La Dimension Heisenberg : Mémoires trouvés dans une pantoufle, Éric Lysøe

Couverture La Dimension Heisenberg

Qui peut se targuer d’être vraiment libre ?

Confrontés malgré nous à une situation historique particulière, nous subissons l’influence des autres et la pression de nos traumatismes. Nous résistons en vain à l’apparente dualité d’un monde qui nous impose de choisir un camp, et nos vies entrent si vivement en collision avec celles des autres que nous risquons à chaque instant de nous perdre.

La Dimension Heisenberg est une fiction historique sombre, qui s’ouvre sur la rencontre – bien réelle – entre Niels Bohr et Werner Heisenberg en septembre 1941. Ce roman mêle fantastique et science-fiction pour mettre en lumière les mécanismes élaborés par les individus dans l’espoir d’échapper à la violence.
Plongez dans un espace-temps inconnu organisé autour des recherches scientifiques nazies, un monde de faux-semblants où nul n’est ce qu’il prétend être. Une seule solution pour parvenir à se retrouver : laisser tomber les masques un à un et rassembler tout son courage pour briser ses chaînes.

Le Chant du Cygne – (13 janvier 2022) – 608 pages – 25€

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Anouchka des Landes, Alain Paraillous

Début du xxe siècle. Précocement et doublement orpheline, Anouchka, une fillette d’origine russe, ne devra qu’à son fort tempérament et à la protection d’une vieille landaise un peu sorcière de débuter une vie digne et de s’enraciner dans sa nouvelle terre d’adoption.

Éditions De Borée (12 mars 2020) – 224 pages – Broché (18,90€) – Ebook (9,99€)

AVIS

C’est un très beau roman que nous propose ici Alain Paraillous qui s’est inspiré d’une histoire vraie, celle d’une femme hors du commun surnommée par un de ses amis, également fidèle lecteur de l’auteur, Anouchka des Landes.

Toute la vie d’Anouchka est parsemée de drames, mais c’est aussi une belle ode à l’espoir, au courage, à la liberté et à la puissance d’une âme qui s’est toujours refusée à courber l’échine. Orpheline dès son plus jeune âge, ses parents tout deux victimes du régime stalinien qui avait vite fait de considérer ses propres compatriotes comme des ennemis, elle sera heureusement recueillie par la Mamounette, un peu guérisseuse, un peu sorcière.

Rien ne destinait la jeune Russe a finir dans un village des Landes, si ce ne sont les facéties d’un destin plaçant sur la route de la jeune femme de multiples épreuves dont elle saura toujours se relever : la mort de ses parents adorés dans des circonstances difficiles, la trahison, la persécution, le mépris d’un village qui ne voit en elle qu’une sauvage recueillie par une vieille femme que l’on tolère pour ses dons mais qu’on préfère éviter, la méchanceté des autres enfants, la jalousie aussi, la solitude qui devient, au fil du temps, une solide et appréciée alliée, le communisme comme épée de Damoclès, puis la Seconde Guerre mondiale, la mort, le nazisme…

Romanesque et digne d’un (grand film), la vie d’Anouchka le fut assurément ! Ce fut un plaisir, voire un honneur, de partager durant le temps d’un roman les bons comme les mauvais moments d’une personne que l’on voit grandir et devenir une femme hors du commun, une femme forte, ancrée dans sa terre d’adoption, et fidèle aux valeurs inculquées par sa Mamounette qui a connu son propre lot de malheurs. Cette mère d’adoption a aimé dès les premiers instants cette petite fille tombée de nulle part, parfois maladroitement, mais toujours avec dévouement. La relation entre les deux femmes, qui m’a beaucoup touchée, a indubitablement contribué à la belle personne qu’est devenue Anouchka.

Celle-ci, à force de courage, d’un travail acharné, de pugnacité et d’une envie de prouver sa valeur, a gravi les échelons et fait fonctionner ce fameux ascenseur social qui semble en panne de nos jours. Devenue institutrice, elle a ainsi gagné ce respect dont on l’a privée durant toute sa jeunesse… Et du respect, difficile de ne pas en avoir pour cette femme de caractère qui, en plus d’être brillante, n’hésitera pas à prendre des risques et mettre sa vie en danger pour soutenir la résistance.

Car si l’auteur nous plonge avec brio dans la vie d’Anouchka, il n’en occulte pas pour autant de partager le contexte historique dans lequel elle a grandi et évolué. Des atrocités du régime stalinien à la Seconde Guerre mondiale, on fait donc une petite remontée dans le temps et l’on redécouvre ces faits historiques que l’on connaît tous et qui font toujours aussi froid dans le dos : purge stalinienne, occupation, privation, persécution des juifs, dénonciation, opportunisme de certains qui profitent de la situation pour s’enrichir, l’après-guerre et ses tristes dérives…

Mais dans toute cette obscurité, il y a également de la lumière : la solidarité, l’amour, la bonté et le courage d’hommes et de femmes qui feront de leur mieux pour résister face à la barbarie et ramener la paix dans un monde parti en déliquescence… À cet égard, j’ai été particulièrement touchée par quatre personnages : un résistant qui a tout quitté pour lutter contre le nazisme, l’ancien professeur et mentor d’Anouchka durement touché par la guerre, le maire du village, mais aussi un homme d’Église, tous refusant de baisser les bras devant la situation et le barbarisme. Ils seront une belle source d’inspiration et d’aide pour notre héroïne. .

Quant à la plume de l’auteur, je l’ai trouvée fluide, agréable et immersive. Bien que nous soyons loin d’être dans un thriller, j’ai ressenti le même côté addictif lors de ma lecture, peut-être parce que je me suis tellement attachée à Anouchka qu’il m’était difficile de ne pas tourner avidement les pages pour suivre sa vie riche en péripéties et en émotions. J’ai ainsi eu souvent peur pour cette femme courageuse qui, fidèle à ses valeurs et d’une surprenante liberté d’esprit pour l’époque, fait partie de ces personnes qui ne demandent pas le respect, mais qui l’imposent par leur personnalité et leur bravoure.

Du tragique bien sûr, le stalinisme et la Seconde Guerre mondiale ne pouvant que laisser des traces dans une vie, mais aussi beaucoup de beauté, d’amour et de pugnacité dans ce roman qui dépeint avec réalisme et de manière touchante le destin d’une petite fille Russe devenue une femme forte et inspirante. Roman d’aventures, par certains aspects, d’amour au sens large, mais surtout roman de vie, et quelle vie ! Si vous aimez les romans mêlant brillamment grande et petite histoire, ce livre est fait pour vous. Attendez-vous à vibrer et à tressaillir aux côtés d’une femme qu’une fois rencontrée, il s’avère bien difficile d’oublier !

Retrouvez le roman sur le site des éditions De Borée que je remercie pour cette lecture.

Le libraire de Cologne, Catherine Ganz-Muller

Cologne, Allemagne. 1934.
Poussé à l’exil par les lois anti-juives, le libraire Alexander Mendel est obligé de s’exiler en France avec sa famille. Il confie sa Librairie à son jeune employé, Hans Schreiber.
Par fidélité à son mentor et par haine du régime nazi, Hans décide de se battre, malgré les menaces et les bombes, pour que la Librairie continue à vivre dans cette période tragique.

Le combat d’un libraire, héros ultime d’un pays où règnent la haine et la terreur, qui tente de faire triompher les livres… et la liberté.

Scrineo (20 février 2020) – 288 pages – Broché (16,90€) – Ebook (9,99€)
À partir de 14 ans – Illustration : Myrtille Vardelle

AVIS

Fin d’année 1933, Cologne. Lors du repas de la Saint-Sylvestre, les membres d’une famille se posent la question de s’exiler ou de rester dans cette Allemagne qui semble de plus en plus prompte à stigmatiser les Juifs et à les priver de leurs droits. Il se dégage beaucoup de sobriété, mais aussi tellement d’émotions de ce repas de famille qui devient un peu le symbole de la fin d’une période heureuse… En fonction de sa situation et de ses espoirs, chaque membre de la famille prend sa décision. À la lumière de ce que nous, lecteurs du 21e siècle, savons, certains choix laissent craindre le pire même si nous espérons que tout le monde trouve un moyen de survivre dans cette Europe sur le chemin de la terreur et du chaos.

Alexander Mendel, libraire passionné, quant à lui, fait le choix difficile de s’exiler en France avec sa femme et sa fille. Il laisse alors sa librairie aux mains d’un jeune homme de confiance, Hans, qu’il a pris très jeune sous son aile en veillant à alimenter son amour des livres. En digne successeur, Hans va faire de son mieux pour maintenir à flots la librairie alors qu’au fil des ans, les menaces se font de plus en plus lourdes : provocations, pression, représailles contre ce commerce d’origine juive dans un pays en proie à la haine d’une partie de sa propre population, censures des autorités qui jugent les ouvrages présentables et ceux à détruire, clients qui se raréfient, puis avec la guerre, les bombes, le feu…

Et pourtant, malgré les périodes de doute, les disparitions et les épreuves, Hans ne baissera jamais les bras ! Touchant, courageux et d’une force de caractère à toute épreuve, cet homme ne pourra qu’inspirer les lecteurs, et les émouvoir par sa volonté de lutter contre le nazisme et l’obscurantisme, non pas par les armes, mais par l’amour des livres qu’il propage avec beaucoup d’abnégation. À cet égard, Hans, peut être vu comme un héros dans sa définition la plus noble, celle d’un homme qui, avec ses propres moyens et toute son humanité, s’oppose et se dresse contre la haine, la violence et toutes ces idées nauséeuses et nauséabondes qui lui font avoir honte de son pays.

Que ce soit à travers ce personnage ou d’autres que l’on découvre au fur et à mesure de l’intrigue, j’ai apprécié la manière dont l’autrice souligne un point qui a souvent été occulté au lendemain de la guerre : tous les Allemands n’étaient pas des nazis et ne partageaient pas les idées du Führer. Malgré l’endoctrinement omniprésent, ce dont on a un rapide aperçu, et la peur, certains Allemands vont ainsi continué à fréquenter, même sporadiquement, la librairie et tenté, à leur manière, de soutenir Hans dans sa tâche périlleuse de la préserver.

En plus de l’histoire du libraire de Cologne et de la librairie, inspirée de faits réels, ce roman offre un rapide rappel des principales étapes de la Seconde Guerre mondiale, de la montée en puissance du nazisme quelques années précédant le conflit à la fin de cette guerre innommable. Ces rappels historiques sont, en plus d’être faits avec intelligence, toujours brefs, l’autrice se focalisant avant tout sur les livres et l’aspect humain du roman. Mais je pense que ce point pourra être particulièrement intéressant pour les collégiens et ceux étudiant cette période difficile de l’histoire. Le livre me semble d’ailleurs avoir toute sa place au sein des CDI et des programmes scolaires…

J’ai maintes fois été révoltée devant les injustices qui frappent des personnes ostracisées du simple fait de leurs origines ou de leurs différences, choquée devant la perfidie et la méchanceté de certains, mais également émue par la dévotion de Hans envers l’héritage de son mentor, et galvanisée par les actions de personnes prêtes à risquer leur vie pour ne pas laisser la haine de l’Autre l’emporter sur leurs idéaux et leur soif de liberté et de justice sociale… Cette lecture, bien que relativement courte, fut donc riche en émotions et en frissons d’autant que la plume fluide et évocatrice de l’autrice restitue à merveille l’humanité de Hans et des personnes qui l’épauleront pour faire de sa librairie, l’un des derniers bastions d’espoir et de lumière dans une ville et un pays alimentés par la haine.

En conclusion, Le Libraire de Cologne est un très beau et touchant roman qui nous montre la puissance des convictions et la manière dont un homme ordinaire, poussé par ses idéaux et son amour de la littérature, a réussi à apporter un peu de lumière dans l’obscurité. Sombre, mais également empli d’humanité (une arme efficace contre la barbarie), ce livre devrait réunir adolescents et adultes autour d’une période sombre de notre histoire que l’on redécouvre à travers le destin d’un homme qui a transformé son amour des livres en un combat pour la liberté.

Je remercie Babelio et les éditions Scrineo pour cette lecture.