Le royaume des brumes, Federico Saggio

Couverture Sigurd, tome 2 : Le royaume des brumes

Tenu de respecter le serment que les Dieux lui ont arraché – sous peine de sombrer dans la folie, c’est la mort dans l’âme que Sigurd se lance dans une quête qui l’entraînera au plus profond du Royaume des Brumes, sous la quatrième branche d’Yggdrasil, pour y affronter le Dragon Fafnìr et lui dérober l’Or maudit des Nibelungen.Mais au gré de ses voyages, il a contracté bien d’autres serments, dont les fils s’entremêlent, se resserrent peu à peu, jusqu’à le faire suffoquer. Comment tous les respecter, et ainsi préserver intact un honneur si facile à bafouer ?La destinée est capricieuse, et Sigurd aura fort à faire pour se soustraire aux dangers qui jalonneront sa route. Peut-être le véritable défi, plus mortel encore que le Dragon, est-il de survivre à la folie et à l’ambition des Hommes… Au moins, cerné des loups, sait-on clairement quelles sont leurs intentions.

Auto-édition (13 août 2020) – 224 pages – Broché (14,99€) – Ebook (5,99€)

AVIS

Le Royaume des Brumes est la suite de Sigurd.

Ayant adoré le premier tome de la duologie, c’est avec beaucoup d’enthousiasme que je me suis plongée dans cette suite qui nous présente une version bien plus humaine et vulnérable de Sigurd. Amputé de certains de ses souvenirs, le voilà enfermé dans une vie qui ne lui sied guère auprès d’une femme fourbe et possessive appréciant plus l’idée d’avoir un mari de sa stature que le mari en lui-même ! Mais comment le fier et fort Sigurd, bras armé des Dieux, est-il tombé aussi bas ? Pourquoi ne réagit-il pas avec plus de véhémence afin de se libérer d’une vie qu’aucun homme sain d’esprit n’accepterait, a fortiori un homme de légende tel que lui ? Et quel est ce sentiment indicible de perte et de manque qui lui étreint le cœur et qui lui donne cette impression qu’en épousant une femme qu’il méprise, il a trahi la seule et unique femme qui possédait une quelconque valeur à ses yeux ?

Ces questions, je vous rassure, l’auteur y répond grâce à un jeu entre présent et passé : un présent dans lequel Sigurd n’est que l’ombre de lui-même, et un passé à la hauteur de ce descendant des Dieux qui ne craint personne. L’alternance entre les époques, d’une finesse caractéristique de la plume de l’auteur, fait tout le charme de ce roman puisqu’elle suscite une curiosité que l’on a grand hâte d’apaiser. À mesure que défilent les pages, on saisit toute l’ampleur du drame qui s’est joué sans que Sigurd n’ait réussi ni à l’anticiper ni à l’empêcher. Excès de confiance ? Preuve de la supériorité des Dieux sur les hommes ? Les deux probablement, car Sigurd ne semble pas avoir tiré les leçons de son histoire familiale, pensant pouvoir réussir là où ses parents avaient échoué. Et la punition divine est sans appel : cynique et brutale !

Au cœur d’un drame comme seules les divinités savent les créer, Sigurd représente, à son corps et cœur défendant, le symbole d’une lutte entre le libre arbitre et la fatalité, entre la liberté et un destin contre lequel il semble bien vain de s’opposer. N’est-il pas illusoire de penser que la volonté seule peut lutter contre le poids de forces surnaturelles qui prennent un plaisir sournois à manipuler et à châtier, à faire espérer avant de tout emporter ? Évidemment, nous sommes ici dans le domaine de la légende et de la mythologie avec une fatalité qui semble coller à la peau d’un personnage que les Dieux s’amusent à façonner selon leur bon vouloir. Mais le roman possède également une portée quasi philosophique : poids de l’héritage familial, complexité des relations père-fils (alternant entre haine et amour maladroit), liberté et sacrifices que l’on est prêt à consentir en son nom, richesse qui forme les solitudes, cycle immuable de la vie dont seule la mort peut nous délivrer à moins que, comme pour Sigurd, elle marque le commencement de tout…

Si j’ai apprécié le premier tome, j’ai eu un coup de cœur pour cette suite dans laquelle jamais mythologie et humanité n’auront autant été liées. En perdant cette cruauté qui le rendait parfois difficile à comprendre, Sigurd n’est pas devenu un modèle de gentillesse, mais un héros béni et honni par les Dieux, dont le destin nous tient à cœur. Sa détresse est devenue mienne, sa colère légitime m’a terrassée et sa détermination m’a frappée par sa force. Surprise, mais conquise par l’évolution du personnage, j’ai apprécié la manière dont l’auteur l’a amorcée tout au long de cette duologie, mais également la subtilité avec laquelle elle s’impose à nous.

Nous connaissions Sigurd froid, imbu de lui-même et implacable, nous le découvrons ici capable d’une certaine empathie et de reconnaître des liens avec un être qu’il a pourtant toujours détesté, mais nous le découvrons surtout prêt à faire le plus grand des sacrifices. Car en refusant de répéter ce qu’il a lui-même connu, il fait montre d’une noblesse d’âme surprenante qui l’enfermera à tout jamais dans la pire des tourmentes. Amour d’un père pour son enfant ou d’un homme pour son amante, richesse ou liberté, avec les Dieux, il faut toujours choisir, mais le résultat est rarement celui escompté et le cœur s’en retrouve bien souvent piétiné.

Poétiquement dramatique, ce roman l’est, la mythologie scandinave n’ayant rien à envier à la mythologie grecque, mais il se part également d’une dimension épique avec le voyage de Sigurd sur les traces de l’or maudit des Nibelungen et du dragon Fafnir. L’auteur nous retrace avec précision et un sens de l’immersion incontestable, les épreuves traversées par Sigurd qui acceptera que Mîme l’accompagne dans ses aventures. Bien que ce soit un ivrogne méprisable, le nain est également la seule figure paternelle que notre héros ait jamais connue. Alors si sa présence se révélera bien plus utile que prévu, elle sera surtout l’occasion pour l’auteur de creuser les liens père-fils et nous offrir une autre vision de la relation particulière unissant ces deux personnages, dont le destin a été lié par la volonté des Dieux.

Si Mîme nous a longtemps paru insignifiant, sa complexité nous frappe à mesure que l’on apprend à le connaître et que l’on découvre des bribes de son passé. Mais rien d’étonnant à cela si l’on considère que l’auteur ne tombe jamais dans le manichéisme avec cette duologie dont les personnages sont complexes et finement travaillés… Même le dragon Fafnir finira par susciter chez les lecteurs des sentiments ambivalents, ce dernier semblant autant le possesseur que le débiteur d’un trésor qui nous apparaît bien plus malédiction que bénédiction.

Quant à la plume de l’auteur, elle m’a de nouveau enchantée par sa finesse, et la manière dont elle alterne entre brutalité et poésie, nous saturant d’émotions et de sensations. On saluera également le travail sur le rythme autant au niveau de l’enchaînement des actions que de la structure des phrases et de leur découpage. J’ai également parfois eu l’impression que comme dans une œuvre musicale, le roman suivait un phrasé soulignant tantôt le tempo de la marche tantôt celui d’un cœur qui bat et qui se retrouve submergé par des émotions fortes et contradictoires… Une musicalité empreinte de lyrisme et digne de la légende de Sigurd !

Le Royaume des brumes conclut à merveille une duologie qui, en plus de nous offrir une aventure épique et humaine particulièrement immersive et haletante, pose un certain nombre de questions sur, entre autres, le poids de l’héritage familial, le libre arbitre et le destin. Mais c’est également une superbe plongée dans le monde cynique, brut et violent de la mythologie scandinave dans laquelle les Dieux semblent prendre un plaisir sournois à interférer avec la vie des hommes, a fortiori avec celle de l’un de leurs descendants. Parce qu’être issu d’une grande lignée, vous assure certes une grande destinée, mais pas vraiment la sérénité, Sigurd va devoir s’imposer dans un monde régi par des lois qu’il faut parfois faire voler en éclats avant de pourvoir s’en libérer !

Je remercie l’auteur de m’avoir envoyé son roman, que vous pouvez retrouver sur Amazon, en échange de mon avis.

Sigurd, Federico Saggio

Plongez-vous dans l’univers mythologique scandinave !

Sigurd, dernier représentant d’une lignée issue de l’union d’Odin, roi des Ases, et d’une mortelle, est confié à la mort de ses parents à Mîme, le plus grand Artisan-Forgeron des Nibelungen. Ce dernier est censé l’éduquer dans l’espoir qu’il puisse un jour accomplir la tâche qui lui est échue : tuer le dragon Fafnir, reprendre le trésor maudit au nom des Ases et enfin le protéger de sa vie.
Quant à Sigurd, ce sont d’autres ambitions, d’autres rêves qui l’animent. Le Feu d’Odin coule dans ses veines, il veut vivre ! Quel dommage que les Dieux ne l’entendent pas de cette oreille… car il n’est pas de plaisir plus savoureux pour les Ases, que d’assister à la déchéance d’un mortel qui se débat avec les affres de la destinée.

Auto-édition (9 juin 2020) – 246 pages – Broché (14,99€)

AVIS

C’est la superbe couverture et la promesse d’une plongée dans la mythologie scandinave qui m’ont donné envie de découvrir ce roman que j’ai dévoré en deux soirées, complètement séduite par la très belle plume de l’auteur, alliance de brutalité, d’élégance et de poésie. Un mélange efficace et hypnotique qui sied à merveille à l’atmosphère sombre de ce roman dans lequel l’auteur n’hésite pas à faire couler le sang et à arracher des viscères.

Âmes sensibles s’abstenir donc même si la beauté de la plume de l’auteur permet aisément de passer outre l’éventuel dégoût pour savourer toute la quintessence et l’étrange splendeur de ces scènes crues et intenses. Parce que dans ce roman, il y a du beau derrière le drame, de l’espoir derrière le malheur, et de la magnificence derrière la vie d’un protagoniste qui se veut bien plus antihéros que héros, à moins qu’il ne se situe à la lisière des deux.

Federico Saggio semble s’être particulièrement investi dans la psychologie de son protagoniste qui ne manquera pas de susciter en vous des émotions ambivalentes, mais toujours d’une grande intensité : exaspération devant son mépris affiché envers ceux qu’il considère comme inférieur à lui soit tout le monde, empathie durant les rares moments où sa carapace se fissure, compréhension devant sa soif d’en apprendre plus sur ses origines, dégoût devant sa bestialité et sa propension à se laisser guider par ses instincts en dépit de toute notion de bien et de mal…

Il y a d’ailleurs quelque chose de presque naïf dans le comportement de Sigurd qui tue sans se poser de question, un peu comme un enfant volerait le jouet d’un autre avant qu’on ne lui apprenne les règles de la vie en société. Il faut dire que jusqu’à présent, Sigurd n’a pas vraiment eu de contact avec l’extérieur et que ses interactions se sont limitées à celles avec son tuteur, un homme méprisant et quelque peu maltraitant. Cela n’excuse pas ses exactions, mais permet d’un peu mieux comprendre cette figure de la mythologie scandinave dont l’auteur nous propose ici une interprétation tourmentée et fascinante.

Cette personnalité ambivalente explique peut-être l’étrange attraction que Sigurd a su exercer sur moi et qui m’a poussée à suivre ses aventures sans pouvoir détourner les yeux malgré ses accès de violence, son arrogance, et cette douce folie meurtrière qui semble, peu à peu, le consumer… Les pages se tournent à une vitesse folle devant notre envie d’en savoir plus, toujours plus, sur ce personnage auréolé d’une bonne dose de mystère et de danger. On suit donc la tête pleine de questions et la boule au ventre Sigurd dans sa mission confiée par les Dieux dont il est le descendant : tuer Fafnir et récupérer le trésor perdu des Nibelungen.

Néanmoins, Sigurd n’est pas homme à se laisser dicter sa conduite par qui ou quoi que ce soit. Épris de liberté, il a bien d’autres objectifs comme celui de se forger sa propre légende, ce qui le conduira à faire différentes rencontres, plus ou moins sympathiques, à lutter contre la faim et le froid, à survivre à de dangereuses créatures, à faire une alliance avec un prince, à tuer encore et encore, parfois à son insu, victime d’horribles hallucinations…

Mais si la légende de Sigur, fils de Sieglinde, fils de Sigmund, commence à s’étendre, une réalité s’imposera à notre héros : on ne peut pas jouer avec la patience des Dieux indéfiniment et en toute impunité ! Cette liberté revendiquée par Sigurd, n’est-elle finalement pas qu’une douce illusion dans un monde façonné par les Dieux ? Le libre arbitre existe-t-il réellement ou s’efface-t-il devant la volonté et les desseins divins ? Et dans ce cas, si tout est écrit d’avance, pourquoi lutter contre sa destinée ?

Au-delà des questions intéressantes autour de la notion de liberté, de destin et d’héritage familial soulevées par l’auteur, j’ai adoré suivre la déchéance de Sigurd qui va devoir tomber très bas avant de se relever et de pouvoir viser le ciel ! Les faits d’armes vont donc alterner avec des moments moins reluisants pour lesquels même le très fier Sigurd aura bien du mal à retirer de la gloire… Au cours de son voyage, il fera également des rencontres qui le pousseront dans ses retranchements, lui permettront d’évoluer, et, parfois, de gagner un peu en humanité.

Je pense notamment à sa rencontre avec un homme au physique disgracieux, mais à la grande bonté, qui m’a beaucoup touchée. Cet homme nous prouve que les apparences sont parfois trompeuses et que la vraie beauté ne se voit pas sur un visage. Sigurd s’ouvrira également à des sentiments nouveaux qui, dans un premier temps, le déstabiliseront avant de le pousser à reprendre sa destinée en main, non pas pour satisfaire les caprices des dieux, mais pour répondre aux élans de son cœur et de son désir.

Je ne me suis pas attachée au personnage, bien qu’il m’ait parfois étrangement touchée, mais son évolution est intéressante et sa personnalité assez complexe pour me donner envie de le voir vaincre ses adverses qu’ils soient humains ou non. À cet égard, l’auteur nous offre une sympathique plongée dans la mythologie scandinave avec des créatures fantastiques qui font froid dans le dos et des dieux que l’on connaît tous au moins de nom (Odin, Loki…). Connaissant peu cette mythologie, j’avais un peu peur d’être perdue, mais ce ne fut pas le cas, le roman se révélant très accessible même pour les néophytes !

J’ai donc apprécié cette immersion dans la mythologie scandinave qui n’a rien à envier à la mythologie grecque : relations familiales complexes et incestueuses, drames, dieux désinvoltes quant au sort des mortels… Il n’y a pas à dire, on ne s’ennuie pas avec les dieux et leurs caprices, a fortiori quand on suit les aventures de l’un de leurs descendants qui semble bien décidé à suivre dorénavant sa propre voie et à délivrer l’objet de ses désirs de son triste sort.

Y arrivera-t-il ? Il faudra lire le deuxième tome pour le savoir, mais ce qui est certain, c’est qu’après une période de doute, on sent chez notre héro/antihéros un regain de confiance et une détermination à toute épreuve qui risque fort bien de sceller son destin, un destin qui sera, sans aucun doute, épique ! Ne nous reste plus qu’à attendre que le scalde Federico Saggio nous narre la suite des exploits de Sigurd, fils de Sieglinde, fils de Sigmund !

Je remercie l’auteur de m’avoir envoyé son roman en échange de mon avis.