From the past, tome 1 : Adaptation, Lauren Peretti

Couverture From the past, tome 1 : Adaptation

J’ai lu From the past – Adaptation de Lauren Peretti dans le cadre du Prix des auteurs inconnus, le roman concourant dans la catégorie Young Adult.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Belmont Massachussetts, 1955.
Livia a dix-sept ans. Étouffée par les angoisses de son père, elle rêve d’émancipation. Mais, alors que pour la première fois, elle est autorisée à sortir avec ses amis pour voir le succès annoncé de la Fureur de Vivre, Livia perd subitement connaissance.
Quand elle se réveille, 59 ans se sont écoulés mais elle a toujours 17 ans… Surtout, elle possède d’inquiétantes capacités inexpliquées.
Aidée par Kate, neurologue chevronnée, Livia parviendra à s’échapper de FitcherTeck qui la tient captive.
Meurtrie par la perte des siens, elle devra relever plus d’un défi : rattraper près de soixante ans d’histoire, de technologie et d’évolutions sociales et culturelles, maîtriser ses nouvelles capacités mais, surtout, découvrir ce qu’il lui est arrivé, le tout sous la menace de FitcherTeck, organisation sans scrupule qui met tout en œuvre pour la retrouver.
Dans sa fuite vers son destin, Livia découvrira l’amour avec le beau William, fils naturel de Kate abandonné à la naissance, lui-même brisé par la vie. Ensemble, ils tenteront de se reconstruire.

Rebelle éditions (25 septembre 2017) – 432 pages – Broché (21,90€) – Ebook (4,99€)

AVIS

Excitée et heureuse d’avoir obtenu de son père ultra protecteur la permission de passer la soirée avec ses amies, Livia, 17 ans, se fait kidnapper avant de se réveiller dans un endroit qu’elle ne connaît pas. Une expérience déjà difficile en soi qui se transforme en un véritable cauchemar quand elle apprend qu’elle a « dormi » pendant 59 ans ! Si la jeune fille a gardé son corps et l’esprit d’une adolescente, le monde a, quant à lui, continué sa marche sans elle…

L’année 1955 est donc bel et bien derrière elle ! Mais pire, en plus de lui voler sa vie, ses kidnappeurs ont fait d’elle un cobaye en la dotant de nouvelles capacités cognitives. Déboussolée, Livia peut heureusement compter sur Kate qui décide de la sauver de ses employeurs quitte à faire voler sa propre vie en éclats. Rejointes dans leur fuite par William, le fils de Kate qu’elle avait fait adopter dans sa jeunesse, les deux femmes prennent un nouveau départ. Mais faut-il encore que Livia arrive à tirer le trait sur son passé, à dompter ses nouvelles capacités et à ne pas attirer l’attention sur elle…

Je me suis tout de suite laissée embarquer par l’imagination de l’autrice et la manière dont elle rend la situation de Livia si réaliste. On partage l’incrédulité de la jeune fille, sa colère, ce sentiment terrible de perte, sa peur aussi… Puis les choses se sont quelque peu gâtées, le récit prenant progressivement des allures de romance pour adolescents. Cela, en plus de grandement atténuer l’intérêt que j’avais pour l’histoire, m’a frustrée n’ayant pas vraiment compris ce total revirement.

La romance se révèle, en outre, bien trop rapide pour être réaliste d’autant que l’on n’est pas dans une simple amourette, mais bien dans cette idée de l’amour fou auquel il est impossible de résister. Si l’intensité de la relation entre Livia et William semble peu plausible au regard du peu de temps qu’ils ont passé ensemble, le contexte particulier dans lequel elle se déroule en atténue néanmoins l’incongruité. On arrive donc à comprendre que parachutée dans un monde qu’elle ne (re)connaît pas, séparée définitivement des siens et avec de nouvelles capacités qui font d’elle une éponge émotionnelle, Livia s’accroche à cet homme qui, lui aussi, a vécu des choses douloureuses.

Comme dans beaucoup de romances actuelles, l’autrice nous propose un héros au passé difficile, mais elle a eu la bonne idée de ne pas en faire un tyran qui trouve du réconfort dans le mal qu’il fait à sa bien-aimée. Bien au contraire, William est plutôt du genre protecteur et essaie de se comporter en « type bien ». Il tergiverse donc énormément sur ses émotions et son droit au bonheur après les atrocités commises durant la guerre. Si au début, j’ai apprécié sa prévenance, j’ai fini par être agacée par sa manière de revenir sans cesse sur ses décisions. Le jeune homme alterne ainsi entre envie irrépressible de serrer Livia dans ses bras, et celle de s’éloigner d’elle pour ne pas la faire souffrir. Une précaution plus qu’inutile si l’on considère la force de caractère de la jeune fille.

En effet, envolée la Livia timide et soumise des années 50 ! Place à Jess, son prénom d’emprunt, une adolescente de 17 ans sympathique, mais qui ne se laisse pas marcher sur les pieds comme ses camarades de lycée le découvriront. Oui, Kate a insisté pour que Livia, ou plutôt Jess, renoue le plus tôt possible avec un semblant de normalité. Mais les lycéens d’aujourd’hui ne sont pas les mêmes que ceux de son époque, et il lui faudra un petit temps d’adaptation pour être en phase avec ces derniers. J’ai trouvé intéressant de voir comment une jeune fille ayant été élevée dans une Amérique traditionnelle et puritaine s’adapte à sa nouvelle vie, aux nouvelles technologies et s’émerveille, ou au contraire reste abasourdie, devant les mœurs actuelles comme cette exposition des corps qui la choque.

De fil et en aiguille, Livia laisse tomber ses réserves et s’approprie nos codes même si elle conserve, au fond d’elle-même, certaines valeurs de son époque. Un mélange des mentalités qui rend la jeune fille atypique tout comme ses fascinantes capacités cognitives qui font d’elle un être hors norme ! Ressentir l’état émotionnel d’autrui, parfois en images, anticiper certaines actions, persuader les gens d’une simple phrase, retenir les informations instantanément… Tout autant d’atouts précieux dans la guerre que mène Livia contre l’organisation qui l’a kidnappée. Il est juste dommage que tout semble trop simple, la jeune fille arrivant plutôt facilement à dompter ses capacités, et à les utiliser sur ses ennemis comme sur ses proches quand les circonstances l’exigent…

Il faut d’ailleurs lui reconnaître une certaine témérité puisqu’elle n’hésitera pas à se mettre en danger pour en apprendre plus sur son passé, sur les raisons qui ont poussé une organisation à la kidnapper, et à la maintenir en vie dans un caisson pendant si longtemps. Obtenir des réponses aux questions qui la tourmentent se transforme presque en obsession pour Livia, ce qui finit par créer un fossé entre elle et Kate plus intéressée par l’avenir que le passé. Et puis il y a cette quête urgente qui a pris racine dans les étranges rêves de Livia durant lesquels un jeune homme la supplie de l’aider… Elle ne peut rester sourde à ses appels répétés et de plus en plus désespérés.

À cela s’ajoute le mystère que représente l’organisation responsable des malheurs de Livia et dont on perçoit, tout au long du roman, la toute-puissance et la menace qu’elle représente pour nos protagonistes. Arriveront-ils un jour à mener une existence normale alors que des individus influents et avec des moyens technologiques faramineux sont bien décidés à rattraper à n’importe quel prix leur « investissement »  ? Une question qui nous tient en haleine d’autant que la fin nous laisse dans une situation plutôt angoissante. Le tome 2 promet donc d’être mouvementé, et je l’espère, riche en révélations !

Petite originalité, en plus de l’histoire principale, l’autrice nous propose de revivre les grandes étapes du récit, mais cette fois-ci, du point de vue de William. Une démarche qui devrait plaire aux amateurs de romance puisqu’on découvre plus en détail ses sentiments pour Livia, et sa lutte intérieure incessante pour ne pas y succomber. Cet aspect m’a quelque peu ennuyée, mais j’ai apprécié, en revanche, de pouvoir « combler les trous », l’autrice nous dévoilant toutes les actions et agissements de William dont Livia n’a pas eu connaissance.

La plume de Lauren Peretti m’a, quant à elle, séduite : fluide, travaillée tout en restant accessible, elle se révèle aussi agréable qu’efficace pour vous immerger dans le récit et vous faire ressentir les doutes et les émotions des personnages. J’ai ainsi apprécié cette mise en avant des sentiments et des relations qu’elles soient amoureuses ou plus difficiles à cerner à l’instar de celle unissant Kate à Livia. J’aurais toutefois apprécié que l’action soit un peu plus présente, une certaine impression de lenteur et de tourner en rond ayant fini par s’emparer de moi durant ma lecture. Un trop-plein de « je t’aime, mais je ne peux pas être avec toi » et de « je t’aime, mais pourquoi tu me rejettes », probablement…

En conclusion, Adaptation pose les jalons d’une trilogie intense dans laquelle le mystère côtoie l’amour, peut-être un peu trop d’ailleurs puisque ce premier tome est principalement centré sur la relation naissante et difficile entre une héroïne sans repères et un jeune homme blessé par la vie. Les lecteurs aimant les histoires d’amour contrariées, mais pas malsaines, devraient donc trouver leur bonheur. Si j’ai regretté la prépondérance de la romance et les longueurs qui lui sont associées, j’ai, en revanche, apprécié l’imaginaire de l’autrice et cette fin qui laisse entrevoir un deuxième tome peut-être plus porté sur l’action. Et puis entre une mystérieuse organisation aux méthodes peu louables, un certain suspense et la découverte d’une héroïne aux capacités hors norme bien décidée à se rapproprier sa vie, le divertissement est au rendez-vous.

Retrouvez le roman sur le site de Rebelle éditions.