Un couple irréprochable, Alafair Burke

Je remercie Babelio et les éditions Presses de la cité pour m’avoir permis de découvrir Un couple irréprochable d’Alafair Burke.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Angela Powell est en apparence une femme comblée. Elle mène une vie confortable avec Jason, un brillant professeur d’économie devenu une personnalité médiatique, et leur fils de treize ans. Mais leur bonheur de façade se lézarde lorsque l’une des stagiaires de son mari dépose plainte contre lui pour comportement déplacé, puis qu’une de ses collaboratrices l’accuse de viol. De quoi donner à Angela l’impression qu’elle ne connaît peut-être pas si bien celui qui partage sa vie. Pourtant, face à l’obstination d’une enquêtrice coriace, elle choisit quand même de jouer son rôle d’épouse et de le défendre, envers et contre tout.
La disparition soudaine d’une des deux jeunes femmes donne cependant une autre dimension à l’affaire. Tandis que la presse se repaît du scandale, Angela est tiraillée entre la honte, le doute et le besoin de préserver un sombre secret…

Presses de la cité (19 septembre 2019) – 379 pages – Broché (21€) – Ebook (13,99€)
Traduction : Isabelle MAILLET

AVIS

L’histoire commence comme un conte de fées : un prince charmant, ou presque, tombe amoureux d’une jeune mère de famille célibataire et finit par l’épouser lui offrant ce dont elle rêvait le plus, l’occasion de quitter le trou à rat dans lequel elle est née.

Fin de l’histoire ? Pas vraiment, car plusieurs années plus tard, le conte de fées se transforme en mauvais rêve, si ce n’est en cauchemar. Le beau, doué et intelligent Jason tombe de son piédestal : une stagiaire l’accuse de comportements déplacés avant qu’une femme rencontrée dans le cadre de ses activités de consultant porte plainte pour viol ! Un coup dur pour Angela qui tient coûte que coûte à mener une vie discrète et routinière. Mais quoi qu’il en soit, elle en est certaine, son époux n’est pas le prédateur sexuel dénoncé par ces deux femmes. C’est un époux aimant et surtout un père attentionné pour leur fils de treize ans.

Un couple irréprochable est un thriller qui bénéficie d’une narration alternée efficace nous faisant naviguer entre passé et présent tout en nous permettant de suivre plusieurs personnages, et plus particulièrement Angela, la femme de Jason. Angela est une femme dont, au fil des pages, on perçoit toute la complexité. Mais rien d’étonnant quand l’on considère son passé que l’autrice prend le temps de divulguer au compte-gouttes. Je ne vous en dirai pas plus si ce n’est que cette trentenaire ne pourra que vous émouvoir d’autant que sa traumatisante expérience n’est pas sans rappeler certains faits divers…

Je ressors donc de ma lecture admirative de l’intelligence avec laquelle Alafair Burke a su construire son héroïne, une femme tout en complexité et en contradictions qui a su tour à tour m’émouvoir, m’agacer avant de franchement m’impressionner même si j’avais deviné certains aspects de sa personnalité et de sa vie d’avant. J’ai ainsi admiré sa capacité de résilience et sa dévotion envers sa famille et son fils, un adolescent très mature pour son âge et d’une grande perspicacité, tout en m’agaçant devant certaines réactions face à son mari…

Alors qu’il nous apparaît d’abord comme l’époux idéal, riche, beau, intelligent et compréhensif face au traumatisme de sa femme, l’image de Jason va progressivement se déliter jusqu’à former un portrait bien moins flatteur. Cela n’empêchera toutefois pas Angela de lui trouver des excuses, voire de s’autoflageller pour certaines de ses actions. Une situation qui a eu tendance à m’agacer même si à la lumière du passé de cette épouse modèle, on arrive à comprendre qu’en le protégeant, c’est également son secret et son fils qu’elle met à l’abri d’une éventuelle hystérie médiatique.

Jason est donc un personnage que je n’ai pas apprécié en raison de la désinvolture avec laquelle il vit, du moins dans un premier temps, les événements et le mal qu’il a pu faire aux siens. Pour autant, ses erreurs font-elles de lui un monstre qui mérite de finir derrière les barreaux ? Qui croire, cet homme à la brillante carrière qui se bat pour une économie plus éthique ou ces deux femmes qui mettent en doute son intégrité ? À mesure que l’on progresse dans l’intrigue, l’autrice sème le doute dans l’esprit des lecteurs d’autant qu’elle complexifie son intrigue la dotant presque d’une dimension économique, politique et morale. Le roman m’a d’ailleurs un peu fait penser à l’affaire DSK que ce soit avec la médiatisation des accusations d’un homme public, le soutien total et officiel de l’épouse ou la manière dont on essaie de décrédibiliser les victimes…

Peu de temps après le retentissant #MeToo, l’autrice pose ainsi, même si ce n’est pas le centre du roman, la question des victimes d’agression sexuelle et le traitement qui leur est fait à partir du moment où elles osent parler. Entre les policiers qui interprètent en défaveur les dépositions des plaignantes, le peu d’entrain de la justice à instruire les dossiers ou encore cette tendance à chercher dans la vie des victimes des preuves qu’elles l’ont bien cherché, difficile de faire entendre sa vérité quand on est une femme ! À cela s’ajoute la tendance des victimes elles-mêmes, pour se protéger et/ou parce qu’elles ont intériorisé des schémas de pensées les rendant automatiquement coupables, à ne pas reconnaître un viol quand il en est pourtant question…

À cet égard, j’ai apprécié le rôle de l’inspectrice en charge de l’enquête qui, à aucun moment, ne porte de jugement sur la personne accusant Jason de viol. Elle essaie de démêler le vrai du faux non pas en jugeant d’une jupe trop courte ou d’une photo sur Facebook, mais en analysant les données sans a priori, chacun des protagonistes, accusé ou plaignante ne semblant pas jouer franc-jeu avec elle. Son professionnalisme, sa bienveillance, son flair et sa ténacité ne pourront donc que forcer votre admiration. 

Grâce à une plume agréable, fluide et à un suspense qui s’intensifie à mesure que l’on apprend à connaître les personnages et leurs zones d’ombre, l’autrice nous tient en haleine et nous pousse à tourner les pages pour enfin connaître la vérité sur Jason, mais aussi sur Angela. Cette femme contient une part de mystère que l’on a très envie de mettre à jour notamment quand l’on découvre à quel point elle tient à rester dans l’ombre. Elle est ainsi bien plus perturbée par l’éventuelle attention des médias sur sa personne et son passé que par les révélations sur son mari. Son passé doit rester enterré et Angela est prête à tout pour s’en assurer, mais pourquoi un tel acharnement ? Une question qui devrait vous tenir en haleine, et vous réserver quelques surprises, la réalité étant bien souvent plus complexe qu’il n’y paraît ! 

En conclusion, Un couple irréprochable est un thriller prenant qui vous entraîne avec efficacité dans les méandres d’un couple dont le bonheur conjugal supposé se heurte de plein fouet à la réalité. Un château de cartes qui s’écroule inexorablement à mesure que les protagonistes se dévoilent… Entre mensonges, lutte acharnée pour la survie, arrangement avec la morale, faux-semblants et secret jalousement gardé, vous n’aurez pas le temps de vous ennuyer !

Publicités

Premières lignes #87 : Un couple irréprochable, Alafair Burke

Premi!èr-1

Le principe de ce rendez-vous initié par Ma lecturothèque est de citer, chaque semaine, les premières lignes d’un livre.


En ce moment, j’ai envie de thrillers, et après l’excellent L’ombre de la menace, je pense bientôt me lancer dans un thriller qui a l’air très prometteur : Un couple irréprochable d’Alafair Burke.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Angela Powell est en apparence une femme comblée. Elle mène une vie confortable avec Jason, un brillant professeur d’économie devenu une personnalité médiatique, et leur fils de treize ans. Mais leur bonheur de façade se lézarde lorsque l’une des stagiaires de son mari dépose plainte contre lui pour comportement déplacé, puis qu’une de ses collaboratrices l’accuse de viol. De quoi donner à Angela l’impression qu’elle ne connaît peut-être pas si bien celui qui partage sa vie. Pourtant, face à l’obstination d’une enquêtrice coriace, elle choisit quand même de jouer son rôle d’épouse et de le défendre, envers et contre tout.
La disparition soudaine d’une des deux jeunes femmes donne cependant une autre dimension à l’affaire. Tandis que la presse se repaît du scandale, Angela est tiraillée entre la honte, le doute et le besoin de préserver un sombre secret…

PREMIÈRES LIGNES

En un instant, je suis devenue celle que j’étais censée être depuis le début : l’épouse qui ment pour protéger son mari.

J’ai bien failli ne pas entendre toquer à la porte d’entrée. J’avais ôté le heurtoir de cuivre douze jours plus tôt, comme si c’était suffisant pour empêcher d’autres journalistes de se présenter chez moi à l’improviste. Quand j’ai fini par identifier l’origine du bruit, je me suis redressée dans mon lit et j’ai récupéré la télécommande pour couper le son de la télévision. Luttant contre l’instinct qui me poussait à ne pas bouger, je me suis levée pour aller écarter les rideaux devant la fenêtre de ma chambre. Éblouie par la lumière de l’après-midi, j’ai plissé les yeux.

J’ai distingué sur mon perron la silhouette d’une femme aux courts cheveux noirs. L’Impala garée devant la bouche d’incendie de l’autre côté de la rue aurait tout aussi bien pu s’orner d’un panneau « Voiture de patrouille banalisée ». C’était encore cette inspectrice de police. J’avais rangé sa carte de visite dans mon portefeuille, pour éviter que Jason ne tombe dessus par inadvertance. Elle frappait toujours à la porte, et je me suis bornée à l’observer, jusqu’au moment où elle s’est assise sur une marche, avant d’ouvrir le journal déposé par le livreur.

Et vous, ce roman vous tente-t-il ?

L’assassin de ma sœur, Flynn BERRY

Je remercie Babelio et les éditions Presses de la cité pour m’avoir permis de découvrir L’assassin de ma sœur de Flynn Berry.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

« Imaginez la série policière Broadchurch écrite par Elena Ferrante. » Claire Messud

Nora, la petite trentaine, prend le train depuis Londres pour rendre visite à sa sœur dans la campagne. À son arrivée, elle découvre que Rachel a été victime d’un crime barbare. Atomisée par la douleur, Nora est incapable de retourner à sa vie d’avant. Des années auparavant, un événement traumatique a ébranlé sa confiance dans la police ; elle pense être la seule à pouvoir retrouver l’assassin de sa grande sœur. Mais isolée dans ce petit village qui chuchote et épie, isolée – surtout – avec les démons de leur jeunesse sacrifiée, Nora devra souvent se battre avec elle-même pour retrouver la vérité sous la surface brumeuse des souvenirs.

  • Broché: 272 pages
  • Editeur : Presses de la Cité (20 septembre 2018)
  • Collection : SANG D’ENCRE
  • Prix : 20.90€
  • Traduction : Valérie MALFOY

AVIS

Quand sa sœur, Rachel, ne l’attend pas à la gare, Nora ne s’en formalise pas. Londonienne, elle se fait un plaisir de passer le week-end dans la campagne anglaise avec cette sœur dont elle si proche. Mais au plaisir du bon repas qu’elle imaginait déjà, se substituent des images d’horreur : une mise en scène macabre dans laquelle le chien de sa sœur est pendu et Rachel sauvagement assassinée. Nora prend alors la décision de s’installer dans le village de sa sœur pour faire le point sur cette affaire qui fait tristement écho à cet acte de violence dont Rachel a été victime par le passé. D’ailleurs, les deux affaires, sont-elles liées ? Une question parmi tant d’autres qui mèneront Rachel sur une pente glissante, la jeune femme semblant parfois perdre prise avec la réalité…

L’enquête à proprement parler n’est pas passionnante, du moins, du point de vue policier puisque les deux personnes en charge du dossier se montrent aussi incompétentes l’une que l’autre, l’une par manque d’objectivité, et l’autre par l’absence cruelle de clairvoyance et/ou de véritable implication. Mais tout l’intérêt du roman ne tient pas dans une enquête rondement menée, mais bien dans cette tension psychologique que l’autrice a su faire sienne. Devant le manque d’intérêt de la police pour le meurtre de sa sœur, Nora prend les choses en main et entre dans une sorte de spirale infernale où elle alterne entre les souvenirs de sa sœur, et le retour à la dure réalité dans laquelle sa sœur n’est plus. Entre les deux, il y a les découvertes qu’elle fait petit à petit sur cette personne qu’elle pensait connaître de A à Z, mais qui lui réserve finalement quelques surprises. La vie de Rachel telle que l’imaginait Nora se fissure au fur et à mesure de son enquête, ce qui ne pourra que venir épaissir le mystère autour de sa mort et rendre la douleur de sa perte encore plus difficile. Quand la personne que vous aimiez le plus au monde vous cachait des choses, comment ne pas se sentir désemparé, voire blessé ?

Si j’ai beaucoup apprécié le roman au point de le lire d’une traire une nuit d’insomnie, j’ai regretté que l’autrice ne prenne pas le temps de développer un peu plus les personnages secondaires, et notamment deux personnes qui avaient tout le potentiel pour ajouter une touche supplémentaire de tension et de suspense. Alors qu’ils sont supposés semer le doute dans l’esprit de la police, de Nora et des lecteurs, je n’ai pour ma part pu m’empêcher de regretter un manque criant de charisme. Toutefois, je comprends le choix de l’autrice de se focaliser principalement sur Nora et sa sœur, la relation complexe entre les deux femmes étant, quant à elle, brillamment dépeinte. Rachel est morte, mais on ressent encore de manière poignante et indiscutable la force des liens qui l’unissaient à Nora. Cela permet de comprendre un peu mieux l’obsession de Nora pour l’enquête et les mesures qu’elle est prête à prendre pour connaître la vérité, toute la vérité, quitte à réveiller des traumatismes du passé et les peurs qui y sont associées.

D’ailleurs, en plus des liens familiaux, les traumatismes et la difficile (re)construction de soi semblent être au cœur du roman. Les deux sœurs ont vécu un traumatisme durant leur jeunesse, l’une en tant que victime directe, l’autre en tant que « dommage collatéral ». Les deux jeunes filles, devenues femmes, se sont donc construites autour de ce choc, ce qui leur a permis d’avancer dans la vie tout en les enfermant paradoxalement dans une sorte de prison. À trop revivre le passé, difficile de construire le présent ! Toutes les deux obsédées par l’idée de retrouver le bourreau de Rachel, il s’est noué entre elles, une relation qui m’a semblé quelque peu malsaine comme si les deux soeurs étaient liées par la douleur plutôt que le bonheur… Mais si l’on considère la mort brutale et sanguinolente de Rachel, peut-être que le drame fait finalement partie intégrante de la vie de ces deux sœurs.

Narré du point de vue de Nora, le récit est prenant et immersif, car si Nora n’est pas particulièrement attachante, elle arrive à captiver le lecteur par ses allers-retours entre présent et passé, entre les bons et mauvais souvenirs, et ce présent où Rachel, malgré sa mort, continue à jouer un rôle crucial dans la vie de sa sœur. Il est parfois déstabilisant de suivre les cheminements de pensée de Nora qui saute d’une époque à l’autre, mais ses souvenirs, distillés avec efficacité, forment la trame du roman, un roman dans lequel transparaît tout le poids des secrets, des liens du sang, des traumatismes, du deuil et de la solitude. À travers son récit, Flynn Berry évoque également, même si c’est de manière succincte, les violences faites aux femmes comme cette violence domestique que chacun préfère ignorer quand le bourreau est quelqu’un de respecté ou encore, le viol et les accusations à peine voilées transformant la victime en coupable.

Tous ces thèmes forts et difficiles sont renforcés par l’ambiance pesante qu’a su instaurer l’autrice. Sans être claustrophobe, on se sent étouffer dans ce village qui prend presque vie sous nos yeux grâce aux descriptions de Nora. On retrouve cette ambiance à la Broadchurch avec cette impression oppressante qui se dégage du temps, des rues, du confinement propre aux petits villages dans lesquels tout le monde pense se connaître alors que des secrets, parfois terribles, couvent entre les murs des maisons…

Enfin, au-delà de la tension psychologique omniprésente, l’autrice a veillé à offrir à ses lecteurs un certain suspense. Ne vous attendez pas à un suspense haletant, mais plutôt le genre de suspense qui vient titiller votre curiosité tout en vous laissant le temps d’appréhender l’histoire dans son ensemble et de réfléchir aux indices qui vous sont progressivement dévoilés. Les choses s’emballent dans les derniers chapitres, et à mesure que l’étau se resserre autour de l’assassin de Rachel, on se rend compte de la manière dont l’autrice a su brouiller les pistes. Il m’a ainsi fallu un certain temps avant d’identifier l’assassin de Rachel…

En conclusion, Flynn Berry a su dès le départ attiser ma curiosité à travers une plume simple, mais efficace qui n’appelle à rien d’autre qu’à se laisser prendre par la main pour entendre l’histoire de Nora et de Rachel, deux sœurs à la relation aussi fusionnelle que complexe. Et ça marche, dès les premières lignes, on se laisse embarquer dans le récit sans se poser de questions, on écoute attentivement les confidences de Nora qui alterne entre ses souvenirs et ses suspicions quant à l’identité du meurtrier de sa sœur, on savoure la tension psychologique qui se dégage presque toute seule des pages… En d’autres termes, on dévore ce roman qui dispose de tous les éléments indispensables à la réussite d’un thriller, et accessoirement, d’un page-turner.

Et vous, avez-vous envie de feuilleter ou de découvrir le roman ?
Retrouvez-le chez votre libraire ou en ligne.

Piège conjugal, Michelle Richmond

Piège conjugal

Je remercie Babelio et Presses de la Cité pour m’avoir permis de découvrir Piège conjugal de Michelle Richmond.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Alice, ancienne rockeuse reconvertie en avocate, et Jake, psychologue, s’aiment, l’avenir leur appartient. Le jour de leur mariage, un riche client d’Alice se présente avec un cadeau singulier : l’adhésion au « Pacte ». Le rôle de ce club ? Garantir à ses membres un mariage heureux et pérenne, moyennant quelques règles de conduite : décrocher systématiquement quand le conjoint appelle, s’offrir un cadeau tous les mois, prévoir une escapade trois fois par an… mais surtout, ne parler du Pacte à personne. Alice et Jake sont d’abord séduits par l’éthique, les cocktails glamour et la camaraderie que fait régner le Pacte sur leur vie… Jusqu’au jour où l’un d’eux contrevient au règlement. Le rêve vire au cauchemar. Mais comme le mariage, l’adhésion au Pacte, c’est pour le meilleur… comme pour le pire.

  • Broché: 480 pages
  • Éditeur : Presses de la Cité (3 mai 2018)
  • Prix : 21€
  • Autre format : ebook

AVIS

Jusqu’où seriez-vous prêt à aller par amour et que seriez-vous prêt à sacrifier pour le bien de votre mari/femme ?

Une question à laquelle Jack et Alice, jeunes mariés, vont devoir faire face à la minute où ils ont accepté de signer le Pacte, accord qu’ils découvrent grâce à Finnegan, un client du cabinet d’avocats où travaille la jeune femme. Ce Pacte, basé sur le système judiciaire britannique, est destiné à faire du vœu pieux d’un mariage pour l’éternité, une réalité. Quitte pour cela à utiliser des moyens que nous pourrions qualifier de discutables… Alice et Jack vont d’ailleurs, petit à petit, découvrir l’horreur des moyens coercitifs mis en place pour les personnes ne respectant pas les très nombreuses règles du Pacte.

La grande force de ce roman est de faire monter la pression et la tension de manière crescendo. Dès le départ, on sent qu’il y a quelque chose de bizarre derrière ce Pacte qui, en dehors du cercle restreint de ses membres, demeure inconnu du grand public. Il existe d’ailleurs un vrai culte du secret autour de ce dernier, un culte qu’il ne serait pas prudent de vouloir trahir… Mais comme les jeunes mariés, on se laisse porter par les événements en se disant qu’il s’agit certes d’un accord étrange et exigeant, mais qu’il leur suffira de revenir sur leur parole si les choses vont trop loin. Malheureusement, Alice et Jack vont assez vite comprendre que les choses ne sont pas si simples :

« On ne quitte pas le Pacte et le Pacte ne vous quitte pas ».

Cette phrase résume à elle seule l’impression que l’on peut ressentir à l’égard du Pacte : plus qu’un accord, il s’agit d’une entrée dans une organisation secrète et menaçante qui s’apparente presque à une secte… Et comme dans une secte classique, il est difficile de partir voire impossible surtout si l’on considère que tous les membres sont très influents et ont un pouvoir de nuisance très fort. C’est donc une vraie toile d’araignée, solide et asphyxiante, qui s’est construite autour de notre couple pour son plus grand malheur ! 

Alors que l’idée de devoir suivre un certain nombre de règles destinées à préserver les liens sacrés du mariage plaît bien à Alice et Jack, les sentences accompagnant les infractions les laissent d’abord sceptiques avant de leur faire franchement peur. Il faut dire que les jeunes mariés ne sont pas vraiment les membres idéaux, et qu’ils sont donc assez rapidement sanctionnés, des sanctions qui se révèlent effrayantes et, somme toute, disproportionnées par rapport aux « crimes » commis. Le Pacte a comme leitmotiv de faire systématiquement passer son conjoint avant tout, travail prenant ou pas. Une idée assez plaisante, mais qu’Alice, passionnée par son travail d’avocate, va avoir des difficultés à respecter. Elle sera alors violemment rappelée à l’ordre et vivra même l’expérience désagréable de l’emprisonnement, un comble pour une avocate ! Jack, qui a la manie de poser trop de questions, ne sera pas en reste et connaîtra sa part de châtiments voire de tortures autant physiques que psychologiques…

Ce qui frappe avec ce roman, c’est cette impression de danger omniprésent. C’est un peu comme si le couple vivait avec une épée de Damoclès au-dessus de sa tête et que la foudre pouvait s’abattre sur eux à chaque instant. Car le Pacte voit tout, le Pacte sait tout et le Pacte est partout ! Rien ne lui échappe, pour le plus grand malheur de ses membres, surtout ceux qui commencent à remettre en question les méthodes du Pacte pour préserver les liens sacrés du mariage. D’ailleurs, les mariages sont-ils tous heureux comme le Pacte veut le faire croire ou existe-t-il de sombres secrets que quelqu’un cherche à tout prix à cacher ? Une question que ne peut s’empêcher de se poser Jack depuis qu’il a rencontré une ancienne amie, également membre du Pacte, qui l’a mis en garde contre cette organisation et ses méthodes draconiennes pour faire respecter ses règles…

Comme Jack, on finit par devenir paranoïaque, doutant de tout et de tout le monde. Et on reste parfois dubitatif devant le comportement d’Alice qui, si elle craint également le Pacte, semble moins s’y opposer que son mari. Il faut dire que ce dernier a éveillé en elle son esprit de compétition exacerbé. Fidèle à elle-même, elle désire ainsi, malgré ses craintes, briller que ce soit en connaissant par cœur les commandements du Pacte ou en arrivant à devenir la meilleure épouse possible, non pas par amour donc, mais pas pure volonté d’être la meilleure…

C’est d’ailleurs ce que j’ai apprécié dans ce roman, l’ambivalence permanente des sentiments : le Pacte est basé sur un grand idéal, celui d’un mariage heureux pour la vie, mais il fait preuve de moyens dignes d’une dictature pour l’atteindre. Du coup, on oscille entre acceptation et révolte, et c’est émotionnellement très déstabilisant ! De la même manière, Alice et Jack redoutent ce Pacte, mais d’un autre côté, ce dernier leur permet de se rapprocher, notamment parce qu’il leur offre un ennemi commun à combattre. Grâce ou à cause du Pacte, Alice passe également plus de temps avec Jack, ce qui n’est pas pour déplaire à ce dernier, ce qui n’étonnera point les lecteurs. En effet, on se rend compte assez vite d’un certain déséquilibre dans ce mariage, Jack semblant redouter que sa femme finisse par s’apercevoir que son ancienne vie de rockeuse lui convenait mieux que sa condition d’avocate arriviste et mariée… Et ce sont certainement les doutes de Jack mêlés à ceux d’Alice et à son esprit de compétition qui les auront poussés à accepter l’offre de Finnegan… À cet égard, le Pacte peut s’apparenter à une thérapie de choc qui va leur montrer qu’ils n’ont pas besoin de suivre des principes édictés par d’autres pour être mariés ET heureux.

J’ai aimé le choix de l’auteur de faire monter crescendo la tension en alternant présent et passé. Cette alternance dynamise le récit, mais rend surtout la lecture complètement immersive, stressante et quelque peu addictive. À mesure que l’on avance dans la lecture et qu’on apprend à connaître Jack et Alice, on ne peut que croiser les doigts pour qu’ils trouvent une échappatoire et que ce cauchemar prenne fin… J’avoue néanmoins avoir été un peu déçue par la fin avec cette impression que la tension retombe d’un coup comme un soufflé. Je n’aime pas les fins ouvertes, mais je pense, et ce n’est que mon avis, que l’auteure aurait pu faire l’économie de l’épilogue. Cela n’aurait pas rendu la fin plus remarquable, mais un peu moins fade. J’ai toutefois apprécié un retournement de situation que je n’avais qu’en partie deviné. Celui-ci nous prouve que l’âme humaine est décidément bien noire et que certains sont prêts aux pires atrocités pour toucher de près le pouvoir…

Le Pacte, garantie d’un mariage heureux et durable ou piège tentaculaire qu’il vous sera impossible de fuir ? Une question qui vous tiendra en haleine et qui rendra toute tentative de lâcher votre livre vaine. À l’aide d’une narration dynamique et immersive, Michelle Richmond nous offre ici un récit à l’atmosphère particulièrement angoissante qui vous plongera dans un maelström d’émotions allant de la curiosité à la peur en passant par la franche révolte. Ce qui est certain, c’est qu’avec cette auteure, l’expression « se marier pour le meilleur et pour le pire » prend une tout autre dimension. Amateurs de suspense et d’histoires qui jouent sur l’ambivalence des sentiments, arrêtez-vous, vous avez trouvé votre prochaine lecture !

Et vous, envie de craquer pour Piège conjugal ?