Félines, Stéphane Servant #PLIB2020

Félines | rouergue

Personne ne sait exactement comment ça a commencé. Ni où ni quand d’ailleurs. Louise pas plus que les autres. Ce qui est sûr, c’est quand les premiers cas sont apparus, personne n’était prêt et ça a été la panique. Des adolescentes qui changeaient d’un coup. Des filles dont la peau se recouvrait de… dont les sens étaient plus… et les capacités… Inimaginable… Cela n’a pas plu à tout le monde. Oh non ! C’est alors qu’elles ont dû se révolter, être des Félines fières et ne rien lâcher ! Après Sirius (prix Sorcières 2018), Stéphane Servant revient avec un roman coup de poing.

Éditions du Rouergue (21 août 2019) – 464 pages – Broché (15,80€) – Ebook (10,99€)
#ISBN9782812618291 #PLIB2020

AVIS

Vu les avis assez contradictoires, Félines me faisait un peu peur. Mais fort heureusement, dès les premières pages, l’auteur avait gagné une lectrice avide de découvrir son roman prenant la forme d’un témoignage fictif, celui de Louise. J’ai adoré me plonger dans la vie de cette adolescente cabossée par la vie qui, deux ans après un accident lui ayant fait perdre sa mère et sa popularité, doit affronter une nouvelle épreuve : sa mutation. Un phénomène inattendu et inexplicable recouvrant progressivement les jeunes filles de poils et les dotant de meilleurs sens. Dans une société où les poils demeurent tabous, voilà une transformation qui ne passe guère inaperçue, a fortiori quand elle est instrumentalisée par des fondamentalistes qui voient en cette évolution une manière d’abrutir et de contrôler les masses jouant sur cette peur ancestrale et profondément ancrée de la différence.

Les adolescentes ne sont donc plus des jeunes filles, ce ne sont plus les enfants de parents censés les soutenir et les aimer inconditionnellement, ce ne sont plus des sœurs ni des amies ou des petites amies… Non, ce sont des dépôts de Satan qu’il convient de traquer, de parquer, de châtier et d’éduquer comme les animaux qu’elles sont devenues. Voici la position défendue par les extrémistes de La ligue de la Lumière qui, pour notre plus grand écœurement, gagne en puissance jusqu’à atteindre les plus hautes sphères du pouvoir. De manière explicite, l’auteur reproduit ce dont notre Histoire a déjà été le témoin. Et ça marche parce qu’il suffit de regarder autour de nous pour se rendre compte que cette même haine de l’Autre et de ce qui est différent de nous est encore fortement ancrée dans le cœur et le corps des hommes.

Les réactions auraient-elles été aussi extrêmes et violentes si le phénomène avait concerné les hommes ? Peu probable parce que les dirigeants, la plupart du temps masculins, auraient veillé à changer les règles pour protéger leur position et leurs acquis. Mais ici, on parle de femmes, cette catégorie de la population qui n’a pas le droit à l’erreur, qui ne doit pas faire de vague et dont le corps est soumis constamment aux jugements et aux diktats de la société. Il se dégage donc de ce roman un message féministe fort auquel j’ai été particulièrement sensible et que je trouve très important, notamment si l’on considère le lectorat visé par cette publication. J’ai également apprécié la solidarité féminine qui se développe entre les Félines, condition sine qua non pour leur assurer une place au sein d’une société qui les rejette.

Ni monstres ni Obscures, les Félines sont juste des jeunes filles qui ont vu leur corps changer et leurs capacités évoluer, mais qui conservent le droit d’exister, d’aimer et de vivre leur vie sans être ostracisées ni violentées. Devant les injustices qu’elles subissent, les Félines vont peu à peu se réunir, se rebeller et s’opposer aux autorités… Certaines se montreront plus féroces que d’autres, mais Louise fera de son mieux pour leur éviter de tomber dans cette violence à laquelle on essaie de les acculer afin de pouvoir les exterminer en toute impunité en raison de leur « dangerosité ». J’ai apprécié la manière dont l’auteur nous montre le cercle vicieux que certains peuvent mettre en place, avec le soutien des médias contents de faire du sensationnalisme et donc de l’audimat, pour justifier l’usage de la force et créer un profond clivage au sein de la population… La société se divise d’ailleurs ici rapidement entre Félines et humains, entre créatures de l’enfer et enfants de Dieu selon La Ligue de la Lumière, une organisation qui utilise le prétexte de la religion pour asservir et tuer.

Fort heureusement, tout le monde ne cède pas à la haine ni à la peur. À cet égard, j’ai adoré la famille de Louise, et en particulier son petit frère qui se révèle des plus attendrissants. Pour ce dernier, peu importe que sa sœur ait gagné une pilosité importante, elle reste la même personne, celle qui joue avec lui, l’emmène à l’école et lui raconte des histoires le soir. Et puis c’est doux les poils, non ? Quant à son père, bien que dépassé par la situation, il fera de son mieux pour aider et soutenir Louise comme tous les parents devraient le faire, ce qui est loin d’être le cas que ce soit dans le roman ou la réalité. Regrettant que les parents soient bien souvent défaillants ou absents dans les romans young adult, cette figure paternelle, bienveillante et aimante, m’a beaucoup touchée.

J’ai également apprécié Tom, un jeune homme stigmatisé, non pas en raison d’un système pileux hyperactif, mais de sa différence, de sa sensibilité, de son amour des livres, de son amour des histoires d’amour, de son amour des hommes, de son embonpoint…Ce personnage, en plus d’être émouvant et de soutenir inconditionnellement Louise, permettra à l’auteur d’aborder la notion d’amour qui peut être protéiforme, de genre, mais aussi l’importance de laisser chacun être soi sans tenter de l’enfermer dans des cases.

J’aurais peut-être aimé que ces thèmes soient un peu plus développés, mais devant la multiplicité des thématiques abordées, je comprends qu’il ait fallu opérer des choix. Car en plus du racisme et de la méfiance envers les Félines qui traduit surtout celle envers les femmes qui osent se démarquer des carcans de la société, le roman interroge la notion de liberté et de désobéissance civile, et évoque des thèmes comme le harcèlement scolaire, le viol et la culpabilisation des victimes, la question des réfugiés qui sont traités de manière abjecte et avec un manque d’humanité flagrant, les mécanismes de la propagande et le rôle des médias, la manière dont un contexte socio-économique difficile peut servir de terreau à la haine…

Les personnages secondaires et les thématiques abordées sont donc intéressants, mais c’est le travail réalisé sur la personnalité de Louise qui m’a le plus agréablement surprise. Cette jeune fille fait montre, dès le début du roman, d’un sacré recul sur sa vie d’avant l’accident l’ayant fait tomber de son piédestal et de sa vie de petite princesse capricieuse et odieuse. On l’entend nous parler de cette adolescente méchante et superficielle qu’elle était tout en découvrant la jeune fille courageuse, forte et battante qu’elle est devenue. Le jugement sans concession de Louise sur sa vie d’avant la rend assez sympathique malgré un certain manque de chaleur dans la manière dont elle nous raconte son histoire. Cela m’a d’ailleurs un peu perturbée en début de lecture puisque j’ai eu l’impression que Louise ne parlait pas de sa vie, mais de celle de quelqu’un d’autre. Mais la pertinence du ton de la narration a fini par s’imposer à moi parce que l’histoire de Louise, ce n’est pas que la sienne, c’est un peu celle d’Alexia, de Fatia, et de toutes ces Félines, anonymes ou non, mortes au combat ou bien décidées à se battre pour revendiquer le droit d’exister !

Tout au long du livre, on apprend d’ailleurs à connaître certaines Félines comme La Rouquine et Fatia qui sont celles qui m’ont le plus marquée. La première en raison de sa personnalité et de son altruisme malgré les circonstances, et la seconde pour sa révolte qu’elle porte haut et fort comme pour faire un pied de nez à tous ces hommes et ces humains qui la rejettent, elle et ses sœurs, pour ce qu’elles sont. Louise et Fatia sont un peu les exacts opposés, mais chacune aura une certaine influence sur l’autre : Fatia donnera l’inspiration et le courage à Louise de se battre et Louise insufflera à Fatia un peu d’espoir quant à l’humanité. Et vu les actes de certains « hommes », de l’espoir, il en faudra !

Quant à la plume d’auteur, agréable et immersive, elle permet de se plonger sans réserve dans l’histoire, de vivre de l’intérieur le combat de Louise et de ses sœurs, de ressentir toute l’injustice de la situation… Le roman se lit donc tout seul, presque en apnée, tellement il est difficile de lever le nez du livre une fois les premières lignes avalées. Il faut dire qu’en plus de thématiques sociétales fortes, le roman bénéficie d’un bon rythme, les événements s’enchaînant rapidement et l’action étant omniprésente. Les instants émouvants de vie, d’amitié et de complicité alternent avec des moments plus durs, ce qui apporte un certain sentiment d’urgence et donne l’impression presque oppressante que tout peut basculer d’un moment à l’autre…

En conclusion, Félines fut une lecture pleine d’intelligence qui, sous couvert d’un phénomène extraordinaire et inexpliqué, permet de soulever des questions importantes autour de thématiques sociétales fortes allant de l’oppression des femmes au racisme en passant par l’extrémisme religieux. Immersive, haletante, et parfois choquante de réalisme, cette lecture ravira les lecteurs en quête d’une aventure rythmée et sous tension dans laquelle l’humanité s’apprête à affronter son plus gros changement. Plus qu’une révolte, la révolution Félines est en marche, et rien ne pourra l’arrêter !

Vert-de-Lierre, Louise Le Bars #PLIB2020

)Couverture Vert-de-lierre

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Olivier Moreau, écrivain délaissé par la Muse, retourne dans le village de sa Grand-Mère, récemment décédée, pour mettre de l’ordre dans ses affaires comme dans son esprit. Il y renoue avec les souvenirs de son enfance, et redécouvre un étrange personnage de conte populaire local surnommé le Vert-de-Lierre, cet antique vampire végétal qui le fascinait enfant. Cet intérêt va déclencher des visions et cauchemars chez l’écrivain en mal d’imaginaire ainsi que la rencontre de deux femmes tout aussi intrigantes l’une que l’autre.

À quel prix Olivier retrouvera-t-il sa muse ?

Noir d’absinthe (mars 2019)- Broché (15€) – Ebook (4,99€)
#ISBN9782490417247

AVIS

Encore une très bonne lecture réalisée dans le cadre du PLIB2020. Avec Vert-de-Lierre, je m’étais imaginée un conte fascinant empreint de mystère et d’horreur, et je ne m’étais pas trompée puisque c’est exactement ce que m’a offert cette histoire lue d’une traite.

Il faut dire que l’amoureuse des belles plumes en moi n’a pas résisté à la beauté de celle de Louise Le Bars, une autrice que je ne connaissais pas, mais qui m’a enchantée par la poésie de ses mots. Un style inimitable, alliance du charme suranné des textes d’antan, de descriptions d’une splendeur à vous couper le souffle et d’une capacité merveilleuse à donner vie à l’extraordinaire, à l’irréel. À la fin de ma lecture, j’ai ainsi eu le sentiment déstabilisant, mais ô combien délicieux, de ne pas avoir découvert une fiction, mais plutôt le récit d’une vie. Et quelle vie !

Alors que le résumé nous donne l’impression que le protagoniste principal est Olivier, un écrivain à succès en manque d’inspiration qui se rend dans le village de sa grand-mère récemment décédée, la réalité est tout autre… Cet homme, en quête de Madame la Muse, va se lancer sur la piste d’une légende locale, le Vert-de-Lierre, sorte de vampire ou succube végétal, avant de faire la connaissance de deux femmes énigmatiques dont la jolie Rose. Pas insensible au charme de cette dernière, il sera ravi qu’elle décide de lui confier son roman et donc qu’elle lui offre, par ce biais, la promesse de nouveaux échanges.

L’amour rend aveugle… On a coutume de le dire et quand l’on voit à quel point Olivier reste insensible aux signes, à ses cauchemars et à son intuition, l’écrivain ayant quelques dons plutôt inhabituels, on est en droit de le penser. Il y a quelque chose de mystérieux et d’insaisissable chez Rose qui inquiète et intrigue, mais Olivier préfère se plonger dans les écrits et la contemplation de sa belle.

À mesure que l’on découvre le roman de Rose qui évoque cette légende du Vert-de-lierre qui fascine Olivier, l’angoisse se fait de plus en plus prenante et pesante. Ce que l’écrivain refuse de voir, le lecteur, quant à lui, s’en fait le spectateur privilégié et hypnotisé, la vie de l’héroïne de Rose étant sombre et dramatique comme l’était la vie des femmes autrefois. Mais loin de s’être laissée enfermer dans un rôle qui ne lui convenait pas, l’héroïne de Rose s’est rebellée quitte à signer un pacte avec le diable… De victime à bourreau, la frontière est parfois mince, voire perméable ! Mais difficile de condamner, ou du moins de ne pas compatir, avec une personne qui ne demandait que le droit de vivre par et pour elle-même, et non selon le bon vouloir d’autrui et des convenances.

Mère qu’on le veuille ou non, sorcière, nonne, hystérique, chose que l’on offre contre des terres et de l’argent… Tout autant de sort peu enviable dont il était bien difficile, si ce n’était impossible de se dépêtrer ! À travers un récit surnaturel et une mise en abyme intéressante, c’est donc bien une réalité historique que l’autrice évoque abordant sans lourdeur et avec justesse le sort des femmes notamment au XIXe siècle. Mais les choses ont-elles tant changé que cela ?

En filigrane, est aussi question du féminin et du rapport à la nature ici omniprésente que ce soit à travers la légende du Vert-de-Lierre, les prénoms, la forêt, les fleurs et le jardin luxuriant de la propriété de la tante de Rose. Une nature source de vie, de splendeurs mais aussi de dangers… Une dualité que l’on retrouve tout au long du roman autant dans les personnages que les événements, ce qui apporte une certaine complexité à un récit que l’on cueille plus qu’on ne le lit.

En conclusion, Vert-de-Lierre est un sublime conte gothique dans lequel se mêle avec brio présent et passé, amour et mort, abandon et espoir et dans lequel bien et mal s’unissent dans une danse sensuelle et intemporelle… Empreint de mystère et sombre à souhait, c’est également le récit d’une vie, celle d’une femme qui a dû lutter pour exister quitte à perdre, en cours de route, une partie de sa moralité et de son âme. Amoureux de la nature, de textes poétiques et immersifs et de personnages fascinants oscillant entre rêve et cauchemar, ce roman est fait pour vous.

 

 

 

 

Mers mortes, Aurélie Wellenstein #PLIB2020

Couverture Mers mortes

Mers et océans ont disparu. L’eau s’est évaporée, tous les animaux marins sont morts.
Des marées fantômes déferlent sur le monde et charrient des spectres avides de vengeance. Requins, dauphins, baleines…, arrachent l’âme des hommes et la dévorent. Seuls les exorcistes, protecteurs de l’humanité, peuvent les détruire.
Oural est l’un d’eux. Il est vénéré par les habitants de son bastion qu’il protège depuis la catastrophe, jusqu’au jour où Bengale, un capitaine pirate tourmenté, le capture à bord de son vaisseau fantôme.

Commence alors un voyage forcé à travers les mers mortes… De marée en marée, Oural apprend malgré lui à connaître son geôlier et l’objectif de ce dangereux périple. Et si Bengale était finalement la clé de leur salut à tous.

Scrineo ( 14 mars 2019) – 368 pages – Papier (17,90€) – #ISBN978236740-6602

AVIS

J’étais très curieuse de découvrir ce roman dont j’avais entendu de très bons échos. Et je peux d’ores et déjà vous dire que je comprends sans peine l’enthousiasme déclenché par ce roman post-apocalyptique aux allures de fable écologique.

Car derrière une histoire menée tambour battant, se cache un message profondément écologique qui m’a personnellement touchée et que je trouve extrêmement bien amené. En nous plongeant dans un roman dans lequel mers et océans ont disparu, l’autrice nous met face à nos propres actions qui, jour après jour, dégradent notre planète et son écosystème. Bien sûr, on reste dans de l’imaginaire et il demeure fort peu probable que des marées d’animaux fantômes déferlent dans nos villes, mais difficile de ne pas réfléchir à l’état du monde et aux dangers qui nous guettent en parcourant les pages…

J’ai adoré cette idée de marées fantômes qui charrient mort et destruction sur leur chemin, un peu le pendant fantasmagorique des élans destructeurs actuels des humains qui n’hésitent pas à détruire la nature et à tuer les animaux en toute impunité. Le fait que les animaux fantômes portent toujours les stigmates des violences dont ils ont été victimes renforce le sentiment d’horreur… Certaines scènes du passé sont ainsi difficiles à supporter, notamment si vous êtes sensibles à la cause animale, l’autrice ne nous épargnant pas, par exemple, l’agonie d’un requin pêché, mutilé et recraché vivant, mais incapable de survivre, dans la mer. Une cruauté d’une telle ampleur qu’on ne peut que comprendre le désir de vengeance de tous ces animaux massacrés dans l’indifférence générale, ou du moins, dans une déconcertante et innommable impunité…

À cet égard, il est intéressant de suivre l’évolution d’Oural quant à sa vision de ces fantômes destructeurs ivres de rage et de haine. En tant qu’exorciseur, il est entièrement dédié à la protection des humains et donc à la destruction de ces entités, mais sa rencontre avec un pirate charismatique va, petit à petit, le pousser à revoir son jugement. Cela se fera subtilement, jour après jour, bataille après bataille, mais il finira par comprendre que répondre à la vengeance par la vengeance, à la mort par plus de mort, à la destruction par la destruction, n’est pas la solution. Et si finalement, cette autre voie que lui propose Bengale était la bonne, une voie certes difficile, mais dont l’issue permettrait de délivrer l’humanité de ses maux ?

Une question à laquelle il va devoir trouver sa propre réponse, mais ce qui est certain, c’est que cela ne se fera pas sans peine, sans doute, sans sacrifice et sans accepter de renoncer à certains idéaux pour en accomplir de plus grands tout comme a dû s’y résoudre Bengale. Ce pirate est probablement le personnage le plus fascinant, complexe, mystérieux et torturé du roman. On ne peut ainsi s’empêcher de condamner sa brutalité et certains de ses actes tout en lui vouant un profond respect. Le respect qui est dû aux hommes de conviction qui sont prêts à tout, même à sacrifier des vies et leur âme, pour atteindre leur but. Et celui de ce pirate est primordial :  faire revivre les mers et les océans afin d’assurer un avenir pour une humanité en sursis !

J’ai donc particulièrement apprécié le travail réalisé sur la personnalité du pirate ainsi que sur la relation inattendue qu’il va nouer avec Oural. Ce dernier alternera entre haine et attirance, effroi et fascination avant de finir par percer le secret et l’âme d’un homme qui lui ressemble peut-être plus qui ne le pense. Mais c’est une autre relation qui m’a profondément émue, celle entre Oural et un dauphin femelle fantôme, Trellia. Liés depuis de très nombreuses années l’un à l’autre, ils sont très complices et partagent une sincère et belle amitié malgré le tabou qui entoure leur relation : imaginer un exorciseur pactisé avec « l’ennemi » reste, en effet, impensable pour les gens qui n’y verraient qu’une impardonnable trahison. Trellia, d’une fidélité à toute épreuve et plutôt facétieuse, fera de son mieux pour protéger Oural quand ce dernier trouvera en elle la force d’avancer et de faire face à sa condition pesante d’exorciseur qui le coupe des réalités du monde. Cette relation unique forme à elle seule un îlot d’espoir prouvant que dans ce chaos, l’entente et l’amitié entre les hommes et les animaux marins sont encore possibles.

La galerie de personnages secondaires est variée et offre une belle brochette de personnages très différents qui se révèlent, à leur manière, attachants et peut-être moins impitoyables qu’on peut le penser. Si vous aimez les moments de piraterie marqués par des scènes de combat, mais aussi par une franche camaraderie, vous allez être servis. J’aurais néanmoins peut-être apprécié que la personnalité de chacun soit un peu plus développée et que le seul personnage féminin d’importance ne soit pas défini par sa totale dévotion envers Bengale, une dévotion qui semble d’ailleurs partagée par tous. Mais il est vrai qu’il semble difficile de résister au charisme du pirate et à son magnétisme, a fortiori quand l’on considère l’importance de sa mission et tous les sacrifices qu’il a consenti à faire pour la mener à bien et sceller ainsi une étrange et inattendue alliance.

En plus du message écologique et de la psychologie des personnages principaux, on appréciera la bonne dose d’action mise en place par l’autrice qui n’hésite pas à faire couler le sang et à rappeler la dure réalité d’un monde soumis cette fois non plus aux caprices des hommes, mais des mers et des océans qui se déversent tel un raz-de-marée aveugle et destructeur. Quant à la plume d’Aurélie Wellenstein, je l’ai trouvée saisissante de réalisme : j’ai eu l’impression de vivre cette aventure hors norme aux côtés des personnages et d’être prise au cœur de ces marées fantômes aussi glaçantes que saisissantes. Les pages défilent donc à une vitesse folle à mesure que l’on se rapproche d’un dénouement que l’on sent à la hauteur du roman, spectaculaire et poignant !

En conclusion, cette plongée dans un monde post-apocalyptique, devenu aride part la déraison des hommes, m’a fascinée et éprouvée à la fois. L’autrice, d’une plume alerte, vive et d’une surprenante acuité nous met ainsi face à la cruauté humaine dont l’écho se retrouve dans ces hordes de marées fantômes qui aspirent à une vengeance dont on ne peut que reconnaître la légitimité. Mais n’est-il pas temps que ce cycle de la mort et de la destruction cesse pour que celui de la vie reprenne ses droits ? Une question que soulève ce roman fort dans lequel le destin d’un exorciseur va se retrouver inextricablement lié à celui d’un pirate à la personnalité complexe. Si vous avez envie d’un roman captivant et engagé mêlant message écologique, action, amitié et piraterie, Mers mortes est fait pour vous. Mais êtes-vous prêts à affronter la prochaine vague ?

 

 

La cité des Chimères – tome 1, Vania Prates (#PLIB2020)

L’Ancien Monde a disparu. Londres laisse place à Lowndon Fields. Les hommes se sont organisés en guildes, guidés par leurs chi, leur nature profonde : la guilde des marchands, des inventeurs, des alchimistes, des immergeants, des guides.

L’homme tâche de vivre en harmonie avec la nature qui est laissée libre d’évoluer à sa guise partout où elle le souhaite : arbres, plantes envahissent les immeubles et les rues. Les animaux sont devenus des Gardiens, protecteurs des hommes et particulièrement respectés. Différentes guildes dirigent le nouveau monde. Grâce aux immergeants, il essaye de comprendre et d’éviter de faire les mêmes erreurs que leur ancêtre. Céleste, une jeune fille de 17 ans et qui ne connaît pas son Chi. Elle rencontre Calissa, une ancienne chimiste, dernière de son espèce.

Elle découvre alors la confrérie des Sans Loi.

Snag (3 octobre 2019) – 442 pages – Broché (18€) – Ebook (12,99€)
#9782490151219

AVIS

Lu dans le cadre du PLIB, La cité des Chimères a frôlé le coup de cœur ! J’ai tout adoré, de l’univers à la plume de l’autrice en passant par tous ces petits détails qui rendent l’histoire si particulière.

Vania Prates nous plonge ainsi dans un monde dans lequel la civilisation, telle que nous la connaissons, a disparu. Les raisons de cette disparition sont encore inconnues bien que quelques pistes soient avancées comme la manière dont les humains d’autrefois se sont coupés de la nature, l’exploitant avant de mieux la détruire. C’est d’ailleurs pour cette raison que Wood, le dirigeant de Lowndon Fields, sorte de Londres alternatif, fait montre de bien plus de prudence dans la gestion de sa cité. À Lowdon Fields, la nature est reine et la technologie n’est diffusée et partagée qu’avec raison et parcimonie. Une prudence de tous les instants qui ne sied guère à tous, mais qui semble, pour le moment, réussir au plus grand nombre.

Victime de multiples tentatives d’assassinats, vraisemblablement commanditées de Septentria, le palais du Savoir, Wood va diligenter Calissa pour faire toute la lumière sur cette histoire. Il en profitera également pour demander à la fameuse contrebandière de lui rapporter quelques infos sur les chimères et les animaux, deux sujets encore très peu documentés… Le hasard faisant bien les choses, Calissa va elle-même embarquer Céleste dans cette aventure, une jeune femme rencontrée fortuitement et avec laquelle elle va lier, sans le vouloir, son destin.

Nous suivons donc alternativement ces deux femmes même si quelques autres points de vue pourront épisodiquement être abordés. Et je dois dire que je les ai toutes les deux appréciées. Elles sont très différentes l’une de l’autre, mais possèdent cette même aura de courage et de bravoure qui donne envie de les suivre dans leurs péripéties et d’apprendre à mieux les connaître. De par son expérience, son passé et son âge, Calissa se montre peut-être plus mature et torturée, mais Céleste n’en demeure pas moins un personnage intéressant et bien construit.

Déscolarisée depuis ses onze ans et obligée de travailler dans le magasin familial d’objets de l’Ancien Monde, la jeune fille n’a jamais eu l’occasion de découvrir son chi, sa force intérieure ou sa prédestinée. Ce n’est que par un heureux concours de circonstances qu’elle découvrira son appartenance aux immergeants, cette classe de la population capable non seulement de lire les livres, mais également de les vivre ! Une capacité qui lui ouvrira directement les portes de Septentria, un lieu mystérieux sujet aux rumeurs les plus folles, où travaillent les immergeants dans le but de découvrir et de diffuser les connaissances de l’Ancien Monde…

D’abord déboussolée par cette nouvelle vie qui s’offre à elle, loin d’une mère surprotectrice et de deux frères peu reconnaissants pour son travail, Céleste évolue et prend progressivement confiance en elle et en ses nouvelles facultés. Elle se révélera ainsi bien plus entreprenante qu’à ses débuts d’autant qu’elle fera une singulière découverte sur elle-même qui pourrait remettre en question l’ordre établi ! Elle pourra heureusement compter sur le soutien de son colocataire, Daniel, que j’ai, pour ma part, beaucoup apprécié. D’un abord assez taciturne, ce fils d’un personnage important de Septentria sera un précieux et touchant allié dans la mission que s’est donnée Céleste… Ce surprenant et complémentaire duo fonctionne donc à merveille et offre aux lecteurs de jolis moments de complicité.

Quant à Calissa, débrouillarde, ingénieuse et intelligente, elle poursuit, en plus de sa mission pour Wood, son propre objectif avec l’aide de sa famille de cœur, la Confrérie des Sans Loi, dont on découvre, petit à petit, les différents membres et le rôle de chacun. Tous plutôt hauts en couleur, chaque membre possède néanmoins sa propre personnalité : j’ai ainsi adoré l’espièglerie, l’assurance et la joie de vivre d’Alexian, la bienveillance de Venicia et ai été intriguée par le côté très mystérieux de Leire… Un personnage qui se dévoile progressivement à nous et pour lequel, contre toute attente, j’ai fini par ressentir une certaine tendresse et beaucoup d’admiration. Il n’a ainsi pas hésité à renoncer à tout au nom de ses idéaux, de ses valeurs morales et de son humanité.

Voir évoluer Calissa auprès des siens permet de s’attacher à cette femme de cœur et d’honneur qui ne s’épanche pas facilement sur ses sentiments. Il faut dire qu’on la sent encore profondément blessée par son passé et l’anéantissement et la dissolution de sa guilde, celle des chiméristes, dont elle est la dernière représentante. Je ne développerai pas ce point pour ne pas vous gâcher le plaisir de la découverte, mais attendez-vous à être surpris par certaines révélations et la découverte des horreurs que certains sont prêts à commettre au nom de la peur, notamment de la peur de la différence…

En plus de l’aspect aventure et fantastique, l’autrice ajoute également une certaine dimension politique à son intrigue, entre complot, faux-semblants et mensonges d’État. Parce que si Wood semble être un dirigeant juste et motivé par de nobles desseins, tous les notables de Lowndon Fields ne l’ont pas toujours été et ne le sont, pour certains, toujours pas. Un constat amer que vont faire Céleste et Daniel. De nouveau, je préfère rester évasive, mais on touche là à un des points que j’ai préférés dans le roman : les capacités des immergeants. Vous découvrirez ainsi qu’ils sont capables de bien plus de choses que de simplement vivre un livre. Cela requiert une certaine pratique et de multiples précautions, mais le résultat est époustouflant, et donne très envie de voir Céleste parfaire son apprentissage…

Toutefois, si être un immergeant permet d’accéder au savoir et de faire renaître le passé de ses cendres, cela nécessite aussi parfois de faire face à des vérités difficiles à entendre qui peuvent mettre les hommes de ce nouveau monde face aux atrocités de l’Ancien. Mais toute vérité est-elle vraiment bonne à dire ou être un immergeant, c’est également savoir parfois se taire sur les errances du passé ? Quand le devoir de mémoire se heurte à l’esprit de conservation, quelle voie est-il préférable de prendre ? Celle du silence ou de la vérité, de la préservation ou du savoir ? Des questions quasi philosophiques que vous ne devriez pas manquer de vous poser…

Le suspense n’est pas haletant à la manière d’un thriller, mais l’autrice a réussi à instaurer une tension qui monte crescendo et qui donne envie de toujours en savoir plus sur les plans des personnages. À cela s’ajoute un univers tellement fascinant que l’on se surprend à y voguer naturellement, s’imaginant sans peine se perdre dans les méandres tortueux de Septentria dont il est bien difficile, si ce n’est impossible, de sortir sans une précieuse clé. Un univers foisonnant qui m’a complètement subjuguée et que je n’ai quitté qu’à regret d’autant que je n’ai pas eu le sentiment d’en avoir fait complètement le tour. J’aurais ainsi adoré en apprendre plus sur le lien étroit entre les animaux Guides et les gardiens humains, les chimères et leur insurrection, les immergeants et toute l’étendue de leurs pouvoirs, la manière dont l’Ancien Monde a disparu, Wood qui semble être un personnage plein de promesses…

Mais malgré cela, je n’ai ressenti aucun manque, car l’on sent que l’autrice a pensé avec soin ce premier tome, trouvant un équilibre parfait entre le trop et pas assez. Elle nous donne ainsi la bonne dose d’informations pour que l’on appréhende parfaitement son univers et ses enjeux sans tomber dans un abus de détails qui aurait rendu l’intrigue opaque et indigeste. Une précaution appréciable qui permet de s’immerger complètement dans l’histoire d’autant que la plume de Vania Prates se révèle agréable, fluide et assez imagée pour que l’on se représente avec exactitude les différents décors et personnages.

J’ai également apprécié toutes ces petites choses qui apportent un charme certain au roman et qui nous poussent à tourner les pages avec avidité : la magnifique et somptueuse bibliothèque de Septentria qui ferait rêver n’importe quel bibliovore, le bracelet d’humeur de Céleste dont l’humour sarcastique m’a complètement séduite (je veux ce bracelet !), un Gardien haut en couleur aux multiples facettes que l’on a envie de câliner, le mystère savamment entretenu autour de Septentria avec ce jeu savoureux sur les apparences et les mots, l’importance du chi et de l’idée se connecter à sa nature profonde…

En conclusion, La cité des Chimères fut une excellente lecture qui m’a enchantée page après page. J’ai ainsi pris un plaisir certain à découvrir les protagonistes, leurs forces, leurs faiblesses, leurs capacités, plus ou moins surprenantes, mais j’ai surtout adoré parcourir l’univers développé par l’autrice. Immersif et en apparence bien plus policé que le nôtre, il recèle néanmoins une part d’ombre et de mystère dans laquelle on a envie de se fondre pour mieux en découvrir tous les secrets. Aventure fantastique, humaine et amicale, voici un roman que je conseillerais à toutes les personnes en quête d’une intrigue originale où le merveilleux se dispute à la noirceur. Quant à vous, amoureux des livres, je n’aurai qu’une seule question à vous  poser : qu’attendez-vous pour venir vous immerger ?

Je remercie les éditions SNAG qui ont mis à la disposition des membres du jury du PLIB la version numérique de La cité des Chimères.

L’Immortelle 1 : La clef de cuivre, Marilyn Stellini (#PLIB2020)

L'Immortelle 1- La Clef de cuivre par [Stellini, Marilyn]

Northumberland, Angleterre

Anna, vingt et un ans, fréquente la section Lettres de l’Université de Newcastle, aime sa famille et l’équitation, et est certes solitaire et introvertie, mais pense être une jeune femme tout à fait ordinaire, menant une vie tout à fait ordinaire.
Jusqu’à ce jour où elle tente de s’interposer dans une agression. Ne pouvant deviner à quelle force ténébreuse elle a affaire, elle se retrouve en bien mauvaise posture lorsqu’un homme aussi austère que séduisant la sauve, mais la séquestre par la suite dans son manoir grandiose d’un autre temps.
Entre surnaturel et intrigues divisant des clans ancestraux, elle va découvrir que le monde n’est pas ce qu’elle croyait et qu’un grand destin l’attend.

Éditions Kadaline (18 octobre 2019) – 271 pages – Ebook (5,99€)

AVIS

Reçue en version numérique dans le cadre du PLIB 2020, cette lecture ne m’a malheureusement pas convaincue. Les amateurs de romances fantastiques pourront peut-être trouver leur bonheur dans ce livre même si j’ai tendance à croire qu’il existe des romans du genre bien plus palpitants et originaux sur le marché. J’ai, pour ma part, failli l’abandonner à plusieurs reprises ne ressentant aucun intérêt pour les événements ou les personnages. Ce qui m’a fait tenir, c’est l’idée de valider une lecture pour le challenge Book ta journée. Oui, chacun ses sources de motivation…

Nous faisons la connaissance d’Anna, une étudiante solitaire et assez introvertie, qui rêve d’aventure ! Il faut parfois faire attention à ce que l’on souhaite parce que de ce côté, elle va être servie. En tentant de sauver la vie d’un adolescent agressé par deux individus, elle se retrouvera ainsi mêlée à une guerre de clans entre Immortels. Heureusement pour elle, elle obtiendra la protection d’une puissante famille même si les débuts à leurs côtés ne seront pas de tout repos. Entre la découverte de secrets ancestraux et d’un monde dont elle n’avait pas conscience, l’exploration de ses propres capacités, et la volonté farouche de protéger sa famille et sa meilleure amie qui se comporte bizarrement, elle n’aura pas le temps de s’ennuyer d’autant que le fils de la famille l’attire comme un aimant…

Bien que l’écriture soit plaisante et fluide, j’ai regretté un manque de profondeur et d’originalité : les personnages sont caricaturaux et leur psychologie peu développée, l’intrigue est cousue de fil blanc, les atermoiements de l’héroïne lassants, les enjeux peu exploités, les longueurs nombreuses, la romance peu convaincante et trop niaise à mon goût… Je me suis donc ennuyée durant ma lecture attendant avec impatience qu’un élément vienne dynamiser le récit et lui donner un peu plus de mordant.

Cela n’est malheureusement jamais arrivé, et c’est dommage parce qu’il y avait de bonnes idées comme cette guerre des clans entre d’un côté, des Immortels défendant le droit d’avoir des serfs et de l’autre, ceux luttant pour la liberté. Une guerre fratricide qui n’est pas sans rappeler, dans une certaine mesure, la guerre de Sécession aux États-Unis. Mais l’autrice passe plus de temps à nous décrire l’attirance de son héroïne pour le beau mâle de service qu’à vraiment exploiter ce point. La suite sera peut-être un peu plus convaincante de ce côté…

La seule chose qui m’a vraiment intéressée est de découvrir les différentes capacités des Immortels puisque chacun possède et développe ses propres talents, certains étant plutôt impressionnants ! Mais je ne vous en dirai pas plus sur ce point préférant vous laisser le plaisir de la découverte. La mythologie autour de cette population qui se tient en retrait de la vie publique, sans pour autant se cacher, n’est pas non plus dénuée d’intérêt. J’ai également été surprise par quelques scènes de torture qui tranchent avec le ton un peu mièvre de la romance, une chose que j’ai appréciée et qui apporte un peu de tension.

En bref, L’immortelle est un roman qui n’a pas su me convaincre malgré la plume agréable de l’autrice et de bonnes idées comme cette guerre de clans entre Immortels aux idéaux bien différents. Liberté contre asservissement, lumière contre ténèbres…. Si certains livres young adult peuvent être lus par tous, j’aurais tendance à croire que celui-ci s’adresse principalement à un public adolescent ou à de jeunes adultes, la romance peu crédible et le manque de maturité et de consistance des personnages pouvant constituer un vrai frein pour un lectorat plus âgé.

Comme toujours, n’hésitez pas à vous faire votre propre avis d’autant que ce roman semble avoir de bonnes évaluations sur la toile. Peut-être que ce rendez-vous manqué ne le sera pas pour vous…

Merci au PLIB et aux éditions Kadaline pour cette lecture.

Les Brumes de Cendrelune – Le jardin des âmes, Georgia Caldera #PLIB2020

J’ai lu Les Brumes de Cendrelune dans le cadre du PLIB2020. Un roman qui fait partie de mes 5 sélectionnés.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Dans le royaume de Cendrelune, les dieux épient les pensées des hommes, et leur Exécuteur, l’Ombre, veille à condamner tous ceux qui nourriraient des envies de rébellion. Or, il semble que certaines failles existent. À l’âge de 17 ans, Céphise ne vit en effet que pour se venger. Depuis qu’on l’a amputée d’une partie d’elle-même et privée de sa famille, elle ne rêve plus que d’une chose : s’affranchir de la tyrannie du tout-puissant Orion, Dieu parmi les dieux. Et contre toute attente, il se pourrait qu’elle ne soit pas seule…

J’AI LU (2 octobre 2019) – 349 pages – 13,90€ – #9782290165614

AVIS

Je ne m’attendais pas à adhérer autant à la plume de l’autrice qui, dès les premières pages, a su m’embarquer dans son univers. Un univers sombre et violent dans lequel les habitants sont à la merci de l’Empereur-Dieu Orion. Un être au-dessus de tous, humains et autres déités compris, omniscient, omniprésent et sans cœur. Il n’hésite ainsi pas à asservir, à espionner les pensées de chacun et à faire tuer chaque semaine les personnes qui pourraient, dans le futur, se rebeller. Des meurtres préventifs qui ne peuvent que révolter…

C’est dans ce climat de peur que Céphise voit sa famille détruite, ses parents assassinés, et son frère enrôlé de force dans l’armée avant elle-même de subir les foudres de l’Ombre. Le Premier Exécuteur d’Orion punit ainsi la jeune fille pour les insultes émises par son père. Mutilée, Céphise devient alors une Rapiécée, une moins-que-rien dont une partie des membres est remplacée par des prothèses de métal. Comment alors ne pas comprendre son envie de vengeance ? Un sentiment qui l’a guidée durant les années qui ont suivi ce terrible traumatisme et qui l’ont endurcie jusqu’à ce qu’un événement, celui de trop, la fasse craquer et la pousse à s’attaquer à un être bien plus puissant qu’elle. Mais contre toute attente, en croisant le regard de l’Ombre, ce n’est pas la mort qu’elle rencontre, mais un tout autre monde qui s’offre à elle… et à lui. Un monde qui soulève de nombreuses questions, mais que je vous laisserai le plaisir de découvrir par vous-mêmes.

Alors que l’autrice alterne les points de vue, on entre de plain-pied dans ce monde sombre et ultraviolent dans lequel aucune erreur ni mauvaise pensée envers les dieux ne sont permises. Mais petit à petit, les choses nous semblent bien plus complexes et moins binaires qu’il n’y paraît. Les méchants, le sont-ils tous vraiment ou leurs agissements, du moins en partie, ne sont-ils pas dictés par les circonstances et le poids d’une dictature qui a faussé leur sens moral ? Une question que l’on vient obligatoirement à se poser en suivant le parcours de l’Ombre, un être hybride abject qui n’hésite pas à tuer toutes les personnes que son père lui ordonne de faire passer de vie à trépas. De fil en aiguille, l’image du monstre finit néanmoins par se déliter au profit de celle d’un être isolé, perdu, victime de pouvoirs qui le dépassent et qui anéantissent tout sur leur passage quand ils ne sont pas maîtrisés.

Sous le joug de son père, maître et Dieu, ses émotions sont comme anesthésiées et remplacées par un sens aigu du devoir qui le pousse à tuer sans sourciller. Mais la situation va changer quand il découvrira sa connexion inattendue et inexplicable avec une simple humaine, Céphise. Comment expliquer que l’Ombre, qui déteste les humains, va tout faire pour la protéger alors qu’il vient à peine de la rencontrer ? Il n’en sait rien lui-même, mais est bien décidé à le découvrir même si Céphise ne semble pas prête à lui faciliter la tâche. Courageuse, têtue, et mue par une haine sans pareille à son égard, cette jeune femme ne peut qu’attirer le respect des lecteurs bien que ses agissements semblent parfois manquer de réflexion. Mais difficile de lui en tenir rigueur au regard de tout ce qu’elle a dû traverser et de la terreur que cette vie de captive auprès de l’Ombre lui inspire. La jeune femme, en plus d’avoir une grande force de caractère, vous réserve également quelques surprises… 

Si l’univers développé par l’autrice avec sa mythologie et cette idée d’un Dieu-Empereur impitoyable dominant le monde est fascinant et très bien construit, force est de constater que c’est bien la relation entre l’Ombre et Céphise qui rend le roman aussi addictif. De fil en aiguille, leur relation évolue, chacun découvrant les faiblesses de l’autre sans pour autant que nous ayons l’impression de tomber dans une relation niaise ou malsaine. À ce stade de l’histoire, la haine est encore bien présente, Céphise ne pouvant pardonner la mort des siens et de milliers de personnes innocentes à l’Ombre juste parce que derrière le masque de froideur, se cache un être avec ses propres douleurs.

Un aspect que j’ai apprécié et qui sonne résolument juste. C’est probablement la raison pour laquelle mon cœur de lectrice a souvent été partagé vis-à-vis de l’Ombre qui se révèle d’une prévenance et d’une grande gentillesse envers Céphise tout en étant la personne responsable de tous ses malheurs. Évidemment, le Premier Exécuteur n’est qu’un outil de mort au service d’Orion qui l’a éduqué et façonné pour le rendre froid et implacable, mais le poids de l’éducation excuse-t-il pour autant ses agissements ? Une question qui se pose d’autant qu’aux côtés de Céphise, l’Ombre s’adoucit et gagne en humanité. Une évolution particulièrement bien amenée qui rend le personnage très touchant, ce qui explique peut-être que la fin m’ait tellement marquée et donné envie de me jeter sur la suite.

Les personnages secondaires se révèlent également intéressants et plutôt nuancés à l’instar d’Héphaïstos, demi-frère de l’Ombre qu’il déteste. Ce dieu m’a touchée notamment pour sa totale dévotion envers une autre personne… Je n’en dirai pas plus sur ce personnage afin d’éviter de vous spoiler, mais je peux néanmoins vous révéler que c’est peut-être celui qui m’a le plus surprise. On sent un réel potentiel autour de ce dernier, et je croise les doigts pour qu’il prenne encore plus d’importance dans la suite de la trilogie que je continuerai d’ailleurs avec plaisir.

En conclusion, je m’attendais à une lecture sympathique et distrayante, je me suis retrouvée avec un livre que j’ai dévoré et qu’il m’a été presque douloureux de lâcher chaque soir. D’une plume immersive, rythmée et non dénuée de poésie, Georgia Caldera nous plonge avec force dans un univers sombre et violent dominé par les dieux et leur implacable manque d’humanité. Mort, asservissement, doutes, peur, mais aussi espoir et révélations marqueront votre lecture en même temps que le métal froid et implacable de la vengeance… Les astres se sont rencontrés, la toile du destin est altérée et le vent de la révolte commence enfin à souffler !

Retrouvez un extrait/le roman sur le site des éditions J’ai lu pour elle.

 

Chroniques d’un Shinigami ordinaire, tome 1 : Le Kitsune, Rohan Lockhart, #PLIB2020

Couverture Chroniques d'un shinigami ordinaire, tome 1 : Le Kitsune

« Il existe un monde caché aux yeux de tous. »
Kaoru vit un quotidien des plus rangé. Entre sa dernière année de Lycée, son amitié fusionnelle avec Shiro et ses petits problèmes de sommeil, tout se passe pour le mieux. Et ce Tanuki devant les grilles du lycée ? Une simple hallucination. Rien qui ne pourrait bouleverser sa petite vie tranquille. Enfin, ça, c’était avant que sa route ne croise celle d’un énigmatique étranger en kimono. Alors quand ce dernier lui annonce qu’il est un Shinigami, sa vie bascule. Un Dieu de la mort. Rien que ça. À partir de maintenant, son quotidien sera rythmé par sa formation de futur Shinigami. Yokai, monstre à chasser, mystère à élucider… Rien ne sera plus jamais pareil. Plongé dans un monde qu’il n’aurait pas soupçonné, et épaulé par son meilleur ami et son nouveau mentor, Kaoru se surprend à découvrir un nouvel univers, empli de magie et de beauté. Suivez les aventures (pas si) catastrophiques de Kaoru, apprenti Shinigami, et de ses premiers pas dans le monde surprenant des Yokais.

Mxm Bookmark (12 août 2019) – Broché (20€) – Ebook (2,99€)
# 978-2375748428

AVIS

J’avais repéré ce roman en raison de son titre et de sa superbe couverture avec ses splendides couleurs et son côté japonisant qui me plaît beaucoup. J’ai donc été plus que ravie quand les éditions Mxm Bookmark ont offert l’epub du livre aux jurés du PLIB 2020.

Je ne lis quasiment jamais de romance et je ne pense pas avoir déjà lu une seule romance M/M. Je suis donc sortie de ma zone de confort avec ce roman, la romance, ou du moins, le questionnement amoureux prenant une place importante dans le récit. Nous suivons ainsi un lycéen qui en pince pour son meilleur ami sans avoir jamais osé se confesser. S’il n’a heureusement pas honte de son orientation sexuelle, il craint néanmoins le regard d’autrui, la société japonaise n’étant pas forcément la plus ouverte vis-à-vis de l’homosexualité. Mais surtout, il craint, en se confessant, de briser son amitié et les liens profonds qu’il a su construire avec Shiro durant ces trois dernières années.

Le lecteur assiste donc aux doutes de Kaoru qui oscille entre envie d’avouer ses sentiments et peur du rejet d’autant qu’il n’est pas certain que son meilleur ami partage son intérêt pour les hommes… J’ai trouvé la relation entre ces deux personnages plutôt mignonne et touchante. Bien que très différents, Kaoru et Shiro sont très proches et se soutiennent dans les bons comme dans les mauvais moments. Un point important si l’on considère que Kaoru va devoir affronter une situation personnelle délicate et difficile qui le confrontera à la maladie et à la peur de perdre un être cher.

En parallèle, le jeune homme doit aussi faire face à une révélation inattendue qui va le conduire dans un monde de mythes et de légendes non dénué de dangers ! Affublé d’un précepteur destiné à l’aider à devenir un bon Shinigami, un protecteur chassant des Yokais, Kaoru ne se révèle pas particulièrement bon élève. Il faut dire qu’entre Mikio qui se montre de prime abord désagréable et l’impression d’être dépossédé de sa vie et de son avenir, il n’y met pas vraiment du sien…

Si Mikio nous apparaît antipathique en début de livre, il s’adoucit au fil de l’intrigue et nous laisse entrevoir un homme également frustré de s’être vu imposer une fonction dont il se serait bien passé. De fil en aiguille, sa relation avec Kaoru s’améliore donc jusqu’à se transformer en quelque chose de plus doux et chaleureux… La présence du triangle amoureux que l’on devine rapidement ne m’a pas vraiment enthousiasmée ne supportant pas ce schéma, mais au fur et à mesure de la lecture, il s’impose à nous et nous apparaît inéluctable. Que l’on ait une préférence pour l’un ou l’autre des tandems, je dois également reconnaître que l’auteur a réussi à rendre tous ses personnages attachants et surtout indispensables au bon équilibre de son intrigue !

Au-delà de l’aspect romantique, le roman est empreint de folklore japonais, ce que j’ai, pour ma part, adoré. Entre les visites de temples, l’apprentissage de Kaoru, les formules et les rituels à maîtriser, la mythologie autour des Shinigamis, des Yokai et de tout ce monde de l’ombre qui s’impose à Kaoru, l’immersion est totale et enivrante ! Ma seule frustration vient de quelques longueurs qui m’ont parfois donné envie de sauter des passages, mais surtout de la faible présence du kitsune dont Kaoru doit se faire un allié. Les quelques passages qui lui sont consacrés ont néanmoins suffi à me le rendre attachant et à me donner envie d’en apprendre plus sur cet esprit dans la suite de la série.

À noter que pour ceux et celles qui, comme moi, ne sont pas fans des scènes de sexe à outrance, il y a quelques passages explicites, mais ils ne sont ni longs ni vulgaires. Kaoru étant amoureux, il apparaît d’ailleurs normal qu’il ressente un certain désir pour Shiro et qu’il lui arrive de fantasmer sur ce dernier… J’ai, en outre, apprécié le jeu de l’auteur sur les rêves et les désirs qui apporte un côté presque poétique aux pensées sensuelles de notre lycéen.

En conclusion, d’une plume fluide et efficace, l’auteur nous propose une romance M/M plutôt touchante et bien construite entre deux meilleurs amis qui semblent avoir du mal à s’avouer leurs sentiments. Mais la force de cette histoire d’amitié/d’amour est de se situer dans un Japon mêlant modernité et tradition avec ses mythes et ses légendes qui vont s’imposer de force dans la vie d’un lycéen bien plus spécial qu’il n’y paraît. Folklore, amitié, amour, magie et découverte de soi sont au rendez-vous de ce roman qui devrait ravir les amateurs de romances touchantes et ancrées dans un univers fantastique passionnant.

Retrouvez le roman sur le site des éditions Mxm Bookmark.

NB : l’auteur m’a gentiment signalé sur Twitter que ce que j’ai pris pour un triangle amoureux était en fait du polyamour. Je le remercie de ne pas m’avoir tenu rigueur de mon erreur… Cette expérience m’a prouvé à quel point nos schémas de pensée influent sur notre lecture. Le polyamour étant un sujet que je ne connais guère, j’avoue ne pas y avoir pensé un seul instant alors qu’avec du recul, les indices étaient là ! Me voilà rassurée de ne pas avoir à suivre un énième triangle amoureux et curieuse de voir où l’auteur va nous emmener parce que là, j’entre en terre inconnue…

 

#PLIB 2020 : ma sélection/la sélection officielle

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J’ai décidé de participer au PLIB2020 et ai donc dû, comme les autres jurés, faire une sélection de 20 romans parmi les 124 présélectionnés. Le choix a été difficile, mais après avoir lu les résumés et une dizaine de pages des livres que j’avais en ma possession, j’ai décidé de retenir :

Couverture Agravelle ou l'Envers du TempsCouverture Aiden Jones, tome 1 : La Marque
Couverture Rouge sang & noir corbeau, tome 1 : L'apprentie faucheuseCouverture Félines
Couverture Chroniques des Cinq Trônes, tome 1 : Moitiés d'âmeCouverture L'Arrache-motsCouverture Le cirque interdit
Le garçon et la ville qui ne souriait plus par BryCouverture Le MusicienCouverture Les héritiers d'Higashi, tome 1 : Okami-Hime
Couverture Les noces de la renardeCouverture L'Estrange Malaventure de MirellaCouverture Magic Charly, tome 1 : L'apprenti
Couverture Vert-de-lierreCouverture Seirens, tome 1 : RivageCouverture Monstr'Hotel, tome 1 : Les chasseurs de trésor
Couverture Violette Hurlevent et le jardin sauvageCouverture Wicca, tome 1 : Le manoir des Sorcelage

 

J’ai déjà lu et beaucoup aimé Vert-de-Lierre, Le garçon et la ville qui ne souriait plus et L’arrache-mots. Parmi ma liste, seuls 9 romans ont passé l’étape de la sélection, mais cela ne m’empêchera pas de lire les autres puisqu’ils me tentent énormément.

Voici donc la sélection finale : 

Couverture Rouge sang & noir corbeau, tome 1 : L'apprentie faucheuseCouverture L'Arrache-motsLes Brumes de Cendrelune, Tome 1 : Le jardin des âmes
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Parmi cette sélection, quels sont les romans que vous me conseillez de lire en priorité ou ceux dont vous aimeriez un avis sur le blog ?