JE – Connais-toi toi-même : comment fait-on cela ? de Serge Marquis

Sous les conseils ludiques et précis du médecin québécois, Serge Marquis, initiez-vous au fonctionnement de votre JE intérieur. Inspiré par le célèbre précepte antique de Socrate « Connais-toi toi-même », cet ouvrage contemporain fera office de guide personnalisé parsemé d’humour et de sensibilité pour entamer votre introspection. Pas à pas, apprenez à tourner vos angoisses en dérision et devenez maître de vous-même ! Entre switch on et switch off, vous vous imaginerez presque dans une bataille effrénée de jeux vidéo mais cette fois-ci vous serez le vainqueur à coup sûr. Décidez à présent quand votre commutateur off viendra chasser votre commutateur on et cela sans aucune limite

FLAMMARION (28 avril 2021) – 272 pages – Papier (16,90€) – Ebook (11,99€)

AVIS

Malgré le côté didactique et la touche d’humour propre à l’auteur et toujours fort appréciable, je n’ai pas réussi à me passionner pour cette lecture, d’autant que j’ai trouvé certains passages assez répétitifs. Avec du recul, je pense que pour véritablement l’apprécier, j’aurais dû en avoir une lecture plus espacée, et me contenter de lire quelques pages chaque jour.

Si j’ai apprécié l’idée de séquence développée par l’auteur, je suis restée assez hermétique à cette histoire de gâteau chinois lui permettant d’illustrer une partie de ses propos. C’est un détail, qui ne gênera probablement pas la plupart des lecteurs, mais ça a suffi à me faire décrocher et a provoqué en moi les prémices de l’ennui. Or, s’il y a bien une chose à laquelle mon JE, pauvre de lui, est réfractaire, voire très hostile, c’est à l’ennui et encore plus durant mon loisir préféré. Ce sentiment a d’ailleurs lancé en moi une séquence assez désagréable…

À cet égard, je reconnais toute l’utilité du livre qui m’a permis de prendre un peu de temps pour observer ce qui s’est joué en moi, de la perception de la menace à mon confort au jugement qu’elle a entraîné en passant par le déclenchement d’une tempête intérieure. J’ai fini par retrouver une certaine sérénité, ne restant jamais agacée bien longtemps, mais je n’ai pas réussi à atteindre la petite « seconde révolutionnaire » qui change tout. Mais j’ai bon espoir d’y arriver prochainement et de réussir à opérer ce basculement permettant de passer du switch on au switch off.

Je reconnais néanmoins un vrai sens de la formule à Serge Marquis qui arrive à mettre des mots simples et percutants sur des concepts qui ne le sont pas toujours et/ou qui nous entravent dans notre vie. Cela rend ses explications claires, pédagogiques et assez marquantes, ce qui pour une grande lectrice est toujours fort appréciable ! Il y a, en outre, certains propos qui m’ont personnellement parlé et grâce auxquels j’ai pu remettre des situations et paroles en perspective, puisqu’il y a parfois un décalage entre ce qui est dit et ce qu’on entend réellement. Je retiendrai plus particulièrement une maladresse de l’auteur dans un restaurant qui a provoqué un malentendu avec une femme ronde, celle-ci ayant vécu sa blague comme un jugement sur sa personne, quand l’auteur cherchait seulement à briser la glace. Ayant été obèse et en ayant beaucoup souffert, je me suis complètement identifiée à la dame et ai apprécié la séquence d’observation de cette dernière imaginée par l’auteur, et plus particulièrement la dernière phase qui m’a apaisée. Cela reste très personnel, mais j’aurais aimé à l’époque être capable de penser ainsi :

Il y a un vieux JE qui refait surface ici. Le JE de l’apparence. Celui qui croit être un poids, une taille, des rondeurs ou n’importe quoi qui définit une apparence. Tout doux, le JE, tout doux, nous ne sommes pas une apparence. Nous ne sommes pas notre passé. Nous ne sommes pas toutes les insultes qu’on a subies pendant notre enfance et notre adolescence. Nous ne sommes pas l’exclusion qu’on a connue. Nous ne sommes pas toutes ces tristes histoires ! La pire chose à faire serait de continuer à se les raconter dans l’espoir qu’elles s’effacent. Les histoires ne peuvent que s’imprimer davantage si on se les raconte encore après toutes ces années. Et puis on se les raconte, plus les tempêtes hormonales s’intensifient. Nous ne sommes pas notre apparence. Il n’y a que présence qui compte.

J’ai également apprécié la manière dont Serge Marquis rappelle, entre autres, qu’on tend trop souvent à mélanger confort et survie, entrainant des réactions disproportionnées, que certains défendent leur avis comme si leur vie était en jeu quand c’est plutôt leur JE qui se sent menacé, ou comment, notamment sur les réseaux sociaux  » Le JE prétends souvent défendre le bien commun alors qu’il défend une image qu’il a de lui-même : celle du sauveur ou du héros.  » Un point qui m’a fait prendre une certaine distance, notamment avec Twitter dont le format est le terrain favorable à l’expression d’un JE délétère.

Au-delà des propos de l’auteur qui ne manquent pas d’intérêt, bien qu’ils n’aient pas réussi à capter mon attention sur la durée, je tenais à saluer le travail de mise en page qui rend la lecture aussi fluide qu’agréable : des citations inspirantes sous fond bleu pour introduire la trentaine d’entrées, des chapitres courts avec des titres qui attirent l’attention et des sous-titres permettant d’avoir une perception globale de l’idée développée, un texte aéré, des dialogues… Oubliez donc les pavés indigestes écrits en pattes de mouche.

De par son humour, son naturel, sa bienveillance et la manière dont il se base sur sa propre vie et des situations fictives, mais réalistes, l’auteur réussit à créer un réel et important sentiment de proximité avec ses lecteurs. Une condition qui me semble indispensable pour avoir envie d’entreprendre un travail d’observation et d’introspection sur soi et d’accéder à un bonheur bien mérité.

En résumé, grâce à différentes situations permettant de mettre en lumière nos schémas de pensée et la manière de les dépasser pour nous ramener dans l’instant présent, l’auteur offre une simple, mais efficace porte d’entrée à la connaissance de soi, une connaissance dépouillée de la présence envahissante et étouffante du JE. Un JE multiple et prêt à tout pour obtenir de l’attention et un faux sentiment de sécurité, quitte à développer des mécanismes l’éloignant du réel bonheur. Preuve s’il en est que le fameux Connais-toi toi-même de Socrate est toujours d’actualité, a fortiori dans une modernité plus prompte à tweeter son inconfort afin de le légitimer qu’à l’observer pour le dépasser.

Je remercie les éditions Flammarion et Babelio pour m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

L’ombre de l’assassin (Stillhouse Lake#2), Rachel Cain

L'ombre de l'assassin par Caine

Gwen était parvenue à sauver ses enfants des griffes de son ex- mari, le tueur en série Melvin Royal. Mais celui-ci vient de s’évader de prison. Et elle prend peur.
Alors que seule une poignée de personnes connaissent son nouveau numéro de portable, elle reçoit ce texto glaçant :  » Vous n’êtes plus en sécurité nulle part  » ! Fuir ou se terrer de nouveau ne servirait à rien. L’heure a sonné d’inverser les rôles…
De proie, Gwen veut devenir prédateur. Et, avec l’aide du frère de l’une des victimes de Melvin, éliminer ce dernier. Mais à mesure que leur traque avance, le doute envahit ceux qui croient en Gwen. Est-elle aussi étrangère aux crimes de son mari qu’elle le prétend ? Pour preuve cette photo compromettante qui circule sur les réseaux sociaux..

L’Archipel (15 octobre 2020) – 400 pages – Broché (22€) – Ebook (15,99€)
Traduction : Sebastian Danchin

AVIS

L’ombre de l’assassin est la suite de L’ombre de la menace.

Ayant adoré L’ombre de la menace, j’attendais avec impatience cette suite qui s’est révélée assez différente, mais tout aussi palpitante et prenante ! Melvin, évadé de prison, Gwen est de nouveau sur le qui-vive, allant d’hôtel en hôtel miteux pour protéger ses enfants, Lanny et Connor, de leur psychopathe et tueur en série de père. Mais un déclic s’est produit en elle : fini de jouer les proies, l’heure d’inverser les rôles a sonné. Et si, maintenant, c’était au tour de Melvin d’être traqué et acculé ?

Cette décision courageuse, mais pas sans risque, contraint Gwen à faire une chose qui lui brise le cœur, confier ses deux enfants au soin de deux personnes de confiance, capables de veiller sur eux et de faire face à toutes les situations. Gwen pourra également compter sur le soutien de Sam, le frère d’une victime de Melvin, bien décidé à régler son compte à ce tueur pervers, mais d’une intelligence rare. Mais notre duo est-il réellement conscient de ce qu’une telle traque implique et de toutes les forces en jeu ? Peu probable si l’on se fie à ce que l’on découvre au fil des pages. Car si Melvin est un homme extrêmement dangereux, il ne représente peut-être pas la pire des menaces…

Je préfère rester vague sur le fond du roman pour vous laisser le plaisir de la découverte, mais je peux toutefois vous dire que j’ai été complètement captivée par les événements qui rythment cette sorte de road trip visant à débusquer l’un des pires tueurs en série que j’aie pu rencontrer dans un roman. Melvin est un homme froid, pervers et d’une noirceur extrême, n’hésitant pas à manipuler même un enfant qui ne désirait que trouver ce qui lui a toujours manqué, une figure paternelle aimante et bienveillante. Plus on apprend à le connaître, plus on tremble donc à l’idée de toutes ces années qu’il a pu passer auprès d’une famille bien inconsciente de sa véritable nature.

Si les lecteurs ne doutent pas de la bonne foi de Gwen et de ses enfants quant aux abominations perpétrées par Melvin, une partie de l’opinion publique et de nombreux trolls sur le web continuent à accabler et à harceler Gwen, quand ce n’est pas une organisation aux contours bien plus flous qui la traque sans répit. Que cette situation m’a révoltée, cette femme ayant déjà bien assez souffert sans que des personnes viennent déverser toute leur haine ! Mais le pire, du moins pour moi, a été de voir que malgré tout ce qu’elle a fait pour les siens, il a suffi d’un élément pour que les doutes les assaillent… Si j’ai pu excuser Connor en raison de son âge et de son besoin de reconnaissance paternelle, j’ai eu bien plus de mal à comprendre les autres personnages. J’ai d’ailleurs ressenti un tel sentiment d’injustice et d’indignation devant certains comportements et certaines paroles que j’ai eu envie de jeter mon livre par la fenêtre. Preuve de l’attachement que j’ai développé pour Gwen…

Il faut dire qu’elle m’a profondément touchée, émue, bluffée et époustouflée ! Oubliez la femme effacée et soumise que Melvin a épousée. Accueillez plutôt la personne qu’elle est devenue : une femme courageuse bien décidée à se battre comme une lionne pour mettre définitivement hors circuit le prédateur qui menace sa vie, mais surtout, celle de ses deux enfants. L’autrice nous brosse ici le portrait d’une mère courage que l’on a qu’une envie : voir sortir vainqueur de son combat à mort avec un être abject qui prend plaisir à détruire et à massacrer des femmes, mais aussi sa propre « famille ». Je mets des guillemets, car avec un tel monstre, il est peu probable que ce mot ait une quelconque signification…

En plus de celui de Gwen, on suit également les points de vue de ses deux enfants et de Sam, ce qui apporte beaucoup de dynamisme au roman même si je dois avouer que ce sont les passages consacrés à Gwen qui m’ont le plus tenue en haleine. Pour autant, il reste intéressant de découvrir la perception des choses de chacun, et notamment de Connor qui semble assez renfermé sur lui-même, une faille que son père n’hésitera pas à exploiter de la plus abjecte des manières. Lanny, quant à elle, m’a parfois fait penser à Gwen dans sa manière de protéger Connor. Elle se montre parfois maladroite, mais difficile de ne pas ressentir les liens forts qui l’unissent à son frère. Si l’adolescente a vécu des choses inimaginables, elle est également confrontée à des problématiques bien plus communes comme l’amour. Il sera ainsi question d’homosexualité, un sujet traité ici avec beaucoup de simplicité et de naturel.

Le souvenir de Sam s’était un peu estompé depuis ma lecture du premier tome, mais j’ai apprécié de retrouver cet homme dont la vie a également été brisée par Melvin, l’assassin et le tortionnaire de sa sœur. Aussi déterminé que Gwen à lui régler son compte, il se révélera un précieux allié que ce soit grâce à ses différents talents ou son réseau. En plus de sa personnalité et de son envie manifeste de protéger Lanny et Connor, j’ai apprécié la relation assez complexe et ambivalente qu’il a développée et nouée avec Gwen. Une relation qui sera mise à mal par des événements qui semblent gagner en intensité et en noirceur à mesure que les pages défilent…

Comme dans L’ombre de la menace, l’autrice a ainsi réussi à créer un climat d’angoisse qui monte crescendo jusqu’au dénouement final tant attendu et redouté à la fois. Melvin, simple homme que l’on peut arrêter, ou figure démoniaque dont l’aura funeste planera toujours au-dessus des siens ? Une question qui nous pousse, comme les personnages, à être tout le temps sur nos gardes, comme si le serpent pouvait nous frapper à chaque instant. Au-delà de ce tueur en série effrayant et dénué de sentiments, nous découvrons également la perversion humaine sous sa forme la plus brute, celle qui exploite la violence et les vices les plus immondes des hommes pour se faire de l’argent. C’est peut-être d’ailleurs le plus effrayant dans cette histoire, parce que si les tueurs en série ne sont pas légion, le phénomène dénoncé par l’autrice semble bien plus conséquent et d’une telle horreur qu’on en vient à questionner le fondement de notre humanité…. Et si après tout, Melvin n’était pas le plus effrayant des monstres ?

En conclusion, machination, mensonges, révélations, tension qui monte crescendo jusqu’à vous enserrer le cœur, lutte à mort pour la survie, personnages à la psychologie parfaitement travaillée… Tout autant d’éléments qui rendent la lecture de L’ombre de l’assassin hypnotique et glaçante à la fois. Si vous avez envie d’un roman dans lequel un combat sans merci s’engage entre une mère courage et un monstre sans cœur, ce thriller psychologique addictif est fait pour vous. Mais prenez garde aux monstres tapis dans l’ombre… de l’assassin.

Découvrez un extrait de L’ombre de l’assassin sur le site des éditions de l’Archipel.

Instinct, James Patterson et Howard Roughan

Je remercie les éditions de l’Archipel pour m’avoir permis de découvrir Instinct de James Patterson et Howard Roughan. À noter que ce roman a déjà été publié par la maison d’édition sous le titre Jeu de massacres.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Un meurtrier, deux enquêteurs. Et un jeu de 52 cartes…

Le professeur Dylan Reinhart est l’auteur d’un ouvrage de référence sur les « comportements déviants ». Lorsque Lizzie Needham, du NYPD, en reçoit un exemplaire accompagné d’une carte à jouer tachée de sang, tout porte à croire qu’un tueur s’intéresse à l’éminent docteur en psychologie…
Mais il apparaît vite que ce sang est celui d’un homme retrouvé poignardé à son domicile. Quant à la carte, un roi de trèfle, elle prend tout son sens lorsque Needham et Reinhart comprennent qu’elle désigne la deuxième victime du tueur.
Ces cartes ne sont donc pas une signature, mais les indices d’un jeu de piste jonché de cadavres, dont Manhattan est le décor…

Publié en 2019 sous le titre Jeu de massacres, ce roman a inspiré la série Instinct, diffusée en France par M6, avec Alan Cummings, dans le rôle de l’extravagant Dylan Reinhart.

L’Archipel (9 janvier 2020) – 352 pages – Broché (20€)
Traduction : Philippine Voltarino

AVIS

Dès le début du roman, les auteurs distribuent avec efficacité et un certain sens de la mise en scène les cartes ! Le terme de carte prend ici tout son sens si l’on considère que le serial killer qui sévit a une légère tendance à personnaliser ses scènes de crime en laissant derrière lui une carte à jouer.

Un détail plein de symbolisme à ne pas prendre à la légère comme vont vite le découvrir l’éminent professeur en psychologie, le Dr Dylan Reinhart, et l’inspectrice Elizabeth Needham du NYPD. Réuni indirectement par le tueur bien décidé à tester les compétences du professeur dont il semble avoir lu le livre sur les comportements déviants, le duo n’aura pas vraiment d’autre choix que de travailler main dans la main afin de mettre fin à un jeu de piste des plus macabres. 

L’enquête est captivante et suscite moult questions, les auteurs n’hésitant pas à relancer régulièrement l’intérêt des lecteurs par quelques phrases sibyllines et des scènes mouvementées. Le suspense est donc au rendez-vous sans pour autant occulter ce qui fait, du moins pour moi, la richesse de ce roman : les liens entre les deux héros. On assiste ainsi à leur rencontre, à la manière dont, bon an mal an, ils s’associent pour faire face à un défi de taille alors que la pression politique se fait de plus en plus forte. Au fil des épreuves et des questionnements, la complicité entre l’inspectrice et le psychologue se fait de plus en plus forte et palpable. Leurs échanges pleins de peps et empreints d’humour apportent beaucoup de dynamisme et de charme à l’intrigue.

Les auteurs ne développent pas outre mesure la psychologie des deux enquêteurs, mais ils donnent assez d’informations pour les rendre tous les deux attachants même si j’ai été un peu plus sensible à Reinhart dont j’ai apprécié l’intelligence, l’humour et la personnalité oscillant entre délicatesse et honnêteté. Des qualités parfaites pour un brillant psychologue qui, tout en étant conscient de ses capacités intellectuelles, n’en demeure pas moins agréable et abordable. Mais loin d’être lisse et convenu, notre professeur possède ses propres secrets que l’on prend plaisir à découvrir.

J’ai également été séduite par la fraîcheur et le sens de la taquinerie d’Elizabeth. Le personnage est courageux, ambitieux, intelligent, facétieux, mais il possède également une certaine ambivalence et une part de mystère qui nous poussent à nous poser quelques questions à son sujet. La policière est-elle totalement franche avec Reinhart et comment en est-elle arrivée à naviguer dans l’entourage proche du maire de New-York, l’un des hommes politiques les plus influents du pays ?

Un maire qui se révèle d’ailleurs autant un atout qu’une menace pour le duo ! Il semble, en effet, prêt à tout pour mettre la main sur le tueur en série et ainsi éviter que ce fâcheux problème ne vienne mettre un terme définitif à ses envies de réélection. Cet homme politique est un parfait exemple de ces politiciens plus intéressés par leur popularité et la pérennité de leur position que par le bien de la population… Les autres personnages secondaires sont également bien construits et participent, à leur manière, à cette enquête, que ce soit un journaliste d’investigation pugnace qu’Elizabeth a bien du mal à garder sous contrôle ou le mari de Reinhart. Ce dernier fera preuve, tout au long du roman, d’une sensibilité à fleur de peau qui le rend aussi touchant qu’attachant.

En incluant un pan entier de la vie personnelle de Reinhart dans l’intrigue, les auteurs l’humanisent vraiment et lui donnent une autre dimension, celle d’un homme comme les autres qui essaie avec son mari de construire une famille malgré les préjugés et les injustices… Le thème de l’homoparentalité est ici abordé avec empathie et sensibilité. Difficile ainsi de rester de marbre devant la détresse de ces hommes prêts à affronter toutes les épreuves afin que leur rêve de famille devienne une réalité.

En conclusion, porté par un duo attachant et complémentaire, voici un roman qui ravira les amateurs de suspense, de plumes addictives et d’intrigues menées tambour battant. Pris dans le tourbillon infernal des événements, vous n’aurez qu’une envie : celle de découvrir l’identité et les motifs d’un tueur en série qui a réussi à transformer un inoffensif jeu de cartes en une menace mortelle !

Retrouvez le roman chez votre libraire ou sur le site Place des libraires.

Éditions l'Archipel

L’industrie du bonheur, Mathilde Chabot

L'Industrie du bonheur par [Chabot, Mathilde]

Je remercie Mathilde Chabot de m’avoir permis de découvrir son très joli roman L’industrie du bonheur.

PRÉSENTATION AUTEURE

Catherine ne se résout pas à faire le même métier que tout le monde. Maïwenn souffre de maltraitances psychologiques. Lorsque le destin les fait se rencontrer, la première rêve de devenir raccommodeuse de sourire, alors que le sourire de la seconde est porté disparu. Cet heureux hasard prend place sous le toit d’un inventeur bariolé, ex-horloger – désormais praticien en bobologie et mauxrologie à ses heures –, et de sa femme, une écrivaine un peu particulière.

Auto-édition (18 mars 2019) – 220 pages – Broché ( 9,80€) – Ebook (2,99€)
Emprunt abonnement Kindle possible – Illustrations : Didier Chabot

AVIS

Après une superbe préface de Didier Chabot qui laisse entrevoir toute la beauté et la poésie de ce roman, on fait la connaissance de deux fillettes, Catherine Manon dont l’histoire derrière le nom et le prénom est très touchante, et Maïwenn. Malgré des vies très différentes et des personnalités diamétralement opposées, elles vont, grâce à leur rencontre avec un personnage haut en couleur, se lier d’amitié.

Mais avant d’en arriver à cette proximité, elles devront passer de l’enfance à la vie de jeune adulte, ce qui ne se fera pas sans heurt pour Maïwenn dont l’enfance est marquée par la violence. Alors que sa mère aurait dû lui offrir cet amour inconditionnel qui permet d’avancer avec sérénité dans la vie, elle va lui apporter haine, méchanceté, violence… Une maltraitance psychologique cruelle que l’on découvre grâce au carnet de la fillette qui couche sur le papier ce qu’elle n’arrive pas encore à exprimer à l’oral : la souffrance, l’angoisse, le mal-être, la peur…

Si Maïwenn enfant était isolée dans sa peine, Maïwenn jeune adulte pourra, quant à elle, compter sur le soutien de ces personnes au grand cœur que le destin va mettre sur son chemin : un ex-horloger, Stephen, sa femme, une écrivaine d’un genre spécial, et Catherine. Ces derniers lui offriront ce qu’elle n’a jamais eu, un foyer stable, doux, aimant, et respectueux de son individualité, qui la laisse avancer à son rythme et évacuer toutes ces larmes trop longtemps contenues. Forte d’un cadre de vie plus serein et chaleureux, Maïwenn trouvera alors dans l’écriture un moyen de panser les blessures du passé et de se reconstruire avant de s’épanouir.

Malgré le début de vie difficile de Maïwenn, le livre ne sombre jamais dans le pathos ni le larmoyant, bien au contraire. Dénué de ce ton dogmatique que l’on peut parfois reprocher au genre, ce roman a des airs de feel-good qui vous donne envie de vous raccrocher au positif, de voir le bonheur dans les petites choses de la vie et de sourire avec le cœur. Et ça, c’est indéniablement l’effet Stephen Skye, praticien en bobothérapie, mauxrologue et inventeur bariolé ! Son métier : apporter du bonheur aux personnes qui en ont besoin. Son arme : son écoute, sa bienveillance, et son imagination débordante de laquelle émergent des inventions quelque peu farfelues, mais merveilleusement efficaces. J’ai eu un véritable coup de cœur pour ce personnage atypique, chaleureux et plein d’humanité ainsi que pour sa femme qui, bien que plus discrète, possède une réelle capacité d’empathie… 

Ce « docteur » des âmes en peine et des cœurs cabossés ne pouvait qu’attirer l’attention de Catherine qui, depuis son enfance, refuse d’entrer dans les cases, et de choisir un métier non porteur de sens. Elle n’aspire qu’à rendre les gens heureux et à raccommoder les sourires. Mais dans un monde hyper-formaté où chacun doit entrer dans une case sous peine d’exclusion, sa volonté de s’engager dans l’industrie du bonheur ne suscite pas un grand enthousiasme… Mais peu importe à Catherine qui, du haut de ses 18 ans, sait ce qu’elle désire vraiment faire dans la vie et n’est pas prête à céder devant l’incompréhension de ses parents ou l’opprobre d’une société mercantile qui ne reconnaît l’épanouissement personnel que dans la consommation à outrance.

Avec un peu de débrouillardise et d’imagination, elle arrive donc à effectuer un stage chez Stephen où elle apprendra à observer, à écouter et à accompagner les personnes qui en ont besoin. Sympathique, optimiste, forte et déterminée, Catherine est un personnage attachant dont j’ai pris plaisir à suivre l’apprentissage chez Stephen, un homme qui a su remettre en question sa vie à un moment où elle ne lui convenait plus afin de trouver sa voie, celle qui le rendrait véritablement heureux.

J’aurais souhaité découvrir un peu plus d’inventions de notre très sympathique inventeur et m’émerveiller plus longuement devant son imagination, mais cela ne m’a pas empêchée d’apprécier cet ouvrage qui bénéficie d’ailleurs d’un très beau travail d’édition : une jolie couverture dont la douceur et les différents éléments reflètent parfaitement l’histoire, une couverture soft touch très agréable, des débuts de partie introduits par une citation et une illustration, des extraits de documents…

Mais la vraie richesse de ce roman réside dans les nombreuses et intenses émotions qu’il suscite ainsi que dans la très belle plume de l’autrice. Immersive et empreinte de poésie, elle possède une fluidité et une élégance qui poussent le lecteur à se laisser bercer par la musicalité des mots que l’on sent choisis avec soin. Si on ajoute à cela une narration alternée et dynamique entre le point de vue de Catherine et de Maïwenn qui, à mesure qu’elle reprend goût à la vie, arrive à faire entendre sa voix au-delà de ses écrits, on obtient un récit qui se lit tout seul ou presque.

On appréciera également les nombreuses thématiques abordées de manière simple, mais avec beaucoup de justesse et de sensibilité : les relations enfants/parents, le poids des mots sur les maux, la quête de sens et d’identité, la notion de bonheur, le deuil d’une relation espérée mais jamais nouée, la manipulation, la maltraitance infantile, la résilience…

En conclusion, à travers la rencontre entre un couple atypique au grand cœur, une battante refusant d’entrer dans ces cases qui rassurent, mais ne rendent pas heureux, et une jeune adulte meurtrie par une mère qui n’en porte que le nom, l’autrice nous offre une histoire pleine de sensibilité, d’émotions, d’humanisme, de bienveillance et de poésie… Un livre qui met du baume au cœur et à l’esprit et qui vous laisse cette impression que chacun d’entre nous devrait avoir la chance de rencontrer, au moins une fois dans sa vie, un inventeur bariolé praticien en bobologie et mauxrologie.

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Le jour où je me suis aimé pour de vrai, Serge Marquis

Je remercie les éditions Points et plus particulièrement Aurore, de m’avoir proposé de découvrir Le jour où je me suis aimé pour de vrai de Serge Marquis.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Maryse est une femme belle, intelligente et affreusement narcissique. Elle est aussi la mère de Charlot, fils singulier, qui l’émerveille et l’exaspère à la fois. C’est que Charlot, tel le Petit Prince, la confronte à des questions philosophiques désarmantes de vérité. Lire la suite