basée sur des a priori et stéréotypes… Ce procès sera également captivant par son aspect quelque peu théâtral : population fascinée par l’affaire et qui le fait savoir, des journalistes qui commentent le procès avec, pour certains d’entre eux, ironie, des informations que l’on découvre et que Roderick avait passées sous silence dans son mémoire nous poussant ainsi à nous poser des questions sur la véracité de son récit et/ou sur sa santé mentale… Les interrogatoires des différents intervenants, voisins/amis ou professionnels, présentent, en outre, un certain avantage : dynamiser un récit qui, en première partie, a pu se révéler parfois un peu contemplatif. On a donc l’impression que les choses s’accélèrent et que, petit à petit, l’étau se resserre autour de notre protagoniste.

J’avais l’habitude d’associer thriller et suspense haletant. Or, ici, le suspense n’est pas haletant, mais diffus dans la mesure où il se cache derrière toutes les questions que l’on se pose sur ce jeune meurtrier, sur la véracité de son récit, sur sa prétendue folie… D’ailleurs plus que de suspense, je parlerais d’une tension croissante qui vous fait guetter le point de non-retour qui va pousser un garçon intelligent et plutôt gentil à commettre l’irréparable. Et sur ce point, vous n’aurez pas de certitudes, juste éventuellement, au même titre que les membres du jury, votre intime conviction.

Enfin, bien que nous ne soyons pas dans un roman historique et que l’auteur reconnaît avoir pris quelques libertés avec l’Histoire, on ne peut que saluer son travail de recherche qui nous permet de nous immerger complètement dans cette campagne écossaise du XIXe siècle. Mais au-delà d’un contexte historique passionnant et bien restitué, le gros point fort de ce roman est, pour moi, le pari audacieux pris par l’auteur, et qui confère toute son originalité à son travail. Je ne peux pas vous en dire plus sur ce point si ce n’est que son idée est diaboliquement efficace et bien ficelée. Je ne m’y suis pas laissée prendre, mais j’ai adoré la gymnastique intellectuelle dans laquelle s’est lancé l’auteur. Et rien que pour ça, je lui tire mon chapeau !

En conclusion, L’accusé du Ross-Shire est le genre d’ovni littéraire que l’on aimerait voir plus souvent. Il nous offre un voyage prenant dans les affres de la condition humaine et nous pousse à nous interroger sur ce jeune homme devenu meurtrier par la force des choses à moins que ce ne soit par la force de sa nature. Ce sera à chacun de se forger sa propre opinion sur cette affaire hors norme qui nous plonge avec précision et intelligence dans un petit village des Highlands du XIXe siècle. Alors si vous êtes curieux de découvrir une histoire inclassable et originale, bien documentée d’un point de vue historique et savamment orchestrée, ce roman est fait pour vous.

Une fois que vous aurez terminé le roman et seulement à ce moment-là, je vous invite à regarder cette vidéo où l’auteur répond de manière très succincte à quelques questions.

Et vous, envie de découvrir L’accusé du Ross-Shire ? Retrouvez le roman sur le site Lisez.com.

Piège conjugal, Michelle Richmond

Piège conjugal

Je remercie Babelio et Presses de la Cité pour m’avoir permis de découvrir Piège conjugal de Michelle Richmond.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Alice, ancienne rockeuse reconvertie en avocate, et Jake, psychologue, s’aiment, l’avenir leur appartient. Le jour de leur mariage, un riche client d’Alice se présente avec un cadeau singulier : l’adhésion au « Pacte ». Le rôle de ce club ? Garantir à ses membres un mariage heureux et pérenne, moyennant quelques règles de conduite : décrocher systématiquement quand le conjoint appelle, s’offrir un cadeau tous les mois, prévoir une escapade trois fois par an… mais surtout, ne parler du Pacte à personne. Alice et Jake sont d’abord séduits par l’éthique, les cocktails glamour et la camaraderie que fait régner le Pacte sur leur vie… Jusqu’au jour où l’un d’eux contrevient au règlement. Le rêve vire au cauchemar. Mais comme le mariage, l’adhésion au Pacte, c’est pour le meilleur… comme pour le pire.

  • Broché: 480 pages
  • Éditeur : Presses de la Cité (3 mai 2018)
  • Prix : 21€
  • Autre format : ebook

AVIS

Jusqu’où seriez-vous prêt à aller par amour et que seriez-vous prêt à sacrifier pour le bien de votre mari/femme ?

Une question à laquelle Jack et Alice, jeunes mariés, vont devoir faire face à la minute où ils ont accepté de signer le Pacte, accord qu’ils découvrent grâce à Finnegan, un client du cabinet d’avocats où travaille la jeune femme. Ce Pacte, basé sur le système judiciaire britannique, est destiné à faire du vœu pieux d’un mariage pour l’éternité, une réalité. Quitte pour cela à utiliser des moyens que nous pourrions qualifier de discutables… Alice et Jack vont d’ailleurs, petit à petit, découvrir l’horreur des moyens coercitifs mis en place pour les personnes ne respectant pas les très nombreuses règles du Pacte.

La grande force de ce roman est de faire monter la pression et la tension de manière crescendo. Dès le départ, on sent qu’il y a quelque chose de bizarre derrière ce Pacte qui, en dehors du cercle restreint de ses membres, demeure inconnu du grand public. Il existe d’ailleurs un vrai culte du secret autour de ce dernier, un culte qu’il ne serait pas prudent de vouloir trahir… Mais comme les jeunes mariés, on se laisse porter par les événements en se disant qu’il s’agit certes d’un accord étrange et exigeant, mais qu’il leur suffira de revenir sur leur parole si les choses vont trop loin. Malheureusement, Alice et Jack vont assez vite comprendre que les choses ne sont pas si simples :

« On ne quitte pas le Pacte et le Pacte ne vous quitte pas ».

Cette phrase résume à elle seule l’impression que l’on peut ressentir à l’égard du Pacte : plus qu’un accord, il s’agit d’une entrée dans une organisation secrète et menaçante qui s’apparente presque à une secte… Et comme dans une secte classique, il est difficile de partir voire impossible surtout si l’on considère que tous les membres sont très influents et ont un pouvoir de nuisance très fort. C’est donc une vraie toile d’araignée, solide et asphyxiante, qui s’est construite autour de notre couple pour son plus grand malheur ! 

Alors que l’idée de devoir suivre un certain nombre de règles destinées à préserver les liens sacrés du mariage plaît bien à Alice et Jack, les sentences accompagnant les infractions les laissent d’abord sceptiques avant de leur faire franchement peur. Il faut dire que les jeunes mariés ne sont pas vraiment les membres idéaux, et qu’ils sont donc assez rapidement sanctionnés, des sanctions qui se révèlent effrayantes et, somme toute, disproportionnées par rapport aux « crimes » commis. Le Pacte a comme leitmotiv de faire systématiquement passer son conjoint avant tout, travail prenant ou pas. Une idée assez plaisante, mais qu’Alice, passionnée par son travail d’avocate, va avoir des difficultés à respecter. Elle sera alors violemment rappelée à l’ordre et vivra même l’expérience désagréable de l’emprisonnement, un comble pour une avocate ! Jack, qui a la manie de poser trop de questions, ne sera pas en reste et connaîtra sa part de châtiments voire de tortures autant physiques que psychologiques…

Ce qui frappe avec ce roman, c’est cette impression de danger omniprésent. C’est un peu comme si le couple vivait avec une épée de Damoclès au-dessus de sa tête et que la foudre pouvait s’abattre sur eux à chaque instant. Car le Pacte voit tout, le Pacte sait tout et le Pacte est partout ! Rien ne lui échappe, pour le plus grand malheur de ses membres, surtout ceux qui commencent à remettre en question les méthodes du Pacte pour préserver les liens sacrés du mariage. D’ailleurs, les mariages sont-ils tous heureux comme le Pacte veut le faire croire ou existe-t-il de sombres secrets que quelqu’un cherche à tout prix à cacher ? Une question que ne peut s’empêcher de se poser Jack depuis qu’il a rencontré une ancienne amie, également membre du Pacte, qui l’a mis en garde contre cette organisation et ses méthodes draconiennes pour faire respecter ses règles…

Comme Jack, on finit par devenir paranoïaque, doutant de tout et de tout le monde. Et on reste parfois dubitatif devant le comportement d’Alice qui, si elle craint également le Pacte, semble moins s’y opposer que son mari. Il faut dire que ce dernier a éveillé en elle son esprit de compétition exacerbé. Fidèle à elle-même, elle désire ainsi, malgré ses craintes, briller que ce soit en connaissant par cœur les commandements du Pacte ou en arrivant à devenir la meilleure épouse possible, non pas par amour donc, mais pas pure volonté d’être la meilleure…

C’est d’ailleurs ce que j’ai apprécié dans ce roman, l’ambivalence permanente des sentiments : le Pacte est basé sur un grand idéal, celui d’un mariage heureux pour la vie, mais il fait preuve de moyens dignes d’une dictature pour l’atteindre. Du coup, on oscille entre acceptation et révolte, et c’est émotionnellement très déstabilisant ! De la même manière, Alice et Jack redoutent ce Pacte, mais d’un autre côté, ce dernier leur permet de se rapprocher, notamment parce qu’il leur offre un ennemi commun à combattre. Grâce ou à cause du Pacte, Alice passe également plus de temps avec Jack, ce qui n’est pas pour déplaire à ce dernier, ce qui n’étonnera point les lecteurs. En effet, on se rend compte assez vite d’un certain déséquilibre dans ce mariage, Jack semblant redouter que sa femme finisse par s’apercevoir que son ancienne vie de rockeuse lui convenait mieux que sa condition d’avocate arriviste et mariée… Et ce sont certainement les doutes de Jack mêlés à ceux d’Alice et à son esprit de compétition qui les auront poussés à accepter l’offre de Finnegan… À cet égard, le Pacte peut s’apparenter à une thérapie de choc qui va leur montrer qu’ils n’ont pas besoin de suivre des principes édictés par d’autres pour être mariés ET heureux.

J’ai aimé le choix de l’auteur de faire monter crescendo la tension en alternant présent et passé. Cette alternance dynamise le récit, mais rend surtout la lecture complètement immersive, stressante et quelque peu addictive. À mesure que l’on avance dans la lecture et qu’on apprend à connaître Jack et Alice, on ne peut que croiser les doigts pour qu’ils trouvent une échappatoire et que ce cauchemar prenne fin… J’avoue néanmoins avoir été un peu déçue par la fin avec cette impression que la tension retombe d’un coup comme un soufflé. Je n’aime pas les fins ouvertes, mais je pense, et ce n’est que mon avis, que l’auteure aurait pu faire l’économie de l’épilogue. Cela n’aurait pas rendu la fin plus remarquable, mais un peu moins fade. J’ai toutefois apprécié un retournement de situation que je n’avais qu’en partie deviné. Celui-ci nous prouve que l’âme humaine est décidément bien noire et que certains sont prêts aux pires atrocités pour toucher de près le pouvoir…

Le Pacte, garantie d’un mariage heureux et durable ou piège tentaculaire qu’il vous sera impossible de fuir ? Une question qui vous tiendra en haleine et qui rendra toute tentative de lâcher votre livre vaine. À l’aide d’une narration dynamique et immersive, Michelle Richmond nous offre ici un récit à l’atmosphère particulièrement angoissante qui vous plongera dans un maelström d’émotions allant de la curiosité à la peur en passant par la franche révolte. Ce qui est certain, c’est qu’avec cette auteure, l’expression « se marier pour le meilleur et pour le pire » prend une tout autre dimension. Amateurs de suspense et d’histoires qui jouent sur l’ambivalence des sentiments, arrêtez-vous, vous avez trouvé votre prochaine lecture !

Et vous, envie de craquer pour Piège conjugal ?