Les mots d’Hélio, Nancy Guilbert – Yaël Hassan

Je remercie les éditions Magnard de m’avoir permis de découvrir Les mots d’Hélio de Nancy Guilbert et Yaël Hassan.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Pour quelle mystérieuse raison Hélio, 15 ans, est-il confié à la famille Dainville à la suite d’un accident qui l’a privé de parole ?

Suite à un traumatisme crânien, Hélio, quinze ans, orphelin de père et passionné de sciences, ne réussit presque plus à communiquer. Sa capacité de réflexion est intacte, mais les mots se sont envolés.
Sa mère étant elle-même en état de choc depuis l’accident, Hélio est confié à une famille d’accueil, les Dainville, qu’elle avait désignée dans le cas où son fils se retrouverait seul.
Mila et Ruben, les enfants de la famille, l’accueillent chacun à leur manière, et pour Bianca, l’employée de maison, l’arrivée de ce garçon fait ressurgir de lointains souvenirs. Quel secret cache-t-elle à tous depuis des années ?
Chaque personnage, à tour de rôle, confie ses doutes et ses espoirs, se livre peu à peu. Et quand le passé fait irruption et libère les vérités enfouies, c’est une nouvelle famille qui se révèle…

Magnard jeunesse (juin 2019) – Dès 10 ans – 240 pages – Broché (12,90€)

AVIS

Ayant adoré Deux secondes en moins de Nancy Guilbert et Marie Colot, j’étais ravie de retrouver la jolie plume de Nancy, cette fois couplée avec celle de Yaël Hassan. Le duo fonctionne ici très bien puisqu’il s’avère bien difficile de distinguer les apports de chaque autrice dans cette très jolie histoire mettant en scène Hélio, un adolescent qui traverse un moment difficile.

Victime d’un dramatique accident, l’adolescent s’est réveillé du coma avec toutes ses facultés intellectuelles, mais des séquelles physiques et une incapacité à correctement s’exprimer. Quelle frustration pour ce dernier de tout comprendre sans pouvoir lui-même se faire entendre ! La situation est d’autant plus difficile à supporter que sa mère, elle-même toujours en état de choc plusieurs mois après l’accident, est dans l’incapacité de lui apporter le soutien dont il aurait terriblement besoin.

Entre les visites de ses deux meilleurs amis, les séances avec son kinésithérapeute, son orthophoniste et sa psychologue, l’adolescent a néanmoins trouvé un semblant d’équilibre jusqu’à ce qu’une nouvelle inattendue bouleverse sa vie. Il sera dorénavant placé sous la protection de la famille Dainville dont il n’a jamais entendu parler ! Les débuts seront difficiles, Hélio n’étant pas prêt à faire confiance à ces gens chez qui on l’a placé sans lui demander son avis. Les réactions des différents membres de la famille seront, quant à elles, assez variées : colère, méfiance, défiance pour Mila en pleine crise d’adolescence, inconfort et gêne pour les parents qui ne savent pas vraiment comment se comporter face à l’arrivée impromptue de cet adolescent handicapé dans leur vie, bienveillance pour Bianca, la gouvernante de la famille, et franc enthousiasme pour le petit dernier, Ruben.

L’alternance des points de vue entre les différents personnages permet de se familiariser en douceur avec leur personnalité, leurs craintes, leurs doutes, leurs attentes, leurs émotions, leurs réticences, ce qui crée un certain sentiment de proximité avec cette famille pour laquelle on ne peut que se prendre d’intérêt, si ce n’est d’affection.

La méfiance et les réticences des débuts feront heureusement place à d’autres sentiments quand, de fil en aiguille, les relations entre les différents personnages évoluent et que certaines complicités commencent à émerger. Il faut dire qu’avec un petit garçon aussi mignon, touchant, sensible, ouvert d’esprit et adorable que Ruben, difficile de ne pas fondre comme neige au soleil ! À fleur de peau, cet enfant apporte beaucoup de douceur, d’émotion, de fraîcheur et de sensibilité à ce récit. Enthousiaste à l’idée d’accueillir un nouveau membre dans sa famille, Ruben fera de son mieux pour se rapprocher d’Hélio malgré les barrières que ce dernier s’est efforcé d’ériger dès son arrivée. Mais rien ne résiste à la gentillesse de Ruben ni même à celle de Bianca.

Cœur de la maisonnée, cette femme au service de la famille depuis des années cache également des blessures qu’Hélio, sans le désirer, a ravivées. Mais loin d’en être peinée ou fâchée, elle va les embrasser à bras-le-corps et faire de son mieux pour apporter un peu de bien-être à Hélio enfermé dans sa bulle et prisonnier de sa colère. La colère, un sentiment que l’on ne peut que comprendre face aux épreuves que ces deux personnages, très différents mais unis par un sentiment de perte, ont traversées.

Mais parce que le passé est le passé et que rien ne sert de le rabâcher, Hélio va progressivement arriver à vaincre les sentiments négatifs qui l’assaillent et sortir de sa coquille abandonnant, au passage, ce surnom de bulle qui lui collait à la peau. Cela ne se fera pas sans peine, mais il pourra compter sur le soutien de son nouveau foyer. Même Mila, l’adolescente rebelle et peu avenante de la famille, finira par nouer une certaine complicité avec Hélio et développer, pour ce dernier, de la tendresse.

Un rapprochement entre les personnages réaliste et touchant d’autant qu’à mesure que les relations s’améliorent, le lecteur se rapproche de la réponse à une question qu’il se pose dès le début de l’histoire : pourquoi Hélio a-t-il été confié aux Dainville ? Pourquoi cette famille dont sa mère ne lui a jamais parlé tout comme elle a toujours refusé de dévoiler l’identité de son père ? Un suspense qui devrait beaucoup plaire aux enfants et les tenir en haleine.

Les adultes, quant à eux, ne devraient pas avoir de mal à trouver la réponse assez rapidement, mais peu importe, l’essentiel n’étant pas là mais plutôt dans la beauté du texte, des émotions qu’il suscite et dans la pluralité des thèmes abordés : le deuil, aussi bien d’une personne que d’une vie, la résilience, l’idée de seconde chance, la notion de famille et d’amour familial, le harcèlement scolaire, le handicap, la tolérance, l’entraide, l’espoir… Un épisode tragique et révoltant de l’histoire de l’Argentine est également évoqué de manière très pudique. Je n’en dirai pas plus sur ce point si ce n’est que découvrir l’épreuve traversée par Bianca m’a beaucoup émue et laissée admirative devant sa capacité à aller de l’avant malgré l’incertitude et la douleur. À travers ce personnage de fiction, les autrices mettent à la portée de tous un fait peu connu en France, et offrent, d’une certaine manière, un hommage à ces mères courages…

Malgré la dureté de certains sujets, aucun pathos n’est à déplorer, les autrices les évoquant avec simplicité, naturel, et beaucoup de justesse, de délicatesse et de sensibilité. Une fois la dernière page tournée, vous n’aurez qu’une envie, celle de sourire à la vie, car si elle peut se révéler parfois difficile et fourbe, elle réserve également de belles rencontres et de beaux moments. Il ressort donc beaucoup de positivité de cette histoire que j’ai lue d’une traite complètement happée par ce récit à plusieurs voix que les autrices ont su rendre accessible, prenant et très agréable à lire.

En plus d’un très bon travail sur le fond, la forme est également soignée, le roman bénéficiant d’une jolie mise en pages avec quelques illustrations nous permettant d’apprécier les talents artistiques d’Hélio.

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Celui-ci a une passion originale pour son âge, la botanique, et une habitude que j’ai adorée, associer chaque personne à une plante/fleur et faire un dessin de ces associations pleines de saveur. Une des facettes de l’adolescent que l’on prend plaisir à découvrir et qui le rend attendrissant tout comme l’amour qu’il porte à sa mère malgré son absence et ses silences passés et présents. Peut-être une manière délicate et éclairée pour les autrices de montrer la solidité des liens parents/enfants, car si les adultes aussi peuvent faillir, cela ne remet pas en question l’amour qu’ils portent à leurs enfants.

En conclusion, Nancy Guilbert et Yaël Hassan s’unissent pour nous offrir ici une très jolie histoire, celle d’un adolescent comme les autres qui sera confronté à une situation difficile à laquelle rien ne pouvait le préparer. Blessé dans sa chair et son âme et poussé dans ses retranchements, il finira néanmoins par s’ouvrir aux autres et découvrir chez les Dainville bien plus qu’un lieu d’accueil, une famille. Voici donc un récit plein d’émotions et de sensibilité dans lequel il est question de rencontres, d’entraide, de famille et de secret, de handicap, de tolérance, de résilience, et de ce souffle de vie qui permet de soulever des montagnes et de sortir de sa bulle…

Découvrez un extrait sur le site des éditions Magnard jeunesse.

Deux secondes en moins, Marie Colot et Nancy Guilbert

Je remercie Babelio et les éditions Magnard Jeunesse pour m’avoir permis de découvrir Deux secondes en moins de Marie Colot et Nancy Guilbert.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Deux lycéens racontent l’impensable, le drame, la révolte, dans un roman puissant et rempli d’espoir.
Depuis qu’un accident de voiture l’a complètement défiguré, Igor se mure dans le silence. Sa rancune envers son père, responsable de l’accident, est immense, comme sa solitude. Rhéa sombre dans le chagrin après le suicide de son petit ami. Encore sous le choc, elle ne sait plus à qui ni à quoi se raccrocher dans la ville où elle vient d’emménager. Pour l’un et l’autre, tout s’est joué à deux secondes. Deux secondes qui auraient pu tout changer… Et pourtant, Igor et Rhéa reprennent jour après jour goût à la vie en se raccrochant à la musique. Une fantaisie de Schubert et un professeur de piano pas comme les autres vont les réunir et les mener sur un chemin inespéré.

Un roman bouleversant, où un perroquet, le « thé des Sages », l’amitié et les mots apportent une douceur salutaire.

  • Broché: 320 pages
  • Editeur : MAGNARD (13 février 2018)
  • Age :à partir de 13 ans
  • Prix : 14.90€
  • Autre format : epub

AVIS

Deux secondes en moins, c’est l’histoire de deux adolescents meurtris, l’un dans sa chair, l’autre dans son esprit. Igor s’est ainsi vu défiguré suite à un accident de voiture, quand le cœur de Rhéa a explosé en mille morceaux à l’annonce du suicide de son petit ami, Alex.

Deux drames auxquels les lecteurs ne peuvent rester insensibles d’autant qu’au gré des pages, on apprend à connaître ces deux jeunes gens très différents l’un de l’autre, mais pourtant unis par le même amour de la musique. Cette passion pour la musique, c’est ce qui va d’ailleurs leur permettre de sortir la tête de l’eau, de reprendre goût à la vie et de se rendre compte que tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir. Une phrase qui peut sembler ô combien éculée, mais que Marie Colot et Nancy Guilbert ont su rendre réelle et tellement pleine de sens.

Mais avant la reconstruction, les deux adolescents ont traversé des zones de turbulences et ont été assaillis par une multitude d’émotions comme la colère, la haine pour Igor, et la culpabilité ou le désespoir pour Rhéa. Et si le père d’Igor n’avait pas regardé son portable au volant ? Et si l’entourage d’Alex avait su saisir son désarroi et son mal-être avant qu’il ne commette l’irréparable ? Des questions que les deux jeunes ne peuvent que se poser et qui, bien que naturelles, finissent par leur faire plus de mal que de bien. Le passé demeurant figé quoi que l’on puisse faire ou penser, le titre prend alors tout son sens : deux secondes en moins, c’est ainsi ce qu’il aurait fallu à Igor et Rhéa pour continuer à vivre normalement, mais deux secondes en moins, c’est aussi ce qu’ils n’auront jamais…

Englués dans ce passé qu’ils ne pourront jamais réécrire, ce n’est que l’intervention d’un professeur de musique, Fred, qui va leur permettre de progressivement réapprendre à vivre, puis à savourer les petites choses de la vie. Cela ne se fera évidemment pas sans heurts, sans moments de doute ou de peine, mais les deux adolescents pourront compter sur le soutien inconditionnel de leur professeur de musique. Ce dernier fait preuve, tout au long du livre, d’une telle sensibilité et d’une telle douceur qu’il force l’admiration et le respect. Mais en découvrant son passé, on ne peut que comprendre la justesse avec laquelle il intervient dans la vie des deux jeunes gens. Il arrive à leur insuffler l’énergie pour avancer dans la vie tout en leur laissant toujours la distance nécessaire pour ne pas les brusquer. Il n’impose jamais rien, mais se contente de suggérer et de guider Rhéa et Igor tout en leur rappelant régulièrement à quel point il croit en eux, en leur force et en leur capacité à avancer malgré l’adversité. Fred est définitivement un personnage auquel on s’attache et qu’on aimerait avoir à ses côtés notamment dans les moments difficiles quand la douleur physique et/ou mentale ne permet plus d’avancer…

Pour reprendre les rênes de leur vie, Rhéa et Igor pourront évidemment compter sur Fred, mais aussi sur un perroquet nommé Obama. Presque aussi bon orateur que l’original, ce perroquet est un concentré de bonne humeur et d’ondes positives. En plus d’être très drôles, ses interventions tombent souvent à pic et apportent un peu de légèreté, ce qui permet parfois aux personnages de dédramatiser la situation. Je peux vous dire qu’Obama m’a fait rire à plus d’une occasion et que je rêve maintenant de l’adopter.

Et puis, personnage à part entière, il y a bien sûr la musique, la musique qui offre à ces deux adolescents meurtris l’occasion de s’exprimer, d’exprimer des émotions que les adultes de leur entourage, mus dans leurs propres douleurs et problèmes, ne sont pas forcément capables d’accueillir et d’accompagner. Le roman est en cela un peu une ode à la musique, à celle du cœur, à celle qui apporte du réconfort, à celle qui vous pousse dans vos retranchements, à celle qui vous prouve que oui, vous êtes toujours vivant, et qu’il va vous falloir travailler dur, très dur pour dompter les mélodies qui bercent vos vies. La musique, c’est également ce qui va lier la vie d’Igor à celle de Rhéa, deux adolescents que les lecteurs vont voir évoluer chacun de leur côté, mais aussi ensemble. La musique transcende alors la douleur pour nous offrir une belle histoire d’amitié, une lueur d’espoir dans le brouillard. Comme c’est très justement souligné dans le livre, à deux, Rhéa et Igor n’auront pas moins mal, mais ils seront plus forts, plus forts pour faire la paix avec le passé et pour réapprendre à vivre, différemment, mais à vivre quand même jusqu’à, de nouveau, trouver le chemin du bonheur.

Alors que ce roman aborde des sujets difficiles, il a indéniablement des airs de feel-good, car une fois la dernière page tournée, c’est bien l’espoir qui nous imprègne, de la tête aux pieds, du corps à l’âme. Les deux autrices ont ainsi réussi à parler du mal-être chez les adolescents, du suicide, du deuil sans jamais tomber dans le pathos. Elles ne minimisent pas la douleur des personnages, mais montrent qu’elle ne les définit pas et qu’il est toujours possible, même si c’est difficile, de faire face aux drames qui peuvent survenir à tout moment…

Je tiens également à souligner la parfaite symbiose entre les plumes de Marie Colot qui a donné voix au personnage d’Igor et Nancy Guilbert qui s’est consacrée à celui de Rhéa. Bien qu’écrit à quatre mains, il n’y a aucune dissonance, ce roman semblant être l’œuvre d’une seule et même personne ! Seule l’alternance des points de vue, chapitre après chapitre, permet de distinguer l’apport de chacune dans cette histoire qui sonne tellement juste, tellement vraie. Les deux autrices ont su, en effet, trouver les mots pour rendre la douleur et les émotions de leurs personnages réalistes et palpables. Cela s’explique, peut-être et en partie, par le fait qu’elles ont elles-mêmes traversé un drame dans leur vie. Que ce livre ait une fonction cathartique ou non, ce qui est certain, c’est que Marie Colot et Nancy Guilbert ont su nous offrir une histoire sans fausses notes qui touche directement le cœur des lecteurs.

Je pourrais vous parler pendant des heures de ce livre qui m’a touchée et émue, qui m’a fait traverser différentes émotions et qui a réveillé en moi certaines choses bien enfouies. C’est d’ailleurs un peu la force de ce livre qui, bien qu’il soit destiné d’abord aux adolescents, pourra plaire et parler à tout le monde ; la mort, les drames, la vie et l’espoir n’attendant pas l’âge. Je m’arrêterai donc en vous conseillant simplement de vous laisser tenter par ce roman qui a été pour moi un véritable coup de cœur que ce soit pour son histoire, ses personnages ou le message d’espoir qu’il véhicule. Car oui, la vie et la douleur sont intrinsèquement liées, mais cela vaut la peine de se diriger vers la lumière quand la noirceur semble vous aspirer. Et si cela vous semble trop dur, mettez un CD qui vous fera ressentir des émotions, qui vous fera vibrer, faites-vous un thé… Ou plongez-vous dans cette histoire qui met du baume au cœur et qui vous apporte la dose d’optimisme nécessaire pour vous prouver que oui, après la douleur, le bonheur est possible.

Et vous, envie de découvrir Deux secondes en moins ?