Amari et le Bureau des affaires surnaturelles, B.B. Alston

 

Amari et le Bureau des affaires surnaturelles - kit presse

Amari Peters sait trois choses :
1. Son frère Quinton a disparu.
2. Personne ne semble s’en inquiéter.
3. La disparition de Quinton est liée à son travail.

Quand elle trouve dans le placard de son frère une invitation à se rendre au mystérieux Bureau des affaires surnaturelles, Amari n’hésite pas. Et voilà qu’elle est reçue par un ascenseur parlant et rencontre une dragon-garou qui devine ses émotions !
Dans l’espoir de retrouver Quinton, Amari accepte de travailler pour le Bureau, dont la mission est de réguler le monde surnaturel. Elle fait alors une découverte qui va bouleverser sa vie. Son frère était un célèbre agent chargé de traquer les magiciens, considérés comme les ennemis du Bureau. Désormais, c’est à la jeune fille de prendre la relève.

Bayard Jeunesse (22 septembre 2021) – 15,90€ – 528 pages
Traduction : Sidonie Van Den Dries

AVIS

Amari et le Bureau des affaires surnaturelles est le genre de livre écrit pour les enfants qui plaira également aux adolescents et aux adultes, par son originalité, ses thématiques sous-jacentes, ses petits airs de Men in Black, et sa jeune héroïne courageuse. Une héroïne qui leur rappellera la personne qu’ils ont probablement rêvé d’incarner dans leurs rêves d’enfants les plus fous.

Car avec ce roman, l’auteur s’adresse directement à l’imagination des lecteurs de tout âge, leur offrant une magnifique aventure empreinte d’amitié et d’humour et emplie de créatures diverses et variées. Vous pensiez votre voisine inoffensive, si ce n’est sa tendance à mettre son nez dans vos affaires ? Grave erreur, mes amis, c’est probablement une horrible sorcière au nez crochu, à moins que ce ne soit une fourmi géante à taille humaine ? Ainsi, les apparences sont bien souvent trompeuses comme le découvrira Amari, une jeune fille de 12 ans qui va être propulsée, de manière fort surprenante, dans un monde dont elle n’avait pas conscience de l’existence…

Néanmoins, déterminée à intégrer le Bureau des affaires surnaturelles afin de retrouver son frère Quinton disparu depuis six mois dans le cadre de ses fonctions d’agent du Bureau, Amari ne se laisse pas déstabiliser par ce monde surnaturel qui se dévoile à elle, ni par toutes les révélations sur son frère, qui lui avait caché tout un pan de sa vie. L’adolescente, propulsée dans un monde étrange et excitant à la fois, devra également affronter sa propre nature : elle se croyait banale, elle se découvrira magicienne, ce qui ne sera pas sans conséquence sur sa formation, les magiciens étant considérés comme de redoutables criminels à éliminer… Déjà victime de racisme et de harcèlement dans son école humaine, en raison de ses origines afro-américaines et de son milieu social, Amari est maintenant confrontée aux préjugés entourant les magiciens. Des préjugés qui rendent son intégration au sein du Bureau des affaires surnaturelles bien difficile, certains se faisant un plaisir de lui nuire, de se moquer d’elle, et de tenter de saboter ses efforts !

Elle pourra heureusement compter sur sa camarade de chambre Elsie, une dragonne-garou, avec laquelle elle nouera une sincère amitié, ainsi que sur Dylan, membre d’une célèbre famille et jumeau d’une véritable pimbêche ! Les trois se lanceront sur la piste de Quinton et de Maria, sœur de Dylan, mais surtout coéquipière de Quinton, les deux formant le très célèbre duo VanQuish. J’ai adoré suivre Amari dans son enquête d’autant que l’on sent à quel point retrouver son frère est important pour elle, les deux ayant toujours été très proches. Quelques révélations, dont l’une que je n’avais pas anticipée, devraient en outre vous surprendre, l’auteur jouant avec brio sur le jeu des apparences et des idées préconçues qui déforment le voile de la vérité…

Entre un puissant, énigmatique et dangereux ennemi, les faux-semblants, les mystères, les secrets, les préjugés et la méchanceté, sans oublier les dangers bien réels avec des attaques violentes de créatures cauchemardesques, les lecteurs et Amari n’ont pas le temps de s’ennuyer ! J’ai d’ailleurs apprécié que l’auteur ne ménage pas sa jeune héroïne, la mettant devant des situations difficiles et la poussant très régulièrement dans ses retranchements. Mais loin de se laisser décourager par les épreuves et cette haine qu’on lui témoigne, Amari nous prouve, page après page, son courage, son intelligence, sa débrouillardise, et son sens aigu de la famille, de l’amitié et de la justice. Elle fait également montre d’une certaine noblesse d’âme en ne cherchant pas à se venger des personnes qui la harcèlent quand ses pouvoirs, dont elle découvre progressivement l’étendue, le lui permettraient…. 

L’auteur a donc réalisé un très beau travail sur son héroïne qui se révèle forte, mais pas infaillible, qui derrière sa pugnacité, connaît parfois des périodes de doute, et qui affronte avec courage les préjugés tout en les surmontant grâce à sa bravoure et à ses actes. Une héroïne inspirante et attachante que l’on voit évoluer au fil de l’aventure et des dangers et qui gagne progressivement confiance en elle. Amari apprend également à se détacher de l’ombre d’un frère protecteur, mais parfois un peu étouffant par sa perfection, pour s’affirmer et prendre toute la mesure de son propre potentiel.

Les pages ont une légère tendance à se tourner toutes seules comme par magie, ce qui s’explique aussi bien par une intrigue menée tambour que par le style particulier de l’auteur. Ainsi, si certains éléments se révèlent assez classiques, B. B. Alston y ajoute sa touche personnelle, un mélange de fantaisie, de sensibilité, d’humour et de positivité, qui donne envie de se plonger corps et âme dans son imaginaire et son univers. Pour ma part, j’ai adoré m’approprier, aux côtés d’Amari, les codes de ce monde surnaturel caché au commun des mortels, arpenter le Bureau des affaires surnaturelles, en découvrir les différents départements, les spécialités de chacun, rencontrer différents personnages, certains franchement antipathiques, d’autres ouverts d’esprit, sympathiques et prêts à évoluer. En plus des humains, les différentes créatures qui peuplent le récit ne manquent pas non plus d’intérêt, même si ce sont les ascenseurs hauts en couleur que l’on rencontre au détour des pages qui ont eu ma préférence. Il faut dire qu’entre la reine des blagues et le roi des snobs pas si snob que cela, l’auteur a veillé à ce qu’on ne regarde plus jamais un ascenseur de la même façon ! 

En résumé, avec Amari et le Bureau des affaires surnaturelles, c’est tout un nouveau monde qui se dévoile à nous ! Un monde de dangers et de possibles, un monde unique, fascinant et merveilleux, laissant entrevoir de riches et mouvementées péripéties pour une jeune héroïne attachante et courageuse, qui offre un beau modèle de résilience aux personnes victimes de harcèlement, de préjugés et de racisme… Touchant, non dénué d’humour, rythmé, et empli de mystères et de créatures en tout genre, voici un roman qui ravira tous les lecteurs friands d’aventure et de surnaturel.


Je remercie Babelio et les éditions Bayard jeunesse pour m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis. Je remercie d’autant plus la maison d’édition qu’elle m’a fait la surprise d’un très sympathique kit presse comportant une bougie, un badge, un carnet et des lunettes 3D.

 

Les chroniques d’Azfaréo (tome 1), Shiki Chitose

Les chroniques d'Azfaréo, tome 1 par Shiki

La rumeur raconte que le royaume d’Azfaréo est protégé par le pouvoir du Dragon Bleu… Mais depuis quelques temps, il ne pleut plus sur les terres, et l’équilibre est menacé. Le pouvoir du dragon serait-il en train de s’affaiblir ? C’est dans ce contexte que Rukul, héritière d’une famille de prêtres, est envoyée pour servir la créature mythique. Cette dernière, en échec familial, trouvera-t-elle sa place auprès du dragon ? Et quels secrets royaux découvrira-t-elle ?

Akata (10 septembre 2020) – 182 pages – 6,99€
Traduction : Sahe Cibot

AVIS

Une jolie couverture avec un dragon bleu, il n’en fallait pas bien plus pour attirer mon attention sur un manga que j’ai trouvé fort sympathique.

Nous faisons la connaissance de Rukul, une jeune fille appartenant à une lignée de prêtres, envoyée à la cour servir le dragon bleu du royaume d’Azfaréo. Une tâche importante puisqu’il est dit que l’état de la créature influe directement sur la météo. Or le pays a désespérément besoin de pluie… Contre toute attente, alors que les autres jeunes filles se sont évanouies devant l’impressionnante créature, Rukul ne montre aucun signe de peur et semble bien déterminée à prendre soin de ce dragon au caractère difficile.

Gaffeuse, naïve, pas très sûre d’elle, mais téméraire, bienveillante, sincère, gentille et pleine de bonne volonté, Rukul se révèle aussi sympathique que touchante et émouvante. Elle n’a pas le talent de sa sœur que tout le monde encense, mais elle possède beaucoup de cœur et fait de son mieux pour s’occuper de Julius. Il est d’ailleurs amusant de voir un personnage aussi délicat physiquement se poser en farouche protecteur d’un dragon caractériel à la taille imposante. Pour ma part, j’ai adoré cette jeune fille d’une grande fraîcheur et ai apprécié la voir, au fil des pages, prendre de plus en plus confiance en elle, même si elle a toujours en elle ce petit complexe d’infériorité dû notamment à un père qui m’a paru assez dur et cassant.

Le duo formé par Rukul et Julius fonctionne à merveille, d’autant que contrairement aux apparences, ce dernier n’est peut-être pas aussi revêche que cela. Je n’en dirai pas plus si ce n’est que j’ai apprécié tout l’enjeu autour de son identité, et sa manière de prétendre être agacé et malpoli quand il se révèle surtout pudique quant à ses sentiments. Je l’ai d’ailleurs trouvé assez mignon et plutôt protecteur, bien qu’il ne serait pas probablement ravi que je le mentionne. N’a-t-il pas une image de dragon à préserver après tout ? On découvre, en outre, chez ce dragon une réelle et surprenante volonté de protéger le peuple qui rend le personnage fort sympathique et plus profond qu’il n’y paraît.

Entre l’existence d’une malédiction et la différence de caractère et de nature entre nos deux protagonistes, il y a un côté La Belle et la Bête, syndrome de Stockholm en moins, qui m’a bien plu. À cela, on peut ajouter une dimension politique avec un complot qui apporte une petite tension dramatique intéressante. Le seul point qui m’a un peu moins convaincue est que tout semble arriver trop vite que ce soit au niveau politique ou de la relation entre les personnages, notre apprentie prêtresse faisant tomber rapidement certaines barrières. Cela n’est pas dérangeant en soi, mais ce bémol rend la lecture un peu superficielle pour des lecteurs ou souhaitant un réel travail sur l’univers et l’évolution des sentiments.

Bien qu’effleuré, l’univers semble néanmoins prometteur avec, entre autres, cette idée de lier dragon, météo et prospérité d’un royaume, sans oublier cette aura de secret et de mystère qui hante la cour. Des secrets que Rukul semble bien malgré elle destinée à percer, ce qui ne sera pas aux goûts de tous, mais qui aura au moins le mérite de faciliter sa complicité naissante avec Julius et de promettre quelques péripéties…

En résumé, j’ai passé un très bon et divertissant moment de lecture auprès de deux protagonistes attachants et mignons dont on prend plaisir à suivre la rencontre et l’évolution de la relation. Si vous avez envie d’un manga porté par de superbes illustrations, alliant finesse et expressivité, dans un univers de fantasy intéressant où il est question, entre autres, de dragon et de secret, cette série est faite pour vous. 


En fin de manga, est proposée une petite histoire complètement indépendante et qui, sans être transcendante, reprend un peu ce schéma d’un personnage bougon et d’un autre plus placide. Nous découvrons ainsi une adolescente de caractère, au physique juvénile, qui décide d’apprendre à nager et entraîne, bien malgré lui, un maître-nageur dans son aventure. Les deux se révèlent sympathiques et mignons, d’autant qu’au gré des leçons, ils vont se rapprocher et revoir les idées qu’ils s’étaient fait l’un sur l’autre. Mignonne, cette histoire vaut également pour le message positif qu’il apporte sur la force de la détermination et la capacité à surmonter ses peurs pour atteindre un objectif qui nous tient à cœur… 

L’ombre du crépuscule, Rachel Caine

L'ombre du crépuscule

Après L’Ombre de la menace et L’Ombre de l’assassin, traduits dans 16 pays et no1 des ventes de USA Today et du Wall Street Journal, Gwen Proctor revient dans L’Ombre du crépuscule.
Une nouvelle traque commence !

Gwen est parvenue à se débarrasser de son ex-mari, le serial killer Melvin Royal, et à sauver ses enfants. Mais elle continue de subir le harcèlement de ceux qui refusent de la croire étrangère aux crimes de Melvin.

Gwen espérait désormais vivre sans se cacher, c’est de nouveau impossible. C’est alors qu’une inconnue l’appelle. Marlene Crockett, qui réside à Wolfhunter, a besoin de son aide. Elle sent planer au-dessus d’elle une menace latente.

De fait, quand Vee, 15 ans, la fille de Marlene, contacte à son tour Gwen, elle lui annonce que sa mère est morte – et qu’elle est la prochaine sur la liste…

Gwen se rend alors à Wolfhunter. Mais, dans cette sombre bourgade, chacun peut aisément échapper à la lumière

L’Archipel (19 août 2021) – 450 pages  – Papier (22€) – Ebook (15,99€)
Traduction : Sebastian DANCHIN

AVIS

Après L’Ombre de la menace qui avait dépoussiéré le thriller domestique, et L’Ombre de l’assassin, une suite palpitante qui monte d’un ton dans l’horreur, j’attendais avec impatience ce troisième tome, me demandant si l’autrice allait réussir à donner un nouveau souffle à sa série. Or, si j’ai apprécié ma lecture, je n’ai pas ressenti l’excitation du premier tome que j’avais dévoré en très peu de temps. L’autrice nous propose néanmoins un thriller efficace, bien que peut-être plus consensuel que les deux précédents…

Dans l’ombre d’un tueur en série ou quand la mort ne marque pas la fin du calvaire !

Après un prologue qui fait monter la tension et la pression, il en est toujours ainsi quand la vie d’un enfant est en danger, nous retrouvons une Gwen débarrassée de son ex-mari, le serial killer Melvin Royal, mais pas de son ombre. Melvin était un pervers particulièrement retors, et même mort, il continue à tourmenter son ex-femme, ses enfants et  Sam. Et quand ce n’est pas lui qui s’en charge, ce sont les médias et toutes ces personnes qui continuent à harceler Gwen et les siens, à menacer leur intégrité physique et mentale, faisant de leur vie un véritable enfer.

Il ne m’a fallu que quelques pages pour retrouver ce puissant sentiment de révolte qui avait accompagné ma lecture des deux premiers tomes devant cette famille que l’on ne laisse pas se reconstruire. La justice a lavé Gwen de tout soupçon, mais le tribunal populaire, encouragé par la hargne de certains, a parlé : elle est coupable de complicité ! Dérives des réseaux sociaux, manipulation des médias, puissance du Net, perversion et haine que certains tentent de faire passer pour une volonté de justice… tout autant de thématiques que l’autrice soulève avec un tel réalisme que vos nerfs seront mis à rude épreuve.

Dans l’ombre d’une mère courage face à la haine et à la vengeance… 

Malgré les tentatives d’intimidation et les menaces, Gwen reste cette femme forte et courageuse prête à se battre pour ses deux enfants, Lanny et Connor, et sa relation encore fragile avec Sam. Elle fait face comme elle le peut à tous ces inconnus qui veulent la tuer, elle et ses enfants, et au désir de revanche fortement ancrée chez la mère de l’une des victimes de Melvin. Aidée de sa fortune personnelle, Miranda est d’ailleurs à l’origine d’un projet qui, s’il venait à son terme, menacerait de nouveau l’équilibre et la sécurité de Gwen et sa famille.

Bien que l’on comprenne la douleur de cette mère, Miranda nous apparaît dangereuse et, d’une certaine manière, assez lâche : elle n’a jamais eu le courage de s’attaquer à Melvin de son vivant, sous prétexte que la justice s’occupait de lui, mais elle n’hésite pas à traquer et harceler une mère et ses enfants. Mais après tout, les femmes ne sont-elles pas toujours coupables ? Dans le cas de Gwen, coupable de ne pas avoir « satisfait » son mari, coupable de ne pas l’avoir arrêté, coupable, coupable, coupable… et pire, complice, car elle devait savoir ! C’est bien connu que les tueurs en série l’affichent sur leur front… Au-delà de l’obsession irrationnelle de Miranda et de ses griefs complètement injustes envers Gwen, on reconnaîtra cette tendance fort commode à toujours rejeter la faute des hommes sur les femmes.

Dans l’ombre d’une communauté repliée et viciée où la vérité se paie… 

Acculée, harcelée et menacée, Gwen vole néanmoins à la rescousse de Vee, la fille d’une inconnue terrifiée qui l’avait appelée, mais qu’elle n’avait guère pu aider, cette dernière se montrant trop évasive. Mais Marlene maintenant assassinée et Vee accusée de meurtre, elle refuse de rester les bras croisés. Direction l’enfer ou plus précisément Wolfhunter ! Au fil des pages, cette bourgade se fait oppressante, malsaine, voire inquiétante et menaçante d’autant que Gwen n’est clairement pas la bienvenue. Il en faudra toutefois plus pour la détourner de sa mission : sauver Vee dont le sort semble jouer d’avance et qui risque bien plus que l’emprisonnement.

J’ai adoré me plonger dans l’ambiance suffocante de cette communauté rurale viciée par la corruption et déterrer, aux côtés de Gwen et des siens, les petits secrets, les gros mensonges et autres manigances. Gwen et Sam pourront heureusement compter l’un sur l’autre, sur un membre du FBI et sur un inspecteur n’appartenant pas à des autorités locales plus que douteuses. Lanny, malgré ses peines de cœur, et Connor participeront également, à leur manière, à l’enquête pour innocenter Vee… Mais Wolfunter n’est pas un endroit sûr pour ceux qui y cherchent des réponses comme le découvriront nos personnages qui vont, de nouveau, devoir affronter l’horreur et la violence. Progressivement, l’action se fait plus pressante, la violence monte d’un cran et les évènements s’enchaînent avec une telle rapidité qu’il devient presque difficile de reprendre son souffle. D’une violence latente, on passe à de la violence physique pure avec des scènes d’action très cinématographiques et des moments d’angoisse quant à la sécurité de chacun.

Dans l’ombre d’une famille atypique et d’un couple en questionnement… 

En plus de l’action, de l’enquête, de révélations particulièrement glauques et du plaisir de retrouver des personnages attachants bien que cabossés par la vie, l’autrice nous offre de nouveau une narration alternée parfaitement maîtrisée. On entre ainsi de plain-pied dans la tête des personnages et l’on assiste au plus près à l’évolution d’un couple dont la relation semble solide et vacillante à la fois. Solide parce qu’après avoir vécu tant de drames ensemble, Sam et Gwen sont liés à tout jamais, mais vacillante car leur passé respectif érige une frontière entre eux deux. Ceci est d’autant plus vrai que Sam n’a pas encore dévoilé à sa compagne une partie de son passé qui la concerne directement et qui risque de les rattraper. Quant à Gwen, elle ne semble, pour le moment, pas encore prête à se projeter.

Si j’ai été touchée par ce couple qui s’est construit dans l’adversité, j’ai regretté l’inconstance et les tergiversations de Sam qui m’a semblé bien incohérent d’une ligne à l’autre. Entre « je l’aime et je reste avec elle et les enfants » et « si je prenais un nouveau départ », j’ai plusieurs fois eu envie de le secouer et de lui dire de prendre une décision et de s’y tenir. Je comprends que lui-même soit dans une situation compliquée, sa sœur ayant été l’une des victimes de Melvin, mais j’ai trouvé son image assez bancale par rapport à celle que j’avais pu m’en faire précédemment. Mais je vous rassure, il finira par retrouver grâce à mes yeux par son sens du sacrifice et du devoir et l’amour sincère qu’il porte à Gwen, Lanny et Connor.

Sam se révèle d’ailleurs très proche du jeune adolescent qui trouve en lui une figure paternelle bien plus stable et saine que celle de son défunt et tueur en série de père. Pour un adolescent aussi renfermé que Connor, cette relation revêt une importance particulière à laquelle Gwen ne peut être que sensible. Quant à cette dernière, elle essaiera de trouver un compromis avec sa fille qui, lasse de subir sa vie et les évènements, aimerait au moins être utile, quitte à mettre les pieds dans une enquête qui s’annonce de plus en plus dangereuse… J’aurais apprécié de voir un peu plus le frère et la sœur, dont la relation semble encore affectée par une erreur passée. Ainsi, si ne doute pas qu’ils s’aiment beaucoup, les chamailleries sont au rendez-vous, ce qui, vu les circonstances, leur donne presque cette allure de famille normale dont ils ont grand besoin. 

En conclusion, L’ombre du crépuscule n’offre pas la même intensité psychologique des premiers tomes, mais il n’en demeure pas moins un thriller efficace et rythmé qui vous tiendra en haleine, d’autant que la plume de l’autrice se révèle de nouveau diablement efficace. Alternant entre les personnages et des événements que l’on tente de relier avant de se laisser porter par le fil de l’intrigue, Rachel Caine signe ici un troisième tome qui marque une rupture avec le ton des précédents, tout en ouvrant une nouvelle porte. Car en enquêtant pour innocenter une adolescente accusée à tord, Gwen va nous prouver qu’en plus d’être douée pour survivre et protéger les siens, elle possède bien d’autres atouts que je suis curieuse de voir mettre en œuvre de manière plus officielle. Sans être indispensable, voici un troisième tome plaisant qui se lit très vite et qui nous montre une Gwen dont, pour une fois, le passé ne semble pas être la plus grande des menaces !

Je remercie les éditions de l’Archipel pour m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

Magic, tome 1 : La fillette aux cheveux violets, Lylian et Audrey Molinatti (illustrations)

Couverture Magic, tome 1 : La fillette aux cheveux violets

Evelÿne est une fillette turbulente aux cheveux violets. Abandonnée à la naissance, elle a été élevée par des sœurs dans un couvent. Et du haut de ses 7 ans, on peut dire qu’elle leur mène la vie dure ! Chaque jour, elle fait les quatre cent coups aux côtés de Benedict, le chat adopté en même temps qu’elle. Finalement, rien de vraiment anormal pour une enfant. À un détail près : elle fait également parler les statues et voit des fantômes !
Cette particularité rend son éducation plus compliquée, d’autant qu’Evelÿne ne maitrise pas encore ses pouvoirs. Les sœurs décident alors de la confier, ainsi que Benedict, au mystérieux Neil Farfadet, un chapelier londonien qui aidera la fillette à découvrir qui elle est vraiment.

Dargaud (20 août 2021) – 49 pages – Papier (9,99€) – Ebook (6,99€)

AVIS

Le destin tient parfois a peu de chose. Ici, en l’occurrence, à des cheveux violets qui pousseront un homme a abandonné son bébé au plus grand désespoir de sa femme…

Si le début peut paraître un peu sombre, bien que l’ambiance graphique sublime avec ses tons chaleureux tende à réchauffer l’atmosphère, l’humour est bien au rendez-vous. Car le bébé des débuts est devenu une enfant de sept ans plutôt turbulente. Et ce ne sont pas les nonnes qui l’ont recueillie et élevée qui vous diront le contraire ! Rebelle et quelque peu impertinente, Evelÿne n’est clairement pas la petite fille la plus facile à éduquer, d’autant qu’en plus de ses dons magiques, des événements surnaturels se multiplient autour d’elle. Son caractère plein de fougue ferait presque regretter à Bénédict, son chat un peu spécial, de lui avoir appris quelques tours de magie, et de l’avoir éveillée au monde de la sorcellerie… Il faut dire qu’Evelÿne ne fait pas montre de la plus grande des discrétions quant à ses pouvoirs et n’hésite pas à les utiliser pour des choses aussi futiles qu’éviter un bain.

Magic - couvent

Bien que parfois un peu agaçante par sa propension à n’en faire qu’à sa tête, Evelÿne se révèle très touchante et semble finalement bien plus attachée à ses protectrices qu’elle ne le montre. Néanmoins, dépassées par la situation, les nonnes décident de la confier aux bons soins d’un maître artisan chapelier, Neil Farfadet. Avec un tel nom, on ne peut que se poser des questions sur sa réelle identité, d’autant que le personnage dégage une certaine aura de mystère… Son comportement éveille, en outre, la suspicion de Bénédict et la nôtre, à défaut de celle d’Evelÿne.

Magic - Farfadet

Nous sommes ici dans un tome introductif qui nous laisse encore dans le flou quant au devenir de notre jeune sorcière auprès de son nouveau mentor et, de manière plus générale, quant à son destin que l’on pressent hors du commun. Quelle est vraiment l’étendue des pouvoirs et des capacités dEvelÿne ? Pour ma part, j’ai hâte de le découvrir bien que l’on devine que la fillette n’est qu’au début d’un long parcours…

J’ai apprécié la relation maître/apprentie naissante, mais c’est celle entre notre jeune sorcière et Bénédict qui m’a fait fondre et attendrie. La fillette et ce chat qui parle forment un duo aussi adorable que complémentaire, dont j’ai adoré suivre les échanges non dénués d’humour et de mordant, les deux ayant la langue bien pendue ! Notre minet va faire de son mieux pour veiller sur une Evelÿne inconsciente des dangers guettant les personnes ayant les cheveux violets. Dans ce monde comme dans le nôtre, la différence fait peur, ce que notre fillette va découvrir dans les rues de Londres ! Une ville dont la splendeur l’éblouira, avant de lui révéler une facette bien plus sombre. Il faut dire que sa vie auprès des nonnes ne l’avait pas vraiment préparée à affronter la malveillance et la haine.

Ainsi, derrière la magie, l’humour, les secrets, une certaine tendresse unissant un chat et une petite fille dont la fougue promet moult péripéties, il est également ici question d’intolérance et de la peur de la différence, poussant des individus à haïr ceux qui ne leur ressemblent pas. Un aspect traité tout en subtilité rendant le message pertinent sans être écrasant, l’auteur n’oubliant pas avant tout de nous offrir une sympathique aventure qui devrait plaire aux enfants. Ceux-ci n’auront d’ailleurs aucun mal à s’identifier à une jeune héroïne prompte aux bêtises, mais sympathique, amusante et pleine d’enthousiasme.

Quant aux sublimes illustrations tout en rondeur, vibrantes de vie, de couleurs et de bonne humeur, elles contribuent indéniablement au plaisir que l’on prend à se plonger au cœur des péripéties, à parcourir les différents lieux, avant de mieux s’arrêter sur les détails et les traits des visages particulièrement expressifs.

En conclusion, avec cette BD jeunesse de toute beauté, l’auteur nous offre une sympathique aventure qui n’en est qu’à ses débuts, mais dont on ne peut qu’attendre la suite avec impatience. En alliant esthétique, mystère, magie, aventure, personnages attachants et humour, La fillette aux cheveux violets devrait ravir les enfants, mais aussi tous les adultes ouverts à la littérature jeunesse, ou qui aimeraient partager une divertissante lecture avec les plus jeunes. Et puis, argument suprême, il y a un chat trop mignon qui parle !

Je remercie les éditions Dargaud et Netgalley de m’avoir permis de lire cette BD en échange de mon avis.

 

Steam Sailors, tome 1 : L’Héliotrope, E.S. Green #PLIB2021

Couverture Steam Sailors, tome 1 : L'Héliotrope

Il fut un temps où les Alchimistes nourrissaient le Haut et Bas-Monde de leurs inventions merveilleuses, produits de magie et de science. Un temps de machines extraordinaires, de prodiges électriques et d’individus aux pouvoirs fantastiques. Une époque révolue depuis que les Industriels ont éradiqué les Alchimistes et leur formidable savoir. Pourtant, on raconte qu’à l’aube de leur disparition, ils auraient caché leur fabuleux trésor dans une cité secrète…

Quatre siècles après la Grande-Fracture, les habitants du Bas-Monde traversent une ère obscure et rétrograde, tandis que le Haut-Monde, figé depuis l’extinction des Alchimistes, demeure inaccessible et fait l’objet de tous les fantasmes. Originaire du Bas-Monde, Prudence vit en paria car elle voit l’avenir en rêves. Une nuit, son village est attaqué par des pirates du ciel. Enlevée et enrôlée de force à bord de l’Héliotrope, un navire volant à la sinistre réputation, la jeune orpheline découvre un nouvel univers, celui du ciel et des pirates. Prudence fait la connaissance des membres de l’équipage, qui ne tardent pas à lui révéler leur secret : ils détiennent un indice, menant à une série de « clefs » disséminées dans le monde, qui permettait de retrouver la cité des Alchimistes…

Gulf stream éditeur (11 juin 2020) – 384 pages – Papier (17€) – Ebook (10,99€)
#ISBN9782354887759

 

AVIS

Steam Sailors était le roman des 5 finalistes du PLIB 2021 qui me tentait le plus, et sans grande surprise, je l’ai adoré, de la première à la dernière ligne. Quel plaisir de vivre cette aventure trépidante aux côtés d’une bande de pirates et de leur jeune captive qui se révèlera pleine de ressources !

Prudence, 15 ans, n’a pas une vie facile dans le Bas-Monde qui, depuis la Grande-Fracture ayant conduit à la disparition des Alchimistes, vit sous le joug de l’obscurantisme, tout en rêvant en secret à ce Haut-Monde inaccessible et fantasmé. Alors, si elle ne goûte guère d’être enlevée par des pirates du ciel, elle réalisera très vite que ce malencontreux évènement n’est peut-être pas aussi dramatique que cela. Certes, ses nouveaux compagnons n’auraient pas hésité à la jeter par-dessus bord si elle ne s’était pas montrée utile, mais ils ne la méprisent pas et ne craignent pas sa différence… Or, pour cette jeune fille, possédante des dons surnaturels, cela signifie beaucoup.

J’ai adoré suivre l’évolution de la relation entre Prudence et les pirates, bien loin de la relation captive/geôliers que l’on aurait pu attendre. Nos pirates sont bruyants, coupent des gorges sans sourciller, pillent avec entrain, arrosent leurs soirées de rhum, ont un langage fleuri, mais loin d’être des brutes assoiffées de sang et d’or, ils se révèlent prévenants à leur manière, savants, amusants, fidèles, respectueux de leur code d’honneur, taquins… Je me suis donc beaucoup attachée à cette bande de joyeux drilles : au capitaine plutôt mystérieux, implacable, mais courtois, à Petrus et son côté secret, bougon et la manière dont il sort souvent de ses gonds pour exprimer une inquiétude qu’il se refuse à nommer, à Ezekiel et son exubérance teintée d’espièglerie, à Gareth et sa gentillesse, à Sergeï et sa bonhomie… Chaque pirate possède sa propre personnalité, permettant aux lecteurs de très vite les différencier les uns des autres, et de se sentir bien parmi eux, malgré leur vie emplie de dangers et de pillages.

D’ailleurs, Prudence elle-même prendra ses habitudes et trouvera sa place à bord de l’Héliotrope, personnage à part entière du roman. J’ai adoré me promener à ses côtés dans les couloirs du navire, en parcourir les coins et recoins, tomber sur des trappes et des passages secrets, découvrir les instruments et différentes machines… Le roman se pare ainsi de sympathiques et convaincantes touches de steampunk, qui se retrouveront même dans des endroits inattendus ! En plus de ce navire qui a la particularité d’évoluer dans les airs, j’ai apprécié d’assister à l’évolution et à l’émancipation de Prudence qui trouvera auprès des pirates quelque chose qu’elle n’avait jusqu’alors fait qu’effleurer…

Loin d’être une petite chose frêle et fragile, malgré son apparence physique, Prudence surprend par sa force de caractère, sa tendance à foncer dans la mêlée pour soigner ses camarades, sa détermination et son courage à toute épreuve, dignes des plus grands pirates. Pas étonnant donc qu’elle se forge avec naturel et simplicité une place dans le cœur des pirates, qui lui témoigneront leur confiance et, peut-être encore plus important, leur respect. Au gré des péripéties, la jeune fille prendra de plus en plus confiance en elle et en ses dons surnaturels que je vous laisserai le plaisir de découvrir. L’autrice fait, en outre, planer une certaine aura de mystère sur ce personnage dont on ne connaît pas encore toute l’étendue des pouvoirs, mais qui semble promis à un grand destin.

Qui dit pirates, dit chasse au trésor et à ce niveau, les lecteurs sont particulièrement gâtés ! Je vous laisserai le plaisir de la découverte, mais il est question ici d’un peuple disparu, d’une citée cachée, d’un trésor oublié, d’une langue qui n’est plus parlée, d’indices à trouver et à décrypter… Le tout dans un univers original que l’on découvre avec plaisir au fil des escales sur différentes îles suspendues. Pour ma part, j’ai été captivée par l’univers développé par l’autrice, par cette dichotomie entre terre et ciel, par les multiples dangers qui attendront les membres de l’équipage dont fait maintenant partie notre héroïne, et par ce sens de l’amitié et de l’honneur si présent à bord du navire.

Quant à la plume de l’autrice, fluide, immersive et rythmée, elle sied à merveille à cette aventure menée tambour battant et non dénuée de mystère ! L’action est également bien présente avec des scènes de bataille réalistes, des opérations d’infiltration, des abordages, des parties endiablées d’un jeu que je n’aimerais personnellement pas tester, tenant à mes membres et à mon nez… Des scènes plus douces permettent néanmoins de souffler un peu et de vivre de beaux instants de complicité et de franche camaraderie, tout en nous offrant des informations utiles pour mieux comprendre les personnages, leur passé et les liens les unissant. En plus d’offrir une dynamique intéressante, cette alternance entre action et scènes plus calmes, mais jamais ennuyeuses, présente également l’avantage de nous rappeler la complexité de nos pirates du ciel, capables de massacrer des gens, mais aussi d’offrir à une jeune orpheline la chance d’être enfin elle-même.

En conclusion, roman d’aventure et de piraterie, avec des touches parfaitement maîtrisées de steampunk, Steam Sailors se révèle particulièrement percutant, divertissant et immersif. En plus d’un univers fascinant, qui se dévoile à nous progressivement, l’autrice nous propose une passionnante quête de trésor, empreinte d’une belle aura de légende et de magie, qui liera étroitement une jeune fille rejetée par tout le monde à une bande de pirates recherchés par beaucoup. Des pirates hauts en couleur auxquels on s’attache et dont on partage avec un plaisir non dissimulé la vie trépidante à bord de Héliotrope, personnage à part entière dont l’essence imprègne indéniablement les pages du roman. Membres de la flotte royale, tremblez, quant aux autres, sautez à bord de ce navire de légende pour suivre au plus près les dangereuses et périlleuses aventures d’une bande de pirates, qui a fait du ciel son élément, et de leur nouvelle recrue aux dons surnaturels.

Mini-chroniques en pagaille #40 : première fournée pour le #PumkinAutumnChallenge et Le mois de la BD

Mini-chroniques en pagaille

Plus détaillées qu’un simple commentaire, mais moins développées qu’une chronique, les mini-chroniques me permettent de partager succinctement mon avis sur certaines de mes lectures que je n’ai pas eu le temps ou l’envie de chroniquer de manière plus classique.


Voici trois lectures réalisées dans le cadre du Pumpkin Autumn Challenge (Un petit besoin urgent, Crictor et Black Butler) et du challenge Le mois de la BD (Black Butler)

  • Un petit besoin urgent, Quentin Gréban (Mijade)

J’avais eu l’occasion de voir passer cet album jeunesse sur Instagram, alors quand je l’ai croisé à la bibliothèque, je n’ai pas hésité à l’emprunter. Comment, en effet, résister à cette belle couverture et à ce regard espiègle ?

La petite Éva, son petit frère encore bébé et leur maman sont de sortie, mais à peine arrivés au marché, catastrophe, Eva a une petite envie ! Sa maman lui avait pourtant bien demandé si elle était allée aux toilettes avant de partir, mais cette précaution n’a, apparemment, pas été suffisante. Branle-bas de combat, il n’y a pas à tergiverser : il faut retourner à la maison ! Et devant l’urgence de la situation, la sympathique famille va recevoir de l’aide de nombreux autres animaux, donnant lieu à des scènes qui ne devraient pas manquer de vous faire sourire. Qui a dit qu’un voyage en tram était de tout repos ?

Cette aide providentielle sera-t-elle suffisante ? Pour le savoir, foncez lire ce sympathique album qui vous réservera une chute de taille, et qui ne devrait pas manquer de parler à de nombreux parents et adultes ayant eu la chance de garder des bambins. Et puis, il serait dommage de passer à côté de ces belles et grandes illustrations pleines de charme, mettant en scène des animaux adorables dont la personnification est aussi amusante que savoureuse.


  • Crictor de Tomi Ungerer (L’école des loisirs)

Il y a des gens qui reçoivent des fleurs ou du chocolat pour leur anniversaire, mais pas Madame Bodot. Car si son fils, qui étudie les reptiles en Afrique, a bien pensé à elle en cette occasion spéciale, il a opté pour l’originalité : lui envoyer, dans un joli paquet formant un rond, un boa constrictor !

Un cadeau empoisonné, quoique pas vraiment Crictor n’étant pas venimeux, qui va étrangement illuminer la vie de Madame Bonot. Ainsi, quand certains baladent leur caniche, elle, c’est son serpent qu’elle emmène partout devant les yeux ébahis des passants, et ceux médusés des lecteurs. La tendresse de Madame Bodot pour son serpent transparaît dans chaque scène et leur complicité fait chaud au cœur, surtout si, comme moi, vous êtres très sensibles aux relations êtres humains/animaux…

J’ai souri devant des scènes de vie classiques et banales mais qui, sous la houlette de Tomi Ungerer, prennent une tout autre saveur. Il faut dire qu’en plus d’être des plus dociles, Crictor étonne par ses multiples talents qu’il exercera pour le plus grand plaisir de son adoptante et des enfants. Et puis, certains petits voyous vont apprendre qu’il faut se méfier du serpent qui dort ! Même du serpent qui dort dans un lit douillet parfaitement adapté à sa taille…

Quant aux illustrations, elles dégagent beaucoup de charme, avec un côté suranné qui renforce cette impression d’être dans un cocon de douceur. La présence récurrente du vert offre une sorte d’hommage bien mérité à un protagoniste qui ne parle pas, mais qui possède une présence certaine. J’ai, en outre, adoré la manière dont l’auteur joue sur le physique de Crictor, agençant ses illustrations à partir de celui-ci.

Loufoque, mignon et diablement amusant, voici un petit album au charmé suranné qui devrait ravir les enfants et les adultes par la dose de bonne humeur et de fantaisie qu’il insuffle à chaque page. On y découvre un quotidien devenu cocasse grâce à un protagoniste inattendu et un auteur de talent qui réussit à faire classique et original à la fois. À lire, relire et partager !


  • Black Butler, tome 30 de Yana Toboso (Kana)

Black Butler, tome 30 par Toboso

J’ai, comme d’habitude, lu d’une traite ce tome non dénué de sang et de violence, mais peut-être un peu moins sombre et complexe que d’habitude. Nous suivons un personnage qui voit très mal de près, mais qui a une vision parfaite de loin. Une particularité qu’il va mettre, avec ses comparses, au service d’une cause, pas vraiment noble mais très rémunératrice, le vol de bijoux.

Notre voleur des rues s’en prend malheureusement à la mauvaise personne et n’a plus qu’une solution pour éviter la mort : travailler pour quelqu’un d’encore moins recommandable et de plutôt violent. Notre personnage était coutumier du vol, il va devoir ajouter le meurtre à ses compétences, jusqu’à que sa dernière mission ne se passe vraiment comme prévue… Fin de partie ou nouveau départ ?

Tous les indices étaient là, et pourtant, je me suis laissée berner par la révélation sur ce personnage qui n’est peut-être pas celui qui paraît être. Je vais rester vague, mais j’ai aimé ce tome pour le saut dans le passé qu’il offre et la manière dont il nous permet de mieux appréhender certaines choses et relations entre nos personnages. Les enjeux ne sont pas aussi élevés que dans d’autres tomes, mais on passe assurément un excellent moment auprès de Sebastian, Ciel et les autres, et l’on se dit que décidément, cette série a encore de belles choses à nous offrir !


Et vous, connaissez-vous ces titres ?
L’un d’entre eux vous tente-t-il ?

 

Mercy, tome 3 : La mine, nos souvenirs et la mortalité, Mirka Andolfo

Alors que la communauté de Woodsburgh livre ses derniers secrets, Lady Hellaine parvient enfin à ses fins. Ce plan machiavélique qu’elle a préparé soigneusement depuis toutes ces années arrive à son dénouement et nous découvrons enfin ses véritables intentions. Mais un grain de sable vient semer le trouble dans l’esprit de la mystérieuse jeune femme : quels sont donc ces sentiments nouveaux qu’elle ressent ? Serait-elle véritablement capable d’aimer ? Il y a fort à parier que le final explosif de la trilogie Mercy saura en surprendre plus d’un…

Glénat BD (24 février 2021) – 64 pages – 14,95€

AVIS

Ayant beaucoup aimé les deux premiers tomes (La dame, le gel et le diable et Des chasseurs, des fleurs et du sang), j’avais hâte de lire ce troisième et dernier tome qui s’est révélé à la hauteur de mes attentes.

On retrouve le charme incroyable des illustrations de Mirka qui allient beauté et horreur, et qui rendent la lecture aussi forte que marquante. Pour ma part, je suis satisfaite des réponses apportées aux nombreuses questions soulevées tout au long de la série. Mais ce qui m’a frappée dans ce tome, c’est qu’à mesure que l’on progresse dans l’intrigue, l’horreur monte d’un cran, tout en laissant de plus en plus de place à l’humanité. Car monstre ou pas, esprit d’un parasite détraqué par des souvenirs qui ne sont pas les siens, mais qui imprègnent sa psyché ou non, dans cette conclusion, lady Hellaine nous révèle sa superbe dualité. Derrière son aura de dangerosité et sa monstruosité, se dessine en filigrane quelque chose d’autre, des émotions, de la tendresse, de l’amour même, et des remords que bien trop humains… Ce personnage m’a touchée et attendrie malgré ses crimes, malgré sa nature, ou peut-être à cause d’une nature qui n’est plus vraiment celle d’un monstre, mais qu’on ne peut raisonnablement pas qualifier d’humaine.

Surprenante, lady Hellaine l’est ! Tout comme l’est un retournement de situation que je n’avais pas anticipé, mais qui s’intègre à merveille à une trame où l’horreur n’est jamais très loin, et dans laquelle l’humanité déploie ses vices même à des endroits et en des personnes inattendues. Néanmoins, dans cette ambiance sombre autant sur le fond que la forme, la lumière n’est jamais absente, faisant des percées marquées et appréciées. Cette luminosité passe notamment par Rory, cette fillette à laquelle lady Hellaine s’est attachée bien malgré elle, et qui sera autant un objet de rédemption que de perte. Il se joue indéniablement quelque chose de fort et de puissant autour de cette fillette qui touche et fait vibrer la corde sensible chez le lecteur, mais pas que, sans que l’autrice ait besoin de sortir les violons.

Cette BD fait, d’une certaine et déroutante manière, écho à l’amour maternel, qu’il soit traditionnel ou entouré d’une dose de surnaturel rendant les choses plus compliquées, mais pas moins puissantes. À cet égard, lady Hellaine devrait vous surprendre et Gloria vous toucher. Cette femme forte et intelligente est prête à tout pour protéger ses enfants, et notamment un aîné pris dans le piège de l’amour, et dans les filets d’une femme dont il n’imagine pas la vraie nature ni les réels desseins. Mais le danger ne vient pas forcément de là où on pense ! Et l’inimitié peut parfois laisser place à de déroutantes ententes, apportant un vent d’espoir et une certaine sensibilité à une histoire qui peut à tout moment sombrer dans l’horreur. Je n’en dirai pas plus, si ce n’est que la fin est à l’image de la série, spectaculaire, horrifique et belle à la fois.

En conclusion, si vous souhaitez vous plonger dans une histoire fascinante mêlant habilement horreur, fantastique, suspense, mystère, manipulation, secrets, et personnages sombres et dangereux, cette série est faite pour vous. À fortiori si vous cherchez une identité graphique forte, qui réussit à mettre de la beauté dans la monstruosité, et de la monstruosité derrière la grâce d’une lady qui n’est peut-être pas aussi belle que son physique le laisse penser. Voici une série courte mais riche en promesses et en sensations fortes que je ne peux que vous recommander, d’autant que le final ne devrait pas manquer de vous surprendre, et de vous rappeler la dualité d’une œuvre qui prend le temps de dévoiler toute sa noirceur et ses (sombres) secrets.

PAL du mois #9 : septembre 2021

PAL DU MOIS

En début de chaque mois, j’établis une liste d’ouvrages que j’aimerais lire : dans le cadre de challenges littéraires et/ou de lectures communes, reçus en SP, pour diminuer ma PAL, suite à des découvertes en bibliothèque ou sur des blogs… Cette PAL me sert donc de guide de lecture sans pour autant être figée dans le marbre.


Comme toujours, cette PAL est à titre indicatif et est fortement susceptible d’évoluer au fil des jours.

  • Lecture prioritaire : c’est en voulant le lire que je me suis aperçue que je n’avais pas Steam Sailors dans ma PAL. Soit je l’ai égaré soit j’ai oublié de le commander, la conclusion étant que je n’ai pas pu le lire en août. Je pense donc le lire dès que je l’aurai reçu, puisque les votes pour le vainqueur du PLIB est ouvert et que la date butoir approche.

  • Lectures que je suis certaine de faire (SP) : ce mois de septembre va être indéniablement tourné vers les éditions de l’Archipel et ses très bonnes parutions. Et c’est Les Indécis qui va ouvrir le bal, un roman que je compte lire en lecture commune avec Valmyvoyou lit.

Couverture Les indécis

La baronne des glaces : La fin d'un monde par VosselerMerlin et son chatCouverture Black Blade, tome 1 :  Froid brûlant

  • Livres de ma PAL personnelle que j’aimerais lire : je vais piocher en priorité dans ma très longue PAL que je vous ai présentée dans mon article sur le Pumpkin Autumn Challenge.
  • PAL ouvrages graphiques : voir mon article pour Le mois de la BD où je vous présente quelques BD et mangas que j’aimerais lire.

  • Livre audio : je compte continuer l’écoute de The shadows between us que j’aime bien mais sans être vraiment passionnée par l’histoire. La faute au manque total d’attachement envers les personnages et à la voix de la narratrice que j’ai de plus en plus de mal à supporter.

The Shadows Between Us

Avez-vous déjà lu certains de ces romans ou certains vous tentent-ils ?
Que comptez-vous lire en septembre ?

Pumpkin Autumn Challenge 2021 #PALDUPAC

Peut être une image de texte qui dit ’par votre Pumpkin Mama @ Guimause Terrier PUMPKIN AUTUMN CHALLENGE du 01/09 au 30/11 COMMENT PARTICIPER? QUATRE MENUS AU CHOIX DEUX MANIÈRES DE VALIDER TON CHALLENGE PREMIÈRE OPTION VALIDER SOUS-CATÉGORIES PAR MENU CHOISI DEUXIÈME OPTION UNE FAIM DE LOUP-GAROU VALIDER SOUS-CATÉGORIE PAR MENU ÇA S'APPELLE AVOIR LES CROCS VALIDER 2 SOUS-CATÉGORIES PAR MENU UN APPÉTIT DE GOULE VALIDER SOUS-CATÉGORIES PAR MENU POUR PRÉSENTER TA SELECTION PILE LIRE DE LANCEMENT UNIQUEMENT #PALDUPAC POUR PRÉSENTER TA SÉLECTION DE FILMS #VIDEOCLUBDUPAC SÉRIES, AVIS POUR PRÉSENTER SÉLECTION JEUX VIDÉO, #GAMERDUPAC AVIS’


C’est avec plaisir que j’ai suivi l’annonce du retour de l’un des challenges littéraires les plus populaires sur les réseaux sociaux et dans la blogosphère : le Pumpkin Autumn Challenge. Pour tous les détails, je vous invite à visionner la vidéo de Guimause :

Je vise l’option 2, Un appétit de goule consistant à valider trois sous-catégories par menu.

Je ne pense pas participer les trois mois que dure le challenge (1/09 au 30/11), mais cela ne m’a pas empêchée de faire une PAL conséquente. Car si je ne lirai certainement pas tout, j’aime avoir du choix sans oublier que je me laisse la possibilité de dévier de ces envies de lecture.

J’en profite pour remercier Amélie Marquis qui a mis à disposition de très beaux templates sur le groupe FB du challenge.

AUTOMNE FRISSONNANT

  • Gare, Gare à la main de gloire : voleur, thriller, policier, superstition, horreur, épouvante
  • Double, double, toil and trouble : sorcière, pièce de théâtre, prophétie, tragédie
  • Le folklore de Chipenden : créatures surnaturelles, fantastique, obscure, fantasy

Automne frissonnant #PALDUPAC

AUTOMNE DOUCEUR DE VIVRE

  • It’s just a bunch of Hocus Pocus : Halloween, Samhain, automne
  • Eh Jiji, tu ne trouves pas que ça sent drôlement bon à la gütiokipänja ? : parcours initiatique, jeunesse, famille, nourriture
  • Il suffit de se souvenir de rallumer la lumière : feel good, santé mentale, émotions
  • J’ai un dragon et j’hésiterai pas à faire feu : humour, illustré, anthropomorphisme, animaux

AUTOMNE DOUCEUR DE VIVRE #PALDUPAC

AUTOMNE ENCHANTEUR

  • « La lunette de pierre, c’est extra ! Quand on veut voir ce qui ne se voit pas » : petit peuple, féérie, nature, nature writing
  • Nom d’une dune : écologie, anticipation, science-fiction, post-apocalyptique
  • Princesse princesse : inclusivité, LGBTQI+, féminisme

AUTOMNE ENCHANTEUR #PALDUPAC

AUTOMNE DES MYSTÈRES

  • Le destin perdu : temps, horloge, énigme, puzzle, historique, steampunk
  • Les ruines de l’Atlantide : conte moral, philosophie, récit métaphorique, mythes et légendes
  • En avant Yvette Tempête ! : aventure, archéologie, artefact, voyage
  • Cabinet de curiosité : arts, sciences, musée, singularité, étrangeté

AUTOMNE DES MYSTÈRES #PALDUPAC

Et vous, participez-vous à ce challenge ?
Avons-nous des livres en commun ?

La vallée des Carnutes, Jean-Pierre Deséchalliers

La vallée des Carnutes: Roman historique par [Jean-Pierre Deséchalliers]

Une bête sauvage effraie les paysans tandis des armées comme Donotalos n’en avait jamais vues se rassemblent et marchent sur son pays…

La vie est douce en pays carnute en cette fin du second siècle avant notre ère, au centre de ce qui deviendra un jour la Gaule, le commerce des céréales y enrichit désormais plus que les batailles et les butins. Cette quiétude est brutalement troublée par une série de morts aux circonstances effrayantes. Quel animal est sorti des enfers, et pourquoi ? Le druide Andanatos, autorité judiciaire incontestée, va devoir comprendre et dénouer l’écheveau, tandis que les menaces s’accumulent de toute part sur la Celtique. À l’est, les hordes cimbres et teutonnes s’apprêtent à déferler sur les riches campagnes celtes, tandis qu’au nord, des tribus belges ont retrouvé le chemin des pillages. Le jeune seigneur Donotalos, missionné par les druides, voit dans tous ces évènements l’occasion de sortir de cette paix qui l’ennuie et d’être digne de sa glorieuse lignée. Il y trouvera plus encore.

Ce roman historique nous plonge dans le tourbillon de l’histoire des Carnutes. Laissez-vous emporter par les rebondissements des guerres, les aventures, les mystères et les légendes celtiques

Auto-édition (1 septembre 2019) – 348 pages – Broché (18€) – Ebook (3,99€)

AVIS

Je lis peu de romans historiques, mais quand je vois à quel point j’ai apprécié Je suis fille de rage et ce livre, je me dis qu’il me faudrait y remédier. Dans un style peut-être moins entraînant que celui de Jean-Laurent Del Soccoro, mais tout aussi agréable, Jean-Pierre Deséchalliers nous plonge en plein pays carnute à la fin du second siècle avant notre ère. Connaissant très peu cette période, ce fut un voyage historique aussi passionnant que dépaysant. Quel plaisir, en effet, de faire la connaissance de différents peuples, alliés ou ennemis, et de personnages dont les noms sonnent résolument très gaulois, ce qui donne un petit air Astérix au roman qui m’a bien plu. On y retrouve d’ailleurs quelques éléments qui font le charme de la BD : des druides, des banquets festifs, des bardes (qui chantent juste eux), le plaisir de guerroyer, des sangliers… Mais là où la BD joue sur l’humour, l’auteur joue sur l’action, la peur bien réelle de l’invasion, le réalisme historique et une ambiance celtique teintée de sagesse druidique.

À travers le personnage du druide Andanatos, on se rend ainsi compte de l’importance de cette figure dans la vie publique, familiale et politique. Sage dont la parole est respectée et attendue, il écoute avec attention les conflits, tente de les résoudre de manière juste et équitable sans oublier de répondre avec diligence à toutes les sollicitations qu’on peut lui adresser. J’ai beaucoup apprécié ce personnage plein d’altruisme, de bienveillance et au sens de la justice aigu qui, en plus de sa belle âme, peut compter sur le soutien discret, mais efficace, de sa femme. Loin d’être cantonnée aux tâches domestiques, cette dernière est une composante essentielle dans les succès du druide grâce, entre autres, au relai d’informations inestimable qu’elle constitue pour Andanatos bien conscient de sa chance de l’avoir à ses côtés. Quand lui fait parler les astres, elle fait parler les cœurs et délie les langues. Ce n’est pas la seule femme de caractère dans ce roman, un point qui m’a beaucoup plu puisqu’on y voit des hommes forts et courageux, mais aussi des femmes qui savent tirer leur épingle du jeu et faire vivre leur maisonnée malgré un statut parfois difficile.

J’ai adoré me plonger dans cette société bien plus pacifiée que l’on pourrait le croire, découvrir ses us et coutumes, mais aussi la place donnée à l’art de la guerre, les faits d’armes d’un homme déterminant son rang social et le respect qui lui est dû. Cela fait d’ailleurs peser une certaine pression sur les épaules des descendants des grands guerriers à l’instar du jeune seigneur Donotalos que l’on suit régulièrement durant le roman. Issu de deux grandes lignées, il semble fort pressé de prouver sa valeur sur les champs de bataille comme l’a fait son père avant lui. Un souhait qui sera peut-être plus vite exaucé que prévu, la menace d’une invasion massive, avec sa cohorte de pillages et de destructions, étant bien réelle. Les Carnutes, arriveront-ils à mettre de côté leurs différends pour faire face à la menace et organiser une défense efficace ? Pour le savoir, il vous faudra bien sûr lire le roman, mais je peux d’ores et déjà vous dire que l’auteur arrive à créer un certain climat d’angoisse et d’attente autour de cette délicate question. Il nous offre également d’épiques et sanglantes scènes de combat qui devraient vous prouver la bravoure d’hommes prêts à se sacrifier pour défendre les leurs et leurs terres.

Au-delà de la tension relative à la menace de plus en plus importante d’une invasion de grande ampleur, le roman possède une certaine aura de magie avec des attaques mystérieuses de paysans dont personne n’arrive à véritablement expliquer l’origine ni la nature. Le responsable est-il, comme certains aiment à le penser, un énorme sanglier ou l’explication est-elle plus spirituelle, voire magique ? Je préfère rester vague, mais l’auteur nous propose une réponse non dénuée d’intelligence et de sagesse. Et puis, ces attaques mystérieuses m’ont un peu rappelé la légende de la Bête du Gévaudan, ce qui n’a pas été pour me déplaire. Mais ce que j’ai préféré et qui a vraiment happé mon attention, c’est l’espèce de mini-enquête policière menée par notre druide pour expliquer la mort de deux personnages forts peu sympathiques… Une entreprise plus difficile qu’il n’y paraît, les deux hommes ne manquant pas d’ennemis, et qui aura le mérite de faire remonter certaines choses du passé.

Autre atout non négligeable de ce roman : la plume de l’auteur, fluide et vraiment très immersive. Jean-Pierre Deséchalliers, à travers des descriptions concises, mais précises, arrive à nous donner l’impression de troquer notre modernité pour une période bien plus ancienne où les rapports sociaux sont nombreux, hiérarchisés et étroitement liés à la filiation. Pour ma part, le côté historique bien présent m’a séduite parce que l’auteur ne se contente pas de nous raconter l’Histoire ; il nous raconte une histoire prenant différentes facettes et mettant en lumière une palette variée de personnages. Pour les lecteurs inquiets de se confronter à de nombreux protagonistes, l’auteur a pensé à inclure un glossaire en début d’ouvrage, une attention que je trouve louable même si on s’en détache rapidement pour se laisser simplement bercer par la plume de l’auteur et les combats d’hommes et de femmes que l’on apprend à connaître et à plus ou moins apprécier.

Si certains personnages se révèlent antipathiques et méprisables, la plupart se montrent loyaux, attachants et/ou charismatiques. Je pense notamment au druide, mon personnage préféré, et à sa femme, à un jeune homme qui saura forcer le destin pour construire un avenir à la hauteur de la femme qu’il convoite, à la mère du seigneur Donotalos ainsi qu’à son fidèle écuyer, à un barde qui se veut le garant d’une certaine tradition orale et de la transmission des légendes celtes, et à une intrigante joueuse de cithare. Cette musicienne de talent et cavalière émérite saura ensorceler, de sa douce voix et de sa flamboyante personnalité, Donotalos qui se révèle être, lui-même, un homme aussi bon guerrier que seigneur juste et apprécié. Bien que cela soit très léger, il flotte donc un petit air d’amour sur ce roman venant ainsi contrebalancer avec subtilité la violence de certains combats et la noirceur de certaines âmes un peu trop tentées par l’argent et le prestige…

En résumé, La vallée Des Carnutes est un roman passionnant qui se déroule dans un contexte historique que l’on ne rencontre guère en littérature, mais dont l’auteur a su exploiter toute la puissance et l’aura de mystère et de légende qui l’entoure. Immersive, rythmée, non dénuée de suspense et centrée autour d’enjeux militaires, sociétaux et humains, voici une lecture agréable qui plaira autant aux amateurs de romans historiques qu’aux lecteurs d’épopées humaines et guerrières.

Je remercie l’auteur de m’avoir envoyé, via Simplement pro, son roman en échange de mon avis.