Risibles ! (mondes cruels et destins déroisoires), Jean Allouis #ProjetOmbre

Parfois absurdes, souvent cruelles, mais toujours d’un humour décapant, ce sont les vingt histoires de ce recueil.

Risibles ! donne le premier rôle à toute une palette de personnages décalés qu’on n’est pas près d’oublier. Qu’il s’agisse de la comédienne shakespearienne contrainte à tourner dans des blockbusters stupides, de l’homme dépressif inscrit à un stage de perfectionnement au suicide ou de la femme qui souffre d’un sulfureux dédoublement de la personnalité digne des Liaisons dangereuses, impossible de ne pas succomber à l’envie de connaître le pourquoi du comment (… et sa chute, bien sûr).

AVIS

À la recherche d’une ou de plusieurs nouvelles humoristiques pour le thème d’avril du Projet Ombre (humour), j’ai sauté sur ce recueil de nouvelles disponible en téléchargement libre sur NetGalley. Trois des nouvelles sont également proposées gratuitement en version audio sur Soundcloud, sous le titre Petites Histoires Curieuses, Cruelles et Cocasses).

Avant de parler brièvement de chacune des 20 nouvelles, je peux vous dire que le fil conducteur de l’humour est bien présent que ce soit de manière claire et nette ou plus subtile. L’auteur alternant entre cynisme, ironie, humour noir et parfois bien plus bon enfant… il y en a pour tous les goûts, ce que j’ai fortement apprécié, même si certains propos m’ont parfois gênée. Mais on peut imaginer que la désinvolture assumée avec laquelle sont traités certains sujets est également une manière de les dénoncer. Dans tous les cas, l’auteur possède indéniablement une belle plume qu’il sait moduler en fonction des thématiques et des effets recherchés.

Je me suis donc prise au jeu de ces nouvelles, étant à chaque fois impatiente de partir à la rencontre de personnages bien souvent hauts en couleur, parfois attachants, d’autres fois quelque peu antipathiques, énigmatiques, surprenants...  Aucun ne vous laissera donc indifférent. 

Que ce soit en raison des personnalités de chacun, de l’histoire ou des thématiques abordées, toutes les nouvelles ne m’ont pas forcément plu ou convaincue. J’ai donc décidé de les classer en fonction de mon appréciation globale, ce qui vous permettra éventuellement de porter attention aux textes qui m’ont semblé les plus prometteurs, à moins que vous ne préfériez vous concentrer sur ceux qui ne m’ont pas convaincue, mais qui pourraient tout à fait vous convenir…

Certaines chutes font leur petit effet, mais j’aurais peut-être apprécié que les fins soient plus marquantes. Ce n’est pas un point négatif en soi, juste l’expression de mon appétence pour les nouvelles à chute, car ce sont celles dont je me souviens le plus longtemps et que je trouve les plus savoureuses.

À noter que si l’humour est en trame de fond, il y a des thématiques qui reviennent régulièrement comme la famille, les problèmes conjugaux et l’art sous ses différentes formes.


TOP 3

L’étrange cas d’Anne Noblet : dès les premiers mots, j’ai su que j’allais adorer cette nouvelle et je ne m’étais pas trompée. À travers des extraits du carnet d’Anne Noblet et du journal du célèbre docteur Charcot, on assiste à une terrible bataille intérieure. Je préfère garder un certain mystère pour vous laisser le plaisir de la découverte, mais avec cette nouvelle, l’auteur nous prouve son talent pour manier la langue française avec malice et poésie. Il possède, en outre, un côté théâtral qui n’a pas été pour me déplaire. Probablement ma nouvelle préférée de ce recueil !

Un courrier de ministre : afin de le remercier de ses trente ans de bons et loyaux services, la direction d’une entreprise de fromages nomme Auguste Directeur de la Qualité et du Suivi. Un titre ronflant dont notre directeur va assez vite découvrir la vacuité. Mais pas de panique, quand les lettres des clients se tarissent et qu’il n’a plus rien à faire, il va trouver une solution assez cocasse qui ne manque ni de charme ni d’originalité. Moins truculente que la précédente, l’intérêt de cette nouvelle réside, du moins pour moi, dans la personnalité attachante du protagoniste : un homme, puis un retraité entièrement dévoué à son entreprise, qui a su trouver un palliatif assez original à l’ennui et à la solitude.

Didascalies : une nouvelle particulièrement savoureuse dans laquelle un auteur dramatique à succès et reconnu dans le monde du théâtre règle ses comptes de manière aussi malicieuse qu’intelligente. S’il y avait une morale à cette histoire que j’ai adorée, ce serait bien « tel est pris qui croyait prendre« . Quand l’art se met au service d’une douce et pernicieuse vengeance…

ELLES M’ONT TOUCHÉE

Le Maître des mariages : passer du roi des mariages à celui des enterrements, il n’y a qu’un pas… qu’a franchi allègrement notre protagoniste. Après tout, n’est-il pas question d’émotion dans les deux cas ? Et avec son talent inné pour élaborer les plus exquises et touchantes playlist, on peut dire que notre maître des cérémonies sait en véhiculer de l’émotion… Si la chute m’a perturbée pour des raisons personnelles, j’ai apprécié ce voyage dans la vie d’un personnage qui a su donner une certaine beauté à la mort, et trouver dans la musique une forme d’ultime hommage, que ce soit volontaire ou non.

La femme dans l’ascenseur : il y a des gens pas physionomistes pour un sou et parfois inconvenants, du genre à vous fixer dans l’ascenseur ! De fil en aiguille, on suit les digressions et autres pensées d’une femme sur les autres personnes qu’elle rencontre, qu’elle côtoie, sur son fils, son mari qui n’est plus… jusqu’à la chute que l’on pressent arriver, et dont l’on devine les contours avant la fin, mais qui n’en demeure pas moins très touchante.

ELLES M’ONT PLU

Murano : une fois sa femme et sa fille parties vers d’autres horizons, notre narrateur a le temps de meubler son temps comme il le souhaite. Et c’est donc tout naturellement qu’il décide de le passer en compagnie… de son énorme lustre de Murano, objet de dissension dans son ancien couple, objet d’une étrange fierté pour lui. Entre tentatives d’apaisement, envie de flatter l’ego de cet objet surdimensionné et essais de conversations peu concluants, se noue une étrange relation, teintée d’absurde, entre un homme esseulé et un lustre personnifié en ami menaçant... Voici une nouvelle non dénuée d’humour et dont la chute, dans tous les sens du terme, fut brutale !

Quand j’arrivais à la Continental : ou quand le passé rattrape une ancienne star du cinéma français, dont le comportement sous l’Occupation rappelle que derrière le strass et les paillettes se cache parfois la plus ignoble des laideurs. Cette nouvelle, dans laquelle un homme est bien décidé à mettre une femme face à la vérité et à l’horrible personne qu’elle a été, ne devrait pas manquer de vous marquer. De fil en aiguille, le ton léger, presque badin, laisse place à un propos plus fort et acerbe qui nous replonge dans une période de notre histoire bien sombre… Mais les crimes ne restent pas tous impunis et l’heure de la vengeance a sonné !

Une courte apparition : quoi de mieux pour oublier la pénibilité d’un plateau de tournage loin de chez soi, et auprès d’un metteur en scène un peu trop familier et sûr de lui, qu’une brève mais marquante apparition ? En plus de cette ambiance magie du cinéma, ou plutôt tracas de la vie d’acteur, j’ai apprécié l’ironie qui se dégage d’une rencontre entre un acteur et une actrice dont la personnalité, dirons-nous avenante, est aux antipodes du rôle qu’elle interprète…

Je m’appelle Laura : dans cette nouvelle, on parle coming-out, tentative de suicide, pédophilie, réseaux sociaux... Des thématiques fortes, mais que l’auteur a su introduire dans un texte qui fait sourire grâce à la jeune narratrice, une enfant de 8 ans et demi qui a une vision assez naïve et très pragmatique des événements, rendant le tout assez cocasse. Pour ma part, j’ai trouvé le texte intéressant, et si je ne suis pas certaine que la manière dont les parents gèrent la situation soit la plus pertinente qui soit, j’ai, en revanche, apprécié qu’ils rappellent à leur enfant que le plus important est qu’il soit heureux.

Une loge aux Italiens : si Constance vit déjà comme une séance de torture l’Opéra qui se déroule sous ses yeux, contrairement à son mari et à une lointaine cousine qu’il veut déniaiser sur le plan artistique, il s’entend, ses sentiments ne s’améliorent guère quand elle est frappée par l’évidence. J’ai aimé le retour dans le passé, la maîtrise avec laquelle l’auteur décrit le drame qui se joue sur scène, mais aussi dans la vie d’une femme rattrapée par les années et la jeunesse d’une nouvelle fleur prête à éclore.

Rock Critic : un critique de rock pas tendre avec les groupes et artistes dont il n’apprécie pas la musique, et c’est un euphémisme, va faire une désagréable rencontre, une de celles qui frappent, avant de faire la connaissance de figures emblématiques du rock que tout le monde croyait disparues. Si j’ai deviné la chute avant la fin, j’ai apprécié le mordant de la nouvelle et le ton cinglant des avis de notre critique et de son acolyte. Un duo qui dit ce qu’il pense et sans y mettre les formes !

J‘ai tout raté : de quoi peut bien de plaindre un parolier richissime solidement installé ? De ne pas être pris au sérieux par des personnes qui refusent de reconnaître son talent pour écrire des œuvres plus nobles que des chansons populaires. Mais ça, c’était avant d’avoir une idée de génie… Une idée impliquant un homme d’abord réticent, puis franchement enthousiaste. Il faut dire que si l’échange de procédés n’est pas sans risque, il  n’en demeure pas moins très tentant. En effet, difficile de résister à la gloire et à la reconnaissance de ses pairs même si elles sont temporaires ! Je n’aurais pas été contre quelques pages de plus, et une fin avec plus de panache, mais cela ne m’a pas empêchée d’apprécier cette nouvelle.

Le suicide est un sport trop risqué (pour qu’on l’autorise à ceux qui ne l’ont encore jamais pratiqué) : si en France, la question du suicide assisté demeure un sujet tabou, ici l’auteur prend le contre-pied en abordant cette thématique de manière décomplexée. Notre narrateur en assez de la vie ? Pas de souci, une solution lui est proposée en la forme d’un stage de préparation au suicide. Parce que quitte à laisser la vie derrière soi, autant le faire avec panache ! Au programme, étude des différentes voies de sortie : pendaison, arme à feu, arme blanche, noyade… Il n’y a plus qu’à faire son choix. Mais notre protagoniste est-il certain de vouloir tirer sa révérence ? Cette nouvelle ne manque pas de cynisme et sa chute d’une ironie cinglante m’a beaucoup plu.

Première nouvelle ! : un jeune auteur de 72 ans, notre protagoniste aime la formule, laisse cours à sa fibre créatrice et écrit sa première nouvelle, dont nous avons la chance de lire des extraits. Il imagine la réception de son texte, les invitations pour en parler, mais aussi les critiques, avant d’en tirer une certaine conclusion… En voici une nouvelle qui nous plonge avec aplomb dans les affres de la création et nous prouve qu’on n’est jamais plus critique qu’avec soi-même !

SYMPATHIQUES MAIS IL M’A MANQUÉ UN PETIT QUELQUE CHOSE

Paradis Terrestre : Léopold, homme quelque peu certain de ses qualités, a une vie et des nuits parfaitement ordonnées, millimétrées et organisées, du moins jusqu’à ce qu’un grain de sable ne vienne enrayer une machine pourtant bien huilée… J’ai surtout apprécié cette nouvelle pour la nature et la personnalité du grain de sable dont le passé difficile nous est progressivement dévoilé. Quant à la fin, sans offrir une chute rocambolesque, elle m’a bien plu et promet des instants difficiles pour Léopold.

Sparadrapbien plus longue que les autres, cette nouvelle nous présente différents personnages qui, comme on le découvre en cours de lecture, sont tous liés. J’ai tout de suite ressenti un certain attachement pour Monsieur Paul, un vieillard peut-être pas si ronchon que cela, et pour Sparadrap, surnom donné à une infirmière qui panse les cœurs en plus des corps. J’ai un peu moins été touchée par sa petite amie, Laura et encore moins par La Pieuvre, le patron aux mains baladeuses de Laura. De fil en aiguille et au gré de leurs péripéties, bien souvent surprenantes, les liens entre ces différents personnages se resserrent, permettant à chacun d’évoluer… J’ai néanmoins été moins convaincue par le chapitre 4 qui m’a paru « too much ». C’est bien sûr personnel, mais je pense que j’aurais gardé un bien meilleur souvenir de cette nouvelle si elle s’était arrêtée à un événement qui marquait autant une fin qu’un commencement, d’autant que certains revirements de personnalité m’ont semblé forcés et incohérents. On notera néanmoins la construction originale de cette nouvelle autour de plusieurs chapitres, dont chacun porte un intitulé plutôt parlant et non dénué d’humour. 

Laurel Canyon : actrice de théâtre au début de carrière prometteur, Laurel passe maintenant ses journées à jouer seule devant un fond vert pour une superproduction Marvel, auprès de grandes stars qu’elle ne côtoie quasiment pas. Il y a plus stimulant dans la vie d’une actrice ! Mais finalement, n’est-ce toujours pas mieux que de rentrer chaque soir pour retrouver une famille avec des problèmes qui, hélas, ne se règlent pas à coup d’effets spéciaux ? Il y a un certain désabusement dans ce texte qui, en plus de pointer l’évolution du métier d’acteur de cinéma, a le mérite de montrer que les acteurs et actrices sont des personnes comme les autres…

Quelqu’un a vu Jack ? : en assistant à une scène gênante, mais à l’étrange pouvoir hypnotique, notre protagoniste n’aurait jamais pensé être frappé par un sentiment duquel il s’était toujours tenu à l’écart, avant de renouer de la plus incongrue des façons avec une vieille connaissance. Le hasard a parfois des coïncidences qu’il est préférable de ne pas questionner, mais plutôt de savourer. La nouvelle est bien écrite, mais j’avoue que tout ce qui touche aux relations de couple ne m’intéresse guère… J’ai néanmoins apprécié la manière dont l’auteur a su nouer habilement présent et passé.

ELLES M’ONT LAISSÉE INDIFFÉRENTE

Tu me manques : pas facile d’essayer de suivre une série d’enquêtes so british à la télé tout en tentant vaguement de répondre à une ex plaintive au téléphone, tout ça pendant que votre compagne prépare un gratin dans la cuisine… Mais quand il faut, il faut. Je n’en dirai pas plus, n’ayant pas particulièrement accroché à cette nouvelle.

Et qu’on parle un peu de lui... : on alterne entre trois personnages : la femme trompée pour la énième fois, le mari volage et complètement indifférent au mal qu’il fait à sa femme, et la dernière maîtresse en date bien dépitée de ne pouvoir présenter son amant à ses parents. C’est que ça ne se fait pas ! Si comme pour les autres nouvelles, la touche d’humour est appréciable, la thématique principale et son traitement ne m’ont pas passionnée et l’absence de chute ne m’a pas permis de terminer la lecture sur une note plus positive…

Je remercie l’auteur, la maison d’édition et NetGalley pour cette lecture.

Mini-chroniques en pagaille #29

Mini-chroniques en pagaille

Plus détaillées qu’un simple commentaire, mais moins développées qu’une chronique, les mini-chroniques me permettent de partager succinctement mon avis sur certaines de mes lectures que je n’ai pas eu le temps ou l’envie de chroniquer de manière plus classique.


Toutes ces nouvelles, téléchargeables gratuitement sur Amazon, ont été lues dans le cadre du challenge Le mois des nouvelles et du Projet Ombre 2021

  • 41 unités temporelles, Anthony Boulanger

41 unités temporelles par [Anthony Boulanger]

Ayant le profil psychologique idéal, le colonel Perry a été sélectionné pour effectuer une mission confidentielle de la plus haute importance et dont les retombées scientifiques sont des plus excitantes. Mais si le militaire reste peu réceptif aux explications scientifiques qu’on lui donne, on ne peut s’empêcher de se dire qu’il devrait peut-être rester attentif et se poser quelques questions quant aux contours précis de sa mission…

J’ai apprécié la tension que l’auteur instaure avec un jeu efficace sur le temps et cette sensation que quelque chose de dangereux se profile. J’ai également trouvé intéressante la manière dont il insiste sur le profil psychologique du colonel Perry, nous donnant le sentiment que rien dans cette histoire n’est du au hasard… Quant à la révélation, elle a un côté cynique qui correspond assez bien aux modèles économiques en vigueur dans nos sociétés.

En bref, voici une nouvelle qui se lit rapidement et qui, bien que très courte, ne manquera pas de captiver les lecteurs.

  • Au bon vieux temps, Raymond Milési :

Au "Bon vieux temps" par [Raymond Milési, Michel Borderie]

Difficile de trouver un titre plus approprié pour cette courte nouvelle qui nous transporte dans les pensées d’un homme isolé sur une planète dont on ne sait rien, si ce n’est qu’elle n’est pas la Terre.

Mais peu importe puisque notre narrateur la fait revivre à travers ses souvenirs, mais aussi les espoirs qu’ils placent dans l’arrivée de nouveaux colons. Quand enfin ils seront là, cette solitude qui semble sienne pourra s’envoler au profit de repas partagés, de rires, de chaleur humaine et du retour du « bon vieux temps »…

De la nostalgie d’un passé révolu et condamné aux espoirs d’un homme dont la solitude émeut, voici une nouvelle qui, en quelque pages, arrive à transmettre beaucoup d’émotions tout en poussant les lecteurs à s’interroger sur la Terre et  la propension de l’homme à la violence et à la destruction.

  • Tous les robots s’appellent Alex, Jean Bury

Tous les robots s’appellent Alex par [Jean Bury]

Quand les robots et les intelligences artificielles sont bien souvent présentés comme les destructeurs de l’humanité, ils ont ici tenté de la sauver sans grand succès. Un virus a ainsi éradiqué tous les hommes qui n’ont laissé derrière eux qu’un vaisseau spatial habité par une intelligence artificielle, Père, et sa créature, un cyborg de quatorze ans qu’il élève comme un humain. Ainsi, si les hommes ont disparu physiquement, Père est, quant à lui, bien décidé à poursuivre sa mission et à sauvegarder le souvenir de leur existence et de leurs us et coutumes.

C’est d’ailleurs dans ce but qu’il a créé et conditionné Alex, mais de fil en aiguille, ce dernier va en venir à s’interroger sur la notion d’humanité et la pertinence de préserver le souvenir d’un monde déchu depuis des siècles. Des questions qui en appellent d’autres et qui vont le conduire sur un chemin dangereux, celui de la vérité.

J’avais très vite anticipé le secret que va mettre à jour Alex, mais cela ne nuit en rien au plaisir que l’on prend à suivre ce jeune cyborg dans ses questionnements et à le voir interagir avec son créateur. Une relation créature/machine qui se révélerait presque touchante même si c’est finalement Alex qui émeut le lecteur de par sa solitude, ses besoins de réponse et le poids des responsabilités qui pèsent sur ses épaules…

En bref, voici une nouvelle fort immersive qui ne manquera pas de vous faire réfléchir sur de nombreux thèmes comme la notion d’humanité et le rapport homme/IA/machine. Mon seul petit regret est ne pas en savoir plus sur l’après, sur le nouveau chemin emprunté par un protagoniste qui a compris que vivre, ce n’est pas simplement exister.

  • Notre Mère, Philippe Deniel

Notre Mère par [Philippe DENIEL]

Nous suivons ici une escouade dépêchée pour accoster un navire-colon, l’Amerigo Vespucci, mais à bord, tout ne se passera pas comme prévu, et ce qui aurait dû être une classique mission va prendre une tournure inattendue. En plus des Déchus que les Chevaliers, accompagnés d’un shaman, sont venus détruire, le navire semble abriter une autre entité.

Quant à découvrir sa nature, il vous faudra lire cette courte nouvelle dans laquelle la tension monte crescendo. En plus de l’hostilité des Chevaliers envers le shaman qu’ils considèrent comme une abomination malgré son savoir-faire, une menace bien plus grande semble être sur le point d’être démasquée à moins que…

J’ai beaucoup apprécié cette nouvelle dont la fin m’a vraiment surprise, et m’a prouvé que, d’une part, ceux qui aboient ne sont pas forcément ceux qui mordent, et que d’autre part, certains sont prêts à tout pour combler une Mère extrêmement possessive !

  • Sale temps pour un mutant, Guillaume Sibold

Sale temps pour un Mutant par [Guillaume Sibold]

Dans une ambiance de fin du monde, nous suivons un mutant qui tente, tant bien que mal, de survivre durant une nuit sanglante où les Jack-O’ sont de sortie.

Ces monstres, pourtant faits de chair et de sang, terrorisent chaque année, durant une seule et unique nuit, tout le monde : des mutants ayant subi des transformations physiques aux pillards en passant par les créatures peu ragoûtantes qui hantent les recoins de la ville, une fois la nuit tombée.

L’auteur instille, page après page, pas après pas, une bonne dose d’horreur à travers cette bande déguisée et violente qui traque et massacre leurs proies. Et quand ce n’est pas entre les mailles de leur filet que notre mutant doit passer, c’est entre celles d’une créature qui, heureusement pour lui, possède un étrange et intéressant point faible.

Si vous aimez ressentir cette bouffée d’angoisse qui monte à mesure que se tournent les pages, vous allez apprécier cette nouvelle qui donne l’impression déstabilisante de devoir, aux côtés de notre protagoniste, lutter pour sa survie dans un monde post-apocalyptique digne d’un bon film d’horreur.

Et vous, lisez-vous parfois des nouvelles et/ou de la science-fiction ?
Certaines de ces nouvelles vous tentent-elles ?

Framboise et volupté, Pascale Leconte

Prenez un chaudron, mettez-y trois bulles de savon, un soupçon de chlore, une plume de corbeau, un morceau d’étoffe et deux lucioles scintillantes, remuez le tout avec passion, vous obtiendrez ce recueil de nouvelles fantasques et gourmandes.

« Prix de la Nouvelle » reçu au Salon du Livre Gourmand de Périgueux en 2006.

Stellamaris (25 septembre 2015) – Broché (15€)
Illustrations : Martin Trystram

AVIS

Je sais que vous êtes nombreux à ne pas apprécier le format nouvelle, mais j’ai bon espoir qu’avec un recueil de cet acabit, votre opinion évolue quelque peu à ce sujet. C’est simple, il s’agit ici de l’un des meilleurs recueils de nouvelles que j’aie pu lire. Plein de fantaisie, de gourmandise, de douceur et de tendresse, ce recueil se savoure le sourire aux lèvres avec cette impression d’être complètement immergé dans une lecture évasion. Vous savez, du genre de celle qui vous enferme dans une bulle protectrice et chaleureuse dans laquelle vous vous oubliez avec volupté.

J’ai donc dévoré ce livre découvrant avec plaisir chacune des nouvelles qui, bien que très différentes les unes des autres, ont en commun de célébrer l’amour, la gourmandise et la passion sous toutes ses formes. En plus de récits mignons à souhait, qui ont fait fondre mon cœur, j’ai adoré retrouver la plume poétique et élégante de Pascale Leconte. Une plume joliment mise au service de personnages hauts en couleur et attachants et d’un univers gourmand et fantasque, auréolé d’une douce et joyeuse exubérance. Ce fut, en outre, une agréable surprise de retrouver des personnages découverts dans le roman Narcisse versus Lollaloca. Mais je vous rassure, pas besoin de l’avoir lu pour savourer ce pétillant recueil.

Qui dit nouvelle, dit chute, et à ce niveau, vous serez gâtés, l’autrice s’étant évertuée à terminer ses histoires de manière à vous émerveiller, à vous surprendre et à vous donner le sentiment que l’amour est définitivement une bien belle chose à partager et à ressentir. Cerise sur le gâteau, quelques illustrations sont disséminées par-ci, par-là. Un bonus fort appréciable qui ajoute beaucoup de cachet et de charme à ce recueil qui en est déjà bien pourvu.

Framboise et volupté, Pascale Leconte

Pétillant, fantaisiste, délicat et non dénué d’humour, voici un recueil que je vous invite à lire et à relire. Gourmandise et bonne humeur garanties !

Pour plus de détails, voici mes impressions succinctes pour chacune des nouvelles du recueil. 

  • Framboise et volupté : digne d’un véritable conte de fées, Pascale Leconte nous propose ici une très jolie histoire qui aurait pu s’intituler « le pouvoir créateur de l’amour ». Vladimir Sauvage travaille dans une boulangerie où il vend, jour après jour, pâtisseries et autres gourmandises. Un métier qui ne le passionne guère, mais qui lui offre le plus beau des cadeaux : la possibilité de voir, chaque semaine, une jolie cliente aux cheveux roses. Timide au possible, mais bien décidé à déclarer sa flamme à cette femme qui hante ses pensées, le voilà lancé dans l’expérience de la gourmandise et de la créativité !

Cupcake Bac, Gâteaux, Plat, Gâteau

Je n’en dirai pas beaucoup plus, mais j’ai été touchée par la sensibilité et la générosité de ce personnage et ai apprécié la manière dont ses sentiments vont le pousser à se dépasser et à trouver sa voie. Quant à la chute, elle ne devrait pas manquer de vous faire sourire, et de vous attendrir. Entre amour, secret et gourmandise, voici un joli moment sucré à déguster et, si possible, à partager.

  • Twïnna Azur : Twïnna Azur est une personne fantasque qui aime le changement et qui n’hésite pas à faire preuve d’originalité, notamment dans son style vestimentaire et/ou capillaire. Cela la rend intrigante et attachante, mais son apparence est tellement changeante que les gens ont parfois bien du mal à la reconnaître ! Un problème qui n’empêchera néanmoins pas un mystérieux homme de tomber sous son charme et de lui déclarer sa flamme par missive. Dans ses poétiques et anonymes courriers , le jeune homme la convie à des rendez-vous sans jamais, hélas, les honorer…

Vieilles Lettres, Courrier

Qui est-il et pourquoi ne suit-il pas les élans de son cœur en rencontrant l’élue de son âme ? Une question qui vous poussera à tourner les pages avec entrain même si l’on devine rapidement les tenants et les aboutissants d’une histoire qui ne manquera pas d’éveiller en vous de jolies émotions et, peut-être, de provoquer quelques doux papillons. Mignonne à souhait, cette nouvelle m’a fait fondre alors que je suis loin d’être une grande romantique dans l’âme.

    • Luciole et Blandine : Luciole et Blandine, en plus de se ressembler comme deux gouttes d’eau, ont les mêmes avis et partagent le même projet professionnel : ouvrir un magasin de friandises. Mais contre toute attente, des divergences naissent entre les jumelles qui choisissent alors de se lancer chacune de leur côté dans l’aventure de l’entreprenariat. Le succès est heureusement au rendez-vous pour les deux sœurs qui vont rapidement tomber sous le charme d’un galant client qui côtoie les deux boutiques. Mais laquelle des deux jumelles intéresse vraiment cet homme, son comportement nous laissant perplexes ? Difficile de le deviner à moins qu’il ne se moque en toute impunité des belles demoiselles. Mystère et boule de gomme !Boutique, Bonbons, Friandises
      L’autrice a su me surprendre avec une chute que je n’avais pas vue venir, mais qui m’a bien fait sourire et que j’ai trouvée à la hauteur de deux jeunes femmes pétillantes et de caractère.
  • Le pouvoir de la lune noire : Moon Pervenche est la reine des potions supposées magiques, mais que la magie intervienne ou non dans ses préparations, ce qui est certain, c’est que la réputation de la jeune femme n’est plus à faire. Accompagnée de son fidèle corbeau, elle reçoit donc avec plaisir ses différents clients, certains ayant des demandes plus ou moins surprenantes et légitimes. Il existe néanmoins une requête que Moon refuse avec véhémence, éthique de « sorcière » oblige, l’élaboration de philtres d’amour. Il y a des choses avec lesquelles on ne plaisante pas ! Et si un événement venait remettre en question cette sage politique ?

 

Purple, Magie, Potion, À Base De Plantes
J’ai très vite deviné le retournement de situation final, mais j’ai adoré suivre cette jeune femme en proie à des émotions qui ne l’avaient, jusqu’à présent, jamais traversée. Elle apprendra ainsi qu’il ne faut jamais juger autrui trop durement puisque face à nos propres élans du coeur, la sagesse s’offre parfois des vacances forcées… Quant à son compagnon à plumes et à bec, son petit caractère ne devrait pas vous laisser indifférent. Mélange de sorcellerie et de pommes sucrées, encore une belle nouvelle à croquer !

  • Enquête en maillot de bain : l’inspecteur Valgatt est envoyé dans une station thermale, le Paradis Bleu, afin de mener une enquête sur la disparition d’Eléa Novak. Malgré ses cheveux bleus qui la rendent facilement repérable, la jeune femme semble s’être tout simplement volatilisée ! Bien décidé à la retrouver, notre policier va alors avoir besoin de tout son savoir-faire et de toute sa patience pour faire parler des suspects forts peu sympathiques et pas vraiment très coopératifs. Et si toutes les personnes interrogées lui cachaient quelque chose ?

Femme, Maillot De Bain, Piscine, Détente
Plus que l’enquête en elle-même, ce qui fait le charme de ce récit, c’est la chute ainsi que l’ambiance particulière de cette station thermale d’un genre nouveau qui propose des installations et des services plutôt originaux ! J’irais bien y faire un petit tour. Quelqu’un se dévoue pour m’accompagner ? Mais je vous préviens, je décline toute responsabilité en cas de disparition inopinée…

Je remercie Pascale Leconte pour cette sympathique lecture.

 

Throwback Thursday Livresque #146 : neige

J’ai décidé de participer à un nouveau rendez-vous autour du livre : le Throwback Thursday Livresque. Imaginé par Bettie Rose Books, le principe est de partager chaque semaine sa lecture autour d’un thème mensuel qui sera décliné chaque semaine. Depuis peu, les liens de participation sont à déposer sur My-books.


Pour ce thème, j’ai tout de suite pensé à un recueil de nouvelles lu l’année dernière : Y aura-t-il trop de neige à Noël ?

Couverture Y aura-t-il trop de neige à Noël ?

« C’est le soir du réveillon. Catherine a oublié le brie aux truffes, Valentine est coincée dans la cabine d’essayage d’un grand magasin, déguisée en mère Noël. Pauline déprime en Toscane, seule et célibataire. À New York, le Dr Sam Miller se rend à un énième rencard de Noël organisé par sa soeur Imogene. Nina se retrouve enfermée chez elle, sous les toits de Montmartre, avec un inconnu et Audrey est en garde à vue pour avoir manifesté contre un abattoir. Tous ces personnages ont un point commun : malgré les apparences, ils vont passer le réveillon le plus féerique de leur vie !

Êtes-vous prêt pour un Noël 100 % comédie, 100 % romantique, 100 % magique ? »

Pourquoi ce choix ?

Je pense que le titre et la couverture expliquent aisément mon choix…

Je ne suis pas une grande adepte des romances de Noël, mais j’ai quand même voulu donner sa chance à ce recueil séduite par l’idée de suivre différentes petites histoires et donc de limiter le risque d’ennui. L’expérience ne fut malheureusement pas très concluante. Je n’ai pas détesté ce livre, mais je me suis pas mal ennuyée même s’il y a un point qui m’a séduite : le fait de retrouver chaque couple un an après sa rencontre. En plus d’être original, cela pimente un peu le tout.

Si vous aimez les romances de Noël, ce recueil pourrait vous plaire. Pour ma part, j’ai décidé de retenter ma chance cette année avec une autre parution, Noël et préjugés. Avec un tel titre, je ne pouvais qu’être tentée !

« Pour Noël, Eva se voit offrir une cure d’amaigrissement détox en Savoie, Cassandra un séjour de rêve dans un hôtel perdu dans les montagnes. Lisa se réfugie chez sa psychanalyste, terrifiée à l’idée de revoir son amour de jeunesse. Vincent tente désespérément de reconquérir son ex avec l’aide d’un coach en séduction loufoque. Lara est enfermée dans un magasin de jouets avec son chef qu’elle exècre, quant à Charlie, elle est coincée dans une tempête de neige à New York, coupée du monde à un moment crucial…

Ces six personnages ne se connaissent pas, mais sont liés à leur insu par le même roman : une ancienne édition d’Orgueil et Préjugés à la couverture rouge, qui passe de main en main et pourrait leur porter chance… Ou pas ! »

Et vous, avez-vous lu l’un de ces recueils ?
Qu’en avez-vous pensé ?

Légendes urbaines, Sébastien Gallois

Légendes urbaines par Gallois

Je remercie Évidence éditions pour m’avoir envoyé Légendes urbaines de Sébastien Gallois dans le cadre du Crazy Books Day qui a lieu le premier jeudi de chaque mois.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Il y a des personnes que vous pouvez croiser dans une rue sans leur accorder la moindre attention. Des gens dont l’histoire ne fera jamais les gros titres, dont les drames ne seront connus que de quelques personnes pour être vite oubliés. Après tout, qui s’intéresse aux souffrances que peut causer une femme éprise d’amour et de liberté, aux enquêtes menées par un flic retraité…

Évidence éditions – Collection Clair-Obscur – 198 pages
Broché (12,99€) – Ebook (5.99€)

AVIS

Visages et silhouettes anonymes dans une rue à l’atmosphère violacée… cette magnifique couverture a tout de suite attiré mon attention et donné envie de m’intéresser à ces Légendes urbaines.

Sébastien Gallois nous propose ici trois nouvelles très différentes les unes des autres, mais toutes très marquantes. Avant de vous parler plus en détail de chacune d’entre elles, je tenais à mettre en avant l’atout charme de ce livre : la plume de l’auteur. Poétique, fine et élégante, elle permet de ressentir pleinement l’intensité qui se dégage des différents récits qui, comme vous le verrez, devraient vous faire vivre de multiples émotions.

  • La symphonie de la tempête

Une jeune musicienne qui doit étudier et travailler en attendant de pouvoir vivre pleinement son rêve, un jeune homme qui lui aussi a un projet artistique, une rencontre, une union… et la désillusion.

J’avoue que cette nouvelle m’a quelque peu déroutée ne sachant pas exactement où voulait en venir l’auteur. S’agissait-il simplement du récit d’une relation amoureuse commencée sur un rêve et terminée par un cauchemar, celui d’une vengeance, une histoire destinée à prôner la poursuite de ses rêves et aspirations profondes quelles qu’en soient les conséquences ? La fin grandiose et très théâtrale, qui m’a d’ailleurs complètement surprise, pourrait faire pencher la balance pour l’une de ces hypothèses… Mais peu importe, le plus important étant, à mon sens, que l’auteur a réussi à offrir une histoire courte et intense dans laquelle on se plonge sans réserve et avec curiosité.

Au fil des pages, on suit le schéma classique d’une relation qui part en déliquescence sans pouvoir s’empêcher de ressentir agacement, peine et indulgence. Et de l’agacement, j’en ai eu face à une femme égocentrique qui tend à rejeter tout son malheur sur la société et son mari sans se questionner sur ses propres choix et actions. Quelle femme horripilante ! Elle dégage pourtant de la beauté par son amour pour la liberté, la musique et l’art. Il est juste dommage que sa passion annihile, paradoxalement, toute trace d’humanité et d’empathie chez elle… Brillante musicienne et compositrice, elle est donc le parfait exemple de ces personnes dont on admire le travail, mais dont on ne supporte pas la personnalité.

Cette nouvelle m’a fait ressentir des émotions plutôt intenses, et m’a conquise par les différentes réflexions qu’elle induit sur le processus créatif, l’importance de vivre l’instant présent, la portée de ses rêves et de ses ambitions, l’amour et la haine, et la tempête intérieure que de tels sentiments peuvent provoquer en chacun d’entre nous pour le meilleur et pour le pire…

  • Sa dernière enquête

Cette nouvelle a été un coup de cœur ! Je vais d’ailleurs avoir du mal à vous dire pourquoi je l’ai tant appréciée sans partir dans tous les sens…

Il y a d’abord ce titre dont le côté dramatique a titillé ma curiosité dès le début de ma lecture introduisant d’emblée un certain suspense. Mais ce que j’ai le plus apprécié est sans aucun doute le protagoniste, un sexagénaire appartenant à un groupe de « super-héros », que j’ai trouvé particulièrement bien construit, attachant et touchant. Lasse de ces coéquipiers masqués plus intéressés par les réunions et les vues sur YouTube que par l’action, il va se lancer en solitaire dans des opérations dont on peut questionner la pertinence d’autant qu’elles le mettront dans une situation délicate… On suit avec plaisir et une certaine angoisse cet homme qui, depuis son départ à la retraite, cherche à continuer à aider la justice et à retrouver un rôle actif dans la société.

Au-delà de cette histoire captivante, l’auteur aborde avec beaucoup de justesse et sans lourdeur différents thèmes : la course à la notoriété sur des réseaux tels que YouTube, le thème du terrorisme et de la place des réseaux sociaux dans son expansion, la morale et la justice… et la notion de super-héros.

Un super-héros doit-il porter une cape et avoir des super-pouvoirs pour changer le monde ? Ou chacun peut-il devenir un super-héros du quotidien contribuant, par des actions individuelles et petits gestes, à améliorer la société ? Une question que je trouve intéressante d’autant qu’elle traduit une tendance que l’on constate parfois sur les réseaux sociaux : des gens qui se mobilisent derrière leur écran, mais qui ne traduisent pas forcément leurs revendications par une action concrète…

Quant à la fin, elle m’a, comme pour la nouvelle précédente, prise de court, mais je l’ai  trouvée très belle et pleine de sensibilité.

Superhero, Shirt, Tearing, Superman, Everyday Life

  • Ils sont jugés. Ils sont châtiés.

Sébastien Gallois termine son recueil avec une histoire sombre et dérangeante à souhait ! Anne, étudiante en prépa à Lyon, vit un événement traumatisant qui ne la laissera pas indemne. Blessée et déboussolée, elle rencontrera un énigmatique personnage qui lui montrera la possibilité d’une nouvelle vie, une vie guidée par un sens particulier de la justice. La jeune femme prendra alors une décision qui ne souffre d’aucun retour en arrière…

Je préfère rester vague quant à ce récit bouleversant qui ne pourra que susciter en vous une avalanche d’émotions plutôt fortes et parfois contradictoires. Il faut dire que l’auteur, à travers un drame réaliste, soulève un certain nombre de questions quasi philosophiques sur des notions complexes telles que la morale, la loi, la justice… Jusqu’où peut-on aller pour punir un criminel sans perdre soi-même son humanité ? La loi du talion est-elle vraiment le seul moyen pour « venger » une victime ou du moins, lui rendre justice ?

Restant parfois interloquée voire dégoûtée face à certaines décisions de justice, j’ai réussi, sans l’accepter, à comprendre la logique développée par ce personnage aux allures d’ange vengeur qui fascine autant qu’il horrifie. Une antithèse de super-héros à moins que ce soit une version de super-héros dépouillée de toute humanité…

L’ambiance noire et étouffante qui se dégage de ce récit ne plaira pas à tout le monde, mais l’auteur nous prouve ici qu’il arrive avec brio à pousser les lecteurs dans leurs retranchements. J’ai d’ailleurs retrouvé, dans une certaine mesure, la même impression de noirceur qui colle à la peau que dans certains thrillers très sombres.

Lawyer, Scales Of Justice, Judge, Justice, Court


En conclusion, sans jamais tomber dans la facilité, Sébastien Gallois arrive à surprendre par des récits forts qui suscitent émotions et réflexions, et des fins inattendues. Qu’il explore les tourments d’une artiste, ceux d’un retraité ou d’une étudiante victime d’un acte barbare, il le fait avec beaucoup d’intensité, de finesse et une certaine poésie.  Amour, haine, rêve, vengeance… sont au programme d’un ouvrage qui ne devrait laisser aucun lecteur indifférent.

Découvrez le livre sur la boutique en ligne d’Évidence éditions.

Comme un poisson hors de l’eau (recueil de nouvelles), Rooibos éditons

Je remercie Babelio et Rooibos éditons pour m’avoir offert, dans le cadre d’une opération masse critique, la possibilité de lire ce recueil de nouvelles. En grande consommatrice de thés et de rooibos, je suis complètement fan du nom de cette maison d’édition toute jeune, puisque créée en 2016. Comme un poisson dans l’eau est d’ailleurs le premier ouvrage qu’elle propose au public.

A noter qu’un petit mot manuscrit et un carnet accompagnaient le livre ; petites attentions toujours appréciables.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Six auteurs ont relevé le défi d’écrire une histoire courte dans laquelle les personnages essaient de trouver une issue dans un lieu, un temps ou un monde complètement différent.
Ce recueil de six nouvelles en est le résultat. Six histoires de personnages touchants, étrangers à leur monde ou à leur propre corps. Six histoires originales aux univers variés : réalistes et fantastiques, contemporains et futuristes. Six histoires émouvantes qui nous donnent l’occasion d’être, pour un court instant, comme un poisson hors de l’eau

  • Broché: 96 pages
  • Éditeur : Rooibos Éditions (19 mai 2017)
  • Prix : 10€
  • Autre format disponible : ebook

AVIS

Ce recueil contient six nouvelles toutes très différentes, mais avec le point commun de tourner autour d’un thème très original : Comme un poisson dans l’eau.

  • Le cheveu blancMickaël Auffray

Théo découvre, un matin comme les autres, une chose pas comme les autres : son premier cheveu blanc. Branle-bas de combat dans sa tête, il est bien déterminé à terrasser l’ennemi !

Découvrir un cheveu blanc quand on a la trentaine n’a rien de surprenant ni de très dramatique. Alors le lecteur assiste médusé et, avouons-le, amusé à la recherche désespérée de Théo pour trouver une pince à épiler avant que sa compagne ne découvre le pot aux roses. Nous le suivons dans son périple le conduisant dans un magasin où il devra affronter son propre Goliath, mais aussi dans les transports où son obsession du cheveu blanc ne passera pas inaperçue, et dans un bar au sein duquel il rencontrera un drôle de type, pour ne pas dire un fou. Seront alors question de temps qui passe et surtout d’apocalypse !

Certains passages m’ont amusée et fait sourire, car Théo est clairement dans l’exagération comme si le temps qui passe lui faisait horriblement peur. Néanmoins, la chute nous permet de nous rendre compte que la situation ne prêtait pas vraiment à sourire… J’ai d’ailleurs apprécié la fin que je n’avais pas anticipée ne sachant pas quelle direction allait prendre l’auteur. J’ai, enfin, aimé la métaphore de l’apocalypse touchant le monde pour représenter celle qui a lieu dans la tête de notre protagoniste à la découverte de son premier cheveu blanc.

  • Altéa, Régis Goddyn

Altéa est en détresse perdue dans l’espace avec, comme seule compagnie, un robot du nom de Bob…

Je dois reconnaître n’être pas très fan de science-fiction pure et d’histoires se déroulant dans l’espace. Heureusement, le format très court de ce récit m’a quand même permis de le lire sans déplaisir d’autant qu’il ne m’a pas fallu très longtemps pour suivre avec anxiété l’aventure d’Altéa. On ne peut s’empêcher de souhaiter qu’elle survive à cette expédition qui a mal tourné. Altéa, quant à elle, semble plus lucide sur son sort estimant que ses chances de survie sont proches du néant. Cela ne l’empêche pas cependant de prendre les choses en main n’attendant pas les bras ballants sa mort. Elle a définitivement les traits d’une battante !  Mais cela sera-t-il suffisant pour faire pencher la balance du destin ?

A la fin de l’histoire, l’auteur introduit brièvement une nouvelle personne avec sa propre problématique, mais je ne peux pas vous en dire plus sans vous spoiler. J’ajouterai donc seulement que cela introduit un certain questionnement et laisse, à mon sens, deux interprétations possibles à la nouvelle. Ou c’est possible que ce soit juste moi qui ai trop d’imagination et qui aime me poser des questions. Mais peu importe que ce soit une volonté de l’auteur ou de mon esprit puisque c’est un aspect que j’ai apprécié.

  • Olga, Roger Grange

Olga et Tang n’étaient pas vraiment destinés à se rencontrer ! La première est guide sur un bateau de croisière, « l’Anton Tchekhov », en Russie quand le second est un étudiant chinois fasciné par les créatures marines des plus terrestres aux plus mythiques comme les Selkies et les sirènes. Ils partagent néanmoins tous les deux l’amour de l’eau et des animaux.

J’ai tout de suite été happée par le récit en raison de la plume de l’auteur que j’ai beaucoup aimée. Raffinée avec un petit côté poétique, elle sied à merveille à cette histoire teintée d’onirisme. Ce fut également un plaisir de voyager, même un bref instant dans deux immenses pays que je connais très peu : la Russie et la Chine. La brièveté de l’histoire ne permet pas les épanchements ni les longs développements, mais il n’empêche, je me suis aisément imaginé dans les différents lieux de l’intrigue. Le fait, en outre, que l’auteur aborde le mythe des sirènes à travers l’attraction qu’elles exercent sur Tang n’était pas pour me déplaire adorant ces créatures. L’auteur arrive d’ailleurs à tenir en haleine le lecteur en le promenant entre rêve et réalité à travers le personnage d’Olga. Cette femme dont on entrevoit la beauté semble envoûter Tang tout comme le lecteur qui se l’imagine presque sous les traits d’une naïade…

Enfin, si vous aimez la lecture (ce que je suppose être le cas si vous lisez cette chronique), vous apprécierez peut-être, comme moi, la référence à l’un des auteurs russes les plus connus en France et l’un des plus prolixes, Anton Tchekhov.

  • Le goût de l’orange, Laurence Marino

Nejma, de sa tour parisienne, nous offre un petit voyage dans ses souvenirs d’enfance au Maroc :  les odeurs d’oranger qui lui manquent, le hammam, sa famille et ses premiers émois amoureux avec d’autres femmes, chose inacceptable dans son pays d’origine.

J’ai apprécié que l’auteure aborde le thème de l’homosexualité féminine ce qui n’est pas courant, a fortiori quand l’intrigue se déroule dans un pays du Maghreb. J’ai cependant regretté un traitement du sujet assez maladroit et qui m’a semblé presque artificiel. Je n’ai d’ailleurs pas réussi à croire à l’homosexualité de la protagoniste ni à celle des deux autres personnes. Tout arrive trop vite et de manière bien trop pratique. Je n’ai, en outre, pas compris cette femme qui fait des études pour rentrer simplement dans sa campagne et ne pas les mettre en application…

Enfin, et c’est évidemment très subjectif, la plume de l’auteure n’a pas su me convaincre ni me séduire. La juxtaposition de phrases courtes sans aucun effort de liaison entre elles donne, pour moi, un air bien trop enfantin au récit. Le texte mériterait à mon sens d’être retravaillé pour coller à l’ambiance de la nouvelle. En effet, alors qu’on ressent une certaine langueur qui émane de l’histoire, on se retrouve avec des phrases saccadées et une écriture presque nerveuse. Que cette dichotomie du fond et de la forme soit recherchée ou non par l’auteure, elle m’a simplement rebutée.

En bref, si la nouvelle a le mérite d’aborder un sujet qui est toujours considéré comme tabou dans de nombreux pays, je n’ai pas été séduite par la manière dont il a été traité. Chaque avis restant subjectif, je vous invite à lire la chronique d’Alex qui, contrairement à moi, a beaucoup apprécié ce texte.

  • Claudius, Fabien Rey

Sasha se réveille à l’hôpital relié à des tuyaux. La tête embrouillée et les souvenirs confus, il ne sait pas ce qu’il fait là et ce qui lui est arrivé. Pourtant, on attend de lui qu’il réponde à une énigmatique question : Claudius a-t-il eu tort de tuer son frère ?

Autant les histoires se déroulant dans l’espace ne me parlent pas beaucoup, autant les récits de science-fiction futuriste comme celui-ci me plaisent énormément. Claudius n’a pas échappé à la règle ! J’ai adoré la manière dont l’auteur introduit dès le début du suspense : pas d’autre choix que de vouloir en apprendre plus sur Sasha et ce fameux Claudius. Certains devineront d’emblée à qui fait référence le personnel médical qui semble obsédé par la fameuse question, mais à ma grande honte, ce ne fut pas mon cas.

J’ai adoré cette nouvelle, mais je préfère rester brève, car le plaisir de la lecture provient vraiment du fait que comme Sasha, le lecteur est dans le brouillard. En peu de pages, on arrive complètement à s’identifier à lui, à ressentir son impatience, ce sentiment désagréable d’être perdu et dépossédé de sa vie. On partage aussi son agacement puis sa colère devant ces personnes qui s’entêtent avec leur stupide question quand ils refusent de répondre aux nôtres. En d’autres termes, le personnage étant presque vierge de souvenirs cohérents, le lecteur arrive sans peine à se l’approprier et à se projeter dans son histoire.

L’écriture est ici nerveuse et parfois saccadée comme pour la nouvelle précédente, mais cela correspond parfaitement à l’ambiance, et permet d’accentuer les émotions de Sasha. En bref, Claudius est certainement le récit du recueil que j’ai préféré.

  • L’Indéfectible mélancolie du chou, Lucie Troisbé-Baumann

Jill se réveille d’une sieste avant d’entamer son service dans le restaurant où elle travaille. Réveil difficile dans la mesure où il est marqué par l’absence de Nathan, l’amour de sa vie. Son absence se révèlera d’ailleurs de plus en plus oppressante et douloureuse au cours de la journée…

Le gros point fort de cette nouvelle est sans aucun doute la très belle plume de Lucie Troisbé-Baumann. D’une grande poésie, elle vous fait voyager entre rêve et réalité, entre le quotidien de la vie et les errances de la pensée. Il se dégage en outre du texte une grande mélancolie, mais également une certaine douceur à l’image des oiseaux au duvet cotonneux dont la présence en filigrane dans le texte relie subtilement et joliment l’existence de Jill et de Nathanaël.

L’indéfectible mélancolie du chou fait partie de ces récits qui n’ont de valeur que s’ils sont lus. L’histoire ne vous offre ainsi pas de suspense ou une tension qui vous poussent à tourner les pages, mais une expérience de lecture, qu’en fonction de votre vécu et de votre personnalité, vous vivrez différemment. Ce qui est certain c’est que l’auteure vous propose ici un très joli texte qui ravira les amateurs de poésie et de récit teinté d’onirisme. A cet égard, j’ai particulièrement apprécié la fin.


En conclusion, Comme un poisson hors de l’eau est un recueil de nouvelles fort sympathique qui nous permet de voir qu’à partir d’un même thème, des auteurs peuvent nous offrir des histoires très différentes. Excepté un récit qui ne m’a pas vraiment convaincue, mais qui plaira certainement à d’autres, j’ai trouvé chaque récit intéressant et très plaisant à lire. La seule chose qui m’a un peu décontenancée est la brièveté de l’ouvrage, celui-ci mériterait ainsi d’être un peu plus étoffé pour satisfaire mon appétit de lectrice. Pour ma part, je suis contente d’avoir découvert six auteurs que je ne connaissais pas, et d’avoir rencontré, à travers ces petits textes, des plumes que je prendrai plaisir à suivre. Alors si vous avez envie d’une lecture rapide vous permettant de faire de nouvelles découvertes en matière d’auteurs, ce petit recueil devrait vous ravir.

Envie de vous procurer le recueil ? Visitez le site de Rooibos éditions ou d’Amazon.

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Réalités invisibles, Eric Costa

RÉALITÉS INVISIBLES : Recueil de nouvelles par [Costa, Eric]

Je remercie Eric Costa de m’avoir fait confiance en me faisant parvenir son livre via le site Simplement.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Par l’auteur d’Aztèques : Harem, roman lauréat du Salon du Livre Paris 2017 par le jury Amazon KDP.
Laissez-vous happer par l’étrange, l’occulte et l’insolite le temps de six nouvelles : Suivez Marion lorsqu’elle découvre une mystérieuse chenille bleue.
Explorez un manoir dont les murs semblent changer de place.
Accompagnez Alzius dans une forêt peuplée de voix étranges.
Voyagez toute une nuit dans les souvenirs d’Alex…

    • Broché: 141 pages
    • Editeur : Independently published (16 février 2017)
    • Prix : 9,99€
    • Autre format : ebook

AVIS

J’ai été très longtemps réfractaire aux nouvelles, ce format me donnant le sentiment de devoir me contenter de hors-d’œuvres sans jamais pouvoir déguster le plat principal ni le dessert. Mais à l’instar de celui de Hélène Duc, le recueil de nouvelles d’Eric Costa me prouve de nouveau qu’écrites avec talent, les nouvelles peuvent constituer un excellent repas.

Je n’ai ainsi ressenti aucune frustration au terme de chaque histoire malgré leur brièveté. Cela ne s’explique que par la faculté de l’auteur à stimuler notre imagination et à nous offrir un condensé d’émotions en peu de pages. J’ai d’ailleurs été impressionnée du nombre d’images qui me sont venues en tête à la lecture de chaque nouvelle. De la même manière, mon imagination n’a pas pu s’empêcher d’associer régulièrement certains récits avec des séries ou des films d’horreur vus enfant ou adolescente.

Autre élément qui rend la lecture de l’ouvrage très agréable et prenante, la plume fluide de l’auteur et son style tout en rondeur. A travers un langage recherché, mais jamais pédant, Eric Costa vous transporte avec aisance dans ses histoires et leurs différentes atmosphères.

D’ailleurs, que préfèrerez-vous ? L’ambiance désuète d’un hôtel perdu au milieu de la brume, celle de la maison d’une adolescente aux prises avec une dangereuse créature ou encore l’ambiance feutrée d’une maison complètement isolée où la musique n’apporte pas le réconfort qu’elle devrait ?

Pour ma part, j’ai apprécié les six nouvelles du recueil même si certaines m’ont plus angoissée que d’autres. Je vous invite donc à les découvrir à mes côtés.

Hôtel Wolff 

Fatigué, Théophile décide de passer la nuit dans un hôtel qu’il découvre presque providentiellement sur la route.

L’auteur nous plonge dès les premières lignes dans une ambiance mystérieuse qui devient, au fil de l’histoire, délicatement angoissante. Le lecteur sent le danger qui rôde dans cet hôtel à l’atmosphère surannée tout en se laissant, comme le narrateur, engourdir par les charmes qu’il semble offrir. Cependant, l’expression « trop beau pour être vrai » finit par se rappeler à nous. Dans la vie, rien n’est gratuit, tout se paie ! Une douloureuse leçon de vie dont Théophile Lazius aurait préféré faire l’économie.

J’ai apprécié cette nouvelle et le côté très vieillot de l’hôtel. J’ai également beaucoup aimé l’impression de me retrouver dans un épisode d’une série que j’adorais, Code Quantum, même si je ne saurais pas forcément vous en donner la raison. Tout au long de la nouvelle, je n’ai pu qu’imaginer Al dans le rôle du maître d’hôtel…

Quant à la fin, elle devrait surprendre plus d’un lecteur même si, pour ma part, je l’avais devinée.

Solitaire 

Un bar, de la musique et une profonde détresse… Alex, un homme qui éprouve des difficultés à faire le deuil de sa femme, décédée il y a une dizaine d’années, noie son chagrin dans l’alcool. La boisson, à défaut de panser les plaies du cœur et de l’âme, finit par lui offrir un voyage éprouvant dans le passé.

Cette nouvelle est assez particulière faisant voyager le lecteur entre fiction et réalité. Ce voyage dans le temps est-il réel ou n’est-il que le fruit de l’ivresse ? Alex est-il finalement acteur ou simple spectateur du drame qui s’est joué il y maintenant des années ?

Le doute est permis, mais ce qui reste certain, c’est que l’auteur a su, en seulement quelques pages, nous faire ressentir toute la tristesse, la culpabilité et les doutes de son protagoniste.

Éclosion

Marion découvre, un matin, une chenille bleue semblable à celle qu’un mauvais songe lui a gravé dans la mémoire et la peau.

J’ai adoré les différentes références à Alice au pays des merveilles, roman que j’avais lu plus jeune et qu’il me tarde de redécouvrir avec des yeux d’adulte. On retrouve, comme dans l’histoire originale, ce côté absurde et, parfois, inquiétant.

Eric Costa va néanmoins bien plus loin que Lewis Carroll en nous proposant carrément une histoire des plus angoissantes. Le lecteur découvre ainsi avec effarement l’évolution terrifiante de la chenille tout en ne pouvant, au passage, que saluer la témérité (ou la sottise ?) de Marion qui ne cède pas à la panique. L’affrontement entre l’adolescente et la chenille est sans merci et aucune des deux n’en ressortira indemne.

Allégorie de l’adolescence avec ses angoisses et cette bataille que l’on mène pour devenir soi-même ou réelle lutte contre une abomination de la nature, à vous de choisir…

Le refuge

Un voyageur pris dans le tumulte de la neige et du froid a la chance de trouver un refuge avant que le pire n’arrive. 

En instaurant son récit en Transylvanie et en nommant l’un des personnages Vlad, l’auteur ne pouvait qu’éveiller l’imagination des lecteurs. Mais je vous rassure, il ne tombe pas dans la facilité en nous proposant sa propre version du célèbre personnage aux dents longues. L’histoire se révèle ainsi bien plus complexe que cela.

Pour ma part, j’ai adoré l’ambiance glaciale qui se dégage du récit, et l’aura de mystère et de danger qui ne cesse de planer sur notre voyageur. L’angoisse monte tandis que les événements s’accélèrent jusqu’à ce que la conclusion, aussi inattendue qu’effroyable, ne soit dévoilée.

J’ai, en outre, trouvé très intéressant le contraste frappant entre la chaleur trompeuse du refuge et la froideur dangereuse de l’extérieur. Un jeu de faux-semblant qui semble presque refléter le sentiment de confusion de notre protagoniste. En bref, cette nouvelle nous tient en haleine du début à la fin que ce soit par son suspense haletant ou son rythme endiablé.

Le manoir

Un voleur pénètre dans un manoir en vue d’amasser un joli butin avant d’être aux prises avec des forces qui le dépassent. 

On commence par découvrir, aux côtés du voleur, ce manoir et les trésors qu’il recèle. Puis, on s’interroge sur ce lieu inquiétant avant de s’affoler avec lui quand il apparaît évident que la sortie se dérobe à notre volonté. Petit à petit, on se laisse submerger par un sentiment d’étouffement. Enfin, on panique franchement quand un ennemi invisible qui se matérialise par la forme de deux armures, nous frappe. En d’autres mots, on vit complètement cette histoire et on ressent ce besoin urgent de quitter, sans se retourner, ce manoir hanté.

Cette histoire m’a fait frissonner et m’a donné l’impression d’être devant un film d’horreur.  Il faut dire que la plume de l’auteur particulièrement immersive offre un véritable bain d’angoisse au lecteur. Claustrophobes et âmes sensibles s’abstenir !

Fréquence 24

Emma, abandonnée pour la soirée par son mari médecin, se retrouve chez elle avec son chat et la radio pour seule compagnie.

Cette nouvelle est, sans aucun doute, ma préférée, peut-être parce que j’ai pu m’identifier assez facilement à son héroïne. C’est également celle qui m’a procuré le plus de frissons d’autant que je l’ai lue seule dans la soirée avec M. Gribouille allongé contre moi.

Je peux donc vous dire, sans trop de honte, que j’ai tremblé à mesure que la voix de l’animateur de l’émission de radio se faisait de plus en plus menaçante, imaginant sans peine son rire sardonique emplir mon appartement. Au fil du récit, mon imagination s’est pas mal emballée au point de m’imaginer que derrière la voix de la radio se tenait le fameux clown de Stephen King ou Chucky la poupée qui tue. Oui, j’ai certainement regardé trop de films d’horreur plus jeune, mais ces deux abominations conviennent plutôt bien au climat instauré par l’auteur.

Mais ce que j’ai préféré, c’est la manière dont Eric Costa a su utiliser la musique pour cadencer, donner le tempo à notre angoisse et à notre peur. Le rythme va ainsi crescendo jusqu’au final magistral !

Bref, Fréquence 24 est définitivement la radio des frissons !

En conclusion, tour à tour intrigantes, inquiétantes, ou effrayantes, toutes ces nouvelles, bien que très différentes les unes des autres, ont en commun de vous offrir un voyage au pays du frisson. Si vous aimez les belles plumes et vous faire peur, je ne peux que vous encourager à vous laisser tenter par ce recueil et à dévorer, seul ou au coin du feu avec des amis, ces différents récits.

Pour ma part, je vous laisse entre les mains d’un autre maître du frisson qui devrait bien s’entendre avec notre auteur.

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