JE – Connais-toi toi-même : comment fait-on cela ? de Serge Marquis

Sous les conseils ludiques et précis du médecin québécois, Serge Marquis, initiez-vous au fonctionnement de votre JE intérieur. Inspiré par le célèbre précepte antique de Socrate « Connais-toi toi-même », cet ouvrage contemporain fera office de guide personnalisé parsemé d’humour et de sensibilité pour entamer votre introspection. Pas à pas, apprenez à tourner vos angoisses en dérision et devenez maître de vous-même ! Entre switch on et switch off, vous vous imaginerez presque dans une bataille effrénée de jeux vidéo mais cette fois-ci vous serez le vainqueur à coup sûr. Décidez à présent quand votre commutateur off viendra chasser votre commutateur on et cela sans aucune limite

FLAMMARION (28 avril 2021) – 272 pages – Papier (16,90€) – Ebook (11,99€)

AVIS

Malgré le côté didactique et la touche d’humour propre à l’auteur et toujours fort appréciable, je n’ai pas réussi à me passionner pour cette lecture, d’autant que j’ai trouvé certains passages assez répétitifs. Avec du recul, je pense que pour véritablement l’apprécier, j’aurais dû en avoir une lecture plus espacée, et me contenter de lire quelques pages chaque jour.

Si j’ai apprécié l’idée de séquence développée par l’auteur, je suis restée assez hermétique à cette histoire de gâteau chinois lui permettant d’illustrer une partie de ses propos. C’est un détail, qui ne gênera probablement pas la plupart des lecteurs, mais ça a suffi à me faire décrocher et a provoqué en moi les prémices de l’ennui. Or, s’il y a bien une chose à laquelle mon JE, pauvre de lui, est réfractaire, voire très hostile, c’est à l’ennui et encore plus durant mon loisir préféré. Ce sentiment a d’ailleurs lancé en moi une séquence assez désagréable…

À cet égard, je reconnais toute l’utilité du livre qui m’a permis de prendre un peu de temps pour observer ce qui s’est joué en moi, de la perception de la menace à mon confort au jugement qu’elle a entraîné en passant par le déclenchement d’une tempête intérieure. J’ai fini par retrouver une certaine sérénité, ne restant jamais agacée bien longtemps, mais je n’ai pas réussi à atteindre la petite « seconde révolutionnaire » qui change tout. Mais j’ai bon espoir d’y arriver prochainement et de réussir à opérer ce basculement permettant de passer du switch on au switch off.

Je reconnais néanmoins un vrai sens de la formule à Serge Marquis qui arrive à mettre des mots simples et percutants sur des concepts qui ne le sont pas toujours et/ou qui nous entravent dans notre vie. Cela rend ses explications claires, pédagogiques et assez marquantes, ce qui pour une grande lectrice est toujours fort appréciable ! Il y a, en outre, certains propos qui m’ont personnellement parlé et grâce auxquels j’ai pu remettre des situations et paroles en perspective, puisqu’il y a parfois un décalage entre ce qui est dit et ce qu’on entend réellement. Je retiendrai plus particulièrement une maladresse de l’auteur dans un restaurant qui a provoqué un malentendu avec une femme ronde, celle-ci ayant vécu sa blague comme un jugement sur sa personne, quand l’auteur cherchait seulement à briser la glace. Ayant été obèse et en ayant beaucoup souffert, je me suis complètement identifiée à la dame et ai apprécié la séquence d’observation de cette dernière imaginée par l’auteur, et plus particulièrement la dernière phase qui m’a apaisée. Cela reste très personnel, mais j’aurais aimé à l’époque être capable de penser ainsi :

Il y a un vieux JE qui refait surface ici. Le JE de l’apparence. Celui qui croit être un poids, une taille, des rondeurs ou n’importe quoi qui définit une apparence. Tout doux, le JE, tout doux, nous ne sommes pas une apparence. Nous ne sommes pas notre passé. Nous ne sommes pas toutes les insultes qu’on a subies pendant notre enfance et notre adolescence. Nous ne sommes pas l’exclusion qu’on a connue. Nous ne sommes pas toutes ces tristes histoires ! La pire chose à faire serait de continuer à se les raconter dans l’espoir qu’elles s’effacent. Les histoires ne peuvent que s’imprimer davantage si on se les raconte encore après toutes ces années. Et puis on se les raconte, plus les tempêtes hormonales s’intensifient. Nous ne sommes pas notre apparence. Il n’y a que présence qui compte.

J’ai également apprécié la manière dont Serge Marquis rappelle, entre autres, qu’on tend trop souvent à mélanger confort et survie, entrainant des réactions disproportionnées, que certains défendent leur avis comme si leur vie était en jeu quand c’est plutôt leur JE qui se sent menacé, ou comment, notamment sur les réseaux sociaux  » Le JE prétends souvent défendre le bien commun alors qu’il défend une image qu’il a de lui-même : celle du sauveur ou du héros.  » Un point qui m’a fait prendre une certaine distance, notamment avec Twitter dont le format est le terrain favorable à l’expression d’un JE délétère.

Au-delà des propos de l’auteur qui ne manquent pas d’intérêt, bien qu’ils n’aient pas réussi à capter mon attention sur la durée, je tenais à saluer le travail de mise en page qui rend la lecture aussi fluide qu’agréable : des citations inspirantes sous fond bleu pour introduire la trentaine d’entrées, des chapitres courts avec des titres qui attirent l’attention et des sous-titres permettant d’avoir une perception globale de l’idée développée, un texte aéré, des dialogues… Oubliez donc les pavés indigestes écrits en pattes de mouche.

De par son humour, son naturel, sa bienveillance et la manière dont il se base sur sa propre vie et des situations fictives, mais réalistes, l’auteur réussit à créer un réel et important sentiment de proximité avec ses lecteurs. Une condition qui me semble indispensable pour avoir envie d’entreprendre un travail d’observation et d’introspection sur soi et d’accéder à un bonheur bien mérité.

En résumé, grâce à différentes situations permettant de mettre en lumière nos schémas de pensée et la manière de les dépasser pour nous ramener dans l’instant présent, l’auteur offre une simple, mais efficace porte d’entrée à la connaissance de soi, une connaissance dépouillée de la présence envahissante et étouffante du JE. Un JE multiple et prêt à tout pour obtenir de l’attention et un faux sentiment de sécurité, quitte à développer des mécanismes l’éloignant du réel bonheur. Preuve s’il en est que le fameux Connais-toi toi-même de Socrate est toujours d’actualité, a fortiori dans une modernité plus prompte à tweeter son inconfort afin de le légitimer qu’à l’observer pour le dépasser.

Je remercie les éditions Flammarion et Babelio pour m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

Le jour où je me suis aimé pour de vrai, Serge Marquis

Je remercie les éditions Points et plus particulièrement Aurore, de m’avoir proposé de découvrir Le jour où je me suis aimé pour de vrai de Serge Marquis.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Maryse est une femme belle, intelligente et affreusement narcissique. Elle est aussi la mère de Charlot, fils singulier, qui l’émerveille et l’exaspère à la fois. C’est que Charlot, tel le Petit Prince, la confronte à des questions philosophiques désarmantes de vérité. Animé d’une humanité à fleur de peau, Charlot fait valser les certitudes de sa mère et de beaucoup d’autres. Il va prouver qu’en cessant de se regarder le nombril, on peut accéder au vrai bonheur et apprendre à s’aimer pour de vrai.

  • Broché: 288 pages
  • Editeur : Points (16 mai 2018)
  • Prix : 7.40€

AVIS

Je connaissais Serge Marquis, spécialiste de la santé mentale au travail, à travers son ouvrage On est foutu, on pense trop ! dont j’avais eu un avis mitigé. Curieuse de découvrir un autre de ses livres, j’ai néanmoins accepté avec plaisir la proposition d’Aurore de recevoir Le jour où je me suis aimé pour de vrai. Et je peux d’ores et déjà vous dire que je suis contente de l’avoir fait.

L’histoire et les personnages…

J’ai, en effet, été séduite par l’idée du Docteur Marquis de nous parler de l’ego et de ses différentes facettes sous la forme d’un roman mettant en scène, entre autres, Maryse. Neuropédiatre spécialisée dans le traitement du cancer, cette femme belle et intelligente possède, en plus de son expertise médicale, un ego démesuré l’empêchant d’être vraiment à l’écoute de ses patients, et pire, de son fils Charlot. Cherchant à tout prix à être la meilleure et à briller de mille feux, elle se trouve néanmoins désarçonnée voire en colère devant les questions philosophiques de ce dernier. Âgé seulement de 9 ans, il s’interroge déjà sur ce qu’est l’ego…

La narration sous forme de roman est, pour moi, le gros point fort de ce livre puisqu’elle m’a permis de m’immerger rapidement et totalement dans l’histoire. Je n’ai ainsi pas eu le sentiment de lire un cours sur l’ego, ce qui honnêtement aurait pu m’ennuyer, mais plutôt de lire un récit dans lequel l’ego est un personnage à part entière. D’ailleurs, c’en est bien un puisqu’il est même nommé Egoman par Charlot. Et cet Egoman, qui n’existe pas vraiment, mais qui est pourtant de partout, constitue une source de souffrance partagée par tous les hommes. C’est d’ailleurs surprenant de voir comme un concept qui divise les hommes peut se targuer d’universalité…

Comme dans un roman classique, certains personnages sont plus attachants que d’autres à moins que ce ne soit ici que l’expression de mon ego qui a réussi à s’identifier plus facilement à certaines personnalités… Quoi qu’il en soit, Maryse s’est révélée à maintes reprises agaçante par sa propension à tout ramener à elle, à son intelligence, à son besoin d’être la meilleure, à son « moi, moi, moi » permanent… Elle a même réussi à me choquer par son égocentrisme notamment lors de l’annonce de la maladie de son fils. Alors que toute son attention aurait dû être dirigée sur Charlot afin de l’aider à accueillir la nouvelle, elle ne peut s’empêcher de penser à sa carrière et à l’éventuel frein que la maladie de son fils pourrait constituer. Néanmoins, Maryse, bien que ce soit de manière assez lente, évolue au gré des questions de Charlot, de ses conversations avec son ami psychiatre Georges et des épreuves de la vie. De personne autocentrée, elle s’ouvre progressivement à son fils, puis aux autres. Alors bien sûr, son ego n’est jamais loin, mais on ne peut qu’apprécier ses efforts et tout le chemin parcouru entre la femme du début et celle de la fin.

Mais, c’est à un personnage secondaire que je me suis le plus attachée : Georges, l’ami psychiatre de Maryse. J’attendais d’ailleurs avec impatience ses interventions puisque l’auteur lui donne régulièrement la parole. Je l’ai trouvé extrêmement touchant d’autant que c’est pour moi, le personnage le plus « réaliste ». Bien que psychiatre, il ne prétend pas avoir toutes les réponses et fait de son mieux pour être dans la Présence afin d’aider au mieux ses patients. Il conseille également Maryse tout en l’encourageant à trouver ses propres réponses à ses questions… Mais comme le cordonnier est souvent le plus mal chaussé, Georges a aussi ses failles notamment au niveau de sa relation avec cette femme qu’il admire et aime tant. C’est donc au contact de Charlot et de ses amis qu’il va finir par comprendre que lui aussi a besoin de lâcher prise. Et c’est seulement de cette manière qu’il trouvera enfin ce bonheur tant espéré…

Si Charlot a 9 ans m’a émue notamment dans sa manière de poser des questions difficiles en toute innocence et son envie de faire taire son ego pour arriver à vraiment aimer les autres, j’ai trouvé le personnage trop irréel pour vraiment m’attacher. Le décalage entre ses paroles et son âge m’a, en outre, mise mal à l’aise… Sa sagesse et sa manière d’être dans la Présence lui permettent, petit à petit, de se distancier de l’ego, mais je l’ai trouvé parfois assez froid avec sa mère notamment dans sa phase d’adolescence. À l’inverse, sa relation avec sa petite-amie Marie-Lou est belle, bien qu’elle m’ait parfois indisposée, son intensité ne reflétant pas ce que l’on peut attendre du comportement de deux adolescents. Mais là, je reconnais que ce sont mes préjugés qui parlent, préjugés qui rejoignent d’ailleurs ceux de Maryse. Il faut dire que l’on découvre l’histoire principalement de son point de vue et que cette dernière tend à souffrir de la relation fusionnelle de son fils avec Marie-Lou. Il est donc possible que mon ressenti vis-à-vis de Charlot s’explique par le fait que je me sois identifiée à la mère plutôt qu’au fils… J’ai d’ailleurs compris sa peine à l’idée d’être exclue de la vie de son fils et d’avoir le sentiment d’avoir perdu le rôle de mère pour celui de tiroir-caisse.

Ce sentiment d’aimer et de ne pas être aimé en retour est d’ailleurs abordé par l’auteur à travers un autre personnage que l’on voit peu, mais qui aura une grande influence sur la vie des protagonistes du livre. Hamid, qui donne toutes ses lettres de noblesse au terme d’amitié, nous apprend ainsi que le plus important n’est pas d’être aimé, mais de savoir qu’on a la capacité d’aimer sans rien attendre en retour. Une idée très belle qui, pour ma part, m’a fait réfléchir. Il est vrai qu’en donnant des marques d’attention et d’affection, on a naturellement tendance à en attendre en retour, ce qui peut créer des déceptions et des blessures d’ego quand ce n’est pas le cas… Apprendre à aimer sans contrepartie semble donc être un enjeu important pour chacun d’entre nous, ce que l’auteur nous montre de manière assez délicate pour que chacun puisse en saisir l’importance sans se sentir jugé.

Un roman qui divertit tout en nous permettant de réfléchir à la notion d’ego et son impact sur nos vies…

Même si l’histoire de Maryse, de son fils, de Marie-Lou et de Georges est intéressante en soi, son principal intérêt réside dans le fait qu’elle permet de mieux comprendre la notion d’ego, ses différentes facettes et la manière dont ce concept, pure création de l’esprit humain, réussi à diriger nos vies, souvent pour le pire. Alors bien sûr, d’aucuns pourraient regretter des personnages caricaturaux et extrêmes (la femme carriériste, froide et imbue d’elle-même, le fils de 9 ans qui pose des questions philosophiques, l’ex-mari qui part avec une jeunette, l’amoureux transi…), mais contrairement à un roman classique, ce n’est pas gênant puisque ça permet de faciliter la compréhension d’une notion assez abstraite.

D’une plume simple, mais fluide, l’auteur nous montre, à travers des situations parfois difficiles et des personnages hauts en couleur, à quel point l’ego peut diriger nos vies et nous pousser dans nos retranchements. On comprend ainsi comment l’ego peut conduire:

  • des enfants à en harceler d’autres quand ceux-ci sont différents de peur leur différence attire cette attention qu’ils désirent tant,
  • des hommes à tuer quand ils s’identifient à leurs croyances et que celles-ci sont remises en cause de peur que leur disparition signifie l’annihilation pure et simple de leur personne,
  • des malades à refuser de guérir de peur de perdre l’attention obtenue grâce à la maladie…

On apprend également à différencier l’amour de l’attachement à travers notamment le comportement courageux et exemplaire de Marie-Lou face à la maladie, la nécessité de vivre l’instant présent et de « revenir ici » quand l’ego prend le contrôle de ses pensées, la différence entre aider son prochain et l’envie d’être admiré…

Le jour où est j’ai appris à m’aimer pour de vrai fait donc partie de ces livres que je qualifierais d’inspirants. Sous couvert de nous raconter une histoire, l’auteur nous pousse ainsi à réfléchir, à nous interroger sur nos propres comportements et à, d’une certaine manière, grandir. Une fois la dernière page tournée, j’ai un peu eu le sentiment d’avoir parcouru un livre feel-good. Si certains passages sont, en effet, assez durs, la maladie n’épargnant pas nos personnages, il en ressort un joli message d’espoir, et l’envie d’enfin apprendre à s’aimer et à aimer les autres pour de vrai.

Un livre qui permet un certain travail d’introspection

Difficile durant la lecture de ne pas faire de multiples pauses pour prendre des notes, certaines phrases étant particulièrement sujettes à réflexion en fonction de son propre vécu…

J’ai ainsi été particulièrement touchée par un passage bref évoquant la maladie d’Alzheimer, la meilleure amie de Maryse mettant exactement les mots sur mon ressenti. Cette peine d’avoir perdu la personne que l’on connaissait et d’avoir le sentiment de ne plus être spécial pour elle alors que l’on avait une relation quasi fusionnelle avec cette dernière. Ainsi, si je tiens la main et souris même quand de petite-fille, je passe à collègue de travail dans la même phrase, je dois reconnaître que je sors toujours de la maison de retraite le cœur lourd. Mais de ce livre, j’ai retenu que c’est avant tout mon ego qui parle et qu’il me revient d’apprendre à aimer sans rien attendre en retour, à juste être là et à tenir la main de cette grand-mère qui, bien qu’elle ne sache plus forcément qui je suis, répond toujours par un grand sourire à ma présence à ses côtés.

J’ai fini le livre il y a quelques jours, il m’est donc difficile d’en évaluer l’impact sur ma vie, mais ce qui est certain, c’est que depuis que j’ai découvert Maryse et Charlot, je me suis posé un certain nombre de questions sur mes schémas de pensée ou mes (ré)actions. Et je ne doute pas que ce soit la même chose pour les autres lecteurs… Il y a néanmoins une chose que j’ai encore beaucoup de mal à faire malgré la lecture de ce livre : être dans la Présence. J’ai une tendance naturelle à refaire le passé, à prévoir ce que je dois faire et à faire plusieurs choses à la foi, mais je ne sais pas vivre l’instant présent. Et c’est un point que Serge Marquis m’a donné envie de travailler. J’espère donc un jour réussir à faire taire suffisamment mon ego et à « revenir ici » quand mon esprit s’égare afin d’être dans la Présence plutôt que dans les méandres de mon cerveau.

En conclusion, Le jour où j’ai appris à m’aimer pour de vrai fut une très bonne surprise. À travers l’histoire d’une femme narcissique et de son fils, on découvre la notion d’ego, ses différentes facettes et l’impact que ce concept peut avoir dans la vie de chacun. Plein d’humanité, d’amour, d’amitié, de joie, mais aussi de moments plus tristes, Serge Marquis nous offre ici une histoire qui, en nous faisant passer par mille émotions, nous pousse à réfléchir à notre propre vie. Reste alors en suspens une seule question : et vous, avez-vous appris à vous aimer pour de vrai ?

Et vous, envie de découvrir Le jour où je me suis aimé pour de vrai !

On est foutu, on pense trop! Dr Serge Marquis

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On est foutu, on pense trop! est un ouvrage du Docteur québecois Serge Marquis dont voici les informations trouvées sur le site des Éditions de la Martinière :

« consultant dans le domaine de la santé mentale au travail, le Dr Serge Marquis, auteur à succès québécois, donne plus de 150 conférences par an. En 1995, il a mis sur pied sa propre entreprise de consultation, T.O.R.T.U.E (Organisation pour Réduire les Tensions et l’Usure dans les Entreprises). »

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Découvert sur un groupe de lecture et séduite par la métaphore de Pensouillard le hamster, j’ai réservé ce livre à la bibliothèque (pour les Stéphanois, vous pouvez le réserver ou vérifier sa disponibilité ici).

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PRÉSENTATION ÉDITEUR

Derrière le tapage incessant de Pensouillard le hamster (héros de ce livre) se cache notre EGO. Face aux petits bobos et aux gros tracas de la vie, cet « agité du bocal » nous fait souffrir, nous leurre, nous empêche d’être libres. Comment le remettre à sa place ? Dans un style vivant et plein d’esprit, le Dr Serge Marquis nous invite à observer les mouvements de notre ego. A nous amuser de ses pitreries. Puis, à ralentir pour trouver la paix. Etape par étape, l’auteur nous guide dans une aventure inattendue, celle de la… décroissance personnelle pour ne plus subir la dictature de l’ego. Une démarche à contre-courant, à la fois divertissante et libératrice. Car un petit pas de moins pour Pensouillard, c’est un grand pas de plus pour vous.

  • Broché: 158 pages
  • Editeur : Editions de la Martinière (2 avril 2015)
  • Prix : 13,90€

AVIS

La méthode du praticien est destinée à « apprivoiser et calmer son mental« . Oui, rien que ça!

Un livre simple : bon ou mauvais point?

Le livre est court et se lit vraiment très facilement. Le vocable employé n’est pas abscons et à la portée de tous, des habitués des livres de développement personnel aux néophytes. J’ai apprécié ce point, le Docteur Marquis n’essayant pas d’en mettre plein la vue à ses lecteurs par ses connaissances médicales mais bien de les interpeller, de les impliquer dans la lecture et dans l’idéal, dans l’application de sa méthode.

Je dis méthode car c’est le terme employé sur le quatrième de couverture mais peut-on vraiment parler de méthode? J’en doute fortement, « la méthode » consistant principalement en l’apprentissage de la respiration. Je ne nie aucunement les bienfaits de maîtriser sa respiration comme j’ai pu l’apprendre au théâtre dès  l’école primaire, au Pilates, en sophrologie… Bref, rien de bien nouveau ici.

La simplicité des propos du Docteur Marquis tombe malheureusement dans l’écueil de la simplification à outrance. Je conviens aisément que ce livre n’a pas vocation à faire comprendre les arcanes du cerveau mais les exemples sont amplifiés à l’extrême avec comme résultante une tendance aux stéréotypes.

En lisant certains passages, j’ai vraiment essayé de me rappeler que le côté extrême des exemples donnés était sûrement voulu afin de schématiser les pensées. J’ai quand même eu du mal à les accepter, peut-être parce que même énervée, les pensées que nous lecteurs sommes supposés avoir ne me traversent jamais l’esprit. J’ai l’impression que pour l’auteur nous sommes tous des Calimero en puissance…

Exemple : au supermarché, à la suite d’une série de déconvenues, vous devez attendre à la caisse. « Pensouillard décoche ses phrases fétiches : Pourquoi est-ce toujours à moi que ces choses arrivent? Hein? POURQUOI MOI? On dirait que la vie m’en veut! Caissière, tu parles d’une vie, toi! Faut dire qu’avec le QI qu’elle a… »

Le Docteur Marquis m’expliquerait sûrement que mon avis est le fruit de mon facétieux hamster qui tend à me pousser à m’identifier à la caissière de l’exemple précité. Moi, j’y vois plutôt le fruit de mon éducation qui fait qu’associer un faible QI à un métier, quel qu’il soit tend à me révolter. J’ai, en outre, un hamster très turbulent mais heureusement, pas aussi plaintif.

J’ai également trouvé que certains propos du livre manquaient cruellement de tact voire étaient à la limite de la condescendance ou du mépris ce qui, pour un professionnel de santé visant à aider son prochain, me semble plutôt malvenu. Je ne pas nier être de manière générale plutôt sensible mais je pense sincèrement que certains des propos tenus ne pourraient qu’accentuer le mal-être d’une personne déjà en détresse. J’imagine que c’est souvent de l’humour mais n’oublions pas qu’à l’écrit les émotions ne sont pas transmises aussi fidèlement qu’à l’oral…

  • « Votre chère petite cervelle, qui se croit tellement brillante, peut-elle comprendre ça?
  • « Si vous répondez oui, ne serait-ce qu’une fois, vous avez un besoin urgent car vous êtes très malade.
  • « Si vous êtes sain d’esprit… »

Quelques points intéressants à retenir…

Pour autant, ai-je détesté le livre? Et bien, figurez-vous que non! Si je passe le problème de la simplification, la simplicité de l’écriture m’a plu. Dès le premier chapitre, je me suis interrogée sur mes propres réactions.Je ne me suis pas forcément reconnue dans les propos du Pensouillard tels qu’ils sont rapportés par le Docteur Marquis et que je trouve plutôt agressifs envers les Autres. Mais je ne peux nier  l’existence d’un « hamster » qui ne me lâche jamais, qui parle en permanence avec une tendance à l’auto-critique et donc au final, une agressivité tournée vers le Moi.

Il y a un point que j’ai apprécié dans cet ouvrage : la notion d’activité mentale-égo et d’activité mentale-conscience. La première évolue dans les critiques négatives, les plaintes et l’autre, dans l’objectivité et la recherche de solutions. C’est la notion clé de ce livre que je retiendrai et que j’ai essayé d’appliquer au quotidien dès la lecture du livre. Cela n’a rien d’innovant mais la manière dont le Docteur Marquis l’a abordée m’a parlé. Il invite le lecteur à savoir faire preuve  » d’intelligence ». Ici, cela signifie savoir prendre le recul nécessaire pour repérer le moment où notre hamster plein de pensouilles entre en scène et décider, sans jugement, qu’on ne le laissera pas nous embarquer dans son manège.

Enfin, si certains passages ont fait bondir mon hamster à la la tendance très empathique, je ne peux que reconnaître que j’en ai apprécié d’autres, pas forcément originaux, mais porteurs de sens.

NOTE : 3/5

AUTEUR

Pour une présentation de l’ouvrage par son auteur, je vous invite à visionner la vidéo ci-dessous :

 

En résumé , ce n’est pas un livre miracle et la promesse d’apprivoiser et calmer son mental  me semble présomptueuse. Néanmoins, l’approche originale de l’auteur à travers l’allégorie de Pensouillard le hamster permet de marquer les esprits et d’offrir une certaine légèreté à cet ouvrage. Je ne vous conseillerai pas forcément de l’acheter mais si vous avez l’occasion de l’emprunter, n’hésitez pas à le lire.