Frères de sang, tome 1 : L’éveil, Delphine Maeder

Couverture Frères de sang, tome 1 : L'éveil

Après un accident qui l’a plongée dans le coma, Aurore est hantée par d’affreux cauchemars de jour comme de nuit. Suite à une séance d’hypnose régressive, elle découvre avec stupeur qu’elle serait la réincarnation de Lyse-Anne, jeune femme issue d’une famille de riches vignerons du Lavaux ayant vécu deux cents ans plus tôt. Au travers de ses séances d’hypnose, Aurore partage la vie de celle-ci avec passion, jusqu’au jour où tout bascule lors de la découverte macabre d’un corps exsangue, recouvert d’étranges morsures. Aurore décide alors d’étudier de près le passé de la jeune femme afin de trouver des réponses à ses questions. Parallèlement, elle se sent troublée par Alex, jeune homme mystérieux qui travaille à la bibliothèque où elle passe la plupart de ses soirées. Elle devra surmonter sa timidité maladive et sa maladresse pour pouvoir aborder ce garçon qui éveille sa curiosité…

AVIS

Écrire un avis négatif est souvent délicat, a fortiori quand on sollicite soi-même le roman sur Simplement. Néanmoins, il arrive qu’il y ait des rendez-vous manqués malgré des attentes élevées, et c’est exactement ce qui s’est passé ici. En lisant le résumé et en voyant les notes absolument phénoménales sur la plateforme, je partais confiante, voire franchement enthousiaste.

Mais au bout de trente pages, j’ai compris qu’entre ce roman et moi, ça allait être compliqué. D’ailleurs, s’il ne s’était pas agi d’un service de presse, je n’aurais pas été plus loin que ces quelques pages. On sent un réel et consciencieux effort de la part de l’autrice pour proposer un texte bien écrit, ce que j’ai fortement apprécié, les belles plumes me ravissant toujours. Toutefois, j’ai regretté quelques maladresses et un certain manque de spontanéité et de naturel, qui m’ont donné le sentiment que l’autrice cherchait à atteindre un style, qui n’est peut-être pas naturellement le sien. Cela m’a d’autant plus freinée dans ma lecture que le côté très adolescent, voire parfois naïf et enfantin de l’intrigue et des personnages, semble complètement en décalage avec sa plume. Une plume qui souffre, en outre, de quelques lourdeurs en raison d’une tendance à tomber dans la tautologie, et à expliciter des évidences que l’on déduit aisément du contexte.

Mais ce qui m’a vraiment gênée et agacée, en plus des personnages somme toute assez clichés et à la psychologie peu développée, c’est la surenchère dans le drame avec des événements qui en perdent alors toute crédibilité et profondeur. Il y a un passage où une psychiatre parle de soap pour évoquer la vie antérieure d’Aurore, le terme est fort à propos pour évoquer le roman qui m’a semblé tomber dans le soap adolescent : une pimbêche garce à souhait qui ne s’en cache pas mais dont le comportement échappe comme par magie à son promis, une héroïne qui pardonne en trois secondes chrono sa rivale/harceleuse quand celle-ci évoque ses états d’âme, un fiancé qui n’aime pas sa promise mais qui veut quand même tout sacrifier en l’épousant pour honorer les volontés d’un père décédé et maltraitant, tout en étant follement amoureux d’une fille qu’il n’avait pas revue depuis des lustres et avec laquelle il a échangé trois mots – une jeune fille d’ailleurs qui attise la convoitise de deux frères semant la zizanie malgré elle (et dont la relation ne sera pas sans rappeler celle entre deux frères dans une célèbre série), un être surnaturel perturbé par un phénomène féminin naturel donnant lieu à un sujet « tabou » entre lui et sa bien-aimée (ça m’a au moins fait rire)… 

Tout cela a créé pour moi un effet d’accumulation qui aurait pu être évité si les événements importants avaient été un minimum développés. Or on s’attarde sur des détails qui ne font pas avancer l’histoire, mais des choses importantes sont balayées en quelques lignes, nous donnant le sentiment de ne jamais entrer dans le cœur du récit. Et j’ai trouvé cela extrêmement frustrant car l’autrice avait de bonnes idées que j’aurais adoré voir développées. À commencer par l’idée de séances d’hypnose qui permettent à Aurore, jeune vendeuse ayant abandonné la fac de psychologie, de renouer avec une vie antérieure.

Une vie que l’on découvre au cours des séances et qui va progressivement avoir un réel impact sur sa vie actuelle. Car si Aurore sait bel et bien qu’elle n’est pas vraiment cette Lyse-Anne ayant vécu deux cents ans avant elle, il y a des choses qu’elle ne peut guère ignorer, et qui vont la conduire jusqu’aux portes d’un nouveau monde. Je n’en dirai pas beaucoup plus pour vous laisser le plaisir de la découverte, mais j’ai apprécié la manière dont l’autrice s’est approprié un mythe bien connu, et sa vision de l’organisation de créatures surnaturelles que j’ai toujours plaisir à retrouver, notamment en littérature.

Je n’ai pas été convaincue un seul moment par la romance à travers les siècles qui nous est proposée ici, la trouvant niaise et clichée, mais j’ai apprécié que grâce à cette dernière, l’autrice aborde la question de la réincarnation et de l’identité. Ainsi même en accédant à ses souvenirs grâce à l’hypnose, et en partageant une partie de son âme avec cette dernière, Aurore n’est pas Lynne-Anne. Elle n’a pas eu les mêmes parents, n’a pas été élevée à la même époque, n’a pas vécu les mêmes joies et les mêmes peines… Mais malgré cela, on ne peut que s’interroger sur les liens entre les deux jeunes femmes. 

Il y a définitivement quelque chose de métaphysique dans cette question, d’autant que le passé semble vouloir se répéter. À cet égard, la fin ne manque pas d’intérêt puisque si certains pourront y voir du romantisme et la preuve que notre histoire d’amour maudite n’est pas prête de s’arrêter, pour ma part, cela m’a donné une autre vision de Tristan. Il semble reconnaître sans problème qu’Aurore n’est pas son amour perdu, mais ce qu’il dit à la fin tendrait à me prouver le contraire… Point que j’ai apprécié et qui prouve toute la complexité du principe de vie antérieure.

Au-delà de l’alternance entre les époques qui se révèle, pour moi, la force du roman, on appréciera la présence du surnaturel qui s’invite dans la vie d’Aurore, quelques mystères qui donnent envie d’aller plus loin (même quand la tentation d’arrêter la lecture est bien présente), des moments de tension qui laissent craindre le pire, et une très belle amitié entre notre héroïne et sa colocataire et confidente. Et vu tout ce qu’Aurore vit en peu de temps, et ce monde nouveau et empli de dangers qui s’ouvre à elle, cette amitié lui sera fort précieuse ! Bien qu’on tombe dans le cliché de la copine rigolote qui saute d’un homme à un autre comme si une journée de célibat était la plus grande des épreuves, j’ai largement préféré ce personnage secondaire. Sabrina m’a semblé bien moins molle que notre héroïne à la maturité toute relative, et pour laquelle je n’ai rien ressenti d’autre que de l’agacement devenu indifférence. Ceci explique peut-être que son sort n’a suscité en moi absolument aucune émotion ! Or difficile de s’intéresser à un roman quand le sort de ses personnages nous importe peu…

En conclusion, je pense que vous aurez compris que je n’ai pas réussi à accrocher à cette histoire qui évoque pourtant des sujets intéressants comme l’hypnose et les vies antérieures. Mais j’ai regretté un manque de maturité dans la construction des personnages, tous très stéréotypés, et dans le développement d’une intrigue qui n’arrive jamais vraiment à se départir des clichés. Dommage parce qu’il y avait de bonnes idées et qu’avec un travail pour les développer, et non juste les effleurer, le roman aurait pu être captivant. Il semble néanmoins avoir su trouver son public alors si vous êtes intrigués, n’hésitez pas à vous lancer dans cette romance maudite qui semble s’acharner à vouloir défier le temps et les circonstances. Pour ma part, l’aventure s’arrêtera là…

La captive de Dunkelstadt, Magali Lefebvre

La captive de Dunkelstadt par Lefebvre

Émile Dupontel compte terminer son tour de l’Europe en beauté avant de devenir notaire, comme on l’attend de lui. Friand de frissons comme de bonnes histoires, il jette son dévolu sur le château de Dunkelstadt, dont l’architecture, digne d’un conte de fée macabre, a enfanté moult superstitions.
Dans ces terres reculées, Émile était préparé à tout, sauf à tomber sous le charme de la belle Katarina, beauté sibylline, recluse entre les murs d’un édifice qui a tant à conter.
Secrets chuchotés et échos sinistres ont beau hanter les couloirs, Émile est déterminé à faire la lumière sur le mystère de Dunkelstadt, quitte à s’y égarer lui-même… et à perdre Katarina.

NOIR ABSINTHE (4 septembre 2020) – Ebook (4,99€) – Papier (12€)

AVIS

Quand les éditions Noir d’Absinthe m’ont proposé de chroniquer différents titres, dont La captive de Dunkelstadt, j’ai accepté avec plaisir étant curieuse de découvrir la plume de Magali Lefebvre que je suis sur son blog. Et je dois dire que je n’ai pas été déçue de l’expérience, sa plume m’ayant enchantée, voire émerveillée. C’est d’ailleurs, du moins pour moi, le gros atout de ce roman qui est écrit avec finesse, élégance et une très grande poésie. Le vocabulaire est choisi avec soin, les descriptions d’une beauté à vous couper le souffle et l’attention apportée aux détails prompte à stimuler l’imagination et les sens même du plus terre à terre des lecteurs.

Loin de se contenter de nous narrer une histoire au ton très gothique, l’autrice s’évertue à déployer tout autour de nous un univers feutré dans lequel le danger est souligné et sublimé par les éléments de la nature. Le bruissement du vent, la pluie, les éclairs, le noir soudain qui s’abat sur le héros telle une chape de plomb… Tout prend une tournure inquiétante et mystérieuse à l’image du château de Dunkelstadt qui surplombe une ville qui ne demanderait rien de plus que d’en oublier jusqu’à l’existence. L’endroit n’est-il pas, après tout, réputé hanté ?

Sans comparer le grand classique qu’est Dracula à ce roman, j’en ai pourtant éprouvé le même plaisir à me laisser prendre par les tourments d’un protagoniste, dont la nature simple va être confrontée à des forces surnaturelles et malveillantes. Émile, dont le tour d’Europe touche à sa fin, pose ses bagages à Dunkelstadt, attiré par son emblématique et original château. Mais alors qu’il ne s’agissait pour lui que d’une étape avant la vie active, sa rencontre avec les deux habitantes du château, dont la charmante Katarina, va faire voler en éclats tous ses projets. Katarina, cette jeune fille envoûtante, mais soumise aux caprices d’une mère autoritaire qui semble lui imposer une liste d’interdits tous plus aberrants les uns que les autres... Des interdits auxquels Émilie doit, pour certains, également se plier.

Désireux, dans un premier temps, de ne pas courroucer la mère de sa dulcinée, Émile les accepte, mais il finit par tout remettre en question sans vraiment réaliser les conséquences de ses actes et de ses velléités de rébellion. À tenter le diable, le jeune homme ne risque-t-il pas d’en déchaîner toute la fureur ? Une interrogation qui nous apparaît légitime à mesure que la vie au sein du château se dévoile à nous, et que l’on se remémore toutes ces questions qui tiennent notre curiosité en éveil : pourquoi les villageois semblent-ils aussi terrifiés par le château et ses habitantes ? Qu’est-ce qui rôde la nuit dans les jardins de la bâtisse ? Pourquoi la belle Katarina, éprise de liberté, se voit-elle condamnée à une vie de captivité ? Quelle est l’identité de ce spectre qui hante les murs du château ?

Tout autant de questions qui nous poussent à tourner les pages avec avidité et l’espoir de percer tous les secrets d’un château dont l’originalité de l’architecture ne doit pas faire oublier son imposante et menaçante présence. Une réalité qui va s’imposer à Émile qui n’aura de cesse de se battre pour délivrer sa promise de ce mal insidieux qui exsude de chaque pièce et mur du château. Si je n’ai pas trouvé le roman effrayant à proprement parler, force est de constater qu’il arrive néanmoins à créer un climat d’angoisse qui vous pousse à regarder tout autour de vous et à considérer votre environnement sous un jour nouveau. Il faut dire que dans le château de Dunkelstadt, les apparences sont bien souvent trompeuses et les êtres les plus dangereux ne sont pas forcément ceux que l’on pense…

Dans ce roman, il est question de vice, de mal, de malédiction, de faux-semblants, d’amour maternel imparfait, mais bien réel, d’amour contrarié, de superstition aux terribles conséquences… Je ne développerai pas ces thématiques outre mesure parce que ce serait vous gâcher une bonne partie du plaisir que l’on prend à déambuler dans les couloirs d’un château maudit et à s’en approprier l’histoire. Mais je peux toutefois vous dire que j’ai apprécié la construction du roman qui permet aux lecteurs de ressentir pleinement les émotions de ses personnages, et plus particulièrement d’Émile. Ce jeune homme, au destin tout tracé, va se révéler à lui-même grâce à ses sentiments pour une jeune femme qui, derrière son apparente soumission, cache un esprit vif et fougueux. On s’attache à ce couple qui se construit d’abord sur des demi-vérités, mais qui finit par s’imposer à nous dans toute son entièreté et son intégrité.

En conclusion, les amateurs de belles plumes devraient apprécier cette histoire dont l’intérêt réside autant dans l’intrigue que dans l’ambiance gothique et l’atmosphère. Une atmosphère qui se veut de plus en plus angoissante à mesure que l’on pénètre les sombres secrets d’un château, dont il aurait peut-être été plus prudent de garder les portes fermées… Mais que vaut la prudence devant l’amour de deux jeunes personnes prêtes à défier de puissantes forces surnaturelles et malveillantes afin de pouvoir vivre leur amour en toute liberté ?

Je remercie les éditions Noir d’Absinthe pour ce roman reçu en en échange de mon avis.