Top Ten Tuesday #175 : les 10 derniers thrillers lus et/ou écoutés

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« Le Top Ten  Tuesday est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire prédéfini. Ce rendez-vous a initialement été créé par The Broke and the Bookish et est repris en français sur le blog Frogzine. »


Ces dernières semaines, notamment durant le confinement, j’ai enchaîné les thrillers que ce soit en version papier ou audio. Je vous propose donc la liste des dix derniers thrillers lus et/ou écoutés. Tous ont été de belles découvertes et m’ont offert d’intenses et angoissantes heures de lecture !

  • Les thrillers chroniqués :
    • Une héroïne aveugle, un fétichiste qui fait froid dans le dos et qui nage en eaux troubles, une enquête rythmée… Le fétichiste est un thriller assez original à la tension parfaitement maîtrisée.
    • Avec Les cicatrices, on fait un saut dans la noirceur, le triturage de méninges et des scènes parfois très dures. Un thriller psychologique où la violence côtoie la démence !
    • Quant à Thin air, on change de ton avec un thriller qui se déroule sur Mars… Le mélange SF et thriller a bien fonctionné sur moi même si j’ai parfois regretté certaines longueurs. Vous pouvez retrouver ma chronique sur le site eMaginarock.

Couverture Le fétichiste Couverture Les CicatricesCouverture Thin Air

  • Ceux que j’ai dévorés sans laisser de trace : 

Couverture La veuveCouverture Am stram gram... / Am stram gramCouverture Promenez-vous dans les bois... pendant que vous êtes encore en vie

Couverture Tension extrêmeCouverture Dernière escaleCouverture Le pacte interdit

Couverture Ames soeurs

Et vous, appréciez-vous les thrillers ?
Quel est le dernier livre du genre que vous avez lu ?

Sous le compost, Nicolas Maleski

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« Si ma femme n’avait pas commencé à me tromper, je n’aurais probablement jamais versé dans l’extra-conjugalité. »

Gisèle est vétérinaire de campagne, Franck s’est voulu écrivain. Il est désormais père au foyer. Pas de méprise, ce statut est une source intarissable de joie. Car en plus de lui assurer un temps précieux auprès de ses filles, il le dispense de côtoyer ses semblables.
Hormis la fréquentation de quelques soiffards, cyclistes tout-terrain ou misanthropes à mi-temps comme lui, Franck Van Penitas peut se targuer de mener une existence conforme à son tempérament : ritualisée et quasi solitaire. Son potager en est la preuve, où aucun nuisible susceptible d’entraver ce rêve d’autarcie ne survit bien longtemps. Franck traque la météo et transperce à coups de bêche les bestioles aventureuses.
Jusqu’à ce jour où une lettre anonyme lui parvient, révélant l’infidélité de sa femme.
Face à un événement aussi cataclysmique que banal, n’est pas Van Penitas qui veut. Accablement ? Coup de sang ? Répartition des blâmes ? Très peu pour lui. Franck a beau être un garçon régulier, il n’en est pas moins tout à fait surprenant et modifier son bel équilibre n’entre guère dans ses vues. Son immersion en territoire adultérin, le temps d’un été, prendra l’allure d’un étrange et drolatique roman noir conjugal.

HarperCollins (8 janvier 2020) – 256 pages – Poche (7,50€)

AVIS

Sous le compost est une lecture assez déroutante dans le sens où l’on se laisse guider par l’auteur sans vraiment savoir où il veut nous emmener. Pas grave me direz-vous, sa plume caustique et empreinte de cynisme s’assurant de happer l’attention des lecteurs dès les premières pages. Nous voilà donc plongés en pleine campagne dans la vie de Franck, un père au foyer passionné de jardinage et vouant une totale dévotion à ses trois filles qui emplissent bien son quotidien. On appréciera l’originalité puisque pour une fois, ce n’est pas à la femme qu’est attribué le rôle de fée du logis.

Entre son jardin qu’il soigne presque aussi bien que ses filles, la maison à gérer, les filles à dorloter doublement pour compenser l’absence de leur mère accaparée par son travail, et ses virées dans le bar du village avec ses deux potes, enfin connaissances parce que Franck n’aime pas trop  l’idée d’avoir des amis, il n’a clairement pas le temps de s’ennuyer ! Mais une lettre anonyme dénonçant l’infidélité de sa femme va venir donner un grand coup de pied dans la fourmilière. Vexé, plus par l’outrecuidance de la personne qui a osé s’abaisser à un tel procédé que par le contenu de la lettre, il va faire ce que toute personne sensée aurait fait à sa place, se lancer dans l’expérience mouvementée de l’adultère.

Ce n’est pas le premier réflexe qui vous serait venu à l’esprit ? Moi non plus, mais vous verrez que Franck est un homme assez spécial. Cynique à souhait, solitaire et peu à l’aise en société, il ne nous apparaît pas forcément comme un homme attachant, mais nous nous prenons rapidement au jeu, suivant avec curiosité ses péripéties extra-conjugales qui vont le conduire sur des chemins inattendus et interdits. Il est assez surprenant de voir son manque d’émotions : pas de scène de ménage quand il pense que sa femme prend du bon temps avec un autre, pas de jalousie et aucune culpabilité à culbuter une autre femme sans être même certain que sa femme le trompe réellement. Pas le type d’homme que j’aimerais personnellement fréquenter même si j’apprécie qu’il assume sans complexe son rôle de père au foyer et de jardinier amateur et plutôt doué.

J’ai, en revanche, admiré sa femme qui essaie de faire ses preuves en tant que vétérinaire dans un milieu rural qui ne voit pas sa couleur de peau d’un bon œil. Je n’ai pas d’enfant, mais j’ai également compati devant ses difficultés à faire concilier sa vie de mère et ses impératifs professionnels, son métier requérant de passer de longues et nombreuses heures en-dehors du foyer familial. Raison, peut-être, pour laquelle j’ai trouvé le comportement de Franck tellement injuste et révoltant d’autant que ce dernier a apparemment du mal à comprendre la notion de consentement. Quelques scènes durant lesquelles il insiste pour avoir des relations sexuelles avec sa femme ou son amante m’ont ainsi particulièrement indisposée…

Durant tout le roman, on suit donc Franck dans sa double, voire triple vie, de père au foyer, d’amant et de copain de bar, notre homme ne rechignant pas à boire quelques bières avec deux hommes du village dont l’un finit par nous toucher par le drame qu’il a vécu une décennie plus tôt. Un autre incident, en fin de roman, vient apporter une petite dimension dramatique qui m’a bien plu d’autant que j’étais loin d’avoir anticipé la révélation finale qui nous permet de relativiser les petits secrets de Franck. Au passage, une petite critique acerbe des écrivains à succès, mais sans grand talent, m’a arraché quelques sourires puisqu’il faut reconnaître qu’il y a quand même du vrai dans le tableau peint par le très cynique Franck, lui-même écrivain qui s’est oublié dans sa vie de papa et mari.

En conclusion, Sous le compost est un roman atypique dont le charme réside dans le ton cynique et étrangement vif de l’auteur. Sous fond de jardinage, de tromperies et de médisance, l’auteur nous offre une plongée dans un monde rural bien moins paisible qu’il n’y paraît tout en questionnant la notion de couple et de sa déliquescence dans un quotidien rythmé par les obligations en tout genre. Un roman noir aux allures de fable cynique sur l’adultère et la faculté de certains à se perdre dans leurs fantasmes, il fallait oser. Nicolas Maleski l’a fait ! Cela ne plaira pas à tous les lecteurs, mais chacun devrait au moins être marqué par son audace et l’honnêteté rafraîchissante de sa plume.

Merci aux éditions HarperCollinsFrance pour cette lecture.

 

J’ai d’abord tué le chien, Philippe Laidebeur

Je remercie les éditions Denoël de m’avoir envoyé, dans le cadre de notre partenariat, J’ai d’abord tué le chien de Philippe Laidebeur, vainqueur du Prix Matmut 2019.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Il est SDF, clodo, sans abri. Un échec sentimental, un désastre professionnel, et le voilà dans la rue. Il y vit depuis dix ans. Et touchera bientôt le fond de sa descente aux enfers. Vagabond solitaire, il gère son quotidien en évitant les pièges que lui tend la jungle urbaine. C’est tout du moins ce qu’il croit. Une nuit, pour une banale histoire de planches volées, il égorge un vigile et son chien. Il le fait machinalement, sans la moindre émotion. Ce sera le premier meurtre d’une longue série. Tuer pour ne pas être tué, sa vie est aussi primitive que cela. Un jour, il élimine un homme qui lui ressemble de façon étonnante et, tout naturellement, il prend sa place. Il usurpe l’identité d’un étrange et riche inconnu. Porte de sortie inattendue ? Chance ultime ou erreur fatale ? Peut-on entrer dans la peau d’un autre sans prendre le risque de voir un passé sulfureux rattraper un présent chaotique ? Sans payer le prix du sang ? …

Denoël (14 mars 2019) – 192 pages – Broché (19,90€) – Ebook (13,99€)
Préface : Philippe Labro

AVIS

Passer d’informaticien respecté et aisé à SDF maltraité par la vie, il n’y a qu’un pas. Un pas franchi par notre protagoniste qui a perdu femme, enfants, travail, statut social et argent. Dans la rue où il vit depuis maintenant dix ans, il a appris à se faire petit, à ne pas se mêler aux autres ni à leurs querelles, à se méfier de l’alcool, à trouver les bons lieux pour faire la manche, à grappiller de la nourriture au gré des opportunités… En d’autres termes, il a appris à survivre dans cette jungle urbaine et à affronter avec un minimum de dignité la faim, le froid, la misère, la violence…

Mais difficile d’échapper à la violence quand on la porte en soi ! Notre homme, d’apparence courtoise, est en effet loin d’être un enfant de cœur. Dénué de sentiments et ne berçant pas dans le sentimentalisme, il n’hésite pas à sortir la lame et à faire couleur le sang pour se protéger. Tuer ou être tué ? Une question qu’il ne se pose jamais très longtemps ! De meurtre en meurtre, ne prend-il d’ailleurs pas un peu trop goût au sang ?

Sa vie dans la rue, qu’il affronte sans jamais s’apitoyer sur son sort, va prendre une tournure inattendue quand il décidera de s’approprier la somptueuse villa et la vie de l’une de ses victimes, un homme richissime qui lui ressemble étrangement, Charles de Montesquieu. Notre SDF aux tendances meurtrières a-t-il bénéficié d’une chance insolente en croisant la route de cet homme ou a-t-il, sans le savoir, mis le pied dans quelque chose qui va complètement le dépasser ?

L’auteur nous propose ici une plongée fascinante dans le présent d’un homme qui tue avec un naturel déconcertant et sans une once de remord, et le passé d’un homme aussi riche que secret qui ne sortait presque pas de chez lui, n’avait pas de famille, pas d’ami et ne recevait qu’une seule visite, celle d’une femme de ménage particulière… Devant l’aura de mystère qui entoure le bourgeois, notre SDF n’a pas d’autre choix que d’enquêter afin de mieux s’approprier le personnage et faire de sa vie la sienne : inspection de la maison, études des documents et photos retrouvés, piratage de l’ordinateur…

Se dégage, au fil des pages, une tension et un suspense de plus en plus intenses jusqu’à ce que le portrait de Charles de Montesquieu qui se forme se révèle des plus inquiétants et des plus glaçants ! C’est que le personnage pousserait presque le lecteur à relativiser les crimes de notre SDF sociopathe sur les bords. Je n’en dirai pas plus si ce n’est que l’auteur, à travers son récit, a su habilement aborder des périodes peu glorieuses de notre histoire…

La violence, celle de la société, celle de la rue, celle de l’hérédité, celle qui pousse un homme à perpétrer des atrocités, trouve son écho dans la plume de l’auteur à la fois brute et brutale. Philippe Laidebeur décrit ainsi, sans fioritures ni effets de manche, mais avec beaucoup de réalisme, la descente aux enfers d’un homme qui se savait meurtrier sans émotions et finit par se croire bourreau sanguinaire. La frontière entre réalité et folie est parfois mince a fortiori quand on a déjà perdu tous ces repères et toutes ces petites choses qui nous rattachent à la vie…

En conclusion, nous découvrons dans ce roman deux hommes très différents, mais dont les vies vont, petit à petit, se mêler et s’entremêler. Les pistes se brouillent, le passé et le présent se mélangent, la vérité devient fantasme et le fantasme prend des allures de vérité. Peut-on vraiment s’approprier la vie d’un autre et occulter la sienne sans sombrer dans la folie ? Une question qui devrait vous tenir en haleine et vous pousser à lire d’une traite ce roman court, mais intense.

Feuilleter le roman sur le site des éditions Denoël et/ou retrouvez-le chez votre libraire/en ligne

Blues pour Irontown, John Varley

Je remercie les éditions Denoël de m’avoir fait parvenir Blues pour Irontown de John Varley.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Christopher Bach était policier lors de la Grande Panne, ce jour où le Calculateur central, qui contrôle tous les systèmes de survie sur Luna, a connu une défaillance fatale. La vie de Chris a alors irrémédiablement basculé, et il essaie désormais d’être détective privé. Assisté de son chien cybernétiquement augmenté, Sherlock, il tente de résoudre les quelques missions qu’on lui confie en imitant les héros durs à cuire qui peuplent les livres et films noirs qu’il adore. Lorsqu’une femme entre dans son bureau et prétend avoir été infectée volontairement par une lèpre incurable, Chris est tout disposé à l’aider à retrouver celui qui l’a contaminée. Mais il va vite déchanter en comprenant que son enquête doit le mener là où personne n’a réellement envie d’aller de son plein gré : à Irontown…

Blues pour Irontown est un mélange détonant de roman noir et de science-fiction. Situé dans le même univers que les précédents ouvrages de l’auteur, notamment Gens de la Lune et Le Système Valentine, parus chez Denoël, il marque le retour, tant attendu, de John Varley à son meilleur.

Denoël (14 février 2019) – Collection Lunes d’encre – 272 pages – Broché (21,90€)
Ebook (15,99€) – Traducteur : Patrick Marcel –  Extrait en ligne

AVIS

Bienvenue chez Sherlock & Bach – Enquêtes privées discrètes, Sherlock étant un chien cybernétiquement augmenté, et Bach, un détective autoproclamé du nom de Christopher. Suite à la visite d’une cliente mystérieuse à laquelle on a, à son insu, inoculé une lèpre incurable, nos deux héros vont se lancer dans une enquête qui les conduira dans un endroit dont Chris garde de très très mauvais souvenirs : Irontown. Repère de tous les laissés-pour-compte, criminels, marginaux et autres joyeux lurons de la société, c’est le genre de lieu que l’on fuit comme la peste !

Le roman m’a surprise dans la mesure où je m’attendais à une enquête linéaire alors que l’auteur joue habilement entre l’enquête dans le présent et le passé de Chris. Cette incursion dans le passé de notre détective permet, en plus de découvrir ses blessures, de comprendre ce qui est arrivé durant la Grande Panne, un événement traumatisant qui pose un certain nombre de questions sur, entre autres, les dangers des intelligences artificielles et la dépendance de l’homme vis-à-vis de ces dernières… L’enquête en elle-même ne souffre d’aucun temps mort, l’auteur ne se perdant pas en palabres ni détours inutiles. Il vous réserve même un petit twist que je n’avais pas anticiper et qui permet de voir toute l’histoire sous un jour nouveau. On peut dire que John Varley a le sens du détail et de la mise en scène, et qu’il ne laisse rien au hasard, chaque élément finissant par s’emboîter et former un tableau d’ensemble inattendu.

Je ne suis pas une grande lectrice de science-fiction ayant toujours peur d’être submergée par une masse complexe d’informations. J’ai donc apprécié que l’auteur mette en place un univers simple et abordable par tous. Il prend le temps, petit à petit, de détailler les spécificités de Luna colonisée il y a longtemps après l’invasion de la Terre par des extraterrestres sans jamais se perdre dans de longues explications. Toutes les informations qu’il donne servent l’intrigue et permettent de mieux appréhender les tenants et aboutissants d’une enquête plus complexe qu’au premier abord. Il en résulte une immersion facile et totale dans ce monde où la technologie et les progrès scientifiques tiennent une place centrale. Envie de changer de sexe ou de vous inoculer une maladie soignable pour être à la mode ? Il suffit de demander et d’en avoir les moyens.

En plus d’un univers accessible même aux personnes ne lisant jamais de science-fiction, l’auteur met en place une narration alternée efficace et originale entre Chris et son chien-associé Sherlock dont on suit les pensées grâce à une traductrice. Celle-ci s’adresse d’ailleurs parfois directement aux lecteurs pour leur expliquer les difficultés de traduire certains concepts canins. Il faut dire que la fascination de Sherlock pour les odeurs ne lui facilite pas la tâche… L’auteur exploite à merveille cette double narration n’hésitant pas à changer son style en fonction du protagoniste au cœur de l’action. Alors que Chris s’exprime de manière posée, les phrases de Sherlock sont bien plus courtes et, surtout, plus « fleuries ». Je n’aime, en général, pas trop la vulgarité dans les romans, mais celle dont fait parfois preuve Sherlock ne m’a pas gênée puisqu’elle est cohérente avec son statut de chien.

Je dois d’ailleurs dire que si j’ai apprécié l’histoire, c’est avant tout l’utilisation d’un chien en tant que protagoniste qui a su me séduire ! Loin de ne faire que de la figuration, Sherlock tient un rôle de premier ordre dans le récit d’autant que cybernétiquement augmenté, il fait preuve d’une grande intelligence et de capacités qui dépassent de beaucoup celles d’un chien lambda. Conscient de son intelligence, Sherlock ne connaît pas le mot modestie et a tendance à considérer les deux pattes comme de gros benêts, mais il n’en demeure pas moins attachant et très drôle à condition d’adhérer à son humour. J’ai adoré suivre l’enquête à travers ses yeux ou plutôt grâce à son odorat puisque chien oblige, Sherlock saura utiliser brillamment son flair pour seconder Chris voire le sortir de situations délicates…

Face à un associé aussi particulier et haut en couleur, Chris m’a paru peut-être un peu fade. Même sa mère, une éleveuse de dinosaures volants, qui apparaît pourtant peu dans le roman m’a semblé plus remarquable… Bien que notre détective donne parfois un peu le sentiment de vivre dans sa propre bulle fortement inspirée des années 1930, il prend heureusement de l’épaisseur à mesure que son enquête progresse et que l’on découvre tout un pan de son passé. Un passé dont il n’a pas encore pansé toutes les blessures, mais vu les épreuves qu’il a endurées, difficile de le blâmer… Pas forte tête ni grosse gueule, l’intérêt de ce personnage réside, du moins pour moi, dans la dimension profondément humaine qu’il apporte au récit et dans la relation qu’il a su tisser avec Sherlock. Les amoureux des animaux ne devraient ainsi pas rester de marbre devant les liens forts qui unissent nos deux acolytes et la sincère affection qu’ils se portent. Vous verrez d’ailleurs que l’amour de Sherlock pour Chris qu’il place au centre de son monde est sans limite…

En conclusion, Blues pour Irontown nous offre une enquête prenante et plus complexe qu’au premier abord dans un univers de science-fiction accessible et immersif. En alternant les points de vue et en modulant avec succès sa plume en fonction de ses protagonistes, l’auteur met en scène un duo touchant qui devrait marquer les esprits des lecteurs. Si vous aimez les enquêtes teintées d’un humour qui a du chien ou les chiens qui ont de l’humour, vous devriez passer un bon moment de lecture.

Retrouvez le roman chez votre libraire ou en ligne

 

Premières lignes #70 : Blues pour Irontown, John Varley

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J’ai décidé de participer au rendez-vous Premières lignes, initié par Ma lecturothèque, dont le principe est de citer, chaque semaine, les premières lignes d’un livre.


Pour cette édition, j’ai chois de vous présenter les premières lignes de ma dernière lecture : Blues pour Irontown de John Varley. Ce roman me sort clairement de ma zone de confort, mais j’ai été intriguée par son résumé et la mention d’un chien de nom de Sherlock !

Christopher Bach était policier lors de la Grande Panne, ce jour où le Calculateur central, qui contrôle tous les systèmes de survie sur Luna, a connu une défaillance fatale. La vie de Chris a alors irrémédiablement basculé, et il essaie désormais d’être détective privé. Assisté de son chien cybernétiquement augmenté, Sherlock, il tente de résoudre les quelques missions qu’on lui confie en imitant les héros durs à cuire qui peuplent les livres et films noirs qu’il adore. Lorsqu’une femme entre dans son bureau et prétend avoir été infectée volontairement par une lèpre incurable, Chris est tout disposé à l’aider à retrouver celui qui l’a contaminée. Mais il va vite déchanter en comprenant que son enquête doit le mener là où personne n’a réellement envie d’aller de son plein gré : à Irontown…

Blues pour Irontown est un mélange détonant de roman noir et de science-fiction. Situé dans le même univers que les précédents ouvrages de l’auteur, notamment Gens de la Lune et Le Système Valentine, parus chez Denoël, il marque le retour, tant attendu, de John Varley à son meilleur.

PREMIÈRES LIGNES

La frangine entra dans mon bureau comme une brise chaude exhalée par le Pacifique. En d’autres circonstances, je l’aurais invitée à danser le jitterbug toute la nuit sur la jetée de Santa Monica, au swing de la clarinette d’Artie Shaw et des Gramercy Five.
Mais une paralèpre, ça gâche.
Elle était habillée à la mode rétro-Noir. Son visage se limitait à une forme vague derrière une épaisse voilette accrochée à un chapeau chargé de ce qui ressemblait bien à un paon. Pas seulement les plumes : le paon au complet. Son corsage portait des fronces à la gorge et sa veste était suffisamment rembourrée aux épaules pour qu’on puisse y poser deux verres de martini. Ses escarpins, aux talons carrés de dix centimètres, étaient ouverts au bout et découvraient deux ongles vernis de carmin. J’étais tout disposé à parier que ses bas arboraient une couture à l’arrière.
Non que je sois le mieux placé pour me ficher d’elle. Elle pouvait très bien s’être habillée ainsi pour s’assortir au décor. Mon bureau lui-même aurait pu avoir été transporté en totalité d’une autre époque par une machine à voyager dans le temps.

Et vous, ce roman vous tente-t-il ?