Les 9 vies d’Aristote, Dick King-Smith (illustré par Bob Graham)

Aristote est un joli chaton blanc. Mais il est bien trop casse-cou et risque sa vie à tout moment ! Chez sa nouvelle maîtresse, la sorcière Bella Donna, il accumule bêtises et catastrophes. Heureusement qu’elle veille sur lui et que, comme tous les chats, Aristote possède neuf vies !

Gallimard Jeunesse (14 novembre 2019) – Premiers romans – Dès 7 ans – 6,90€
Traduction :
Laurence Nectoux

AVIS

J’ai tout de suite craqué sur la couverture avec ce chat plein de vie qui semble faire le foufou. Et ce n’est pas qu’une impression parce que le moins que l’on puisse dire, c’est qu’Aristote est plein de fougue et d’entrain. Curieux, vif et toujours prompt à partir à l’aventure, que ce soit dans la maison de sorcière de son adoptante ou à l’extérieur, il ne manque jamais l’occasion de se mettre dans des situations périlleuses… Heureusement que, comme tous les chats, il a neuf vies !

J’ai adoré l’idée de l’auteur de donner le nom d’un grand philosophe à un chat qui se révèle plus polisson que sage. Mais c’est peut-être sa propension à faire des bêtises sans le vouloir qui m’a séduite, bien que j’avoue être ravie que mon Hardy ne soit pas aussi casse-cou. Je ne suis pas certaine que mon pauvre cœur s’en remettrait aussi bien que celui de Bella Donna, la sorcière qui a adopté Aristote. Plutôt original d’ailleurs pour une sorcière de préférer un chat blanc au traditionnel chat noir. Mais Belle Donna n’est pas une sorcière comme les autres : si elle a l’accoutrement et le physique typiques des sorcières, elle se révèle bien plus gentille, bienveillante et attentionnée. C’est d’ailleurs grâce à elle qu’Aristote retombe toujours sur ses pattes.

La relation entre les deux personnages est adorable et m’a beaucoup touchée. La tendresse qui les unit est d’ailleurs magnifiquement restituée par Bob Graham dont j’ai beaucoup les illustrations pleines de douceur et de poésié. Un style artistique qui permettra à l’auteur d’aborder avec beaucoup de subtilité le thème du deuil animal et de nous montrer que même derrière ses grosses babines, un gros chien de ferme est tout à fait capable de la plus grande des tendresses.

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Si en tant qu’adulte, j’ai apprécié ce roman et le jeu de l’auteur sur la superstition entourant les neuf vies supposées des chats, je ne doute pas que les enfants prennent également beaucoup de plaisir à suivre les (més)aventures et les exploits d’Aristote. Un chaton auquel ils ne devraient pas manquer de s’attacher et d’apprécier de voir grandir et évoluer comme eux-mêmes le font, jour après jour, année après année. Notre Artistote va ainsi s’assagir pour le plus grand bonheur de Belle Donna qui pourra alors compter sur son beau minet pour l’accompagner et l’aider dans ses différentes missions.

En plus de la douce présence d’Aristote, la sorcière gagnera une certaine tranquillité d’esprit, n’ayant dorénavant plus besoin de passer son temps à le surveiller de peur qu’il ne tombe de la cheminée, qu’il se fasse croquer par un gros chien ou écrasé par un train. Sa patience et son amour auront été efficaces et permis à un chaton casse-cou de devenir un chat raisonnable et aimant.

En résumé, de l’humour, de la tendresse et de l’aventure, en voici une histoire parfaite pour les jeunes lecteurs en quête d’un divertissement simple d’accès, mais riche en péripéties !

Le voyage de Nathan : petit fossoyeur d’âmes, Frédéric Neveur

Couverture Le voyage de Nathan : Petit fossoyeur d'âmes

Dans les ruelles de son petit village de vacances, Nathan voit des choses étranges. Emprisonné dans un monde alternatif bien sombre, il fait la rencontre de Lenka, une jeune fille aux pouces coupés, et Grogoron, un fossoyeur d’âme bourru au cœur d’or. Dés lors, Nathan va tenter de comprendre pourquoi il est enfermé ici et pourquoi un Négociant, un être monstrueux qui calcule la valeur des âmes, cherche à l’emmener avec lui. En terminant son voyage, Nathan apprend ce qui lui est arrivé dans le monde réel.
Une émouvante histoire qui cache une vérité effroyable dont l’amour de ses nouveaux amis parviendra à guérir les blessures.

Évidence Édition – 320 pages – Papier (16,99€) – Ebook (7,99€)
Adapté aux lecteurs dyslexiques – Illustrations : Hadley Seymore

AVIS

En ce moment, j’enchaîne les livres publiés par Évidence édition ! Et après la très bonne série Aria, c’est un autre roman jeunesse qui m’a captivée. Je dis jeunesse parce qu’il est accessible aux lecteurs à partir de 12 ans, mais je lui ai trouvé une sensibilité et une portée symbolique telles que je me demande si finalement, il ne serait pas plus sage de le conseiller à des lecteurs un peu plus âgés. Je ne suis, en effet, pas certaine que l’enfant de 12 ans que j’étais, pourtant grande lectrice, aurait su saisir toute la portée de ce livre…

L’auteur nous transporte dans la vie du jeune Nathan, un enfant très seul puisque personne ne semble lui accorder la moindre attention si ce n’est pour le brimer et, dans le cas de son père, lui reprocher la mort de sa mère. Mais si Nathan a du mal à se connecter avec les gens, il voue une passion sans borne aux oiseaux et, plus particulièrement, aux corbeaux. Original comme animal préféré, mais vous verrez qu’original et hors norme, Nathan l’est !

Lors de ses vacances dans un petit village, Nathan fait la rencontre d’un gardien de cimetière, Grogoron, avant de plonger dans un monde alternatif surprenant et auréolé de mystère. Aux côtés de Nathan, nous découvrons ainsi des concepts comme celui de fossoyeur d’âmes ou, comme aime à le dire notre jeune héros, faux soigneur d’armes. Et puis, il y a cette menace que représentent les Autres, ces êtres dont on ne connaît pas la nature et que Grogoron demande à Nathan de ne pas nommer. Fascinant de voir que la peur de l’Autre poursuit Nathan même dans un monde qui n’est pas le sien !

Ce que j’ai préféré dans ce roman, c’est de découvrir, petit à petit, le monde alternatif dans lequel Nathan vogue, de comprendre les règles qui le régissent et les entités qui l’habitent. Raison pour laquelle je préfère rester très évasive sur ces points, ce qui, je l’avoue, tend quelque peu à me frustrer. Je me permettrai néanmoins de vous dire que j’ai beaucoup aimé la manière dont l’auteur a développé tout le commerce autour des âmes, chacune d’entre elles étant notée en fonction de différents critères, récoltée par les fossoyeurs d’âmes, donnée aux Négociants et revendue à prix d’or… Une loi de l’offre et de la demande assez cynique comme sait si bien l’être l’économie de marché. On appréciera d’ailleurs la petite critique sous-jacente vis-à-vis d’un système économique créateur d’inégalité, de souffrance et d’injustice. Mais comme dans la vraie vie, qui dit inégalité, dit révolte et rébellion !

L’auteur, à travers une histoire forte et non dénuée d’onirisme, évoque également des sujets parfois difficiles comme les préjugés et la peur de ce que l’on ne connaît pas, la perte, la mort, la résilience, les violences domestiques, la maltraitance infantile… Mais je vous rassure, tout reste assez suggéré, ce qui rend ces problématiques supportables même pour les jeunes lecteurs ou ceux particulièrement sensibles. Et puis derrière le drame et ce commerce d’âmes auquel sont soumis, contre leur volonté, nos héros, il y a aussi beaucoup de vie et d’optimisme ! Des élans de beaux sentiments et de tendres émotions apportés par les protagonistes et les magnifiques liens qu’ils ont su tisser.

En découvrant ce monde alternatif, Nathan a ainsi trouvé des amis, voire une famille avec des membres qui l’aiment, le respectent, l’écoutent et le voient ! Tout ce dont il a toujours été privé. Et ça, c’est tellement beau, fort et important pour lui qu’on ne peut que s’émouvoir devant ses émotions, ses pensées et la manière dont, jour après jour, il grandit, prend confiance en lui et en sa capacité d’être aimé. Nathan est un personnage attachant sur lequel on a envie de veiller très fort comme le font Grogoron dont le physique un peu bourru cache un grand cœur et Lenka, une jeune fille de caractère.

Ces deux personnages, tous les deux très touchants, feront de leur mieux pour protéger Nathan et l’aider à se fondre dans ce monde impitoyable des âmes qui n’est peut-être pas, au regard de certaines révélations, pire que le monde des vivants. J’aurais peut-être souhaité que Grogoron soit un peu plus présent, mais j’ai été ravie de la place donnée à Lenka. Haute en couleur, on sent chez elle une grande gentillesse ainsi qu’une certaine fragilité… Sa manière de taquiner ses acolytes, à grand renfort de surnoms plus tendres que méchants, m’a ainsi fait très régulièrement sourire. Cette jeune fille possède, en outre, une aura de mystère qu’on a très fortement envie de percer : pourquoi n’a-t-elle plus ses pouces ? Pourquoi, contrairement à ses amis, ne peut-elle pas aller dans le monde des vivants ? Des questions qui en appellent une autre bien plus importante : les lecteurs et la jeune fille sont-ils prêts à entendre la vérité et faire face à des révélations qui ne devraient pas manquer de les toucher ?

En plus des personnages pris dans leur individualité, j’ai adoré leur dynamique de groupe, leur complicité et leur très fort attachement. Cela leur sera d’ailleurs indispensable pour avoir la force d’affronter les épreuves qui se présenteront à eux, mais aussi d’accepter de faire ce saut dans l’inconnu qui leur faisait tellement peur. C’est peut-être là d’ailleurs que réside le plus grand rôle de Nathan, un enfant entre vie et mort, qui sera, sans le vouloir, le déclencheur d’une série d’événements à l’issue émouvante.

Quant au style de l’auteur, si on occulte un amour immodéré pour le mot venelle qui, je le concède, ne manque pas de charme, je l’ai trouvé très agréable avec un parfait équilibre entre rythme, mystère, action et émotion. C’est le genre de plume qui plaira, à juste titre, à un large public. Pour ma part, j’ai fortement apprécié la dose d’onirisme que l’auteur a su insuffler à ce roman plein d’intelligence qui ne manque ni de profondeur ni de sensibilité. Les quelques illustrations de Hadley Seymore, distillées par-ci, par-là contribuent également au sentiment d’immersion que l’on peut ressentir tout au long d’une lecture qu’on ne quitte qu’à regret et avec la forte envie d’y retourner en espérant… ne pas y perdre son âme.

En résumé, Le voyage de Nathan fut une très belle lecture qui, sous couvert d’une aventure auréolée de mystère, aborde des thématiques fortes et importantes allant de la famille à l’amitié en passant par la peur de l’Autre et les violences domestiques. Prenant, si ce n’est envoûtant, voici un roman que je conseillerais volontiers aux personnes en quête d’un roman différent, d’un roman qui divertit, qui attendrit et qui vous pousse à chérir chaque moment de vie.

Je remercie Évidence Éditions de m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

 

FBI Animaux disparus : Le cheval de Noël, Gérard Lecas

J’ai purement et simplement oublié de publier ma chronique de F.B.I Animaux disparus : Le cheval de Noël (éditions Scrineo) lu dans le cadre du Cold Winter Challenge 2017. Voici donc mon erreur réparée même si le thème de ce petit roman jeunesse fort sympathique n’est plus forcément de saison.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

C’est bientôt Noël ! Cette année, un Père Noël à cheval viendra apporter des cadeaux aux élèves de l’école Saint-Exupéry, durant une grande fête organisée par les professeurs et les parents d’élèves. Tout est prêt, mais dans la nuit, l’animal qu’on avait installé sous le préau de l’école disparaît avec ses deux grandes hottes pleines de cadeaux !

Et voilà que nos trois complices de “ FBI Animaux disparus ” sont accusés d’être les voleurs ! Il leur faudra déployer toute leur imagination et leur astuce pour se disculper et démêler les fils de cette enquête qui les emmènera dans le monde des chevaux, les plus beaux animaux du monde !

  • Broché: 144 pages
  • Tranche d’âges: 6 – 8 années
  • Editeur : Scrineo (7 novembre 2013)
  • Prix : 7,90€
  • Autre format : ebook

AVIS

Inès, Bruna et Félix forment un trio de choc dont la spécialité est de retrouver les animaux disparus de manière inexplicable. Et cela tombe bien puisqu’ils vont être confrontés à la disparition du Cheval de Noël, Apallache ! Ce beau pur-sang avait été généreusement prêté par le père d’un élève pour la fête de l’école durant laquelle un Père Noël à cheval devait apporter les cadeaux. Accusés à tort de la disparition de l’animal, nos trois amis qui ont lancé « FBI Animaux disparus » sont bien décidés à le retrouver et à sauver la fête de l’école.

C’est d’abord le titre de ce roman qui m’avait attirée aimant bien les animaux et l’idée d’une enquête menée par des enfants. Habituée aux aventures de Sherlock Holmes, je n’ai évidemment pas retrouvé le niveau d’analyse du célèbre détective, mais cela ne m’a pas empêchée d’apprécier de suivre le cheminement de pensées des enfants et de les voir fomenter des plans en fonction de leurs découvertes. Et puis, vous verrez que leur jeunesse ne les empêche pas d’avoir de la suite dans les idées et de se révéler plein de ressources. Le livre possède, en outre, un certain suspense qui ne vous tiendra pas forcément en haleine, mais qui vous donnera envie, à votre tour, de trouver la personne responsable de la disparition du pauvre Apallache.

La frontière entre témérité et imprudence étant parfois assez fine, les trois jeunes gens déterminés à retrouver le cheval feront parfois des choses dangereuses comme prendre un bus sans leurs parents et en cachette ou mentir éhontément pour pouvoir monter sur un cheval sans aucune expérience… Ils enchaîneront d’ailleurs les mensonges que ce soit envers leurs parents ou d’autres adultes. Comme toutes ces actions sont pour la bonne cause, nous ne pouvons que nous montrer indulgents envers le trio et lui trouver d’ailleurs un certain courage. Et puis, les adultes devraient être séduits par la pugnacité de ces jeunes protagonistes et les enfants devraient, quant à eux, apprécier leur sens de l’amitié. N’oublions pas, en effet, à quel point cette valeur revêt une place primordiale durant l’enfance…

Durant leurs péripéties, Inès, Bruna et Félix feront la connaissance d’un jeune homme autiste, Aubin, qui possède un talent particulier, celui de vous indiquer le jour de votre naissance à partir de votre date de naissance. Ce personnage est mon coup de cœur du roman. Très attachant, j’ai adoré sa complicité avec les chevaux qui sont un peu le rayon de soleil de sa vie. J’ai, en outre, trouvé intéressant que l’auteur aborde succinctement et de manière très naturelle l’autisme, sensibilisant ainsi les jeunes lecteurs à cette particularité. Un travail de sensibilisation qui se retrouve également en fin d’ouvrage avec la présence de deux pages expliquant clairement ce qu’est l’autisme.

Est également abordé le thème des rumeurs et des erreurs de jugement qu’elles poussent les gens à commettre. Et à ce niveau, nos jeunes enquêteurs seront autant bourreaux que victimes. Mais je suis certaine qu’ils auront retenu la leçon et qu’ils ne se laisseront plus berner par des rumeurs lors de leurs prochaines enquêtes…

Cerise sur le gâteau, le livre contient quelques illustrations qui nous aident à nous immerger complètement dans la lecture. J’avoue d’ailleurs que celles-ci ne sont pas étrangères à mon achat puisque je ne résiste jamais très longtemps devant un livre jeunesse illustré.

Pour conclure, parfait pour se plonger dans les fêtes de Noël ou simplement découvrir une histoire mettant en scène des protagonistes aussi attachants que plein de ressources, Le Cheval de Noël devrait ravir petits et grands. Les amoureux des animaux devraient également passer un très bon moment de lecture auprès de notre trio qui aime à les défendre.

Pour ma part, c’est avec plaisir que je me plongerai dans les autres tomes de la série que je possède.

Et vous, envie de craquer pour ce tome de la série F.B.I Animaux disparus de Gérard Lecas ?

 

Throwback Thursday Livresque #47 : Comme un air d’automne

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J’ai décidé de participer à un nouveau rendez-vous autour du livre : le Throwback Thursday Livresque. Organisé par Bettie Rose Books, le principe est de partager chaque semaine sa lecture autour d’un thème qu’elle aura au préalable défini.


Thème de la semaine : Comme un air d’automne.

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Un seul coup d’œil m’a permis d’identifier le livre que j’allais vous présenter. Il faut dire que sa couverture convient à merveille au thème de la semaine.

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« Valentine s’ennuie, comme on peut s’ennuyer, bloquée en été avec ses parents sans ami ni téléphone. Elle a bien trouvé cet herbier et cette carte, près de la maison en rénovation, mais les herbes et les chemins qui s’y trouvent ne mènent nulle part, n’existent sans doute même pas. Valentine va pourtant suivre ces sentiers qui ne peuvent se trouver là, passer de l’autre côté de cette rivière impossible, malgré les ombres entraperçues. Elle va y découvrir une forêt, infinie et sublime, que parcourent d’un pas lent des géants végétaux. Derrière elle, le chemin du retour disparaît déjà. Les feilges pourront-ils l’aider à repartir ? »

  • Pourquoi ce choix ? Je pense que la couverture répond d’elle-même à cette question sans oublier les illustrations intérieures qui nous plongent également dans la saison.
  • Pour qui ? La portée poétique du texte me pousse à conseiller l’ouvrage aux personnes aimant les histoires teintées de féérie, et dont le rythme vous donne l’impression d’être hors du temps. En d’autres termes, si vous désirez beaucoup d’action, passez votre chemin.
  • Quand ? En automne pardi !

Pour de plus amples photos, le livre étant illustré, et/ou pour connaître mon avis, je vous invite à lire ma chronique de L’autre herbier dont voici la conclusion :

« L’autre herbier est une très jolie découverte qui devrait enchanter tous les amoureux des textes mêlant fantasy et poésie. Les aventures vécues par Valentine sont loin de se révéler trépidantes, mais j’ai pris plaisir à suivre notre jeune héroïne et à découvrir ces créatures fascinantes que sont les feilges. Plus qu’une histoire, ce roman illustré nous offre un beau voyage dans un univers poétique et particulièrement bien soigné. »

Et vous, il vous tente de livre ?