Le dernier conte, Pascale Leconte

Couverture Le dernier conte

Alors qu’elle vient d’échapper à une tentative d’assassinat, la princesse Bianca doit fuir les gardes de l’Afag et sa marâtre. Lors de ce voyage initiatique, Bianca retrouvera les différentes héroïnes de nos contes d’enfant.
Que sont donc devenues Cendrillon, Belle, Aurore ou Peau d’Âne après leur mariage avec le prince charmant ?
Sous l’apparence d’un conte de fées, ce récit relate le passage entre un monde ancien, où l’humain vit en harmonie avec la nature, les forces invisibles qui l’habitent, et le début d’une nouvelle ère centrée sur l’homme matérialiste et égocentrique.
Une histoire qui rompt avec le schéma habituel en donnant la part belle aux héroïnes féministes, actives et maîtresses de leur propre destin.
Dans cet univers enchanteur, le lecteur pourra en apprendre davantage sur la méditation, les élémentaux ou autres esprits de la nature.

Couverture : Maud Chalmel – Illustrations : Agnès Fouquarf

AVIS

Une jeune princesse qui, à la mort de son père, doit s’enfuir de son propre royaume sous peine d’y trouver la mort, une marâtre qui dispose d’un miroir magique et qui est bien décidée à se débarrasser d’une encombrante belle-fille… Les débuts devraient immanquablement vous rappeler Blanche-Neige ce qui n’est guère étonnant, l’autrice nous proposant ici une histoire inspirée des contes d’antan. Nous y retrouverons d’ailleurs certaines princesses et autres héroïnes de contes qui ne semblent pas vivre le happy end tant mérité… Mais loin de se cantonner au charme suranné des récits de notre enfance, l’autrice va ici beaucoup plus loin nous invitant à réfléchir, à travers l’histoire de Bianca, à de multiples sujets.

Bénéficiant d’un double niveau de lecture, ce roman se pare donc de multiples facettes : aventure trépidante conduisant une jeune princesse sur le chemin de sa destinée, conte au charme féerique, mais aussi roman engagé et éclairé. Sont ainsi abordés des thèmes comme la monétarisation de l’économie et l’essor d’un libéralisme sauvage avec ses corollaires : la pauvreté et l’agrandissement du fossé entre les très riches et les très pauvres, l’uniformisation de la pensée, l’asservissement des masses au seul profit de quelques élus, ici représentés par une mystérieuse et puissante organisation, l’Afag. Le dernier conte relate donc un changement sociétal, politique et économique profond qui s’accompagne d’un patriarcat révoltant dans lequel les hommes sont tout-puissants, et les femmes reléguées et cantonnées au rôle de mère incapables d’agir sur leur destinée. Les menstruations deviennent taboues, les guérisseuses d’abominables sorcières à éliminer quand la médecine des hommes devient la référence et la seule solution à tous les problèmes…

Difficile de ne pas voir dans ce conte quelques échos de notre passé même si ici, ce ne sont pas les religions monothéistes qui ont mis à  mal les anciennes solidarités et croyances, mais l’économie de marché, l’individualisme et le scientisme, une science érigée en dogme si ce n’est en religion. Ce roman nous laisse d’ailleurs entrevoir le danger que toute doctrine imposée et extrême peut engendrer. Non à une science dépourvue de libre arbitre et dénuée d’âme humaine dans laquelle la femme serait érigée en ennemie ou tout simplement infantilisée.

En parallèle d’un univers menacé par des dangers plus ou moins pernicieux, l’autrice nous baigne dans une atmosphère enchanteresse et onirique organisée autour d’une nature consciente et foisonnante. Ce roman est d’ailleurs une ode à la nature et au besoin urgent des êtres humains de s’y reconnecter et de s’ouvrir à toutes les merveilles qu’elle offre à ceux qui savent prendre soin d’elle et la respecter. Des merveilles que Taïmoon, apprenti jardinier, permet à notre princesse d’appréhender. Ce garçon touchant l’accompagne et la soutient dans ses aventures, mais c’est surtout la personne qui lui permet de s’ouvrir à un monde invisible et peuplé de créatures dont elle n’avait jusque-là pas conscience : elfes, nymphes, sirènes, sylphes, lutins… Tous ces êtres ne se révèlent pas sympathiques ou bienveillants, mais cela n’a rien d’étonnant si l’on considère que leur existence reflète l’état du monde et des pensées parfois néfastes des individus.

Si les très nombreuses réflexions soulevées par l’autrice ne manquent pas d’intérêt ni de pertinence, voire parfois d’originalité pour un conte (je pense notamment à la question du végétarisme brièvement évoquée), on appréciera la manière dont elle réussit rapidement à nous immerger dans une aventure épique et mouvementée au cours de laquelle une jeune princesse va faire de multiples rencontres et affronter de nombreux dangers. Elle pourra heureusement compter sur l’aide d’un jeune jardinier qui se révèle très vite attachant et attendrissant. Le duo est adorable et l’on prend grand plaisir à le voir évoluer et affronter chaque situation avec beaucoup d’aplomb et de courage. Complémentaires, les deux personnages vont évoluer aux côtés l’un de l’autre : la princesse va gagner en maturité et apprendre à voir au-delà des apparences et de la beauté quand son nouvel ami va prendre confiance en lui et réaliser que la richesse ou le statut d’un homme ne font pas sa valeur.

Pascale Leconte s’approprie parfaitement l’univers des contes en lui offrant une belle cure de jeunesse avec des messages forts et une princesse bien différente de celles que l’on rencontre dans les contes traditionnels. Bianca ne reste pas endormie en attendant le baiser du prince charmant, elle ne se terre pas dans une chaumière, elle ne se sacrifie pas pour sauver sa famille en restant prisonnière d’une bête… Non, elle prend le carnet et la plume magique offerts par sa marraine et, sous couvert de collecter des informations sur l’Afag, écrit le propre livre de sa vie et se forge sa propre destinée ! Un joli exemple pour les jeunes lecteurs qui verront en elle un modèle de courage et de bravoure, et espérons-le, une preuve que ni le déterminisme social ni les conventions ne doivent venir leur dicter leur chemin de vie.

Quant à la plume de l’autrice, fluide, rythmée, immersive, délicieusement imagée et poétique, elle m’a enchantée et participe grandement au plaisir que j’ai pris à dévorer ce roman bien plus profond que sa belle couverture ne le laisse présager. En plus d’être agréable à l’œil, cette couverture a également le mérite de mettre en avant une belle diversité dans le monde des fées, ce que je n’ai, pour ma part, encore jamais rencontré dans un roman. Et parce que l’autrice semble avoir à cœur d’immerger complètement ses lecteurs dans son univers enchanteur, quelques douces et jolies illustrations viennent illuminer et embellir l’ouvrage.

On notera également quelques sympathiques et amusants clins d’œil de l’autrice à son propre rôle dans l’histoire et à ses précédents ouvrages. Une petite facétie qui m’a bien amusée et convaincue de mon envie de poursuivre mon expérience de lectrice auprès d’une autrice qui offre, entre autres, une littérature jeunesse pleine d’intelligence, d’originalité et de fantaisie.

En conclusion, Le dernier conte m’a très agréablement surprise et ceci à plus d’un titre. Loin de n’être qu’une belle histoire auréolée de merveilleux, Pascale Leconte nous propose des réflexions pertinentes sur une ribambelle de sujets allant du pouvoir de la nature et du monde invisible au sacré féminin en passant par l’importance de l’instant présent. Mélange de conte, de poésie et d’aventure, voici un ouvrage à lire et à relire et à partager en famille : les plus jeunes y verront un joli moment de divertissement quand les lecteurs plus âgés se régaleront de l’imaginaire engagé de l’autrice. Pour moi, voici son roman le plus abouti, ou du moins, celui que je conseillerais à toutes les personnes qui souhaitent se lancer dans son univers et qui ont à cœur de s’émerveiller, maintenant et à jamais.

Retrouvez le roman sur le site internet de l’autrice que je remercie pour sa confiance.

Framboise et volupté, Pascale Leconte

Prenez un chaudron, mettez-y trois bulles de savon, un soupçon de chlore, une plume de corbeau, un morceau d’étoffe et deux lucioles scintillantes, remuez le tout avec passion, vous obtiendrez ce recueil de nouvelles fantasques et gourmandes.

« Prix de la Nouvelle » reçu au Salon du Livre Gourmand de Périgueux en 2006.

Stellamaris (25 septembre 2015) – Broché (15€)
Illustrations : Martin Trystram

AVIS

Je sais que vous êtes nombreux à ne pas apprécier le format nouvelle, mais j’ai bon espoir qu’avec un recueil de cet acabit, votre opinion évolue quelque peu à ce sujet. C’est simple, il s’agit ici de l’un des meilleurs recueils de nouvelles que j’aie pu lire. Plein de fantaisie, de gourmandise, de douceur et de tendresse, ce recueil se savoure le sourire aux lèvres avec cette impression d’être complètement immergé dans une lecture évasion. Vous savez, du genre de celle qui vous enferme dans une bulle protectrice et chaleureuse dans laquelle vous vous oubliez avec volupté.

J’ai donc dévoré ce livre découvrant avec plaisir chacune des nouvelles qui, bien que très différentes les unes des autres, ont en commun de célébrer l’amour, la gourmandise et la passion sous toutes ses formes. En plus de récits mignons à souhait, qui ont fait fondre mon cœur, j’ai adoré retrouver la plume poétique et élégante de Pascale Leconte. Une plume joliment mise au service de personnages hauts en couleur et attachants et d’un univers gourmand et fantasque, auréolé d’une douce et joyeuse exubérance. Ce fut, en outre, une agréable surprise de retrouver des personnages découverts dans le roman Narcisse versus Lollaloca. Mais je vous rassure, pas besoin de l’avoir lu pour savourer ce pétillant recueil.

Qui dit nouvelle, dit chute, et à ce niveau, vous serez gâtés, l’autrice s’étant évertuée à terminer ses histoires de manière à vous émerveiller, à vous surprendre et à vous donner le sentiment que l’amour est définitivement une bien belle chose à partager et à ressentir. Cerise sur le gâteau, quelques illustrations sont disséminées par-ci, par-là. Un bonus fort appréciable qui ajoute beaucoup de cachet et de charme à ce recueil qui en est déjà bien pourvu.

Framboise et volupté, Pascale Leconte

Pétillant, fantaisiste, délicat et non dénué d’humour, voici un recueil que je vous invite à lire et à relire. Gourmandise et bonne humeur garanties !

Pour plus de détails, voici mes impressions succinctes pour chacune des nouvelles du recueil. 

  • Framboise et volupté : digne d’un véritable conte de fées, Pascale Leconte nous propose ici une très jolie histoire qui aurait pu s’intituler « le pouvoir créateur de l’amour ». Vladimir Sauvage travaille dans une boulangerie où il vend, jour après jour, pâtisseries et autres gourmandises. Un métier qui ne le passionne guère, mais qui lui offre le plus beau des cadeaux : la possibilité de voir, chaque semaine, une jolie cliente aux cheveux roses. Timide au possible, mais bien décidé à déclarer sa flamme à cette femme qui hante ses pensées, le voilà lancé dans l’expérience de la gourmandise et de la créativité !

Cupcake Bac, Gâteaux, Plat, Gâteau

Je n’en dirai pas beaucoup plus, mais j’ai été touchée par la sensibilité et la générosité de ce personnage et ai apprécié la manière dont ses sentiments vont le pousser à se dépasser et à trouver sa voie. Quant à la chute, elle ne devrait pas manquer de vous faire sourire, et de vous attendrir. Entre amour, secret et gourmandise, voici un joli moment sucré à déguster et, si possible, à partager.

  • Twïnna Azur : Twïnna Azur est une personne fantasque qui aime le changement et qui n’hésite pas à faire preuve d’originalité, notamment dans son style vestimentaire et/ou capillaire. Cela la rend intrigante et attachante, mais son apparence est tellement changeante que les gens ont parfois bien du mal à la reconnaître ! Un problème qui n’empêchera néanmoins pas un mystérieux homme de tomber sous son charme et de lui déclarer sa flamme par missive. Dans ses poétiques et anonymes courriers , le jeune homme la convie à des rendez-vous sans jamais, hélas, les honorer…

Vieilles Lettres, Courrier

Qui est-il et pourquoi ne suit-il pas les élans de son cœur en rencontrant l’élue de son âme ? Une question qui vous poussera à tourner les pages avec entrain même si l’on devine rapidement les tenants et les aboutissants d’une histoire qui ne manquera pas d’éveiller en vous de jolies émotions et, peut-être, de provoquer quelques doux papillons. Mignonne à souhait, cette nouvelle m’a fait fondre alors que je suis loin d’être une grande romantique dans l’âme.

    • Luciole et Blandine : Luciole et Blandine, en plus de se ressembler comme deux gouttes d’eau, ont les mêmes avis et partagent le même projet professionnel : ouvrir un magasin de friandises. Mais contre toute attente, des divergences naissent entre les jumelles qui choisissent alors de se lancer chacune de leur côté dans l’aventure de l’entreprenariat. Le succès est heureusement au rendez-vous pour les deux sœurs qui vont rapidement tomber sous le charme d’un galant client qui côtoie les deux boutiques. Mais laquelle des deux jumelles intéresse vraiment cet homme, son comportement nous laissant perplexes ? Difficile de le deviner à moins qu’il ne se moque en toute impunité des belles demoiselles. Mystère et boule de gomme !Boutique, Bonbons, Friandises
      L’autrice a su me surprendre avec une chute que je n’avais pas vue venir, mais qui m’a bien fait sourire et que j’ai trouvée à la hauteur de deux jeunes femmes pétillantes et de caractère.
  • Le pouvoir de la lune noire : Moon Pervenche est la reine des potions supposées magiques, mais que la magie intervienne ou non dans ses préparations, ce qui est certain, c’est que la réputation de la jeune femme n’est plus à faire. Accompagnée de son fidèle corbeau, elle reçoit donc avec plaisir ses différents clients, certains ayant des demandes plus ou moins surprenantes et légitimes. Il existe néanmoins une requête que Moon refuse avec véhémence, éthique de « sorcière » oblige, l’élaboration de philtres d’amour. Il y a des choses avec lesquelles on ne plaisante pas ! Et si un événement venait remettre en question cette sage politique ?

 

Purple, Magie, Potion, À Base De Plantes
J’ai très vite deviné le retournement de situation final, mais j’ai adoré suivre cette jeune femme en proie à des émotions qui ne l’avaient, jusqu’à présent, jamais traversée. Elle apprendra ainsi qu’il ne faut jamais juger autrui trop durement puisque face à nos propres élans du coeur, la sagesse s’offre parfois des vacances forcées… Quant à son compagnon à plumes et à bec, son petit caractère ne devrait pas vous laisser indifférent. Mélange de sorcellerie et de pommes sucrées, encore une belle nouvelle à croquer !

  • Enquête en maillot de bain : l’inspecteur Valgatt est envoyé dans une station thermale, le Paradis Bleu, afin de mener une enquête sur la disparition d’Eléa Novak. Malgré ses cheveux bleus qui la rendent facilement repérable, la jeune femme semble s’être tout simplement volatilisée ! Bien décidé à la retrouver, notre policier va alors avoir besoin de tout son savoir-faire et de toute sa patience pour faire parler des suspects forts peu sympathiques et pas vraiment très coopératifs. Et si toutes les personnes interrogées lui cachaient quelque chose ?

Femme, Maillot De Bain, Piscine, Détente
Plus que l’enquête en elle-même, ce qui fait le charme de ce récit, c’est la chute ainsi que l’ambiance particulière de cette station thermale d’un genre nouveau qui propose des installations et des services plutôt originaux ! J’irais bien y faire un petit tour. Quelqu’un se dévoue pour m’accompagner ? Mais je vous préviens, je décline toute responsabilité en cas de disparition inopinée…

Je remercie Pascale Leconte pour cette sympathique lecture.

 

Narcisse versus Lollaloca, Pascale Leconte

Je remercie Pascale Leconte pour m’avoir permis de découvrir son roman jeunesse, Narcisse versus Lollaloca.

PRÉSENTATION AUTEUR

Récit du passage de l’adolescence à l’âge adulte.

Comment être heureux malgré nos doutes, nos questionnements sur nous-mêmes afin de trouver notre place dans cette société ? « Elisa Lallie est invitée à suivre une formation dans un village dont elle n’a jamais entendu parler… En pénétrant dans ce lieu haut en couleur, Elisa découvre un endroit où les habitants affichent leurs différences avec panache. »

Auto-édition (31 octobre 2017) – 331 pages – Broché (10,55€)
À partir de 12 ans – Illustré par Martin Trystram et son fils Lullaby

AVIS

Après l’excellent Jack L’Éventreur n’est pas un homme que je vous invite à découvrir si ce n’est pas encore fait, Pascale Leconte quitte le monde l’horreur pour celui de la jeunesse et de la quête d’identité. À dix-huit ans, âge charnière auquel on n’est plus un enfant, mais pas vraiment encore un adulte, comment décider quoi faire de sa vie ? Une question qui perturbe Elisa Lallie qui végète en attendant le mois de septembre. Mais alors que son avenir s’annonçait désespérément vide, la jeune femme reçoit une étrange invitation pour suivre une mystérieuse formation dans un village dont personne ne semble connaître l’existence !

Après avoir hésité, Elisa finit par accepter cette formation qui tombe à point nommé d’autant que cela lui permettra de prendre un peu de distance avec son père plus intéressé par les programmes télé que par sa fille unique. Seule sa grand-mère va lui manquer, mais elle pourra heureusement la revoir les week-ends. Elisa est dans le noir complet quant à ce qu’on lui réserve sur place tout comme les lecteurs qui découvrent à ses côtés l’étrange village dont j’ai adoré la philosophie et l’éthique de vie.

Vous connaissez le fameux slogan de McDonald’s « Venez comme vous êtes » ? Parce que ces quelques mots résument à merveille l’essence même de ce lieu qui ne ressemble à nul autre pareil. Ici, point de faux-semblants, aucun besoin de se fondre dans le moule, aucun jugement de valeur… la seule chose qui vous est demandée est d’être vous et simplement vous. Pas si simple quand on a été confronté des années durant à une société prônant une certaine standardisation et un conformisme rassurant, mais cela n’empêchera néanmoins pas Elisa de se faire rapidement à la situation. J’aurais d’ailleurs peut-être apprécié qu’elle soit un peu plus déroutée, mais sa faculté d’adaptation reste cohérente avec l’intrigue. En effet, elle n’a pas été choisie au hasard et il est fort probable que sa sélection provienne de son potentiel à explorer elle-même les différentes facettes de sa personnalité…

Dans cette nouvelle vie teintée d’exubérance et d’extravagance, la jeune femme sera épaulée par ses nouveaux amis hauts en couleur et plutôt différents les uns des autres. Elle fera également la rencontre d’un jeune homme qui ne la laissera pas indifférente. Une attraction partagée si l’on se fie aux efforts de ce « pirate » bien décidé à ravir son cœur. La relation entre les deux personnages est assez mignonne et devrait plaire aux jeunes lecteurs.

Notre village mystérieux est un lieu exceptionnel où chacun est invité à se trouver et à explorer ses envies afin de trouver le métier qu’il lui convient, mais cela ne veut pas dire que tout est parfait. L’amitié d’Elisa avec sa meilleure amie est ainsi menacée par un sombre personnage manipulateur et agressif quand une élève difficile à cerner s’entête à faire passer des messages aussi déroutants et angoissants que sibyllins ! Non, il n’y a pas à dire, même coupée du monde traditionnel, Elisa n’a pas une vie de tout repos d’autant que ses tracas se poursuivent même dans ses rêves.

Avant même d’intégrer sa formation, la jeune femme faisait déjà des rêves étranges mettant en scène un personnage richissime, mais fort peu sympathique, bien décidé à faire entrer la société de consommation au sein de notre village ! Un homme qui fait froid dans le dos, mais qui, je l’avoue, m’a beaucoup amusée, notamment à partir du moment où il arrive enfin à entrer dans le village dont les portes lui sont longtemps restées inaccessibles. Mais il va vite découvrir qu’il n’y a pas que les Gaulois qui savent résister face à l’envahisseur…  Sous fond de dialogues hilarants, l’autrice nous offre ainsi un délectable et truculent choc des cultures ! Imaginez l’impérialisme et le capitalisme américain entrant en collision avec un monde utopique où l’individualité et l’originalité deviennent une force et la standardisation et la normalisation, des abominations rejetées en bloc… De quoi décontenancer notre industriel plus habitué à vendre sa boisson par million qu’à réfléchir à qui il est vraiment.

Mais les rêves d’Elisa le sont-ils vraiment ou l’homme qui hante ses nuits représente-t-il un véritable danger pour le village, ses habitants et leur mode de vie atypique ? Une question qui commencera à prendre forme dans l’esprit de la jeune femme… Si ces rêves apportent une touche de mystère, de tension et d’humour intéressante, force est de constater que nous restons dans un premier tome où il ne se passe pas grand-chose. Je comparerais ce roman aux mangas tranches de vie où l’on suit les amitiés, les amours, les difficultés et les questionnements quant à l’avenir d’une bande d’amis sur le chemin de la vie d’adulte. Devant le manque d’événements marquants, je me suis donc parfois ennuyée d’autant que, contrairement à des lecteurs plus jeunes, je n’ai pas pu compter sur un sentiment d’identification pour pallier ce problème…

Malgré ce sentiment d’ennui qui a parfois accompagné ma lecture, j’ai pris plaisir à découvrir ce roman dont la richesse repose autant sur la plume de l’autrice toujours très fluide que sur son imaginaire. Pascale Leconte nous plonge ainsi sans réserve dans un établissement dont les cours plutôt originaux ne peuvent que vous donner envie de retourner sur les bancs de l’école et de célébrer, aux côtés des élèves, les nombreux événements et cérémonies qui marquent l’année. Mais ce qui fait le véritable charme de ce roman est ce village complètement fantasque dans lequel chacun est libre d’exprimer toute sa sensibilité et ses préférences sans être moqué, dénigré ou considéré comme un fou. Une ode à l’acceptation de soi et à la différence, et une ouverture d’esprit qui nous permettent de réaliser à quel point nos sociétés standardisées et hyperformatées briment la personnalité des individus et nous privent de multiples talents !

À noter que le roman est agrémenté de quelques illustrations, parfois assez enfantines, qui apportent un certain charme au récit, et qui donnent envie de nous reconnecter à notre enfant intérieur. C’est du moins, ce que j’ai ressenti en les découvrant au fil des pages…

En conclusion, comme j’aurais aimé recevoir ma lettre pour Poudlard, j’aurais apprécié de recevoir celle m’invitant à intégrer une formation atypique qui, à travers ses valeurs et ses cours plutôt inhabituels, offre quelque chose de précieux à ses étudiants, la faculté d’apprendre à se connaître et à devenir la personne qu’ils sont au fond d’eux-mêmes. Entre les amitiés qui se forment et se délitent au gré des différends, les amours et les dangers qui planent au-dessus d’un village prônant la différence et l’acceptation de soi, vous devriez prendre plaisir à plonger dans la nouvelle vie d’une héroïne qui ne semble pas au bout de ses surprises !

Retrouvez le roman sur Amazon ou sur le site de Pascale Leconte.

Jack l’éventreur n’est pas un homme, Pascale Leconte

Je remercie Pascale Leconte de m’avoir proposé de découvrir son roman, Jack l’éventreur n’est pas un homme.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Et si Jack l’Éventreur était une femme ? Voici la vie de Florence Maybrick, à partir de ses dix-huit ans lorsqu’elle rencontre son futur mari anglais, alors qu’elle est américaine. Comment cette « étrangère » fut-elle poussée dans ses derniers retranchements ? Une enfance instable, une mère castratrice aux mœurs légères, un mari volage ainsi que l’époque victorienne et puritaine sont autant d’explications nous guidant sur le chemin de la réponse. Florence est-elle l’auteur du « Journal de Jack l’éventreur » ? Mêlant biographie et faits réels, ce roman pourrait-il être la clé ? Florence était-elle une perverse narcissique capable d’éliminer ses rivales sans le moindre remord ? Aaron Kosminski a tué l’une des victimes présumées de Jack, et Florence, elle, a tué les autres.

Auto-édition – 330 pages – Broché (10€) – Ebook (0,99€) – Emprunt Kindle

AVIS

Tout le monde connaît les atroces crimes commis par Jack l’Éventreur (Jack The Ripper) dans le quartier malfamé de Whitechapel à Londres en 1888. Des crimes qui ont depuis enflammé l’imaginaire collectif et inspiré de nombreuses œuvres… Sans être une ripperologue aguerrie, je me suis plongée avec curiosité dans cet ouvrage dont la grande force est de nous proposer une théorie originale sur l’identité du célèbre tueur de Whitechapel. Et si toutes les pistes étaient fausses pour la simple et bonne raison que Jack l’Éventreur n’était pas un homme, mais une femme ?

Afin de comprendre ce qui a bien pu pousser une femme à commettre de telles atrocités, les lecteurs sont plongés dans le passé et dans la vie de Florence, une jeune Américaine qui va épouser un gentleman anglais. Le début d’une nouvelle vie pour la belle Américaine, et des ennuis pour lui… C’est que Florence est loin d’être l’épouse attentionnée et aimante qu’espérait James, plus âgé et diablement amoureux. Entre ses caprices, ses dépenses, et la distance qu’elle instaure avec son mari puis avec ses enfants, Florence se révèle tout simplement odieuse !

Difficile d’apprécier une femme aussi égoïste et égocentrique qui ne pense qu’à son bon plaisir. Elle n’en demeure pas moins fascinante par sa force de caractère, son impression sincère d’être dans son bon droit et ses velléités d’indépendance puisqu’elle refuse de se laisser enfermer dans un rôle de mère qu’elle n’a jamais souhaité. Dommage que ce refus, tout à fait compréhensible, soit tel que Florence ne prend pas le temps de s’occuper de ses enfants qui n’y sont pour rien…

Devant l’échec de leur mariage, Florence et James vont, chacun de leur côté, assouvir leur passion dans les bras d’autres personnes. Mais si James accepte l’infidélité chronique de sa ravissante femme sans faire d’esclandre, Florence va se montrer bien plus retorse face aux incartades de son mari qu’elle considère comme un affront intolérable. De fil en aiguille, le lecteur assiste impuissant et étrangement fasciné aux actes de Florence qui se conduit de manière de plus en plus inquiétante jusqu’à sombrer doucement et irrémédiablement dans l’horreur et la folie…

Ses envies de meurtres, de sang et de vengeance quittent alors la douce chaleur de sa maison pour semer chaos et terreur dans le quartier de Whitechapel à Londres. Vous aurez donc compris qu’avec ce roman, l’autrice ne nous propose ni plus ni moins que d’assister à la naissance d’un monstre, Jack l’Éventreur alias Florence Maybrick, une femme instable, psychotique et manipulatrice. Alternant entre scènes d’intérieur où Florence manipule et réfléchit à la manière d’assouvir ses envies d’hémoglobine et scènes où elle passe à l’acte, l’autrice insuffle un climat de tension et d’angoisse qui prend à la gorge. Une tension qui croît à mesure que Florence, de plus en plus grisée par ses « exploits », tend à jouer à un jeu dangereux avec les forces de l’ordre essayant de les mettre sur la piste de Jack l’Éventreur, ou du moins, sur celle de la personne qu’elle aimerait accuser de ses propres crimes.

Florence est détestable, sanguinaire et froide, mais c’est l’atout de ce roman, l’autrice ayant réalisé un formidable travail sur sa psychologie. De fil en aiguille, on entre dans sa tête, on découvre ses traumatismes du passé et on suit ses raisonnements complètement tordus… Impossible de lâcher le roman avant de découvrir jusqu’où sa folie va l’entraîner et si malgré son machiavélisme, elle va finir par faire un faux pas.  Il faut dire que tout le monde n’est pas aveugle face au comportement étrange de cette jeune femme, et que des doutes commencent à s’élever autour d’elle. La situation va d’ailleurs prendre une tournure inattendue…

La fin a su me convaincre puisque je l’ai trouvée à l’image d’une femme manipulatrice qui a su construire autour d’elle un monde de fantasmes, de folie, d’horreur et de sang. J’ai, en outre, apprécié que l’autrice nous montre ici que contrairement à ce que certaines personnes aiment à croire, le sexe faible n’est faible que dans leur imagination, et qu’une femme est tout aussi capable de commettre l’indicible qu’un homme…

Si j’avais émis des réserves sur le précédent livre de l’autrice chroniqué sur le blog, je n’en ai eu aucune sur ce roman qui m’a captivée de la première à la dernière ligne. Même les descriptions de scènes de crime qui ne sont pas, en général, ce que j’apprécie le plus dans un livre m’ont ici intéressée. Il faut dire qu’elles sont indissociables de la personnalité fascinante de notre héroïne qui, en plus de faire une originale, mais crédible version de Jack L’Éventreur, revêt aussi les habits d’un docteur Jekyll et d’un M. Hyde au féminin. Femme de la haute société belle et fragile le jour, meurtrière du peuple et vengeresse la nuit… Une double casquette qu’elle manie à la perfection faisant d’elle une femme aussi impitoyable que redoutable !

De la même manière, il est intéressant de voir la facilité avec laquelle Florence se berce d’illusions estimant que ses odieux crimes sont également un moyen pour elle de dénoncer la crasse et la pauvreté de certains quartiers de Londres laissés aux mains de la vermine. C’est qu’on finirait par lui donner une médaille… Dans tous les cas, j’ai apprécié que l’autrice utilise une femme qui a réellement existé et qui, à son époque, a été au centre d’une retentissante affaire criminelle, pour étayer son roman. Le mélange biographie, fiction et réalité historique fonctionne à merveille et apporte cette petite touche d’authenticité qui rend le récit glaçant et effroyable !

En plus d’une écriture fluide, immersive et assez descriptive pour nous faire saisir toute l’horreur des crimes de Florence, l’autrice nous offre quelques clins d’œil savoureux notamment à des figures emblématiques comme Sherlock Holmes ou le spécialiste français des tueurs en série…

En conclusion, Pascale Leconte a su agréablement me surprendre par un texte immersif,  bien construit et réaliste qui offre une hypothèse originale sur la réelle identité de Jack l’Éventreur. En jouant à merveille sur la mince frontière entre vengeance, décadence et folie, elle arrive à créer un climat où l’angoisse monte crescendo jusqu’à ce que les lecteurs brûlent d’impatience de découvrir si quelqu’un arrivera à se mettre sur la route d’une femme manipulatrice dont l’esprit dérangé vous saisira d’effroi. Basé sur des faits réels, Jack l’Éventreur n’est pas un homme est un roman qui saura vous tenir en haleine et vous pousser dans vos retranchements.

Retrouvez le roman sur le site de l’autrice ou sur Amazon.