Risibles ! (mondes cruels et destins déroisoires), Jean Allouis #ProjetOmbre

Parfois absurdes, souvent cruelles, mais toujours d’un humour décapant, ce sont les vingt histoires de ce recueil.

Risibles ! donne le premier rôle à toute une palette de personnages décalés qu’on n’est pas près d’oublier. Qu’il s’agisse de la comédienne shakespearienne contrainte à tourner dans des blockbusters stupides, de l’homme dépressif inscrit à un stage de perfectionnement au suicide ou de la femme qui souffre d’un sulfureux dédoublement de la personnalité digne des Liaisons dangereuses, impossible de ne pas succomber à l’envie de connaître le pourquoi du comment (… et sa chute, bien sûr).

AVIS

À la recherche d’une ou de plusieurs nouvelles humoristiques pour le thème d’avril du Projet Ombre (humour), j’ai sauté sur ce recueil de nouvelles disponible en téléchargement libre sur NetGalley. Trois des nouvelles sont également proposées gratuitement en version audio sur Soundcloud, sous le titre Petites Histoires Curieuses, Cruelles et Cocasses).

Avant de parler brièvement de chacune des 20 nouvelles, je peux vous dire que le fil conducteur de l’humour est bien présent que ce soit de manière claire et nette ou plus subtile. L’auteur alternant entre cynisme, ironie, humour noir et parfois bien plus bon enfant… il y en a pour tous les goûts, ce que j’ai fortement apprécié, même si certains propos m’ont parfois gênée. Mais on peut imaginer que la désinvolture assumée avec laquelle sont traités certains sujets est également une manière de les dénoncer. Dans tous les cas, l’auteur possède indéniablement une belle plume qu’il sait moduler en fonction des thématiques et des effets recherchés.

Je me suis donc prise au jeu de ces nouvelles, étant à chaque fois impatiente de partir à la rencontre de personnages bien souvent hauts en couleur, parfois attachants, d’autres fois quelque peu antipathiques, énigmatiques, surprenants...  Aucun ne vous laissera donc indifférent. 

Que ce soit en raison des personnalités de chacun, de l’histoire ou des thématiques abordées, toutes les nouvelles ne m’ont pas forcément plu ou convaincue. J’ai donc décidé de les classer en fonction de mon appréciation globale, ce qui vous permettra éventuellement de porter attention aux textes qui m’ont semblé les plus prometteurs, à moins que vous ne préfériez vous concentrer sur ceux qui ne m’ont pas convaincue, mais qui pourraient tout à fait vous convenir…

Certaines chutes font leur petit effet, mais j’aurais peut-être apprécié que les fins soient plus marquantes. Ce n’est pas un point négatif en soi, juste l’expression de mon appétence pour les nouvelles à chute, car ce sont celles dont je me souviens le plus longtemps et que je trouve les plus savoureuses.

À noter que si l’humour est en trame de fond, il y a des thématiques qui reviennent régulièrement comme la famille, les problèmes conjugaux et l’art sous ses différentes formes.


TOP 3

L’étrange cas d’Anne Noblet : dès les premiers mots, j’ai su que j’allais adorer cette nouvelle et je ne m’étais pas trompée. À travers des extraits du carnet d’Anne Noblet et du journal du célèbre docteur Charcot, on assiste à une terrible bataille intérieure. Je préfère garder un certain mystère pour vous laisser le plaisir de la découverte, mais avec cette nouvelle, l’auteur nous prouve son talent pour manier la langue française avec malice et poésie. Il possède, en outre, un côté théâtral qui n’a pas été pour me déplaire. Probablement ma nouvelle préférée de ce recueil !

Un courrier de ministre : afin de le remercier de ses trente ans de bons et loyaux services, la direction d’une entreprise de fromages nomme Auguste Directeur de la Qualité et du Suivi. Un titre ronflant dont notre directeur va assez vite découvrir la vacuité. Mais pas de panique, quand les lettres des clients se tarissent et qu’il n’a plus rien à faire, il va trouver une solution assez cocasse qui ne manque ni de charme ni d’originalité. Moins truculente que la précédente, l’intérêt de cette nouvelle réside, du moins pour moi, dans la personnalité attachante du protagoniste : un homme, puis un retraité entièrement dévoué à son entreprise, qui a su trouver un palliatif assez original à l’ennui et à la solitude.

Didascalies : une nouvelle particulièrement savoureuse dans laquelle un auteur dramatique à succès et reconnu dans le monde du théâtre règle ses comptes de manière aussi malicieuse qu’intelligente. S’il y avait une morale à cette histoire que j’ai adorée, ce serait bien « tel est pris qui croyait prendre« . Quand l’art se met au service d’une douce et pernicieuse vengeance…

ELLES M’ONT TOUCHÉE

Le Maître des mariages : passer du roi des mariages à celui des enterrements, il n’y a qu’un pas… qu’a franchi allègrement notre protagoniste. Après tout, n’est-il pas question d’émotion dans les deux cas ? Et avec son talent inné pour élaborer les plus exquises et touchantes playlist, on peut dire que notre maître des cérémonies sait en véhiculer de l’émotion… Si la chute m’a perturbée pour des raisons personnelles, j’ai apprécié ce voyage dans la vie d’un personnage qui a su donner une certaine beauté à la mort, et trouver dans la musique une forme d’ultime hommage, que ce soit volontaire ou non.

La femme dans l’ascenseur : il y a des gens pas physionomistes pour un sou et parfois inconvenants, du genre à vous fixer dans l’ascenseur ! De fil en aiguille, on suit les digressions et autres pensées d’une femme sur les autres personnes qu’elle rencontre, qu’elle côtoie, sur son fils, son mari qui n’est plus… jusqu’à la chute que l’on pressent arriver, et dont l’on devine les contours avant la fin, mais qui n’en demeure pas moins très touchante.

ELLES M’ONT PLU

Murano : une fois sa femme et sa fille parties vers d’autres horizons, notre narrateur a le temps de meubler son temps comme il le souhaite. Et c’est donc tout naturellement qu’il décide de le passer en compagnie… de son énorme lustre de Murano, objet de dissension dans son ancien couple, objet d’une étrange fierté pour lui. Entre tentatives d’apaisement, envie de flatter l’ego de cet objet surdimensionné et essais de conversations peu concluants, se noue une étrange relation, teintée d’absurde, entre un homme esseulé et un lustre personnifié en ami menaçant... Voici une nouvelle non dénuée d’humour et dont la chute, dans tous les sens du terme, fut brutale !

Quand j’arrivais à la Continental : ou quand le passé rattrape une ancienne star du cinéma français, dont le comportement sous l’Occupation rappelle que derrière le strass et les paillettes se cache parfois la plus ignoble des laideurs. Cette nouvelle, dans laquelle un homme est bien décidé à mettre une femme face à la vérité et à l’horrible personne qu’elle a été, ne devrait pas manquer de vous marquer. De fil en aiguille, le ton léger, presque badin, laisse place à un propos plus fort et acerbe qui nous replonge dans une période de notre histoire bien sombre… Mais les crimes ne restent pas tous impunis et l’heure de la vengeance a sonné !

Une courte apparition : quoi de mieux pour oublier la pénibilité d’un plateau de tournage loin de chez soi, et auprès d’un metteur en scène un peu trop familier et sûr de lui, qu’une brève mais marquante apparition ? En plus de cette ambiance magie du cinéma, ou plutôt tracas de la vie d’acteur, j’ai apprécié l’ironie qui se dégage d’une rencontre entre un acteur et une actrice dont la personnalité, dirons-nous avenante, est aux antipodes du rôle qu’elle interprète…

Je m’appelle Laura : dans cette nouvelle, on parle coming-out, tentative de suicide, pédophilie, réseaux sociaux... Des thématiques fortes, mais que l’auteur a su introduire dans un texte qui fait sourire grâce à la jeune narratrice, une enfant de 8 ans et demi qui a une vision assez naïve et très pragmatique des événements, rendant le tout assez cocasse. Pour ma part, j’ai trouvé le texte intéressant, et si je ne suis pas certaine que la manière dont les parents gèrent la situation soit la plus pertinente qui soit, j’ai, en revanche, apprécié qu’ils rappellent à leur enfant que le plus important est qu’il soit heureux.

Une loge aux Italiens : si Constance vit déjà comme une séance de torture l’Opéra qui se déroule sous ses yeux, contrairement à son mari et à une lointaine cousine qu’il veut déniaiser sur le plan artistique, il s’entend, ses sentiments ne s’améliorent guère quand elle est frappée par l’évidence. J’ai aimé le retour dans le passé, la maîtrise avec laquelle l’auteur décrit le drame qui se joue sur scène, mais aussi dans la vie d’une femme rattrapée par les années et la jeunesse d’une nouvelle fleur prête à éclore.

Rock Critic : un critique de rock pas tendre avec les groupes et artistes dont il n’apprécie pas la musique, et c’est un euphémisme, va faire une désagréable rencontre, une de celles qui frappent, avant de faire la connaissance de figures emblématiques du rock que tout le monde croyait disparues. Si j’ai deviné la chute avant la fin, j’ai apprécié le mordant de la nouvelle et le ton cinglant des avis de notre critique et de son acolyte. Un duo qui dit ce qu’il pense et sans y mettre les formes !

J‘ai tout raté : de quoi peut bien de plaindre un parolier richissime solidement installé ? De ne pas être pris au sérieux par des personnes qui refusent de reconnaître son talent pour écrire des œuvres plus nobles que des chansons populaires. Mais ça, c’était avant d’avoir une idée de génie… Une idée impliquant un homme d’abord réticent, puis franchement enthousiaste. Il faut dire que si l’échange de procédés n’est pas sans risque, il  n’en demeure pas moins très tentant. En effet, difficile de résister à la gloire et à la reconnaissance de ses pairs même si elles sont temporaires ! Je n’aurais pas été contre quelques pages de plus, et une fin avec plus de panache, mais cela ne m’a pas empêchée d’apprécier cette nouvelle.

Le suicide est un sport trop risqué (pour qu’on l’autorise à ceux qui ne l’ont encore jamais pratiqué) : si en France, la question du suicide assisté demeure un sujet tabou, ici l’auteur prend le contre-pied en abordant cette thématique de manière décomplexée. Notre narrateur en assez de la vie ? Pas de souci, une solution lui est proposée en la forme d’un stage de préparation au suicide. Parce que quitte à laisser la vie derrière soi, autant le faire avec panache ! Au programme, étude des différentes voies de sortie : pendaison, arme à feu, arme blanche, noyade… Il n’y a plus qu’à faire son choix. Mais notre protagoniste est-il certain de vouloir tirer sa révérence ? Cette nouvelle ne manque pas de cynisme et sa chute d’une ironie cinglante m’a beaucoup plu.

Première nouvelle ! : un jeune auteur de 72 ans, notre protagoniste aime la formule, laisse cours à sa fibre créatrice et écrit sa première nouvelle, dont nous avons la chance de lire des extraits. Il imagine la réception de son texte, les invitations pour en parler, mais aussi les critiques, avant d’en tirer une certaine conclusion… En voici une nouvelle qui nous plonge avec aplomb dans les affres de la création et nous prouve qu’on n’est jamais plus critique qu’avec soi-même !

SYMPATHIQUES MAIS IL M’A MANQUÉ UN PETIT QUELQUE CHOSE

Paradis Terrestre : Léopold, homme quelque peu certain de ses qualités, a une vie et des nuits parfaitement ordonnées, millimétrées et organisées, du moins jusqu’à ce qu’un grain de sable ne vienne enrayer une machine pourtant bien huilée… J’ai surtout apprécié cette nouvelle pour la nature et la personnalité du grain de sable dont le passé difficile nous est progressivement dévoilé. Quant à la fin, sans offrir une chute rocambolesque, elle m’a bien plu et promet des instants difficiles pour Léopold.

Sparadrapbien plus longue que les autres, cette nouvelle nous présente différents personnages qui, comme on le découvre en cours de lecture, sont tous liés. J’ai tout de suite ressenti un certain attachement pour Monsieur Paul, un vieillard peut-être pas si ronchon que cela, et pour Sparadrap, surnom donné à une infirmière qui panse les cœurs en plus des corps. J’ai un peu moins été touchée par sa petite amie, Laura et encore moins par La Pieuvre, le patron aux mains baladeuses de Laura. De fil en aiguille et au gré de leurs péripéties, bien souvent surprenantes, les liens entre ces différents personnages se resserrent, permettant à chacun d’évoluer… J’ai néanmoins été moins convaincue par le chapitre 4 qui m’a paru « too much ». C’est bien sûr personnel, mais je pense que j’aurais gardé un bien meilleur souvenir de cette nouvelle si elle s’était arrêtée à un événement qui marquait autant une fin qu’un commencement, d’autant que certains revirements de personnalité m’ont semblé forcés et incohérents. On notera néanmoins la construction originale de cette nouvelle autour de plusieurs chapitres, dont chacun porte un intitulé plutôt parlant et non dénué d’humour. 

Laurel Canyon : actrice de théâtre au début de carrière prometteur, Laurel passe maintenant ses journées à jouer seule devant un fond vert pour une superproduction Marvel, auprès de grandes stars qu’elle ne côtoie quasiment pas. Il y a plus stimulant dans la vie d’une actrice ! Mais finalement, n’est-ce toujours pas mieux que de rentrer chaque soir pour retrouver une famille avec des problèmes qui, hélas, ne se règlent pas à coup d’effets spéciaux ? Il y a un certain désabusement dans ce texte qui, en plus de pointer l’évolution du métier d’acteur de cinéma, a le mérite de montrer que les acteurs et actrices sont des personnes comme les autres…

Quelqu’un a vu Jack ? : en assistant à une scène gênante, mais à l’étrange pouvoir hypnotique, notre protagoniste n’aurait jamais pensé être frappé par un sentiment duquel il s’était toujours tenu à l’écart, avant de renouer de la plus incongrue des façons avec une vieille connaissance. Le hasard a parfois des coïncidences qu’il est préférable de ne pas questionner, mais plutôt de savourer. La nouvelle est bien écrite, mais j’avoue que tout ce qui touche aux relations de couple ne m’intéresse guère… J’ai néanmoins apprécié la manière dont l’auteur a su nouer habilement présent et passé.

ELLES M’ONT LAISSÉE INDIFFÉRENTE

Tu me manques : pas facile d’essayer de suivre une série d’enquêtes so british à la télé tout en tentant vaguement de répondre à une ex plaintive au téléphone, tout ça pendant que votre compagne prépare un gratin dans la cuisine… Mais quand il faut, il faut. Je n’en dirai pas plus, n’ayant pas particulièrement accroché à cette nouvelle.

Et qu’on parle un peu de lui... : on alterne entre trois personnages : la femme trompée pour la énième fois, le mari volage et complètement indifférent au mal qu’il fait à sa femme, et la dernière maîtresse en date bien dépitée de ne pouvoir présenter son amant à ses parents. C’est que ça ne se fait pas ! Si comme pour les autres nouvelles, la touche d’humour est appréciable, la thématique principale et son traitement ne m’ont pas passionnée et l’absence de chute ne m’a pas permis de terminer la lecture sur une note plus positive…

Je remercie l’auteur, la maison d’édition et NetGalley pour cette lecture.

Nouvelles à chute, collectif #ProjetOmbre

N° 59 Nouvelles à chute

Sélectionnée pour la particularité de sa chute, chacune des nouvelles de ce recueil peut vous réserver une surprise si vous vous laissez guider par l’auteur… ou vous entraîner dans un véritable défi intellectuel si vous décidez de ne pas vous laisser surprendre.
Grâce à ces textes contemporains d’auteurs prestigieux, les élèves découvriront avec plaisir le genre de la nouvelle et pourront se familiariser avec les notions propres au récit. Idéal en début d’année de troisième ou de seconde pour motiver les élèves à être attentifs aux moindres indices dès leur première lecture, gageons que ce recueil original les fera également renouer avec un certain plaisir de lecture… Situé en fin d’ouvrage, l’appareil pédagogique complet est suivi d’une interview exclusive d’Anna Gavalda.

MAGNARD (19 novembre 2008) – 101 pages – Poche (5,20€)

AVIS

C’est grâce au Projet Ombre que j’ai eu envie de sortir de ma PAL ce recueil de six nouvelles provenant de six auteurs différents.

  • Happy Meal d’Anna Gavalda :

Un garçon emmène une fille manger à l’extérieur. Dans une chic brasserie ? Non, dans un commun et criard McDonald’s dont le narrateur préfèrerait n’avoir jamais eu à franchir les portes. Mais que ne ferait-on pas par amour ? Alors si la fille veut manger McDo, la fille mangera McDo. N’étant pas une grande amatrice de la célèbre chaîne de restauration rapide, j’ai quelque peu compati au malheur de notre narrateur, bien que son dégoût de l’endroit m’ait quand même semblé excessif ! Au fil des pages, on sent sa volonté de faire plaisir et de rendre heureuse, jour après jour, la personne avec laquelle il partage son repas.

Fichier:Mcdonalds France 2009 logo.svg — Wikipédia

Puis, vient la chute qui m’a totalement prise de court. Oui, il y avait un indice, voire des indices, à côté desquels je suis passée en lectrice trop impatiente que je suis. Mais à bien y penser, si la surprise est totale, je ne peux m’empêcher de ressentir un certain malaise devant la manière dont l’autrice joue sur deux registres différents de l’amour. Pour ma part, ils n’ont rien à faire ensemble et la confusion dans laquelle nous plonge l’autrice flirte dangereusement avec le malsain. Alors, oui la nouvelle est bien écrite, nous trompe et nous sature de sensations, mais je pense qu’il y a des frontières avec lesquelles il est préférable de s’abstenir de jouer.

  • Pauvre petit garçon ! de Dino Buzzati :

Dolfi, surnommé méchamment, et sans une once de compassion, Laitue par les autres enfants, est un petit garçon frêle, chétif et bien solitaire. Mais une petite étincelle d’espoir s’allume en lui quand les autres enfants semblent s’intéresser à son nouveau fusil. Et si ce jouet sans grande valeur lui ouvrait les grandes portes de l’amitié ? Touchante et émouvante, cette nouvelle joue avec nos émotions et notre compassion, l’auteur nous dépeignant le triste de sort d’un enfant de cinq ans dont la différence est moquée et sanctionnée, sous l’indifférence effrayante de sa mère…

Portrait, Enfant, Mains, Cacher

  • Continuité des parcs de Julio Cortàzar :

Je ne connaissais pas du tout cet auteur, mais cette courte nouvelle m’a donné très envie de me plonger dans ses écrits. J’ai adoré la manière dont il mélange amour des livres, éléments de livres policiers et pointe de fantastique. Quant à la chute, elle est remarquable, notamment par ce renversement de situation qu’elle introduit et cette sorte d’histoire dans l’histoire qu’elle nous permet de vivre.

Escalier, Spirale, L'Architecture

  • Lucien de Claude Bourgeyx :

Quelle est cette sorcellerie qui vous fait passer de la béatitude la plus totale à la douleur la plus vive, qui ne peut se vivre qu’au plus profond de son être ? Et si ce n’était pas de la sorcellerie, mais la plus simple des natures ? Difficile d’en dire plus devant une nouvelle aussi courte, si ce n’est que la chute est efficace et amenée avec autant de concision que d’efficacité !

  • Iceberg de Fred Kassak :

Quel drame d’aimer sans être aimé de retour ! Ce n’est pas Bernard qui vous dira le contraire… Épris d’Irène, une femme rencontrée fortuitement, il n’a pas réussi à exprimer ses sentiments et à lui faire comprendre qu’il aimerait dépasser le stade de la simple amitié. Ce dont il rêve lui, c’est d’une vie aux côtés d’Irène. Malheureusement pour lui, il y a Georges, le trop présent et pesant Georges qui empêche Bernard de passer tout son temps libre avec l’élue de son cœur, et ainsi d’accéder à l’état de grâce tant désiré. Mais Bernard, derrière son apparente placidité, n’a pas dit son dernier mot. La guerre est ouverte et tous les coups sont permis !

Iceberg, L'Antarctique, Polaires, Bleu

J’ai apprécié de voir la tension monter crescendo et la manière dont notre vision du protagoniste évolue au fil des mots. La compassion cède à l’effroi devant sa détermination froide et implacable, que rien ne semble pouvoir ébranler. Quant à ma chute, elle est redoutable ! L’illusion avec laquelle l’auteur joue n’est pas sans rappeler un peu celle d’Anna Gavalda, mais en le faisant à travers un personnage extérieur, il évite tout le côté malsain de la démarche.

  • Quand Angèle fut seule de Pascal Mérigeau :

Angèle est contrariée : il est déjà difficile d’enterrer son mari sans devoir en plus croiser la catin du village, qui semble avoir cru bon de faire le déplacement jusqu’au cimetière. Difficile de vous parler de cette nouvelle sans vous en délivrer le thème principal et donc la chute, mais je peux néanmoins vous dire que j’ai apprécié la voie vers laquelle l’auteur nous entraîne. Les années ont beau passer, certaines choses ne changent jamais et demandent parfois que l’on prenne la situation en main… pour le meilleur et pour le pire !


À noter que cet ouvrage étant destiné aux scolaires, il est agrémenté d’un après-texte pour chaque nouvelle avec des questions et quelques rappels, notamment sur les différents types de narration, de poèmes à chute et d’une interview d’Anna Gavalda. Si ce n’est pas ce qui m’intéressait en découvrant ce recueil, j’ai néanmoins feuilleté ces différents ajouts, et plus particulièrement les poèmes.

En conclusion, voici six nouvelles très différentes les unes des autres, mais liées par un certain art de la chute ! Toutes très courtes, elles se lisent avec plaisir et permettent d’aborder différents thèmes allant de la jalousie à l’amour familial en passant par la vengeance. Un recueil simple et agréable à lire qui m’aura donné envie de partir à la découverte de certains auteurs comme Julio Cortàzar, dont j’ai très fortement apprécié le style.

Framboise et volupté, Pascale Leconte

Prenez un chaudron, mettez-y trois bulles de savon, un soupçon de chlore, une plume de corbeau, un morceau d’étoffe et deux lucioles scintillantes, remuez le tout avec passion, vous obtiendrez ce recueil de nouvelles fantasques et gourmandes.

« Prix de la Nouvelle » reçu au Salon du Livre Gourmand de Périgueux en 2006.

Stellamaris (25 septembre 2015) – Broché (15€)
Illustrations : Martin Trystram

AVIS

Je sais que vous êtes nombreux à ne pas apprécier le format nouvelle, mais j’ai bon espoir qu’avec un recueil de cet acabit, votre opinion évolue quelque peu à ce sujet. C’est simple, il s’agit ici de l’un des meilleurs recueils de nouvelles que j’aie pu lire. Plein de fantaisie, de gourmandise, de douceur et de tendresse, ce recueil se savoure le sourire aux lèvres avec cette impression d’être complètement immergé dans une lecture évasion. Vous savez, du genre de celle qui vous enferme dans une bulle protectrice et chaleureuse dans laquelle vous vous oubliez avec volupté.

J’ai donc dévoré ce livre découvrant avec plaisir chacune des nouvelles qui, bien que très différentes les unes des autres, ont en commun de célébrer l’amour, la gourmandise et la passion sous toutes ses formes. En plus de récits mignons à souhait, qui ont fait fondre mon cœur, j’ai adoré retrouver la plume poétique et élégante de Pascale Leconte. Une plume joliment mise au service de personnages hauts en couleur et attachants et d’un univers gourmand et fantasque, auréolé d’une douce et joyeuse exubérance. Ce fut, en outre, une agréable surprise de retrouver des personnages découverts dans le roman Narcisse versus Lollaloca. Mais je vous rassure, pas besoin de l’avoir lu pour savourer ce pétillant recueil.

Qui dit nouvelle, dit chute, et à ce niveau, vous serez gâtés, l’autrice s’étant évertuée à terminer ses histoires de manière à vous émerveiller, à vous surprendre et à vous donner le sentiment que l’amour est définitivement une bien belle chose à partager et à ressentir. Cerise sur le gâteau, quelques illustrations sont disséminées par-ci, par-là. Un bonus fort appréciable qui ajoute beaucoup de cachet et de charme à ce recueil qui en est déjà bien pourvu.

Framboise et volupté, Pascale Leconte

Pétillant, fantaisiste, délicat et non dénué d’humour, voici un recueil que je vous invite à lire et à relire. Gourmandise et bonne humeur garanties !

Pour plus de détails, voici mes impressions succinctes pour chacune des nouvelles du recueil. 

  • Framboise et volupté : digne d’un véritable conte de fées, Pascale Leconte nous propose ici une très jolie histoire qui aurait pu s’intituler « le pouvoir créateur de l’amour ». Vladimir Sauvage travaille dans une boulangerie où il vend, jour après jour, pâtisseries et autres gourmandises. Un métier qui ne le passionne guère, mais qui lui offre le plus beau des cadeaux : la possibilité de voir, chaque semaine, une jolie cliente aux cheveux roses. Timide au possible, mais bien décidé à déclarer sa flamme à cette femme qui hante ses pensées, le voilà lancé dans l’expérience de la gourmandise et de la créativité !

Cupcake Bac, Gâteaux, Plat, Gâteau

Je n’en dirai pas beaucoup plus, mais j’ai été touchée par la sensibilité et la générosité de ce personnage et ai apprécié la manière dont ses sentiments vont le pousser à se dépasser et à trouver sa voie. Quant à la chute, elle ne devrait pas manquer de vous faire sourire, et de vous attendrir. Entre amour, secret et gourmandise, voici un joli moment sucré à déguster et, si possible, à partager.

  • Twïnna Azur : Twïnna Azur est une personne fantasque qui aime le changement et qui n’hésite pas à faire preuve d’originalité, notamment dans son style vestimentaire et/ou capillaire. Cela la rend intrigante et attachante, mais son apparence est tellement changeante que les gens ont parfois bien du mal à la reconnaître ! Un problème qui n’empêchera néanmoins pas un mystérieux homme de tomber sous son charme et de lui déclarer sa flamme par missive. Dans ses poétiques et anonymes courriers , le jeune homme la convie à des rendez-vous sans jamais, hélas, les honorer…

Vieilles Lettres, Courrier

Qui est-il et pourquoi ne suit-il pas les élans de son cœur en rencontrant l’élue de son âme ? Une question qui vous poussera à tourner les pages avec entrain même si l’on devine rapidement les tenants et les aboutissants d’une histoire qui ne manquera pas d’éveiller en vous de jolies émotions et, peut-être, de provoquer quelques doux papillons. Mignonne à souhait, cette nouvelle m’a fait fondre alors que je suis loin d’être une grande romantique dans l’âme.

    • Luciole et Blandine : Luciole et Blandine, en plus de se ressembler comme deux gouttes d’eau, ont les mêmes avis et partagent le même projet professionnel : ouvrir un magasin de friandises. Mais contre toute attente, des divergences naissent entre les jumelles qui choisissent alors de se lancer chacune de leur côté dans l’aventure de l’entreprenariat. Le succès est heureusement au rendez-vous pour les deux sœurs qui vont rapidement tomber sous le charme d’un galant client qui côtoie les deux boutiques. Mais laquelle des deux jumelles intéresse vraiment cet homme, son comportement nous laissant perplexes ? Difficile de le deviner à moins qu’il ne se moque en toute impunité des belles demoiselles. Mystère et boule de gomme !Boutique, Bonbons, Friandises
      L’autrice a su me surprendre avec une chute que je n’avais pas vue venir, mais qui m’a bien fait sourire et que j’ai trouvée à la hauteur de deux jeunes femmes pétillantes et de caractère.
  • Le pouvoir de la lune noire : Moon Pervenche est la reine des potions supposées magiques, mais que la magie intervienne ou non dans ses préparations, ce qui est certain, c’est que la réputation de la jeune femme n’est plus à faire. Accompagnée de son fidèle corbeau, elle reçoit donc avec plaisir ses différents clients, certains ayant des demandes plus ou moins surprenantes et légitimes. Il existe néanmoins une requête que Moon refuse avec véhémence, éthique de « sorcière » oblige, l’élaboration de philtres d’amour. Il y a des choses avec lesquelles on ne plaisante pas ! Et si un événement venait remettre en question cette sage politique ?

 

Purple, Magie, Potion, À Base De Plantes
J’ai très vite deviné le retournement de situation final, mais j’ai adoré suivre cette jeune femme en proie à des émotions qui ne l’avaient, jusqu’à présent, jamais traversée. Elle apprendra ainsi qu’il ne faut jamais juger autrui trop durement puisque face à nos propres élans du coeur, la sagesse s’offre parfois des vacances forcées… Quant à son compagnon à plumes et à bec, son petit caractère ne devrait pas vous laisser indifférent. Mélange de sorcellerie et de pommes sucrées, encore une belle nouvelle à croquer !

  • Enquête en maillot de bain : l’inspecteur Valgatt est envoyé dans une station thermale, le Paradis Bleu, afin de mener une enquête sur la disparition d’Eléa Novak. Malgré ses cheveux bleus qui la rendent facilement repérable, la jeune femme semble s’être tout simplement volatilisée ! Bien décidé à la retrouver, notre policier va alors avoir besoin de tout son savoir-faire et de toute sa patience pour faire parler des suspects forts peu sympathiques et pas vraiment très coopératifs. Et si toutes les personnes interrogées lui cachaient quelque chose ?

Femme, Maillot De Bain, Piscine, Détente
Plus que l’enquête en elle-même, ce qui fait le charme de ce récit, c’est la chute ainsi que l’ambiance particulière de cette station thermale d’un genre nouveau qui propose des installations et des services plutôt originaux ! J’irais bien y faire un petit tour. Quelqu’un se dévoue pour m’accompagner ? Mais je vous préviens, je décline toute responsabilité en cas de disparition inopinée…

Je remercie Pascale Leconte pour cette sympathique lecture.

 

Les nouvelles aventures de Carnacki, Frédéric Livyns

Les nouvelles aventures de Carnacki par [Livyns, Frédéric]

Je remercie Évidence Éditions pour m’avoir permis de découvrir Les nouvelles aventures de Carnacki de Frédéric Livyns.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Carnacki, le légendaire détective du surnaturel créé par William Hope Hodgson revient dans de nouvelles aventures.
À travers les six épisodes de cette première saison, vous vous mesurerez, avec lui, à de démoniaques entités qui vous feront passer des nuits blanches.
Repris par l’auteur belge Frédéric Livyns, lauréat à trois reprises du Prix Masterton, ce Sherlock Holmes du surnaturel vous emmènera aux portes de la peur ; à vous de décider si vous souhaitez les franchir ou non.

22 novembre 2019 – Ebook (7,99€) – Broché (14,99€)

AVIS

Dès les premières lignes, j’ai été séduite par la plume de l’auteur qui dégage un charme suranné avec cette impression de faire un plongeon dans le passé, ce qui n’est guère étonnant si l’on considère que Frédéric Livyns a choisi de redonner vie à un personnage créé au début du XXe siècle par William Hope Hodgson. Je ne connais pas la version originale, mais je peux vous dire que j’ai été plus que séduite par la manière dont Frédéric Livyns s’est approprié ce détective de l’étrange qui n’hésite pas à se confronter à des forces qui le dépassent.

Si vous connaissez mon appétence pour les enquêtes à la Sherlock Holmes et le fantastique, vous ne serez pas étonnés qu’un livre regroupant ces deux genres m’ait fait passer un très bon moment de lecture empli de frissons. Il faut dire que les fantômes et autres créatures de cauchemar que l’on rencontre au détour des pages ne peuvent laisser de marbre. À travers six nouvelles à l’ambiance particulièrement soignée, l’auteur nous entraîne ainsi dans le monde de l’occulte, de l’étrange, du surnaturel, du frisson, des secrets, de la vengeance, de la monstruosité qu’elle soit surnaturelle ou tristement humaine… 

Et pour ce faire, il suit toujours le même schéma : Carnacki convie son groupe d’amis à venir l’écouter narrer ses aventures. Un procédé plutôt astucieux qui nous donne l’impression de faire partie des quelques privilégiés qui ont l’honneur de ces instants intimes et feutrés durant lesquels l’incroyable prend vie. Cela nous procure également la satisfaction de nous sentir directement concernés lorsque détective s’adresse à ses amis…

Carnacki nous apparaît comme un personnage téméraire, mais réfléchi, qui prend un véritable plaisir à exercer son savoir-faire des plus particulier ! Sans se révéler très attachant, c’est un homme dont on ne peut qu’admirer la force de caractère et la pugnacité. En plus d’avoir un véritable talent pour faire face avec aplomb à des situations effrayantes pour le commun des mortels, Carnacki possède un certain sens de la déduction et une bonne capacité à percer les secrets de l’âme humaine. Des traits de caractère qui lui seront fort utiles dans ses investigations…

Je regrette seulement les allusions, trop nombreuses à mon goût, aux précédentes enquêtes du détective. Je n’ai pas eu le sentiment que cela présentait un réel intérêt pour la compréhension du recueil même si ces allusions permettent de sentir tout le poids de l’expérience du détective, et de créer une certaine connivence entre ce dernier et ses amis/les lecteurs.

En conclusion, si vous appréciez les plumes au charme suranné, les enquêtes et le surnaturel, ce recueil devrait vous plaire. À travers six nouvelles entraînantes, l’auteur vous offre la dose parfaite de frissons pour un délicieux moment de lecture où l’angoisse se dispute à la curiosité d’explorer le monde de l’occulte aux côtés d’un personnage qui n’a pas froid aux yeux.


Si vous souhaitez en apprendre plus sur les différentes nouvelles, je vous en donne brièvement mon avis ci-dessous.

Encre, Red, Éclaboussures, Résumé

  • Chambre rouge : quand l’un de ses amis fait appel à lui, Carnacki sait tout de suite que la situation est grave. Tom, endeuillé par le suicide de sa femme, n’est pas du genre à crier au loup sans raison. Il lui aura d’ailleurs fallu attendre que deux personnes se tuent dans sa propre maison, transformée en maison d’hôte, avant de tirer la sonnette d’alarme ! Heureusement que le flair de Carnacki va lui permettre de percer le mystère de ces suicides et de faire le lien entre ces drames et le drame personnel vécu par Tom.

Quand la douleur, la mort, le deuil et une entité malfaisante à vous faire dresser les cheveux sur la tête se mêlent, cela donne une histoire pleine de sang, de tension et de frissons ! L’auteur a su, en une trentaine de pages, créer une atmosphère angoissante qui rendra chaque petit bruit qui vous entoure suspect. Cette nouvelle m’a fait forte impression peut-être parce que l’horreur de celle-ci passe autant par les événements obscurs de la Chambre rouge que les faits qui en sont à l’origine…

Armoire, De Stockage, Meubles, Intérieur

  • Le placard qui chuchote : c’est un Carnacki fatigué par sa dernière affaire que ses amis découvrent… Appelé à l’aide par le fils d’un homme récemment décédé, il a vécu une situation difficile autant physiquement qu’émotionnellement. Si les monstres revêtent parfois le voile de la mort, d’autres sont, quant à eux, bien humains. Une vérité qui frappera le détective et les lecteurs de plein fouet !

Je ne développerai pas outre mesure mon avis sur cette nouvelle sous peine de vous gâcher la lecture, mais je peux néanmoins vous dire que l’auteur aborde des thèmes forts tout en arrivant à instaurer une ambiance gothique avec une demeure ancienne dont la partie délabrée ne sera pas sans rappeler la nature de certaines personnes qui n’ont d’humaines que le nom. Apparence, secret, vengeance et famille au cœur d’un récit glaçant !

Ancre, Chaîne, Nautiques, Océan, Mer

  • Ce qui murmure : instant nostalgie avec un Carnacki qui se remémore et raconte l’une de ses premières interventions… Alors que le monde de l’occulte venait de s’ouvrir à lui, il accepte d’aider un de ses anciens amis dans une situation délicate, ses nuits étant hantées de manière assez surprenante. Mais de fil en aiguille, nous comprenons que les choses sont bien plus complexes  qu’au premier abord et qu’il existe une zone d’ombre autour de cette histoire. Mais comment régler le problème quand votre ami vous ment par omission ? Une question qui taraudera Carnacki loin, à l’époque, de posséder tout le savoir et le savoir-faire qui font aujourd’hui sa force.

J’ai trouvé cette nouvelle différente des précédentes, pas dans le style ni le frisson que l’on ressent à l’évocation d’une entité qui réclame le prix du sang, mais plutôt dans l’identité de la vraie victime, la fin réservant un retournement de situation qui pose la question de la justice et de la vengeance. Il est intéressant de voir que Carnacki ne semble pas avoir fait un trait sur ce souvenir que l’on sent encore empli d’émotions ! C’est d’ailleurs la première fois que l’on perçoit réellement l’humanité du personnage avec ses moments de doute et ses regrets. J’aurais néanmoins apprécié qu’il condamne plus fermement un acte qui ne pourra que vous révolter surtout quand l’on considère les chiffres actuels…

Union, Alliance, Mariés

  • L’écho de son ombre : c’est, cette fois, auprès d’un père et de ses deux filles que le détective intervient. Une entité vient, nuit après nuit, hanter le repos de la maisonnée au point de faire fuir tous les domestiques ! Le père est éreinté et apeuré à  l’éventualité que ses filles soient blessées… Malheureusement, une fois n’est pas coutume, la victime ne se montre pas totalement honnête avec le détective sur l’entité qui a pris possession de sa demeure. Il faudra alors à Carnacki toute sa patience et son sens de la déduction pour faire la lumière sur le problème et trouver une solution à une situation qui n’a que trop duré.

De nouveau, l’intérêt de la nouvelle repose sur l’ambiance instaurée par l’auteur, une ambiance mêlant surnaturel, amour tourmenté, injustice et vengeance. Si je n’ai pas trouvé le récit fondamentalement original par rapport aux précédents, j’en ai, en revanche, apprécié la fin émouvante et la morale sans oublier la satisfaction de voir que rien n’est jamais perdu, et que des personnes dans l’erreur peuvent finir par trouver le chemin de la rédemption…

Halloween, Horreur, Gruselhaus

  • La plaintivel’auteur signe ici une nouvelle diablement effrayante reprenant avec efficacité ce qui fait le succès du genre : spiritualisme, fantômes, maison hantée…  Dès les départ, l’ambiance se veut angoissante avec cette maison dont chaque mur semble nous crier de fuir. Même le très courageux Carnacki sent que quelque chose ne va pas et que la prudence lui recommanderait de prendre ses clics et ses malles et de partir sans se retourner. Mais le détective ne peut décemment pas abandonner à son sort le maçon qui l’a appelé pour purifier cette maison que, sur demande de son riche employeur, il doit retaper. Prenant son courage à deux mains et en affichant une confiance de façade, Carnacki entreprend alors de cerner le problème et de sonder cette demeure de malheur dont l’aura funeste le prend à la gorge…

Pour la première fois, on tremble vraiment pour Carnacki qui va être confronté à des forces d’une puissance incroyable qui semblent bien décidées à ne pas le laisser franchir le seuil de la porte vivant. Quant à la fin, elle m’a rappelé certains films, mais elle n’en demeure pas moins terriblement efficace pour vous faire dresser les cheveux sur la tête. Vous avez ici ma nouvelle préférée du recueil et celle qui m’a le plus angoissée !

Portes, Choix, Choisir, Décision

  • L’envers : pas de vacances pour les braves ! Alors que Carnacki profitait d’une accalmie dans son activité pour prendre quelques jours de vacances, le voilà de nouveau en prise avec des forces occultes. Question de karma peut-être… En passant la nuit dans son hôtel, il ne s’attendait certainement pas à être réveillé par des bruits et des coups étranges ! Libre de ses mouvements, le détective aurait pu prendre la poudre d’escampette, mais après une conversation avec un bavard du coin, il décide de retourner à son hôtel afin de se confronter à ces forces occultes qui ont eu l’audace de perturber un repos bien mérité.

L’auteur ménage ses effets en introduisant un mystère bienvenu autour des tragédies qui ont frappé l’établissement. On suit donc avec plaisir le détective dans son enquête puis dans ses préparatifs pour sauver les gérants d’une situation dont ils ont bien du mal à se dépêtrer. Sa volonté de les aider est d’autant plus généreuse que leur accueil fut loin d’être chaleureux, mais vu la terreur dans laquelle ils vivent depuis plusieurs années, on leur pardonnera aisément. Voici encore une enquête rondement menée par un personnage débrouillard qui, même dépourvu de tout son matériel, réussit à s’imposer comme la référence en matière de lutte contre les forces du mal !

Retrouvez le livre sur le site d’Évidence Éditions.

 

Challenge The Maki Project 2020

C’est grâce à Bulle de Livre que j’ai découvert ce challenge mettant à l’honneur les nouvelles, un genre bien trop boudé à mon goût alors qu’il regorge de très belles lectures et permet de découvrir rapidement la plume d’auteur(e)s de talent.

L’objectif est de lire, tout au long de l’année, des textes courts (nouvelles, novellas) issus de la littérature de l’imaginaire. Le challenge commencera le 6 janvier et se terminera donc en fin d’année.

Plusieurs paliers sont proposés, pour ma part, j’ai choisi Maki Catta consistant à lire une nouvelle par semaine. 

Pour tous les détails et les inscriptions, je vous invite à vous rendre sur le blog Les lectures du Maki.

J’ai quelques livres dans ma PAL physique pour le challenge, mais je dois en avoir bien plus dans ma liseuse. D’ailleurs, si vous participez au challenge et possédez une liseuse, Amazon et Kobo proposent de nombreuses nouvelles gratuites à télécharger légalement tout comme certaines maisons d’édition à l’instar des éditions du Faune.

Voici une liste de titres dans laquelle je compte piocher :

  • Les recueils de nouvelles :

Utopiales jeunesseCouverture Elfes et assassinsCouverture L'école de la mortCouverture L'Indé Panda N°8

Couverture Les Ombres de Peter PanCouverture Du plomb à la lumièreCouverture RêvesCouverture Vampire malgré lui

Couverture Notre-Dame-aux-EcaillesCouverture SerpentineFragments et cicatrices (Griffe sombre)

Portraits d'Encre par Mori

  • Les nouvellles/novellas individuelles :

Couverture Mémoire en miMère-Fée

Et vous, participez-vous à ce challenge ?

 

Comme un poisson hors de l’eau (recueil de nouvelles), Rooibos éditons

Je remercie Babelio et Rooibos éditons pour m’avoir offert, dans le cadre d’une opération masse critique, la possibilité de lire ce recueil de nouvelles. En grande consommatrice de thés et de rooibos, je suis complètement fan du nom de cette maison d’édition toute jeune, puisque créée en 2016. Comme un poisson dans l’eau est d’ailleurs le premier ouvrage qu’elle propose au public.

A noter qu’un petit mot manuscrit et un carnet accompagnaient le livre ; petites attentions toujours appréciables.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Six auteurs ont relevé le défi d’écrire une histoire courte dans laquelle les personnages essaient de trouver une issue dans un lieu, un temps ou un monde complètement différent.
Ce recueil de six nouvelles en est le résultat. Six histoires de personnages touchants, étrangers à leur monde ou à leur propre corps. Six histoires originales aux univers variés : réalistes et fantastiques, contemporains et futuristes. Six histoires émouvantes qui nous donnent l’occasion d’être, pour un court instant, comme un poisson hors de l’eau

  • Broché: 96 pages
  • Éditeur : Rooibos Éditions (19 mai 2017)
  • Prix : 10€
  • Autre format disponible : ebook

AVIS

Ce recueil contient six nouvelles toutes très différentes, mais avec le point commun de tourner autour d’un thème très original : Comme un poisson dans l’eau.

  • Le cheveu blancMickaël Auffray

Théo découvre, un matin comme les autres, une chose pas comme les autres : son premier cheveu blanc. Branle-bas de combat dans sa tête, il est bien déterminé à terrasser l’ennemi !

Découvrir un cheveu blanc quand on a la trentaine n’a rien de surprenant ni de très dramatique. Alors le lecteur assiste médusé et, avouons-le, amusé à la recherche désespérée de Théo pour trouver une pince à épiler avant que sa compagne ne découvre le pot aux roses. Nous le suivons dans son périple le conduisant dans un magasin où il devra affronter son propre Goliath, mais aussi dans les transports où son obsession du cheveu blanc ne passera pas inaperçue, et dans un bar au sein duquel il rencontrera un drôle de type, pour ne pas dire un fou. Seront alors question de temps qui passe et surtout d’apocalypse !

Certains passages m’ont amusée et fait sourire, car Théo est clairement dans l’exagération comme si le temps qui passe lui faisait horriblement peur. Néanmoins, la chute nous permet de nous rendre compte que la situation ne prêtait pas vraiment à sourire… J’ai d’ailleurs apprécié la fin que je n’avais pas anticipée ne sachant pas quelle direction allait prendre l’auteur. J’ai, enfin, aimé la métaphore de l’apocalypse touchant le monde pour représenter celle qui a lieu dans la tête de notre protagoniste à la découverte de son premier cheveu blanc.

  • Altéa, Régis Goddyn

Altéa est en détresse perdue dans l’espace avec, comme seule compagnie, un robot du nom de Bob…

Je dois reconnaître n’être pas très fan de science-fiction pure et d’histoires se déroulant dans l’espace. Heureusement, le format très court de ce récit m’a quand même permis de le lire sans déplaisir d’autant qu’il ne m’a pas fallu très longtemps pour suivre avec anxiété l’aventure d’Altéa. On ne peut s’empêcher de souhaiter qu’elle survive à cette expédition qui a mal tourné. Altéa, quant à elle, semble plus lucide sur son sort estimant que ses chances de survie sont proches du néant. Cela ne l’empêche pas cependant de prendre les choses en main n’attendant pas les bras ballants sa mort. Elle a définitivement les traits d’une battante !  Mais cela sera-t-il suffisant pour faire pencher la balance du destin ?

A la fin de l’histoire, l’auteur introduit brièvement une nouvelle personne avec sa propre problématique, mais je ne peux pas vous en dire plus sans vous spoiler. J’ajouterai donc seulement que cela introduit un certain questionnement et laisse, à mon sens, deux interprétations possibles à la nouvelle. Ou c’est possible que ce soit juste moi qui ai trop d’imagination et qui aime me poser des questions. Mais peu importe que ce soit une volonté de l’auteur ou de mon esprit puisque c’est un aspect que j’ai apprécié.

  • Olga, Roger Grange

Olga et Tang n’étaient pas vraiment destinés à se rencontrer ! La première est guide sur un bateau de croisière, « l’Anton Tchekhov », en Russie quand le second est un étudiant chinois fasciné par les créatures marines des plus terrestres aux plus mythiques comme les Selkies et les sirènes. Ils partagent néanmoins tous les deux l’amour de l’eau et des animaux.

J’ai tout de suite été happée par le récit en raison de la plume de l’auteur que j’ai beaucoup aimée. Raffinée avec un petit côté poétique, elle sied à merveille à cette histoire teintée d’onirisme. Ce fut également un plaisir de voyager, même un bref instant dans deux immenses pays que je connais très peu : la Russie et la Chine. La brièveté de l’histoire ne permet pas les épanchements ni les longs développements, mais il n’empêche, je me suis aisément imaginé dans les différents lieux de l’intrigue. Le fait, en outre, que l’auteur aborde le mythe des sirènes à travers l’attraction qu’elles exercent sur Tang n’était pas pour me déplaire adorant ces créatures. L’auteur arrive d’ailleurs à tenir en haleine le lecteur en le promenant entre rêve et réalité à travers le personnage d’Olga. Cette femme dont on entrevoit la beauté semble envoûter Tang tout comme le lecteur qui se l’imagine presque sous les traits d’une naïade…

Enfin, si vous aimez la lecture (ce que je suppose être le cas si vous lisez cette chronique), vous apprécierez peut-être, comme moi, la référence à l’un des auteurs russes les plus connus en France et l’un des plus prolixes, Anton Tchekhov.

  • Le goût de l’orange, Laurence Marino

Nejma, de sa tour parisienne, nous offre un petit voyage dans ses souvenirs d’enfance au Maroc :  les odeurs d’oranger qui lui manquent, le hammam, sa famille et ses premiers émois amoureux avec d’autres femmes, chose inacceptable dans son pays d’origine.

J’ai apprécié que l’auteure aborde le thème de l’homosexualité féminine ce qui n’est pas courant, a fortiori quand l’intrigue se déroule dans un pays du Maghreb. J’ai cependant regretté un traitement du sujet assez maladroit et qui m’a semblé presque artificiel. Je n’ai d’ailleurs pas réussi à croire à l’homosexualité de la protagoniste ni à celle des deux autres personnes. Tout arrive trop vite et de manière bien trop pratique. Je n’ai, en outre, pas compris cette femme qui fait des études pour rentrer simplement dans sa campagne et ne pas les mettre en application…

Enfin, et c’est évidemment très subjectif, la plume de l’auteure n’a pas su me convaincre ni me séduire. La juxtaposition de phrases courtes sans aucun effort de liaison entre elles donne, pour moi, un air bien trop enfantin au récit. Le texte mériterait à mon sens d’être retravaillé pour coller à l’ambiance de la nouvelle. En effet, alors qu’on ressent une certaine langueur qui émane de l’histoire, on se retrouve avec des phrases saccadées et une écriture presque nerveuse. Que cette dichotomie du fond et de la forme soit recherchée ou non par l’auteure, elle m’a simplement rebutée.

En bref, si la nouvelle a le mérite d’aborder un sujet qui est toujours considéré comme tabou dans de nombreux pays, je n’ai pas été séduite par la manière dont il a été traité. Chaque avis restant subjectif, je vous invite à lire la chronique d’Alex qui, contrairement à moi, a beaucoup apprécié ce texte.

  • Claudius, Fabien Rey

Sasha se réveille à l’hôpital relié à des tuyaux. La tête embrouillée et les souvenirs confus, il ne sait pas ce qu’il fait là et ce qui lui est arrivé. Pourtant, on attend de lui qu’il réponde à une énigmatique question : Claudius a-t-il eu tort de tuer son frère ?

Autant les histoires se déroulant dans l’espace ne me parlent pas beaucoup, autant les récits de science-fiction futuriste comme celui-ci me plaisent énormément. Claudius n’a pas échappé à la règle ! J’ai adoré la manière dont l’auteur introduit dès le début du suspense : pas d’autre choix que de vouloir en apprendre plus sur Sasha et ce fameux Claudius. Certains devineront d’emblée à qui fait référence le personnel médical qui semble obsédé par la fameuse question, mais à ma grande honte, ce ne fut pas mon cas.

J’ai adoré cette nouvelle, mais je préfère rester brève, car le plaisir de la lecture provient vraiment du fait que comme Sasha, le lecteur est dans le brouillard. En peu de pages, on arrive complètement à s’identifier à lui, à ressentir son impatience, ce sentiment désagréable d’être perdu et dépossédé de sa vie. On partage aussi son agacement puis sa colère devant ces personnes qui s’entêtent avec leur stupide question quand ils refusent de répondre aux nôtres. En d’autres termes, le personnage étant presque vierge de souvenirs cohérents, le lecteur arrive sans peine à se l’approprier et à se projeter dans son histoire.

L’écriture est ici nerveuse et parfois saccadée comme pour la nouvelle précédente, mais cela correspond parfaitement à l’ambiance, et permet d’accentuer les émotions de Sasha. En bref, Claudius est certainement le récit du recueil que j’ai préféré.

  • L’Indéfectible mélancolie du chou, Lucie Troisbé-Baumann

Jill se réveille d’une sieste avant d’entamer son service dans le restaurant où elle travaille. Réveil difficile dans la mesure où il est marqué par l’absence de Nathan, l’amour de sa vie. Son absence se révèlera d’ailleurs de plus en plus oppressante et douloureuse au cours de la journée…

Le gros point fort de cette nouvelle est sans aucun doute la très belle plume de Lucie Troisbé-Baumann. D’une grande poésie, elle vous fait voyager entre rêve et réalité, entre le quotidien de la vie et les errances de la pensée. Il se dégage en outre du texte une grande mélancolie, mais également une certaine douceur à l’image des oiseaux au duvet cotonneux dont la présence en filigrane dans le texte relie subtilement et joliment l’existence de Jill et de Nathanaël.

L’indéfectible mélancolie du chou fait partie de ces récits qui n’ont de valeur que s’ils sont lus. L’histoire ne vous offre ainsi pas de suspense ou une tension qui vous poussent à tourner les pages, mais une expérience de lecture, qu’en fonction de votre vécu et de votre personnalité, vous vivrez différemment. Ce qui est certain c’est que l’auteure vous propose ici un très joli texte qui ravira les amateurs de poésie et de récit teinté d’onirisme. A cet égard, j’ai particulièrement apprécié la fin.


En conclusion, Comme un poisson hors de l’eau est un recueil de nouvelles fort sympathique qui nous permet de voir qu’à partir d’un même thème, des auteurs peuvent nous offrir des histoires très différentes. Excepté un récit qui ne m’a pas vraiment convaincue, mais qui plaira certainement à d’autres, j’ai trouvé chaque récit intéressant et très plaisant à lire. La seule chose qui m’a un peu décontenancée est la brièveté de l’ouvrage, celui-ci mériterait ainsi d’être un peu plus étoffé pour satisfaire mon appétit de lectrice. Pour ma part, je suis contente d’avoir découvert six auteurs que je ne connaissais pas, et d’avoir rencontré, à travers ces petits textes, des plumes que je prendrai plaisir à suivre. Alors si vous avez envie d’une lecture rapide vous permettant de faire de nouvelles découvertes en matière d’auteurs, ce petit recueil devrait vous ravir.

Envie de vous procurer le recueil ? Visitez le site de Rooibos éditions ou d’Amazon.

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer