La vache bizarre, Jean-Baptiste de Panafieu et Caroline Picard

Couverture de La Vache bizarre par Jean-Baptiste de Panafieu et Caroline Picard

Une vache bizarre, un singe curieux et une histoire éléphantesque ! Cet album, plein d’humour, ravira les amoureux des grandes bêtes, qu’elles soient vaches ou éléphants. La lecture permettra la découverte, pour les plus petits, de deux grands mammifères fascinants.

Lucca Éditions (13 octobre 2021) – 28 pages – 12€

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In My Mailbox #234 : une offre inratable, de la jeunesse, de la fantasy…

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« In My Mailbox a été mis en place par Kristi du blog The Story Siren et inspiré par Alea du blog Pop Culture Junkie. C’est un moyen de partager les livres reçus chaque semaine dans notre boîte aux lettres ainsi que les livres achetés ou empruntés à la bibliothèque. Les liens pour les participants francophones sont regroupés sur Accrocdeslivres. » Lire la suite

In My Mailbox #233 : romans, beau livre, BD…

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Tambaqui, tome 1 : Naissance d’une nation, Sébastien Habel Blais

Couverture Tambaqui, tome 1 : Naissance d'une nation

Chaque royaume possède son histoire. Sa chronologie. Ses héros. Mais surtout, ses fondateurs. Comment naît une nation, en fait? Voilà ce que découvriront des exilées de la Grande-Britonie. Elles trouveront refuge dans la jungle, où triomphent les règnes animal et végétal. Sur ce territoire hostile, elles tenteront d’établir une communauté amazone, Tambaqui. Survivront-elles sans l’aide des hommes? Sauront-elles protéger leurs futures héritières des mains de la civilisation quand cette dernière aura vent de leur existence?D’un tome à l’autre, vous vivrez les épreuves sanglantes de Tambaqui à travers ses ères. Mais d’abord, débutons par sa création, la période la plus vulnérable d’une nation.

Sébastien Habel Blais (20 mars 2021) – 576 pages – Broché (17,94€) – Ebook (5,04€)
Couverture : Samir Guessab

AVIS

Attirée par la couverture et intriguée par le résumé, j’ai accepté avec plaisir la proposition de l’auteur de découvrir son roman de presque 600 pages. Et je dois dire que je ne le regrette nullement, ayant été captivée de la première à la dernière ligne par l’histoire de ces quelques femmes qui, lasses d’être sous le joug des hommes et révoltées par leurs conditions, décident de prendre leur destin en main. Et pour ce faire, elles ne reculent devant rien, ni le vol, ni le meurtre ! Après une situation délicate de laquelle la plupart réchappent, elles finissent par s’enfoncer dans la jungle et bâtir le fondement d’une nation créée par et pour les femmes : Tambaqui. Un nom dont l’origine peut prêter à sourire, mais qui marque le début d’une longue aventure riche en péripéties et en dangers.

L’idée d’une société de femmes vivant en autarcie n’est pas nouvelle en soi, mais j’ai apprécié la manière dont l’auteur nous narre l’exil de ces femmes qui décident qu’elles seront dorénavant les seules maîtresses de leur vie et de leur destin. Exit le père autoritaire, le mari violent, et tous ces hommes qui dominent, brutalisent et briment les femmes comme si elles n’avaient pas de volonté propre, ou n’étaient pas capables d’ambition. Or, Helvetia, Hasda, Mahdie, Aïcha et Xaverine vont nous prouver, au fil des pages, qu’elles savent parfaitement planifier, construire, se défendre, apprendre de leur environnement et en tirer parti… Très différentes les unes des autres, chacune va développer ses propres forces et travailler à la construction d’une société matriarcale basée sur l’entraide, la transmission entre générations, la solidarité, le travail, le respect et l’écoute.

Helvetia, devenue la reine de cette jeune nation, va découvrir la difficulté de concilier au mieux les souhaits et les attentes de chacune, tout en assurant la protection d’une communauté qui a grandi au fil des mois et des ans, au gré des rares rencontres avec des hommes des tribus locales. Mission ardue, voire impossible à mesure que les difficultés se multiplient et que les dangers mettent en péril l’avenir de Tambaqui. Entre les tensions internes, les mensonges des unes et des autres, les rivalités, l’égoïsme de certaines bien loin de l’idéal de solidarité défendu par la reine, le besoin d’indépendance et l’esprit de découverte des plus jeunes, et la menace des hommes de la ville, la vie à Tambaqui va prendre une tournure inattendue, si ce n’est dramatique. 

Devant ce groupe qui va connaître bien des déboires, j’ai souvent retenu mon souffle, l’auteur n’épargnant ni ses personnages ni ses lecteurs. Attendez-vous donc à des scènes assez difficiles d’autant que très immersives ! Pour ma part, je n’ai pas réussi à détacher mes yeux du roman, désirant tout connaître du sort de ces femmes que l’on finit par apprendre à connaître, mais pas toujours à apprécier. Ainsi, si l’on ne peut qu’approuver les idéaux de liberté derrière la naissance de Tambaqui, certaines décisions du groupe m’ont saisie d’effroi, comme la manière dont les matriarches veillent à ce que le groupe reste 100% féminin. Je dois également avouer avoir été choquée par cette mère qui oblige sa fille à s’accoupler pour engendrer une fille, après avoir tué le bébé mâle qu’elle venait de mettre au monde. Un exemple de la cruauté et de la brutalité que vous trouverez dans ce roman, qui nous prouve que la ligne entre le bien et le mal peut-être aisément franchi, a fortiori quand l’on est dans une optique de survie.

Ainsi, un peu à la manière des séries comme Les 100, dont on retrouve ici le côté très addictif, la survie est au centre des préoccupations des Tambaquiennes qui, après une relative paix, doivent sortir les armes, et apprendre la douleur du deuil. Une blessure que les matriarches du groupe connaissaient déjà, mais que les plus jeunes vont découvrir. Les réactions des enfants devant la mort m’a d’ailleurs assez déstabilisée, et laissent craindre de nouvelles difficultés pour le groupe dans le futur. Elles soulèvent également quelques questions quant à l’éducation en vase clos dispensée par les matriarches et les conséquences de leur intransigeance. Entre ne plus se laisser dominer, à juste titre, par les hommes et ne voir en eux que des géniteurs qu’il faut détruire s’ils osent entrer dans leur sanctuaire, n’y aurait-il pas un juste milieu ? Un juste milieu qu’une des enfants du groupe semble découvrir par un concours de circonstances et la lâcheté de l’une des femmes du groupe…

Je ne vais pas évoquer les personnages dans le détail, mais en plus de la reine qui marque par sa sincère dévotion envers les siennes et sa capacité à avoir une vision sur le long terme, et d’une femme ayant des dons de médium que j’aurais adoré voir un peu plus exploités, une femme se démarque du lot. En apparence lâche, égoïste et menteuse, on réalise que sa personnalité est bien plus complexe qu’il n’y paraît. Il serait aisé de la considérer comme simplement mauvaise, mais l’auteur a réalisé un très bon travail sur sa psychologie qui montre jusqu’où quelqu’un peut aller pour survivre. Je n’excuse aucun de ses gestes, je l’ai trouvée méprisable, abjecte, et elle m’a bien souvent dégoûtée, mais elle n’en demeure pas moins capable d’émotions et de remords. Jamais toutefois au point de se mettre en danger.

Une « méchante », tout en subtilité, qui cristallise un peu les limites d’une société bâtie sur des idéaux se confrontant à une dure réalité : homme ou femme, chaque être humain est capable de duperie et de violence. Elle ne sera d’ailleurs pas la seule à faire passer ses propres intérêts avant celle des autres, bien qu’elle n’ait elle pas l’excuse de l’âge contrairement à d’autres. À cet égard, l’auteur se montre assez audacieux dans la mesure où contrairement à l’image de naïveté que l’on associe volontiers aux enfants, les fillettes de ce roman sont assez particulières. Certaines m’ont franchement agacée par leur égoïsme et les risques inconsidérés qu’elles prennent, quand d’autres m’ont inquiétée par leur goût prononcé pour le sang et la violence. J’aurais envie de dire que vu le contexte et leur jeune âge, ça peut se comprendre, mais je n’en suis pas si certaine que cela…

En résumé, avec ce roman, l’auteur nous propose de suivre des personnages féminins forts qui ne nous semblent jamais lisses ou consensuels. Ces femmes sont éprises de liberté et leur reine souhaite inscrire leur jeune nation dans l’Histoire, mais pour ce faire, elles sont prêtes à agir avec la même brutalité et le manque d’humanité de ces hommes dont elles ont voulu s’émanciper. La fin justifie-t-elle les moyens ? Chacun répondra à cette question selon ses propres convictions. Pour ma part, je n’ai pas approuvé toutes les actions de notre groupe, mais j’ai été fascinée par ses péripéties, cette société matriarcale développée dans le sang et la sueur par des femmes de conviction prêtes à tout pour la défendre, et cette aura de danger omnisciente qui nous laisse toujours sur le qui-vive quant au devenir de Tambanqui. Entre les dangers, les luttes contre des ennemis de l’extérieur et de l’intérieur, vous ne devriez pas voir le temps passer, d’autant que la plume de l’auteur, tout en finesse et en fluidité, vous assurera une lecture aussi intense qu’immersive ! Âmes sensibles s’abstenir, mais que les autres n’hésitent pas à assister à la fascinante naissance d’une nation pas comme les autres…

Je remercie l’auteur de m’avoir envoyé son roman, disponible sur Amazon, en échange de mon avis.

Le royaume des brumes, Federico Saggio

Couverture Sigurd, tome 2 : Le royaume des brumes

Tenu de respecter le serment que les Dieux lui ont arraché – sous peine de sombrer dans la folie, c’est la mort dans l’âme que Sigurd se lance dans une quête qui l’entraînera au plus profond du Royaume des Brumes, sous la quatrième branche d’Yggdrasil, pour y affronter le Dragon Fafnìr et lui dérober l’Or maudit des Nibelungen.Mais au gré de ses voyages, il a contracté bien d’autres serments, dont les fils s’entremêlent, se resserrent peu à peu, jusqu’à le faire suffoquer. Comment tous les respecter, et ainsi préserver intact un honneur si facile à bafouer ?La destinée est capricieuse, et Sigurd aura fort à faire pour se soustraire aux dangers qui jalonneront sa route. Peut-être le véritable défi, plus mortel encore que le Dragon, est-il de survivre à la folie et à l’ambition des Hommes… Au moins, cerné des loups, sait-on clairement quelles sont leurs intentions.

Auto-édition (13 août 2020) – 224 pages – Broché (14,99€) – Ebook (5,99€)

AVIS

Le Royaume des Brumes est la suite de Sigurd.

Ayant adoré le premier tome de la duologie, c’est avec beaucoup d’enthousiasme que je me suis plongée dans cette suite qui nous présente une version bien plus humaine et vulnérable de Sigurd. Amputé de certains de ses souvenirs, le voilà enfermé dans une vie qui ne lui sied guère auprès d’une femme fourbe et possessive appréciant plus l’idée d’avoir un mari de sa stature que le mari en lui-même ! Mais comment le fier et fort Sigurd, bras armé des Dieux, est-il tombé aussi bas ? Pourquoi ne réagit-il pas avec plus de véhémence afin de se libérer d’une vie qu’aucun homme sain d’esprit n’accepterait, a fortiori un homme de légende tel que lui ? Et quel est ce sentiment indicible de perte et de manque qui lui étreint le cœur et qui lui donne cette impression qu’en épousant une femme qu’il méprise, il a trahi la seule et unique femme qui possédait une quelconque valeur à ses yeux ?

Ces questions, je vous rassure, l’auteur y répond grâce à un jeu entre présent et passé : un présent dans lequel Sigurd n’est que l’ombre de lui-même, et un passé à la hauteur de ce descendant des Dieux qui ne craint personne. L’alternance entre les époques, d’une finesse caractéristique de la plume de l’auteur, fait tout le charme de ce roman puisqu’elle suscite une curiosité que l’on a grand hâte d’apaiser. À mesure que défilent les pages, on saisit toute l’ampleur du drame qui s’est joué sans que Sigurd n’ait réussi ni à l’anticiper ni à l’empêcher. Excès de confiance ? Preuve de la supériorité des Dieux sur les hommes ? Les deux probablement, car Sigurd ne semble pas avoir tiré les leçons de son histoire familiale, pensant pouvoir réussir là où ses parents avaient échoué. Et la punition divine est sans appel : cynique et brutale !

Au cœur d’un drame comme seules les divinités savent les créer, Sigurd représente, à son corps et cœur défendant, le symbole d’une lutte entre le libre arbitre et la fatalité, entre la liberté et un destin contre lequel il semble bien vain de s’opposer. N’est-il pas illusoire de penser que la volonté seule peut lutter contre le poids de forces surnaturelles qui prennent un plaisir sournois à manipuler et à châtier, à faire espérer avant de tout emporter ? Évidemment, nous sommes ici dans le domaine de la légende et de la mythologie avec une fatalité qui semble coller à la peau d’un personnage que les Dieux s’amusent à façonner selon leur bon vouloir. Mais le roman possède également une portée quasi philosophique : poids de l’héritage familial, complexité des relations père-fils (alternant entre haine et amour maladroit), liberté et sacrifices que l’on est prêt à consentir en son nom, richesse qui forme les solitudes, cycle immuable de la vie dont seule la mort peut nous délivrer à moins que, comme pour Sigurd, elle marque le commencement de tout…

Si j’ai apprécié le premier tome, j’ai eu un coup de cœur pour cette suite dans laquelle jamais mythologie et humanité n’auront autant été liées. En perdant cette cruauté qui le rendait parfois difficile à comprendre, Sigurd n’est pas devenu un modèle de gentillesse, mais un héros béni et honni par les Dieux, dont le destin nous tient à cœur. Sa détresse est devenue mienne, sa colère légitime m’a terrassée et sa détermination m’a frappée par sa force. Surprise, mais conquise par l’évolution du personnage, j’ai apprécié la manière dont l’auteur l’a amorcée tout au long de cette duologie, mais également la subtilité avec laquelle elle s’impose à nous.

Nous connaissions Sigurd froid, imbu de lui-même et implacable, nous le découvrons ici capable d’une certaine empathie et de reconnaître des liens avec un être qu’il a pourtant toujours détesté, mais nous le découvrons surtout prêt à faire le plus grand des sacrifices. Car en refusant de répéter ce qu’il a lui-même connu, il fait montre d’une noblesse d’âme surprenante qui l’enfermera à tout jamais dans la pire des tourmentes. Amour d’un père pour son enfant ou d’un homme pour son amante, richesse ou liberté, avec les Dieux, il faut toujours choisir, mais le résultat est rarement celui escompté et le cœur s’en retrouve bien souvent piétiné.

Poétiquement dramatique, ce roman l’est, la mythologie scandinave n’ayant rien à envier à la mythologie grecque, mais il se part également d’une dimension épique avec le voyage de Sigurd sur les traces de l’or maudit des Nibelungen et du dragon Fafnir. L’auteur nous retrace avec précision et un sens de l’immersion incontestable, les épreuves traversées par Sigurd qui acceptera que Mîme l’accompagne dans ses aventures. Bien que ce soit un ivrogne méprisable, le nain est également la seule figure paternelle que notre héros ait jamais connue. Alors si sa présence se révélera bien plus utile que prévu, elle sera surtout l’occasion pour l’auteur de creuser les liens père-fils et nous offrir une autre vision de la relation particulière unissant ces deux personnages, dont le destin a été lié par la volonté des Dieux.

Si Mîme nous a longtemps paru insignifiant, sa complexité nous frappe à mesure que l’on apprend à le connaître et que l’on découvre des bribes de son passé. Mais rien d’étonnant à cela si l’on considère que l’auteur ne tombe jamais dans le manichéisme avec cette duologie dont les personnages sont complexes et finement travaillés… Même le dragon Fafnir finira par susciter chez les lecteurs des sentiments ambivalents, ce dernier semblant autant le possesseur que le débiteur d’un trésor qui nous apparaît bien plus malédiction que bénédiction.

Quant à la plume de l’auteur, elle m’a de nouveau enchantée par sa finesse, et la manière dont elle alterne entre brutalité et poésie, nous saturant d’émotions et de sensations. On saluera également le travail sur le rythme autant au niveau de l’enchaînement des actions que de la structure des phrases et de leur découpage. J’ai également parfois eu l’impression que comme dans une œuvre musicale, le roman suivait un phrasé soulignant tantôt le tempo de la marche tantôt celui d’un cœur qui bat et qui se retrouve submergé par des émotions fortes et contradictoires… Une musicalité empreinte de lyrisme et digne de la légende de Sigurd !

Le Royaume des brumes conclut à merveille une duologie qui, en plus de nous offrir une aventure épique et humaine particulièrement immersive et haletante, pose un certain nombre de questions sur, entre autres, le poids de l’héritage familial, le libre arbitre et le destin. Mais c’est également une superbe plongée dans le monde cynique, brut et violent de la mythologie scandinave dans laquelle les Dieux semblent prendre un plaisir sournois à interférer avec la vie des hommes, a fortiori avec celle de l’un de leurs descendants. Parce qu’être issu d’une grande lignée, vous assure certes une grande destinée, mais pas vraiment la sérénité, Sigurd va devoir s’imposer dans un monde régi par des lois qu’il faut parfois faire voler en éclats avant de pourvoir s’en libérer !

Je remercie l’auteur de m’avoir envoyé son roman, que vous pouvez retrouver sur Amazon, en échange de mon avis.

In My Mailbox #166

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PAPIER

Couverture Simone Veil, la force d'une femmeCouverture Agnès GreyCouverture La gitane aux yeux bleus

Couverture Outsphere, tome 2 : Le réveil

EBOOK

A Pinch of Magic (English Edition) par [Michelle Harrison]Dans la lueur des ténèbres par [Patrick Schneckenburger]K.-O. Tome 1: Quand "émotion" rime avec "action"... par [Adriana Kritter]

Ms. Marvel Vol. 1: No Normal (Ms. Marvel Series) (English Edition) par [G. Willow Wilson, Sara Pichelli, Adrian Alphona]Doctor Strange Vol. 1: The Way of the Weird (Doctor Strange (2015-2018)) (English Edition) par [Jason Aaron, Chris Bachalo]Alpha (Premières Armes) - Tome 1 - Baptême du feu par [Emmanuel Herzet, Éric Loutte]

Vlad - Tome 1 - Igor, mon frère par [Yves Swolfs, Griffo]Croisade - tome 1 - Simoun Dja par [Dufaux, Xavier]Un Homme de Goût - Tome 1 - Mise en bouche par [El Diablo, Cha]

1855 - Tome 1 (LA FILLE DE L'EXPO UNIVERSELLE) par [Jack Manini, Etienne Willem]Les Chroniques de Corum T01 : Le Chevalier des épées par [Mike Baron, Mike Mignola]Lord Baltimore T01 : Quarantaine par [Mike Mignola, Anne Capuron, Dave Stewart]

Et vous, quelles sont les nouveautés de votre PAL ?

 

Un Pays Celtique, tome 1 : Le Grand Hiver, Delenn Harper

Je remercie Delenn Harper pour m’avoir proposé de découvrir le premier tome de sa trilogie Un Pays Celtique : Le Grand Hiver.

RÉSUMÉ

Vous avez toujours voulu être une Prêtresse d’Avalon? Accéder aux Mystères de la tradition des Celtes? Vous ressentez l’Appel de Déesse et vous vous demandez comment vivre une spiritualité celtique et païenne dans ce monde? Vous aurez les réponses à toutes vos questions dans la trilogie « Un Pays Celtique ».

Cette trilogie initiatique se passe dans un monde où l’Histoire a été réinventée. Dans cette Histoire, les Celtes n’ont pas perdu contre les Romains, et notre Histoire moderne en est complètement changée.. Par voie de conséquence notre Europe aussi.. C’est dans cette autre Europe que l’héroïne va voyager en Eurostar entre Paris et Britonnia, où cette nation celtique vit en toute indépendance dans une Union Européenne actuelle…

Auto-édition (septembre 2018) – 164 pages – 10,54€ (broché) – ebook disponible

AVIS

Commençons par les points qui n’ont pas pu me permettre d’apprécier ma lecture à 100% malgré ses atouts : la présence de coquilles, surtout en début de roman, et un style qui n’a pas su me convaincre en raison d’une certaine maladresse dans la construction des phrases. Ces deux problèmes ont gêné ma lecture ce qui est dommage, l’univers ne manquant pas d’intérêt… Toutefois, il est à noter que l’autrice a décidé de faire corriger son roman. 

L’autrice part ici d’une idée qui m’a d’emblée plu : une Bretagne coupée en deux, avec pour conséquences des évolutions culturelles, sociétales et linguistiques différentes. On a donc d’un côté, une Bretagne francisée et coupée de ses traditions, et de l’autre côté, Britonnia, un état indépendant en pleine Europe. Et c’est dans cette Bretagne que Lania est « conviée » à venir étudier. Après quelques recherches sur cette nation qui lui est étrangère, elle consent à intégrer l’école Avalonia, l’École des Mystères du Pays d’Été. Mais avait-elle de toute manière vraiment le choix, sa lignée ayant parlé pour elle. Lania n’est pas une étudiante lambda au sein de l’école, mais une étudiante de la déesse, un statut rare, envié et jalousé…

Dès son arrivée à Avalonia, notre héroïne est décontenancée par la somme d’informations qui lui est donnée, l’enseignement au sein de l’école étant très riche et dense. Cette profusion de données peut également déstabiliser les lecteurs d’autant qu’elle rend difficile leur assimilation. J’aurais ainsi préféré que le livre soit un peu plus long afin de gagner en fluidité. J’ai néanmoins trouvé que le fait d’avoir à intégrer cette masse d’informations en si peu de temps facilitait le rapprochement avec Lania qui est exactement dans la même situation que nous. C’est une toute nouvelle vie avec ses propres codes qui s’offre à elle, et qui dit nouveauté, dit temps d’adaptation.

Avalonia est une école prestigieuse dont l’enseignement diffère nettement du nôtre, ce qui n’est pas pour me déplaire. J’ai, en effet, d’emblée aimé la philosophie de cette école qui prône l’autonomie et la découverte de la connaissance par soi-même. Loin d’être dogmatique, l’enseignement dispensé permet à chacun de se faire ses propres opinions et de confronter ce qu’il a appris par le passé avec ce qu’il découvre. Sans réprouver les erreurs, il invite à les considérer comme une source puissante d’enseignement pour aller de l’avant. Des choses évidentes qui font tellement défaut dans notre système éducatif…

Mais ce que j’ai préféré, c’est découvrir aux côtés de Lania, des traditions et des coutumes qui m’étaient, pour la plupart, alors inconnues. Nous sont présentés, entre autres, les principes du druidisme, le respect du cycle des saisons, les différentes fêtes païennes, l’importance du spirituel et des mythes… Je ne vous cacherai pas que je suis loin d’avoir tout retenu, mais l’univers qui se dévoile à nous n’en demeure pas moins fascinant.

La vie ne se résumant pas à Avalonia, notre héroïne fait régulièrement des allers-retours à Paris, ceux-ci étant alors l’occasion pour elle de réfléchir et de mener un certain travail d’introspection. Même si ces passages m’ont parfois ennuyée, je reconnais qu’il est intéressant de voir progressivement le décalage se former entre Lania et sa famille, ses amis, et sa vie d’avant. Il faut dire que les enseignements reçus et les nouvelles connaissances acquises à Avalonia ne peuvent qu’impacter durablement sa vision de la vie et ses réactions.

Enfin, il y a un point qui m’a particulièrement plu dans ce récit, c’est la place donnée aux femmes que ce soit à travers les personnages ou les idées que l’on découvre au fil du récit. Bien que les traditions de Britonnia soient très anciennes, elles se révèlent résolument modernes quant au statut de la femme et de son indépendance notamment vis-à-vis des hommes. Alors que dans notre société, certains individus n’hésitent pas à enfermer les femmes dans un rôle précis une fois qu’elles se marient ou deviennent mères, ici, elles conservent ad vitam æternam leur liberté…

En conclusion, ne vous fiez pas à ses 160 pages, ce livre est dense, voire peut-être trop dense, une centaine de pages supplémentaires n’aurait pas été superflue pour permettre aux lecteurs d’assimiler tout ce que Lania découvre dans sa nouvelle vie à Avalonia. Cela ne m’a pas empêchée d’être intriguée par cet univers d’une grande richesse, et par toutes ces questions philosophiques soulevées tout au long du livre. Il est juste dommage que la présence de coquilles et de formulations un peu lourdes rendent la lecture parfois peu digeste. Je vous conseillerais donc d’attendre la version corrigée du livre avant de vous lancer, aux côtés de Lania, à l’assaut de ce monde celte et de ses passionnantes traditions.

Et vous, envie de feuilleter/découvrir le roman ?

Les cercles de l’éternité, Jean-Louis Ermine

Je remercie Jean-Louis Ermine de m’avoir permis de découvrir son roman, Les cercles de l’éternité.

QUATRIÈME DE COUVERTURE

Dans un monde en perdition, Laurie et Simon vont tout mettre en œuvre pour sauver l’humanité.

Dans un futur lointain, les hommes ont découvert le secret de l’éternité, mais cette invention a un prix. La personne qui choisit de suivre cette voie entre dans un processus inéluctable de dégénérescence, qui fait ressortir ses plus bas instincts. Le monde se divise alors, et se structure en « cercles », correspondant chacun à des stades de décadence plus ou moins avancés.
Face au déclin de l’humanité, le gouvernement cherche des solutions, et finit par retrouver la trace d’un mystérieux scientifique, dont les recherches sur l’immortalité auraient abouti. Laurie et Simon, deux marginaux que tout oppose, sont chargés de ramener le professeur et de redonner espoir aux habitants des cercles. Pour cela, ils devront s’aventurer au-delà des terres connues, là où la barbarie a tous les droits.
Une chasse impitoyable est lancée, et les entraînera dans une véritable traversée des enfers.
L’éternité leur réservera encore bien des secrets.

  • Éditeur : Publishroom (17 novembre 2017)
  • Nb pages : 167
  • Prix : 17 €
  • Autre format : ebook

AVIS

Lisant peu de livres de science-fiction, je dois admettre que c’est d’abord la couverture avec, entre autres, ce qui ressemble à une séquence d’ADN, qui a attiré mon attention. Elle a un côté énigmatique qui m’a donné envie de me plonger dans cette histoire où l’éternité devient une réalité.

Devenir éternel, n’est-ce pas un peu le rêve, conscient ou non, de chacun ou, du moins, de beaucoup d’entre nous ? Mais la vie et la mort étant intrinsèquement liées, quelles seraient les conséquences pour l’humanité de cette révolution quelque peu contre-nature ? Une question légitime que Jean-Louis Ermine exploite de manière prenante et particulièrement bien construite dans son roman.

L’auteur nous offre ici une vision assez pessimiste de l’éternité puisque les individus qui ont fait le choix de prendre des drogues d’éternité en paient le prix fort. Entrant dans un processus de dégénérescence, ils perdent, petit à petit, ce qui faisait d’eux des hommes et finissent par sombrer dans la violence. Le processus étant progressif, la société a donc fini par s’organiser en « cercles », chacun vivant dans le cercle correspondant à son état…

L’organisation sociétale créée et développée par l’auteur est, pour moi, l’un des points forts de ce roman. J’ai aimé cette idée d’une société divisée entre personnes refusant l’éternité et le lourd tribut à payer pour l’obtenir, et dégénérants qui ont sacrifié leur humanité au profit d’une longue vie. Je dis « longue vie », car difficile de parler d’éternité quand la brutalité peut vous rattraper à chaque instant et vous faire passer de vie à trépas… Les cercles, bien qu’ici il s’agisse d’une image, schématisent à merveille l’éloignement progressif des dégénérés avec le commun des mortels. C’est, en outre, assez intéressant de découvrir, même si ce n’est que très sommairement, les règles de fonctionnement et d’organisation inhérentes à chaque cercle d’autant que l’auteur se joue de ses personnages et des lecteurs. Vous découvrirez, en effet, que les apparences sont parfois trompeuses et que derrière des personnes à l’apparence soignée peut se cacher une effroyable et impitoyable brutalité…

Le roman se révèle intéressant par sa portée quasi philosophique parfois teintée de spiritualité et les thèmes qu’il aborde : la vie, la mort, l’essence même de ce qui fait de nous des hommes, les sacrifices que nous sommes prêts à faire pour accéder à l’éternité avec comme question sous-jacente : la fin justifie-t-elle les moyens ? Accéder à l’éternité justifie-t-il qu’en cours de route, nous en perdions notre humanité ? Cela finit par nous conduire à nous demander si dans notre propre monde, l’homme découvrira un jour comment accéder à l’éternité et le cas échéant, s’il arrivera à gérer cette nouvelle connaissance sans sombrer dans le chaos le plus total. En effet, la vie peut-elle et doit-elle vraiment se départir de la mort ? Des questions qui restent sans véritable réponse, mais que l’auteur arrive à soulever grâce à son récit porté par deux personnages aux personnalités diamétralement opposées, mais que le destin va finir par rapprocher.

Le lecteur fait ainsi la rencontre de deux marginaux, Laurie qui exècre les déviants et leur violence tout en travaillant à satisfaire leurs bas instincts contre de l’argent, et Simon, un ex-déviant que l’éternité a rejeté. Tous deux sont envoyés en mission pour ramener le professeur Soler qui s’est enfui au-delà des cercles afin de protéger ses découvertes relatives à l’éternité et à ses désastreuses conséquences sur les hommes. Cette mission, aux allures de missions kamikaze, va rapprocher ces deux personnes que tout oppose, et les pousser à développer une certaine complicité, ou du moins, une certaine complémentarité. À mesure de leur road-trip à travers les cercles, ils rencontreront moult dangers ce qui les contraindra à travailler main dans la main. Cette entraide deviendra d’ailleurs vite une question non pas d’affinité, mais de survie.

La question de la survie est au cœur de ce roman puisque les déviants sont tombés dans une telle violence que chaque rencontre menace la vie de nos deux héros « malgré eux ». Alors que le sort de l’humanité repose sur leurs épaules, Laurie et Simon sont ainsi confrontés à la bestialité de l’homme dépourvu de morale : déviants qui sous une belle apparence sont de véritables monstres, volonté de tuer par plaisir, « vampires »… Je ne donnerai pas plus de détails sur les différentes rencontres du duo sous peine de vous gâcher une partie de l’intrigue, mais je peux vous dire que l’un des groupes rencontrés m’a juste donné envie de vomir. Il faut dire que Les cercles de l’éternité, c’est un roman à la portée philosophique, mais à la violence bien concrète. Dès le début de l’histoire, l’auteur ne nous épargne pas et nous plonge dans une ambiance angoissante où le règne de la violence dicte sa loi. Alors si vous n’aimez pas le sang, les meurtres…, il est peut-être préférable de passer votre chemin.

Simon est un personnage qui n’est pas lui-même dénué de violence au point que certaines de ses actions m’ont un peu laissé interdite. Horribles en soi, il les fait avec un tel naturel et sans que sa conscience n’en soit affectée que cela donne le sentiment que les drogues d’éternité et son passé de déviant ont laissé quelques séquelles… À moins que cela ne m’ait perturbée parce que même en trouvant certaines de ses actions immondes, j’ai fini par presque comprendre son comportement. Rappelons que nous sommes dans une histoire de survie et que la survie ne s’encombre pas forcément d’humanisme… Simon fait donc ce qu’il a à faire sans tergiverser à l’inverse de Laurie qui semble, par bien des aspects, plus « humaine ». Alors que Simon se montre vite obnubilé par le professeur et ses découvertes, Laurie prend une certaine distance avec cette mission et toute cette violence à laquelle elle n’était pas préparée. Sans être foncièrement attachante, elle attire donc un peu plus la sympathie que Simon même si celui-ci finit par subrepticement évoluer…

Le roman étant court, moins de deux cents pages, il se lit très vite d’autant que sans s’encombrer de longues descriptions, l’auteur vous plonge dès les premières pages dans son récit. Sa plume vive et rythmée ainsi que l’enchaînement rapide des événements vous garantissent, quant à eux, une lecture qui ne laisse aucune place à l’ennui. Tout s’enchaîne cependant peut-être un peu trop vite ce qui donne parfois le sentiment d’un manque de profondeur dans l’intrigue ou les relations entre nos deux protagonistes… Par ailleurs, la traversée entre les cercles est tellement rapide que finalement, ils semblent nous réserver encore bien des secrets. Mais cela semble plutôt logique puisque le but de la mission de notre duo est de retrouver le professeur, et non d’explorer les cercles… En apprendre plus sur ces derniers aurait peut-être satisfait la curiosité des lecteurs, mais aurait probablement cassé le rythme du récit. De la même manière, le côté très scénaristique du récit fait que le manque d’approfondissement de certains aspects ne m’a pas dérangée outre mesure. Je dirais même que cela crée une certaine connivence avec les protagonistes qui, pris dans le feu de l’action, n’ont pas vraiment le temps de tergiverser. En tant que lectrice, et c’est assez rare pour que je le signale, j’ai fini par faire comme eux en prenant les choses comme elle venait, ce qui ne m’a pas empêchée de m’interroger sur l’éternité et ses conséquences sur l’humanité.

L’éternité, bénédiction ou malédiction ? Pour en juger, il ne vous reste plus qu’à vous plonger dans ce roman de science-fiction accessible à tous, l’auteur n’usant pas d’un vocable réservé aux aficionados du genre. À travers des descriptions concises mais terriblement efficaces, l’auteur vous immerge dans un récit où l’action soutient la réflexion et la réflexion se nourrit de l’action. Alors si vous avez envie de vous divertir tout en réfléchissant, je ne peux que vous conseiller ce roman.

Portrait de Ermine jean-louis

Source : Site Simplement

Page FB consacrée au livre – Compte FB de l’auteur

Envie de craquer pour Les cercles de l’éternité ? Rdv sur Amazon ou Publishroom.

 

Pediophobia : Poupées + enfants = peur, Marie Gallicher

Couverture Pediophobia

Je remercie Marie Gallicher de m’avoir permis de découvrir son roman, Pediophobia.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Doris Warmson, 8 ans en cette année 1984, a subi un choc : non seulement ses parents ne se contentent plus de se disputer en la laissant se retrancher derrière la porte de sa chambre avec ses jouets, la télé et son chien Sam mais encore sa mère, June, lui annonce qu’elle a été adoptée. Le choc est rude : l’univers de Doris bascule. Elle n’est pas au bout du cauchemar lorsqu’elle découvre qu’une nouvelle venue et ses semblables vont, à leur tour, perturber sa vie. Bienvenue au temps des années 80 dans un univers « vintage » dépourvu d’Internet, de portables et de réseaux sociaux où, cependant, la communication (ou son absence) reste toujours au cœur des relations.

  • Broché: 142 pages
  • Editeur : CreateSpace (15 novembre 2016)
  • Prix : 16,88€
  • Autre format : ebook

AVIS

Connaissez-vous les Patoufs ou, de leur nom original, les Cabbage Patch Kids, ces poupées de chiffon créées aux États-Unis, fin des années 70 ? Le concept était novateur et original, puisque l’idée était de donner l’impression aux gens qu’ils n’achetaient pas un simple jouet, mais qu’ils adoptaient bel et bien un enfant ! Pour ce faire, rien n’était laissé au hasard : poupée unique avec son propre nom et prénom, certificat de naissance, frais d’adoption et non prix de vente, cliniques pour soigner ces poupées ou, plutôt, ces « bébés ». Je trouve déjà le concept assez fou, mais il prend une tournure carrément inquiétante quand Marie Gallicher décide de s’en inspirer pour son roman Pediophobia, un terme aux consonances barbares qui signifie la peur des poupées et/ou des enfants. Je dois dire que vous m’auriez donné ce genre de poupées enfant, je pense que j’aurais pu ajouter cette phobie à la liste de celles que je possède déjà…

BabyLand Exclusive Baby

Photo du site Cabbage Patch Kids

Dans cette œuvre de science-fiction, les Patoufs sont renommées Kauliss et vont susciter des réactions très différentes au sein des foyers anglais et, plus particulièrement, londoniens : forte attirance pour ces poupées-enfants pour certains, méfiance voire défiance pour d’autres, jalousie des personnes ne pouvant s’offrir cet onéreux jouet…

La petite Doris âgée de 8 ans aurait préféré quant à elle que sa mère, June, ne fasse pas partie de ces femmes qui tiennent absolument à posséder ce substitut dérangeant de bébé. La fillette vit d’autant mal l’obsession de sa mère pour ces Kauliss qu’elle a appris, de sa bouche et de manière fort brutale, sa propre adoption ! Le manque de tact et de considération de June pour les sentiments de Doris se retrouveront dans sa manière d’occulter sciemment le malaise de sa fille adoptive à l’arrivée de Florie, la Kauliss du foyer. On pourrait trouver des circonstances atténuantes à cette femme que la stérilité, la dissolution de son couple et le sentiment de solitude rendent triste et quelque peu pathétique… Mais difficile de ne pas d’abord se focaliser sur le mal-être de Doris et le sentiment de rejet que l’arrivée de cette poupée suscite en elle. Alors qu’elle aurait eu besoin d’être rassurée sur le fait que son adoption ne change en rien l’amour que ses parents lui portent, elle se trouve confrontée à une mère perdue dans des chimères et un père plus intéressé par son travail et ses maîtresses que sa famille…

Cette cellule familiale dysfonctionnelle va alors être le point de départ de la révolte, celle d’enfants qui ne sont pas prêts à être remplacés par de simples poupées, aussi uniques soient-elles, et celle de femmes prêtes à tout pour revendiquer leur droit à être mère, même si cela signifie donner tout son amour et son affection à un objet dénué de vie. Et à la tête de ces deux mouvements contraires qui s’affronteront brutalement, la mère June, et la fille adoptive, Doris ! Toutes les deux se montreront entêtées et fortement engagées dans leur cause, mais toutes les deux finiront par être dépassées par la situation. June sera engloutie par ce rôle de porte-parole des pro-Kauliss qu’elle s’est assignée au point d’ailleurs de finir par disparaître sans que l’on ne sache vraiment ce qui lui arrive… Quant à Doris, elle perdra le contrôle de son organisation constituée uniquement d’enfants et dont l’objectif était la destruction pure et simple de ces poupées par lesquelles est arrivé le malheur.

Et on touche là le gros point fort de ce roman : la manière dont l’auteure a su donner le pouvoir aux enfants et renverser le rôle enfant/adulte. Quand certains adultes semblent perdre la tête avec des poupées, ce sont les enfants qui gardent les pieds sur terre et qui se rendent compte de l’absurdité de la situation. Mais l’enfer étant pavé de bonnes intentions, ce qui était à l’origine un mouvement de révolte légitime se transforme, petit à petit, en une vendetta destinée à assouvir la soif de pouvoir de certains enfants et notamment du petit caïd qui destituera Doris de son trône. Ces enfants n’auront alors plus rien à envier à leurs aînés : violence implacable, traque des personnes ne partageant pas leurs idées, exactions, trahisons…

Ce renversement des relations adultes/enfants est aussi intéressant que dérangeant, car la vision de ces enfants mettant à feu et à sang les rues de Londres a quelque chose de tabou. On a, en effet, parfois tendance à idéaliser les enfants et leur insouciance ou naïveté alors qu’ici, les enfants se transforment en bourreaux et les adultes en victimes. Cette vision des choses donne d’ailleurs lieu à un savoureux détournement de l’histoire du joueur de flûte de Hamelin où le dompteur de rats n’est pas un adulte, mais un enfant qui est prêt à tout, grâce à l’aide de ses « amis », pour atteindre son objectif…

Photo du site Wikipedia

Quant à la narration, elle m’a un peu déstabilisée au début, car presque froide, mais au fil du livre, elle gagne en chaleur et en intensité. D’une plume assez fluide et immersive pour sentir les tensions croître jusqu’au point de non-retour, l’auteure nous plonge entièrement dans ce récit qui ne peut laisser insensible. L’auteure a, en effet, pris le risque de déranger ses lecteurs avec une histoire atypique qui, en partant d’un phénomène de société réel, met à jour les failles humaines. Alors oui, ici, nous sommes bien dans une œuvre de fiction où tout est poussé à son paroxysme, mais il n’empêche, le livre pose de vraies questions sur le sentiment de solitude ou de vide intérieur, sur l’envie d’être mère, sur la perte de soi notamment dans une relation de couple biaisée dès le départ, sur ce qu’est la famille et les relations qui unissent les parents à leurs enfants…

A noter également la présence de quelques illustrations vous permettant de vous plonger de manière encore plus immersive dans le récit. Comme toujours, j’apprécie ce genre de bonus qui, s’il n’est pas indispensable, apporte toujours un plus indéniable à la lecture.

Enfin, mon seul petit bémol concernera non pas le fond, mais la forme puisque j’ai regretté la présence de coquilles, même si elles ne sont pas assez nombreuses pour perturber la lecture.

En conclusion, cette histoire de poupée-enfant fait froid dans le dos, mais montre également jusqu’où certaines personnes peuvent aller pour accéder à une maternité rêvée et idéalisée. Alors si vous avez envie de vous plonger dans un récit mêlant étroitement réalité et science-fiction et dans lequel les enfants se sont appropriés le pouvoir pour le meilleur et pour le pire, Pediophobia est fait pour vous. L’histoire étant aussi atypique que dérangeante, je ne peux vous garantir que vous serez séduits comme je le fus, mais ce qui est certain, c’est que vous ne ressortirez pas indifférents de votre lecture.

Marie GALLICHER

Photo du compte Twitter de l’auteure

    Compte Twitter de l’auteure

Et vous, envie de craquer pour Pediophobia ou en lire un extrait ?

https://malecturotheque.files.wordpress.com/2017/11/cli6a-lc3a9chiquierdumal_dansimmons.png?w=300&h=300

Riverboat, Diana Kennedy

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Je remercie Diana Kennedy pour l’envoi, via le site Simplement, de l’album Riverboat regroupant les tomes 1 à 3 de sa série ainsi que pour l’envoi des tomes 4 et 5 sous forme de fascicule.

RÉSUMÉ

John F. Kennedy et Aldo Moro, deux anciens hommes d’État, s’embarquent sur un bateau à aubes, en route vers la cité mythique de Lysastra. Ils espèrent y retrouver la trace d’un ancien poème et pouvoir ainsi le déchiffrer. C’est le début d’une grande aventure avec mille rebondissements.

À quelle époque et où sommes-nous ? S’agit-il d’un autre univers uchronique ? Sommes-nous dans l’au-delà ? Quelle importance ? L’univers de Riverboat est aussi immense et mystérieux que le garage hermétique du major Gruber.

Les aquarelles éthérées donnent à cette BD classique une nouvelle forme d’expression adaptée au monde onirique et sans limites qui s’ouvre au lecteur.

AVIS

À la recherche d’un objet mythique, John, dont le nom et le visage devraient vous rappeler un certain politicien, et son ami Aldo, embarquent à bord d’un bateau à destination de Lysastra.

On s’attache très rapidement à ces deux protagonistes en raison, notamment, de la complicité qui les unit et qui les pousse à veiller l’un sur l’autre. Ils se révèlent également très complémentaires, John, du genre fonceur, étant assez enclin à foncer tête baissée dans l’action, quand Aldo est plus posé prenant le temps de la réflexion sans pour autant rechigner à agir quand cela s’avère nécessaire. Un duo qui fonctionne donc très bien et que l’on prend plaisir à suivre dans leurs péripéties, car n’en doutez pas, leur voyage en bateau ne sera pas de tout repos ! Ils devront ainsi faire face à des dangers prenant, entre autres, la forme d’une créature maritime avec laquelle vous n’avez pas particulièrement envie de barboter sans oublier leur face-à-face avec des soldats et une femme au mauvais caractère qui semble plutôt bien manier la gâchette.

Au-delà des scènes d’action qui s’enchaînent et donnent du rythme au récit, l’histoire bénéficie d’une certaine aura de mystère, ce qui contribue fortement au plaisir que l’on prend à se laisser embarquer dans ce « huis-clos ». Je mets des guillemets, car les deux héros quitteront pendant un petit laps de temps leur embarcation. Au fil de la lecture, de nombreuses questions finissent par assaillir les lecteurs : qui sont exactement ces deux personnages qui montent sur le bateau en cours de voyage ? Que veulent-ils à John ? Qui est réellement Aldo et pourquoi a-t-il réussi là où d’autres ont échoué ? Que fait un soldat allemand aux côtés d’un officier romain ? A quelle époque sommes-nous vraiment ?… Tout autant de questions qui vous tiennent en haleine et vous donnent envie de lire la suite de cet album.

En plus de l’action, du mystère, de l’humour distillé par petites touches, mais bien présent et du duo qui fonctionne à merveille, l’auteure a veillé à introduire plusieurs personnages assez marquants, car au caractère prononcé à l’instar d’un homme dont la méchanceté et l’avarice sont à la hauteur de sa fortune. Ce stéréotype du radin très riche, obnubilé par l’argent et rechignant à la moindre dépense même pour secourir son épouse, m’a beaucoup amusée. De sa petite taille (eh oui, l’argent ne peut pas tout acheter) à son comportement, tout concorde pour faire de lui le bouffon de l’histoire. Autre personnage intéressant, le Capitaine qui, pris entre le marteau et l’enclume, fait de son mieux pour maintenir son bateau à flot et assurer une bonne ambiance ou, du moins, apaiser les tensions entre les différents voyageurs. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce n’est pas une mince affaire…

Mais le personnage que j’ai le plus aimé et qui m’a complètement fait craquer est, sans aucun doute, Mallie, un parachat c’est-à-dire un chat paranormal avec quelques facultés utiles comme celles de pouvoir parler et sentir quand ses nouveaux amis sont en danger. En plus d’être trop mignonne et courageuse, Mallie se révèle également intéressante dans la mesure où elle permet à l’auteure d’aborder, même brièvement, la question des persécutions en raison de son origine. Un sujet qui, je le crains, demeure intemporel.

Enfin, j’aimerais parler du plus gros atout de cet ouvrage, son esthétique. Cartonné et bénéficiant d’une belle couverture, l’objet-livre est déjà très plaisant à admirer et à prendre en main.  Mais c’est bien en le parcourant et en découvrant les illustrations de Diana Kennedy que toute la magie opère ! N’ayant pas la fibre artistique, je suis toujours admirative des personnes qui, comme l’auteure, arrivent à vous transporter dans leur univers grâce à leurs coups de crayon. Presque vaporeuses, les illustrations possèdent, en outre, ce charme du travail fait à la main dont sont dépossédées la plupart des BD modernes. Si vous aimez les aquarelles teintées de douceur, mais d’une certaine profondeur, le travail de l’auteure/artiste devrait donc vous ravir.

J’ai également été séduite par l’expressivité des personnages dont on peut lire les différentes émotions sur le visage. Mais c’est le sens du détail de Diana Kennedy que je retiendrai. Il se perçoit, entre autres, au niveau des vêtements et des décors dessinés avec une précision leur conférant un grand réalisme. Les jeux et les dégradés de couleurs sont également un régal pour les pupilles sans oublier la manière dont l’artiste a su retranscrire le mouvement que ce soit au niveau des déplacements des personnages, de leurs mimiques, de l’eau…

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En conclusion, à travers une histoire teintée de mystère et au rythme plutôt soutenu, Diana Kennedy vous invite à faire la connaissance de deux personnages aussi différents que complémentaires et dont on ne peut que suivre les prochaines aventures avec plaisir. Riverboat devrait donc plaire aux personnes en quête d’un récit d’aventures sublimé par de magnifiques aquarelles. Alors, prêts à embarquer et à vous laisser porter par les flots et l’imagination de l’auteure ?

Envie d’acheter Riverboat ? Rendez-vous sur le site de l’auteure.