Chamane (tome 1) : Héritage, Rachel Dubois

Héritage: Chamanes T.1 par [Rachel Dubois]

Bienvenue dans la vie de Sandra Neve, une ado la plupart du temps effacée, un peu boulotte et boutonneuse. Elle aura bientôt seize ans, âge auquel elle sera une adulte selon les lois de son monde. Que les humains au milieu desquels elle se dissimule n’en n’aient aucune conscience lui importe peu car elle n’est pas plus humaine que boulotte et boutonneuse ! Sandra est une Chamane, un être magique et puissant.

En plus de manipuler certaines formes de magies ancestrales, elle partage son corps avec son Once dont elle peut prendre la forme à volonté. La jeune femme n’a plus que quatre mois à se terrer avant de pouvoir revendiquer sa terre comme sienne, mais quatre mois ça peut être très long, surtout lorsque trois Léopards adolescents, le Prince des Lions de Catalunya et un ennemi énigmatique prennent sa vie et sa Terre comme terrain de jeu.

Il ne fait pas bon d’être une mineure isolée dans le monde impitoyable des Chamanes. La jeune Panthère des neiges va devoir dire adieu à sa seule amie, la solitude, créer des liens et des alliances, découvrir l’amour, affronter des ennemis puissants et surtout survivre à son héritage ! Parfois les apparences sont trompeuses et les secrets de famille pesants…

Bienvenue dans la vie de Sandra Neve, une Chamane presque comme les autres humaines…

Auto édition (20 avril 2021) – 270 pages – Broché (15€) – Ebook (4,50€)

AVIS

J’avais déjà repéré ce roman, mais je reconnais que c’est sa nouvelle couverture, que je trouve sublime, qui m’a poussée à franchir le pas. Et si certains points m’ont parfois chagrinée, je reste globalement satisfaite de cette lecture plutôt immersive et prenante.

Mais il est vrai que j’aurais probablement accroché encore plus à l’histoire avec des personnages plus âgés ou, du moins, peut-être un peu plus matures et moins jaloux et possessifs. Mais le vrai point qui m’a gênée, parce qu’à mon sens facilement évitable, c’est la présence de répétitions qui au bout d’un moment deviennent pesantes. À intervalles (trop) réguliers, on entend donc Sandra se lamenter sur son imbécile et arrogant voisin, Greg, et ledit Greg sur cette insignifiante, moche et voisine pas du tout à son goût. Je comprends que, par ses répétitions, l’autrice insiste sur le rapprochement inattendu entre deux adolescents qui n’ont pourtant, à première vue, aucun atome crochu, mais j’aurais aimé un peu plus de subtilité. Si ces répétitions ont mis mes nerfs à rude épreuve, elles ont néanmoins le mérite de nous permettre de mieux comprendre Greg.

En plus de devoir vivre avec sa double nature d’humain/léopard acquise relativement récemment, et qu’il essaie encore de dompter, l’adolescent doit faire face à des sentiments et des émotions qu’il ne maîtrise pas et qu’il ne comprend absolument pas. Il n’aime pas Sandra, qui ne correspond pas à ses critères de la petite amie idéale, mais il ne peut s’empêcher de la regarder et de penser à elle. Et tout ça, à cause de son léopard complètement fasciné par la jeune fille au point d’obliger Greg à passer ses nuits sur le toit de celle-ci, afin d’être certain qu’elle soit en sécurité.

L’adolescent, pour ne pas entrer en conflit avec la part animale en lui joue le jeu, mais il en est profondément ennuyé ! À sa place, je l’aurais été pour moins que ça. Quelque peu antipathique au début de l’histoire, notamment en raison de son obsession de la beauté au détriment de la personnalité, Greg finit par évoluer et ouvrir les yeux sur ce que son léopard tente de lui faire voir depuis un certain temps. Cela n’ôte en rien la gravité du harcèlement qu’il a fait vivre deux années durant à Sandra, mais cela prouve que même les imbéciles peuvent changer.

Quant à Sandra, adolescente et chamane capable de se transformer en panthère, je n’ai pas développé d’attachement viscéral pour elle, l’autrice insistant plus sur sa personnalité de combattante que sur ses émotions. J’ai néanmoins été impressionnée par sa détermination, sa bravoure et la manière dont elle lutte vaillamment pour garder la maîtrise d’un territoire qui semble faire des envieux. Elle doit d’ailleurs travailler d’arrache-pied pour cacher le décès de sa grand-mère jusqu’à son seizième anniversaire où aura lieu sa Révélation, et donc son passage à l’âge adulte selon les lois de son monde. Or, si elle attend avec impatience cette majorité, c’est que c’est le seul moyen d’empêcher un adulte de s’emparer d’elle et de son territoire… Dans sa lutte pour son indépendance, elle pourra compter sur le soutien inattendu d’un nouveau venu, Fabio, le seul et unique héritier des Lions de Catalunya. Un soutien bienvenu, les attaques de créatures cauchemardesques se multipliant et laissant craindre à la jeune fille qu’une personne essaie de s’emparer de cette terre qui lui revient de droit.

J’ai apprécié la relation de confiance et la complicité qui s’installe progressivement entre les deux personnages. Ainsi, Sandra aide, sans même le réaliser, Fabio à retrouver ce sentiment de lien et d’appartenance que la mort de sa compagne lui a fait perdre. Quant à Fabio, il se révèle être une épaule stable et attentive sur laquelle s’appuyer et prouve à l’adolescente que les combats n’ont pas toujours à être menés en solitaire. Or pour une fille aussi seule que Sandra qui, depuis le décès de sa grand-mère, n’avait personne avec laquelle échanger sur les dangers de son monde, cela change tout !

À cet égard, ce premier tome nous offre une immersion intéressante dans un monde où le surnaturel s’invite. Sans entrer dans les détails pour vous laisser le plaisir de la découverte, je peux néanmoins vous dire que j’ai apprécié d’en apprendre plus sur le passé de certains personnages, sur les liens parfois très surprenants qui les lient, sur la conception assez particulière de la filiation chez les chamanes, sur l’histoire ténébreuse et mouvementée de ces êtres fascinants capables de se métamorphoser, sur leurs pouvoirs mais surtout sur ceux de Sandra… Pour ma part, j’ai apprécié que par mesure de précaution et pour garder un avantage sur ses ennemis, Sandra ne fasse pas étalage de ses talents. Cela nous permet de les découvrir au fur et à mesure et de réaliser à quel point l’adolescente est puissante et dangereuse. Ainsi, sa magie, couplée à une force d’esprit phénoménale et des capacités de combattante prodigieuses, fait d’elle une arme létale dont ses ennemis devraient se méfier.

Au-delà de ce monde qui s’offre à nous, l’autrice nous réserve également quelques surprises, avec notamment des secrets de famille qui ne devraient pas manquer de vous surprendre, et vous pousser à reconsidérer toute l’histoire et la mythologie des chamanes sous un autre angle. Car si certains sont prêts à tout, même à la trahison pour gagner en pouvoir et en influence, d’autres sont également capables du plus dur et cruel des sacrifices pour la sécurité des leurs… J’ai ainsi été touchée par certaines révélations dont les conséquences sont bien concrètes pour Sandra, Greg, Fabio, mais aussi tous les personnages secondaires qui habitent ce tome et qui se révèlent attachants. Je pense plus particulièrement à la cousine de Sandra qui va évoluer auprès d’elle et réaliser, grâce à l’un des cousins de Greg, que si les hommes peuvent être exaspérants, certains peuvent également se révéler attirants… Entre Greg et Sandra, et Danaë et Luc, il y a un côté romance ennemies to lovers qui n’a pas été pour me déplaire !

En ce qui concerne la plume de l’autrice, je l’ai trouvée agréable. En alternant entre différents points de vue, tout en veillant à dynamiser la narration par de nombreux dialogues vivants et réalistes, Rachel Dubois rend son histoire facile et rapide à lire. À noter que si la première partie permet de s’approprier le monde de Sandra et d’apprendre à connaître les personnages, le rythme s’intensifie et la tension monte crescendo jusqu’à un final plutôt explosif et des événements qui m’ont (agréablement) surprise par leur dureté.

En conclusion, ce premier tome d’une série prometteuse nous permet de nous approprier un univers possédant une mythologie intéressante et de découvrir une galerie de personnages variés et complémentaires, dont une héroïne déterminée à protéger son héritage à ses risques et périls. Entre l’amour, l’amitié, l’action, les trahisons, les secrets de famille et les révélations, vous ne devriez pas vous ennuyer, a fortiori si vous aimez les histoires dans lesquelles la magie se mêle au monde réel… pour le meilleur et pour le pire.

Je remercie l’autrice de m’avoir envoyé son roman en échange de mon avis ainsi que pour sa dédicace et le marque-page.

 

La vie est un cirque, Magne Hovden

La vie est un cirque par Hovden

Un roman joyeux, tendre et attachant pour voir la vie en couleur !

Lise, trentenaire célibataire, travaille pour un fonds d’investissement et rêve de devenir l’associée de son patron froid et cynique. Sa vie va pourtant basculer le jour où un clown la demande à l’accueil.

Un oncle dont elle ne connaissait pas l’existence, vient de mourir et lui lègue son cirque à Oslo. Une opportunité en or se dessine pour Lise qui voit dans la revente de ce patrimoine la possibilité de devenir la numéro deux de sa boîte. À la lecture du testament, elle fait la connaissance des neuf circassiens, loin d’être enthousiasmés par cette nouvelle.

À la surprise de tous, il y a cependant une condition, et de taille, à l’héritage : Lise doit effectuer cinq représentations à la tête du cirque, costume pailleté, haut de forme et éléphante inclus…

Le Seuil (20 mai 2021) -384 pages – Papier (20€) – Ebook (14,99€)
Traduction : Marianne Segol

AVIS

Attirée par la couverture et le résumé, je me suis laissé tenter par ce roman, ce que je ne regrette pas, ayant passé un très bon moment en compagnie de personnages hauts en couleur, parfois détestables, mais pour certains terriblement touchants, à commencer par Lucille.

Cette éléphante pleure la mort du directeur du cirque Fandango qui l’avait sauvée d’un tragique et funeste destin. Alors, si je reste sur ma position à savoir qu’un pachyderme n’a rien à faire dans un cirque, je n’ai pu qu’être touchée par son histoire et la complicité que Lucille a su nouer avec Hilmar. Loin de l’image du directeur de cirque qui ne pense qu’au profit et qui exploite sans vergogne ses animaux, Hilmar, tel qu’on nous le décrit, était un homme profondément humain et bon, qui traitait avec beaucoup d’amour et de respect Lucille. Cela explique probablement la peine que cette dernière éprouve face à sa disparition. N’oublions pas que les éléphants sont des êtres très sensibles …

L’arrivée de la nièce de Hilmar pourra-t-elle l’aider à aller mieux ? Peu probable si l’on se fie aux premiers pas de Lise au sein du cirque, cette trentenaire, obsédée par l’argent et la réussite, ne faisant guère montre de beaucoup d’enthousiasme devant les dernières velléités d’un oncle dont elle ne connaissait même pas l’existence. Un oncle qui lui demande par l’intermédiaire de son testament de prendre la direction du cirque pendant au moins cinq représentations ; chapeau de forme, costume pailleté, sourire et bonne humeur compris. Lise ferait tout pour échapper à cette tâche bien loin de son travail au sein d’un fonds d’investissement, mais elle n’a pas vraiment le choix puisque c’est la condition sine qua non pour pouvoir hériter du cirque. Or, si elle se moque éperdument du cirque et de ses employés, elle espère bien pouvoir le vendre et ainsi obtenir l’argent nécessaire pour devenir l’associée de son patron et mentor.

Froide, vénale, cynique, autoritaire et blessante, Lise n’est pas le genre de personne avec laquelle on a envie de sympathiser et encore moins de prendre un thé ! L’auteur a donc fait un choix plutôt audacieux en mettant en scène une héroïne détestable. Choix que j’ai, pour ma part, apprécié, parce qu’il dépeint une réalité, celle du monde de la finance et des personnes qui exécutent les basses manœuvres sans une once de scrupule ou de remords pour les vies qu’elles détruisent. Du moins en apparence, parce que si Lise répond clairement à ce schéma, de fil en aiguille, sa carapace se fendille, les prémisses d’une prise de conscience se font sentir, et son cœur finit par s’ouvrir à des émotions que son cerveau a longtemps préférées ignorer pour des raisons que l’on découvre en cours de lecture.

Une évolution réaliste, car extrêmement progressiste. Lise ne change pas du jour au lendemain et dans l’intervalle entre sa prise de conscience et son arrivée au cirque, elle aura eu le temps de prouver sa froideur et sa détermination : manipulation, mensonges, piques qui appuient là où ça fait mal... Il faudra bien toute la magie du cirque, parce que magie il y a, la bienveillance de la plus proche amie et confidente de son oncle, une éléphante qui sait clairement se faire comprendre, un clown qui n’hésite pas à s’opposer à elle et à lui mettre sous le nez les conséquences de ses décisions, un avaleur de sabres amical… pour qu’elle commence à voir se dessiner une autre vie, une vie dans laquelle elle ne serait pas amputée de ses sentiments et obnubilée par la réussite et l’argent !

Et si l’argent ne faisait pas tout et n’était pas la solution pour combler un vide en soi ? La question, en apparence naïve, est loin de refléter la subtilité avec laquelle l’auteur l’amène. Loin d’être un énième roman feel good, La vie est un cirque joue sur la dualité humaine, sur les failles dont on n’a pas forcément conscience et que l’on comble par des moyens vides de sens et donc inefficaces, sur ce que l’on pense être, mais qui ne reflète pas ce que l’on est à l’intérieur, sur ces épreuves qui vous endurcissent en vous faisant perdre au passage une partie de votre âme, sur ces regrets qui peuvent vous détruire ou, à l’inverse comme Hilmar, vous pousser à offrir une meilleure version de vous-même.

Malgré des thématiques plutôt sérieuses qui évoquent, entre autres, ce qui fait de nous ce que nous sommes, le roman ne se révèle jamais dogmatique, sombre ou déprimant. Non, bien au contraire, d’abord parce qu’il y a quand même pas mal de petites touches d’humour et des situations cocasses qui allègent l’atmosphère, mais surtout parce que l’écriture de l’auteur est lumineuse et vivante. Il y a ainsi beaucoup de vie dans ce cirque que Lise pense condamner : les petites chamailleries comme dans toute famille, ce cirque étant une grande famille, les conciliabules pour contrer les plans de Lise, les habitudes de chacun, les entraînements, les doutes, les blessures, l’amour, le sens de la loyauté parfois mis à l’épreuve, la vie quotidienne au sein d’un cirque, les moments de complicité fraternelle et amicale…

Et puis, quand Lise est assez froide, bien qu’elle évolue progressivement, les autres personnages sont tous hauts en couleur, chaleureux, diablement vivants et attachants, du moins pour la plupart. Pour ma part, j’ai eu un coup de cœur pour Lucille, l’éléphante, au grand cœur, et pour Diana, qui est l’incarnation de la bonté, de la gentillesse et de la bienveillance. Tout le monde au sein du cirque aimait Hilmar, mais personne n’avait pour lui un attachement aussi grand et sincère que le sien. Diana fera d’ailleurs tout pour que sa dernière volonté soit exaucée, quitte à prendre des risques et à soutenir Lise malgré sa personnalité difficile.

Quant à Hilmar, s’il n’est plus, on sent sa présence et son influence, cet homme étant inextricablement lié à son cirque et à toutes les belles personnes qui le composent, et pour lesquelles il a joué tour à tour le rôle de père, de confident, d’ami, de mentor… Hilmar se fait petit à petit une place dans le cœur de Lise, qui apprend à connaître cet homme bienveillant à travers les yeux des membres du cirque, et de lettres qu’il lui a laissées et qu’elle découvre au fur et à mesure des représentations. Il se crée ainsi un lien au-delà de la mort entre deux personnes qui ont vécu leur vie en parallèle sans jamais se rencontrer, mais qui sont pourtant bel et bien liées. N’oublions pas non plus le cirque qui est ici un personnage à part entière. On le voit vivre, agonir, se relever, trébucher et se dresser fièrement malgré les obstacles et l’adversité.

Au sein de cet environnement particulier qui suit ses propres règles et un rythme qui lui est propre, Lise apprend enfin ce qu’est le lien, l’amitié et le vrai sens de la famille, pas seulement celle du sang, mais celle que l’on choisit et qui nous choisit pour ce que l’on est, et non pour ce qu’on peut lui apporter. Au fil des pages, on développe d’ailleurs une certitude : loufoque ou non, le plan de Hilmar pour aider sa nièce à être heureuse est ingénieux, parce que sincère et basé sur l’envie de montrer à Lise le chemin qu’il a lui-même parcouru, les deux personnages n’étant peut-être finalement pas si différents l’un de l’autre. Une réalité que Lisa va devoir découvrir par elle-même pour espérer être en phase avec la personne qu’elle est vraiment… que cela plaise ou non à son mentor !

Au-delà de toute l’intrigue autour du cirque et de la bataille entre Lise et les membres de la troupe bien décidés à ne pas la laisser détruire leur vie et outil de travail, l’auteur offre une réflexion intéressante sur un art en perte de vitesse, face à un public en quête de toujours plus de sensations. Comment un clown peut-il rivaliser avec les écrans de téléphone que le public semble incapable de quitter des yeux plus que quelques minutes ? N’est-il pas temps de laisser place à de nouvelles formes de spectacle et de tirer un trait sur un art qui a pourtant émerveillé et diverti des générations et des générations ?

Chacun se fera sa propre opinion, notamment sur la place du passé au sein de la modernité et du pouvoir de la finance, mais j’ai apprécié que l’auteur ne se contente pas d’établir un constat défaitiste. Il nous prouve également que tout espoir n’est pas perdu et que certains sont prêts à se battre pour faire perdurer leur art et cette passion qui les anime. Un beau message qui m’a touchée et qui m’a donné envie de retrouver les gradins d’un cirque (sans animaux), de renouer avec cette excitation à l’arrivée des artistes sur la piste et de me laisser émerveiller par des numéros en apparence simples, mais qui ont demandé des heures de travail.

En résumé, La vie de cirque offre une incursion lumineuse et mouvementée au sein d’une troupe de cirque qui va devoir faire face à un nouveau défi : une nouvelle directrice plus sensible au pouvoir de l’argent qu’à la magie du cirque et de l’amitié. Mais parce que nos artistes ont plus d’un tour dans leur sac et sont bien décidés à défendre un art de vivre qui leur tient à cœur, attendez-vous à une rencontre au sommet entre le feu et la glace, entre le rationalisme économique dépourvu d’âme, et la passion qui fait de chaque représentation un moment de partage et d’émotions. Original, touchant, non dénué d’humour et empreint d’un sens absolu de l’amitié et de la famille, La vie de cirque est bien plus qu’un roman ! C’est une déclaration d’amour au cirque avec un grand C, et à toutes les personnes qui continuent à faire vivre cette tradition séculaire, malgré une modernité qui aurait trop vite fait de la condamner.


10 raisons pour lesquelles lire La vie est un cirque

  • Une héroïne qui renoue avec ses émotions et (re)découvre son humanité au sein d’un cirque dont elle a hérité
  • Des personnages variés, hauts en couleur et pour certains terriblement attachants et touchants
  • Un beau message sur la possibilité de changer et de ne pas se laisser emprisonner par son passé
  • Un secret de famille qui soulève moult questions
  • Un voyage en Norvège en plus d’une immersion truculente dans le quotidien d’une troupe de cirque
  • Des moments cocasses et des échanges mordants qui ne manqueront pas de vous amuser
  • Un roman très actuel qui met en exergue la pression de la rentabilité à tout prix et des méfaits de la financiarisation à outrance de l’économie
  • Un exemple concret de la manière dont passé et modernité entrent en collision, avant peut-être de pouvoir cohabiter dans des bulles hors du temps comme les représentations de cirque peuvent l’être
  • Une écriture lumineuse qui mêle avec talent cynisme des uns et passion des autres
  • Un roman qui se lit tout seul et qui laisse les lecteurs avec un sentiment bienvenu d’optimisme

Merci à Babelio et les éditions Seuil pour cette lecture.

Écrit dans le sang, Edmonde Permingeat

Couverture Écrit dans le sang

La jeune Maya, une rousse sulfureuse, tombe en panne un soir d’été devant la grille de la Giraudière, un manoir perdu en pleine campagne tarnaise. Elle y est accueillie.
Mais, à peine installée dans cette étrange demeure où vit la famille Rascol, la « belle aux yeux de chatte » va jouer de sa séduction pour exacerber tous les conflits latents. Aucun membre de cette grande fratrie n’échappera à son emprise.
Quelques jours plus tard, elle disparaît de façon subite et inexpliquée… Avec les taches de sang laissées sur le tapis et les murs, sa chambre a tout d’une scène de crime.
Qu’est-il advenu de Maya ?
Une intrigue psychologique où jalousie et vengeance distillent un suspense angoissant.

L’Archipel (9 juillet 2020) – 456 pages – Broché (20€) – Ebook (14,99€)

AVIS

L’autrice nous plonge d’emblée dans un prologue super intrigant avec des airs d’Indiana Jones, version criminelle ! Extrait d’un roman fictif, son intérêt prendra tout son sens dans la suite de l’histoire et offre une belle mise en abyme que j’ai, pour ma part, appréciée... Puis nous découvrons, petit à petit, les différents membres de la famille Rascol réunis pour les vacances dans le manoir familial, demeure permanente pour l’un, propriété secondaire pour les autres. La famille va accepter d’héberger provisoirement Maya, une jeune femme dont la voiture est tombée en panne près du manoir, sans se douter de l’engrenage infernal dans lequel elle a mis le doigt.

Mais ne vous laissez pas tromper par cette bonne action, le portrait de famille des Rascol étant loin de faire rêver. Le grand-père, maintenant décédé, était un pilleur de tombe, voire pire, qui ne s’est jamais occupé de ses trois fils. L’aîné, Stéphane, écrivain raté, est cynique et méchant quand le cadet, Frédéric se révèle arrogant et imbu de lui-même dénigrant avec force jusqu’à ses propres enfants pas assez bien pour lui et sa brillante carrière. On aurait pu prendre ces derniers en pitié, mais ils ne se montrent pas non plus sous un jour favorable : Hugo, le beau gosse de service ne pense qu’à s’amuser et ne supporte pas qu’une fille lui préfère un autre, et sa jumelle, Marion, est jalouse à l’extrême et possessive. Des caricatures de gosses de riche nés avec une cuillère dans la bouche à qui tout est dû même s’il est vrai que Marion semble avoir travaillé dur pour réussir son agrégation… Un concours qui lui est passé sous le nez, ce qu’elle aura du mal à digérer.

Heureusement que le dernier des trois frères Rascol, Clément, semble bien plus sympathique, bienveillant et débonnaire au point qu’on se demande comment il arrive à côtoyer ses frères. Sa femme est adorable et aimante, et son fils surdoué, étudiant en médecine, attire, du moins dans un premier temps, la sympathie. Je me suis ainsi reconnue dans sa timidité maladive et ce sentiment de n’être pas à sa place parmi les gens de son âge. Toutefois, sa vision bien trop poussée de l’amour courtois a fini par m’agacer… On peut traiter avec respect les femmes sans les mettre sous cloche et se montrer cucul la praline.

Quant à Maya, elle s’est révélée détestable et manipulatrice bien que j’aie apprécié de suivre ses pensées couchées dans les pages de son journal intime. Cette jeune femme énigmatique aurait pu apporter une certaine dose de suspense, sa présence dans le manoir apparaissant rapidement comme suspecte, mais il n’est pas difficile de comprendre ses motivations… Sa disparition soudaine, dans des circonstances suspectes, soulèvera néanmoins quelques questions chez les lecteurs : que lui est-il arrivé ? Pourquoi tout ce sang ? Est-elle morte ? Si oui, qui l’a tuée ? Où est son corps ? Si des gens sensés auraient tout de suite appelé la police pour faire le point sur cette inquiétante disparition, les Rascol préfèreront opter pour une solution plus radicale. Mais avec une famille aussi perturbée et dysfonctionnelle, on ne s’étonnera de rien..

En d’autres mots, si vous avez besoin de vous attacher aux personnages d’un roman pour apprécier votre lecture, vous risquez ici d’avoir du mal… À cela s’ajoute un point encore plus problématique pour moi : le manque de nuance. Tous les personnages, ou presque, sont caricaturaux à l’extrême et manquent cruellement de complexité. Il en ressort des comportements invraisemblables et peu crédibles, le tout accompagné d’énormes coïncidences et de grosses ficelles que l’on voit venir à des kilomètres à la ronde. Ce manque de subtilité et de finesse m’a frustrée d’autant que le roman possède quand même quelques atouts et des idées intéressantes.

L’écriture de l’autrice est fluide et agréable, ce qui rend la lecture rapide malgré un suspense quasiment inexistant pour les personnes ayant l’habitude de lire des thrillers. Je reconnais toutefois m’être complètement laissée berner par le retournement de situation final qui apporte un certain cachet au roman… J’ai, en outre, apprécié la présence omniprésente de la littérature que ce soit dans les références littéraires que l’on rencontre au fil des pages, cette idée d’écriture comme catharsis qui me plaît beaucoup ou encore, la figure de l’écrivain raté, cynique et désabusé…

À cet égard, si j’abhorre la littérature élitiste défendue par Stéphane qui exclut, au lieu de rassembler les lecteurs autour de l’amour des livres, je reconnais que certains de ses propos ne manquent pas de pertinence. Je pense, par exemple, à ces scènes de sexe devenues omniprésentes dans les livres comme si c’était un moyen en vogue de s’assurer du succès d’un ouvrage. D’ailleurs, comme pour illustrer les propos de notre écrivain et le faire enrager un peu plus, Écrit dans le sang contient pas mal de coucheries bien que l’autrice n’entre pas dans les détails. À défaut de m’avoir pleinement convaincue (on tombe de nouveau dans la surenchère), ces scènes de sexe ont au moins le mérite de mettre en lumière l’un des aspects de la personnalité ambivalente de Maya que je vous laisserai le soin de découvrir…

Malgré mon absence d’attachement aux personnages, il n’en demeure pas moins que j’ai eu envie de faire toute la lumière sur leurs secrets, leurs petites affaires, leurs mensonges et autres trahisons. Parce que si Maya a mis le feu aux poudres en distillant ses mensonges et son venin, elle n’a pas eu besoin de faire grand-chose pour embraser une famille déjà encline à l’hypocrisie, à la jalousie, aux faux-semblants et à la méchanceté. Ce n’est finalement qu’une allumette qui a mis le feu à une forêt viciée et aride ! De fil en aiguille, on en vient donc à découvrir toute la perfidie des personnages et leur manque cruel de morale. Seuls Clément, sa femme et son fils semblent avoir une conscience, mais cela sera-t-il suffisant pour les protéger du danger qui plane sur le manoir et leur vie ? La vengeance est bien souvent aveugle et froide, et ne fait que très rarement la distinction entre les gentils et les méchants, les coupables et les innocents…

En conclusion, malgré un prologue qui annonçait un roman empli de tension et de suspense avec une histoire prenante de vengeance,  Écrit dans le sang n’a pas répondu à mes attentes. Si l’idée de plonger dans les affres et les petits secrets d’une famille complètement dysfonctionnelle était plaisante, la mise en œuvre m’a semblé manquer de crédibilité et de subtilité. Entre les personnages caricaturaux dont les comportements extrêmes paraissent peu probables, la succession de meurtres digne d’un slasher movie et l’absence de réel suspense, l’amoureuse des thrillers psychologiques en moi n’a pas été comblée. Le roman possède néanmoins quelques atouts : une écriture simple et facile à lire, des réflexions intéressantes autour de la littérature, un retournement de situation inattendu qui donne un peu plus de profondeur au récit… Comme d’habitude, si le livre vous intrigue, je vous invite donc à vous forger votre propre opinion d’autant qu’il semble avoir reçu un accueil plutôt favorable sur le net.

Je remercie les éditions de l’Archipel pour m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.