Chambre 1002, Chrystine Brouillet

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Je remercie les éditions Ramsay de m’avoir permis de découvrir Chambre 1002 de Chrystine Brouillet.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Hélène, chef montréalaise mondialement connue, se rend à New York afin d’y recevoir un prestigieux prix culinaire. Sur le chemin du retour, la tragédie frappe : elle est retrouvée inconsciente à la suite d’un brutal accident de voiture. Simple malchance ou acte prémédité ? Les enquêteurs travaillent à éclaircir le mystère, mais les pistes demeurent floues autour de cette femme apparemment sans ennemis ni malice. Hélène, plongée dans un profond coma, est veillée par ses amies les plus proches qui, après plusieurs semaines passées sans observer de progrès, mettront en place une ingénieuse stratégie aromatique pour tenter de ramener à la vie celle qui était le pilier de leur groupe.

Ramsay (01/10/2019) – 340 pages – Broché (19,90€) – Ebook (6,99€)

AVIS

Hélène, chef montréalaise, est victime d’un accident de la route lors de son retour de New-York où elle s’était rendue pour recevoir un prix culinaire. Dans le coma, elle est incapable de répondre aux questions des enquêteurs qui s’orientent pourtant rapidement vers la piste criminelle, ce qui n’étonnera guère les lecteurs qui connaissent très vite le coupable de ce terrible accident. Ne vous attendez donc pas à un thriller ou à une enquête menée tambour battant, l’auteure nous offrant plutôt ici un joli roman sur l’amitié avec un grand A. Le genre d’amitié qui soulève des montages et qui combat sans relâche la mort pour apporter de la vie là où ne reste qu’un corps inanimé allongé dans un lit d’hôpital.

Hélène sera donc veillée par ses meilleures amies partagées entre Paris et Montréal. Ces dernières ne cesseront pas un seul instant de penser à elle et de tout faire pour avoir la chance de retrouver leur dynamique et créative amie, le pilier de leur groupe. Pour ce faire, elles vont mettre en place des séances d’aromathérapie avec l’espoir que les bons mets cuisinés qu’elles feront sentir à leur amie dans le coma puissent éveiller sa mémoire olfactive et susciter chez elle quelques réactions.

Un espoir un peu fou ? Peut-être, mais tellement en accord avec la personnalité d’Hélène qui a voué sa vie à la gastronomie et à la bonne nourriture. Une solution gourmande et généreuse à son image donc ! Avec la complicité d’une partie du corps médical dont l’infirmière en chef pleine de gentillesse, de sensibilité et d’empathie, les séances aromathérapie pourront se mettre en place avant de devenir, de fil en aiguille, un vecteur de partage et de rencontre comme sait si bien l’être la cuisine…

De rencontres, il en sera d’ailleurs question dans ce roman mettant en scène de nombreux personnages, ce qui pourra se révéler un peu déstabilisant en début de lecture. Il y a bien sûr les amies d’Hélène, Marie son ancienne professeure d’arts plastiques qui l’a prise sous son aile à son adolescence, Ornella l’amie d’enfance, Justine une créatrice de parfums, Viviane, journaliste… Des femmes très différentes, mais complices et unies comme les doigts de la main ! Chacune réagira différemment à l’annonce de l’accident d’Hélène, mais toutes seront là pour elle. Julius, le neveu fainéant et profiteur, sera quant à lui, le seul personnage détestable du roman et la seule personne dans la vie d’Hélène qui ne sait pas l’apprécier à sa juste valeur.

Petit à petit, d’autres personnages viendront se greffer à l’histoire et se révéleront, pour la plupart, très attachants. J’ai ainsi été plus particulièrement touchée par un clown travaillant dans l’hôpital où est hospitalisée Hélène, mais aussi par un ancien chef ayant perdu son odorat qui saura retrouver goût à la vie grâce à sa rencontre avec son voisin, chocolatier et éleveur d’abeilles… À travers son récit et une galerie de personnages étoffée, diverse et variée, l’autrice aborde avec sensibilité et délicatesse de nombreux thèmes : l’amitié, la solidarité, la générosité, l’amour, la résilience, l’espoir, les secondes chances, les retrouvailles, l’homosexualité, la convoitise, l’avidité et la cupidité…

Chambre 1002 offre également une immersion savoureuse dans le monde de la gastronomie et de la gourmandise. Il est ainsi question de passion culinaire, de mets des plus simples ou exotiques aux plus raffinés, de goûts et de saveurs, de mariages d’épices et d’arômes, de papilles en extase, de senteurs et d’odeurs, de l’art de s’oublier et de se retrouver dans les délices de la bonne chère… Les gourmands devraient donc être ravis de voir leurs papilles sollicitées d’autant que quelques recettes sont distillées par-ci par-là. Et bonne nouvelle, pas besoin d’avoir les talents culinaires d’Hélène pour les réaliser, ces dernières semblant plutôt accessibles !

En conclusion, Chambre 1002 est un roman généreux aux allures de feel good (voire feel food) dans lequel amitié et plaisirs de la table sont intrinsèquement liés. Si vous êtes en quête d’une lecture émouvante emplie de belles valeurs et mettant en scène des personnages variés et attachants, ce livre devrait vous plaire, et vous donner envie de vous réunir avec vos proches autour d’un bon repas. Une ode à l’amitié et à la gastronomie à déguster sans modération !

Retrouvez le roman chez votre libraire/en ligne sur Place des libraires.

Dans la peau, Armèle Malavallon

Je remercie les éditions Ramsay de m’avoir permis de découvrir Dans la peau d’Armèle Malavallon.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Paris, en plein été. Le corps d’une femme non identifiée est repêché dans la Seine. Adèle Hème, journaliste spécialisée dans les faits divers, est en pleine rupture sentimentale quand elle tombe sur cette information a priori anodine. Quel est le lien entre l’inconnue de la Seine, Jérôme Fasten, flic à la Criminelle, et Oscar Ortiz, un mystérieux artiste parisien ? A tenter de vouloir le découvrir, Adèle va sombrer petit à petit dans l’obsession et la paranoïa au point de tutoyer la folie…

Ramsay (3 mai 2019) – 250 pages – Broché (19€)

AVIS

Surprise, agréablement surprise. À eux seuls, ces quelques mots pourraient résumer mes impressions une fois la dernière page tournée. En ce moment, j’enchaîne les thrillers, et je dois dire que celui-ci rompt clairement avec les codes. Il serait d’ailleurs presque dommage de cantonner cet ouvrage à un seul genre, l’autrice nous offrant une histoire tout en subtilité.

Attristée par la décision unilatérale de rompre de son amant, Adèle se lance à cœur perdu dans une enquête afin de lever le voile sur l’inconnue de la Seine, un terme presque poétique pour désigner le cadavre non identifié d’une femme repêché dans le fleuve. On est loin du glamour parisien bien que l’amour, sentiment indissociable de la Ville Lumière, soit ici présent. En filigrane, sans être intrusif, mais comme une toile de fond dans laquelle Adèle se noie. L’eau comme fil conducteur à moins que ce ne soit la peau…

Cette peau que la journaliste a décidé de marquer et d’embellir. Son envie de tatouage, ce n’est pas un caprice soudain ou une envie spontanée, mais un projet mûrement réfléchi. Alors son tatoueur, Oscar Ortiz, elle a pris le temps et le soin de le choisir ! À moins que ce ne soit le travail de l’artiste et sa vision très personnelle, quasi mystique de son art, qui ne l’aient choisie elle. Cet homme dégage une telle aura de mystère et un tel charisme que, comme Adèle, on ne peut s’empêcher de ressentir une pointe d’admiration et une certaine fascination pour lui. Artiste accompli, il ne se contente pas de reproduire des images sur un corps, il les imagine et les implémente avec précision et une totale dévotion… C’est peut-être sa faculté à ne faire qu’un avec la peau de ses clients qui fait de lui un si bon observateur des tourments de l’âme.

Il arrive ainsi à cerner le trouble qui enserre la poitrine d’Adèle. Il faut dire qu’en plus d’une rupture qui l’a profondément meurtrie et déstabilisée, l’enquête de l’inconnue de la Seine touche beaucoup plus la journaliste qu’elle ne le devrait. Une sorte d’identification à la victime s’opère en elle, bien que Jérôme, policier et amour de jeunesse, essaie de lui faire garder les pieds sur terre. Enfin, quand il n’est pas obnubilé par l’idée de la reconquérir ou qu’il ne doit pas faire face à ses propres démons !

Plus que l’enquête qui passe ici au second degré, c’est bien la psychologie des personnages qui revêt ici un intérêt particulier. L’autrice nous offre, en effet, des personnages complexes, voire torturés, qui ne pourront pas vous laisser indifférents. À ma grande surprise, ce n’est pas Adèle qui m’a le plus touchée, mais un autre personnage dont on découvre progressivement toute la délicatesse et la fragilité. Certains chapitres laissent ainsi entrevoir les fêlures qui se sont créées et creusées au fil du temps et des rejets. En plus de rendre le personnage intrigant, cela soulève certaines réflexions à la portée quasi philosophique…

Devient-on un monstre parce que tout le monde nous traite comme tel, l’est-on par le poids de l’hérédité ou ce que l’on qualifie de monstre n’est parfois, ni plus ni moins, que ce meurtrier que chacun d’entre nous porte en son sein ? Une question plutôt dérangeante que l’on est amené à se poser à mesure que l’on avance dans l’intrigue et que l’étau se resserre autour d’Adèle. Entre pertes de mémoire, malaises, doutes et questionnements, la journaliste oscille entre folie et réalité jusqu’à ce qu’un dramatique événement va, d’une certaine manière, la (re)mettre sur le chemin de la vérité…

Sans tomber dans un inutile et dérangeant sensationnalisme, Armèle Malavallon n’épargne pas ses lecteurs prenant des décisions radicales quand cela sert le récit. Éprouvant pour le cœur, mais terriblement efficace tout comme sa très jolie plume qui apporte beaucoup de cachet et de chaleur au récit. On nous plongeant d’emblée dans la vie et l’esprit de son héroïne, l’autrice instaure une certaine connivence avec les lecteurs. Se dégage donc des pages une ambiance que j’aurais envie de qualifier d’intimiste. Le récit aborde des thèmes parfois difficiles, et la vie d’Adèle est pour le moment chaotique, mais les lecteurs sont complètement absorbés par les pages sans arriver à prendre de distance. Je n’ai ainsi pas ressenti beaucoup d’empathie pour Adèle, car bien trop différente de moi, mais j’ai vécu les événements à ses côtés sans aucune réserve…

En conclusion, Dans la peau est un roman prenant et immersif qui, sous prétexte d’une enquête, nous plonge avec brio dans la vie d’une journaliste dont on apprend à connaître les forces et les faiblesses. Original et intéressant notamment par les thèmes abordés, il offre également une petite incursion du côté d’un art que je connais peu, mais qui mérite ici toutes ses lettres de noblesse, le tatouage. Bien plus qu’une histoire de meurtre à élucider, c’est aussi le récit d’une vie à mener avec le poids des souvenirs, des mots, des regrets, et de nos actes…

Retrouvez le roman chez votre libraire ou en ligne sur Place des libraires.

La hache, Alain Gerber

La hacheJe remercie les éditions Ramsay pour l’envoi surprise de La hache d’Alain Gerber.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Un sous-lieutenant français se trouve affecté avec trois autres soldats dans la zone occupée par l’armée d’un pays imaginaire qu’on imagine être situé en Europe de l’Est, sans doute de confession orthodoxe, peut-être la Serbie, car il y a un pope au village. Il est logé dans une ferme où habite un fermier, sa femme et sa fille adolescente. Un crime de guerre a eu lieu dans cette région, mais on ignore quels en sont les coupables. L’officier passe son séjour entre l’ennui de cet exil, dans un lieu peu hospitalier, avec les locaux dont il ne parle pas la langue, et les soldats placés sous ses ordres avec lesquels il n’a rien de commun. Un jeu de séduction s’instaure avec la jeune fille qui l’observe en cachette lorsqu’il prend son bain, bien vite interrompu par le père qui, pour couper son bois, manie une hache au fer étincelant. Peu à peu, se révèle la vérité sur ce qui s’est passé dans ce village, avec la découverte d’un charnier. Comme toujours chez Alain Gerber, l’intrigue a moins d’importance que la psychologie extrêmement subtile des personnages, la narration jouant sur les non-dits, les ellipses, les silences. Rien n’est clairement révélé, tout est suggéré, laissant au lecteur le soin de combler les vides du récit. Tout cela servi par une écriture belle et limpide, servie par un style inimitable.

 Ramsay éditions (mars 2019) – 184 pages – Broché (19€)

AVIS

Nous voilà transportés aux côtés d’un sous-lieutenant affecté à une zone dans un pays dont on ignore tout si ce n’est qu’on n’a pas envie d’y vivre et encore moins d’y mourir. Peu ravi d’être cantonné à une mission qui brille par ses contradictions et sa vacuité, il doit en plus se coltiner trois autres soldats dont un caporal qui semble avoir un petit problème avec l’autorité… Mais en bon soldat, notre sous-lieutenant tente de garder la tête froide afin de ne pas lui montrer que ses petites provocations l’affectent.

En parallèle, nous découvrons un fermier qui vit avec sa femme et sa fille. Cet homme semble cacher quelque chose, un secret que seul le froid de l’hiver lui permet, pour le moment, de conserver. L’auteur suggère rapidement et subtilement le drame qui s’est joué près de sa ferme et l’implication de cet homme qui semble dépassé par la tournure que prennent les événements. Il faut dire que les conseils du pope local ont de quoi le déstabiliser, ses suggestions étant un parfait exemple de l’hypocrisie humaine et de la manière dont l’humain, religieux ou non, est capable de sacrifier l’un des siens pour protéger ses propres intérêts ou la « collectivité ».

Le fermier que ces soldats répugnent doit pourtant leur offrir un endroit où se loger et se laver… Si la nouvelle ne l’enchante guère, de fil en aiguille, il finit par reconsidérer sa position vis-à-vis du sous-lieutenant et troque son air hautain pour quelques tentatives de rapprochement. Fantasme ou réalité, il espère ainsi que ces Occidentaux lui offrent finalement une échappatoire face à l’injustice et la trahison dont il se sent la victime.

Avec une couverture sobre qui met parfaitement en exergue le titre, La hache, ce roman pose une ambiance assez particulière à l’orée de la poésie et du cauchemar. De la poésie en raison de la superbe plume d’Alain Gerber qui sait user de métaphores et d’images fortes et tranchantes pour nous immerger dans son récit et sa pensée. Et du cauchemar en raison de l’atmosphère étouffante où la méfiance règne, des thèmes abordés ( la justice, les exactions commises au nom de Dieu et de sa patrie, l’hypocrisie, la suffisance des vainqueurs…) et du désœuvrement de ce sous-lieutenant, soldat par conviction, face à une guerre sans champ de bataille.

C’est donc l’atmosphère, les réflexions, non dénuées de pertinence, et la psychologie des personnages qui importent dans ce roman. Un point qui ne conviendra pas à tous les lecteurs notamment à ceux appréciant l’action pure et dure. L’action ne se déroule ainsi pas vraiment sur le terrain, mais plutôt dans la tête de deux personnages aux esprits embrumés par les attentes, les problèmes de communication et les malentendus qui en découlent… Ni le fermier ni le militaire n’attirent donc la sympathie bien que j’aie apprécié la passion pour la littérature et la poésie du sous-lieutenant. Une passion qui m’a presque fait occulter sa vision étriquée et sans concession de la femme idéale.

Un fantasme qui le poussera à ressentir un amour chaste et sublimé pour la fille du fermier avec laquelle il entretiendra un jeu de séduction fait de regards et de pensées. Cette jeune fille, au demeurant assez mystérieuse, en plus de fasciner le militaire suscitera chez son père une certaine inquiétude. Avec sa propension à s’enfermer dans sa bulle, à se murer dans le silence et à porter un masque morbide, elle semble lui échapper. Et puis il se souvient de sa participation active et consentante à l’Événement…

Si la lecture fut intéressante, il m’a parfois manqué un point d’ancrage non pas pour me projeter dans le récit, mais pour m’y cramponner. Peut-être qu’une lecture plus espacée m’aurait évité d’avoir l’impression d’être plongée dans des considérations qui me dépassent ou ne me touchent pas toujours. J’ai néanmoins apprécié la plume de l’auteur et le dépaysement offert par ce huis clos atypique, exigeant et profond dont la richesse tient principalement dans les réflexions qu’il soulève. L’intrigue, quant à elle, marquera l’esprit des lecteurs par cette brume vaporeuse qui semble la caractériser un peu comme si la surface du récit n’était finalement qu’une part infime de ce que roman avait à nous offrir.

Voici donc un livre à réserver aux lecteurs appréciant les belles plumes, un travail élaboré sur la psyché des personnages, les ambiances étouffantes donnant l’impression que chacun est sur le fil du rasoir, et les textes porteurs de réflexion et de questionnement notamment sur l’homme et l’état du monde.

Feuilletez un extrait sur le site des éditions Ramsay/retrouvez le roman en librairie

 

Laissez-moi faire, Gélou Morel

Laissez-moi faire ! (Roman) par [Morel, Gélou]

Merci aux éditions Ramsay pour l’envoi surprise de Laissez-moi faire ! de Gélou Morel.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

À 17 ans, Gélou a gagné la célébrité et la fortune en interprétant le rôle principal d’une série télévisée pour adolescents. Oui, mais aujourd’hui, elle a 30 ans. La série s’est arrêtée, Gélou a dépensé tout son argent (avec l’aide des impôts) et ceux qui se souviennent d’elle trouvent qu’elle a beaucoup vieilli… depuis ses 17 ans ! Devrait-elle se résigner à être démodée prématurément ? Ce n’est pas son style ! Pour reconquérir le succès, elle est prête à tout ! Vraiment tout ! Y compris reprendre au cinéma le rôle qui l’avait rendue célèbre 13 ans plus tôt ! Et même, partager l’affiche avec Sophie Sagnet, la garce qui lui a pris l’homme qu’elle aimait, juste parce qu’il était un journaliste influent ! La confrontation des deux femmes s’annonce difficile, certes ! Mais il en faudrait davantage pour effrayer Gélou… Qui ne s’aperçoit même pas qu’elle se précipite et nous entraîne à sa suite dans une cascade d’aventures improbables, entre suspense et fous rires !

Marivole Éditions (29 mai 2019) – 250 pages – Broché (18€) – Ebook (6,99€)

AVIS

En librairie, je ne me serais probablement pas tournée vers ce roman, le titre et la couverture ne m’inspirant pas outre mesure. Et cela aurait été fort dommage puisque j’ai passé un très bon moment de lecture auprès de Gélou, une héroïne qui, malgré son côté un peu pimbêche, se révèle finalement assez attachante.

J’ai ainsi été très sensible à son humour et à la manière dont elle s’adresse régulièrement et directement aux lecteurs. Ce procédé, quand il est très bien amené comme ici, crée une grande connivence entre narrateur et lecteurs, ou plutôt spectateurs, qui se sentent complètement impliqués dans le récit. Si je dis spectateurs, c’est que l’intrigue tourne autour du monde du cinéma et que, de fil en aiguille, on a presque l’impression d’assister à un film !

Il faut dire que l’autrice maîtrise l’art des rebondissements et fait preuve d’un imaginaire plutôt cocasse. Alors que Gélou retrouve les plateaux d’un studio après des années de vache maigre à doubler des films pornographiques (il n’y a point de sot métier, me direz-vous), elle doit se coltiner une star de la télé-réalité comme collègue. En plus de n’avoir aucun talent d’actrice, cette garce est la femme qui a osé, par pur opportunisme, voler le cœur et le corps de son grand amour. Mais Gélou est bien décidée à retrouver son statut de star afin de reconquérir Frédéric très sensible aux apparats et au statut social. La situation va néanmoins déraper quand un événement inattendu et plutôt radical frappe le plateau de tournage !

Je n’en dirai pas plus afin de vous laisser profiter de l’effet de surprise, mais le moins que l’on puisse dire, c’est que ce retournement de situation, en plus de créer une coupure intéressante, ajoute un côté burlesque que j’ai adoré. L’autrice mêle ainsi deux genres assez différents pour créer un tout cohérent et amusant. Je retiendrai plus particulièrement une scène cocasse avec des somnifères et un homme dans une drôle de position qui démontre que Gélou Morel a su s’approprier certains codes pour mieux les détourner. Effet garanti surtout si vous aimez les comédies décalées qui ne se prennent pas au sérieux.

C’est d’ailleurs ce qui ressort de ce roman, une histoire/comédie sans prise de tête que l’on dévore bien installé au bord d’une piscine ou à la plage pour les plus chanceux. Cela ne veut pas dire que sous couvert d’humour et de légèreté, l’autrice ne place pas quelques critiques bien senties notamment sur le monde du cinéma et l’hypocrisie généralisée qui caractérise le milieu, la montée de la télé-réalité avec ses stars kleenex très vite adulées tout de suite oubliées, le jeunisme et ce refus de vieillir, le culte de l’argent et de la rentabilité au détriment de la qualité, l’amour aveugle qui rend servile et quelque peu idiot… Elle évoque également l’homosexualité et la difficulté d’assumer son orientation sexuelle même quand en apparence, on semble très bien le vivre. Le tout forme un bonbon acidulé qu’on dévore avec gourmandise !

Il est indiqué sur la quatrième de couverture que derrière le pseudo de l’autrice se cache une personnalité du petit et grand écran qui règle plus ou moins ses comptes. Que ce soit vraiment le cas ou un moyen plutôt intelligent de la maison d’édition pour attiser la curiosité des lecteurs et renforcer le sentiment de proximité avec l’héroïne/autrice, j’aimerais beaucoup retrouver Gélou dans d’autres aventures.

C’est que malgré son obsession pour son ex, un homme volage, menteur, égoïste, imbu de sa personne, j’ai, durant ma lecture, eu le sentiment de partager la vie d’une amie. Une amie mauvaise langue qui a le chic pour se mettre dans des situations abracadabrantesques et qui, comme tout le monde dans le milieu du cinéma, n’hésite pas à utiliser les autres pour arriver à ses fins, mais une amie attachante quand même.

Alors si vous avez envie d’une lecture légère, prenante et drôle, pensez à Gélou et laissez-la faire, elle se charge de tout !