Héritages – Nina, Bénédicte Gourdon, Stéphanie Hans

Héritière d’un don surnaturel qui lui donne le pouvoir de guérison, Nina mène la vie normale d’une jeune femme moderne. Endeuillée par la disparition de son fiancé mort dans un accident, qu’elle n’est pas parvenu à sauver, elle hésite à accepter l’héritage de ce don magique. Jusqu’au jour où elle se découvre la proie d’un complot et réalise que l’accident dans lequel a péri son fiancé n’était pas le fruit du hasard. Elle comprend alors qu’elle a de puissants ennemis que son pouvoir semble particulièrement intéresser, et manifestement prêts à tout pour lui nuire. Ce thriller fantastique est le premier album du duo féminin Stéphanie Hans et Bénédicte Gourdon.

Dupuis (06 janvier 2011) – 56 pages – 14,50€

AVIS

La mention d’un don surnaturel, en plus d’une couverture intrigante, a suffi à me convaincre de me plonger dans cette BD que j’ai beaucoup appréciée.

L’entrée en matière est superbe avec une planche qui résume à elle seule la manière dont l’illustratrice réussit, page après page, à mettre en lumière les événements les plus importants, mais aussi tous ces petits détails qui nous font retenir notre souffle. Car suspense, tension et révélations ne manqueront pas de rythmer votre lecture !

En effet, si l’histoire aurait pu être un énième récit fantastique de sorcellerie, l’autrice nous propose un très efficace thriller fantastique qui nous plonge dans la vie de Nina, une femme qui possède, au bout des doigts, le pouvoir de guérir. Un pouvoir dont elle ne semble néanmoins pas mesurer toute l’étendue, mais aussi tout ce qu’il implique, jusqu’à ce qu’un événement dramatique la conduise sur les traces d’un passé trop longtemps ignoré.

J’ai adoré suivre Nina sur le chemin de la vérité, un chemin qui sera loin d’être un long fleuve tranquille puisqu’il sera parsemé d’embûches, de découvertes et d’une révélation fracassante ! À cet égard, j’ai été agréablement surprise de l’identité de la personne responsable des malheurs de Nina. J’ai craint, en début d’histoire, un antagoniste manichéen et stéréotypé agissant pour de vains motifs quand j’ai découvert un ennemi qui a bien su cacher son jeu et peaufiner des années durant son plan machiavélique. Je n’en dirai pas plus si ce n’est que la quête de pouvoir est un aphrodisiaque très fort qui pousse à bien de terribles exactions…

Chose intéressante, le grand méchant de l’histoire, qu’on ne peut que condamner, dégage néanmoins une fragilité dans le regard que le talent de l’illustratrice restitue à merveille. Cela ne le rend pas attachant, mais lui apporte une certaine humanité qui, pour ma part, m’a étrangement touchée, un peu comme si à travers les illustrations, on pouvait s’approprier son débat intérieur entre raison et sentiments, entre velléité de perpétrer ses ambitions et culpabilité devant une trahison injustifiable et impardonnable !

Si j’ai trouvé le rythme de ce thriller haletant et la tension constante au point de me pousser à tourner les pages avec avidité, j’ai regretté que nous soit proposé un one-shot plutôt qu’une duologie. À la fin de ma lecture, j’ai ainsi eu le sentiment qu’il y aurait eu matière à approfondir la mythologie liée aux pouvoirs de Nina autour desquels flotte un certain flou. J’aurais également apprécié d’en apprendre plus sur une société secrète liée étroitement à la vie et au destin de Nina ainsi que sur un homme magnétique qui ne laissera pas la jeune femme indifférente.

Ce personnage introduit beaucoup de mystère, mais j’avoue avoir été quelque peu surprise et décontenancée par ce qui va se passer entre lui et Nina au regard du drame vécu par cette dernière… Mais je reconnais que c’est plus là un jugement de valeur de ma part qu’une quelconque critique sur le déroulé de l’histoire d’autant que chacun réagit à sa manière devant une épreuve.

J’ai, en revanche, apprécié le rôle de la meilleure amie dont le côté léger et libertin cache une femme de caractère et d’action bien décidée à aider Nina à se relever du drame qu’elle traverse. Ses interventions m’ont parfois semblé un peu brutales, moi qui suis plutôt une adepte de la douceur et de l’empathie, mais vu les circonstances, difficile de le lui reprocher. J’ai également trouvé Chloé d’une fidélité à toute épreuve surtout si l’on considère le manque de transparence de Nina qui, par crainte du rejet, ne s’est jamais confiée sur ses dons surnaturels…

Cette peur du rejet explique peut-être la raison pour laquelle Nina n’a pas essayé d’en apprendre plus sur ses pouvoirs, se contenant de les avoir en elle avant que les circonstances l’obligent à remonter les sources d’un don de guérison qui s’apparente parfois à une malédiction. Cette BD pose d’ailleurs, comme son titre le laisse supposer, une réflexion intéressante sur la notion d’héritage. Doit-on forcément accepter un destin imposé par sa filiation ou ne peut-on pas le reconnaître tout en décidant de choisir sa propre voie ? Chacun se fera sa propre opinion, mais ce qui est certain, c’est que Nina n’aura pas d’autre choix que de répondre à cette question en mesure de changer sa vie à jamais !

En conclusion, Héritages est un thriller fantastique particulièrement bien mené qui, en plus d’interroger la notion d’héritage, un fardeau autant qu’une force, nous plonge dans la vie d’une femme aux dons surnaturels qu’elle va devoir, plus que jamais, s’approprier afin de faire face à de terrifiantes révélations et d’être en pleine mesure de choisir son futur. Une enquête palpitante, entre ombre et lumière, sur les traces d’un héritage familial lourd de conséquences… Mon seul bémol est cette impression que si la fin conclut bien l’histoire, elle a, du moins pour moi, des allures de commencement même si je comprends que l’autrice ait préféré se concentrer sur le choix de Nina, et les circonstances l’ayant conduite à le prendre, que sur l’après.

Ivy Wilde, tome 1 : Quand fainéantise rime avec magie, Helen Harper

Quand fainéantise rime avec magie: Ivy Wilde, T1 par [Helen Harper ]

Bon, soyons clairs : Ivy Wilde n’est pas une héroïne. C’est même la dernière personne que vous contacteriez si vous aviez besoin d’une aide magique, malgré ses talents. Si ça ne tenait qu’à elle, Ivy passerait ses journées affalée dans le canapé, devant la télé, paquets de chips en main, à papoter avec son familier félin jusqu’à ce que mort s’en suive. Mais quand elle se retrouve victime d’une erreur d’identité, elle est embarquée malgré elle à la Branche Arcane, le département d’investigation de l’Ordre Hermétique du Crépuscule d’Or. Les problèmes se multiplient quand un objet de valeur est volé au nez et à la barbe des représentants de l’Ordre ; et le fait d’être liée magiquement à l’Adeptus Exemptus Raphaël Winter ne fait qu’empirer la situation. Il a peut-être un regard couleur saphir et le corps d’un mannequin maillot de bain, mais pour Ivy, il représente tout ce qu’il y a de soporifique dans le boulot de sorcier. Et s’il l’oblige à retourner à la salle de sport, juré, elle le transforme en crapaud

MxM Bookmark (26 novembre 2018) – 344 pages – Broché (18€ ) – Ebook ( 5,99€)

AVIS

En pleine frénésie de fantasy urbaine, je me suis attaquée à ce roman dont la sublime couverture n’avait pas manqué d’attirer mon attention.

Ivy a été expulsée de l’Ordre, il y a maintenant quelques années… Pas traumatisée pour un sou, elle s’est donc forgé une vie à son image : cool et sans pression. Bon, il est vrai que son métier de chauffeur de taxi n’est pas toujours de tout repos, mais elle compense les aléas du métier par de longs tête-à-tête avec son canapé et des soirées endiablées avec sa télé. Mais parce que toutes les bonnes choses ont une fin, elle se retrouve, par un malheureux concours de circonstances, liée par magie à un membre de l’Ordre peu souriant et surtout, ô malheur, extrêmement travailleur !

Enfer et damnation, la voilà contrainte de l’épauler dans son travail jusqu’à ce que les effets du sort ne soient plus qu’un lointain et douloureux souvenir… Si Ivy se revendique fainéante et est partisane de la politique du moindre effort, au fil du roman, on s’aperçoit que les choses sont bien plus complexes qu’il n’y paraît et que la jeune femme est loin d’être le boulet qu’elle prétend être. Attendez-vous donc à découvrir une femme forte qui, sous couvert d’un amour immodéré pour les siestes, se révèle intuitive, pleine de surprises et très talentueuse sans oublier plutôt amusante puisqu’elle n’hésite jamais à dire, avec humour, le fond de sa pensée. On saluera également sa propension à élaborer des hypothèses parfois farfelues à partir d’un détail vestimentaire… Bref, un sacré personnage !

Un constat que Winter va très vite faire. Sa rencontre avec Ivy ne s’étant pas particulièrement bien déroulée, il se forge, dans un premier temps, une très mauvaise image de la jeune femme. Néanmoins, intelligent et bien plus gentil que son sérieux ne le laisse présager, il ne reste pas sur ses a priori et essaie de voir derrière les apparences… Il comprend ainsi rapidement que l’image de fainéante désinvolte et peu douée que veut ardemment se donner Ivy est bien loin de la vérité.

Les interactions entre les deux protagonistes sont plutôt amusantes : Ivy adore le taquiner et Winter, faisant progressivement tomber son masque d’impassibilité, ne manque pas non plus de répartie… De leur collaboration forcée naît donc une certaine complicité, voire un peu plus puisqu’un petit jeu de séduction s’instaure progressivement entre eux. Leur complémentarité s’impose également aux lecteurs : quand Winter se montre analytique et procédurier, Ivy compte sur ses intuitions et ses capacités magiques qu’elle a, d’ailleurs, de plus en plus de mal à cacher…

Les deux sorciers collaborent donc main dans la main pour démasquer le responsable d’un vol avant de comprendre que l’affaire est peut-être plus sérieuse qu’il n’y paraît. L’enquête est intéressante et nous permet d’entrer de plain-pied dans les rouages de l’Ordre, une institution qui n’est pas exempte de défauts et de fruits pourris, mais qui n’est pas aussi obsolète qu’aime à le penser Ivy. Il faut dire qu’ayant eu maille à partir avec l’Ordre par le passé, elle n’est peut-être pas la plus objective comme n’hésite pas à lui prouver, avec un certain tact, Winter…

En plus de ce duo plein de charme qui fonctionne à merveille, l’autrice a introduit un personnage qui aurait dû me faire fondre, Brutus, un chat qui parle, ou du moins, qui peut énoncer quelques mots. Je ne me suis malheureusement pas attachée à ce dernier, peut-être parce que le voir ponctuer la plupart de ses interventions par « connasse » ne m’a pas vraiment amusée ni même fait sourire. Toutefois, la fin du roman me laisse entrevoir une évolution de mon ressenti sur ce chat qui, je l’espère, se révélera plus attachant et intéressant dans la suite de l’aventure.

Quant à la plume de l’autrice, elle se révèle efficace et fluide. On est vraiment dans une histoire légère et divertissante, ce qui se traduit par une certaine simplicité dans la narration, mais aussi beaucoup de dynamisme et de rythme dans le récit. Le roman se lit donc d’une traite et permet de se vider l’esprit auprès de deux personnages auxquels on s’attache beaucoup et dont on espère que l’attirance qu’ils semblent ressentir l’un pour l’autre débouchera sur une jolie relation.

En conclusion, si vous avez envie d’un roman de fantasy urbaine léger et facile à lire, Ivy Wilde est fait pour vous. L’univers n’est peut-être pas développé outre mesure, mais il y de la magie, de l’action, du mystère, du suspense et des protagonistes complémentaires dont on suit avec délectation les échanges toujours pleins d’humour. Je retrouverai donc avec plaisir la truculente et amusante Ivy dans ses autres aventures en espérant que sa complicité avec le beau Winter soit toujours aussi palpable et se mue en quelque chose de plus profond.

Retrouvez le roman sur le site des éditions MxM Bookmark.

Les nouvelles aventures de Sabrina : l’heure des sorcières, Sarah Rees Brennan

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Ce prequel exclusif révèle une facette de Sabrina que vous n’avez pas découverte dans la nouvelle série NETFLIX. Quelle décision prendra Sabrina… et fera-t-elle le bon choix ?
L’été précédant son seizième anniversaire, Sabrina Spellman sait que sa vie est sur le point de basculer. Elle a toujours étudié la magie avec ses tantes, Hilda et Zelda, mais en parallèle, elle vit aussi une vie banale  : lycéenne à Baxter High, elle passe son temps avec ses meilleures amies Susie et Roz ou au cinéma avec Harvey Kinkle.
Désormais, ses jours dans le monde normal sont comptés.
Quitter Roz, Susie et Harvey se révèle plus difficile que Sabrina ne le pensait, d’autant plus qu’elle n’est pas sûre des sentiments d’Harvey à son égard. Son cousin Ambrose lui suggère de jeter un sort à son petit ami pour découvrir ce qu’il ressent vraiment, mais un esprit des bois interfère, et le sort se retourne contre elle.
Sabrina a toujours été attirée par ses pouvoirs de sorcière, mais pour la première fois, elle se demande s’ils lui font emprunter le mauvais chemin. Renoncera-t-elle au chemin de la lumière  ? Choisira-t-elle le chemin des ténèbres  ?

Hachette Romans (10 juillet 2019) – 270 pages – Broché (14,90€) – Ebook (4,99€)
Traduction : Charlotte Faraday

AVIS

Grande fan de la série originale, je me suis jetée sur le reboot proposé par Netflix que j’ai apprécié notamment pour son côté assez sombre. Un aspect que l’on retrouve dans ce prequel puisque loin du caractère un peu nunuche de la série de la fin des années 90, on parle ici de Seigneur Obscur, d’allégeance au diable, de meurtres en famille pour se passer les nerfs, de magie noire, de démons… C’est donc dans un environnement particulier que Sabrina, jeune sorcière allant sur ses seize ans, évolue…

Orpheline, elle a été élevée par ses tantes Helda et Zelda, l’une figure maternelle par excellence, l’autre figure satanique par vocation. Dans la maisonnée des Spellman vit également Ambrose, le cousin assigné à résidence suite à un crime commis il y a de nombreuses années. Une famille peu banale qui suscite de la méfiance à Greendale, ce qui n’a pas empêché Sabrina de se lier d’amitié, dès son enfance, avec Rozie, Susie et Harvey. Si j’ai toujours trouvé Harvey fade, Sabrina l’a, quant à elle, tout de suite profondément aimé. Un amour réciproque, le cœur du jeune homme n’ayant jamais battu que pour elle !

Néanmoins, la jeune sorcière doute. Est-ce que ce garçon auquel elle voue une tendre passion l’aime vraiment ? Sorcière, adolescence, doutes, cousin facétieux… Vous sentez venir la catastrophe ? Sur les conseils plus ou moins avisés de son cousin, Sabrina lance un sort à Harvey pour s’assurer de ses sentiments à son égard. Peut-être pas la meilleure idée… Sabrina va ainsi devoir affronter certaines questions notamment sur son futur tout en faisant face aux conséquences de ses actes inconsidérés. 

J’ai adoré la présence d’une créature de la mythologie slave que l’on a peu l’occasion de voir dans la littérature fantastique alors qu’elle se révèle effrayante à souhait. De la même manière, j’ai apprécié que l’on creuse plus profondément les doutes de Sabrina quant à sa vie future. En embrassant sa vie de sorcière, ne risque-t-elle pas de se couper de son ancienne vie d’humaine, de ses amies et de son petit ami qu’elle aime tant ? Une situation intolérable pour la jeune fille qui n’aspire qu’à mener de front sa vie d’humaine et de sorcière, et ainsi trouver un équilibre entre normalité et sorcellerie/diablerie.

La relation Harvey/Sabrina ne m’a pas particulièrement touchée, mais elle ancre la jeune sorcière dans la réalité en lui donnant un côté « adolescente comme les autres » avec ses propres peines de cœur. Cette histoire d’amour contrariée possède également un petit aspect Roméo et Juliette qui pourra plaire à certaines personnes… En plus de la relation entre ces deux personnages, l’autrice met à nu les liens profonds unissant Sabrina, Harvey et leurs amies d’enfance ainsi que les grandes caractéristiques de chacun bien que l’on reste en surface des choses en ce qui concerne Rozie et Susie. L’amitié est donc une valeur prépondérante dans ce prequel tout comme les liens familiaux.

J’ai ainsi adoré explorer la relation entre Ambrose et Sabrina qui s’adorent, mais qui vont être confrontés à des non-dits et autres malentendus. Complices, ils sauront vous émouvoir par les liens forts qu’ils ont développés au fil des années passées à s’entraider, à se chamailler et à comploter. Deux personnages très différents, mais aussi intéressants l’un que l’autre : Sabrina est déterminée, courageuse, optimiste et attachante quand Ambrose possède un charisme presque animal et une aura de mystère et de danger qui le rendent intrigant.

J’ai passé un bon moment de divertissement avec ce tome qui aurait toutefois gagné à être mis en valeur par une écriture un peu plus élégante bien que je reconnaisse que le style de l’autrice colle parfaitement à l’ambiance de la série. Je n’ai d’ailleurs eu aucun mal à visualiser les personnages, les décors et les enjeux de l’intrigue. La seule chose qui a légèrement terni ma lecture est le fait d’avoir déjà vu la série et donc de m’être sentie détachée vis-à-vis de certaines déclarations sachant pertinemment comment les choses allaient évoluer.

En résumé, rapide à lire grâce à une narration alternée apportant beaucoup de dynamisme, ce roman est un excellent moyen de retrouver l’ambiance de la série Netflix et de prolonger le plaisir de suivre Sabrina et ses amis dans un univers sombre où sorciers et humains ne sont pas destinés à vivre ensemble. Cela peut-être également une manière rapide de se lancer dans les nouvelles aventures de Sabrina, une jeune sorcière plutôt douée pour se mettre dans des situations infernales. Les amateurs d’histoires de sorcières, d’amitiés et de famille devraient apprécier ce roman rythmé qui leur ouvre la porte d’un monde plein de dangers et de forces obscures !

 

 

L’Envoûtante, Marieke Aucante

L’image contient peut-être : texte

Je remercie les éditions De Borée de m’avoir permis de découvrir L’Envoûtante de Marieke Aucante.

A noter que si le livre est une fiction, il est basé sur un sordide fait divers.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Eugénie a 26 ans quand elle revient sur les terres familiales. Fille et petit-fille de sorcière, Eugénie a grandi en orphelinat après la mort précoce de ses parents dans des circonstances qu’elle était trop petite pour comprendre. Elle rencontre Lucas, le chauffeur du châtelain du village, dont elle tombe amoureuse. Avec lui, un avenir radieux s’annonce. Pourtant, Eugénie découvre qu’elle a hérité des dons de ses aïeules : mais comment mener une existence normale avec un tel héritage familial ?

  • Broché: 207 pages
  • Editeur : Editions De Borée (19 avril 2018)
  • Prix : 17.90€
  • Autre format : ebook

AVIS

Je dois avouer que c’est d’abord la très belle couverture de ce roman qui m’a attirée. J’ai immédiatement été intriguée par cette femme qui, comme un arbre, semble fermement ancrée dans la terre. Le résumé a fini de me convaincre de lire cet ouvrage ayant toujours aimé les histoires de sorcière. J’ai néanmoins été assez déstabilisée par cette histoire qui s’est éloignée de la trame que je m’étais imaginée.

Cela s’explique par le résumé qui n’est pas faux en soi, mais qui tend, à mon sens, à insister sur des éléments qui ne sont finalement pas au cœur des choses. Certes, il y a de la sorcellerie et une petite pointe de romance, mais le roman est avant tout un roman de vie, celui d’Eugénie, une fille et petite-fille de sorcière, qui revient dans son village natal après un drame familial.

Alors qu’on aurait pu s’attendre à découvrir son retour et la manière dont se déroulent les choses pour la jeune femme de vingt-six ans, l’auteure a fait le choix de narrer principalement son passé mêlé à quelques bribes de son présent. En plus de créer une coupure dans la narration et de dynamiser le récit, cette alternance passé/présent amène un certain suspense que j’ai, pour ma part, beaucoup aimé.

On sait ainsi qu’Eugénie a perdu ses parents, mais on ne découvre les raisons de ce drame que tardivement, Marieke Aucante préférant n’y faire que de subtiles allusions à travers, notamment, des métaphores ou du moins, des images qui prendront tout leur sens une fois l’histoire terminée. Il en résulte une forme d’oppression et de tension à l’image de celle que l’on devine presque s’échapper par tous les pores de la ferme familiale dans laquelle a grandi la jeune femme… Car, des souvenirs d’Eugénie, on finit par deviner que l’auteure déploie sous nos yeux, couche après couche, le terreau du drame.

Eugénie a ainsi vécu de bons moments dans la ferme familiale auprès d’une mère qu’elle avait parfois du mal à comprendre mais qu’elle aimait, d’un père plutôt gentil et dont elle était assez proche, de ses deux frères et de sa grand-mère sorcière. Mais la vie à la ferme était dure, entre conditions de vie et de travail peu épanouissantes et une grand-mère qui, au fil des pages, se montre de plus en plus inquiétante. Alors que l’on sent d’abord une certaine complicité entre Eugénie et sa sorcière de mamie, qui a manifestement choisi la jeune fille comme successeur, les relations semblent, petit à petit, se fissurer et les liens se distendre…

Cela est en partie dû aux préjugés des gens qui vont pousser le père d’Eugénie à une certaine défiance vis-à-vis de sa belle-mère l’accusant de tous les malheurs de la maisonnée. Mais cela s’explique également par le comportement de cette sorcière qui, au début bienfaisante, semble petit à petit devenir plus sombre, plus violente et vindicative jusqu’à tomber dans une sorte de folie. Alors qu’Eugénie et les lecteurs sont, dans un premier temps, charmés par cette vieille femme qui sait tirer parti des richesses de la nature et apprivoiser les animaux, on finit par la craindre et penser, comme le père d’Eugénie, que son départ pourrait être une bonne chose… La seule question restant en suspens est de savoir si la méfiance suscitée par la grand-mère a créé son changement de comportement ou si son comportement n’est que le reflet de sa profonde nature ? Pour ma part, j’ai mon avis sur la question, mais je ne doute pas que chacun puisse avoir sa propre interprétation des événements.

En ce qui concerne la sorcellerie, nous ne sommes pas ici dans un roman de type Harry Potter, mais plus dans l’idée d’une sorcellerie liée à la nature avec une observation omniprésente de la faune et de la flore. Point donc de sortilèges lancés avec une baguette magique ou élaborés dans un grand chaudron noir ! D’ailleurs, cartésienne dans l’âme, je n’ai pas forcément été convaincue que le « don » familial soit réellement magique même si certains passages demeurent troublants. Dans tous les cas, j’ai apprécié la vision de la sorcellerie défendue par l’auteure puisqu’elle sied à merveille à l’atmosphère de ce livre. On y retrouve ainsi les peurs qui sévissaient dans les campagnes d’autrefois, ces craintes mêlées de religion et de superstition. Je dis les campagnes d’autrefois, mais certaines idées m’ont rappelé celles toujours présentes dans le village de ma grand-mère, il y a encore vingt ans. Les superstitions et les peurs ancestrales ancrées dans la mémoire collective ont la vie dure…

Quant à la fin, aussi abrupte que logique par certains aspects, elle a ce côté aigre-doux qui pourrait résumer la vie d’Eugénie, une fille de sorcière et de petite-sorcière qui aurait préféré avoir une mamie gâteau qu’une mamie qui parle aux crapauds. Selon l’expression populaire, on ne choisit pas sa famille, mais peut-on choisir de suivre ou non ce qu’elle nous a légué, parfois bien malgré nous ? Une question qui, de nouveau, est sujette à débat…

Enfin, si le roman m’a déstabilisée, car je ne m’étais pas attendue à ce que l’auteure aborde son histoire de cette manière, j’ai fortement apprécié sa plume. Elle manie à merveille les images et les mots pour nous plonger dans un récit à la fois empreint d’une naïveté toute juvénile, et d’une grande dureté. Un décalage qui rend la narration prenante et qui permet de ressentir en son for intérieur le virage dramatique que prend progressivement l’enfance de notre protagoniste.

Cependant, si le langage est beau et que l’on sent un sens du phrasé quasi inné, il se dégage du roman une certaine langueur, voire lenteur, qui pourrait déplaire aux amateurs de récits menés tambour battant. Je leur déconseillerais donc cette lecture sauf à vouloir sortir de leur zone de confort. Je confierais plutôt le roman aux lecteurs appréciant les plumes immersives prenant le temps de raconter la vie peu banale d’une fille qui aurait souhaité être normale.

En conclusion, teinté de sorcellerie et d’une pointe de romance, l’auteure ne nous propose pas ici la recette d’une potion magique, mais le récit d’une jeune femme qui, de retour dans sa ville natale, retrace sa propre histoire afin, peut-être, d’oublier les drames du passé et construire son avenir. Alternant entre douleur et joie, espoir et désespoir, ombre et lumière, douceur et violence, nul doute que la vie d’Eugénie ne devrait pas vous laisser indifférent.

Et vous, envie de découvrir L’Envoûtante ? Découvrez le roman sur la boutique des édition De Borée.