Le procès du cochon, Oscar Coop-Phane

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Dans un village et un temps reculé, un monstre croque la joue et l’épaule  d’un bébé laissé quelques instants seul par sa mère, puis repart tranquillement vers la forêt. Il est bientôt rattrapé par une horde d’hommes décidés à le tuer, mais dans le monde des hommes, la justice, comme la mort, se rendent au tribunal. Même si le monstre en question est un cochon qui n’a ni conscience ni parole pour se défendre. Peut-on se faire entendre sans mots  ? Les gendarmes l’embarquent donc et le jettent en prison, avant son grand procès.

Dans un texte court et puissant, Oscar Coop-Phane nous raconte le procès d’un cochon, à l’image de  ceux qu’on intentait aux animaux jusqu’à la fin du XVIIIème siècle, une pratique aussi étrange que méconnue de nos jours. Divisé en quatre parties, le texte retrace d’abord Le Crime, puis Le Procès, écrit comme une pièce de théâtre dans laquelle interviennent tour à tour les avocats des deux parties, la famille de la victime, les témoins et experts consultés, le public et les jurés, et le cochon, comme il peut, comme vous verrez, avant que le Président ne rende sa sentence  : la pendaison. Viennent ensuite L’Attente, où chacun se prépare à la mort du porc  ; Jean, le bourreau, Louis, le tout jeune officier chargé de mener l’accusé, le père Paul, en route pour confesser la bête, la famille éplorée, et le cochon que Le Supplice viendra libérer.

Grasset (09/01/2019) – 128 pages – Broché (12€) – Ebook (8,49€)

AVIS

Fascinée par cette idée que des individus aient, par le passé, estimé juste et pertinent de faire des procès à des animaux incapables de se défendre, j’ai fini par me décider à lire ce roman que j’ai beaucoup apprécié.

Un bébé qui dort paisiblement dans son panier en osier, une mère qui prépare le repas à proximité, un cochon qui erre, qui s’approche, qui hume l’air puis qui croque… Le drame, le sang, la mort, les pleurs, la traque, le procès, la haine, la vengeance, la barbarie ! Au milieu de ce maelström d’émotions et cet enchevêtrement ininterrompu d’événements, des témoignages notamment des parents de la petite victime, et une petite incursion dans la vie d’autres personnages…

En quatre actes, Oscar Coop-Phane nous présente une fable qui soulève un certain nombre de questions sur la peine de mort, la notion d’humanité, la justice, la moralité… Toutes ces questions se teintent d’absurde quand l’on décide de juger le sanguinaire meurtrier, un cochon ! Peut-on réellement juger un animal certes coupable, mais pas responsable puisqu’il n’est pas conscient d’avoir enfreint les lois humaines ? Qu’espère-t-on de ce simulacre de procès quand l’accusé est incapable de comprendre le sens des mots qu’on lui adresse ? Cet anthropomorphisme, poussé à l’extrême, ne finit-il pas par tourner en dérision la justice ?

Et cette justice d’ailleurs, en est-elle vraiment une quand elle donne lieu au déferlement de la haine et de la vengeance ? Qui est le plus coupable : cet animal qui a tué sans haine ni compréhension des conséquences de son acte, ou ces hommes qui eux, bien conscients de chacun de leurs gestes, se transforment en barbares ?

Tout autant d’interrogations que l’auteur aborde avec intelligence à travers l’histoire surréaliste de ce cochon qu’on traite en animal (dans ce qu’il y a de plus infect) sans lui en reconnaître le statut. Poursuivi puis capturé, emprisonné dans une cellule qu’on lui reproche d’avoir transformée en porcherie, interrogé à la barre, condamné, torturé avant d’être pendu, ce cochon est finalement bien plus une victime de la folie humaine qu’un criminel. Je dois avouer avoir été particulièrement saisie d’effroi par une scène dans laquelle l’auteur dépeint, avec toute la précision et le réalisme d’un peintre, la cruauté humaine qui pousse des individus à prendre plaisir à faire souffrir autrui et à faire de cette souffrance un spectacle. D’ailleurs, ne nous y trompons pas, ce que nous propose l’auteur, à travers un découpage très théâtral de son roman, c’est avant tout la mise en scène d’une exécution…

Le découpage en quatre actes de cette farce/tragédie est donc d’une redoutable efficacité, le lecteur étant pris à la gorge par le drame absurde qui se dessine sous ses yeux. Quant à l’écriture fluide et factuelle de l’auteur, elle rend le récit aussi réaliste que prenant.

En conclusion, Le procès du cochon est un roman court, mais intense, qui secoue et confronte le lecteur à la bêtise humaine. L’auteur joue habilement, durant une bonne partie de son récit, sur les mots faisant presque douter de la nature du tueur qui semble parfois plus humain que ses bourreaux. Chacun y verra ce qu’il a envie d’y voir, mais ce qui est certain, c’est qu’à la fin de la lecture, une seule question reste en suspens : entre l’être humain et ce cochon, qui est vraiment le « porc » ?

Feuilletez le roman sur le site des éditions Grasset et/ou retrouvez-le chez votre libraire/en ligne.