La hache, Alain Gerber

La hacheJe remercie les éditions Ramsay pour l’envoi surprise de La hache d’Alain Gerber.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Un sous-lieutenant français se trouve affecté avec trois autres soldats dans la zone occupée par l’armée d’un pays imaginaire qu’on imagine être situé en Europe de l’Est, sans doute de confession orthodoxe, peut-être la Serbie, car il y a un pope au village. Il est logé dans une ferme où habite un fermier, sa femme et sa fille adolescente. Un crime de guerre a eu lieu dans cette région, mais on ignore quels en sont les coupables. L’officier passe son séjour entre l’ennui de cet exil, dans un lieu peu hospitalier, avec les locaux dont il ne parle pas la langue, et les soldats placés sous ses ordres avec lesquels il n’a rien de commun. Un jeu de séduction s’instaure avec la jeune fille qui l’observe en cachette lorsqu’il prend son bain, bien vite interrompu par le père qui, pour couper son bois, manie une hache au fer étincelant. Peu à peu, se révèle la vérité sur ce qui s’est passé dans ce village, avec la découverte d’un charnier. Comme toujours chez Alain Gerber, l’intrigue a moins d’importance que la psychologie extrêmement subtile des personnages, la narration jouant sur les non-dits, les ellipses, les silences. Rien n’est clairement révélé, tout est suggéré, laissant au lecteur le soin de combler les vides du récit. Tout cela servi par une écriture belle et limpide, servie par un style inimitable.

 Ramsay éditions (mars 2019) – 184 pages – Broché (19€)

AVIS

Nous voilà transportés aux côtés d’un sous-lieutenant affecté à une zone dans un pays dont on ignore tout si ce n’est qu’on n’a pas envie d’y vivre et encore moins d’y mourir. Peu ravi d’être cantonné à une mission qui brille par ses contradictions et sa vacuité, il doit en plus se coltiner trois autres soldats dont un caporal qui semble avoir un petit problème avec l’autorité… Mais en bon soldat, notre sous-lieutenant tente de garder la tête froide afin de ne pas lui montrer que ses petites provocations l’affectent.

En parallèle, nous découvrons un fermier qui vit avec sa femme et sa fille. Cet homme semble cacher quelque chose, un secret que seul le froid de l’hiver lui permet, pour le moment, de conserver. L’auteur suggère rapidement et subtilement le drame qui s’est joué près de sa ferme et l’implication de cet homme qui semble dépassé par la tournure que prennent les événements. Il faut dire que les conseils du pope local ont de quoi le déstabiliser, ses suggestions étant un parfait exemple de l’hypocrisie humaine et de la manière dont l’humain, religieux ou non, est capable de sacrifier l’un des siens pour protéger ses propres intérêts ou la « collectivité ».

Le fermier que ces soldats répugnent doit pourtant leur offrir un endroit où se loger et se laver… Si la nouvelle ne l’enchante guère, de fil en aiguille, il finit par reconsidérer sa position vis-à-vis du sous-lieutenant et troque son air hautain pour quelques tentatives de rapprochement. Fantasme ou réalité, il espère ainsi que ces Occidentaux lui offrent finalement une échappatoire face à l’injustice et la trahison dont il se sent la victime.

Avec une couverture sobre qui met parfaitement en exergue le titre, La hache, ce roman pose une ambiance assez particulière à l’orée de la poésie et du cauchemar. De la poésie en raison de la superbe plume d’Alain Gerber qui sait user de métaphores et d’images fortes et tranchantes pour nous immerger dans son récit et sa pensée. Et du cauchemar en raison de l’atmosphère étouffante où la méfiance règne, des thèmes abordés ( la justice, les exactions commises au nom de Dieu et de sa patrie, l’hypocrisie, la suffisance des vainqueurs…) et du désœuvrement de ce sous-lieutenant, soldat par conviction, face à une guerre sans champ de bataille.

C’est donc l’atmosphère, les réflexions, non dénuées de pertinence, et la psychologie des personnages qui importent dans ce roman. Un point qui ne conviendra pas à tous les lecteurs notamment à ceux appréciant l’action pure et dure. L’action ne se déroule ainsi pas vraiment sur le terrain, mais plutôt dans la tête de deux personnages aux esprits embrumés par les attentes, les problèmes de communication et les malentendus qui en découlent… Ni le fermier ni le militaire n’attirent donc la sympathie bien que j’aie apprécié la passion pour la littérature et la poésie du sous-lieutenant. Une passion qui m’a presque fait occulter sa vision étriquée et sans concession de la femme idéale.

Un fantasme qui le poussera à ressentir un amour chaste et sublimé pour la fille du fermier avec laquelle il entretiendra un jeu de séduction fait de regards et de pensées. Cette jeune fille, au demeurant assez mystérieuse, en plus de fasciner le militaire suscitera chez son père une certaine inquiétude. Avec sa propension à s’enfermer dans sa bulle, à se murer dans le silence et à porter un masque morbide, elle semble lui échapper. Et puis il se souvient de sa participation active et consentante à l’Événement…

Si la lecture fut intéressante, il m’a parfois manqué un point d’ancrage non pas pour me projeter dans le récit, mais pour m’y cramponner. Peut-être qu’une lecture plus espacée m’aurait évité d’avoir l’impression d’être plongée dans des considérations qui me dépassent ou ne me touchent pas toujours. J’ai néanmoins apprécié la plume de l’auteur et le dépaysement offert par ce huis clos atypique, exigeant et profond dont la richesse tient principalement dans les réflexions qu’il soulève. L’intrigue, quant à elle, marquera l’esprit des lecteurs par cette brume vaporeuse qui semble la caractériser un peu comme si la surface du récit n’était finalement qu’une part infime de ce que roman avait à nous offrir.

Voici donc un livre à réserver aux lecteurs appréciant les belles plumes, un travail élaboré sur la psyché des personnages, les ambiances étouffantes donnant l’impression que chacun est sur le fil du rasoir, et les textes porteurs de réflexion et de questionnement notamment sur l’homme et l’état du monde.

Feuilletez un extrait sur le site des éditions Ramsay/retrouvez le roman en librairie

 

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Laissez-moi faire, Gélou Morel

Laissez-moi faire ! (Roman) par [Morel, Gélou]

Merci aux éditions Ramsay pour l’envoi surprise de Laissez-moi faire ! de Gélou Morel.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

À 17 ans, Gélou a gagné la célébrité et la fortune en interprétant le rôle principal d’une série télévisée pour adolescents. Oui, mais aujourd’hui, elle a 30 ans. La série s’est arrêtée, Gélou a dépensé tout son argent (avec l’aide des impôts) et ceux qui se souviennent d’elle trouvent qu’elle a beaucoup vieilli… depuis ses 17 ans ! Devrait-elle se résigner à être démodée prématurément ? Ce n’est pas son style ! Pour reconquérir le succès, elle est prête à tout ! Vraiment tout ! Y compris reprendre au cinéma le rôle qui l’avait rendue célèbre 13 ans plus tôt ! Et même, partager l’affiche avec Sophie Sagnet, la garce qui lui a pris l’homme qu’elle aimait, juste parce qu’il était un journaliste influent ! La confrontation des deux femmes s’annonce difficile, certes ! Mais il en faudrait davantage pour effrayer Gélou… Qui ne s’aperçoit même pas qu’elle se précipite et nous entraîne à sa suite dans une cascade d’aventures improbables, entre suspense et fous rires !

Marivole Éditions (29 mai 2019) – 250 pages – Broché (18€) – Ebook (6,99€)

AVIS

En librairie, je ne me serais probablement pas tournée vers ce roman, le titre et la couverture ne m’inspirant pas outre mesure. Et cela aurait été fort dommage puisque j’ai passé un très bon moment de lecture auprès de Gélou, une héroïne qui, malgré son côté un peu pimbêche, se révèle finalement assez attachante.

J’ai ainsi été très sensible à son humour et à la manière dont elle s’adresse régulièrement et directement aux lecteurs. Ce procédé, quand il est très bien amené comme ici, crée une grande connivence entre narrateur et lecteurs, ou plutôt spectateurs, qui se sentent complètement impliqués dans le récit. Si je dis spectateurs, c’est que l’intrigue tourne autour du monde du cinéma et que, de fil en aiguille, on a presque l’impression d’assister à un film !

Il faut dire que l’autrice maîtrise l’art des rebondissements et fait preuve d’un imaginaire plutôt cocasse. Alors que Gélou retrouve les plateaux d’un studio après des années de vache maigre à doubler des films pornographiques (il n’y a point de sot métier, me direz-vous), elle doit se coltiner une star de la télé-réalité comme collègue. En plus de n’avoir aucun talent d’actrice, cette garce est la femme qui a osé, par pur opportunisme, voler le cœur et le corps de son grand amour. Mais Gélou est bien décidée à retrouver son statut de star afin de reconquérir Frédéric très sensible aux apparats et au statut social. La situation va néanmoins déraper quand un événement inattendu et plutôt radical frappe le plateau de tournage !

Je n’en dirai pas plus afin de vous laisser profiter de l’effet de surprise, mais le moins que l’on puisse dire, c’est que ce retournement de situation, en plus de créer une coupure intéressante, ajoute un côté burlesque que j’ai adoré. L’autrice mêle ainsi deux genres assez différents pour créer un tout cohérent et amusant. Je retiendrai plus particulièrement une scène cocasse avec des somnifères et un homme dans une drôle de position qui démontre que Gélou Morel a su s’approprier certains codes pour mieux les détourner. Effet garanti surtout si vous aimez les comédies décalées qui ne se prennent pas au sérieux.

C’est d’ailleurs ce qui ressort de ce roman, une histoire/comédie sans prise de tête que l’on dévore bien installé au bord d’une piscine ou à la plage pour les plus chanceux. Cela ne veut pas dire que sous couvert d’humour et de légèreté, l’autrice ne place pas quelques critiques bien senties notamment sur le monde du cinéma et l’hypocrisie généralisée qui caractérise le milieu, la montée de la télé-réalité avec ses stars kleenex très vite adulées tout de suite oubliées, le jeunisme et ce refus de vieillir, le culte de l’argent et de la rentabilité au détriment de la qualité, l’amour aveugle qui rend servile et quelque peu idiot… Elle évoque également l’homosexualité et la difficulté d’assumer son orientation sexuelle même quand en apparence, on semble très bien le vivre. Le tout forme un bonbon acidulé qu’on dévore avec gourmandise !

Il est indiqué sur la quatrième de couverture que derrière le pseudo de l’autrice se cache une personnalité du petit et grand écran qui règle plus ou moins ses comptes. Que ce soit vraiment le cas ou un moyen plutôt intelligent de la maison d’édition pour attiser la curiosité des lecteurs et renforcer le sentiment de proximité avec l’héroïne/autrice, j’aimerais beaucoup retrouver Gélou dans d’autres aventures.

C’est que malgré son obsession pour son ex, un homme volage, menteur, égoïste, imbu de sa personne, j’ai, durant ma lecture, eu le sentiment de partager la vie d’une amie. Une amie mauvaise langue qui a le chic pour se mettre dans des situations abracadabrantesques et qui, comme tout le monde dans le milieu du cinéma, n’hésite pas à utiliser les autres pour arriver à ses fins, mais une amie attachante quand même.

Alors si vous avez envie d’une lecture légère, prenante et drôle, pensez à Gélou et laissez-la faire, elle se charge de tout !