Explorateurs des Galaxies – Tome 1 : Mission Ultra Secrète, Frédérick Maurès

Chaque soir, pendant les vacances d’été, Camille n’en croit pas ses oreilles : son grand-père Jean lui raconte les aventures extraordinaires qu’il a vécues dans sa jeunesse, alors qu’il était pilote junior au Centre des Opérations Ultra Secrètes (COUS).Bien avant la conquête de la Lune par les américains, une équipe d’astronautes français aguerris avait déjà mené de périlleuses missions d’explorations bien au-delà du système solaire, aux confins de l’univers.Mais un jour, plus tôt que prévu, un événement inattendu va entraîner le jeune homme et ses coéquipiers, Ricardo et Stanislas, ainsi que Maya, leur mascotte, dans des aventures spatiales inouïes, au cours desquelles ils vont découvrir des mondes inconnus, d’étranges planètes, des êtres bizarres et des phénomènes extraordinaires.Au péril de sa vie, Jean aura à cœur de mener à bien sa première mission ultra secrète.

Explorateurs des Galaxies – Mission Ultra Secrète » est le 1er tome d’une trilogie de science-fiction pour les jeunes lecteurs de 9 à 13 ans. Le récit trépidant, outre sa nature romanesque, aborde des thèmes universels tels que le sens de l’honneur, la solidarité ou l’abnégation.

Auto-édition ( (9 mars 2021)– 128 pages – Papier (9,90€) – Ebook (2,99€)

AVIS

Le résumé m’ayant intriguée, j’ai accepté avec plaisir la proposition de l’auteur de me plonger dans le premier tome de sa trilogie de science-fiction destinée aux lecteurs à partir de 9 ans. Et si tout est mis en place pour rendre la lecture accessible à ce jeune public, les adultes passeront également un très bon moment en compagnie de Jean, de son petit-fils de 10 ans, Camille, et de tous les protagonistes intervenant dans cette épopée de l’espace.

J’ai tout d’abord beaucoup apprécié l’idée de l’auteur de nous narrer son histoire par le biais d’un grand-père qui raconte ses exploits de jeunesse à son petit-fils. Ayant été très proche de mon grand-père, ces moments de partage, de connivence, de complicité et de confidence m’ont personnellement beaucoup touchée en plus de me passionner. J’aime à croire qu’il en a été de même pour Camille qui s’est révélé être un auditeur particulièrement curieux, attentif et impliqué, n’hésitant pas à interrompre son papi pour lui poser des questions et lui faire préciser certains points.

Il faut dire que ce que nous raconte Jean est particulièrement surprenant et incroyable, ce dernier ayant vécu des péripéties dignes des plus grands explorateurs… de l’espace ! Il a ainsi été impliqué dès son dixième anniversaire dans un secret jalousement gardé, un secret qui nous pousse à reconsidérer la conquête spatiale telle qu’elle est enseignée dans les livres d’histoire. Et si, ce n’était pas Neil Armstrong qui avait posé le premier pas sur la lune en 1969 ? Et si, la planète Mars n’était finalement pas si inaccessible à l’homme que cela, du moins autrement qu’à travers des sondes et des robots ?

Je préfère rester vague pour vous laisser le plaisir de la découverte, mais je peux néanmoins vous dire que j’ai apprécié l’immersion au sein du Centre des Opérations Ultra Secrètes (COUS) et d’en appréhender les réussites, les missions et les technologies. Un centre auquel va être lié Jean par l’entremise de son père, un centre qui va changer sa vie à jamais, un centre qui va lui faire rencontrer différentes personnes, mais aussi des créatures plus ou moins sympathiques et accueillantes, mais surtout un centre qui va le conduire à vivre de dangereuses et incroyables aventures dans l’espace !

Voguant de planète en planète pour une mission de sauvetage, accompagné de Stan, Ricardo et de la très attachante chienne Maya, Jean va ainsi avoir l’occasion de prouver sa bravoure, son sens du sacrifice, son esprit de coopération et d’initiative ! Des qualités qui rendent le personnage très attachant, tout comme le fait de le découvrir à différentes étapes de sa vie : enfant, jeune adulte et grand-père !

Au-delà du personnage, je ne doute pas que les enfants et les adultes, amateurs d’astronomie ou non, prennent un immense plaisir à se laisser emporter par toutes ces aventures menées tambour battant, puisque nos personnages n’ont guère le temps de se reposer sur leurs lauriers. Après une première phase de découverte, le roman prend son envol et devient véritablement haletant. Il se passe, en effet, toujours quelque chose, et l’on ne peut s’empêcher de s’inquiéter pour les personnages, mais aussi d’être passionnés par leurs (més)aventures, desquelles ils sortent la tête haute, parfois le ventre en vrac, et l’esprit toujours aussi déterminé à réussir leur mission. Il faut dire que Jean a une motivation toute personnelle.

Ce premier tome, bien qu’abordant un épisode imaginaire de notre histoire, ne manquera pas de vous parler, puisqu’on y évoque très brièvement une pandémie et sa gestion catastrophique. Une gestion qui met en avant les conséquences néfastes d’un manque de solidarité et de concertation, poussant des individus à gérer localement un problème pourtant global. Les humains que nous sommes peuvent au moins se rassurer sur un point : même des nations extraterrestres peuvent se laisser prendre au piège du chacun pour soi.

Quant à la plume de l’auteur, elle est très agréable tout en demeurant accessible à un jeune lectorat, ce qui rend la lecture fort sympathique, et permet éventuellement de se lancer dans une lecture commune enfant/adulte. L’alternance de chapitres courts et dynamiques facilite, en outre, l’immersion dans le récit, comme le côté très vivant des récits de Jean. Au gré des pages, il se noue d’ailleurs une sorte de connivence entre ce grand-père, ancien explorateur de l’histoire et conteur émérite, et les lecteurs…

En conclusion, Mission Ultra Secrète est un roman qui devrait ravir les lecteurs, jeunes et moins jeunes, passionnés par l’espace et l’idée d’en explorer les secrets, mais aussi les lecteurs simplement en quête d’aventures rythmées qui les tiennent en haleine, et qui leur offrent des sensations fortes en même temps qu’une bonne dose d’action. Explorer la galaxie n’aura jamais semblé aussi accessible qu’avec Jean, un grand-père décidément très doué pour redonner vie au passé, et nous plonger avec force dans ses souvenirs. Et quels souvenirs !

Je remercie l’auteur de m’avoir envoyé son roman, que vous retrouverez sur Amazon, en échange de mon avis.

Top Ten Tuesday #211 : 10 romans en anglais que j’ai aimés et que j’aimerais voir traduits en français

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« Le Top Ten Tuesday est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire prédéfini. Ce rendez-vous a initialement été créé par The Broke and the Bookish et est repris en français sur le blog Frogzine. »
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Lululand, tome 2 : Lululand Infrarouge, Federico Saggio

Couverture Luluand, tome 2 : Lululand Infrarouge

Pays Noir, 2184.

L’Humanité a été contrainte de masquer un soleil devenu trop agressif derrière une épaisse masse nuageuse artificielle. L’Ancien Monde s’est consumé, et de ses cendres a émergé une nouvelle société autoritaire : la Fédération de Lululand, au sein de laquelle la mémoire est désormais le moyen de contrôle premier.

Mais parmi les Cerbères qui veillent à sa pérennité, il est un chien de garde qui a brisé la chaîne qui le retenait… et qui ne vit plus que pour voir sa destruction.
Lululand Infrarouge reprend le récit précisément là où Lululand Ultraviolet s’est arrêté… pour mener ses personnages dans une spirale infernale, jusque dans des profondeurs insoupçonnées, et enfin clore cette duologie d’anticipation à la narration viscérale.

Y a-t-il seulement une issue ?
Ailleurs est-il meilleur ?

 

Independently published (26 juillet 2020) – Papier (12,99€) – Ebook (5,99€)

AVIS

Ayant apprécié le premier tome, j’ai tout de suite enchaîné avec la suite que j’ai tout autant aimée, si ce n’est plus. Cela s’explique peut-être par l’évolution du héros qui nous apparaît ici bien plus humain. Alors qu’on aurait eu tendance à le prendre pour un mercenaire en quête de souvenirs dans un monde apocalyptique où le soleil doit être caché pour ne pas être mortel, et où tout est contrôlé par une Fonction asphyxiante, il nous apparaît ici comme un être capable de sentiments pour autrui et d’une totale et pure abnégation. Lire la suite

Lululand, tome 1 : Lululand Ultraviolet, Federico Saggio

Couverture Lululand, tome 1 : Lululand Ultraviolet

Dans un futur proche où l’humanité a été contrainte de masquer un soleil devenu trop agressif derrière une épaisse masse nuageuse artificielle…

Un amnésique s’éveille dans une ruelle, pourchassé par des humains revenus au stade animal – et qui en veulent à sa viande.

Bien vite, il réalise que ses souvenirs lui ont été volés, dans un monde où la mémoire est désormais le moyen de contrôle premier.

Independently published (10 mai 2020) – Papier (12,99€) – Ebook (4,99€)

AVIS

J’ai retrouvé avec plaisir la plume de Federico Saggio toujours aussi imagée, immersive et parfois non dénuée de brutalité, un peu comme pour faire écho à ce futur apocalyptique dans lequel il nous plonge. Un futur que l’on apprend à découvrir à travers les yeux d’un protagoniste qui se réveille privé de mémoire, mais le corps meurtri par les séances de torture, et l’esprit alangui par de puissants psychotropes. Une fois libéré de sa chambre d’hôpital aux allures de cellule de prison, il se lance sur les traces de son passé afin de se retrouver et d’accomplir cette mission de Cerbère qu’on attend de lui… Lire la suite

Eschaton, Guy-Roger Duvert

Eschaton par Duvert

Dans un futur proche, la population est passée du statut d’insouciance à celui d’inquiétude, pour enfin vivre dans la résignation : la planète est trop endommagée, le désastre climatique est en cours, la fin de notre civilisation approche. Et pourtant, hormis un fatalisme ambiant, cela affecte peu le quotidien de chacun. Autant profiter de ce qu’on l’a tant que cela dure.

Casey est un compositeur de musiques de films célèbre, confortablement installé dans sa villa sur les hauteurs de Hollywood. Ayant perdu ses parents, des climatologues faisant partie des derniers à s’être battus pour empêcher la catastrophe, il est comme les autres, profitant des bienfaits d’une existence certes agréable, mais qu’il sait condamnée. À sa propre surprise, il se retrouve contacté par un homme qui prétend connaître la date exacte de la fin du monde, et qui parle d’un programme lancé pour permettre à notre civilisation d’y survivre. Un monde virtuel dans lequel seront copiés les personnalités de tous les plus grands scientifiques et artistes vivants, et duquel ils pourront sortir des siècles plus tard, lorsque la planète sera à nouveau habitable. Pour résumer : lui mourra bien le jour de l’Eschaton, du jugement dernier, mais sa copie digitale lui survivra. N’ayant rien à perdre, il accepte.

Tout bascule lorsque peu après, il tombe amoureux d’Eve, une brillante journaliste. L’idée qu’une partie de lui puisse survivre sans elle devient insupportable. Le couple va alors s’élancer dans une enquête à travers les États-Unis, sur fond de fin du monde climatique, afin de localiser le site du programme et en convaincre les responsables d’intégrer Eve.

Auto-édité (24 janvier 2021) – 233 pages – Papier (17,99€) – Ebook (4,99€)

AVIS

Imaginez un futur proche où l’inconscience humaine a atteint un tel stade que le monde ne peut plus être sauvé de lui-même. Réchauffement climatique, incendies, catastrophes naturelles en série, montées des eaux entraînant d’importants flux migratoires et des guerres civiles… C’est dans ce climat anxiogène de fin du monde que les humains continuent pourtant à évoluer. Conscients de leur fin prochaine, un certain fatalisme s’est d’ailleurs emparé d’eux. Et Casey, célèbre compositeur de musique, n’échappe pas à la règle. Cela explique peut-être l’étrange attraction que la journaliste Eve, rencontrée lors d’une interview, exerce sur lui, cette femme respirant la bonne humeur et la joie de vivre. Des qualités qui tranchent quelque peu avec la morosité ambiante.

Riche, reconnu professionnellement et vivant dans un quartier à l’abri des inondations, Casey n’est pas à plaindre même s’il s’avère difficile de le considérer comme quelqu’un de profondément épanoui. Sa bonne étoile semble le poursuivre quand on lui propose d’intégrer un projet secret visant à sauvegarder la personnalité et la mémoire de personnes triées sur le volet afin que leur esprit survivre à leur mort physique. Une fois le monde redevenu sain et habitable, il est prévu de transférer ces copies digitales dans des clones fabriqués à partir de l’ADN des quelque 60 000 participants. En attendant, ces sauvegardes évoluent en parfaite autonomie dans une sorte de paradis artificiel, le Framework, modulable selon les attentes et les souhaits de chacun.

Un projet un peu fou qui offre un véritable espoir en l’avenir et en la possibilité de faire revivre le monde de ses cendres, mais qui ne sera pas sans soulever de nombreuses questions d’ordre éthique et moral. Est-il juste que quelques personnes s’arrogent le droit de vie et de mort sur tout le monde ? En quoi un grand artiste est-il plus apte à participer à la reconstruction d’un monde équilibré qu’une personne altruiste ou un simple individu à l’éthique irréprochable ? Si j’ai pu comprendre, intellectuellement, cette volonté de sauvegarder la crème de la crème, je n’ai pu, humainement, m’empêcher d’être rebutée par cet élitisme qui ne se cache même pas. Et puis, l’élite qui, soit dit en passant, prend déjà une bonne partie des décisions, ne risque-t-elle pas de reproduire purement et simplement les conditions d’une nouvelle catastrophe ?

Malgré son aspect peu éthique, immoral et amoral, Casey ne résiste pas à cette offre inespérée de continuer à vivre au-delà de la mort, ce que je comprends très bien, d’autant que la date de fin du monde qu’on lui a annoncée approche à grands pas. Notre solitaire n’avait néanmoins pas prévu de tomber amoureux ! Or, si son moi virtuel est bien à l’abri de la fin du monde et coule des jours heureux dans le Framework, Eve, quant à elle, n’a pas eu la chance d’être contactée pour être sauvegardée. Une situation intolérable pour ces deux amoureux qui, tels deux héros dramatiques, aimeraient continuer à être unis après leur mort physique. Déterminés à faire de cet ardent désir une réalité, Eve et Casey se lancent sur la piste de l’entreprise à l’origine du projet, ce qui ne sera pas une tâche aisée, cette dernière ayant veillé à cacher ses traces.

J’ai beaucoup aimé suivre nos héros dans cette quête qui va les conduire à traverser des décors de désolation dignes d’un bon film post-apocalyptique. Si notre monde est déjà soumis aux caprices de la météo, à travers leur mini road trip, on réalise que la situation pourrait être bien pire… Eschaton, à cet égard, est un très bon roman d’anticipation, les propos de l’auteur semblant tristement crédibles et réalistes que ce soit au niveau de l’état de ce monde où la nature a clairement décidé de faire payer aux hommes le prix de leurs imprudences et excès, les comportements ayant conduit à ce grand gâchis ou encore, la manière dont les pays ont opté pour des stratégies de repli plutôt que de coopération. Ainsi, au lieu de trouver une solution globale afin d’éviter la surchauffe de la planète ou, à défaut, de développer un moyen de protéger le maximum de monde, chaque gouvernement a tenté de développer dans son coin une solution. Et bien sûr, une solution dont seuls les plus nantis et influents pourront bénéficier. À cet égard, on peut dire que secteur public et privé se ressemblent bien plus qu’ils ne le devraient…

De la première à la dernière ligne, l’auteur a su me captiver, d’autant que le rythme est haletant, l’écriture rythmée et les chapitres dynamiques. Je crois d’ailleurs que de tous ses romans, Eschaton est mon préféré, peut-être parce que je me suis terriblement attachée à ce couple qui doit affronter la fin du monde main dans la main, mais plus probablement en raison de cette idée d’arche de Noé virtuelle qui soulève des questions d’ordre éthique et moral qui n’ont pas manqué de m’interpeller. J’ai également apprécié d’alterner entre le Casey de la réalité et celui du Framework, tous les deux évoluant différemment, puisque pas soumis aux mêmes épreuves.

L’auteur introduit d’ailleurs un certain suspense : là où l’enjeu dans la vraie vie est la sauvegarde de l’esprit d’Eve, dans le Framework, il s’agit bien plus de l’adaptation de notre compositeur à sa vie virtuelle. Or, au fil des jours, ce dernier sent que quelque chose ne va pas : des photos noircies, des souvenirs manquants, un sentiment inexplicable de vide… Et si Kinglsey, sorte de concierge virtuel, lui cachait des informations et que le Framework n’était pas le paradis qu’on lui a vendu ? Je n’en dirai pas plus, si ce n’est que l’auteur dénoue avec brio les doutes de son protagoniste et de ses lecteurs, en introduisant notamment une dimension psychologique à son roman. En effet, conserver les esprits de personnes brillantes est une chose, mais en assurer l’équilibre psychologique et le bien-être mental, en est une autre…

En résumé, ce roman d’anticipation confirme le talent de Guy-Roger Duvert pour proposer des intrigues accessibles, fluides et captivantes qui poussent les lecteurs à réfléchir à l’état du monde actuel et à se poser de nombreuses questions d’ordre éthique et moral. Teintée de romance, mais avant tout dérangeant de réalisme, Eschaton devrait vous offrir un moment de divertissement agréable entre monde virtuel, enquête sur les traces d’une entreprise secrète et espoir en la technologie pour faire renaître de ses cendres un monde condamné par l’inconscience humaine.

Merci à l’auteur de m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

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Mini-chroniques en pagaille #29

Mini-chroniques en pagaille

Plus détaillées qu’un simple commentaire, mais moins développées qu’une chronique, les mini-chroniques me permettent de partager succinctement mon avis sur certaines de mes lectures que je n’ai pas eu le temps ou l’envie de chroniquer de manière plus classique.


Toutes ces nouvelles, téléchargeables gratuitement sur Amazon, ont été lues dans le cadre du challenge Le mois des nouvelles et du Projet Ombre 2021.
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Mini-chroniques en pagaille #28

Mini-chroniques en pagaille

Plus détaillées qu’un simple commentaire, mais moins développées qu’une chronique, les mini-chroniques me permettent de partager succinctement mon avis sur certaines de mes lectures que je n’ai pas eu le temps ou l’envie de chroniquer de manière plus classique.


Pour cet article mini-chroniques en pagaille, j’ai décidé de vous parler de quatre nouvelles qui, bien que très différentes, m’ont toutes plu.

  • Diplomatie alien, Vincent Ferrique :

Galaxie, Étoiles, Infinity, Cosmos

Un héros se meurt, mais heureusement son fils, Junior, est là pour reprendre la relève et défendre l’humanité du danger extraterrestre qui se dessine. C’est, du moins, ce qu’espérait le paternel parce que dans les faits, notre apprenti héros se pose bien plus en objecteur de conscience et en pacifiste assumé qu’en fier soldat prêt à guerroyer à bord du vaisseau de son père, l’archéon.

Mais cette rébellion, ne risque-t-elle pas d’avoir des répercussions ? En l’envoyant exterminer tout un peuple, le Sénat reproduisait-il seulement la tendance bien humaine à tuer et à s’approprier les ressources d’autrui ou faisait-il preuve d’un sain esprit de conservation ? Pour la savoir, il vous faudra découvrir cette nouvelle qui n’est pas dénuée de rythme ni même d’humour, certains jurons valant leur pesant d’or.

Pour ma part, j’ai apprécié le voyage et la chute qui nous prouve qu’il vaut mieux parfois apprendre à choisir ses combats et à réfléchir avant d’agir. Quant à notre apprenti héros qui ne semble en faire qu’à sa tête, on en vient à se dire qu’il n’était peut-être pas le meilleur choix pour préserver l’humanité. Comme quoi, l’héroïsme, ce n’est pas une affaire de famille !

  • Juste un visage, Rose P.Katell :

Film, Cinéma, Bobine, Rétro

Dans cette nouvelle, on suit un acteur, Eder, en pleine désillusion sur son métier à une époque où « jouer » consiste seulement à prêter ses traits et son corps à des techniciens, qui les capturent avant de les faire travailler pour vous.

Une omniprésence de la technologie qui marque la mort du métier d’acteur tel que des générations l’ont connu, plus personne, ou presque, ne semblant désirer voir de vrais acteurs sur scène ou à l’écran.

Malgré son succès et les encouragements de son manager et ami, Eder ne se sent donc pas à sa place, lui qui rêve d’être enfin jugé sur son talent et non plus sur son physique, son plus gros atout et sa plus grande malédiction… Alors que tout semble perdu, une opportunité inattendue s’offre à lui !

Empreinte de mystère et de questionnements sur la beauté et le physique dans une société qui les portent aux nues, cette nouvelle m’a plu par sa portée et la profondeur d’un personnage que l’on condamne à une superficialité qu’il abhorre. Quant à la fin, elle marque par la manière radicale dont Eder décide de redevenir acteur de sa vie…

Retrouvez les deux nouvelles dans le webzine L’Indé Panda n°8, disponible gratuitement sur Amazon et Kobo 

  • Le Kroc, Anthony Lamacchia

Dernier pensionnaire d’un orphelinat, Alan est bien décidé à quitter cet endroit terrifiant, parce que si personne ne vient l’adopter, l’autre alternative n’est guère réjouissante… Toutefois, un problème se pose : s’enfuir le jour est impossible en raison du personnel médical, et s’enfuir la nuit par la forêt est impossible, sauf à vouloir affronter un danger mortel.

Mais Alan n’a pas dit son dernier mot et avec son fidèle ami imaginaire, une peluche répondant au nom de Charlie, il fomente un plan qui va malheureusement le conduire tout droit dans la gueule du loup, ou ici, du Kroc. Créature terrifiante qui hante la nuit les couloirs de l’orphelinat, le Kroc pourrait symboliser les peurs infantiles, et notamment celle bien connue du noir, sauf qu’il semble bien réel…

Durant cette courte et intense nouvelle, nous suivons la lutte pour la survie d’un enfant qui, armé seulement de son courage et de l’aide de son ami imaginaire, va devoir affronter de terribles dangers, dont l’un qui nous prouve que la monstruosité peut prendre bien des apparences. Pour ma part, j’ai aimé me plonger dans cette ambiance horrifique qui gagne en intensité à mesure que l’on s’approche d’un dénouement, certes pas fondamentalement original, mais diablement efficace.

Quant au style de l’auteur, j’en ai apprécié la fluidité et le côté très immersif. On saluera également la manière dont est gérée la montée en puissance de la tension, de l’angoisse et du suspense, qui donne presque envie de se cacher sous sa couette afin de ne pas être saisi par le Kroc. 

  • Passage, Sam Kolchak

Lyon, France, Ruelle, Tour

Si la société actuelle est déjà frappée de jeunisme, en 2050, le concept prend une tout autre dimension puisque les gens, à partir d’un certain âge, sont tout bonnement éradiqués ! Une solution radicale à laquelle un septuagénaire est bien décidé à échapper. Pour ce faire, il compte sur l’aide d’une personne mystérieuse, à supposer qu’elle existe réellement et qu’elle n’appartienne pas au domaine des légendes urbaines !

L’auteur nous plonge en plein Lyon et le monde secret des traboules qui, comme elles l’ont déjà fait par le passé, offrent un sauf-conduit aux personnes traquées injustement pour des raisons complètement absurdes. Ici, il n’est donc point question de tourisme, mais d’une lutte acharnée pour la survie d’un homme qui va jouer le tout pour le tout afin de continuer à exister.

Si j’ai apprécié le titre qui semble loin d’avoir été choisi au hasard, j’ai surtout pris plaisir à me laisser happer par cette nouvelle menée tambour battant. Notre fuyard va ainsi vivre, en un temps très court, moult péripéties dans ce qui sera, pour lui, l’aventure de la dernière chance. Rythmée et non dénuée de tension, cette nouvelle devrait vous tenir en haleine et vous surprendre par sa chute que j’ai trouvée plutôt bien amenée.

Retrouvez les deux nouvelles dans le webzine L’Indé Panda n°10, disponible gratuitement sur Amazon et Kobo 

Et vous, certaines de ces nouvelles vous tentent-elles ?

Virtual Revolution 2046, Guy-Roger Duvert

La révolution a déjà eu lieu. Mais pas comme on l’attendait…

En 2046, les trois quarts de la population ont fui la réalité, passant leur temps connectés dans des mondes virtuels. Notre société n’est plus la même, désormais scindée entre trois catégories sociales : les Connectés, devenus de véritables junkies virtuels, les Vivants, qui refusent cette technologie, et enfin les Hybrides, partageant leur temps entre virtuel et réel.

À Neo Paris, Nash Trenton, un Hybride ancien flic et désormais barbouze privée, reçoit comme mission d’enquêter sur des phénomènes en apparence surnaturels se produisant en ligne. Se pourrait-il qu’un Dieu existe dans la matrice? À New-York, Genna, jeune surdouée rejetant avec force les attraits de la réalité virtuelle, travaille pour Interpol et se retrouve sur une affaire curieuse de meurtres tous perpétrés par des Connectés. Enfin, à Tokyo, Rei, jeune junkie virtuelle, vit dans un ghetto avec son amie. Les deux sont heureuses, passant leur temps en ligne, jusqu’au jour où des hommes en noir et augmentés cybernétiquement kidnappent son amie et tentent de l’éliminer, elle. Complètement inadaptée à la vie réelle, elle va néanmoins se lancer sur la piste de son amie.

Un Hybride, une Vivante et une Connectée. Trois destins liés dans une société corrompue qui a su répondre aux problèmes d’hier en en créant de nouveaux…

Auto-édition (9 août 2020) – 311 pages – Broché (19,99€) – Ebook (4,99€)

AVIS

Je lis peu de science-fiction, mais c’est un genre que j’apprécie quand il est, comme ici, prétexte autant à divertir qu’à susciter de multiples questions d’ordre éthique et moral sur un sujet qui me fascine : les intelligences artificielles. L’auteur aborde également le thème de la réalité virtuelle et il le fait de manière convaincante !

En 2046, le monde a profondément changé : les trois-quarts de la population mondiale ont délaissé une réalité triste à souhait, a fortiori pour les moins fortunés, pour un monde de fantasmes que l’on peut plier à ses moindres désirs. La qualité de l’air dans la vraie vie est déplorable ? Peu importe, il vous suffit de vous connecter et de vous plonger dans un verse, un monde virtuel, pour prendre une bonne bouffée d’air frais. Votre physique vous déplaît fortement et vous vous rêvez en gros bras ? Pas de problème, il n’y a qu’à créer l’avatar qui correspond à vos désirs les plus profonds et vous plonger dans un verse où vous pourrez faire valoir la puissance de vos muscles à moins que vous ne préfériez jouer à l’étudiant, fêtard ou modèle, sur un campus américain. Les possibilités sont infinies…

Le rêve, non ? Peut-être, bien que l’on puisse se poser la question de la valeur d’une vie artificielle où derrière le bonheur ressenti à l’instant présent, il n’y a que du vide et l’impossibilité de se créer un futur qui ait réellement du sens. Une fuite, même virtuelle, n’en demeure pas moins une… Quel avenir à long terme pour une société où la plupart des gens sont reliés et dépendants d’une machine et des états qui acceptent de subvenir à leurs besoins les plus primaires sans pour autant leur garantir un minimum de droits ? Le plaisir immédiat et la possibilité de se vider l’esprit de tout tracas, valent-ils réellement la peine que l’on abdique sa liberté et que l’on renonce à améliorer le monde, le vrai, afin qu’il devienne enfin un endroit agréable qu’il n’est plus nécessaire de fuir dans des mondes artificiels ? Des questions, parmi tant d’autres, qui ne manqueront pas d’accompagner votre lecture…

Le nouvel ordre mondial, bien qu’éthiquement et idéologiquement contestable, semble fonctionner. Mais pour combien de temps ? Résistera-t-il aux nouvelles menaces qui planent sur la vie virtuelle et qui ne sont pas sans conséquence dans le monde réel ? Des Connectés se font tuer en ligne alors que cela devrait être impossible, des Connectés, sensés être dociles, se mettent à commettre des meurtres et d’autres se font kidnapper par les grandes entreprises dans l’indifférence générale, le statut de Connecté étant loin d’être respecté. C’est dans ce contexte difficile que nous faisons la connaissance de nos trois protagonistes : Nash, un ancien policier vivant à Paris qui, depuis le meurtre de sa campagne, s’est lancé dans une vendetta personnelle, Rei, une Connectée tokyoïte qui se voit contrainte de quitter le monde virtuel suite au kidnapping de sa petite amie, et Genna, une surdouée travaillant pour Interpol à New-York, plus douée pour la logique que les sentiments.

Ces trois personnages n’ont rien en commun, mais ils représentent à merveille les différents rapports à la réalité virtuelle qui se côtoient dans ce monde futuriste : Nash est un hybride ancré dans la réalité, mais qui n’hésite pas à se connecter pour accomplir ses missions, Rei ne considère sa vie que sous le prisme de son avatar, et Genna fait montre d’une réelle défiance envers un système dont elle sent intuitivement les dangers et les limites. En plus de leurs différences de caractère qui les rendent intéressants, l’auteur a veillé à faire évoluer ses personnages au gré de leurs péripéties et des rebondissements, ce qui ne les rend que plus humains et réalistes. Rien n’est fixé dans le marbre et petit à petit, des glissements s’opèrent dans la vie de chacun… Pour ma part, c’est peut-être l’évolution de Rei qui m’a le plus étonnée et marquée.

En début de roman, le fossé entre l’assurance de son moi virtuel et sa réelle personnalité, déconnectée des réalités du monde, nous semble vertigineux, voire infranchissable. Mais de fil en aiguille, la jeune fille, qui recherche avec la force du désespoir sa petite amie, s’endurcit ! Dans un monde où la vie des Connectés n’a aucune valeur, elle n’a pas d’autre choix que d’avancer et de prendre les armes. De junkie virtuelle, elle devient une jeune fille sûre d’elle, bien décidée à s’imposer quitte à rejoindre un Ordre dont elle n’approuve pas l’objectif final : la destruction des verses. Sa psychologie est, du moins pour moi, la plus intéressante et la plus fine. J’ai ainsi adoré suivre son évolution et la manière dont elle quitte le chemin balisé d’une vie virtuelle entièrement sous contrôle pour une existence empreinte de brutalité. Une nouvelle vie la faisant basculer vers un obscurantisme pernicieux et vengeur…

Question vengeance, Nash n’a rien à envier à notre adolescente, son existence étant dédiée à l’élimination des Nécromants, ces personnes qui tuent aléatoirement des joueurs pendant qu’ils sont en ligne et donc vulnérables. Cela était du moins vrai jusqu’à ce qu’il se rapproche d’une femme qui l’aidera à apaiser cette haine et cette rancœur qui le consument et le guident depuis le meurtre de sa femme. Mais n’oubliez pas que l’auteur n’est pas connu pour sa clémence envers ses personnages, et que le temps de la paix intérieure n’est peut-être pas encore venu pour notre mercenaire… Nash est un personnage assez complexe qui, derrière une certaine dureté de caractère, se révèle finalement assez humain. C’est peut-être la raison pour laquelle il ne porte aucune trace d’augmentation cybernétique, des améliorations qui lui auraient pourtant été fort utiles pour son travail.

Quant à Genna, notre enquêtrice pour Interpol, elle m’a fait penser, dans une certaine mesure, à un Sherlock Holmes au féminin. Consciente de sa précocité intellectuelle et ne maîtrisant pas les codes sociaux, elle peut sembler désagréable et imbue d’elle-même. Mais plus on apprend à la connaître, plus on comprend qu’elle n’est peut-être pas aussi misanthrope que cela, et que derrière un certain manque de tact, se cache une personne qui ne demande qu’à être acceptée par les autres. En plus d’une personnalité intéressante, j’ai apprécié la manière dont sa vision de la réalité virtuelle évolue pour devenir bien plus nuancée. De la même manière, il est indéniable que son enquête, et ses échanges avec ses partenaires, vont engendrer chez elle des changements notables qui la rendent bien plus humaine et presque attachante.

Au-delà des personnages et des nombreuses réflexions soulevées autour de la réalité virtuelle et des intelligences artificielles, l’intérêt de ce roman très visuel réside également dans tout l’univers mis en place par l’auteur. Des nouveaux rapports sociaux que l’on découvre au fil de notre lecture, aux décors urbains qui tranchent résolument avec les nôtres, en passant par l’organisation socio-économique d’un monde encadré par de grands groupes aux pouvoirs quasi illimités, tout est mis en place pour nous plonger avec réalisme dans un futur que l’on espère bien différent du nôtre. Il est ainsi fascinant, bien que parfois oppressant, de se balader dans un univers où la réalité virtuelle a impacté physiquement et durablement le monde réel. Les lecteurs devraient également apprécier d’explorer différents verses, chacun ayant ses propres codes graphiques et ses propres règles…

Quant à la plume de l’auteur, elle se révèle fidèle à elle-même : immersive, fluide et rythmée ! Si on ajoute à cela une alternance des points de vue apportant un dynamisme certain, on obtient un livre qui se lit rapidement, et dont on prend plaisir à tourner les pages d’autant que l’action est au rendez-vous avec, entre autres, des scènes de combat plutôt intenses. Les personnes appréciant les romans cyberpunk bourrés d’action devraient donc trouver ici leur bonheur avant, peut-être, d’avoir envie de visionner le film qui se déroule un an après la fin du livre. Pour les abonnés Prime Video, il est d’ailleurs disponible sur la plateforme.

En conclusion, dans un style très cinématographique propre aux romans de Guy-Roger Duvert, Virtual Revolution 2046 nous propose une réflexion pleine de pertinence sur les intelligences artificielles et sur la réalité virtuelle qui, sans garde-fou, finit par emprisonner au lieu d’offrir cet espace de liberté dont elle aurait pu être le symbole. Mais Virtual Revolution 2046, c’est également un roman aux multiples facettes nous plongeant dans la vie de personnages très différents qui vont être confrontés, chacun à leur manière, à des ennemis qu’ils soient intérieurs, virtuels ou qu’ils prennent la forme d’une organisation aux valeurs et méthodes extrêmes. Dans un monde où le virtuel a pris le pas sur le réel, y a-t-il encore quelque chose à sauver ? Une question à laquelle nos protagonistes nous apporteront peut-être une réponse dans la suite de leurs (més)aventures…

Je remercie Guy-Roger Duvert de m’avoir envoyé son roman, disponible sur Amazon, en échange de mon avis.

Interférences – Tome 1 : Cendres, Aurore Payelle

Interférence, Tome 1 : Cendres par Payelle

Depuis qu’il a attrapé sa main dans les rues de Genesis, Sora n’a plus d’autre choix que de fuir la ville qui l’a sauvée de l’épidémie de VH2. Après avoir passé les onze dernières années en quarantaine au pensionnat Nord, elle souhaitait seulement être une personne saine et sûre pour ses congénères se retrouve dans une situation désespérée. James, pourchassé par Spectators, l’entraîne avec lui dans sa course tandis que les balles pleuvent sur eux. Dans cette ville ultra surveillée et réglementée, mensonge, amour et technologie sont autant d’interférences dans sa nouvelle vie. Elle ne rêvait que de se faire une place parmi les siens, il vient lui ouvrir les yeux. Parviendront-ils à atteindre leur but commun, sous l’oeil de Spectators ?

Publishroom Factory (1 juillet 2020) – 456 pages – Broché (19,50€) – Ebook (5,99€)

AVIS

Dans ce monde ravagé par un virus, les enfants sont placés en quarantaine dès leurs cinq ans et libérés à leur majorité après qu’on leur a implanté une puce destinée à détecter toute future contamination. L’implantation de cette puce est la dernière étape avant l’entrée dans une vie active entièrement déterminée par son quartier d’origine. Un déterminisme social contre lequel personne ne lutte puuisqu’il assure le bon fonctionnement de la ville de Genesis. Enfin, c’est ce que croyait Sora jusqu’à ce que sa rencontre fortuite avec James, un Extérieur, vienne faire voler en éclats sa vie et toutes ses certitudes. À ses côtés, la jeune fille va découvrir des vérités qu’elle ne peut désormais plus ignorer !

Et si, contrairement à ce qu’on lui a toujours dit, tout le monde ne portait pas de puce et que ce dispositif se révélait bien plus être un outil de répression et de contrôle que de prévention ? Une idée déstabilisante pour Sora qui a passé ses onze dernières années enfermée dans un pensionnat coupée d’un monde dont elle va, petit à petit, découvrir le vrai visage ! Alors que la jeune fille avait toute confiance dans les institutions et leur volonté de protéger la population d’un virus mortel, elle va réaliser que tout n’était que pur mensonge. Les sauveurs de l’humanité ne sont en fait que des monstres asservissant une partie de la population pour asseoir leur pouvoir et permettre aux plus nantis de continuer à profiter de leurs privilèges quand les plus pauvres, privés de liberté, sont condamnés à une vie de dur labeur.

Si ce modèle sociétal bâti sur les inégalités nous semble profondément injuste, il n’est néanmoins pas sans rappeler ce que nos sociétés dites modernes continuent, dans une certaine mesure, à perpétrer. Mais l’autrice pousse les choses encore plus loin en ajoutant, au décalage révoltant entre pauvres et riches, une dimension complotiste que j’ai beaucoup appréciée, et dont je vous laisserai le plaisir de découvrir toute l’ampleur. De la même manière, j’ai adoré suivre Sora dans sa nouvelle vie et son envie justifiée de faire bouger les choses et de révéler au monde la terrible vérité. Pour cela, elle n’aura pas d’autre choix que de s’engager auprès de James dans la résistance qui s’organise à l’extérieur des murs de Genesis. Au sein de cette organisation, elle apprendra à se dépasser physiquement et mentalement, se fera des amis, mais surtout, elle prendra goût à cette liberté qu’on lui a si longtemps refusée et qu’elle est dorénavant prête à défendre au prix de sa propre vie.

Car devenir résistant et entrer dans le groupe des capuches noires, c’est accepter d’affronter un ennemi puissant bien décidé à conserver son droit de vie et de mort sur les citoyens et à éliminer définitvement toute menace à son hégémonie. Avant d’être envoyée en mission et d’affronter le danger, Sora devra donc suivre un entraînement militaire auprès de ses nouveaux camarades, certains se montrant plus accueillants que d’autres. J’ai, pour ma part, adoré le personnage de Fred, un boute-en-train toujours de bonne humeur et très accueillant, dont l’homosexualité apporte un peu de diversité. Cette orientation sexuelle est perçue ici comme quelque chose de tout à fait normal et ne suscite ni remarque ni regard déplacé. Une chose qui semble aller de soi, mais qui est loin d’être garantie dans notre réalité… Fred, en plus d’apporter une certaine légèreté bienvenue, aidera également Sora à y voir plus clair dans sa relation avec James.

Pour les allergiques aux histoires d’amour, il est préférable de souligner qu’il y aura un rapprochement entre nos deux jeunes résistants. Pour ma part, j’ai trouvé le couple assez mignon même si James fait parfois preuve d’une jalousie qui m’a paru quelque peu enfantine. Mais rappelons que les personnages sont tout juste majeurs et qu’on ne peut attendre d’eux la maturité d’un adulte. Il se dégage ainsi une certaine maladresse, mais aussi beaucoup de tendresse, de cette relation naissante que l’on voit s’épanouir malgré le contexte difficile, à moins que ce ne soit grâce au contexte difficile. En effet, conscients des dangers auxquels ils vont devoir faire face, nos deux amoureux vivent leur début de manière bien plus intense qu’un couple lambda, ce qui les rend très touchants. Il y a aura bien sûr des quiproquos et des tensions, mais rien qui ne m’ait fait lever les yeux au ciel. J’ai, en outre, apprécié que malgré son inexpérience en matière d’homme, Sora ne soit pas présentée comme une jeune ingénue complètement effarouchée au moindre rapprochement. Elle est peut-être un peu moins à l’aise que James pour exprimer son désir, mais elle n’en demeure pas moins à l’écoute de son corps et de ses sentiments… Mais rassurez-vous, le roman reste assez chaste et peut être tout à fait lu par des adolescents.

Tout au long du roman, il y a un bon équilibre entre action, amitié et romance, ce qui rend la lecture aussi captivante qu’agréable. Je n’ai ainsi jamais eu l’impression de m’ennuyer, les passages doux et tendres alternant avec les découvertes, les sessions intenses d’entraînement, les missions d’exploration et d’infiltration sans oublier des moments empreints de solennité. On a ainsi parfois le sentiment d’être plongé dans un jeu vidéo ou dans un film d’autant que la plume d’Aurore Payelle se révèle plutôt immersive et m’a très agréablement surprise par sa finesse et sa fluidité. En d’autres termes, si vous avez envie d’une dystopie ryhtmée et immersive dans laquelle la romance est présente sans être pesante, Interférences devrait vous plaire. Le roman ne révolutionne certes pas le genre, mais il offre un moment de divertissement sous tension avec des personnages attachants que l’on espère retrouver sains et saufs dans la suite de la série, la fin nous laissant craindre le pire…

Merci à Aurore Payelle de m’avoir envoyé Interférences en échange de mon avis.

L’univers rêvé, Armand Konan

Eliam a peur d’assumer pleinement sa vocation d’artiste. Il se retrouve alors subitement plongé dans une réalité parallèle façonnée par ses pensées les plus intimes, qui prennent forme sous ses yeux. Pour survivre dans cet « Univers Rêvé », il devra vaincre un ennemi qui n’est autre que la personnification de ses peurs.

Delambe (29 septembre 2019) – 71 pages – Papier (4,50€) – Ebook (2,99€)
Illustration de couverture : Régis Konan

AVIS

La couverture avec cet homme qui semble contempler avec stupéfaction son environnement ainsi que l’imposant gratte-ciel qui se dresse devant lui et le résumé m’ont tout de suite intriguée ! J’ai donc été ravie de me plonger dans cette novella atypique qui explore avec une certaine intelligence les thématiques du rêve, du subconscient, de la confiance en soi, mais aussi de ces peurs qui tendent à nous enchaîner et à nous empêcher d’exploiter tout notre potentiel.

Eliam est un artiste, et plutôt un bon artiste, si l’on en croit une rencontre de fortune et son entourage. Mais comme beaucoup d’artistes, il doute et a du mal à passer cette étape qui lui permettrait d’exposer son travail devant un large public et, peut-être, de briller. Une peur de l’échec qui s’apparente à une peur du succès et de ces changements que la réussite ne manquerait pas d’entraîner dans sa vie et, peut-être, au sein de son entourage pourtant prompt à le soutenir.

D’ailleurs, si j’ai trouvé la dynamique intéressante entre Eliam et ses proches, j’avoue que Quentin m’a paru peut-être manquer d’empathie et de subtilité avec une manière bien à lui de tenter de convaincre Eliam d’exposer ses créations. Or, comme Sacha l’a bien compris, cette grande décision ne peut être forcée, mais doit venir de notre héros lui-même.

Les interrogations d’Eliam, quant à son avenir d’artiste, le conduiront à vivre un véritable cheminement intérieur qui passera par l’exploration d’un monde façonné par ses pensées, ses peurs et ses rêves les plus profonds. J’ai beaucoup aimé le jeu entre rêve et réalité instauré par l’auteur, mais ce que j’ai préféré est son idée de personnifier les peurs d’Eliam qui prennent vies sous nos yeux avec force et réalisme. À titre d’exemple, la peur légitime d’être descendu en flèche par la critique se formalise dans le monde rêvé de notre protagoniste par de véritables flèches lancées par des fantassins bien décidés à imposer leur tyrannie.

Si le texte est plein d’intelligence avec une certaine portée philosophique et métaphorique, l’auteur n’en oublie pas de nous proposer une véritable aventure qui m’a d’ailleurs agréablement surprise par son rythme et la bonne dose d’action qu’elle nous offre. Attendez-vous donc à de véritables combats qu’ils soient physiques ou émotionnels et à beaucoup de mouvements ! Ces scènes d’action, en plus de satisfaire notre appétit pour le divertissement, se révèlent intéressantes dans la mesure où elles nous permettent de mieux comprendre comment fonctionne cette réalité rêvée et de quelle manière Eliam influe sur ses contours…

En résistant et en luttant avec acharnement contre les fantassins, notre héros va évoluer, gagner en confiance et, surtout, commencer à comprendre que le combat nécessite parfois de lâcher les armes… Une évolution particulièrement bien amenée qui ne devrait pas manquer de faire réfléchir les lecteurs à leurs propres peurs et à toutes ces petites phrases d’auto-sabotage dont on peut parfois se marteler l’esprit.

Quant à la plume de l’auteur que je découvre ici, elle m’a beaucoup plu. Élégante, immersive et non dénuée de poésie, elle contribue fortement au plaisir que l’on prend à se laisser emporter par les rêveries d’Eliam.

En résumé, si vous avez envie d’un livre subtil dans lequel « se perdre dans ses pensées et ses rêves » prend tout son sens, L’univers rêvé est fait pour vous. À travers les doutes d’un artiste qui a une grande décision à prendre pour sa carrière, l’auteur aborde avec une certaine intelligence des thématiques comme la confiance en soi et nous prouve qu’affronter ses peurs, c’est aussi parfois faire preuve de lâcher-prise. Atypique, rythmé et plein d’intelligence, voici un petit ouvrage à découvrir.

Je remercie l’auteur de m’avoir envoyé son livre en échange de mon avis. N’hésitez pas à consulter son site pour de plus amples informations.