Jardin Secret – tome 1, Ammitsu

Couverture Jardin Secret, tome 1

Ran est une fille assez parfaite que beaucoup considèrent comme un modèle à suivre : sérieuse, sportive, intelligente, soucieuse de sa santé, etc. Mais il n’est pas facile de rencontrer un garçon quand ces derniers la considèrent, à son grand dam, comme « l’inaccessible étoile » ! Un jour, elle fait fortuitement la connaissance de Akira, un garçon solaire, naturel, franc et amical et elle découvre également son « secret »: il est fils de fleuristes, apprécie beaucoup travailler au magasin de ses parents et sait déjà qu’il deviendra lui aussi fleuriste. Mais il n’ose l’avouer à personne de peur que l’on se moque de lui..

Kana (19 avril 2019) – 192 pages – Papier (6,85€) – Ebook (4,99€)

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Ran, lycéenne, est la fille idéale : belle, intelligente et sportive ! Des qualités qui tendent à l’emprisonner dans le rôle de la fille inaccessible alors qu’elle n’est qu’une fille comme les autres qui aimerait ne pas faire fuir tous les garçons ! Heureusement pour elle, suite à un petit accident, elle se rend compte qu’elle n’intimide pas tous les garçons et qu’Akira, élève dans sa classe, est tout à fait disposé à lui parler et à la considérer comme une fille normale.

Alors qu’elle possède de nombreuses qualités qui auraient pu la rendre prétentieuse, Ran se montre adorable, touchante et très serviable que ce soit envers sa famille ou ses professeurs. Un trait de caractère qui la pousse, entre autres, à entretenir les fleurs de son lycée avec une application et un soin qui ne laisseront pas Akira insensible. En effet, fils de fleuriste, c’est un grand amoureux des fleurs. Une passion peu commune pour un adolescent qu’il préfère cacher à ses camarades de peur de subir leurs moqueries. À travers ce personnage, le mangaka nous offre un petit rappel de la difficulté d’assumer sa différence à une période où l’on sent, plus que jamais, le poids des normes..

En plus de sa bonne humeur, de sa gentillesse et de son naturel qui sauront séduire aussi bien Ran que les lecteurs, Akira se révèle passionnant et passionné, n’hésitant pas à nous donner des informations intéressantes sur les fleurs et leur langage. Parler à travers les fleurs, en voilà quelque chose de poétique, à l’instar de la relation qui se noue progressivement entre nos deux adolescents, Ran souhaitant, malgré sa maladresse et sa timidité, se rapprocher de ce garçon souriant avec lequel elle se sent en totale confiance.

Il se dégage beaucoup de douceur de ce manga que ce soit à travers les illustrations tout en rondeur, les sourires francs et lumineux de Akira ou les expressions subtiles, mais chargées d’émotions, de Ran qui s’ouvre, petit à petit, à son nouvel ami. Au fil des pages, les lecteurs ne peuvent qu’être attendris par les échanges empreints de tendresse entre les deux lycéens et espérer que cette belle relation d’amitié évolue en quelque chose d’autre. Je n’ai, pour le moment, lu que le premier tome, mais je pressens que nous sommes ici dans un shōjo qui va prendre le temps de développer les liens entre les deux amis, chose qui n’est pas pour me déplaire tellement je les ai trouvés mignons et adorables.

Il n’y a pas de grand drame ni d’événement remarquable dans ce premier tome, mais pour autant, on se surprend à tourner les pages un sourire aux lèvres et avec l’envie de prolonger cette lecture cocooning qui met du baume au cœur. J’ai également apprécié de voir évoluer Ran dans sa famille avec une mère cœur d’artichaut et un père pas vraiment prêt à ce que sa fille se mette à s’intéresser aux garçons. La petite sœur semble également sympathique et prompte à taquiner son aînée. Néanmoins, ce premier tome se concentrant essentiellement sur Ran et Akira, les moments en famille se sont révélés trop peu nombreux à mon goût. J’espère donc avoir l’occasion de vivre de nouvelles scènes familiales dans la suite de la série.

Au-delà de la jolie relation et de la complicité naissante entre les deux adolescents, on appréciera les thèmes abordés avec subtilité tout au long du manga : la naissance du sentiment amoureux, l’amitié, mais aussi les apparences parfois trompeuses et les préjugés qui empêchent un adolescent de vivre sa passion des fleurs au grand jour et qui instaurent une barrière entre une jeune fille et ses camarades…

En résumé, Jardin Secret est un manga empli de douceur et de poésie qui devrait enchanter les lecteurs appréciant de voir les liens entre les personnages se développer petit à petit dans la tolérance et la bienveillance.

Découvrez un extrait du manga sur le site des éditions Kana.

Shirayuki aux cheveux rouges, Sorata Akiduki

Couverture Shirayuki aux cheveux rouges, tome 01

Pour Shirayuki, la vie n’est pas toujours rose, elle serait plutôt rouge pomme. Cette jeune apprentie pharmacienne, originaire du pays de Tanbarun, a l’art d’attirer les regards. En effet, elle est née avec une chevelure rouge ! Pour éviter un mariage avec le prince de son pays, elle a fui dans la forêt du pays voisin où elle y rencontre Zen et ses amis : Kiki et Mitsuhide, les gardes du corps de Zen. Celui-ci se trouve être, en fait, le second prince du royaume de Clariness. Avec ses amis, Shirayuki va essayer de devenir la pharmacienne royale en passant un concours afin de pouvoir être auprès de Zen sans lui attirer les ennuis dû à son statut de roturière. Cependant, cette rencontre n’est pas du goût de tout le monde et certains d’entre eux pensent même à la kidnapper afin d’en faire cadeau aux puissants.

AVIS

Je connaissais l’animé, mais si j’avais trouvé ça sympathique, je n’avais pas accroché outre mesure. Pas que l’adaptation soit mauvaise, mais j’ai tendance, depuis quelques années, à m’ennuyer très vite devant un écran. Fort heureusement, je n’ai ressenti aucune lassitude avec ce premier tome que j’ai dévoré avec grand appétit et un plaisir certain.

Shirayuki possède une particularité physique qui suscite envie et convoitise : une belle crinière rouge qui, malheureusement pour elle, va attirer l’attention du prince de son royaume bien décidé à faire d’elle sa concubine. Avec le prince Raji, apparemment, les apparences et la joie de mettre la main sur quelque chose ou quelqu’un de rare comptent plus que les sentiments… Mais c’était sans compter sur la personnalité de battante de Shirayuki qui préfère fuir plutôt qu’être liée à ce goujat au sang royal ! Une fuite qui va la faire tomber dans les filets d’un autre prince, celui du royaume voisin… Leur rencontre sera d’ailleurs plutôt fracassante et non dénuée d’originalité.

Mais contrairement à Raji, Zen est quelqu’un de profondément humain qui, derrière une apparente frivolité, possède un certain sens des responsabilités et une bonne âme. Je ne me souvenais pas à quel point ce personnage se révèle tendre et attachant, un joli mélange de naïveté, de franchise, de soif de liberté et de volonté de bien faire. En d’autres mots, je suis tombée sous le charme de ce prince respectueux qui va se prendre d’affection pour Shirayuki sans jamais tenter de s’imposer à elle ou de l’obliger à faire quoi que ce soit.  Et ça, c’est plutôt novateur pour un shojo, a fortiori, un shojo datant de quelques années.

C’est peut-être la raison pour laquelle notre héroïne va s’attacher assez vite au prince, au point de vouloir tenter le concours pour devenir pharmacienne à la cour et ainsi ne plus avoir à dépendre de lui pour entrer au château. Il faut dire que sa venue et ses entrevues avec le prince ne plaisent pas à tous, certains craignant d’avoir à faire à une énième intrigante. Mais les lecteurs, témoins de la candeur de la jeune femme, savent très bien qu’il n’en est rien et qu’ils ont devant eux une jeune femme courageuse, gentille, volontaire et intelligente, dont le seul tort est d’attirer l’attention de tous à cause de ses cheveux flamboyants. Ceux-ci se révèlent donc être un lourd fardeau dans un monde où les hommes n’hésitent pas à menacer une femme juste pour le plaisir de s’approprier sa chevelure et se gorger de leur rareté…

Mais Shirayuki ne se limite pas à ses cheveux, elle possède également une bonne connaissance des herbes et des plantes médicinales, ce qui lui sera fort utile autant pour aider Zen que se sortir de situations difficiles. Car telle une héroïne de conte, elle va devoir affronter différentes épreuves qui testeront sa bravoure et son courage. Elle pourra, évidemment, compter sur le soutien de son bon prince, toujours prompt à veiller sur elle tout en respectant les limites qu’elle lui impose. En effet, n’oublions pas que Shirayuki est une jeune femme indépendante qui sait ce qu’elle veut et qui est bien décidée à l’obtenir par elle-même. J’ai adoré la personnalité de battante de notre héroïne ainsi que la douce ambiance de conte distillée tout au long de ce manga. Un manga qui devrait enchanter les amateurs de romances/amitiés amoureuses toutes douces qui prennent le temps d’éclore puisqu’à part quelques discrets rapprochements, à la fin de ce premier tome, Zen et  Shirayuki en sont toujours au stade de la tendre amitié.

Au-delà de ce duo terriblement mignon et attachant qui m’a fait fondre, j’ai apprécié les personnages secondaires, et notamment les deux gardes du corps et amis accompagnant et veillant sur Zen : Kiki et Mitsuhide. Une mission de protection difficile à mener si l’on considère que notre prince aime prendre la poudre d’escampette afin d’être au plus près de ce qui se passe au sein de son pays. Un point tout à son honneur et qui tranche avec le comportement du prince Raji qui préfère courir les filles que prendre la température de son royaume. Toutefois, les escapades et les velléités de liberté de Zen, en plus de compliquer sérieusement la vie de ses deux gardes du corps et meilleurs amis, ne semblent pas ravir tout le monde…

L’autrice laisse planer une aura de mystère autour de ce premier tome avec, entre autres, certains personnages qu’on a encore du mal à classer du côté des alliés ou des ennemis. Des doutes qui donnent très envie de lire la suite tout comme l’incertitude qui plane sur la vie de Shirayuki : qui l’a piégée elle et le prince dans la serre ? Arrivera-t-elle à trouver sa place au sein du château ? Quelles épreuves va-t-elle encore devoir affronter ?…

Charmée par ce premier tome, je lirai donc la suite avec plaisir impatiente de retrouver Shirayuki et Zen et, avec un peu de chance, en apprendre plus sur Kiki et Mitsuhide, dont les personnalités restent, pour le moment, juste ébauchées. Mais cela ne nous empêche pas de voir leur attachement au prince auquel ils semblent vouer une sincère amitié et pour lequel ils sont prêts à prendre tous les risques. La dynamique entre les trois personnages se révèle donc intéressante en plus d’apporter une agréable touche d’humour. Je retrouverai également avec plaisir l’univers graphique de ce manga, dont j’ai apprécié la rondeur des traits, l’expressivité des personnages, la beauté des décors ainsi que la fluidité des scènes d’action et la manière dont le mouvement est parfaitement capturé.

Orgueil et préjugés, version manga ou le cas typique d’un livre difficile à noter

Orgueil et Préjugés

Lorsque Monsieur Bingley, jeune homme riche et célibataire vient s’installer à Netherfield accompagné de son ami Monsieur Darcy, c’est Madame Bennet et ses cinq filles à marier les premières averties ! Car chacun sait qu’un célibataire pourvu d’une belle fortune doit avoir envie de se marier ! Découvrez cette superbe adaptation en manga du mondialement connu chef-d’œuvre de Jane Austen. Tout l’humour et le romantisme de l’original y sont parfaitement éclairés par un dessin riche et somptueux

Soleil (23/11/2016 ) – Scénariste : King Stacy – Illustrateur : PoTse – 368 p.

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Si vous me suivez régulièrement sur le blog, vous savez peut-être qu’Orgueil et préjugés de Jane Austen est l’un de mes livres préférés. Je lis donc toujours avec impatience, excitation et crainte les livres qui tournent autour de cette œuvre. Et cette adaptation en manga n’a pas échappé à la règle…

Pour une fois, je ne vais pas vous en faire une chronique détaillée parce que d’une part, Orgueil et préjugés est assez connu pour que beaucoup d’entre vous en connaissent au moins la trame, et d’autre part, j’aimerais me focaliser sur un autre aspect : la difficulté de noter certains livres.

Je ne note plus mes lectures sur le blog, le côté scolaire me gênant, mais je continue à le faire sur les réseaux car c’est un critère pour mieux organiser mes chroniques, du moins, c’est ainsi que je le perçois. Mais il arrive que noter un livre devienne un vrai casse-tête, le lecteur étant partagé entre son ressenti en fonction de ses attentes et les qualités intrinsèques du livre. Et c’est ce qui s’est passé pour moi avec cette adaptation en manga.

Ce manga est bon, voire très bon, mais il ne m’a pas, pour autant, transportée. Un paradoxe dont j’ai perçu, au fil de ma lecture, les raisons. J’adore Orgueil et préjugés parce qu’il forme un tout : une critique sociétale sous fond d’humour et d’amour, le tout relevé par la plume caustique de Jane Austen et son acuité pour percevoir l’âme humaine. Privée de l’un de ces aspects, l’histoire perd, du moins pour moi, de sa force et de sa portée.

Or, même si le contexte historique est conservé et que l’on a quelques critiques sociétales sous-jacentes, cette adaptation graphique se concentre principalement sur la romance. N’étant pas une inconditionnelle du genre même si je commence à l’apprécier, je n’ai donc pas réussi à me sentir totalement impliquée dans ma lecture… Ceci n’est pas un point négatif dans la mesure où l’éditeur précise clairement dans son résumé que c’est un choix voulu et assumé. En attaquant le manga, je savais donc à quoi m’attendre.

D’ailleurs, si on aime les romances historiques et les mangas, je pense sincèrement que cet ouvrage devrait vous ravir : les personnages sont attachants et hauts en couleur pour certains, les décors et les dessins sont sublimes et les détails permettent une réelle immersion dans l’histoire, les principaux freins à l’amour entre Elizabeth et Darcy bien restitués, la complicité entre l’héroïne et sa sœur Jane toujours aussi forte et belle, les émotions au rendez-vous…

La scénariste et l’illustratrice ont même réussi à rendre Lydia encore plus agaçante que dans le roman : son égocentrisme, son égoïsme, sa frivolité, son manque de bon sens transparaissant à chacune de ses apparitions… J’ai également aimé la manière dont a été scénarisée Mme Bennet qui garde son côté « obnubilée par le mariage de ses filles », mais dont la représentation graphique tout en rondeur adoucit ce trait de caractère.

Toutefois, si vous êtes un fan de l’œuvre originale, certains points pourraient, comme ce fut le cas pour moi, vous perturber. Il y a d’abord le rôle minoré de la sœur de Darcy ce que j’ai trouvé fort dommage même si je comprends sans problème que l’autrice a dû opérer des choix. Mais j’ai surtout regretté le lissage de la personnalité de Lizzie et de Darcy qui m’ont semblé bien ternes par rapport à la version originale. Lizzie perd son sens de la répartie qui est, pour moi, l’atout charme de l’histoire et Darcy se transforme bien vite en amoureux incompris et éconduit…

J’ai donc eu l’impression qu’on tombait tout simplement dans une banale histoire d’amour avec le beau gosse de service riche et taciturne qui se rend compte que la fille qu’il a jusqu’à maintenant dénigrée est un petit bijou qui ne demande qu’à être poli. Un schéma qui ne me convient guère quand il est brut comme ici, mais qui devrait ravir le cœur des amateurs de romance.

En conclusion, cette version graphique d’Orgueil et préjugés est très bonne si l’on souhaite (re)découvrir l’histoire originale uniquement d’un point de vue romantique. L’autrice a su restituer avec précision les étapes marquantes de la relation entre Elizabeth et Darcy et l’illustratrice les sublimer. En revanche, si vous aimez les romances se déroulant dans un contexte sociétal et historique bien exploité et/ou que vous espérez retrouver l’humour présent dans l’œuvre de Jane Austen, vous pourriez rester sur votre faim…