Nouvelles à chute, collectif #ProjetOmbre

N° 59 Nouvelles à chute

Sélectionnée pour la particularité de sa chute, chacune des nouvelles de ce recueil peut vous réserver une surprise si vous vous laissez guider par l’auteur… ou vous entraîner dans un véritable défi intellectuel si vous décidez de ne pas vous laisser surprendre.
Grâce à ces textes contemporains d’auteurs prestigieux, les élèves découvriront avec plaisir le genre de la nouvelle et pourront se familiariser avec les notions propres au récit. Idéal en début d’année de troisième ou de seconde pour motiver les élèves à être attentifs aux moindres indices dès leur première lecture, gageons que ce recueil original les fera également renouer avec un certain plaisir de lecture… Situé en fin d’ouvrage, l’appareil pédagogique complet est suivi d’une interview exclusive d’Anna Gavalda.

MAGNARD (19 novembre 2008) – 101 pages – Poche (5,20€)

AVIS

C’est grâce au Projet Ombre que j’ai eu envie de sortir de ma PAL ce recueil de six nouvelles provenant de six auteurs différents.

  • Happy Meal d’Anna Gavalda :

Un garçon emmène une fille manger à l’extérieur. Dans une chic brasserie ? Non, dans un commun et criard McDonald’s dont le narrateur préfèrerait n’avoir jamais eu à franchir les portes. Mais que ne ferait-on pas par amour ? Alors si la fille veut manger McDo, la fille mangera McDo. N’étant pas une grande amatrice de la célèbre chaîne de restauration rapide, j’ai quelque peu compati au malheur de notre narrateur, bien que son dégoût de l’endroit m’ait quand même semblé excessif ! Au fil des pages, on sent sa volonté de faire plaisir et de rendre heureuse, jour après jour, la personne avec laquelle il partage son repas.

Fichier:Mcdonalds France 2009 logo.svg — Wikipédia

Puis, vient la chute qui m’a totalement prise de court. Oui, il y avait un indice, voire des indices, à côté desquels je suis passée en lectrice trop impatiente que je suis. Mais à bien y penser, si la surprise est totale, je ne peux m’empêcher de ressentir un certain malaise devant la manière dont l’autrice joue sur deux registres différents de l’amour. Pour ma part, ils n’ont rien à faire ensemble et la confusion dans laquelle nous plonge l’autrice flirte dangereusement avec le malsain. Alors, oui la nouvelle est bien écrite, nous trompe et nous sature de sensations, mais je pense qu’il y a des frontières avec lesquelles il est préférable de s’abstenir de jouer.

  • Pauvre petit garçon ! de Dino Buzzati :

Dolfi, surnommé méchamment, et sans une once de compassion, Laitue par les autres enfants, est un petit garçon frêle, chétif et bien solitaire. Mais une petite étincelle d’espoir s’allume en lui quand les autres enfants semblent s’intéresser à son nouveau fusil. Et si ce jouet sans grande valeur lui ouvrait les grandes portes de l’amitié ? Touchante et émouvante, cette nouvelle joue avec nos émotions et notre compassion, l’auteur nous dépeignant le triste de sort d’un enfant de cinq ans dont la différence est moquée et sanctionnée, sous l’indifférence effrayante de sa mère…

Portrait, Enfant, Mains, Cacher

  • Continuité des parcs de Julio Cortàzar :

Je ne connaissais pas du tout cet auteur, mais cette courte nouvelle m’a donné très envie de me plonger dans ses écrits. J’ai adoré la manière dont il mélange amour des livres, éléments de livres policiers et pointe de fantastique. Quant à la chute, elle est remarquable, notamment par ce renversement de situation qu’elle introduit et cette sorte d’histoire dans l’histoire qu’elle nous permet de vivre.

Escalier, Spirale, L'Architecture

  • Lucien de Claude Bourgeyx :

Quelle est cette sorcellerie qui vous fait passer de la béatitude la plus totale à la douleur la plus vive, qui ne peut se vivre qu’au plus profond de son être ? Et si ce n’était pas de la sorcellerie, mais la plus simple des natures ? Difficile d’en dire plus devant une nouvelle aussi courte, si ce n’est que la chute est efficace et amenée avec autant de concision que d’efficacité !

  • Iceberg de Fred Kassak :

Quel drame d’aimer sans être aimé de retour ! Ce n’est pas Bernard qui vous dira le contraire… Épris d’Irène, une femme rencontrée fortuitement, il n’a pas réussi à exprimer ses sentiments et à lui faire comprendre qu’il aimerait dépasser le stade de la simple amitié. Ce dont il rêve lui, c’est d’une vie aux côtés d’Irène. Malheureusement pour lui, il y a Georges, le trop présent et pesant Georges qui empêche Bernard de passer tout son temps libre avec l’élue de son cœur, et ainsi d’accéder à l’état de grâce tant désiré. Mais Bernard, derrière son apparente placidité, n’a pas dit son dernier mot. La guerre est ouverte et tous les coups sont permis !

Iceberg, L'Antarctique, Polaires, Bleu

J’ai apprécié de voir la tension monter crescendo et la manière dont notre vision du protagoniste évolue au fil des mots. La compassion cède à l’effroi devant sa détermination froide et implacable, que rien ne semble pouvoir ébranler. Quant à ma chute, elle est redoutable ! L’illusion avec laquelle l’auteur joue n’est pas sans rappeler un peu celle d’Anna Gavalda, mais en le faisant à travers un personnage extérieur, il évite tout le côté malsain de la démarche.

  • Quand Angèle fut seule de Pascal Mérigeau :

Angèle est contrariée : il est déjà difficile d’enterrer son mari sans devoir en plus croiser la catin du village, qui semble avoir cru bon de faire le déplacement jusqu’au cimetière. Difficile de vous parler de cette nouvelle sans vous en délivrer le thème principal et donc la chute, mais je peux néanmoins vous dire que j’ai apprécié la voie vers laquelle l’auteur nous entraîne. Les années ont beau passer, certaines choses ne changent jamais et demandent parfois que l’on prenne la situation en main… pour le meilleur et pour le pire !


À noter que cet ouvrage étant destiné aux scolaires, il est agrémenté d’un après-texte pour chaque nouvelle avec des questions et quelques rappels, notamment sur les différents types de narration, de poèmes à chute et d’une interview d’Anna Gavalda. Si ce n’est pas ce qui m’intéressait en découvrant ce recueil, j’ai néanmoins feuilleté ces différents ajouts, et plus particulièrement les poèmes.

En conclusion, voici six nouvelles très différentes les unes des autres, mais liées par un certain art de la chute ! Toutes très courtes, elles se lisent avec plaisir et permettent d’aborder différents thèmes allant de la jalousie à l’amour familial en passant par la vengeance. Un recueil simple et agréable à lire qui m’aura donné envie de partir à la découverte de certains auteurs comme Julio Cortàzar, dont j’ai très fortement apprécié le style.

Abracadabri, abracalphabet ! Laura Joansen

Abracadabri, abracalphabet ! La formule magique des lettres et des mots (Les Aventuriers des mots t. 1) par [Laura Joansen]

Alex est curieux et pose plein de questions, sur tout, tout le temps. Papa, lui, est bavard. Il aime titiller cette curiosité et cet empressement d’apprendre propres à l’enfance. Dans cette première aventure, Alex a besoin d’en savoir plus sur les signes qu’il voit sur les pages des livres. Alors, après avoir prononcé une formule magique, ils découvrent ensemble une fête qui bat son plein : des arlequins, des acrobates, des funambules pirouettent sous une pluie de confettis. C’est dans ce décor imaginaire que Papa initie Alex aux lettres et mots et éveille sa conscience phonologique.

Books on Demand – (26 septembre 2019) – 28 pages – 7,5€ – 4 ans et +

AVIS

Cet album fait partie de la collection d’albums illustrés les Aventuriers des mots qui propose une initiation ludique à la grammaire française, une initiative que je trouve très intéressante et que j’aurais probablement adorée quand j’étais enfant.

J’ai donc accepté avec plaisir de découvrir cet album ayant une nièce de quatre ans avec laquelle je compte bien le lire avant de le donner à mon frère qui s’occupe, en général, de la traditionnelle lecture du soir. J’étais également curieuse de découvrir comment l’autrice allait arriver à rendre la grammaire ludique. Parce que je ne sais pas pour vous, mais ludique, ce n’est pas le premier mot auquel j’associerais cette discipline dont je ne garde pas particulièrement un bon souvenir…

Et je dois dire qu’il m’a suffi de lire la première page pour être sous le charme de cet album jeunesse qui est un très bel outil permettant aux enfants de faire une jolie incursion dans le monde des lettres, des mots, des sons et de l’alphabet. Pour ce faire, l’autrice a eu la très bonne idée de mettre en scène un papa et son enfant, un duo attendrissant que l’on suit avec grand plaisir et une certaine tendresse.

Alex est un enfant curieux qui se pose des questions sur la manière dont s’y prend son papa pour faire parler les lettres. Il n’en fallait pas plus à ce dernier pour l’entraîner dans une jolie aventure dans laquelle le père et le fils croiseront des danseuses, chacune représentant, grâce à ses élégants mouvements, une lettre.

Abracadabri, abracalphabet ! Laura Joansen illustration

J’ai adoré cette idée de personnifier différentes lettres de cette manière ne doutant pas que l’impact soit très fort dans l’imaginaire des jeunes lecteurs et que le travail de mémorisation en soit grandement facilité ! Les jeux sur les sons et leurs répétitions se révèlent également intéressants et ludiques.

L’album est joliment illustré avec des dessins d’une grande douceur et des couleurs chaleureuses qui incitent à l’évasion et à une douce rêverie. Il faut dire que le voyage sur le chemin des mots et de la lecture est un long processus qui mérite qu’on y mette les formes pour le rendre agréable.

Abracadabri, abracalphabet ! Laura Joansen.jpg

À cet égard, si je n’ai pas d’enfant et aucune connaissance en matière de pédagogie, j’ai trouvé qu’il se dégageait beaucoup de bienveillance et de partage à travers les pages. Le papa d’Alex se révèle doux et plein d’imagination, ce qui me semble deux caractéristiques favorables pour inciter les échanges et encourager un enfant à s’approprier les connaissances qu’on met à sa portée. Loin d’être passif, le jeune lecteur devient alors acteur à part entière du récit et s’identifie donc aisément à Alex avant de partager sa grande soif d’apprendre et sa volonté de partir à la conquête de ce vaste monde qui s’offre à lui. 

L’album est accessible aux enfants à partir de 4 ans, mais l’autrice ne se limite pas à un vocabulaire basique qui en aurait quelque peu limité la portée. Elle s’amuse avec les mots et n’hésite pas à en faire découvrir de nouveaux aux jeunes lecteurs tout en veillant à mettre leur définition en notes de bas de page. Une attention que les adultes lisant le texte devraient apprécier puisqu’il s’avère parfois difficile d’expliquer simplement des mots que l’on connaît pourtant. La richesse du vocabulaire permet, en outre, de proposer la lecture de cet album à des enfants de différents âges.

En conclusion, empli de douceur et de bienveillance, cet album est un très bon moyen pour encourager les enfants à se lancer dans la plus belle aventure qui puisse exister, celle des mots, des sons et de la lecture. Beau et intelligent, voici un ouvrage à lire, à relire et à partager pour que le monde infini des mots s’ouvre à chaque enfant.

Je remercie Laura Joansen de m’avoir envoyé ce livre en échange de mon avis.

 

Mini-chroniques en pagaille #19

Mini-chroniques en pagaille

Plus détaillées qu’un simple commentaire, mais moins développées qu’une chronique, les mini-chroniques me permettent de partager succinctement mon avis sur certaines de mes lectures que je n’ai pas eu le temps ou l’envie de chroniquer de manière plus classique.


  • Chat Gris d’Alexandre Saltiel ( Mouck) :

Depuis la disparition prématurée de Gribouille, j’évite les photos de chats gris, mais mue par la curiosité et l’envie de découvrir ce qui se cache derrière cette jolie couverture, je n’ai pas résisté au plaisir de découvrir ce petit album.

Nous faisons la connaissance d’un chat qui mène sa petite vie de chat entre rencontres avec une souris qui n’a pas très envie de jouer avec lui, la vilaine, et avec un gros chien qui lui aimerait beaucoup jouer avec lui, ce dont n’a pas très envie notre petit minet. Différence de gabarit probablement !

Mignonne à souhait, cette histoire très rapide à lire devrait vous faire passer un très joli moment de lecture en solo ou en famille puisqu’il est bien difficile de résister au charme des illustrations et de ce chat plein de vie. Cerise sur le gâteau, grâce à un jeu de couleurs parfaitement maîtrisé, l’auteur vous réserve une très sympathique chute qui ne manquera pas de vous faire sourire.

Un joli album pour les petits, à partir de 3 ans, et pour tous les amoureux des chats !

 

  • La Craie des Étoiles de Raphaël Drommelschlager (Bamboo éditions ) :

La craie des étoiles par [Raphaël Drommelschlager]

En vacances pour l’été chez son arrière-grand-mère, Max fait une découverte qui va changer sa vie ! Grâce à une craie spéciale et une montre à gousset ayant appartenu à l’un de ses ancêtres, Théophile Loiseau, le voilà transporté dans différents pays, de la Chine au Canada en passant par l’Inde. Tout autant de destinations qui, en plus de se révéler diablement fascinantes, lui permettront de faire de belles rencontres qu’elles soient humaines ou animales.

En effet, en plus de faire la connaissance de sympathiques personnes prêtes à l’aider, Max va se lier d’amitié avec des animaux sauvages comme le Tigre de Mandchourie ou l’ours polaire. Tous les animaux ne seront pas aussi sympathiques que ces derniers, mais peu importe, Max ayant le courage et l’aplomb nécessaires pour affronter les situations, plus ou moins périlleuses, qui se présentent à lui.

La Craie des Étoiles nous offre une jolie histoire d’aventure, de voyage et de dépaysement, mais c’est également un outil pédagogique intelligent qui sensibilise les enfants aux menaces que les hommes font peser sur les animaux et l’importance de préserver chaque espèce. Au gré de ses voyages, Max découvre ainsi les spécificités de chaque animal rencontré allant de ses caractéristiques physiques à son mode de vie. Des informations intéressantes qui, présentées de manière ludique et colorée, rendent la lecture prenante et très enrichissante.

Cerise sur le gâteau, un cahier pédagogique est inclus en fin d’ouvrage afin de parler plus en profondeur de certaines espèces et évoquer les différents rôles d’un zoo… En bref, voici une BD intelligente qui, à travers l’aventure extraordinaire d’un petit garçon ordinaire, informe et sensibilise les lecteurs de tout âge sur les animaux sauvages peuplant notre planète et l’importance/l’urgence de les préserver.

  • Avant de partir de Mi-Jin Jung et Ja-Seong Gu (Sarbacane) :

L’absence de résumé et le sentiment de calme et de sérénité qui se dégage de cette couverture m’ont tout de suite attirée.

L’ouvrage est divisé en deux parties. Dans la première, nous faisons la connaissance d’un homme relativement jeune qui pourrait presque servir de psychanalyste pour animaux même si l’on découvrira plus tard que son rôle est tout autre…

Devant lui défilent ainsi un chat, un chien, un hamster et un oiseau qui lui font part de leurs doléances vis-à-vis de leurs maîtres. L’un survolté rêve de se venger, l’autre de trois délicieux repas par jour quand le hamster n’aspire qu’au noir et à la solitude, et l’oiseau à ce qu’on ne lui demande plus de chanter alors qu’il n’aime pas ça. Difficile la vie d’animaux avec ces êtres humains pas toujours très perspicaces en ce qui concerne les besoins de leurs compagnons ! Puis en filigrane, est question d’un grand voyage auquel il convient de se préparer…

Dans la seconde partie, changement de couleurs et de ton, on suit notre joyeuse bande accompagnée du jeune homme dans leur périple. Mais avant le grand départ, une lettre sera envoyée à chacun des propriétaires. On alterne alors entre le voyage en lui-même et quelques scènes dans lesquelles interviennent ces humains privés de leurs compagnons…

Bien que le titre laisse entrevoir le sujet principal du livre, je dois avouer ne pas l’avoir tout de suite cerné préférant me laisser transporter par la douceur des illustrations, et le côté quelque peu loufoque de ces animaux un poil râleurs. Mais quand le message de l’auteur s’est précisé, mon amusement du départ s’est mué en tristesse devant la dureté du sujet évoqué. Un sentiment qui a très vite laissé sa place à l’émerveillement et à l’émotion, l’auteur insufflant humour, vie, poésie et tendresse à son récit.

Des scènes de jeux entre les animaux, des échanges amusants, de très beaux graphismes et un magnifique message d’espoir en fin de livre apportent, quant à eux, une certaine légèreté à une histoire empreinte de douceur et d’amour. Un coup de cœur !

Et vous, avez-vous lu certains de ces livres ?
Vous tentent-ils ?