Mini-chroniques en pagaille #16

Mini-chroniques en pagaille

Plus détaillées qu’un simple commentaire, mais moins développées qu’une chronique, les mini-chroniques me permettent de partager succinctement mon avis sur certaines de mes lectures que je n’ai pas eu le temps de chroniquer de manière plus classique.


Les trois petits ouvrages présentés dans cet article sont proposés gratuitement (cliquez sur les titres pour les télécharger).

Couverture Teddy The Squirrel Becomes a Pilot
Teddy est un écureuil qui ne s’intéresse pas vraiment aux noisettes ni à l’idée de faire des provisions pour l’hiver. Lui, c’est plutôt un doux rêveur qui s’imagine volontiers en pilote d’avion. Un rêve inattendu pour un écureuil qui ne manque pas de personnalité !

Mais ce qui aurait pu rester une douce lubie va devenir une réalité quand l’avion télécommandé d’enfants jouant dans le parc s’écrase entre les branches d’un arbre….

Voici un mignon petit livre sur le courage et la force des rêves qu’il ne faut jamais abandonner ! Très courte et très accessible au niveau de la langue, l’histoire de cet écureuil et de son frère est parfaite pour une première lecture en anglais. Elle pourrait également séduire les adultes avec une âme d’enfant souhaitant se replonger en douceur dans la langue de Shakespeare.

Le très insolent Harry Watson est surpris à l’annonce du challenge organisé par sa professeure d’économie ménagère : choisir une boîte mystère et utiliser une partie de ses ingrédients dans une recette ! Les fans de MasterChef et autres émissions du genre de sa classe sont ravis, lui beaucoup moins. Mais comme il nous semble un peu râleur cet élève, rien d’étonnant à sa réaction.

La suite des événements, quant à elle, est beaucoup plus inattendue, Harry n’étant pas au bout de ses surprises. Je n’en dirai pas plus sur ce point puisque tout le charme du roman réside dans l’imagination fertile de l’autrice. Il se dégage d’ailleurs un petit air d’Alice au pays des merveilles dans ce récit qui tend quelque peu vers l’absurde, les élèves se comportant de manière plutôt étrange face à une situation qui n’a rien de normale ! Mais je vous rassure, le livre, très accessible, n’est pas aussi déroutant que peut l’être l’œuvre de Carroll Lewis.

Voici une petite histoire sympathique qui devrait vous surprendre et à l’issue de laquelle, vous ne devriez plus cuisiner de la même manière.

Adorant les histoires de sorcières depuis que je suis enfant, le titre et l’image de ce chaudron en pleine ébullition m’ont tout de suite attirée. En aidant sa mère à débarrasser et nettoyer un placard, Tania trouve des livres qu’elle met à disposition de tous dans son club de lecture sauf un qu’elle s’empresse de dévorer. Elle y découvre alors le récit d’une jeune fille ayant décidé de lancer un mauvais sort à un autre enfant qui se montre méchant avec elle…

Pour rigoler et se venger, pour de faux, d’un garçon qui n’est pas sympathique avec elle, elle décide avec son amie Tanisha de lancer ce sort dont elles suivent scrupuleusement la recette. Si les poils de chat sont faciles à obtenir, d’autres ingrédients comme les cheveux de la future victime demandent un peu plus de travail et d’imagination… Mais les filles s’en sortent très bien ! Le sort lancé, elles passent à autre chose. Après tout, ce n’était qu’un jeu. Mais l’était-ce vraiment ? Certaines coïncidences commencent sérieusement à les faire douter…

Je ne vous dirai pas si le sort a véritablement fonctionné ou non, mais je peux néanmoins vous assurer que cette petite histoire très divertissante se lit toute seule d’autant qu’elle est agrémentée de quelques petits illustrations ce qui facilite l’immersion même pour les jeunes lecteurs. Ils devraient prendre beaucoup de plaisir à assister les deux fillettes dans la recherche des ingrédients, plus ou moins ragoûtants, et sourire devant certaines situations.

Quant à la fin, j’ai apprécié la manière dont l’autrice aborde la question des superstitions et de certains biais cognitifs. Cela manque peut-être un peu de subtilité pour des adultes, mais ses explications par l’exemple permettront aux enfants de s’approprier facilement des concepts pas toujours évidents à appréhender.

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Comment devenir une vraie sorcière ? Anne-Marie Desplat-Duc

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Une histoire drôle et ensorcelante qui prend le mythe de la sorcière maléfique à contrepied !

Sibelle n’est pas une petite sorcière ordinaire.
Elle est belle, gentille et n’a aucun pouvoir maléfique.
Alors comment faire pour devenir une vraie sorcière et faire plaisir à sa mère, la célèbre Fleurkipic ?
Avec de bons amis et un peu d’astuce rien n’est impossible !


Scrineo (4 octobre 2018) – 96 pages – 6,90€ –  À partir de 8 ans
Illustrations : Églantine Ceulemans

AVIS

Fleurkipic, sorcière de son état et mocheté ambulante, et Gabriel, humain lambda, ont une fille. Comment s’appelle-t-elle ? Sibelle ! Ce n’est pas la réponse que vous escomptiez, ça tombe bien, ce n’est pas non plus celle attendue par ses parents.

Fleurkipic espérait un bébé bien laid avec des furoncles gros comme une maison, des verrues à vous faire loucher, un teint jaunâtre… à un « beau » bébé version sorcière en somme. À la place et pour son plus grand malheur, elle a bébé qui pourrait gagner un concours de beauté chez ces satanés humains.

Enfer et damnation ! Fleurkipic va être la risée du monde des sorciers et risque, en plus, de perdre ses pouvoirs, son mariage avec un mortel ayant engendré une malédiction… Heureusement que le papa lui est ravi de voir son enfant tout mignon même si on sent très bien qu’il aurait été tout aussi content d’accueillir une petite sorcière bien moche.

C’est donc tiraillée entre le monde des humains et celui des sorciers que Sibelle évolue et grandit, changeant de casquette et d’accoutrement en fonction des besoins. Mais petit à petit, elle est lasse de jouer la comédie et aspire à n’être qu’elle, une petite fille pleine d’entrain qui aimerait faire plaisir à sa maman tout en restant elle-même. Fleurkipic pourra-t-elle l’accepter ?

Les enfants devraient se plonger avec délectation dans la vie de Sibelle, une petite fille qui, au fil des pages, apprend à se connaître et à savoir ce qu’elle désire vraiment. Elle va d’ailleurs trouver, avec l’aide de ses nouveaux amis, sa voie, pas celle choisie par sa mère ou son père, mais celle qui lui plaît, et pour laquelle elle se révèlera d’ailleurs très douée. Qui a dit que pour avoir de la magie, il fallait être une vraie sorcière ? Mais avant de trouver ce qui l’anime, Sibelle va vivre quelques péripéties notamment dans la célèbre école anglaise de sorciers Harry ! Je pense que tout le monde aura reconnu la très drôle allusion à un célèbre sorcier à lunettes…

Le livre étant destiné aux enfants, il n’y a aucune longueur, tout s’enchaînant très vite, ce qui permettra aux jeunes lecteurs de lire l’histoire sans trop d’efforts d’autant que le découpage en chapitres très courts s’assure de leur attention. À cela s’ajoute une très jolie mise en page avec quelques ornements et illustrations.

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Quant à la plume de l’autrice, je l’ai trouvée fluide et accessible sans être simpliste, le vocabulaire n’étant pas simplifié à l’extrême. Le résultat est d’ailleurs assez probant pour convaincre la lectrice trentenaire que je suis. Il faut dire que l’autrice, sous couvert de fiction et d’humour, aborde des thèmes importants comme l’amitié, la recherche et l’acceptation de soi,  la tolérance, la difficulté de faire concilier des cultures et des milieux différents…

Voici donc une histoire toute mignonne que je ne peux que conseiller aux enfants, mais aussi aux adultes qui devraient être séduits par les thèmes abordés, l’humour et la plume de l’autrice.

Découvrez le roman sur le site des éditions Scrinéo.

Gazoline et Grenadine, Jean-Loup Craipeau

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Je remercie les éditions Yakabooks pour m’avoir permis de découvrir Gazoline et Grenadine de Jean-Loup Craipeau. Pour rappel, Yakabooks, c’est cette maison d’édition qui, dans l’optique de mettre la lecture et la culture à la portée de tous, propose des livres au prix unique de 2€.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Limaunade et ses parents viennent d’emménager impasse du Rat-Sec avec pour voisines les sœurs Gazoline et Grenadine, deux sorcières vraiment pas ordinaires. À cheval sur l’aspirâleur, la version moderne du balai de sorcière, elles tenteront ensemble de déjouer les plans du promoteur Le Luisant, bien décidé à raser leurs maisons. Parviendront -elles à sauver leur quartier des bulldozers ?

AVIS

Quand j’ai vu cette couverture avec ces deux mamies/sorcières autour d’un étrange aspirateur, je n’ai eu qu’une envie, découvrir leur histoire. Une envie qui a été plus que comblée par ce petit livre jeunesse qui m’a amusée du début à la fin. C’est simple, Gazoline et Genadine, c’est un concentré de bonne humeur, de sourires et de rires !

À la lecture du résumé, on pense se lancer dans une banale histoire pour les enfants quand on découvre un contenu qui devrait enchanter n’importe quel lecteur aimant jouer avec la langue française, l’auteur nous offrant ici moult calembours, jeux de mots rigolos et efficaces, prénoms hilarants, métaphores et comparaisons très drôles et complètement déjantées, dialogues décapants… On a même droit à une version très personnelle de célèbres comptines :

Une fourmi rouge
Qui bondit d’une courge,
Je la monte sur essieux,
Je lui regonfle ses pneus,
Ces vieux pneus me disent :
Râpe-nous la caisse,
Graisse-nous les fesses,
Ça fera deux vieux chaudrons
Tout ronds !

 

L’auteur s’en est donné à cœur joie et ça fonctionne à merveille. J’ai eu le sourire aux lèvres durant toute ma lecture tellement Jean-Loup Craipeau a su m’amuser et me divertir au-delà de mes espérances. L’humour est donc bien au rendez-vous, et si c’est pour moi la pièce maîtresse de ce roman, cela ne signifie pas que l’auteur a pour autant négligé son intrigue qui s’est révélée des plus intéressantes.

Nous faisons ainsi la connaissance d’une jeune fille du nom de Limaunade qui découvre son nouveau quartier, ses parents venant d’acheter pour une bouchée de pain une maison à deux vieilles dames, Gazoline et Grenadine, qui sont accessoirement ses nouvelles voisines. Mais elle va vite découvrir que sa nouvelle habitation ainsi que celle de ses voisines sont menacées par le promoteur Le Luisant, bien décidé à les raser. Voici le point de départ d’une histoire complètement loufoque dans laquelle Limaunade va s’associer aux deux mamies sorcières pour faire déguerpir le plus loin possible ce prometteur sans cœur.

Riche en action, le récit est mené tambour battant : les jeux de mots et les péripéties s’enchaînant rapidement au point de vous faire oublier le temps qui passe et les pages qui défilent. Fluide, amusante et plutôt imagée, la plume de l’auteur est accessible aux jeunes lecteurs tout en restant très agréable à découvrir pour les lecteurs plus âgés. Enfants et parents/adultes devraient donc passer un bon moment de lecture auprès de personnages hauts en couleur et aussi loufoques que leur prénom. Si j’ai apprécié tous les personnages, même le méchant qui joue à la perfection sa partition, je dois confesser une petite préférence pour Limaunade et Grenadine. Mais que voulez-vous, quand une limonade avec un « au » et sans bulle rencontre une grenadine sans colorant, cela ne peut que faire des étincelles.

Et puis force est de constater que l’auteur met bien en avant ce duo qui se révèle aussi complémentaire que déjanté, drôle et intrépide. En alliant la fougue d’une jeune fille un peu casse-cou à celle d’une sorcière mamie qui l’est tout autant, l’auteur nous offre sur un plateau un mélange étonnant et détonnant, presque autant que le décollage de l’aspirâleur, autre star de ce roman. Version moderne et bien plus amusante du balai des sorcières d’antan, ce moyen de locomotion offrira quelques moments de frayeur à notre duo. Mais chut, pour en savoir plus, il vous faudra vous plonger dans ce petit livre et découvrir cette amitié hors norme entre une fillette et deux mamies pas comme les autres.

Cerise sur le gâteau, des illustrations viennent donner encore plus de mordant à l’histoire. Signées Pierre Fouillet, elles contribuent au plaisir que vous prendrez à parcourir ce petit livre. Elles seront également un atout pour faciliter la lecture de l’ouvrage par les plus jeunes lecteurs, l’alliance images/mots formant un duo dont l’efficacité n’est plus à prouver.

À noter également que le roman, déjà publié dans les années 90, a subi une petite cure de jeunesse avec notamment des références aux nouvelles technologies. J’apprécie cette idée de faire évoluer une histoire afin de la dépoussiérer et de la rendre peut-être plus plaisante pour les jeunes lecteurs, mais j’aurais aimé que soit également proposée la première version. Pour ma part, une histoire de sorcière est intemporelle et n’a pas forcément besoin d’être mise au goût du jour pour me plaire. Mais c’est bien sûr là une question de goût, et puis je suis adulte et n’ai donc pas la même grille de lecture qu’un enfant qui sera probablement ravi de retrouver dans le roman des choses qu’il connaît.

En conclusion, derrière une histoire de sorcière qui devrait séduire les enfants, les adultes découvriront avec étonnement et, je n’en doute pas, enchantement, un délicieux récit dans lequel l’auteur se plaît à jouer avec la langue française, et avec talent, je vous prie. À lire et à relire à tout âge, chacun pouvant y trouver son bonheur !

Et vous envie de découvrir ce roman ?
Retrouvez-le sur le site des éditions Yakabooks au prix tout doux de 2€.

Witchcraft, Raphaël Payet

Witchcraft, Raphaël Payet

Je remercie les éditions Bergame de m’avoir permis de découvrir Witchcraft de Raphaël Payet.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

La prophétie autrefois annoncée par les sorciers est en marche. Elle est dorénavant synonyme d’espoir pour des hommes implorant un meilleur avenir pour leur descendance dans ce royaume prohibant la magie et devenu chaotique.

Longtemps tenue en captivité par les Rages Noirs, Tasha Lunar, l’une des dernières sorcières, se retrouve dans l’obligation de fuir afin de survivre. Espérant retrouver son ancienne vie, elle se met à la recherche de son père, et, dans sa quête, sera aidée par Vaco Tomas, un vagabond solitaire au passé trouble.

Beaucoup d’épreuves les attendent, testant leur courage et leur caractère… La prophétie des sorciers est en marche, portée par la dernière des sorcières.

  • Broché: 116 pages
  • Editeur : Bergame (6 juin 2018)
  • Prix : 12,80€

AVIS

Je dois avouer que c’est d’abord la couverture qui a attiré mon attention puisqu’en plus de la trouver attractive, je l’ai trouvée plutôt intrigante. Et puis adorant les sorcières, un roman qui s’intitule Witchcraft ne pouvait que me tenter. Malheureusement, mon avis sera mitigé ayant eu le sentiment d’être restée sur ma faim. L’auteur nous propose ici une très bonne ébauche de roman, mais pas, à mon sens, une intrigue assez poussée et développée pour offrir aux lecteurs, une expérience de lecture entièrement satisfaisante.

Tasha, une sorcière, et Vaco, un vagabond plutôt torturé, se rencontrent par hasard, l’homme aidant la jeune fille, plus ou moins malgré lui, à se sortir d’une situation tendue. Ils finissent donc pas voyager ensemble, Tasha une sorcière étant à la recherche de son père, et Vaco poursuivant un objectif mystérieux que l’on découvre tardivement. Mais comme vous pouvez vous en douter, leur voyage ne sera pas de tout repos, la sorcière étant recherchée, et Vaco semblant cacher un bien sombre passé…

Le roman est court, bien trop court pour laisser le temps à l’auteur de poser son décor, de nous présenter ses personnages et d’affiner leur psychologie. C’est ainsi qu’on se retrouve avec deux protagonistes aux réactions peu naturelles et aux changements d’attitudes tellement rapides et soudain qu’ils en perdent beaucoup en crédibilité. Par exemple, après seulement quelques brefs échanges, Tasha estime pouvoir faire confiance à Vaco dont pourtant elle ne sait rien, l’homme étant d’un naturel plutôt taciturne. Pour une sorcière traquée et sur ses gardes, cela me semble quand même précipité… De la même manière, chacun d’entre eux alterne entre haine et amour tellement rapidement qu’il est bien difficile de comprendre et de ressentir leurs émotions.

Je regrette donc que l’auteur n’ait pas pris le temps de faire évoluer posément ses personnages et donc de rendre leurs interactions plausibles. A cela s’ajoute une intrigue principale qui m’a semblé survolée au point que la prophétie énoncée dans le résumé de l’ouvrage ne prend finalement que peu de place. L’économie de détails ne permet donc pas aux lecteurs de réellement saisir et comprendre tous les tenants et aboutissants du récit. J’ai néanmoins apprécié le retournement de situation de la fin qui m’a prise de court même s’il est bien trop soudain pour être crédible.

Malgré ces points qui, pour moi, mériteraient d’être retravaillés, je reconnais certaines qualités à ce roman comme la plume de l’auteur. En dépit de quelques maladresses par-ci par-là, elle témoigne d’une réelle volonté d’offrir un texte fluide et donc agréable à parcourir. C’est d’ailleurs pour moi le point fort de ce livre puisque même quand les réactions des personnages m’ont agacée par leur invraisemblance, mon intérêt pour le livre n’a pas décru. Il faut dire que l’auteur a su tirer avantage du fait que son roman soit assez court pour offrir aux lecteurs un récit qui ne souffre d’aucun temps mort. Les choses vont vite, l’action est omniprésente et les scènes de combat parfaitement immersives. Je ne suis pas une grande amatrice de bagarres, mais force est de constater que le vocable imagé et précis rend les scènes d’action prenantes.

J’ai également apprécié de découvrir les capacités de Vaco, ancien membre des forces spéciales, mais j’ai surtout pris plaisir à découvrir les pouvoirs de sorcière de Tasha. Être capable d’invoquer un tigre de feu a de quoi faire rêver plus d’un lecteur ! Cet aspect du livre est d’autant plus intéressant que cette jeune sorcière n’a pas encore pris la mesure de toutes ses capacités qui se dévoileront face aux nombreux dangers que ne manquera pas de rencontrer notre duo. J’aurais juste adoré que cet aspect du livre soit un peu plus poussé puisque c’est celui qui m’intéressait le plus. Cela ne m’a pas empêchée, comme Vaco, d’être fascinée par le potentiel de Tasha qu’il vaut mieux avoir comme amie que comme ennemie a fortiori quand l’on découvre, la force de la magie qui coule dans son sang…

En conclusion, si je reconnais de bonnes idées, un rythme soutenu, des scènes d’action imagées et immersives, j’ai regretté une intrigue survolée et une psychologie des personnages trop peu développée pour être crédible… Un bilan mitigé donc pour ce petit roman qui aurait gagné à être un peu plus étoffé afin de rendre les personnages plus consistants et l’univers plus riche. C’est dommage, car derrière les quelques défauts mentionnés, on devine un vrai potentiel, l’auteur ayant la plume et l’imagination nécessaires pour faire de son roman, une histoire palpitante mêlant magie, quête d’identité, trahisons et action. Néanmoins, si vous aimez les belles plumes et les récits courts et menés tambour battant, Witchcraft pourrait vous plaire.

Et vous, envie de découvrir le roman ?

Le Malleus : Les sorcières de Sarry, Marie-Laure KÖNIG

Aucun texte alternatif disponible.

Je remercie Marie-Laure KÖNIG pour m’avoir permis de découvrir son roman, Le Malleus : Les sorcières de Sarry.

PRÉSENTATION AUTEURE

Découvrez l’histoire d’Alayone, une petite fille qui grandira à l’ombre du Malleus et qui apprendra son existence bien plus tard à ses dépens. Son tuteur, l’évêque de Châlons, lui enseignera la théologie. Elle sera également instruite sur d’autres sciences qui sont condamnées par l’Église comme l’astronomie, l’étude des pierres à venin ou l’agronomie que lui transmettra une guérisseuse. Elle découvrira les effets dévastateurs des amours interdits, mais aussi Paris, ville emplie de magnificence, de pestilence et d’étudiants…

Bienvenue en cette fin de XVe siècle où religion et politique sont intimement liées, à une époque où les caprices de la nature étaient indéniablement l’œuvre du malin et de ses servantes, où l’incrédulité du peuple fut le meilleur instrument des ambitions des puissants.

Le Malleus Maleficarum, plus connu sous le nom de « Marteau des sorcières » est un bréviaire écrit par un moine inquisiteur haineux à la fin du moyen-âge. Ce livre abject fut à l’origine de plus de 60 000 condamnations pour hérésie sur plus de deux siècles, essentiellement des femmes.

Histoire romancée se passe dans un contexte historique authentique.

  • Broché: 308 pages
  • Editeur : Independently published (28 novembre 2017)
  • Prix : 14.90€
  • Autre format : ebook

AVIS

Adorant les chats et les sorcières, je ne pouvais que craquer devant la couverture et le résumé de ce roman même si l’auteure a pris soin de m’expliquer qu’ici, nous n’étions pas dans une histoire de fantasy, mais dans une histoire romancée se déroulant dans un contexte historique riche et plutôt intense.

En cette fin du XVe siècle, être une femme est loin d’être une sinécure a fortiori quand plane au-dessus de la gent féminine l’ombre malfaisante et dangereuse du Marteau des Sorcières ou Malleus Maleficarum. Un texte sur lequel vont se baser des religieux fanatiques pour traquer les « sorcières » ou plus prosaïquement, de simples femmes accusées injustement de sorcellerie….

Ces premières lignes devraient déjà vous faire froncer les sourcils et vous laisser entrevoir ce sentiment d’injustice qui accompagnera votre lecture. Qu’il ne fait pas bon de naître femme à cette époque où les femmes suscitent crainte et mépris. Fort heureusement, Alayone, pris en charge après la mort de sa mère par Geoffroy Soreau de Saint Géran, évêque de Châlons, n’aura pas à affronter trop tôt cette horrible chasse aux sorcières. Couvée par celui-ci puis plus tard par le chanoine Richard, elle aura tout le loisir de s’adonner à sa passion pour les livres et satisfaire sa soif de connaissances. Mais la vie et ses aléas finiront par la rattraper et lui faire vivre d’aussi agréables que douloureuses expériences…

Autant le dire tout de suite, j’ai été complètement captivée par ma lecture. Je savais que le récit allait me plaire, mais je n’avais pas anticipé à quel point je me prendrais d’affection pour Alayone. J’ai adoré cette jeune fille à la maturité exceptionnelle, à l’intelligence rare et au caractère affirmé qui la rend d’ailleurs parfois un peu farouche. Ce n’est pas le genre de protagoniste qui reste prostré dans son coin même s’il lui arrive de se cloîtrer dans sa chambre avant de mieux revenir sur le devant de la scène. Une force de caractère doublée d’une nature joyeuse qui la feront apprécier de beaucoup à commencer par les lecteurs qui ne pourront qu’avoir envie de la voir heureuse. C’est ainsi que l’on pleure avec elle la disparition d’êtres chers et que l’on tremble devant les dangers qui ne manqueront pas de croiser sa route. On comprend donc aisément l’attachement que l’évêque de Châlons et le chanoine Richard ont développé pour cette enfant qu’ils verront grandir et s’affirmer.

Alayone a de bonnes relations avec son père, mais elle a aussi la chance d’avoir trouvé en ces deux hommes, deux figures paternelles aimantes. J’ai adoré la relation unissant la jeune fille avec ces hommes de foi qui font tout pour la protéger même s’ils s’y prennent parfois mal et ne comprennent pas toujours son cœur et ses velléités de liberté… Ces deux personnages se révèlent également très intéressants dans la mesure où ils apportent de l’espoir et permettent d’adoucir l’image que l’on pourrait avoir de cette église qui accepte la mort cruelle de personnes innocentes. Les exactions commises au nom de la foi comme nous pouvons en trouver dans ce roman me révulsent, mais j’ai aimé la délicatesse avec laquelle l’auteure montre que si certains ecclésiastiques se transforment en fanatiques corrompus par la haine, il existe également des hommes bons qui cherchent à apporter de la lumière à leur prochain. Nous ne sommes donc pas dans une histoire manichéenne avec des bons et des méchants, mais dans un récit qui montre qu’il peut y avoir du bon même dans une organisation frelatée par des hommes cruels. J’ai ainsi admiré la force de caractère de l’évêque et du chanoine Richard qui vont faire de leur mieux pour assurer leur fonction dans le cadre de la vraie foi, celle qui prône l’amour du prochain et non la mort de pauvres innocentes. Une force de caractère et une bonté d’âme qui forcent le respect et la sympathie des lecteurs !

La vie d’Alayone va être marquée par l’étude de différents domaines, des rencontres amicales qui vont parfois lui causer de terribles tourments, l’amitié ne résistant pas à la barbarie la plus abjecte, et elle va aussi rencontrer l’amour, l’enfant devenant adolescente puis jeune femme. Alors si comme moi, l’idée d’une romance vous déclenche une crise d’urticaire, soyez rassurés. La romance est ici très bien amenée et ne tombe pas dans la niaiserie. Je dois même dire que j’ai beaucoup aimé la scène dans laquelle la jeune fille et son prétendant, Tristan, se rencontrent. L’approche a le mérite de l’originalité et de mettre en valeur le caractère affirmé d’Alayone. Cette romance, qui n’intervient qu’à la moitié du livre, ne prend pas le pas sur l’intrigue, mais elle marque un changement dans la vie de la jeune fille qui découvre avec Tristan, Paris et ses merveilles tout en évitant Paris et ses bas-fonds... À noter que contrairement à ce que l’on aurait pu croire, c’est bien l’innocente, mais bouillonnante Alayone, qui se montre la plus entreprenante dans son couple. Un schéma qui se veut donc assez inhabituel et qui confirme mon affection pour Alayone, une jeune femme qui refuse d’être enfermée dans des règles qui ne lui conviennent pas, à commencer par ces règles de bienséance prônées par son soupirant.

Amitié, amour, mais aussi peine, horreur, haine et rancœur viendront frapper la jeune fille de plein fouet. C’est ainsi qu’elle verra des personnes chères à son cœur périr de la plus cruelle des manières. L’auteure évoque, à travers ces morts, le sort réservé à ces femmes accusées injustement de sorcellerie. Torturées et brûlées, elles ont été sacrifiées sur l’autel de la haine, de la barbarie, du fanatisme, de la folie, mais aussi sur celui de la peur. Cette peur qui va pousser des personnes lambdas à accepter la mort d’individus qu’elles connaissent dans l’espoir d’éloigner le mauvais œil de leur vie et d’avoir des jours meilleurs. Quand l’ignorance et le fanatisme s’imbriquent et se décuplent, le diable prend finalement bien forme humaine… Mais je rassure les âmes sensibles : à part deux ou trois scènes difficiles, l’auteure ne tombe jamais dans le sensationnalisme ce qui rend son récit très supportable.

Au-delà des sujets abordés ( amour, amitié, religion, fanatisme, condition de la femme…) et de la galerie de personnages, ce qui fait la force de ce roman est son style de narration atypique et plutôt efficace. L’auteure a ainsi fait le choix original de nous narrer son histoire à travers différentes formes : restitutions des prières d’Alayone, lettres (certainement ma forme préférée), extraits du Malleus Maleficarum, extraits de journal intime, pensées et observations d’un narrateur très particulier… Cette multiplicité des supports et des points de vue apporte un dynamisme certain au récit que l’on dévore sans pouvoir s’arrêter, impatients de découvrir le destin de ces personnages auxquels on finit par s’attacher. Et à cet égard, j’ai apprécié le petit twist final même si j’ai été quelque peu frustrée par l’incertitude qui plane autour de l’un des personnages…

Quant à la plume de l’auteure, elle se révèle étonnamment fluide si l’on considère qu’elle n’hésite pas à faire usage d’anciens termes nous permettant ainsi de nous immerger complètement dans le contexte historique de l’histoire. C’est un point que j’ai beaucoup aimé d’autant qu’elle arrive à le faire de manière très naturelle. Même les dialogues semblent couler de source alors que les tournures de phrase sont parfois inhabituelles pour un lecteur de notre époque. Je salue donc la capacité de l’auteure à rendre son récit très accessible tout en nous donnant l’impression de nous balader dans les rues de cette société du XVe siècle. Il faut dire que l’on sent un vrai travail de recherche et que les notes de bas de page apportent un vrai plus pour nous approprier cette période de notre histoire.

En conclusion, à travers la vie d’une enfant que l’on apprendra à connaître et voir grandir, l’auteure aborde le sujet difficile du fanatisme religieux et de ses néfastes conséquences pour des femmes dont le seul véritable tort fut de ne pas naître homme. Si l’odeur pestilentielle de l’injustice et de la barbarie plane au-dessus de ce récit, Les sorcières de Sarry, c’est également l’histoire d’une enfant qui deviendra une jeune femme accomplie refusant de courber l’échine, et qui dans toute cette folie, trouvera une famille de cœur, des ami(e)s et l’amour. Un récit de vie prenant que je recommande à tous les lecteurs notamment ceux intéressés par la question de la chasse aux sorcières…

Site consacré au roman – Page FB de l’auteure

Envie de découvrir le roman ? Retrouvez-le sur le site de l’autrice (dédicace possible) !